Ancien panneau Michelin de la R.N.77 situé non loin de Troyes, à Saint-Germain, en direction de Saint-Florentin. (photo: MV, janvier 2009).
Au beau milieu de la plaine, un panneau indicateur qui a du vécu! Photo: Marc Verney, novembre 2006.
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Au nord d'Arcis-sur-Aube. . (photo: MV, janvier 2017).
Cette borne signale la présence de la "maison de Danton" à Arcis-sur-Aube (photo: MV, janvier 2017).
Après Troyes. (photo: MV, janvier 2017).
Documentation écrite utilisée: Atlas des grandes routes de France, Michelin (1959); carte n°61 Paris-Chaumont, Michelin (1941, 1970); carte n°65 Auxerre-Dijon, Michelin (1939, 1948, 1955); carte n°69 Bourges-Mâcon, Michelin (1963); carte n°135 Nevers-Autun, IGN (2011); Annuaire historique du département de l’Yonne, Perriquet et Rouillé imprimeurs-libraires-éditeurs (1856); Annales des Ponts et Chaussées, chez Carilian-Goeury et Dalmont, libraires-éditeur (1840); Auxerre, document d'évaluation du patrimoine archéologique des villes de France, sous la direction de Christian Sapin, ministère de la Culture (1998); Documents statistiques sur les routes et ponts, ministère des Travaux publics, Impr. nationale, (1873); Guide Bleu Bourgogne-Lyonnais, Hachette (1965); Histoire de la ville de Saint-Florentin et de sa cathédrale, Félix Pigeory, Paris, Comptoir des imprimeurs réunis (1850); Les pages clamecycoises, Annie Delaitre-Rélu (adelaitre.pagesperso-orange.fr); «Les ponts sur la Seine et ses affluents entre Troyes et Montereau au XIIIe siècle», Jean Mesqui, Société archéologique de l'Aube, n°2, hors série (1985) également sur mesqui.net; «Les routes impériales dans l'Yonne de 1830 à 1914», Centre auxerrois de l’université pour tous de Bourgogne (1983); Les rues de Troyes anciennes et modernes, M. Corrard de Breban, Bouquot, imprimeur-libraire (1857); Saint-Florentin, Avrolles au XIXe siècle, Jean Millot, impr. M. Mercier (1989); Tableau statistique du département de l'Aube, Claude-Louis Bruslé de Valsuzenay, Impr. des Sourds-muets (1801); Une ténébreuse affaire-Le député d'Arcis, Honoré de Balzac, Livre de Poche (1999); art-et-histoire.com; cahiersduvaldebargis.free.fr; cc-forterre-valdyonne.fr; chalonsenchampagne.fr; jschweitzer.fr; mairie-de-bouilly.fr; mairie-pontigny.fr; mairie-premery.fr; saint-florentin.fr; tourisme-troyes.com; ville-troyes.fr; Wikipédia, Wikisara. Remerciements: la bibliothèque Jacques-Lacarrière d’Auxerre, la médiathèque municipale de Saint-Florentin, le Géoportail de l’IGN, CartoMundi.
L'ancienne borne indicatrice de Saint-Florentin marque le carrefour de la RN5 et de la RN77. Elle a été remarquablement restaurée. Photo: Marc Verney, janvier 2017.
En quel état était la N77 en janvier 1945? La carte Michelin Routes et ponts n°96 paraît le premier mois de l'année 1945. La Deuxième Guerre mondiale n'est pas terminée et de nombreux départements français ne sont pas encore libérés. Le document Michelin porte encore tous ces stigmates. Les mentions "sans renseignements" et "renseignements incomplets" couvrent de larges pans de l'Hexagone (on se croirait un peu face à la carte d'un continent à découvrir... finalement!).
Pour ce qui est de la N77: de la frontière belge à Sedan, la chaussée est estimée "moyenne", tout comme entre Sedan et Vouziers. Plus loin, de Vouziers à Suippes, la route reçoit le label "rapide". Cela s'améliore même jusqu'à Châlons, ou la chaussée est "très rapide". Plutôt bien pour une route qui a supporté dans son trajet ardennais la charges des blindés allemands quatre ans plus tôt... Après Châlons et jusqu'à Troyes, c'est tout aussi "rapide", hormis la traversée de la capitale de l'Aube, estimée très ardue par Michelin. Le reste de la route (jusqu'à Nevers) est "moyen". On notera que le passage de Clamecy (ville bombardée) est difficile. Là, la route devient "mauvaise".

Borne kilométrique de la R.N.77 à Auxerre (photo: Marc Verney, janvier 2017).
Villes et villages traversés par la R.N.77 historique (1959), en italique, les anciennes RN principales croisées:
Châlons-en-Ch. (N3, N33, N44)
Vatry
Sommesous (N4)
Mailly-le-Camp
Arcis-sur-Aube
Voué
Aubeterre
Feuges
Pont-Ste-Marie (N60)
Troyes (N19, N71)
Saint-André-les-Vergers
Saint-Germain
Bouilly
Villery
Crésantignes
Chamoy
Auxon
Villeneuve-au-Chemin
Neuvy-Sautour
Courcelles
Chainq
Saint-Florentin (N5)
Lordonnois
Pontigny
Montigny-la-Resle
Villeneuve-St-Salves
Auxerre (N6, N65)
Vallan
Gy-l'Evêque
Courson-les-Carrières (N450)
Coulanges-sur-Yonne
Clamecy (N151)
Moulot
Corvol-l'Orgueilleux
Courcelles
Varzy (N151)
Champlemy
Arzembouy
Giry
Doudoye (N77bis)
Prémery
Sichamps
Poiseux
Guérigny
Le Gué-d'Heuillon
Le Pont-Saint-Ours
Coulanges-les-Nevers
Nevers (N7, N76, N78, N79)

A Coulanges-sur-Yonne. Photo: Marc Verney, janvier 2017.

Au Pont-Saint-Ours, la route moderne délaisse le vieux pont. Photo: Marc Verney, janvier 2017.
A VOIR, A FAIRE
Arcis-sur-Aube: la patrie de Danton ne laisse pas grand chose à voir de l’illustre révolutionnaire, on remarque une borne marquant l’emplacement de la maison natale et une statue. L'église Saint-Étienne date du début du XVIe siècle.
Troyes: c’est une cité sur l’eau… Les bras de la Seine et plusieurs canaux donnent à la ville une allure bien particulière que les Troyens remettent peu à peu en valeur. Le centre-ville, en forme de bouchon de champagne, est considéré comme «le plus bel ensemble citadin médiéval de France». La ruelle des Chats est un parfait exemple de voie médiévale avec les maisons débordant en hauteur. La cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul est construite du XIIIe siècle au XVIIe siècle. C’est dans cette église qu’est signé en 1420 le traité de Troyes qui «donne» la France au royaume d’Angleterre; l'église Sainte-Madeleine est la plus ancienne de la ville, c'est l'une des rares en France à avoir un jubé en pierre; la basilique Saint-Urbain est un des témoins majeurs du style gothique dit rayonnant. A voir également, la Cité du Vitrail, qui met en valeur ce patrimoine important de la ville; le musée Saint-Loup (Beaux-Arts et Histoire); la Maison de l’Outil et de la Pensée ouvrière rend hommage au labeur artisan; les musées de Vauluisant évoquent l’art champenois et l’histoire de la bonneterie; les aficionados du shopping se précipiteront alentours dans les magasins d’usine.
Saint-Florentin: l’église Saint-Florentin est vraiment imposante, juchée sur sa colline, qui domine le vieux centre. A l’intérieur, on peut admirer un bel ensemble de vitraux du XVIe siècle (dont celui de la Création du monde), un jubé (de 1600) en pierre de belle facture et de nombreuses statues. En 1843, Viollet-le-Duc estimait l’église «irréparable»!! Elle fut pourtant –et heureusement- restaurée de 1857 à 1862. Au bout de la rue Dilo, la fontaine, réédifiée en 1979 avec les trois dragons du monument d’origine (détruit en 1859). A noter: dans les niches au-dessus de l’édifice, au milieu des saints locaux, une représentation très nature d’Eve... Un petit tour à pied nous emmène au panorama du Prieuré. Là, une promenade publique (qui remplace un ancien couvent) offre une jolie vue sur le vieux Saint-Florentin et la vallée de l’Armançon. Le Musée en Florentinois date de 1877. Au programme, histoire locale, vieux métiers, instruments de musique anciens...
Pontigny: il ne faut pas manquer d’aller voir la belle église abbatiale, un des plus beaux exemples du cistercien en France.
Auxerre: surplombant l’Yonne, voici l’une des plus sympathiques cités de Bourgogne… Voir la tour de l’Horloge, élevée en 1483 et tout le quartier piéton alentour. L’office du tourisme propose des circuits permettant de découvrir la cité. Vers l’Yonne, le quartier de la Marine et la place Saint-Nicolas. La cathédrale Saint-Etienne (XIIIe-XVIe), l’abbaye Saint-Germain et le musée d’Art et d’Histoire, l’église Saint-Pierre, l’église Saint-Eusèbe… On peut aussi visiter le musée Leblanc-Duvernoy (faïences et grès de Puisaye).
Gy-l’Evêque: non loin, à l’est, le village vigneron de Coulange-la-Vineuse (maisons Renaissance et église).
Courson-les-Carrières: A 8,5 km à l'ouest, on peut aller visiter l’impressionnante carrière souterraine d'Aubigny (Taingy). Se renseigner sur les horaires. A 12 km à l’est, le village de Mailly-le-Château surplombe joliment l’Yonne.
Clamecy: le centre ancien et ses ruelles tortueuses, la collégiale Saint-Martin, l’écomusée du Flottage et la promenade autour du port de plaisance sur le canal du Nivernais… A voir aussi, le musée d'Art et d'Histoire Romain-Rolland. On peut admirer l’étonnante église Notre-Dame-de-Béthléem. Non loin, le petit village de Chevroches.
Varzy: le musée Auguste-Grasset, qui renferme objets de Mésopotamie, d’Egypte, d’Océanie, des peintures, des faïences et objets d’art ainsi que d'étonnants instruments de musique.
Arzembouy: à l’est, le joli hameau d’Arthel, dominé par deux châteaux.
Giry: le château.
Prémery: à l’est, la butte de Montenoison, ancien oppidum, puis place-forte.
Guérigny: les forges (musée).
Nevers: le beau palais ducal, construit entre 1464 et 1565; la cathédrale Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte, réalisée sur l’étendue de cinq siècles; l’église romane Saint-Etienne; les hôtels particuliers des quartiers Saint-Martin et Saint-Etienne; le musée de la Faïence; le Bec d’Allier, le joli confluent entre Loire et Allier (sentier de découverte).

D'autres ressources sur la R.N.77 historique:
La page Wikisara
L'encyclopédie en ligne Wikipédia

Les belles routes de France
R.N.77: AUBE SUR LOIRE... (II)
La deuxième partie du trajet 1959 de la R.N.77 historique  nous emmène des abords de Châlons-en-Champagne à Nevers, sur les rives de la belle et sauvage Loire... Après la région Champagne (Grand-Est), voici donc que s'approche la Bourgogne et ses amples richesses: châteaux, vastes demeures, abbayes, églises... sans compter de croquignolets villages qui s'accrochent aux pentes de collines dodues et chevelues... On sort donc de la plaine pour entrer dans un pays plus vallonné et boisé. La chaussée, qui avait été nommée, dans le décret impérial de 1811, «route de Nevers à Liège et à Maastricht par Châlons» n'a donc pas fini de nous surprendre. Et on ne va pas s’en cacher: cette deuxième partie est la plus riche en histoire, en paysages, en émotions visuelles! A commencer par la ville de Troyes, chef-lieu de l’Aube et petit bijou médiéval à peine égratigné par les conflits, pourtant nombreux dans ces régions… De multiples documents dénichés depuis notre précédent voyage vont, ici, considérablement augmenter notre connaissance de la R.N.77 historique…

A Mailly-le-Camp, des horizons presque infinis (photo: Marc Verney, janvier 2017). En cliquant sur l'image vous revenez à l'index général.

De l'autre côté du pont sur la Marne, le quartier Frison-Gare a vécu, en 1849, la révolution du chemin de fer avec l'établissement de la ligne Paris-Strasbourg et donc la réalisation de la gare principale de la cité. Ce quartier, indique le site chalonsenchampagne.fr (qui publie le plan local d'urbanisme), dont le développement, «dès le Moyen Age» avait été favorisé par «la présence des routes vers Paris et Troyes», verra sa population nettement augmenter au XIXe siècle avec l'arrivée des cheminots. C'est là aussi que s'installe en 1882, la brasserie de la Comète, qui a longtemps produit la bière Slavia. Plus loin, le long de la route de Troyes, voilà le petit quartier Mont-Saint-Michel... Son nom, qui rappelle un autre mont situé au large des côtes françaises (bretonnes ou normandes, d'ailleurs?) vient d'une chapelle, vers laquelle, au milieu du XIIe siècle, vivait au coeur des vignes, une communauté qui se dédiait au culte de l'archange Saint-Michel. Quelques siècles plus tard, en 1792, il faut sauver la République naissante menacée à ses frontières... et un camp de conscription de volontaire est établi sur cette colline; il accueillera jusqu'à 4000 hommes, lit-on sur chalonsenchampagne.fr. La «route de Troyes» s’élance maintenant dans la vaste plaine champenoise. L’ancienneté de cette voie nous est confirmée par la carte de Cassini (XVIIIe) publiée par le Géoportail de l’IGN qui montre un «chemin de Troyes à Chaalons» largement repris par la D977 actuelle. Le village de Vatry est traversé sans coup férir; on se trouve ici à une dizaine de kilomètres au nord de Sommesous, où la route nationale 77 historique croise la R.N.4 Paris-Strasbourg. Pas grand chose à se mettre sous les yeux, sinon le trafic aérien autour de l'aéroport de Vatry, situé un peu à l’ouest de notre cheminement. Un aéroport au milieu des champs de patates? En fait, cette ancienne base de l'Otan construite en 1953 et qui a été imaginée, au début des années 2000, comme une plate-forme de fret censée alléger le trafic aérien autour de la capitale française (son nom officiel est d’ailleurs Paris-Vatry), ne reçoit encore que peu d'avions.

R.N.4: ALLER REJOINDRE LES CIGOGNES
La N4 file plein est vers Strasbourg... Terres de Champagne, de Lorraine et d'Alsace, nous voilà! D'ailleurs, voilà encore un bout de macadam qui va nous rappeler des pans entiers d'histoire de France... (lire)

A Vatry, les perspectives s'allongent... Photo: Marc Verney, janvier 2017.
A Sommesous, on trouvait ces anciennes indications mentionnant "Châlons-sur-Marne" (photo: Marc Verney, novembre 2006).

Juste après, voilà Sommesous. La guerre marque l’endroit: largement détruit en 1914 par les combats de la première bataille de la Marne, le village est situé en septembre 1944 à l’extrémité est du Red Ball Express, le système américain d'approvisionnement par convois routiers du front depuis le port de Cherbourg (Wikipédia). A la sortie sud, notre route passe sous le contournement de Sommesous par la R.N.4. Réalisé dès 1953 (première chaussée), il est aujourd’hui doté de deux voies (Wikisara). Voici l'entrée dans le département de l'Aube: au XXIe siècle, notre voie passe du numéro D977 au D677… Qu’importe… dans cette partie de l’Aube, à mon passage en 2017, certains des cartouches rouges de la R.N.77 étaient encore en place! A Mailly-le-Camp, l'histoire de la route se confond encore avec la grande histoire de France: c'est ici le point extrême atteint par les troupes allemandes dans la région en septembre 1914. La chose militaire reste importante: dans le camp de Mailly (créé en 1902) se trouve le centre d'entraînement au combat des troupes françaises. Celui-ci évalue systématiquement sur ses 12.000 ha les soldats partant en mission à l'étranger (bande sahélienne, Moyen-Orient…). Une nouvelle et longue ligne droite passant par le hameau de la Folie-Godot emmène la route jusqu’à Arcis-sur-Aube, où l'on trouvera, trônant fièrement au coeur du bourg, la statue de Georges Jacques Danton, le célèbre révolutionnaire, né ici le 26 octobre 1759, mort guillotiné le 5 avril 1794. Le roi François Ier, en 1546, autorise la construction de remparts autour de la petite cité, bâtie tout au bord de l'Aube. Trois incendies majeurs, vont, hélas, en 1625, 1719 et 1727, détruire des dizaines de maisons et bâtiments publics, comme l'église. Un sanglant combat y est livré par Napoléon Ier face aux troupes austro-russes les 20 et 21 mars 1814. Là encore, une partie de la ville est brûlée lors de cette bataille (Wikipédia). L’écrivain Honoré de Balzac, qui a séjourné dans le bourg, de juin à juillet 1842, a écrit sur la cité et ses activités économiques: «Ainsi, la petite ville d’Arcis, sans transit, sans passage, en apparence vouée à l’immobilité la plus complète, est relativement, une ville riche et pleine de capitaux lentement amassés dans l’industrie de la bonneterie. Presque toute la bonneterie de France, commerce considérable, se fabrique autours de Troyes. La campagne, dans un rayon de 10 lieues, est couverte d’ouvriers...». «Arcys, voit-on encore dans le Tableau statistique du département de l'Aube (1801), fait un commerce très considérable de blé, d'avoine, d'orge et de seigle (...). Les bateaux placés sous le pont reçoivent les grains que l'on précipite du haut du parapet et les transportent par l'Aube, la Seine et la Loire, jusqu'à Nantes». Sur l’Aube, le passage s’est donc longtemps fait sur un pont de 17 arches en charpente de bois, selon art-et-histoire.com (citant le Traité de la construction des ponts). D’ailleurs, ce site évoque une peinture représentant l’Empereur en pleine bataille sur ce pont… Plus tard, au milieu du XIXe siècle, il y aurait eu ici un pont suspendu. D’autres informations publiées par Wikipédia mentionnent de multiples destructions en 1940-44. Et une reconstruction de l’ouvrage dès la fin de la Seconde Guerre mondiale.

A Feuges, une plaque de cocher de la "route impériale n°77". Photo: Marc Verney, janvier 2017.

Dès la sortie d’Arcis, la chaussée (appelée «chemin d’Arcis» au XVIIIe siècle) file toujours en ligne droite vers Voué après avoir traversé le lieu-dit la Belle-Idée. De Voué (la rue principale est appelée «route Impériale»), où il y eut jadis un gué sur la Barbuise, à Troyes, il ne reste plus que quinze kilomètres à parcourir. On aborde la préfecture de l'Aube par Pont-Sainte-Marie, sur la Seine. Voici l’avenue Jean-Jaurès qui nous emmène jusqu’au Pont-Hubert où l’on croise la D960 (R.N.60 historique) et où l’on franchit l’un des bras de la Seine (la Vieille-Seine). Nous y rencontrons également une chaussée ancienne, dite «chemin des Chapelles» ou «voie Rège», qui reliait Troyes à Reims. C’est aujourd’hui la rue Anatole-France. Dans une étude très complète sur les anciens franchissements de la Seine dans l'Aube, l'ingénieur Jean Mesqui indique que Troyes, l'antique Augustobona, était «tout à la fois un site de traversée pour la Seine et un pôle de trafic attirant une étoile de chemins venant de tous les azimuts. (...) Les nombreuses dérivations de la Seine, qui étaient de véritables canaux d'assainissement pour les marais, y étaient franchies par un nombre considérable de ponts». Ainsi, durant le XIIIe siècle, écrit encore Mesqui, «les ponts utilisés pour la circulation de transit étaient d'abord ceux qui franchissaient les fossés de la ville», puis, «le pont de la porte Saint-Jacques donnait à l'extérieur de la ville, conduisant au Pont-Hubert sur le bras principal de la Seine». Le péage de ce dernier ouvrage étant prélevé par le chapitre Saint-Pierre jusqu'en 1754. Puis la rue Roger-Salengro franchit le canal du Labourat, un des nombreux ouvrages réalisés pour protéger Troyes des inondations de la Seine. La liaison entre Pont-Sainte-Marie et Troyes -pourtant proches- n'a effectivement pas toujours été simple en raison des ravages dus à la montée des eaux: ainsi, «lors des crues considérables de 1750 et 1754, écrit Jacques Schweitzer sur son très riche site d'histoire troyenne (jschweitzer.fr), le maire de Troyes est obligé d’employer pendant plusieurs jours, plus de 200 ouvriers qui sont relevés la nuit, par un pareil nombre, éclairés avec des flambeaux et des pots à feu, pour travailler, sans discontinuer, aux ouvrages de la Seine, à réparer des vannes que les grandes eaux ont considérablement endommagées, et rétablir les chaussées en danger d’être emportées, ce qui aurait causé la ruine des faubourgs et rompu les communications des routes d’Allemagne et de Champagne».

A Pont-Ste-Marie, peu avant Troyes, les RN60 (D960) et RN77 historiques franchissent la Seine sur le même pont. Photo: Marc Verney, janvier 2010.
Ambiance nocturne hivernale dans le vieux Troyes. Photo: Marc Verney, janvier 2010.

En 1959, l’avenue Robert-Schumann traverse le quartier du Labourat et aboutit au carrefour de l’Europe ou se mêlent les trafics de la R.N.60 et de la R.N.77 avec ceux de la R.N.19. Auparavant, l’ancien chemin aboutissait aux portes de Troyes par l’avenue des Martyrs-de-la-Résistance, voit-on sur la carte d’état-major du XIXe siècle publiée sur le Géoportail de l’IGN. Mais c'est juste après avoir emprunté l’avenue du Premier-Mai que l'on arrive réellement dans l'une des plus belles cités de l'Hexagone. Car voilà, dans un secteur central de 53 ha, qui prend la forme d'un bouchon de... champagne (ça pétille!) une incroyable concentration (unique en France) de maisons à pans de bois... nous emmenant à chaque pas au coeur du Moyen-Age!! «Les premières traces d’habitat permanent dans la région datent de la fin du VIe siècle avant JC», écrit le site tourisme-troyes.com. Ville ouverte, «elle paraît s’être développée d’est en ouest, le long des voies romaines. Mais les pillages des invasions germaniques obligent les habitants à se replier derrière des remparts dès la seconde moitié du IIIe siècle», raconte encore ce site. En 451, gros coup de chance... la ville échappe aux hordes des Huns d’Attila grâce à l’intercession de son évêque, saint Loup, qui va -en personne- négocier avec le «Fléau de Dieu»... La ville, pourtant saccagée par les Normands au IXe siècle, va connaître un premier «âge d’or» au temps des grandes foires de Champagne (XIIe, XIIIe siècles); les comtes Henri Ier le Libéral et Thibaut IV, y développent l’artisanat, textile, cuir, parchemin, ou bien encore métiers de la construction. La cité triple de superficie et compte de 20.000 à 30.000 habitants: c’est l’une des plus grandes et des plus riches de France. En 1284, Troyes, Champagne, et Navarre, sont réunies à la Couronne de France par le mariage de Jeanne de Navarre, dernière comtesse de Champagne, avec le futur roi Philippe le Bel. Après le grand incendie de 1524, la ville ancienne prend l’aspect qu’on lui connaît aujourd’hui. Ainsi, précise le site ville-troyes.fr, «de nouvelles rues sont créées et de nombreuses maisons à pan de bois et des hôtels particuliers en pierre caractérisés par le "damier champenois" sont érigés». Plus tard, au cours du XVIIIe siècle apparaissent les premiers métiers à bonneterie, une activité industrielle qui confèrera durablement à Troyes son titre de capitale de la bonneterie. Enfin, dès les dernières années du XIXe et au début du XXe siècle, Troyes connaît des mutations importantes: «les fortifications sont rasées et remplacés par des boulevards, les rues sont alignés et le tramway investit la ville», explique encore ville-troyes.fr. Quelques petites précisions: «L'inscription des rues au moyen de plaques en tôle ne date à Troyes, que de 1766, et l'éclairage de certaines rues, de 1768», indique l'ouvrage Les rues de Troyes anciennes et modernes.

R.N.19: PAR ICI L'HELVETIE!
En 1959, il faut parcourir 490 kilomètre pour joindre Paris à Bâle, en Suisse, en passant par Troyes, Chaumont, Langres, Belfort et Saint-Louis, non loin de Mulhouse... (lire)

R.N.60: LES VOIES DE JEANNE...
Entre Orléans et Toul via les belles cités de Sens et Troyes, voici une route qui vit au rythme de la grande histoire de France... Jeanne d'Arc, nous voilà!! (lire)

R.N.71: LA SEINE SUR UN PLATEAU
Au fil de la Seine, une belle promenade qui nous fait emprunter le trajet de la N71 historique entre Troyes et Dijon. On vous le dit: une sacrée mise au vert... (lire)

On sort de Troyes par l’avenue Pierre-Brossolette qui traverse le faubourg de Croncels. La porte de ce faubourg, appelée «porte du Saint-Esprit» ou «porte de Bourgogne», parce qu'elle donne sur cette province est, nous signale l’historien local Jacques Schweitzer, «la plus ancienne» de la cité. L’endroit a vu passer des multiples «célébrités» dirait-on aujourd’hui… de Louis XIII à Napoléon Ier! En 1808, la porte n’existe plus, «remplacée par des barrières de bois, qui ferment l’entrée de la ville au midi», écrit encore Jacques Schweitzer sur son riche site Troyes, d’hier à aujourd’hui. Après avoir laissé partir sur la gauche l’ancienne R.N.71 vers Dijon, voilà l’avenue Anatole-France qui prend la direction de Saint-Germain par le quartier des Bas-Clos. En direction de Saint-Florentin, le Tableau statistique du département de l'Aube de 1801 écrit que la route de Sedan à Nevers, n'était «point ouverte» avant d'arriver à Auxon. De fait, sur la carte d’état-major (1820-1866) publiée par l’IGN, le bel alignement que l’on voit depuis Troyes s’interrompt à Souligny, peu avant Bouilly. Mais cela ne veut pas dire qu’on ne trouvait pas d’axe routier dans la région… La carte de Cassini (XVIIIe) mentionne un «chemin de Tonnerre et d’Auxerre» passant entre Bouilly et Roncenay qui est qualifié de «voie romaine» par la carte IGN contemporaine. Cette voie croise le tracé actuel de la R.N.77 au sud de Villery tout en se prolongeant par un embranchement dénommé «chemin des Romains» vers Auxon. Mais on voit aussi, tant sur Cassini que sur la carte d’état-major du XIXe une voie sortant de Bouilly s’attaquer à la colline recouverte par la forêt communale du précédent village… Puis ce chemin escarpé redescend vers Sommeval avant de s’étendre en ligne droite vers Auxon par Roiselée… Donc, force est de constater que la R.N.77 d’aujourd’hui a repris le chemin des Romains… Mais à quelle date? Le fait est, que sur la carte au 1/200.000 de 1884 publiée par CartoMundi, la R.N.77 fait la boucle par Villery, le Cheminot et Chamoy en délaissant le rude tracé par la colline (D72 puis D89 aujourd’hui). Wikisara avance des dates plus précises pour cette importante rectification: de 1850 à 1852 pour la section comprise entre Auxon et Bouilly. Pour sa part, le site mairie-de-bouilly.fr donne la date de 1844 pour «la décision de la rectification du tracé de la route impériale n°77». Cette commune décida d’ailleurs, dans la foulée, de «la construction d'une gendarmerie au nouveau carrefour, dans l'angle de la courbe, pour un coût de 20.000 francs», écrit encore le bien documenté site municipal du village.

Ancien tracé vers Sommeval, aujourd'hui D89 (photo: Marc Verney, janvier 2017).
Vers Crésantignes (photo: Marc Verney, janvier 2009).
A Villeneuve-au-Chemin (photo: Marc Verney, janvier 2017).

Notre chaussée de Sedan à Nevers se rapproche maintenant lentement de la Bourgogne en longeant désormais le massif de la forêt d’Othe. Voilà Villery, où Clovis, le roi des Francs accueille Clotilde en 493 pour leur mariage... puis Chamoy et Auxon, que la route traverse au niveau du lieu-dit le Péage. Après Villeneuve-au-Chemin, la chaussée pénètre dans l'Yonne. Une étude issue de l’Annuaire historique de l’Yonne menée en 1983 par le Centre auxerrois de l’université pour tous de Bourgogne évoque notre route, «une des premières achevées dans le département, sans aucun doute la plus mauvaise… En l’an XI (1802, 1803, NDLR), elle avait à peine 3500 mètres de chaussée régulière. Le surplus, ou était pavé en pierres brutes appelées à l’époque "têtes de chat", ou reposait tout simplement sur la roche dénudée, ou enfin n’existait encore qu’à travers champs»… Passé le village de Villeneuve, la voie d’Auxerre figurant sur la carte de Cassini (XVIIIe) s’écarte du tracé actuel en «sautant» Neuvy-Sautour et en redescendant vers Saint-Florentin et le val d’Armance en passant sous Turny. Sur la carte IGN de 1955 publiée par notre précieux Géoportail, cette voie porte, comme plus haut, l’appellation «chemin des Romains». Mais en 1855, rien de tout cela… Lisons le compte-rendu de ce voyageur retrouvé par le Centre auxerrois de l’université pour tous de Bourgogne: à la sortie de Neuvy-Sautour (côte rectifiée dans la deuxième moitié du XIXe siècle), «la grande route descend par une pente assez rapide le versant sud-ouest de la colline, et arrive au hameau de Courcelles, qui possède une petite chapelle restaurée récemment (…). La grande route s’avance ensuite en ligne droite et bordée d’arbres vers Saint-Florentin, en traversant le hameau de Montleu». C’es l’exact trajet de la chaussée de 1959, qui entre dans Saint-Florentin par la rue du Faubourg-Saint-Martin. C'est dans cette petite ville des bords de l’Armance que la route n°77 croise la «route blanche» Paris-Genève (la R.N.5 historique, genèse de ce site). Un peu d’histoire locale: «après la période de prospérité romaine, indique le site saint-florentin.fr, la ville fut un point défensif convoité et connut de nombreux combats sous ses murs». C’était donc, écrit –un tantinet lyrique- Félix Pigeory dans l’Histoire de la ville de Saint-Florentin et de sa cathédrale, «un point redoutable, hérissé de bastions, de remparts et de fossés, citadelle immense qui se développait avec ses créneaux, ses mâchicoulis et son appareil de guerre aux flancs d’une montagne dont le sommet avait été occupé durant les premiers âges par un château fort». Assiégée par les Normands en 866, la cité passe sous la coupe de la Bourgogne, puis de la Champagne, «puis est rattachée au royaume de France au XIVe siècle», raconte le Guide Bleu Bourgogne-Lyonnais de 1965.

A Neuvy-Sautour (photo: Marc Verney, janvier 2017).
A la sortie de Neuvy-Sautour, le court délaissé de l'ancienne route nationale est gratifié d'une plaque "route Ancienne R.N." (photo: Marc Verney, janvier 2017).
Aux portes de Saint-Florentin, sur l'ancien tracé de la R.N.77, on trouve ce vieux panneau en métal (photo: Marc Verney, janvier 2017).

L'agglomération est aujourd'hui déviée depuis 1985 (Wikisara), mais on ne peut rater l'église (fin du XVe) qui domine, juchée sur son tertre, les anciennes maisons à colombage. Au début du XIXe siècle, la route impériale n°77 passe par la Grande-Rue et rejoint la voie menant à Tonnerre et Dijon à la hauteur du relais Juhan, une des auberges les plus connues de la ville. Là, il s’agissait ensuite de descendre la très pentue rue du Faubourg-d’Aval, très risquée par temps pluvieux ou de verglas… La situation des voiries est d’ailleurs un souci à Saint-Florentin: en 1873, les riverains se plaignent de la Grande-Rue qui est «dans le plus déplorable des états de dégradation; ce ne sont que cloaques où stagnent les eaux ménagères, profondes ornières qui se sont creusées à la longue dans le pavage en raison du trafic important dû au passage des gros bois de charpentes et des charbons de la forêt d’Othe se rendant au canal de Bourgogne», lit-on dans l’ouvrage de Jean Millot, Saint-Florentin, Avrolles au XIXe siècle. Entre 1844 et 1850, on améliore quand même la traverse de Saint-Florentin en évitant la redoutée descente de la rue du Faubourg-d’Aval… Les routes n°5 et 77 passent dès lors par la nouvelle rue Mont-Armance, prise en partie sur le chemin du Moulin-Neuf et quelques jardins peu bâtis. En face de nous, se trouvent maintenant les deux ponts en pierre construits en 1674 sur l’Armance. Très abîmés par le trafic incessant et les crues de la rivière, on «envisage de les remplacer, nous dit Jean Millot, à la fin du XVIIIe siècle, notamment à partir de 1790, alors que la route de Troyes à Auxerre, en cours de travaux, est déjà à moitié réalisée»… On n’en saura hélas pas plus…

R.N.5: LA SUISSE PAR MONTS ET PAR VAUX
La N5 Paris-Genève-St-Gingolph va quasiment disparaître à la suite du vaste déclassement des routes nationales en 2006... On aborde ici le tronçon Saint-Florentin-Tonnerre. (lire)

Panneaux de la RN77 à Pontigny. Photos: Marc Verney, janvier 2010.
Pont de Pontigny sur la rivière Serein. Photo: Marc Verney, janvier 2010.

Dès la sortie de Saint-Florentin, une chaussée surélevée mène à Pontigny et à sa belle abbaye. Ce n’était pas le cas au début du XIXe siècle. Il existait, à cette époque, une lacune de la chaussée entre Saint-Florentin et Pontigny «sur une longueur de 10.357 mètres» signale l’Annuaire historique du département de l’Yonne (1856), la carte de Cassini (XVIIIe) montrant tout de même un sinueux «chemin d’Auxerre à Troyes» passant par Vergigny. Les travaux d’amélioration intervinrent au milieu du XIXe siècle; en même temps, «les abords dangereux du pont de Pontigny furent (aussi) améliorés» et la chaussée menant à Saint-Florentin sera amenée, écrit encore l’Annuaire historique du département de l’Yonne «à un état qui ne contraste pas trop avec nos besoins de rapides communications»… A Pontigny, une première implantation religieuse remonte à 1114. Des moines venus de Citeaux défrichent des terrains sur les rives du Serein. Puis, à partir de 1240, les pèlerins affluent à Pontigny pour y saluer les reliques de Saint Edme, un archevêque anglais. Plus tard, vers la fin du XIIIe siècle, des maisons en bois sont élevées en bordure des murs du monastère. Le village se développe au cours du XVIe siècle avec la fabrication de tuiles et de carreaux de terre cuite. Sur le site internet du bourg, mairie-pontigny.fr, Jean-Luc Benoît raconte qu’avant la Révolution, en direction d'Auxerre, «le long de ce qui est aujourd'hui la nationale 77, on ne trouvait que très peu d'habitations: l'ancienne route devait passer plus près de Venouse, non loin d'une autre ferme de l'abbaye, la grange de Beauvais. La route d'Auxerre telle que nous la connaissons aujourd'hui fut probablement tracée au XVIIIe siècle en coupant en biais de nombreuses parcelles de terrain, ce qui explique la curieuse position des constructions actuelles par rapport à cette route; c'est là une des particularités des maisons de Pontigny». A la Révolution, comme souvent, l'abbaye est fermée et ses pierres servent à la construction de bâtiments alentours. Seule reste l'église, qui en impose par ses dimensions respectables.

Cadet Roussel à Auxerre. Natif d'Orgelel dans le Jura en 1743, il s'installe en Bourgogne vingt ans plus tard... Photo: Marc Verney, janvier 2010.

Encore 17 km et la route atteint Auxerre, l'une des cités, nous dit le Guide Bleu Bourgogne-Lyonnais, «les plus riches en monuments religieux du haut Moyen Age». C'est dire si l'étape s'avère indispensable... Avant 1847, notons que la route, pour atteindre Auxerre, passait par la Belle-Etoile, Egriselles, un tracé parfaitement visible sur la carte IGN publiée par le Géoportail qui mentionne ici une «ancienne route de Troyes» appelée parfois «voie romaine» filant droit à travers le paysage et aboutissant sur l’avenue d’Egriselles (D124). La cité auxerroise –ou j’ai toujours plaisir à faire halte- doit son existence à sa position, au croisement d'une voie romaine et d'une route de foires est-ouest. La vieille ville (placée sur une butte) est située sur les bords immédiats de l'Yonne. On y remarque immédiatement la silhouette de la cathédrale Saint-Etienne formant sa skyline... Auxerre (en bon Bourguignon on prononce Ausserre!) est évoquée dans l'oeuvre de l'écrivain atypique Restif de la Bretonne, natif de Sacy, à côté de Vermenton. On signalera enfin que le fameux «Cadet Roussel» de la chanson, Me Roussel (1743-1807) a travaillé non loin de l'arcade de la tour de l'Horloge comme huissier. A Auxerre, tous les chemins mènent… au pont! Auxerre, un document édité en 1998 par le ministère de la Culture évoque l’histoire du franchissement de l’Yonne: tout d’abord, «en 1266, Saint Louis ordonne la construction du pont». Fortifié au XIVe siècle, il est déclaré en «mauvais état» un siècle plus tard. Ce qui déclenche des travaux de réfection très poussés à partir de 1621 car il est finalement entièrement refait à cette époque. Sous l’Ancien Régime, le pont comptait douze arches; il n’en avait plus que neuf en 1835. Enfin, il est élargi «à 11 m entre 1854 et 1857» et «rénové» en 1986. Traversée l'Yonne, il faut suivre la direction de Clamecy, à gauche après le pont. Notre chaussée suit en partie les boulevards de ceinture créés au XIXe siècle et situés sur les anciennes remparts de la ville. On tourne encore une fois à gauche vers le faubourg Saint-Amatre et la rue Bourneil. Celle-ci, bordée de jardins au XVe et XVIe siècles, ne s’est urbanisée que tard au XIXe.

R.N.6, LA ROUTE DES ALPES
Auxerre, Chalon, Mâcon, Lyon, Chambéry, suivez le jeu de piste de la N6 historique (1959) jusqu'en haut du col du Mont-Cenis. Ca décoiffe de visiter les belles routes des Alpes... (lire)

Il est nécessaire de faire ici un petit point sur la numérotation des routes: l'axe Auxerre-Clamecy porte aujourd'hui le n°151. Il n'en a pas toujours été ainsi: en 1959, c'est bien la R.N.77 qui se poursuivait au delà d'Auxerre alors que la RN151 (qui passait d'ailleurs aussi par Clamecy), rejoignait la R.N.6 un peu en amont d'Avallon en traversant Vézelay. Dans l'Annuaire historique du département de l'Yonne (1856), on note que la chaussée de Vallan à Gy-l'Evêque ne remonte qu'à 1833 et que celle d'Auxerre à Vallan (soit 6 km) ne fut en partie remaniée et rectifiée qu'en 1844. Ces différents chantiers furent au XIXe siècle d'ailleurs à la base d'un pataquès administratif bien coutumier des ponts et chaussées... Il s'agissait de projeter la déviation de la route n°77  jusqu'au lieu-dit le Bouchet sur la R.N.6 peu avant Cravant et de faire repartir la n°77 de là afin qu'elle suive la vallée de l'Yonne jusqu'à Coulanges-sur-Yonne... Le projet qui a fait couler beaucoup d’encre n’a pas abouti. Et en reprenant le tracé effectif de l’ancienne R.N.77, on notera au passage que le bourg de Vallan a toujours été très convoité pour ses sources, qui ont alimenté Auxerre jusqu'en 1882. Au sud de Gy-l’Evêque, l’ancien tracé passe par les bois Perreau. Plus au sud encore, au niveau du lieu-dit la Charbonnière, l’ancien «chemin d’Auxerre» file jusqu’à Courson par les Moulins et entre dans le village par la rue du Faubourg. Une rectification sera opérée ici à partir du milieu du XIXe siècle (Documents statistiques sur les routes et ponts). A Courson-les-Carrières, notre chemin croise la R.N.450, qui héberge sur une grande partie de son trajet la sémillante «route buissonnière» de Paris à Lyon… «La découverte de nombreux vestiges gaulois et gallo-romain, raconte le site cc-forterre-valdyonne.fr, fait remonter l’histoire de Courson au tout début de notre ère. Ainsi au Ier siècle, l’exploitation des carrières de pierre de taille était déjà signalée». La R.N.77 historique (R.N.151 auj.) traverse la forêt de Frétoy, passe le lieu-dit la Fringale et arrive sur les bords de l’Yonne.

Au sud d'Auxerre (photo: Marc Verney, janvier 2017).

LE COUP DE LA "ROUTE BUISSONNIERE"
Route alternative et vraiment mignonne pour rejoindre Lyon, la "route buissonnière" sillonne depuis Nemours des régions un peu oubliées et pleines de charme... (lire)

A Coulanges-sur-Yonne, l'ancien pont (à gauche) a fait son temps (photo: Marc Verney, janvier 2017).

Quarante-trois kilomètres au sud d'Auxerre, voilà Coulanges-sur-Yonne. Dans cette ancienne colonie romaine, les comtes d'Auxerre construisirent autour de 1190 un pont et un château qui fut utilisé en 1360 par Edouard III d'Angleterre pour regarder ses troupes passer l'Yonne. Etre installé sur un point stratégique n'est pas toujours synonyme de belle vie: jusqu'au XVIe siècle, les interminables guerres ruinent la région qui connaît la famine et les massacres. L’ancienne chaussée, lit-on dans «Les routes impériales dans l’Yonne de 1830 à 1914», «abordait le bourg au bas d’une descente rapide s’achevant par un virage à angle droit. Cent mètres plus loin, nouveau virage conduisant au pont sur l’Yonne. Les accidents furent nombreux, et les plaintes de la municipalité traduisant celles des habitants se multiplièrent, soulevant d’ailleurs d’ardentes polémiques. A noter que dès 1859 le conseil général de l’Yonne se préoccupait de l’étroitesse du pont et réclamait son élargissement». L’ancien pont de 1694 a été remplacé, bien après les années cinquante, par un nouvel ouvrage qui évite désormais les acrobatiques virages du bourg… Encore une poignée de kilomètres et voilà la petite ville de Clamecy (Nièvre), installée au confluent de l’Yonne et du Beuvron. Cassini ne mentionne aucune chaussée d’importance entre Coulanges et Clamecy alors qu’un chemin est dessiné sur la carte d’état-major (1820-1866) publiée par le Géoportail. C’est que les tracés de routes dans la région ont été longtemps discutés (disputés?)… On fait d’abord passer la route Clamecy-Prémery par Amazy et Brinon (soit la D34). Après le milieu du XIXe semble-t-il, ce projet est remplacé par un tracé traversant Champlemy et Varzy… Bref, c’est compliqué… En tout cas, en 1959, à Clamecy, la R.N.77, qui vient d’Auxerre, prend la direction de Corvol-l’Orgueilleux et la R.N.151 file à l’est vers Vézelay.

A l'entrée de Clamecy, en venant d'Auxerre (photo: Marc Verney, janvier 2017).
En direction de Corvol-l'Orgueilleux (photo: Marc Verney, février 2009).

La cité a connu son heure de gloire à l'époque du flottage du bois (XVIe-XIXe siècles). Du port de Clamecy, portées par le courant, descendaient en effet directement sur Paris des bûches de bois qui alimentaient les chauffages de la capitale. Pour comprendre l'importance de ce commerce, il faut tout simplement savoir qu'en 1804, par exemple, 90% du bois de chauffe parisien était fourni par la région de Clamecy... L'ultime convoi fluvial de bois quittera le port de la cité en 1923. A voir aussi dans la ville, le musée d'art et d'histoire Romain-Rolland (belle salle sur le flottage) et l'église Notre-Dame de Bethléem, bâtie en 1927, qui rappelle, qu'après la disparition du royaume de Jérusalem en 1225, les quelques cinquante évêques de Bethléem ont vécu ici jusqu'à la Révolution! Voici d’ailleurs le faubourg de Bethléem, qui rappelle cet épisode historique, où l’on tourne à droite pour emprunter le Grand-Pont sur l’Yonne. Annie Delaitre-Rélu, qui anime Les pages clamecycoises, un site personnel très documenté sur l'histoire de Clamecy, raconte qu'un ouvrage en bois fut remplacé ici au XVe siècle par un pont en pierre hélas très fréquemment endommagé par les crues. Réparé, voire reconstruit tout au long du XVIIIe siècle, on lui offre un successeur en 1815. La réalisation de ce nouvel ouvrage «en dos d'âne», relate encore Annie Delaitre-Rélu «durera treize ans». Mais, après la crue «mémorable du 4 mai 1836», il faut à nouveau refaire le passage sur l'Yonne. C'est le pont actuel, qui s'ouvre sur les rues Jules-Renard (ex-rue Neuve) et de la Gravière. En 1878, dans le centre-ville, la «route de Nevers à Sedan» n°77 emprunte le pont sur le canal du Nivernais (ce dernier remplacé ici depuis 1900 par l’avenue de la République) puis la rue Thiers. Le Beuvron (pont du XVIIIe) est franchi à la hauteur du quai du même nom puis on oblique dans la rue de Pressures pour sortir de Clamecy. On prend donc désormais la direction de Corvol-l'Orgueilleux (D977). Mais on va se rappeler que l’écheveau des routes, ici, n’est pas simple à démêler… En 1845, voit-on sur la carte au 1/80.000 publiée par CartoMundi, cette chaussée se dirige à l’ouest vers Entrains et Saint-Amand-en-Puisaye sans qu’il soit question d’un embranchement au sud vers Prémery… De son côté, la chaussée de Varzy, qui sort de Clamecy par la rue du Crot-Pinçon rejoint la Charité-sur-Loire et il n’y a pas d’embranchement vers Prémery non plus. Ne reste plus que la route en direction de Villiers-sur-Yonne, Amazy et Brinon (soit la D34) qui descend jusqu’à Saint-Revérien d’où l’on se dirige vers Prémery. Sur la carte au 1/200.000 (1881) de CartoMundi, c’est fait… notre R.N.77 passe bien vers Corvol-l’Orgueilleux et traverse Varzy, Champlemy pour atteindre Prémery. Difficile de trouver les bonnes dates sur ce secteur… On notera donc qu'en lisant les dates et extraits de lois et ordonnances relatifs aux rectifications de routes royales, il est stipulé en août 1839, «que la route royale n°77, de Nevers à Sedan, entre Prémery et Clamecy, sera dirigée par Champlemy et Varzy au lieu de passer par Brinon». Mais encore fallait-il que les chaussées adéquates existent…

Plaque de cocher à Varzy (photo: Marc Verney, janvier 2017).

Après dix-neuf kilomètres, nous voici à Varzy. C'est de là, qu'en 1959, la R.N.151 quittait la route de Nevers à Sedan pour se diriger en direction de l'ouest vers Bourges après s’être «fondue» dans la R.N.77 depuis Clamecy. Depuis 1973, c’est la départementale 33 Clamecy-Varzy qui a été réaffectée au tracé de la R.N.151. Dès le début du Moyen Age, Varzy a appartenu aux évêques d'Auxerre. Le bourg était une étape sur le chemin de Compostelle. Non loin de ce village, indique Romain Baron, un historien du Nivernais, dans les Cahiers du val de Bargis, «la route départementale 102, du hameau de Rémilly en direction de Varzy, emprunte le tracé d'une voie romaine allant de Nevers à Auxerre». A la sortie, la route de Nevers, sur laquelle on travaille ici depuis 1843 (Wikisara), quitte la route de la Charité et monte à travers bois (rectification visible sur les cartes publiées par le Géoportail) puis redescend en direction de Champlemy où se trouve la source principale de la Nièvre. Peu après, à la hauteur de Giry (imposant château), se trouve, un peu à l'écart de la vieille nationale, la butte de Montenoison (417 m d'altitude). Là, dans le coin, se croisaient deux voies romaines; il y reste aujourd'hui les ruines d'un château du XIIIe siècle. Le détour est conseillé. Et puis, juste avant Prémery, venant de l'est, la R.N.77 bis rejoint sa «grande sœur». Cette chaussée «bis» projetée dès 1837 et réalisée dans la foulée afin de relier les pays de Loire à Dijon est très intéressante pour le tourisme. Elle part de Sombernon (Côte d'Or) et coupe le Morvan en diagonale tout en y desservant nombre de ses curiosités: à commencer par le saut de Gouloux (le «Niagara» morvandiau...).

R.N.77bis: LA TRAVERSEE DU MORVAN
La RN77bis de 1959 relie Nevers à Sombernon en passant par le Morvan. Une route de jolies courbes à suivre ici (lire)

Le bourg de Prémery est environné de collines verdoyantes. Jusqu'à la Révolution, indique le site mairie-premery.fr, ce gros village reste fief des évêques de Nevers, comtes de Prémery. En 1959, on y entre par la rue des Ponts-de-Varzy puis on chemine le long de la Grand-Rue. «Pendant des siècles, écrit encore le site municipal, l'économie prémerycoise fut basée sur l'agriculture: on y cultivait la vigne, d'importants marchés aux grains drainaient vers le bourg une clientèle rurale grâce à laquelle commerce et artisanat prospérèrent. La vente des coupes de bois permit des travaux d'urbanisation et de voirie. L'histoire "récente" de Prémery a été marquée par l'arrivée de Belgique, en 1886, de la famille Lambiotte, venue pour créer une usine de carbonisation et de distillation du bois. Toute la ville s'organise autour de cette activité industrielle jusqu'à sa disparition totale en 2002».

Au sud de Varzy (photo: Marc Verney, janvier 2017).
Giry et son château, au bord de la chaussée (photo: Marc Verney, janvier 2017).
Au Gué-d'Heuillon (photo: Marc Verney, janvier 2017).

Encore une quinzaine de jolis kilomètres le long de la Nièvre de Prémery et voilà Guérigny, dernier bourg d'importance avant Nevers. «Profitant des ressources naturelles environnantes, principalement le minerai de fer, les forêts de chênes et de nombreux cours d’eau», Pierre Babaud de la Chaussade, un natif de Bellac dans le Limousin, «implante et développe ici des forges royales», écrit le site municipal ville-guerigny.fr. Du coup, Guériqny devient, aux XVIIIe et XIXe siècles, la commune la plus importante du Val de Nièvre et par la suite un chef-lieu de canton: le centre-bourg est reconstruit, les zones industrielles s'étendent... «Les Forges de la Chaussade constituaient au XVIIIe siècle l’une des manufactures les plus importantes de France. Elles furent achetées par le roi Louis XVI en 1781. Spécialisé dans la fabrication de pièces pour la marine, l’établissement a poursuivi son activité à Guériqny jusqu’en 1971 en qualité de Forges nationales de la Marine», précise encore le site municipal. Il reste 14 kilomètres à parcourir pour atteindre Nevers, sur les bords de la Loire. Deux rectifications à noter: celle du Gué-d’Heuillon et celle de Pont-Saint-Ours, où l’on peut admirer un ancien ouvrage sur la Nièvre. Voilà désormais Coulanges-lès-Nevers où l’on entre par l’avenue du 8-Mai-1945. Les forges et la recherche du minerai de fer forment l’histoire passée de la commune qui jouxte la ville de Nevers. Ville au riche patrimoine historique, Nevers est la cité natale de Pierre Marie Jérôme Trésaguet, ingénieur français, créateur du corps des cantonniers et inventeur au XVIIIe siècle d'un nouveau procédé de revêtement routier. La R.N.77 s’achève ici sans tambours ni trompettes, au beau milieu du faubourg industrieux de Sainte-Vallière.

Marc Verney, Sur ma route, février 2019
L'arrivée à Nevers (photo: Marc Verney, janvier 2017).

R.N.79: DU CHAROLAIS AU JURA
En 1959, la route nationale 79 nous conduit de Nevers à La Cluse sur la commune de Montréal-la-Cluse dans le département de l’Ain (monts du Jura). Des paysages plein la vue!(lire)

R.N.78: LE JURA PAR LE MORVAN
La RN78 de 1959 relie Nevers à St-Laurent en Grandvaux en passant par le Morvan, les beaux vignobles de Bourgogne et Lons. Une route pleine d'histoires à suivre ici (lire)

R.N.7: LA ROUTE DES MILLE BORNES
La N7 est sans doute la plus connue de nos nationales historiques. Voilà la plus sympathique des balades vers la Côte d'Azur... A la hauteur de Nevers, la route quitte la Loire pour suivre l'Allier (lire)

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