Détails de plaques Michelin de la N7 localisées à Bessay-sur-Allier. (photo: MV, octobre 2007).
La nationale 7 à la hauteur de Langy, un peu à l'ouest de Lapalisse. (photo: EF, octobre 2007).
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Localités traversées et desservies par la N7 de 1959 entre Nevers et Lyon:
Nevers (N77, N78, N79)
Saint-Antoine (N76)
Magny-Cours
Moiry
Saint-Pierre-le-Moûtier
Villeneuve-sur-Allier
Avermes
Moulins (N9, N73)
Toulon-sur-Allier
Bessay-sur-Allier
St-Loup
Varennes-sur-Allier
Rongères
Saint-Gérand-le-Puy
Périgny
Lapalisse
Saint-Prix
Saint-Martin-d'Estréaux
La Pacaudière
Changy
Saint-Forgeux-l'Espinasse
Saint-Germain-l'Espinasse
Les Tuileries
Roanne
Le Coteau
Parigny
L'hopital-sur-Rhins (N82)
Neaux
Saint-Symphorien-de-Lay
Fourneaux
Machézal
Col du Pin-Bouchain
Joux
Tarare
Pontcharra-sur-Turdine
Bully
L'Arbresle
La Tour-de-Salvagny
Dardilly
Charbonnières-les-Bains
Tassin-la-Demi-Lune
Lyon
Duo de plaques sur "lit" de N7. Cet assemblage se trouve à Saint-Martin-d'Estréaux (photo: MV, octobre 2007).
Pour en savoir plus sur la N7

Voici quelques autres ressources en ligne sur la nationale 7 et son histoire:
-la page Wikisara (lire)
-l'encyclopédie Wikipédia (lire)
Arrivée sur Roanne. Cette borne n'existe plus. (photo: MV, octobre 2007).
Documents et sources: Atlas Michelin des Grandes Routes de France (1959); Atlas routier et touristique France (Michelin, 2014); carte Bourges-Mâcon n°69, Michelin (1963); carte Clermont-Ferrand-Lyon n°73, Michelin (1961); carte Environs de Lyon n°91, Michelin (1951); Aux environs de Lyon-Monsieur Josse, Auguste Bleton, éditeur Dizain et Richard (1892); «Bourbonnais et Bourgogne, voies de communication nivernaises de la fin du XVIIIe siècle au milieu du XIXe siècle», Bernard Stainmesse, dans Annales de Bourgogne, t. XLIX (1977); Bulletin de la Diana, Société historique et archéologique du Forez (octobre-novembre 1911); Bully-sur-l'Arbresle (Rhône) et ses environs, notice historique et archéologique, Antoine Vachez, Impr. générale (1884); C’était la Nationale 7, la Route Bleue, la route Nationale 6, Thierry Dubois, éditions Drivers (2010); Grande encyclopédie des communes du Forez et de la Loire, sous la direction de J.P. Houssel, éditions Horvath (1984); Guide Bleu Bourgogne-Lyonnais, Hachette (1965); Guide Bleu de la France automobile, Hachette (1954); Guide des Archives de l’Allier, M. Maréchal, Yzeure (1991); Guide du Routard Auvergne, Hachette (2013); Guide du Routard Bourgogne, Hachette (2014); Histoire des routes de France du Moyen-Age à la Révolution, Georges Reverdy, Presses de l’ENPC (1997); La Loire historique, pittoresque et biographique: de la source de ce fleuve à son embouchure dans l'Océan, V. 1, Georges Touchard-Lafosse, Suireau (1840); L’Allier pittoresque, T. de Jolimont, Martial Place éditeur, réédit. Ed. du palais-Royal (1974); La route française, son histoire, sa fonction, Henri Cavaillès, Armand Colin (1946); «La route royale à travers le canton de Saint-Symphorien-de-Lay», par Gabriel Fouillant dans la revue n°2 Musées et Patrimoine de Roanne et sa région, éditée par la section histoire des amis du musée Joseph-Déchelette (1994); Le Censeur-Journal de Lyon (21 juin 1846); Le chemin qui marche: chronique de la Loire et de ses canaux, Yves Fougerat, éditions Cheminements (2000); Le pont de Roanne et les inondations de la Loire: notice historique, Francisque Pothier, éd. Chorgnon (1868); Le Roannais, une région? Un pays? Centre d’études foréziennes, Publications de l’université de Saint-Etienne (1993); Les routes de France du XIXe siècle, Georges Reverdy, Presses de l’ENPC (1993); Tassin-la-Demi-Lune: son histoire, son terroir, ses habitants, Rémy Méjat, Horvath (1984); Voies romaines et vieux chemins en Bourbonnais, Lucien Fanaud, éditions de Borée (2005); amis-arbresle.com; cc-paysdelapalisse.fr; etude-egrian.fr; forez-info.com; mairie-stpierrelemoutier.fr; roanne.fr; saintgerandlepuy.cc-varennesforterre.fr; ville-lapalisse.fr; ville-moulins.fr; villeneuvesurallier.fr; Géoportail IGN, Wikipédia, Wikisara. Merci (et bravo!) aux Chemins du passé.
Un coup d'oeil sur l'ancienne route royale vers Fourneaux (photo: MV, oct. 2014).
Nous voici à 1,5 km du Pin-Bouchain (photo: MV, oct. 2014).
Limite Loire-Rhône au col du Pin-Bouchain (photo: MV, oct. 2007).
Plaque de la RN7 située à Tarare (photo: MV, oct. 2007).

A Pontcharra (photo: MV, oct. 2007).
A Bully, joli village de pierres dorées (photo: MV, oct. 2007).
A VOIR, A FAIRE

Nevers: le beau palais ducal, construit entre 1464 et 1565; la cathédrale Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte, réalisée sur l’étendue de cinq siècles; l’église romane Saint-Etienne; les hôtels particuliers des quartiers Saint-Martin et Saint-Etienne; le musée de la Faïence; le Bec d’Allier, le joli confluent entre Loire et Allier (sentier de découverte).
Magny-Cours: le circuit automobile.
Saint-Pierre-le-Moûtier: l’église Saint-Pierre du XIIe siècle; les restes médiévaux (tours, fossés); des maisons Renaissance. En 1429, Jeanne d’Arc enlève la place aux Anglais.
Moulins: les amateurs de travaux publics iront voir le beau pont Régemortes sur l’Allier (XVIIIe siècle) et la Citévolution (maquettes montrant l’histoire de la ville); la cathédrale Notre-Dame et la chapelle des évêques (voir le beau triptyque du Couronnement de la Vierge); le beffroi du Jacquemart, la Mal-Coiffée (plus ancien monument de Moulins); le musée Anne-de-Beaujeu; la place d’Allier (cœur de la cité).
Saint-Gérand-le-Puy: on y cultive la mémoire de l’écrivain James Joyce, qui y séjourna un an.
Lapalisse: son château, réalisé à partir du XIIe siècle, conserve de belles tapisseries flamandes du XVe siècle; on peut s’amuser à suivre les panneaux «RN7 historique» jusqu’au pont de la Vallée sur l’ancienne route royale, vers Droiturier.
La Pacaudière: son relais de poste, le «Petit Louvre», et, juste à côté, le village médiéval du Crozet.
Roanne: un donjon du XIIe siècle, plus ancien bâtiment de la ville; la maison bourbonnaise; le musée des Beaux-Arts et d’Archéologie Joseph-Déchelette; la maison Troisgros installée en 1930 à Roanne, première étoile au Michelin en 1955, y fait vivre avec brio le meilleur de la gastronomie française dans plusieurs établissements situés dans la cité et alentours.
Col du Pin-Bouchain et alentours: l’association les Chemins du passé y a joliment balisé les différents chemins, royaux, impériaux, nationaux… (panneaux explicatifs nombreux). A Saint-Symphorien-de-Lay, le relais de la Tête-Noire est considéré comme un des plus anciens relais de poste de France (1464).
Tarare: la tour de la prébende des Martin (XVe siècle); le viaduc (long de 373 m); le barrage de Joux sur la Turdine (inauguré en juin 1905), belles promenades.
Bully: belles demeures de pierres dorées.
L’Arbresle: le musée du Vieil-Arbresle, les petites rues du centre-ville.
La Tour-de-Salvagny: les restes du «vingtain», une enceinte de protection du XIIIe siècle financée par un impôt correspondant au vingtième des revenus des habitants.

Belles routes de France...
R.N.7: NEVERS-LYON, COL BLEU, LIGNES JAUNES (II)
C’est la deuxième partie du parcours Paris-Menton: la RN7 entre Nevers et Lyon. Voilà Moulins, Roanne, Tarare… Dans les années cinquante et soixante, c'est la partie la plus difficile du trajet, avec notamment la montée au col du Pin-Bouchain et la descente acrobatique vers Lyon. Le site Sur ma route vous invite pour la deuxième fois –après 2008- sur ce véritable mythe français, un ruban ininterrompu de goudron de près de mille kilomètres avant le plongeon dans la Grande Bleue... Comme toujours, nous nous promènerons, les guides d'époque à la main et les yeux grands ouverts sur l'itinéraire de 1959 avec une documentation totalement renouvelée au fil de nos nouvelles rencontres...

La RN7 au col du Pin-Bouchain. La borne rouge située en bas à gauche de l'image marque la limite entre les départements de la Loire et du Rhône (Photo: Marc Verney, octobre 2007).

On sort de Nevers par le pont sur la Loire, qui date de 1832. Un premier ouvrage en pierre date du XVIe siècle, mais, nous dit le livre Le chemin qui marche: chronique de la Loire et de ses canaux, une gravure montre un pont en ces lieux dès le Ve siècle. Celui de 1767, est réalisé par Louis de Régemortes et Abraham Mossé; il ne tient que jusqu’en 1790, année d’une crue exceptionnelle (cinq arches sont détruites). Si on se retourne, la vue est émouvante sur la ville, perchée sur sa mignonne petite butte. De l’autre côté, nous signale le site etude-egrian.fr (qui étudie le risque d’inondation à Nevers), «les premières traces d’édification de levées à Nevers remontent à 1606 avec la réalisation de la levée Saint-Antoine en rive gauche de la Loire». Un premier ouvrage qui a pour but «de mettre hors d’eau» le chemin du vieux pont de Loire, l’actuelle D907. Une levée qui sera rehaussée au fil des années… et des crues! Après le faubourg de Lyon, la route traverse le canal latéral à la Loire (réal. en 1838) à Plagny et laisse sur sa droite le joli coin sauvage du Bec d'Allier, point de jonction entre le fleuve Loire et la rivière Allier. «On ne s’étonnera pas, nous dit Georges Reverdy dans l’Histoire des routes de France du Moyen-Age à la Révolution, de la prééminence au XVIe siècle de la route de Paris à Lyon par la vallée de la Loire et le Bourbonnais plutôt que par la Bourgogne, longtemps hostile (au roi de France NDLR)». Une situation qui restera inchangée au XVIIe siècle mais évoluera dans les siècles suivants en raison –notamment- de l’amélioration progressive des communications par Auxerre et Chalon-sur-Saône.

A Magny-Cours (Photo: Marc Verney, avril 2007).

Pour suivre la R.N.7 historique (D907) et éviter la moderne quatre-voies, il faut aller en direction du lieu-dit la Chaume-des-Pendus, contourner le bois de Faye puis traverser la Vieille-Poste. Une dizaine de kilomètres d’ancienne chaussée et voici Magny-Cours. Le bourg, traversé par la N7 avant guerre est contourné au cours des années cinquante (projet en 1950, chaussée simple réalisée en 1956); d’après Wikipédia, on y trouve à l'époque un premier circuit de karting puis le circuit automobile Jean-Behra de deux kilomètres de long et une école de pilotage. En septembre 1986, le conseil général de la Nièvre, soutenu par François Mitterrand, rachète les lieux pour y implanter, de 1991 à 2008, le Grand-Prix de France de Formule 1. Juste à côté, Le Marault est bien connu des amateurs de viande rouge: c’est en effet ici que se trouve le pôle d’excellence du charolais. Les placides bovins ont dû frémir devant le vacarme des bolides!! Après Moiry, où l’ancienne nationale s’appelle encore «route bleue», les grandes lignes droites se succèdent. On passe le lieu-dit Maison-Rouge, que l’on rencontre souvent sur les plus anciennes voies et qui signifiait l’emplacement d’une auberge, d’un relais. D’ailleurs, c’est sans doute là que la N7 coupe l’ancienne voie romaine de Bourges à Autun d’après le livre Voies romaines et vieux chemins en Bourbonnais. Et c'est l'arrivée à Saint-Pierre-le-Moûtier, «ancien bailliage royal dont la juridiction couvrait une partie de l’Auvergne, du Berry, du Bourbonnais et du Nivernais» nous raconte Thierry Dubois dans son ouvrage C’était la Nationale 7, la Route Bleue, la route Nationale 6. En découlait, nous dit le site internet du bourg, d’innombrables complications avec le bailliage de Nevers, tout proche. Du coup, «après les Etats généraux, Saint Pierre perdit sa fonction de ville royale. La ville devient, en 1790, l'un des 19 chefs-lieux de districts du département de la Nièvre». Sous la Révolution, la commune se vit affublée successivement des noms de Brutus-la-Vallée, de Brutus-le-Magnanime et de Brutus-le-Moûtier…  On y croisait, un peu au nord, «la route d’Angoulême à Nevers» bien visible sur la carte d’état-major du XIXe siècle publiée par l’IGN (ancienne N151bis). Le bourg -désormais traversé par la D978A- qui doit son origine et son nom à un monastère bénédictin est une halte réputée sur la R.N.7. En lisière de la Sologne bourbonnaise, la cité a préservé quelques «restes de fossés» et «plusieurs tours rondes», nous précise le Guide Bleu Bourgogne-Lyonnais 1965 à qui n’échappe pas le fait que c’est là qu’en 1429 «Jeanne d’Arc y remporta sa dernière victoire». Là encore, d'antiques plaques de signalisation Michelin datées des années trente éclairent notre chemin d'antan. Le bourg a été contourné dans les années 80 mais le projet remonte en fait à 1941…

On sort de Saint-Pierre-le-Moûtier par la route de Moulins et on «se rapproche peu à peu de la rive droite de l’Allier», raconte le Guide Bleu 1965. Les chaussées de bitume s'allongent et la nationale multivoies s’allonge jusqu’à Saint-Imbert, écart de la commune de Chantenay. Les lignes droites, imperturbables, quoique parfois longées de belles allées d’arbres, ciblent l'horizon, balisé à droite par la ligne de chemin de fer de Moret-Veneux-les-Sablons à Lyon-Perrache réalisée ici au milieu du XIXe siècle. De nuit, avec la voiture qui déchire le rideau sombre, l'autoradio calé sur une fréquence ondes moyennes (OM) grésillante, oui, la route nous appartient... La route nationale 7 passe la frontière de l'Allier un peu au nord de Villeneuve-sur-Allier. «A l'origine, nous explique le site de la bourgade, Villeneuve fut créée autour d'un château et d'une chapelle fondés par Pierre de Belleperche, conseiller du roi Philippe IV le Bel, vers la fin du XIIIe siècle». Par ailleurs, registres et archives font notamment «mention dès le XVIe siècle des hôtelleries des Trois Roys (ou des Trois Maures), de la Croix blanche et de la Tour d’Argent». Encore deux kilomètres, et voilà, érigée au bord du macadam sombre, la stèle qui rappelle au passant le terrible accident de l’aérostat République, alors qu'il était en manoeuvres dans la région, suivant le trajet de la R.N.7. L’engin, nous dit le site Wikipédia, «était un dirigeable militaire Lebaudy de 3200 m3 à moteur 4 cylindres de 70 chevaux. (…) Il s'écrase le 25 septembre 1909 au matin dans un champ près de l'entrée du château d'Avrilly, une pale de l'hélice s'étant brisée et ayant déchiré l'enveloppe». L’accident entraîne la mort de tout l'équipage: «le capitaine Marchal, le lieutenant Chauré et les adjudants Vincenot et Réau».

Extrait de la carte de Cassini montrant la région de Moulins (XVIIIe siècle). On y voit parfaitement les routes de Lyon (vers Toulon) et de Clermont-Ferrand (à l'ouest de l'Allier). On remarque que les travaux du pont sur l'Allier ne sont pas encore représentés (source: culture.gouv.fr).

Moulins est bâtie sur la rive droite de l'Allier. «La route de Paris (D707 aujourd’hui NDLR), nous raconte le Guide Bleu de la France automobile 1954, aboutit directement à la cathédrale, au centre de la vieille ville». Aujourd’hui, la circulation est déviée par les bords d’Allier (ou par une quatre voies qui passe au large). La ville a une belle histoire: d’après Wikipédia, la première mention de Moulins dans un document apparaît en 990. Devenue ville franche au XIIIe siècle, Moulins attire de nouvelles populations et l’activité économique se développe. En 1327, la seigneurie du Bourbonnais est érigée en duché par le roi de France. L'apogée du Bourbonnais intervient à la fin du XVe siècle: «En 1494, nous dit encore l'encyclopédie Wikipédia, Charles VIII projette d’envahir l’Italie, et pendant qu’il reste à l’étranger, il confie la famille royale et le gouvernement de la France au duc Pierre II, qu’il nomme lieutenant-général du royaume»... Bel exemple de confiance. Mais le rattachement au royaume de France intervient en 1532. «En 1566, apprend-on dans le Guide des Archives de l’Allier, le roi Charles IX et sa mère Catherine de Médicis séjournent à Moulins; c’est à cette occasion qu’est promulguée la célèbre ordonnance, essentiellement consacrée au fonctionnement de la justice». Le jeune Charles IX effectuait alors un vaste tour de France (1564-1566) dans le but de restaurer l'autorité royale dans les villes du royaume.

R.N.9: SILLON D'AUVERGNE
La RN9 de 1959 relie Moulins à l'Espagne en passant par Clermont-Ferrand, Millau, Béziers et Perpignan. Une route lascive et belle comme le vent sur le Causse. (lire)

R.N.73: DEUX BALE POUR MON MOULINS
La route nationale 73 de 1959 relie Bâle en Suisse à Moulins dans l'Allier. Une des plus singulières transversales qui soient. Mais pas des moins bucoliques... (lire)

Après le XVIIe, où l’on commence à détruire les anciennes fortifications, le XVIIIe siècle est une période faste pour la cité, qui s'embellit considérablement. Mais la grande réussite architecturale de ce siècle à Moulins est un pont que l'ingénieur Louis de Régemortes parvient à construire sur l'Allier de 1753 à 1763. En effet, la tâche fut ici d'une difficulté extrême: malgré l'étroitesse de son lit, l'Allier coule sur un fond sablonneux rendant les fondations des ponts très fragiles. Un problème que M. de Régemortes contourna en endiguant et en déplaçant le lit de la rivière par des levées tout en assurant la solidité du pont grâce à un système de radier continu. Du coup, un quartier nouveau fut bâti à la place d’un ancien pâté de maisons (le quartier de la Madeleine) et la route vers Clermont-Ferrand assurée. C'est la nationale 9 historique, qui part de la rive gauche de l'Allier. Autre fait notable: durant la Seconde Guerre mondiale, la ligne de démarcation (1940-1943) partait de la frontière suisse et passait par Moulins avant de couper la France en deux par Angoulême et de rejoindre le Sud-Ouest. Passés les derniers faubourg de la préfecture de l'Allier voilà déjà Toulon-sur-Allier, qui fut jadis un important site de production de poteries gallo-romaines. La voie (D707) y porte encore le nom de «route bleue». Ici encore, la chaussée de Paris à Lyon date de l’Ancien régime et puise ses origines dans un chemin antique. Mais, «malgré des travaux constants depuis 1771, l'intendant de Moulins exprimait sa crainte en 1781, que l'hiver suivant "elle ressemble à un des plus pauvres chemins de traverse du royaume"...», peut-lire dans l’article «Bourbonnais et Bourgogne, voies de communication nivernaises de la fin du XVIIIe siècle au milieu du XIXe siècle» de B. Stainmesse.

A Bessay-sur-Allier, le bar de la route bleue attendait son nouveau propriétaire en 2007... (Photo: Marc Verney, octobre 2007).

Voilà Bessay-sur-Allier, où l’on peut apercevoir d’anciennes plaques Michelin de la R.N.7 qui annoncent fièrement que l’on se trouve à 301 km de Paris. «Depuis les temps les plus reculés, d’après Wikipédia, Bessay était une place forte» située à la croisée de chemins antiques. Le relais de poste du village est déjà mentionné dans la Guide des chemins de France de Charles Estienne (1552). La route nationale 7 longe toujours la voie ferrée et remonte la vallée de l'Allier. Les reliefs ne sont pas prononcés. Les roues filent droit sur un bitume sage et peu dénivelé. Voilà le lieu-dit Le camp des Romains (où l’on remarque un très ancien méandre de l’Allier), puis celui de la Vieille-Poste… Trente kilomètres au sud de Moulins, après Saint-Loup (où l’on trouve un Relais de la Route Bleue) et Chazeuil, la cité de Varennes-sur-Allier fut un port assez important. Il y eut même un pont sur l’Allier au IIIe siècle, signale Wikipédia, qui, avec des «centaines d’objets» déposés au musée départemental de Moulins, montrent que le bourg gallo-romain de Vorocium avait une certaine tenue. Plus tard, la cité souffre de sa position géographique avec le passage fréquent de gens de guerre, «qui ont fait déserter la plupart de ses habitants», indique Jacques Le Vayer, intendant de la généralité de Moulins de 1694 à 1699. Amusant: la célèbre Coco Chanel y fait –beaucoup plus tard- l’apprentissage de la couture auprès de ses tantes. Sous l’Ancien régime, ce fut une étape royale, sous l’Empire, une pause impériale… même le pape s’y est arrêté! On sort de Varennes par l’avenue de Lyon, la N7 laisse sur sa droite la route nationale 493 de 1959 (route de Vichy, N209 en 2014).

A Saint-Gérand-le-Puy, une ancienne plaque de cocher de la R.N.7 (Photo: Marc Verney, octobre 2014).

Notre route arrive à Rongères et Saint-Gérand-le-Puy. Ce village a eu, de tous temps, une grande «importance militaire» par sa position sur l’axe de Moulins à Lyon, nous dit le site internet du bourg. Cependant, une première chaussée partant de Périgny, passant au sud du lieu, «allait franchir l'Allier au pont ou au gué de Cordeboeuf pour rejoindre la route de Clermont à Paris, près de Saint-Pourçain». Jusqu’au XVIe siècle, le grand chemin de Lyon semble éviter Saint-Gérand. Au XVIIe, les travaux font passer la route dans le village, apportant les mêmes inconvénients qu’à Varennes: «Le passage des gens de guerre»... A Périgny, un peu plus loin, le site de la communauté de communes nous indique que la route Paris-Lyon qui y passe date «du milieu du XVIIIe siècle» et note que «l’ancienne route royale passait à l’origine devant l’église». Au bout de la ligne droite, nous atteignons Lapalisse, encore une ville-étape importante sur l'itinéraire Paris-Lyon, «déjà connue au Moyen-Age, comme "notable passage en Bourbonnais"», nous annonce son site internet. La nationale historique s'y engouffre en plein coeur du centre-ville, passe la pittoresque rivière Besbre avant de tourner au pied du fameux château (XIIe-XVIe siècles). A gauche pour l’ancien itinéraire du XVIIIe siècle par le pont de la Vallée et Droiturier (D570), à droite par Saint-Prix, pour celui, avec ses montées adoucies, du XIXe siècle. Lapalisse est la ville des «lapalissades», ces «vérités» assénées par monsieur de La Palice qui fut maréchal de France sous François 1er. C'est là aussi, que, chaque année aux beaux jours, les automobilistes en route «pour la Côte» étaient souvent prisonniers d'inextricables embouteillages avant la mise en place de la moderne déviation de 2006... une «tradition» relancée avec un zeste d'humour ces derniers temps par les défenseurs de la N7 historique, dont fait partie Thierry Dubois. «Dans le Bourbonnais, près de la frontière forézienne, on trouve sur notre route un péage au pont de la Vallée en 1348, un autre à La Palisse en 1213», apprend-t-on dans le Bulletin de la Diana (Société historique et archéologique du Forez) d'octobre-novembre 1911. Un autre péage aurait existé à Saint-Martin-d'Estréaux dès 1418. Ces péages furent supprimés petit à petit au XVIIIe siècle: celui de La Pacaudière le 21 février 1741, celui de Saint-Martin, le 13 octobre de la même année.

Signalisation de la route bleue à Lapalisse (photo: Marc Verney, octobre 2007).
Le château de Lapalisse et le pont de la N7 sur la Besbre (photo: Marc Verney, octobre 2007).

Quelques lacets issus de la grande rectification de 8,4 km planifiée en 1844 par la vallée de la Besbre (travaux terminés en 1848), et la RN7 effleure les monts de la Madeleine, qui dominent Roanne et sa région. Ces petits monts, qui culminent à 1164 mètres d'altitude, auraient été ainsi nommés, nous dit le site montsmadeleine.fr en raison d’une chapelle, dédiée à sainte Marie Madeleine, édifiée après le massacre des populations locales par les Francs au IVe siècle. L'automobiliste soucieux de suivre la nationale historique entrera dans Saint-Martin-d'Estréaux (anciennes plaques routières). C'est là que le chemin Paris-Lyon (D307) entre dans le département de la Loire. Ici, nous raconte Monique Vialla dans l’article «Les routes du soleil» publié par le portail régional forez-info.com, «le paysage fait contraste avec les plaines du nord de la France, on se trouve dans une contrée nouvelle. Les toitures plates aux tuiles rondes remplacent les hauts combles aigus: couleur, lumière, tout est méridional». Entre Saint-Martin et La Pacaudière, de grands travaux de rectification sont «entrepris en 1835» en raison d’une chaussée du XVIIIe siècle jugée «bien trop rude», écrit Georges Reverdy dans Les routes de France du XIXe siècle. Une modification du tracé parfaitement visible sur la carte d’état-major du XIXe siècle publiée sur le site Géoportail de l’IGN.

Le pont de la Vallée actuel, vers Droiturier, sur l'ancienne route royale, a été bâti en 1752. (photo: Marc Verney, octobre 2014).

Peu après, le village de La Pacaudière, voisin du bourg médiéval de Crozet a dû sa création au passage de la poste au XVe siècle puis de la route royale. On y admire le «Petit Louvre», un imposant relais transformé en hôtellerie dans la première moitié du XVIe siècle. Devant le trafic important, nous annonce fièrement le site de la mairie, la route a été fortement rectifiée et élargie au milieu du XVIIIe siècle. «La circulation des diligences, des chaises de poste lui donnait une animation perdue ensuite avec la création de la ligne de chemin de fer». Et d'énumérer les nombreux voyageurs célèbres; on rappelle simplement François 1er, Henri IV, Louis XIII, Louis XIV, les trois passages de Napoléon 1er (1802, 1805, 1814) ou l'écrivain -très voyageur- Victor Hugo... En novembre 1804, à Changy, le village suivant, nous dit Monique Vialla, «un arc de triomphe de verdure et de guirlandes fleuries est dressé en l'honneur des cortèges de cardinaux, évêques et dignitaires qui se rendent à Paris pour le sacre de Napoléon Ier». L’antique Cangiacum fut traversée de part en part par la R.N.7 historique jusqu’en 2010. Puis le voyageur croise les villages de Saint-Forgeux-Lespinasse et de Saint-Germain-Lespinasse (déviée en 1994).

A La Pacaudière, voilà le «Petit Louvre», un imposant relais transformé en hôtellerie dans la première moitié du XVIe siècle. (photo: Marc Verney, octobre 2014).

L'arrivée sur Roanne est rapide après les lieux-dits des Tuileries et de la Demi-Lieue. Là, pour se diriger vers le coeur de la cité industrieuse, située sur l’ancienne route de l’étain, spécialisée au XXe siècle dans les tissages et la métallurgie, il faut tourner à droite, suivre la rue Alfred-de-Musset et l’avenue de Paris (D207). Certains disent que le nom de la cité vient d'un dérivé du celte Rodo (le gué). En effet, là où la Loire commence à devenir navigable on trouvait cependant un gué permettant aux voyageurs de traverser le fleuve. Au IIe siècle, découvre-t-on dans le site roanne.fr, «les fours de potiers présents dans le centre ancien, témoignent de l’époque gallo-romaine» de la cité, alors appelée Rodumna. Le bourg de Roanne se développe sous Henri IV. Le port prend de importance; logis et hostelleries s’édifient à l’intention des voyageurs et négociants. La RN7 (de 1959) aboutit, en plein centre de Roanne au carrefour Helvétique. Un nom étonnant à des lieues de la Confédération et que l'on verrait plutôt sur l'itinéraire de la route blanche Paris-Genève, bien connue des lecteurs de ce site... Ici, c'est semble-t-il, une affaire de business, l'association de deux banquiers roannais, Devillaine et Merle à quatre confrères helvétiques au travers de la Société Franco-Suisse pour la réalisation du canal de Roanne à Digoin. «Jusqu'au milieu du XVIIe siècle, apprend-on dans Le pont de Roanne et les inondations de la Loire: notice historique, aucun pont n'avait été construit sur la Loire. Un bac établi à l'extrémité de la rue des Minimes servait à franchir le fleuve». Le premier ouvrage réalisé à Roanne le fut «en 1630 par Louis Gouffier, duc de Roannais. (...) Ce premier pont se composait de trois piles en maçonnerie reliées entre elles par un tablier en bois fort étroit. (...) Peu d'années après son achèvement, il tombait déjà en ruines»... Un pont provisoire s’éleva jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. A cette époque, des travaux fermèrent le second lit du fleuve entre l’Ile et le Coteau. Mais une grave inondation dévaste Roanne en 1790; il est donc décidé de bâtir un pont en pierre. Les travaux, cependant, avancent très lentement. En 1803, «le radier était seul complètement achevé; les piles sortaient de l'eau. Aucun travail ne se fit de 1803 à 1810...». L’ouvrage est finalement achevé en mai 1834…

Ces panneaux métalliques sont situés à Changy (photo: Marc Verney, octobre 2007).

Ce pont est pavé en 1889. Le tramway est installé en 1901. En 1909, les câbles électriques destinés à alimenter Roanne sont installés depuis l'usine de Pincourt du Coteau. Vive la «fée lumière»!! C'est d'ailleurs au Coteau qu'arrive la N7 après avoir traversé Roanne et la Loire (soit sur l’ancienne déviation de 1968 –l’avenue de Lyon pour laquelle il a fallu détruire des centaines d’habitations, ou celle plus récente de 1993). L’avenue de la Libération, puis la «route bleue», mènent la R.N.7 historique le long de la vallée du Rhins; nous voilà –aussi- sur le «grand chemin royal» de 1449. A L'Hôpital-sur-le-Rhins, où se trouvait un relais, on remarque sur la carte d’état-major du XIXe siècle, le départ –sur la gauche- d’une «route Napoléon», en fait la route royale du XVIIIe siècle, qui file directement sur Neaux après avoir franchi le Rhins sur un pont de 1732 –se superposant à un ouvrage plus ancien- alors que la route actuelle, moins pentue, élaborée en 1837, emprunte la vallée du Gand depuis la Cote Maréchal jusqu’à Neaux. L’ancien chemin (quand même amélioré avec la chaussée royale), découvre-t-on sur le blog de l’association historique régionale des Chemins du passé, était épouvantable: «Il fallait franchir le bois des Morts à quelques centaines de mètre du départ de cette montée. Un point très délicat en redescendant, car la ligne droite était brusquement interrompue par un caprice du sol. A la traversée de la profonde "goutte des morts" il y avait de nombreux accidents et quelques embuscades». Dans la Grande encyclopédie des communes du Forez et de la Loire, Neaux, situé plus haut, est mentionné en 1020 dans le cartulaire de Savigny qui fait état d'une «villa» appelée Novals, peut-être la contraction de Novales Terrae, nouvelles terres défrichées aux Xe et XIe siècles. Dès le XVe siècle, le «grand chemin français» de Paris à Lyon traverse le village.

Dans ces parages, l'automobiliste en route pour la Côte d'Azur peut choisir entre deux itinéraires: poursuivre la «route bleue» (qui devient N82 historique) par Saint-Etienne et le col de la République ou bien passer par Lyon en escaladant le col du Pin-Bouchain. A la mauvaise saison, ces deux routes n'étaient pas aisées. Et les voyageurs avaient plutôt tendance, pour faire le voyage du Sud, à emprunter les N5 et N6 jusqu'à Lyon... puis à y rejoindre la N7.

R.N.82, LE RACCOURCI DE LA "ROUTE BLEUE"
En 1959, l'automobiliste qui roule vers "la Côte" a le choix entre deux points de passage: Lyon ou suivre le raccourci de la route bleue par Saint-Etienne et le redoutable col de la République... (suivre)

A Saint-Symphorien-de-Lay, où la route est rectifiée dans la première moitié du XIXe siècle, une halte s'impose à l'ancien relais de poste de la Tête-Noire, un des plus anciens relais de France (1464). Comme à La Pacaudière, d'illustres personnages s'y sont arrêtés, comme François Ier, le pape Pie VII, Rabelais et le poète Joachim du Bellay qui y composa même -dit-on- un sonnet. La route est sinueuse et pentue. Sous l'Ancien Régime, «pour venir à bout des rampes de Neaux et de Fourneaux et de la Fontaine, on fait appel aux services de paysans proches qui attellent une ou deux paires de bœufs», indique Gabriel Fouillant dans la revue Musées et Patrimoine de Roanne et sa région citée par les Chemins du passé. Ici où là, des morceaux d'ancien macadam s'extraient du tracé contemporain... Depuis Fourneaux (que l'on évite par la droite) et Machézal, les lacets de la N7 historique font dans l'authentique. Ne manque que le souffle un peu court des vieilles 4CV pour y croire... Ici, les rectifications ont été d’importance: un premier aménagement se fait au milieu du XVIIIe siècle, un second aux alentours de 1835 avant le tracé d’aujourd’hui, nous dit l’association historique régionale Les chemins du passé. Ainsi, la route royale passe-t-elle au sud de Fourneaux pour rejoindre la route actuelle à La Fontaine. Tout est joliment signalé d’ailleurs par l’association, qui a installé de jolis poteaux de bois qui balisent, soit la route royale, soit l’ancienne R.N.7.

L'ancienne R.N.7 dans la montée du col du Pin-Bouchain (photo: Marc Verney, octobre 2014).

Le col du Pin-Bouchain est le plus haut sommet franchi par la nationale 7: 760 m sur la carte Michelin (764 m dans le Guide Bleu 1954...). Bon, ce n'est ni les Alpes, ni le Jura... mais l'ambiance montagne est là: sapins, vent, pluie (neige...). La vie peut parfois être rude dans ces monts du Beaujolais que l'on associe uniquement -à tort- au cépage gamay... La riante côte des vins est plus loin à l'est, vers la plaine de la Saône... Pourquoi le Pin-Bouchain? A l'origine, le lieu s'appelait La Chapelle. Le souffle révolutionnaire de 1789 étant aussi passé par là, il a fallu supprimer la référence religieuse. Les édiles se sont creusés le ciboulot: Bouchain, c'est le nom de la famille qui possédait un pré, dans le coin. Le pin qui dominait le col a servi de point géodésique au service topographique de l’Armée... Le Pin... Bouchain, et le tour était joué! A noter qu’un lieu-dit La Chapelle existe encore à côté du col… C’est d’ailleurs l’emplacement du relais. Là, s’est tenu en 1536 une entrevue entre François Ier et Jacques V d’Ecosse pour une histoire de mariage… La descente sur Tarare est périlleuse. La route longe la rivière Turdine (lac de barrage réalisé au début du XXe siècle). On a un peu peur pour les freins des poids-lourds, qui, heureusement, ne se bousculent pas sur cette portion de la N7. Le tracé de cette difficile portion de chaussée a évolué au fil du temps: «Pour ceux qui abordaient la montagne de Tarare par l’Est, la route du Bourbonnais était redoutée», nous dit Henri Cavaillès, dans l’ouvrage La route française, son histoire, sa fonction. «La route, attaquait l’obstacle de front par le haut des croupes et s’élevait tout droit». C’est là l’itinéraire le plus ancien, long de 7 km, constamment réaménagé jusqu’au XVIIIe siècle. Mais il est trop dur, trop dangereux. «Adjugée en 1813, écrit Georges Reverdy dans Les routes de France du XIXe siècle, la nouvelle route va serpenter sur 10 km à flanc de coteau en suivant le versant nord de la vallée de la Turdine». Ouverte au roulage en 1820, cette route est encore en travaux jusqu’aux «environs de 1827», précise Henri Cavaillès. Elle est encore la voie contemporaine (améliorée au fil du XXe siècle). C’est au lieu-dit le Pied-de-la-Montagne que la chaussée du XVIIIe rejoint la route d’aujourd’hui.

L'ancienne route royale s'échappe du hameau de La Chapelle en direction de Tarare (photo: Marc Verney, octobre 2014).

Tarare est -en 1959- la «capitale mondiale du rideau», assurant près de 80% de la production nationale. «C’est dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle qu’un homme, George Antoine Simonet», nous dit le site ville-tarare.fr, lance la cité «dans une formidable aventure: la mousseline, tissu de coton fin et léger. En introduisant sa fabrication, il déclenche le développement et la postérité de la ville». Les matières naturelles sont remplacées par le synthétique au XXe siècle. Mais la cité a aussi vécu de la route… Henri Cavaillès signale que, sous l’Ancien Régime, «le long de la route se succédaient ateliers de réparation et de charronnage, maréchaux-ferrants, bourreliers, hôtelleries»… Au XXIe siècle, Tarare regrette un peu ces temps de prospérité…Entre Tarare et Lyon, nous dit Georges Reverdy, «les rectifications s’échelonnent sur 20 ans alors qu’elles avaient été réclamées dès 1822»… Voilà Pontcharra (ancienne route royale vers le chemin des Potences), puis Bully (anciens panneaux Michelin), un village bien pittoresque, désormais dévié (nouveau tracé visible sur la carte Michelin de 1961), bâti avec ces magnifiques pierres dorées qui rayonnent un peu partout dans cet arrière-pays lyonnais. Là, nous explique Antoine Vachez dans la notice historique et archéologique de Bully-sur-l'Arbresle, d'anciens documents attestent du passage au Moyen Age de la via francisca qui conduisait dans l'Ile-de-France. Juste après, la carte de Cassini (XVIIIe siècle) publiée par l’IGN monte que le chemin ancien filait tout droit au travers du Grand-Laval alors que la route moderne pointée par la carte d’état-major du XIXe contourne largement par le sud.

Un peu plus loin, L'Arbresle constitue une halte quasi obligée sur l'itinéraire reliant Paris à Lyon, et qui se transformera donc au fil du temps en «Grand chemin de Paris à Lyon», en «Route Royale», en route impériale 8 (jusqu’en 1824)... puis en N7. On y arrive en longeant la Turdine par la rue de Paris. Avant, jusqu’en 1715, on traversait cette rivière sur le pont Sapéon, emporté par une violente crue de la rivière (le «déluge» de Tarare). Une déviation de la cité prend forme dans les années 80. Le centre est charmant, avec ses minuscules rues piétonnes tournicotant autour des maisons de pierre... Principales auberges de la ville au XVIIIe siècle: les Trois-Maures, la Tête-Noire, la Cigogne, le Cheval-Blanc... A la sortie, la route de 1750 (actuelle avenue de la Gare) a été déclassée au profit d’un tracé imaginé en 1836: passant toujours la Brévenne par le pont de la Madeleine pour rejoindre les environs de Fleurieux, le nouveau chemin impose néanmoins la destruction de l’Hôtel-Dieu, indique le très documenté site internet de l’association des Amis du Vieil Arbresle. En effet, des travaux menés de 1838 à 1842 modifient lourdement le tracé de la route entre L’Arbresle et Lentilly. Mais, nous informe George Reverdy dans Les routes de France du XIXe siècle, «des problèmes de revêtement empêchent la circulation… D’autres travaux sont menés jusqu’en 1847». L’ancienne voie (la départementale 160 actuelle), dite «route Napoléon», rejoint le tracé actuel vers Lentilly.

Tassin-la-Demi-Lune, le célèbre carrefour à l'horloge vu sur une carte postale du début du XXe siècle éditée par LL, un document publié par Wikipédia et scanné par Claude Villetaneuse.

A la Tour-de-Salvagny, «une section du village aligne ses maisons tout au long de la route», lit-on dans l’ouvrage Aux environs de Lyon-Monsieur Josse d’Auguste Bleton. C'était «le premier relais de poste sur la route du Bourbonnais». C'est dans les parages que l'on retrouve également les restes de la première station privée régionale de France dans les années trente, Radio Lyon. Selon l’ouvrage d’Auguste Bleton encore, on apprend qu’avant la route du XIXe, «au départ de la Tour de Salvagny, on passait au pied de Dardilly en empruntant la rue Profonde (entre le bois de Serres et le bois Sève) pour aboutir à Vaise, près de la Duchère». Encore quelques kilomètres et nous voilà dans l'Ouest lyonnais. Dardilly, Charbonnnières-les-Bains et son casino; le paysage est là totalement urbanisé, images de banlieues éternelles. La route, débaptisée, s'appelle ici, D307. La N7 historique pénètre dans Tassin-la-Demi-Lune par l'avenue de la République. «Ce sont les grands travaux de voirie du XVIIIe siècle, l'ouverture des nouvelles routes de Paris par le Bourbonnais et de Bordeaux», qui déterminent la configuration des lieux. «Au point de jonction de ces deux voies, l'agglomération de la Demi-Lune est en passe de devenir une petite ville», précise ici le livre Aux environs de Lyon-Monsieur Josse d’Auguste Bleton en 1892. Voici le célèbre carrefour à l'horloge, qui marque véritablement l'entrée de la route dans l'agglomération lyonnaise. Belle histoire que celle de cette horloge: ce monument, haut de 13,50 m, a été construit au début du XXe siècle entre 1907 et 1908. Il permettait aux passants de lire une heure «républicaine», sans avoir à se tourner vers l'heure «religieuse» du clocher!

Sur une carte de 1965 publiée dans le Guide Bleu Bourgogne-Lyonnais, la route vers l'azur entre dans Lyon par l'avenue Barthélemy-Buyer. Cette longue rue fait la frontière entre le cinquième et le neuvième arrondissement de la capitale des Gaules. On peut noter un autre accès (l’actuelle avenue Victor-Hugo), cité par Rémy Méjat dans le livre Tassin-la-Demi-Lune: son histoire son terroir, ses habitants, vers Vaise, bâti de 1784 à 1787, large d’une vingtaine de mètre, qui relie la Demi-Lune au Pont-d’Ecully à la place d’un ancien tracé nettement plus pentu. Après quelques virages et la traversée de la Saône, nous voici à Perrache, au coeur de Lyon, cité fascinante. «Toute ville, sans doute est un être compliqué. Lyon plus qu’une autre», a glissé un jour Fernand Braudel… Quant à notre copilote, il reluque déjà les façades des «bouchons» du quartier... Après l'effort... Et le périple se poursuit page suivante (lire)!

Marc Verney, Sur ma route, novembre 2014