Ancienne borne Michelin de la N7 située à Evry, en contrebas de la voie rapide actuelle. (photo: MV, décembre 2007).
Sur la N7, voici une étonnante borne peinte sur le mur d'une habitation. En 2009, la borne métallique a disparu. (photo: MV, avril 2007).
AVERTISSEMENT: les photos et dessins de ce site sont soumis au droit d'auteur. Pour toute autre utilisation, contacter l'auteur. Merci de votre compréhension...
Localités traversées et desservies par la N7 de 1959 entre Paris et Nevers:
Paris
Le Kremlin-Bicêtre
Villejuif
Chevilly-Larue
Thiais
Rungis
Orly (aéroport)
Paray-Vieille-Poste
Athis-Mons
Juvisy-sur-Orge
Viry-Châtillon
Grigny
Ris-Orangis
Evry-Petit-Bourg
Corbeil-Essonnes (N191)
Le-Plessis-Chenet
Ponthierry
Pringy
Chailly-en-Bière
Fontainebleau (N5, N51)
Bourron-Marlotte (Pavé-du-Roi)
Grez-sur-Loing
Nemours
Souppes-sur-Loing
Dordives
Fontenay-sur-Loing
Montargis (N60)
Mormant-sur-Vernisson
La Commodité
Nogent-sur-Vernisson
Les Bézards (N140)
La Bussière
Briare
Bonny-sur-Loire (N65)
Neuvy-sur-Loire
La Celle-sur-Loire
Myennes
Cosne-sur-Loire
Maltaverne
Pouilly-sur-Loire
Mesves-sur-Loire
La Charité-sur-Loire (N151)
Tronsanges
Pougues-les-Eaux
Varennes-Vauzelles
Nevers (N77, N78, N79)
Borne de limites départementales entre la Seine-et-Marne et le Loiret. Elle est située au nord de Dordives (photo: MV, avr. 2007).

Documentation sur la N7

C'est un formidable précurseur des promenades sur les routes de France. Le site de Thierry Dubois emmène l'automobiliste virtuel sur les traces des vacanciers des années 60, lorsqu'ils empruntaient la fameuse nationale 7 pour rejoindre les campings de la Méditerranée... Thierry est également le talentueux dessinateur de plusieurs ouvrages consacrés aux routes du soleil, dont C'était la Nationale 7, la Route Bleue, la Route Nationale 6 aux éditions Drivers. (lire)

Plusieurs forums sont consacrés à la RN7, dont celui-ci, évoquant la route des anciens temps. On y trouve notamment de nombreuses photos et cartes postales des anciens tracés. (lire)

A lire aussi, l'ouvrage de Thierry Nélias, Histoire de la Nationale 7, aux éditions Pygmalion. Etape par étape, l'auteur nous emmène le long d'un axe, riche de nombreuses haltes gastronomiques et délicieuses... On peut citer également Redécouvrir la Nationale 7, par Dominique Pagneux aux éd. Ouest-France et Eternelle Nationale 7, de Jean-Paul Naddeo et Marie-Sophie Chabres (Gründ).

Enfin, le site internet Rendez-vous nationale 7 montre de nombreuses vues de cette route chère à l'imaginaire des voyageurs et des routiers. (lire)


Page Wikisara consacrée à l'ancienne R.N.7 (lire)

Panneau Michelin situé à Montargis, juste à côté du pont sur le Loing (photo: MV, avr. 2007).
Plaque de l'ancienne RN7 située au centre de Montargis, au croisement avec le trajet de la N60 historique (photo: MV, mai 2008).
Documentation et sources: Atlas Michelin des Grandes Routes de France (1959); Atlas routier et touristique France (Michelin, 2014); carte 150 km autour de Paris, Michelin (1970); carte Auxerre-Dijon n°65 (Michelin, révisée en 1939); carte Environs de Paris n°95, Michelin (1955); carte Paris-Chaumont n°61 (Michelin, 1941); Sorties de Paris n°100, Michelin (1965); Plan Maxi Banlieue (éd. L'indispensable); Croix et monuments de la forêt de Fontainebleau, A. Vincent (1927); Dictionnaire historique et artistique de la forêt de Fontainebleau, Félix Herbet, Maurice Bourges imprimeur (1903) Guide Bleu des Environs de Paris (Hachette, 1924); Guide Bleu de la France automobile (Hachette, 1954); Guide classique du voyageur en France, Richard, L. Maison (1854); Histoire de Nevers, M Chabrolin, JB Charrier, JP Harris, B Stainmesse, é. Horvath (1984); Histoire de Paris et de ses environs, M.J. De Gaulle, P.M. Pourrat frères, éditeurs (1841); Histoire des routes de France, du Moyen Age à la Révolution, Georges Reverdy, Presses de l’ENPC (1997); Histoire du Nivernais, Alfred Massé, Boivin et Cie éd. (1958); Histoire du Kremlin-Bicêtre, l’identité d’une ville, Madeleine Leveau-Fernandez, mairie du Kremlin-Bicêtre (1997); Histoire physique, civile et morale des environs de Paris, Jacques-Antoine Dulaure, Guillaume (1828); «Le Kremlin-Bicêtre : un petit air de Russie... et d'Angleterre», Christine Mateus, Le Parisien (août 2007); «Les années françaises de Deng Xiaoping», Geneviève Barman, Nicole Dulioust, dans Vingtième Siècle (octobre-décembre 1988); «L'horloge de l'usine Géo démontée aujourd'hui au Kremlin-Bicêtre», Le Parisien (25 août 2005); «Montargis, base arrière de la révolution chinoise», la Dépêche du Midi (septembre 2006); Rapport du préfet au Conseil général de la Nièvre, JM Fay imprimeur (1859); Recherche sur les routes anciennes dans le département de Seine-et-Oise, A. Dutilleux, impr. de Cerf et fils (1881); Redécouvrir la Nationale 7, Dominique Pagneux, éd. Ouest-France (2010); Routes de France du XXe siècle, 1900-1951, Georges Reverdy, Presses de l’ENPC (2007); Topic Topos; bonny-sur-loire.fr; corbeil-essonnes.com; mairie-chailly-en-biere.fr; paray-vieille-poste.fr; mairie-pringy77.fr; onf.fr; ville-chevilly-larue.fr; ville-imperiale.com; ville-villejuif.fr; viry-chatillon.fr; Wikipédia; Wikisara. Remerciements: l'Association de recherches historiques Fil d'Ariane de Saint-Fargeau-Ponthierry, la BPI du centre Georges-Pompidou, la Bibliothèque du tourisme et des voyages de la ville de Paris, l’IGN et son site Géoportail.
Indication du château des Pêcheurs à La Bussière, non loin de l'ancien tracé de la R.N.7 (photo: MV, déc. 2013).
Indication touristique à Nevers (photo: MV, déc. 2013).


Belles routes de France...
R.N.7: LA ROUTE VERS L'AZUR (I)
Au même titre que la célèbre Route 66 américaine, la nationale 7 (surnommée route bleue sur une partie de son trajet) est un véritable mythe… Mais qui, en France, remonte à loin: le plus ancien guide routier français, la Guide des chemins de France en 1552 évoque le «grand chemin» de Paris à Lyon par Montargis, Nevers, Roanne... Plus au sud, nous voici sur des voies tracées dès la Gaule antique… Bref, tout le monde a une histoire à raconter sur la RN7, qui fut la grande route des vacances de tout un pays dans les années cinquante et soixante du XXe siècle... Le site Sur ma route vous invite sur un ruban de goudron qui relie Paris à la Côte d'Azur. Soit environ mille kilomètres (n’oubliez pas le jeu des Mille Bornes, ça vient de là!!) avant de pouvoir enfin plonger ses petits pieds dans la Grande Bleue... Bref, voilà un monument de la civilisation automobile –désormais déclassé en grande partie- que nous n’hésitons pas à parcourir de nouveau de long en large munis de sources documentaires totalement renouvelées depuis 2007. Première partie: Paris-Nevers.

A la sortie de Chalette-sur-Loing, en direction de Paris. Ce Michelin a été désormais ôté du chemin. (Photo: Marc Verney, avril 2007).


Paris, porte d'Italie. On s’extrait difficilement d’un périphérique, mis en service ici au début de l’année 1968. Le panneau Michelin semble nous narguer, là, juste au milieu des embouteillages d'un petit matin grisâtre. Paris-banlieue. Les trajets des uns et des autres s'entrecroisent sans s'entendre. Dans les voitures, les figures se figent. L'autoradio annonce la couleur: carambolage, métal froissé... retard au boulot. «N7, Le Kremlin-Bicêtre», il est écrit sur le vieux panneau de béton Michelin. Petite ambition pour une route royale qui part à la conquête du soleil... Drôle de nom en tous cas: tout part d’un château, nous indique l’Histoire du Kremlin-Bicêtre, l’identité d’une ville: «Au XIIIe siècle, l’évêque de Winchester Jean de Pontoise, qui est le représentant de la couronne d’Angleterre en France, s’y fait construire une demeure. Les Français sont ce qu’ils sont, pas si fort en langues étrangères… et le mot Winchester finit «torturé» en Bicêtre… Quand au Kremlin… ce serait une taverne portant ce nom! Car l’hospice d’à côté soignait les soldats de l’armée napoléonienne de retour de Russie… «Peu à peu, nous raconte Christine Mateus dans Le Parisien, le nom de Kremlin s'étend à tout le quartier qui correspond aujourd'hui à l'avenue de Fontainebleau (la N7 historique, NDLR). C'est sur une carte d'état-major de 1832 que le nom de Kremlin apparaît pour la première fois de manière officielle.» Et c’est en 1903 que le Kremlin-Bicêtre se sépare de la commune de Gentilly. Longeant la défunte nationale, l’usine de charcuterie Géo y avait installé en 1924 une horloge géante –bien pratique- car elle indiquait l’heure aux voyageurs entrant ou sortant de la capitale par la N7. Le Parisien du 25 août 2005 évoque le démontage de ce mastodonte de trois tonnes en raison de la démolition de l’ancienne usine (désaffectée depuis 1997) et de la réalisation d’un centre commercial flambant neuf.

Panneau Michelin de la N7 à la porte d'Italie à Paris (photo: MV, déc. 2005).

Il faut bien traverser la banlieue. Les pneus crissent sur le vieux bitume. La N7 (déclassée en D7) se mérite. Feux rouges, ralentissements, congestion dans les mini souterrains qui coupent les carrefours... Le trajet est quasiment rectiligne à part la déviation de Villejuif, inaugurée en juillet 1935 (l’actuel boulevard Maxime-Gorki). «La rampe fut d’ailleurs allongée, lit-on dans l’ouvrage Redécouvrir la Nationale 7, pour offrir un plan de montée moins abrupt». A Villejuif, il est d’ailleurs fait mention de l’extension du village tout au long de la chaussée royale dès le XVIe siècle. Au XVIIe, c’est déjà un gros bourg au sommet d’une «montagne» (une colline…) qui profite de la proximité de la capitale; une des grandes activités du lieu, c’est la fourniture de pierre à bâtir. Au XXIe siècle, difficile d’imaginer «la steppe rase qui couvre il y a 120 000 ans ce site, à 70 mètres au-dessus du niveau actuel de la Seine et de la Bièvre, dans une région noyée sous les eaux» (ville-villejuif.fr).

On arrive à Chevilly-Larue (tout en longeant également Vitry-sur-Seine), dans le quartier des Sorbiers. Le lieu doit son nom, nous dit Wikipédia, «au domaine agricole (villa) d’un Gallo-Romain nommé vraisemblablement Civilis». «Le règne de Louis XV, nous explique par ailleurs le site internet de la cité, amène une certaine prospérité; des gentilhommières sont édifiées à Chevilly et à Larue; des enclos à gibier y sont aménagés». Avant la Deuxième Guerre mondiale, les habitants sont des maraîchers ou vivent de «la culture florale». Mais force est de constater que le Guide Bleu des Environs de Paris 1924 évoque déjà l'urbanisation galopante des lieux: «La RN7 se déroule en ligne droite sur le plateau que des lotissements transforment presque à vue d'œil»... Juste après, la chaussée longe Thiais et ses célèbres casses auto qu’un réaménagement massif de la route fait disparaître. Les lieux sont voués au culte de la bagnole: c’est René Panhard, fondateur de la firme Panhard et Levassor qui a été maire de Thiais de 1870 à 1881 et de 1888 à 1908. A gauche de la route, on voit le cimetière parisien de Thiais, ouvert en 1929. Ce cimetière, nous raconte Wikipédia, «abrite les seules zones gratuites de Paris (104e et 105e divisions), ce qui a participé à son surnom de "cimetière des pauvres". C'est là qu'ont été inhumées les victimes parisiennes de la vague de canicule de 2003». Au carrefour de la Belle-Epine (8 km de Paris, croisement dénivelé avec la N186 dès 1955), la chaussée royale du XVIIIe siècle rencontrait l’ample route de Versailles, avec ses larges allées et ses quatre rangées d’arbres, ouverte sur ordre de Louis XV à partir de 1748. En 1967, c’est là que naît le premier centre commercial de la banlieue parisienne… O Tempora, O Mores!

Viry-Châtillon. Cet ancien panneau de métal subsiste au milieu d'un paysage de tours et de magasins d'usines (Photo: Marc Verney, décembre 2007).

Un peu plus loin, la route longe l'aéroport d'Orly. Si en 1924, le Guide Bleu évoque déjà ce «vaste aérodrome dont les deux grands hangars en ciment armé dressent de hautes nefs ovoïdes élégantes et visibles de fort loin», les aménagements suivants, dans les années cinquante et soixante vont y installer un aéroport moderne et fonctionnel. Et, pour permettre l'implantation de longues pistes capables d'accueillir les jets étincelants, le tracé de la N7 sera ici profondément modifié. Il est donc décidé que la route nationale plonge sous l'aérogare sud, les voies de desserte bétonnées et la piste 3 dans un tunnel de 300 m de long. En 1959, l'aéroport n'est pas encore inauguré (il le sera deux ans plus tard). Et la route traverse un chantier colossal ouvert en 1957, modifiant le tracé de la chaussée pour la première fois depuis des temps immémoriaux... L’ancien itinéraire, où l’on trouvait, au milieu du XVIIe siècle, un relais (la poste du Longboyau), est, du coup, définitivement oublié par le trafic. En 1710, quand le relais de Juvisy est remis en service, nous raconte le site internet de Paray, «la poste du Longboyau ferme et le carrefour est baptisé La Vieille Poste»

Au km 18, la chaussée croise la pyramide, dite «de Cassini». Celle-ci, nous explique le Guide Bleu des Environs de Paris 1924, «fut érigée en cet endroit par l'illustre géographe comme terme austral de la base géodésique mesurée en 1756 lors de sa triangulation de la France». (une autre se trouve en amont, à Villejuif). A quelques encablures, nous voilà dans la partie haute de Juvisy. A gauche de la route, un observatoire, fondé en 1882 par Camille Flammarion. L'endroit s'élève à l'emplacement d’un ancien relais de poste. C'est une auberge historique puisque les rois de France s'y arrêtaient sur le chemin de Fontainebleau et que c'est là que Napoléon 1er a appris, le 30 mars 1814, la capitulation de Paris, signant la fin définitive de l'Empire. Un léger virage et le bitume entame la descente vers le bord de la Seine. Réalisé de 1724 à 1728, le pont des Belles-Fontaines (initialement appelé pont du Roy) permet à la route de traverser l'Orge. Il balise le nouveau grand chemin de Lyon, réalisé par les soldats du régiment de Quercy à la même époque afin d'éviter la dangereuse descente de la rue de la Vieille-Montagne (rue Camille-Flammarion). On voit d’ailleurs très bien les deux routes sur la carte d’état-major 1818-1824 publiée par l’IGN sur son site Géoportail. «C'est, nous dit le Guide Bleu des Environs de Paris de 1924, une des plus belles oeuvres architecturales du XVIIIe siècle. Il s'agissait d'enjamber la rivière à une grande hauteur en portant la route d'une berge élevée au remblai qui descend en pente douce vers la Seine. Sept arceaux jumeaux s'arrondissent au-dessus de l'Orge, supportant quatre autres arcades». Sur les bords de la route, «d'élégants parapets s'ornent d'édicules gracieusement sculptés d'où jaillit dans des vasques l'eau de sources découvertes pendant les travaux». A l'époque, on pouvait lire sur l'ouvrage une citation en latin en l'honneur du roi Louis XV qui fit «fendre et briser les rochers, aplanir la colline, transforma cette voie difficile, escarpée et impraticable en une route unie, carrossable et agréable». Rénové en 1780, l’ouvrage est réparé sous le Premier Empire (1813). Les fontaines, qui servaient à abreuver les chevaux ont été déplacées en 1970 dans le parc de la mairie de Juvisy lors de l'élargissement de la nationale. Dans ce XXIe siècle déjà bien avancé, la circulation d’un tramway s’accompagne même de la requalification de la RN7 sur les communes d’Athis-Mons, de Paray-Vieille-Poste et de Juvisy-sur-Orge...

R.N.191: LE TOUR DE L'ILE (DE FRANCE)...
Entre Epône, sur les bords de la Seine et Corbeil-Essonnes, sur les bords de... la Seine, une jolie route propose le tour du bassin parisien par le sud: la nationale 191 (lire)

C’est en 1790, nous raconte le site viry-chatillon.fr que «l’Assemblée nationale réunit la paroisse de Viry-sur-Orge et le hameau de Châtillon-sur-Seine pour créer la commune d’abord nommée Viry et Châtillon», puis modifiée «rapidement en Viry-Châtillon». Si Châtillon s’active plutôt autour du port de commerce sur la Seine, Viry, dès le milieu du XIXe siècle, voit son sol creusé encore et encore pour le sable et la pierre de meulière. Un ingénieur, Piketty, fait même installer un chemin de fer spécialement pour descendre la pierre extraite jusqu’au fleuve. Mais la grande fierté des gens du cru, c’est de savoir que Viry-Châtillon a abrité sur son territoire le premier aérodrome organisé au monde dès le début du XXe siècle. Port-Aviation s’installe entre l'Orge, la route de Fontainebleau (RN7), la route de Viry (boulevard Husson) et la dérivation des eaux de la Vanne et du Loing. Et rapidement, les «chevaliers du ciel» se dépassent: «Lors de la “Grande quinzaine de Paris”, évoque le site viry-chatillon.fr, le 18 octobre 1909, le comte de Lambert réalise un exploit. Parti de Port-Aviation, il survole Paris, contourne la Tour Eiffel et parcourt 48 km en moins de 50 minutes». Beaucoup moins glamour, la cité se métamorphose après la Deuxième Guerre mondiale: de grands ensembles surgissent de terre: «le Buisson-au-Borgne en 1957-58; la Cilof, aujourd’hui les Coteaux de l’Orge, en 1959-63; Minerve; le Poirier-Piquet; les Érables; puis la Grande-Borne».

Ris-Orangis est traversée sans problèmes. Ce n’était pas toujours le cas: «Le vieux bourg, nous explique Dominique Pagneux, dans Redécouvrir la Nationale 7, a été partiellement démoli dès les années soixante pour élargir la chaussée», qui était loin, en 1941, de faire les 9 m de large requis. Voilà maintenant Evry-Petit-Bourg et ses anciennes carrières. Là, du fait d’une présence abondante en bords de Seine de la pierre meulière, les terrassiers y ont maintenu longtemps une grande activité. Une bonne partie des anciennes villas construites dans la banlieue sud est d'ailleurs réalisée en pierre meulière d'Evry. Sur la carte de 1818-1824 publiée sur le site de l’IGN, la chaussée longe des campagnes dénommées «Champs-Elysées». Evry, nous dit le Guide classique du voyageur en France, est un «village dont on ne parlerait pas sans son château de Petit-Bourg, construit par le duc d'Antin qui y logea madame de Montespan. Celle-ci y reçut Louis XIV; Louis XV s'y arrêtait lorsqu'il allait à la chasse dans la forêt de Sénart». Le trajet historique de la RN7 a été recyclé dans la moderne chaussée bitumée multivoies du XXIe siècle… Evry, c'est aujourd’hui une «ville nouvelle» de 50 000 habitants, dont la réalisation a été décidée en mai 1965, où fleurissent les voies rapides, les barres HLM et les centres commerciaux. Dernier vestige d’un passé déjà lointain: une borne Michelin trône, incongrue, en contrebas de la quatre-voies... 

La traversée de Ponthierry (Photo: Marc Verney, juin 2013).

Au km 31, Essonnes est désormais indissociable de Corbeil, sous-préfecture en 1959 du vaste département de Seine-et-Oise. A Corbeil, on s’active autour des moulins à farine. Le grain, en provenance des terres agricoles voisines, est moulu, puis emmené à Paris par le «corbillat», un coche d’eau sur la Seine, nous raconte le site corbeil-essonnes.com. Et dénommé par déformation «corbillard» quand il ramène des morts… Le relais de poste se trouve à Essonne (sans le s), «petite ville très ancienne, située dans une vallée agréable sur la rivière d’Essonne qui fait mouvoir plusieurs établissements d’industrie», lit-on dans l’ouvrage Histoire physique, civile et morale des environs de Paris (1828). On y croise la nationale 191, qui contourne l'Ile-de-France par le sud. A noter qu’un itinéraire entre Paris et Corbeil est déjà cité dans la Guide des chemins de France (1552) nous dit l’ouvrage Recherche sur les routes anciennes dans le département de Seine-et-Oise, il passe par (orthographe d’époque) «Villejuive, 1 lieue, la Saussaye, ¼ de lieue, Le long boyau, plaine fertile comme petite Beausse, Jusuvisy ou Gévisy, 3 lieues, passe la petite rivière d’Orge. La Borde, le long de l’eau, ½ lieue, la Briqueterie, ½ lieue, Corbueil (anciennement Corbolium), 1 lieue». Plus loin, entre Essonnes et Montargis, nous signale Georges Reverdy, dans sa magistrale Histoire des routes de France, du Moyen Age à la Révolution, «le chemin de la Guide coupe tout droit au large de la forêt de Fontainebleau par Courances, Milly, La Chapelle-la-Reine et Saint-Mathurin-de-Larchant». La route de 1959 prend la direction de Ponthierry (Seine-et-Marne).

Lors de la Deuxième Guerre mondiale, la commune suivante de Ponthierry est libérée par les troupes du général Patton le 22 août 1944. Et le 23 août, Patton, qui était un rapide, se lance vers Seine-Port avec sa IIIe armée. Voilà la première traversée réussie du fleuve depuis le débarquement de Normandie du 6 juin 44… L’histoire du village remonte, là encore aux temps anciens. A lire l'encyclopédie en ligne Wikipédia, «Ponthierry trouverait son origine dans un pont sur l'École franchi par Thierry II, roi de Bourgogne, en l'an 600». Plus tard, en 1680, c’est l’activité autour du chemin royal qui donne sa richesse à Ponthierry, indique l'Association de recherches historiques Fil d'Ariane: «diligences, chaises de poste et fringants cavaliers s’y succèdent sans interruption. Au Lion d’Or, à l’Ecu de France, au Grand Cerf, on loge "à pied et à cheval", on y boit le petit vin de pays»… Car il y a des vignes par ici (encore 80 vignerons au XIXe siècle)! Le profil actuel de la route date de 1769. A Pringy, qui jouxte Ponthierry, la RN7 laisse à gauche la «route de Bourgogne», pour prendre la direction de Chailly-en-Bière et de la forêt de Fontainebleau. En 1910, le maire de Pringy voit le nombre et la vitesse des véhicules augmenter considérablement sur la grande route. Il va donc, écrit Alain Sauret sur le site mairie-pringy77.fr, décider que la vitesse sera limitée à 12 km/h et ramenée à celle d'un homme au pas dans les endroits étroits et encombrés... Quelques kilomètres avant Chailly-en-Bière, la R.N.7 historique croise la route de Melun à Milly-la-Forêt (R.N.372): un carrefour expérimental (Routes de France du XXe siècle, 1900-1951) y est réalisé suite à l’instruction de 1935 concernant les grands itinéraires internationaux (au XXIe siècle, c’est un rond-point, autre symbole…)

Déjà 35 km de Paris! La plaque Michelin date de 1932 (photo: Marc Verney, avril 2007).

Le site internet de la mairie de Chailly nous donne pas mal de précisions sur les routes de la région. L’artère principale, qui est aujourd’hui la nationale 7 (aujourd'hui déclassée en ces lieux en D607), n'a été jusqu’au XVIe siècle qu’un itinéraire postal créé par Louis XI pour les besoins de sa trésorerie. Louis XIV fait construire ici une plus grande voie pour faciliter ses voyages à Fontainebleau. Un chroniqueur de l’époque est cité sur le site: «Ce splendide monarque fin l’an 1713 (fit) commencer une route très magnifique tirée depuis proche de village de Pringy à quatre lieux parisiennes du château de Fontainebleau passant par Chailly. Cette route a 12 toises de large (24 mètres) y compris les fossés et les arbres qui la bordent. Il y a trois ponts de pierre qui la traversent pour servir à l’écoulement des eaux. Après Chailly, elle recourbe pour monter une montagne et de là en droite ligne, arrive à Fontainebleau. Elle est pavée au milieu de toute sa longueur. C’est peut-être la plus belle route qui soit en France». Celle-ci est encore améliorée en 1755.

La forêt de Fontainebleau est atteinte à la hauteur de Barbizon, «village d'artistes». Célèbre centre de l'école du même nom, le lieu a accueilli au milieu du XIXe siècle des peintres comme Rousseau ou Millet. Des écrivains y ont également séjourné: les Goncourt, en 1865, ont décrit dans l'ouvrage Manette Salomon, l'auberge du Père Ganne, le rendez-vous favori des artistes. A la hauteur de ce petit village, la R.N.7 historique capte le flux de circulation des automobilistes en provenance de l'A6 via la R.N.37 (actuelle D637). Cette bretelle représente la fin (ou le début) des ennuis pour le conducteur voyageant entre Paris et Lyon par la route. Là, en effet, se trouve l'extrémité sud -gratuite- de l'autoroute du Soleil. Non loin, la côte du Mont-Saint-Père a été encore adoucie en 1774, annonce le Dictionnaire historique et artistique de la forêt de Fontainebleau.

Au lieu-dit le Pavé-du-Roy à Bourron-Marlotte (photo: Marc Verney, juin 2013).

La route ancienne, avant d’atteindre les faubourgs de Fontainebleau, est améliorée dès 1758 dans la pente du Mont-Pierreux. «Saint Louis aima beaucoup cette solitude qu'il appelait ses chers déserts», lit-on dans l’Histoire de Paris et de ses environs. Le roi pieux y fonda un hospice. La cité –pas plus grande qu’un hameau avant la Renaissance- n’est toutefois qu’un rendez-vous de chasse royal jusqu’en 1528, date à laquelle François Ier décide d’y construire un château. Fontainebleau est habité par tous les souverains français jusqu’à Napoléon III. Mais c’est l’empereur Napoléon Ier qui marque durablement la ville de son souvenir: c’est là, le 20 avril 1814, que l’homme, qui a été finalement terrassé par ses ennemis coalisés, fait de poignants adieux à ses fidèles grognards.

Après avoir contourné la cité royale et impériale, la N7 historique atteint le carrefour de l'Obélisque. Trônant au beau milieu du rond-point, il est la réplique en plus petit de celui de la place Saint-Pierre de Rome. La légende veut qu'il ait été offert à Marie-Antoinette par les habitants de Fontainebleau. Son origine provient en réalité des crédits de travaux du château et de la forêt alentours. Il date de 1785, lit-on dans Croix et monuments de la forêt de Fontainebleau, et a été édifié sous la responsabilité de M. de Cheyssac, alors grand maître des Eaux et Forêts, qui a, pour l’occasion, créé autour du monument une vaste rotonde de 54 toises de diamètre ornée d’une double plantation d’ormes. L’endroit, encore agrandi en 1805, se trouve précisément à l’emplacement de la 31e borne milliaire de la route royale Paris-Lyon; les ingénieurs y ont installé quatre grandes bornes indicatrices reliées par des chaînes en fer. Celles-ci portent, depuis les restaurations de 1817, de 1870 et des années vingt, les mentions, à l’angle de la route d’Orléans (ancienne N51), «route d’Orléans», de la route de Nemours (ancienne N7), «Route de Lyon par le Bourbonnais», à l’angle de la route de Moret (ancienne N5 et N6), «Route de Lyon par la Bourgogne». Dès 1958, la radio France Inter, en partenariat avec la gendarmerie, qui y installe un PC routier mobile, y diffusait les premiers «points routes», précurseurs du sympathique «Bison Futé».

R.N.5: LA SUISSE PAR MONTS ET PAR VAUX
La N5 Paris-Genève-St-Gingolph nous fait traverser la Bourgogne, le Jura, le Léman pour finir au pied des Alpes... Beau trajet, gourmand et historique! (lire)

La route nationale 7 (D607) file maintenant au travers de la partie sud de la magnifique forêt de Fontainebleau. Voilà l'aqueduc de la Vanne, achevé en 1875, imposante masse de pierre, qui dessert Paris en eau... Non loin, se trouve la stèle en hommage à Georges Mandel, lâchement assassiné dans ces parages par la milice en juillet 1944 après avoir été déporté à Buchenwald. On traverse le carrefour de la croix de Saint-Hérem, «En 1660, découvre-t-on sur le site ville-imperiale.com, François-Gaspard de Montmorin de Saint-Hérem, gouverneur de la ville et du château de Fontainebleau, capitaine des chasses des forêts de Bière et de Brie, érige une croix à ce carrefour». L’édifice est détruit en 1793, lors de la Révolution et réédifié en 1827. C’est à ce carrefour que Napoléon 1er attend le Pape Pie VII, le 26 novembre 1804; un drôle de rendez-vous d’ailleurs: «Napoléon, par un caprice difficile à expliquer, apprend-on dans l’Histoire de Paris et de ses environs, était allé à cheval, en habit de chasse, au-devant de sa sainteté, dans la forêt, à la croix de Saint-Hérem. Là, il monta en voiture, fit placer le pape à sa droite, et arriva au château au milieu d'une haie de troupes et au bruit des salves d'artillerie»... De là, jusqu’à sa sortie de la forêt de Fontainebleau, la chaussée est élargie à 72 pieds en 1744 (Dictionnaire historique et artistique de la forêt de Fontainebleau). On sort de la forêt par le Pavé-du-Roy, un écart de Bourron-Marlotte. Un relais de chevaux y existait depuis la fin du XVe siècle. Idéalement situé au pied de la «redoutable montagne de Bourron», le lieu attire, au XIXe siècle, peintres et poètes. La descente est effectivement relativement forte car on entre dans la vallée du Loing, que la route franchit à Nemours, sur un pont, inauguré par le pape Pie VII, lors de son passage en 1804 pour assister au couronnement de Napoléon Ier. L’ingénieur Perronet en dresse les plans dès 1771, nous indique l’encyclopédie Wikipédia, mais l’ouvrage sera lentement réalisé, entre 1795 et novembre 1804, juste à temps pour le passage de Sa-Sainteté… En tout cas, la petite ville, nous raconte le Guide Bleu de la France Automobile 1954, est «une villégiature très fréquentée par les Parisiens». L’étape est appréciée depuis longtemps: en 1841, on lit dans l’Histoire de Paris et de ses environs que «la ville est bien bâtie, bien pavée; la grande route qui la traverse y entretient beaucoup d'activité». Un peu plus d’un siècle plus tard, la civilisation de l’auto reine transformera souvent Nemours et sa rue de Paris en bouchon permanent… jusqu’en 1967, date de l’inauguration du tronçon d’autoroute Nemours-nord-Auxerre-nord.

LE COUP DE LA "ROUTE BUISSONNIERE"
Route alternative et vraiment mignonne pour rejoindre Lyon, la "route buissonnière" sillonne depuis Nemours des régions un peu oubliées et pleines de charme... (lire)

On sort de Nemours par l’avenue de Lyon qui longe le Loing. Quinze kilomètres encore et voici Souppes-sur-Loing, petit bourg connu pour receler des carrières de pierre à bâtir dite «de Château-Landon» qui serviront, au XIXe siècle, à bâtir le Sacré-Coeur et le Paris haussmannien. C’est le canal du Loing, achevé en 1724, qui servira au transport vers la capitale de ces tonnes de pierres. Le pont de Souppes-sur-Loing, sur la D207, défendu durant l'été 1944 par la résistance, ni miné, ni détruit, permet le franchissement de la vallée par l'armée de Patton. Du coup, nous dit Topic Topos, les blindés américains peuvent foncer sur Sens et finaliser l'encerclement de Paris par les alliés. Peu avant de passer sous l’autoroute A77, la R.N.7 historique traverse le lieu-dit La Croisière, où se trouvait un relais, bien visible sur la carte d’état-major du XIXe siècle.

Atlas de Trudaine, XVIIIe siècle; généralité de Paris, portion de route d'en deçà l'abbaye de Cercanceaux ("Cerlanteau"), passant à proximité de "Dordives" et allant au-delà du pont de "Turelle" (www.culture.gouv.fr)

A Dordives, la route entre dans le département du Loiret. Situé au croisement de l’ancienne voie de César (la voie romaine d'Orléans à Sens) et de la voie de la vallée du Loing, Dordives tire probablement son nom, nous dit la mairie, de Auro dives qui signifie "riche en or" en référence aux nombreux gisements de fer dans la région. Une exploitation qui durera jusqu’à la fin du Moyen Age, période à laquelle tous les arbres présents auront été brûlés pour faire fonctionner les forges. Toujours dans dordives.com, on apprend que «la voie principale traversait Dordives du nord au sud en passant au lieu-dit Sous-les-Vignes et enjambait le Betz sur des ponceaux édifiés sous le règne d’Henri IV, avec à proximité le lavoir, construit à la fin du XIXe siècle et depuis restauré à deux reprises». Puis, «la voie entrait dans le village par la rue de la Croix-Blanche, continuant rue de l’Industrie, rue de la Capioterie, rue Georges-Mairot pour ressortir du village et retrouver son tracé actuel au niveau du carrefour des Aulnoys (auj. Aulnais)». L’augmentation du trafic routier à travers les âges, a entraîné la transformation de la voie, construite plus à l’ouest sous le règne de Louis XVI. Nous arrivons à Fontenay-sur-Loing, dont un projet de déviation est déjà visible sur la carte Michelin de 1941; les travaux sont achevés à la fin des années quarante. Là, se trouvait le restaurant des 100 Bornes, ouvert avant guerre et dont la façade était décorée d’une imposante borne kilométrique peinte. Plus loin, on trouve une des curiosités de la R.N.7 historique: la petite chapelle Notre-Dame-de-la-Route qui reçoit depuis 1954 les passants de la N7. A l'intérieur, les vitraux sont décorés aux armes des villes traversées par la nationale Paris-Côte-d'Azur; les différents blasons sont reliés par un trait… bleu.

Ancienne plaque indicatrice à Dordives (photo: Marc Verney, avril 2007).

Le tracé de la R.N.7, désormais multivoies, a évolué en amont de Montargis: avant Châlette-sur-Loing, la route empruntait l’actuelle D740 par le lieu-dit de Puy-la-Laude. Sur un plan de 1427 qui évoque le siège de Montargis par les Anglais durant la guerre de Cent Ans, la route de Paris semble passer au large de Châlette, prenant la direction, au nord, de Milly, confirmant le trajet cité dans la Guide des chemins de France de 1552. En lisière de forêt, Montargis s'impose comme une des premières haltes du trajet. Tout le cachet de la cité repose sur les nombreux cours d'eaux qui la traversent. A commencer par le Loing mais aussi par les canaux du Loing et de Briare. Qui dit rivière dit ponts. Ils sont partout. Un circuit permet même de visiter cette «Venise du Gâtinais» par ses nombreux ouvrages d’art... La N7 historique y croise la N60 historique (route Toul-Châteauneuf-sur-Loire). L'occasion de voir, ici ou là sur les boulevards, plaques, bornes et anciennes signalisations des deux nationales... Il existe aussi un Montargis plus étonnant, et qui fait venir chaque année, des dizaines de touristes chinois… «La sous-préfecture du Loiret, nous raconte la Dépêche du Midi dans un article de 2006 intitulé "Montargis, base arrière de la révolution chinoise", a joué un rôle dans la formation du parti communiste chinois, dans les années 1920, et elle est présente dans tous les manuels d'histoire en Chine». Venus en France pour faire des études et travailler dans les usines, de nombreux Chinois se réunissent dans un parc à Montargis, comme Deng Xiaoping, leader de la République populaire de Chine de 1978 à 1992, et qui fut ouvrier à l’usine Hutchinson de Châlette... Un jour, le 13 août 1920, l’un d’entre eux expédie une lettre à Mao qui propose la création du parti communiste chinois. On connaît la suite! Une montée, longeant des casernes de gendarmerie nous amène à la sortie sud de la ville, au «Kilomètre 110», non loin du quartier du Pont-Gaillard. La route de Nevers passe là le plateau qui sépare les vallées du Loing et de la Loire. Un contournement partiel de la cité existe depuis 1965. Après le lieu-dit de l’Auberge-Neuve, la R.N.7 historique file plein sud en direction de Nogent-sur-Vernisson.

R.N.60: LES VOIES DE JEANNE...
Entre Orléans et Toul via les belles cités de Sens et Troyes, voici une route qui vit au rythme de la grande histoire de France... Jeanne d'Arc, nous voilà!! (lire)

Dans l’Histoire des routes de France, du Moyen-Age à la Révolution, Georges Reverdy nous précise d’ailleurs que la généralité d’Orléans, en 1730, pour «la route de Paris à Lyon, avec ses alignements tracés dès 1730 ne prévoyait que quelques adoucissements de pentes trop raides». Après huit kilomètres environ, voilà Mormant-sur-Vernisson. Là s’y trouve le Relais du Miel, un restaurant renommé qui conserve aussi quelques reliques de la nationale historique, rétrogradée ici en D2007. A La Commodité, l’auberge du Km 120 marquait le trajet effectué depuis la capitale… Plus loin, Nogent-sur-Vernisson est contournée à partir de 1958, date à laquelle on supprime un passage à niveau sur la nationale, qui, du coup, se lance vers l’est dans les années qui suivent pour éviter la petite agglomération, à la traversée sinueuse. Principal attrait du lieu: l'arboretum national des Barres, qui réunit, nous annonce le site internet de l’ONF, «2600 espèces d'arbres et d'arbustes des 5 continents» sur 35ha. Encore 5 km, et voici Les Bézards, et, nous dit Wikipédia, l’Auberge des Templiers, qui figure en 1954 parmi «les huit maisons fondatrices de l’association hôtelière des Relais de campagne, tous situés en bordure de la route nationale 7», une association professionnelle qui, en 1975, devient les fameux Relais et Châteaux...

R.N.140: ROULEZ VERT!
Jusqu'à Figeac, par Bourges, Guéret, Tulle... la route nationale 140 historique fait un sacré bout de chemin en travers de l'Hexagone! L'occasion de se promener au milieu des plus beaux paysages! (lire)

Au km 132, la R.N.7 de 1959 laisse filer à droite la R.N.140 (D940 au XXIe siècle) sur Gien. C'est la «bifur» d’où part la route de Bourges; un simple rond-point aujourd’hui. Encore 4 kilomètres et nous sommes à la Bussière, où la R.N.7, voit-on sur la carte Michelin de 1939 contournait spectaculairement le château des Pêcheurs après tant de lignes droites! Une déviation voit le jour en 1967, nous dit Dominique Pagneux dans l’ouvrage Redécouvrir la Nationale 7, tellement le lieu était accidentogène. A Briare, il faut suivre la D2107 pour rester sur la N7 d’origine. Et, par ici, encore des histoires de canaux! La construction d’une voie d’eau navigable, le canal de la Loire à la Seine est lancée en juin 1605. Après une période d’arrêt, à la mort du roi Henri IV, les travaux sont relancés sous Louis XIII. Ils se terminent en 1642. Mais la traversée de la Loire, réalisée à l'aide d'un système de halage, reste dangereuse. La construction d'un grand pont-canal (663 m, record du monde!) est décidée en 1882, les travaux s'achevant en 1896. Il aura fallu plus de 3000 t de métal pour créer ce gigantesque ouvrage qui «héberge» 13 600 t d'eau... Sur la carte Michelin de 1939, la route nationale pénètre dans Briare par le nord, dépasse le croisement avec la N152 historique et prend la direction d’Ousson (D957).

Plaque de cocher de la R.N.7 à la Bussière (photo: Marc Verney, décembre 2013).

La N7 file vers Bonny-sur-Loire (déviée à l’orée des années 80). Le bourg, nous raconte la municipalité sur son site internet bonny-sur-loire.fr, retrouve une certaine splendeur à la Renaissance. Les foires sont rétablies et l'auberge la Teste Noyre sert de principal relais de poste à chevaux sur l’itinéraire Paris-Lyon. Bonny est l’une des étapes de ce que l'on appelait les postes assises, qui fournissaient des chevaux frais toutes les 7 lieues. Le début du XVIIe siècle porte cependant un coup fatal à Bonny. En 1707, la crue de la Loire submerge les infrastructures de la route. Le «Grand Chemin» de Paris à Lyon est alors délaissé et ne dessert plus que le Bourbonnais et l’Auvergne, enlevant à Bonny son activité d’accueil pour un bon bout de temps. Après Bonny-sur-Loire, voit-on sur la carte d’état-major du XIXe siècle, l’ancienne route monte sur le coteau pour rejoindre Neuvy-sur-Loire dans la Nièvre; la route plus récente utilisant le chantier du chemin de fer pour s’installer en surélévation sur les berges de la Loire. «Joli parcours le long du fleuve» précise le Guide Bleu de la France Automobile (1959). Le village de Neuvy-sur-Loire, nous apprend le livre Redécouvrir la Nationale 7 a été gravement endommagé lors de bombardements alliés en juillet et août 1944.

Borne de limites départementales à côté de Bonny-sur-Loire. On peut y lire "route n°7 de Paris à Antibes". La route entre dans la Nièvre (photo: Marc Verney, avril 2007).
Voici de vieilles plaques de la RN7. A La Celle, Cosne et Mesves (photos: Marc Verney, avril 2007).

Il faut parcourir une quinzaine de kilomètres pour atteindre Cosne-Cours-sur-Loire, au km 180. Avant, c’est au lieu-dit Les Pelus que l’ancienne route royale remonte sur le coteau pour ne rejoindre le tracé actuel qu’au niveau du lieu-dit la Girafe. A la Celle-sur-Loire, la chaussée traverse l’Oeuf avant de prendre la direction de Myennes. La route de Paris à la Côte d’Azur s’annonce maintenant aux portes de Cosne-Cours-sur-Loire (D955A). Une ville traversée «tout droit» par la N7 en 1959, nommée Condate à l’époque gallo-romaine et qui, selon Wikipédia, commence à se développer autour du XVIIIe siècle «grâce à l'industrie métallurgique et à la navigation sur la Loire où seront acheminés les différents objets de cette industrie prospère à l'époque». Après Cosne, la RN7 s'écarte un tantinet du fleuve. C'est à partir de là qu'au XXIe siècle, le ruban bitumé de la nationale historique se confond avec une pratique mais monotone liaison autoroutière (A77). On devra donc dès lors jouer à saute-mouton entre histoire et réalité contemporaine. Un extrait authentique de la N7 existe jusqu'à Maltaverne. Un village qui ne dit rien à l'automobiliste des années cinquante. Un peu plus de trente ans plus tard (en 1985), c'est là que le chanteur populaire Sacha Distel aura l'accident terrible qui blessera grièvement sa passagère Chantal Nobel, alors héroïne du -très oubliable- feuilleton Châteauvallon. Elle en restera d'ailleurs hélas handicapée.
 
Après, pour retrouver le vieux bitume, il faudra se mettre dans la peau de Sherlock Holmes et «traduire» les cartes routières. On sort de la quatre-voies à Pouilly-sur-Loire, dont le célèbre vignoble est placé à mi-distance de la source et de l'embouchure de la Loire. On y trouve le relais Les 200 Bornes, le dernier bar-restaurant-station-service de la route nationale 7 historique. L'ancienne chaussée (D907) se poursuit jusqu'à Mesves-sur-Loire, l’ancienne Masava, une «localité figurant sur la Table de Peutinger», nous raconte Wikipédia. Puis c'est le retour obligé sur la route rapide jusqu'à La Charité-sur-Loire. C'est là qu'en 1840, Prosper Mérimée, alors inspecteur des Monuments historiques, sauve l'église Notre-Dame en donnant un avis défavorable au passage de la route royale qui devait couper le bâtiment en deux (source: mairie de La Charité). La ville ancienne s'enroule autour d'une abbaye bénédictine dont il reste l'église abbatiale Sainte-Croix. La route nationale de 1959 passait par les quais, voit-on sur le site de l’IGN alors que l’ancienne route royale (auj. D179A) piquait tout droit vers le centre-ville. «La présence d’un passage à gué dans le lit de la Loire, découvre-t-on dans l’encyclopédie Wikipédia, fut probablement à l'origine de la création de la ville. Historiquement située aux limites de la Bourgogne et du Berry, la cité monastique est placée sur l'un des itinéraires des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle». A la sortie de La Charité, nous annonce le Guide Bleu 1954, la route «longe le fleuve sur quatre kilomètres (superbe parcours) puis s'en éloigne et s'élève».

La RN7 historique à Tronsanges (photos: Marc Verney, avril 2007).

De La Charité (D907) à Pougues-les-Eaux en passant par Tronsanges, on peut encore suivre l'ancien tracé. Dans l’Histoire du Nivernais, on lit que «ce sont les intendants, chacun dans les limites de sa généralité» (donc l’Ancien Régime), qui réalisèrent le tracé de la R.N.7 actuelle… avec sans doute quelques variantes comme on va le voir un peu plus loin! Non loin de ce dernier village, on trouve une haute colonne, la Croix du Pape, qui marque l’arrêt, pour un rafraîchissement, le 19 juin 1812, de Pie VII alors en route pour Fontainebleau sur ordre de Napoléon 1er. Un peu plus en avant, la traversée de la station thermale de Pougues (eaux froides, bicarbonatées, calciques et ferrugineuses) a été complètement refaite et il faudrait être devin pour imaginer le passé «national» d'une chaussée désormais pacifiée et rendue à la voirie locale. Ah, voilà, en jetant un regard gourmand dans la vitrine de cette pâtisserie, nous dénichons le Pavé de la Route Bleue, un bonbon à base de crème de praline enrobé de deux fines couches de nougatines. A la sortie de Pougues, la carte d’état-major du XIXe siècle publiée sur le site de l’IGN nous montre clairement deux voies prenant la direction de Nevers. L’une est la route de Pougues-les-Eaux (l’actuelle D907) et l’autre, plus directe, la route de Foncelin. Celle-ci rejoint aujourd’hui un rond-point qui dessert aussi bien l’A77 de contournement de Nevers que l’ancienne chaussée nationale pénétrant le chef-lieu de la Nièvre. La première voie est certainement une rectification adoucissant la dure côte du Mont-Givre, particulièrement dangereuse après tous ces kilomètres de calme… plat.

Vue de Nevers et de son pont sur la Loire (photos: Marc Verney, décembre 2013).

Une dizaine de kilomètres plus au sud, voilà Nevers, terme de notre première étape. La RN7 de 1959 y entre par le faubourg de la Chaussée en passant sous la porte de Paris (XVIIIe siècle). La préfecture de la Nièvre est bâtie dans une boucle de la Loire, au confluent de la rivière Nièvre, qui descend des hauteurs du Morvan. «Initialement, découvre-t-on dans l’Histoire de Nevers, la ville n’est pas un nœud routier important». Des années plus tard, même constat de cet intendant, qui écrivait en 1781 à propos du Nivernais, qu’il «n’a de débouché que par la Loire et la grande route de Paris à Lyon…». Et le progrès technique n’améliorera pas les choses: en 1859, dans un rapport du préfet au Conseil général de la Nièvre, on peut lire que «la route n°7, qui servait au transit dont la Nièvre avait le monopole entre Paris et Lyon par la route du Bourbonnais, présente une diminution dans sa circulation depuis l'ouverture du chemin de fer d'Orléans et du Centre; aussi a-t-il été possible de restreindre la largeur des parties soumises à l'entretien, en établissant de vastes trottoirs couverts de belles plantations en ligne, qui promettent de devenir un ornement pour la route et plus tard pour l'Etat une véritable source de revenus». Ce n’est finalement qu’au XXe siècle que la route retrouvera un lustre perdu avec son classement par le programme d’équipement routier des années quarante comme «route touristique»… Laissant les poids lourds s’échiner le plus souvent sur la côte de La Rochepot, sur la N6, entre Chagny et Saulieu… Le centre-ville de Nevers est évité depuis 1965, date à laquelle on a fait passer la R.N.7 historique par les quais où l’on retrouve le pont du XVIe siècle. Et la route continue (poursuivre la promenade)…

Marc Verney, Sur ma route, septembre 2014

R.N.77: AUBE SUR LOIRE...
La route nationale Sedan-Nevers traverse une grande partie de l'est de la France. Ardennes, Champagne, Bourgogne... Un trio de régions pour une superbe promenade! (lire)

R.N.78: LE JURA PAR LE MORVAN
La RN78 de 1959 relie Nevers à St-Laurent en Grandvaux en passant par le Morvan, les beaux vignobles de Bourgogne et Lons. Une route pleine d'histoires à suivre ici (lire)

R.N.79: DU CHAROLAIS AU JURA
En 1959, la route nationale 79 nous conduit de Nevers à La Cluse sur la commune de Montréal-la-Cluse dans le département de l’Ain (monts du Jura). Des paysages plein la vue!(lire)