Ancienne plaque Michelin au bord de la route à Saint-Anthême. Le village est riche en anciennes signalisations (photo: MV, octobre 2019).
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En aval du col de la Croix-Morand (photo: MV, oct. 2019).
Au col de la Croix-Morand (photo: MV, octobre 2019).

Villes et villages traversés par la R.N.496 (1959):
Saint-Sauves-d'Auvergne (N122)
La Bourboule
Mont-Dore
Chambon-sur-Lac
Murol
Saint-Nectaire
Saillant
Verrières
Montaigut-le-Blanc
Champeix
Perrier
Issoire (N9)
Parentignat
Varennes
Sauxillanges
Sugères
Coupat
Saint-Amant-Roche-Savine
Ambert (N106)
Saint-Martin-des-Olmes
Les Pradeaux
Saint-Anthême

La Bruyère
Moingt
Montbrison
Savigneux
Fontannes
Montrond-les-Bains (N82)
Saint-André-le-Puy
Bellegarde
Saint-Foy-l'Argentière (N89)
La Giraudière
La Brevenne
Sain-Bel
L'Arbresle (N7)
Pont-Dorieux (N485)
Lozanne

Sources et documents: Atlas des grandes routes de France, Michelin (1959); carte n°73 Clermont-Ferrand-Lyon, Michelin (1961); Bulletin des lois de la République française, Impr. nationale des lois (1855); Bulletin des lois de la République française, Imprimerie nationale (1863); Annales de la ville d'Issoire, manuscrit inédit sur l'histoire des guerres religieuses en Auvergne aux XVIe et XVIIe siècles, Jean Baptiste Bouillet, impr. de Perol (1848); Guide du voyageur en France, Richard, L. Hachette et Cie (1866); Guide Vert Auvergne, Michelin (1957); Histoire de la ville de Clermont-Ferrand, Ambroise Tardieu, impr. de C. Desrosiers (1870-1872); Inventaire du patrimoine thermal (la Bourboule), Léa Lemoine et Elsa Schneider-Manuch, publié sur villesdeaux.com (juin 2014); Inventaire du patrimoine thermal (le Mont-Dore), publié sur villesdeaux.com (avril 2009); Issoire, des Trois Glorieuses à la Belle Epoque (1830-1914). Histoire et chronique d'une petite ville, Jacques Bourdin, hal-01493217v2 (2015); Itinéraire général de la France: Auvergne, Morvan, Velay, Cévennes, Adolphe Laurent Joanne, Hachette et cie (1874); La vie rurale dans les massifs volcaniques des Dores, du Cézallier, du Cantal et de l'Aubrac, Alfred Durand, éd. Créer (2006); «L'église abbatiale de Saint-Austremoine d'Issoire», Henri du Ranquet, Bulletin Monumental (1935); Le livre de raison du maître-papetier Louis Richard, 1720-1771, Thierry Remuzon, Michel Boy, édition régionale du Livradois-Forez, Revue archéologique Sites (1991); «Le massif du Livradois», Lucien Gacbon et Antoine Richard, Annales de géographie (1924); Le Mont-Dore et ses environs, Louis Batissier, P.A. Desrosiers, imprimeur-éditeur (1840); «Le Mont-Dore existe depuis les Romains», La Montagne (29 mars 2015); «Les rapports entre villes et villages du Bas-Livradois», Michel-Jean Bertrand, Annales de géographie (1970); «L'industrie de la région d'Ambert», Ph. Arbos, Annales de géographie (1929); Rapports du président et procès-verbaux des délibérations, Conseil général du Rhône (1874); Recueil des décisions du Conseil d'État statuant au contentieux et du Tribunal des Conflits et des jugements des tribunaux administratifs, Société anonyme du Recueil Sirey (1868); Voyage d'Auvergne, Pierre Jean-Baptiste Legrand d'Aussy, chez Eugène Onfroy, libraire, Paris (1788); auvergne-centrefrance.com; issoire.fr; issoire-tourisme.com; lozanne.fr; loiretourisme.com; mairie-larbresle.fr; moingt-antique.fr; montaigut-le-blanc.fr; montrond-les-bains.fr; patrimoine.auvergnerhonealpes.fr; saint-antheme.fr; structurae.net; village-champeix.fr; ville-labourboule.com; ville-montbrison.fr; Wikipédia, Wikisara. Remerciements: Persée, le Géoportail (IGN), CartoMundi.
Plaque Michelin à Chambon-sur-Lac. La vallée de Chaudefour est l'un des spots touristiques de la région (photo: MV, oct. 2019).
Plaque du chemin de grande communication n°5 à Saint-Nectaire (photo: MV, oct. 2019).
Encore une belle plaque Michelin à Montaigut-le-Blanc (photo: MV, oct. 2019).
Entrée dans la petite ville d'Issoire. Comme souvent, on aperçoit l'église principale au bout de la rue (photo: MV, oct. 2019).
A VOIR, A FAIRE
La Bourboule:
ce bourg doit son nom au dieu des sources, Borvo… Le thermalisme règne mais on peut se promener dans le parc Fenestre et faire de nombreuses excursions dans les monts environnants (la Roche des Fées, le plateau de Charlannes, la roche Vendeix).
Le Mont-Dore: l’établissement thermal est décoré de manière luxueuse et conserve quelques vestiges gallo-romains. Nombreuses promenades pédestres et excursion au puy de Sancy par téléphérique. Station de ski depuis 1936.
Chambon-sur-Lac: excursion vers la vallée de Chaudefour.
Murol: construit sur un ancien volcan, le château impose son austère et impressionnante silhouette.
Saint-Nectaire: l’église, construite au milieu du XIIe siècle; un ensemble de sources pétrifiantes; la Maison du fromage saint-nectaire.
Champeix: visite du quartier haut, le Marchidial, ses vieux remparts, jardins et anciennes baraques vigneronnes.
Issoire: l’abbatiale Saint-Austremoine, longue de 60 m, construite au XIIe siècle par des moines bénédictins.
Parentignat: le château, sorte de «petit Versailles auvergnat», dira l’écrivain Henri Pourrat. Non loin, le village d’Usson.
Cunlhat: petit écomusée de la vie quotidienne au XVIIe siècle (sur rendez-vous).
Ambert: l’hôtel de ville… tout rond! Car c’est une ancienne halle aux grains; l’église Saint-Jean; la Maison de la fourme d’Ambert. Dans les environs, le moulin Richard-de-Bas et son musée historique du papier font revivre l’univers fascinant des papetiers.
Saint-Martin-des-Olmes: musée de l'Ecole communale (le week-end).
Les Pradeaux: lac de barrage et promenades (été-hiver).
Saint-Anthême: départ de promenades vers les Hautes-Chaumes du Forez et les jasseries (fermes d’altitude). Ski de fond en hiver.
Montbrison: la collégiale Notre-Dame d'Espérance (XIIIe-XVe s.), où l'on retrouve le gisant de Guy IV, l'un des plus emblématiques des comtes du Forez; la salle héraldique de la Diana et le musée archéologique du Forez. Vestiges gallo-romains à Moingt.
Montrond-les-Bains: thermalisme.
Sainte-Foy-l’Argentière: promenades dans les monts du Lyonnais.
L’Arbresle: le musée du Vieil-Arbresle, les petites rues du centre-ville.
Lozanne: la remontée du val d’Azergues par la «route buissonnière» et la région des «pierres dorées», la petite Toscane française...
En direction d'Ambert (photo: MV, oct. 2019).
Borne de limites départementales entre le Puy-de-Dôme et la Loire. On remarque qu'à l'époque de la pose de la signalisation, on roule sur la R.D.1. Notez aussi la faute d'orthographe (photo: MV, avril 2019).
Plaque Michelin à Montrond-les-Bains (photo: MV, oct. 2019).
AUTRES LIENS: la page Wikipédia de la R.N.496 (lire) ou la page Wikisara de la route La Bourboule-Lozanne (lire)
Borne de limites départementales entre Loire et Rhône (photo: MV, oct. 2019).

Les belles routes de France...
R.N.496: AU DETOUR DU MASSIF-CENTRAL...
Ce qui fait l’intérêt de parcourir l’ancienne route nationale 496, c’est la richesse des paysages rencontrés… et le grand nombre d’antiques signalisations qui lui donnent un caractère franchement «historique»! A tel point que certains bourgs traversés semblent sortir tout droit des années cinquante… La route n°496 a été créée au début des années trente grâce à une importante vague de nationalisation routière qui a intégré dans le giron des R.N. un grand nombre de voiries départementales à l’état très dégradé. Ici, ce sont majoritairement des chemins de grande communication (GC) qui ont été utilisés, entre Saint-Sauves-d’Auvergne (Puy-de-Dôme) et Lozanne (Rhône). Amis du «slow travel», précipitez-vous sur la R.N.496 historique avant que la modernité ne s’acharne sur ces quelques arpents de bitume nostalgique…

A l'entrée du village de Chambon-sur-Lac (photo: Marc Verney,octobre 2019). En cliquant sur l'image vous retrouvez la page index de ce site.

Le départ de notre promenade se situe à Saint-Sauves-d’Auvergne au carrefour de la rue du Sancy et de la rue de l’Ile-aux-mouches. C’est en effet là, profitant d’une suite de virages de la «route d’Aurillac» (ouverte en 1757, écrit l’Histoire de la ville de Clermont-Ferrand), que partent les premiers hectomètres de la R.N.496 historique (D996) qui file en direction de la Bourboule. La route vers cette station thermale a été ouverte après la première moitié du XIXe siècle (on n’en trouve pas trace sur la carte d’état-major 1820-1866 publiée par l’IGN sur le Géoportail). Avant, comme l’indique en 1837 le Guide pittoresque portatif et complet du voyageur en France, vers Murat-le-Quaire on «quitte la grande route qui conduit au Mont-D'or, et l'on prend un chemin assez rapide, par où l'on descend à la Bourboule, éloignée de Murat d'un petit quart de lieue. Les sources, et les maisons qui en sont voisines et constituent le hameau, se trouvent situées dans une belle vallée, traversée par la Dordogne». «La notoriété de la station, où l’on arrive désormais par l’avenue Gueneau-de-Mussy, raconte le site ville-labourboule.com, commença en 1814 avec la construction du premier établissement thermal». Mais c’est 1854 qui est «une année déterminante grâce à la découverte des propriétés thermales des eaux: chacun rêve alors de capter "sa source", et une véritable "guerre des puits" s'instaure avant d'aboutir à l'établissement Choussy», le cœur de la station thermale d’alors. Et, pendant tout le XIXe siècle, la ville d’eau se présentera comme la "reine des eaux arsenicales", aux vertus anti-inflammatoires. En 1875, la Bourboule devient une commune autonome et, dans la foulée, naît une Compagnie des eaux minérales de la ville qui réalise d’importants investissements: des ponts jetés sur la Dordogne permettent l’extension de la cité, des rues et des routes relient la station thermale avec les environs, une gare est inaugurée à Laqueuille (11 km) en 1881, puis au centre-ville en 1899 (fermée aujourdhui)… Un tramway et un funiculaire voient le jour en 1902, explique un Inventaire du patrimoine thermal de la Bourboule rédigé en juin 2014 par Léa Lemoine et Elsa Schneider-Manuch publié sur le site villesdeaux.com. Au XXIe siècle, «l’âge d’or du thermalisme» semble bien lointain et l’on éprouve une véritable nostalgie à regarder les façades orientalisantes ou Art Déco des anciens palaces et casinos qui ont accueilli la jet set européenne en cure…

Devant un magnifique rosier... on est à l'automne heureusement, cette magnifique plaque Michelin inaugure les premiers pas de la R.N.496 historique (photo: Marc Verney, octobre 2019).
Sortie de la Bourboule (photo: MV, octobre 2019).

On quitte la Bourboule par l’avenue des Etats-Unis (qui longe l’ancienne gare) et l’avenue du Maréchal-Leclerc qui virevolte sur la rive droite de la Dordogne. C’est au niveau du lieu-dit Les Planches que l’on retrouve la voie en provenance de Murat-le-Quaire. Cette chaussée est tracée jusqu’au Mont-Dore sur la carte d’état-major (1820-1866) publiée par le Géoportail de l’IGN. «Les eaux chaudes du Mont-Dore sont connues depuis l'Antiquité pour leurs propriétés curatives, découvre-t-on en consultant le site auvergne-centrefrance.com. Elles ont favorisé la construction d'un important ensemble thermal gallo-romains, déjà tombé en désuétude à l'époque médiévale...». La redécouverte de ces eaux intervient à la fin de l’Ancien Régime: «Sur la fin du siècle dernier (le XVIIIe, NDLR), écrit Louis Batissier dans l’ouvrage Le Mont-Dore et ses environs, on commença à comprendre que les eaux thermales et minérales du Mont-Dore pouvaient acquérir une grande importance. M. de Chazerat, dernier intendant de la province d'Auvergne, obtint un arrêt qui l'autorisait à construire un hôtel où les eaux seraient convenablement distribuées, et à faire pratiquer une grande route qui conduirait à Clermont. La route seule fut faite. Les fondements de l'hôtel, bâtis sur pilotis, étaient hors de terre quand la Révolution arriva et vint suspendre les travaux». D’importants réaménagements urbains interviennent de 1815 à 1828. De nouveaux plans d’alignement sont élaborés, on détourne le ruisseau qui coupe encore la rue principale… Le nouvel établissement thermal est achevé en 1832, voit-on dans l’Inventaire du patrimoine thermal publié sur le site villesdeaux.com. En 1885, le concessionnaire, Jean Chabaud, souhaite faire du Mont-Dore l’un des plus grands établissements thermaux de France: la gare ferroviaire (prolongation depuis la Bourboule) est mise en service en 1899. Un architecte clermontois, Louis Jarrier, intervient massivement au début du XXe siècle dans la petite cité; il fait édifier palaces et villas… La station est alors fréquentée par le gotha européen, les princes venus d'Asie, les grandes familles d'industriels, les banquiers et les artistes... Aujourd’hui, des stations de ski (ici, on pratique ce sport depuis… 1902!) enserrent le massif du puy de Sancy, le plus haut sommet de la région avec ses 1886 mètres…

La route du col de la Croix-Morand (ou de Dyane) est d'une grande beauté austère (photo: MV, octobre 2019).

Après avoir suivi l’avenue des Belges, on tourne abruptement sur l’avenue du Général-Leclerc qui grimpe en direction du col de la Croix-Morand (ou de Dyane). Par ici, on avait construit «une route sur le chemin d'accès de Clermont, sous l'intendance de Monsieur de Chazerat entre 1740 et 1741», écrit le journal La Montagne en 2015. Cette chaussée, déjà évoquée précédemment, ne suivait pas le tracé initial de notre R.N.496 historique au sortir du Mont-Dore: elle s’embranchait sur la voie de la Bourboule au niveau du Queureuilh en suivant la «route de Prends-Toi-Garde», montait vers la cascade du Rossignolet, rejoignait la ferme de la Tache et s’approchait de la D996 avant d’obliquer au travers des montagnes vers le village de Pessade. Ce qui n’est pas le cas de la route n°496 de 1959 qui tournicote du côté de la cascade du Saut-du-Loup et du hameau de Barbier, délaissant sur la gauche la R.N.683 historique (D983) avant de gagner le col de la Croix-Morand où deux virages ont été rectifiés dans la deuxième partie du XXe siècle. Cette voie, qui n’apparaît pas sur la carte d’état-major (1820-1866) publiée par l’IGN est cependant signalée jusqu’à Issoire en 1876 par l’ouvrage Géographie militaire (volume 1), rédigé par Anatole Alexandre Marga. En descendant vers Chambon-sur-Lac, on est frappé par la rudesse des paysages et l’ampleur de la scène… Un peu comme une caméra grand angle! L’œil s’égare et retrouve mille détails enrobant ces croupes désolées et pourtant arpentées par les hommes depuis des siècles… Passé le hameau de Bressouleille, une forte descente nous dirige vers Chambon-sur-Lac. Le virage sec qui emmenait vers les premières maison est désormais rectifié et la D996 ne passe plus dans le bourg… ce qui est fort dommage car ce village est bien mignon et a laissé apercevoir quelques anciennes signalisations lors de mon passage à l’automne 2019.

Dans le village de Chambon-sur-Lac (photo: MV, octobre 2019).

Juste après, voilà le lac Chambon, formé par un volcan qui a obstrué le lit de la Couze de Chambon. Peu profond (de 4 à 6 m), il fait quand même une soixantaine d'hectares. Le temps de passer les hôtels et restaurants qui bordent l’étendue d’eau voilà déjà Murol, un site occupé depuis l'époque gauloise. Le château du bourg est construit au XIIIe siècle (Wikipédia). On traverse le village par la rue d’Estaing, puis la «route de Saint-Nectaire» s’avance au milieu des champs jusqu’au ruisseau de Frédet qu’elle va franchir et suivre sur quelques kilomètres. Voici Saint-Nectaire. «Deux localités sont réunies sous ce nom, apprend-on sur le site auvergne-centrefrance.com, la station thermale de Saint-Nectaire le Bas, qui s'étire sur 2 km dans une vallée verdoyante, et le vieux village de Saint-Nectaire le Haut que domine sa magnifique église». La ville possède plus de quarante sources. Leurs eaux jaillissent à des températures allant de 8 à 56 degrés. Au XVIIIe siècle, la fréquentation est essentiellement régionale. Dans Voyage d’Auvergne (1788), de Legrand d’Aussy, on lit ces lignes: «Tant qu’il n’y aura ni chemin pour y parvenir, ni logement pour les malades, on ne pourra espérer y voir des bains». A Saint-Nectaire le Haut, les bains du Mont-Cornadore ne sont bâtis qu’en 1832… et les Bains-d’en-Bas vont se développer à la fin du XIXe siècle seulement. Mais la station thermale va décliner à partir de la Seconde Guerre mondiale et se tourne aujourd’hui vers le bien-être et la remise en forme. A Saint-Nectaire le Haut, en 1952, la route n°496 empruntait la rue de l’Ancienne-Poste.

Les anciens thermes de Saint-Nectaire (photo: MV, octobre 2019).
Après saint-Nectaire (photo: MV, octobre 2019).

Puis voici le village de Saillant traversé par la D996. Barrée par une coulée de lave, la Couze de Chambon y «saute» l’obstacle avec une cascade de 7 mètres de hauteur. La chaussée suit ensuite la rivière jusqu’à Montaigut-le-Blanc. Au XIe siècle, les habitants des villages proches cherchent refuge sur les hauteurs. C’est ainsi que naît Mons Acutus, écrit le site montaigut-le-blanc.fr. Au tout début, il n’y a que le château et une église fortifiée. Puis des murailles sont bâties autour des maisons. Les seigneurs de Montaigut sont puissants, ils participent aux croisades et dirigent alors les ordres des Hospitaliers et des Templiers. A la fin du XVIIIe siècle, le vieux village, sur la butte, est abandonné peu à peu. Les habitants se regroupent, raconte encore la page web municipale, «dans la vallée de la Couze Chambon, le long du chemin de Besse où il y avait plusieurs moulins importants». Le «chemin de Besse» apparaît en effet sur la carte de Cassini (XVIIIe); c’est désormais la D71, au sud de Montaigut. Vers l’est, on le voit filer vers Champeix sous le nom de «chemin d’Issoire», suivant peu ou prou le tracé de la route n°496 (D996). Cet axe, dit l’ouvrage La vie rurale dans les massifs volcaniques des Dores, du Cézallier, du Cantal et de l'Aubrac, a été ouvert en 1770 entre Champeix et la grande route d’Issoire à Clermont. Dans la région, le XIXe siècle voit l’implantation sur les coteaux d’un vaste vignoble qui sera pourtant anéanti par le phylloxéra. On arrive à Champeix. Citée dans une charte de 1262, la cité, qui relève d'une branche des comtes d'Auvergne, apparaît déjà «comme un lieu d’échanges et de productions variées (céréales, vin, fruits). De nombreuses foires et marchés se tiennent à proximité du château. De cette activité marquante le quartier du château a gardé le nom de Marchidial (lieu de marchés)», écrit le site village-champeix.fr. Puis, au début du XVIe siècle, la seigneurie est vendue à un puissant bourgeois issoirien, Thomas Boyer, seigneur de Saint-Cirgues. Sous l’ancien Régime, Champeix est acquise en 1732 par le maréchal Yves d’Allègre, raconte encore le site municipal. «Sur la rive droite de la Couze, l'ouverture de la route de Besse à Clermont au XVIIIe siècle favorisa le développement des quartiers de la place du Pré et du quai d'Aubary», explique de son côté le site issoire-tourisme.com. Au XIXe siècle, le travail de la vigne et des arbres fruitiers en terrasses -les pailhats- nécessite de nombreux journaliers employés dans des exploitations de taille réduite. C'est l'heure de gloire du vignoble auvergnat, dopé par l'ouverture -en 1855- du chemin de fer de Clermont à Paris. Mais, après la crise du phylloxéra, le départ des hommes à la guerre en 1914 provoque une nouvelle phase d’abandon de la vigne, poursuit encore le site village-champeix.fr.

Vue de la rue principale de Montaigut-le-Blanc (photo: MV, octobre 2019).

A la sortie du bourg, on laisse partir à gauche la route de Clermont (D978) pour gagner Issoire par Perrier où l’on rejoint le cours de la Couze Pavin. A Issoire, notre chemin d’ouest en est croise la route nationale 9 historique qui descend de Moulins à l’Espagne (D716 intra-muros). La ville, racontent les Annales de la ville d'Issoire, «est située dans une grande et spacieuse plaine, composée d'excellents jardinages, prés et terres très fertiles. Au milieu de cette plaine ou campagne passe une rivière nommée la Couze, flottant contre les murs de la ville, et dont la communication est faite par un beau pont. Sur son cours, se trouvent des coteaux plantés de vignes qui produisent d'assez bon vin»… Au VIe siècle, Grégoire de Tours désigne Issoire sous le nom d'Ysiodorum ou Vicus Isiodorensis, écrit le site issoire.fr. L'homme rapporte également que Stremonius (Saint-Austremoine), le futur évêque de Clermont, serait venu évangéliser la Gaule au milieu du IIIe siècle et aurait fondé un monastère à Issoire. Au IXe siècle, l'arrivée des Normands pousse des moines bénédictins à fonder vers 938 une abbaye consacrée à Saint-Pierre et Saint-Austremoine. L'enceinte fortifiée primitive daterait du Xe ou XIe siècle. Au XIIe siècle, on réalise l'église de Saint-Austremoine, la plus vaste des églises romanes auvergnates avec ses 60 mètres de long. Au XIVe siècle, Issoire est mentionnée comme étant une des «treize bonnes villes» du Bas Pays d’Auvergne. Un siècle plus tard, les derniers remparts sont bâtis, matérialisés aujourd'hui par les actuels boulevards de ceinture. Mais les Guerres de religion meurtrissent fortement la ville car le protestantisme y est fortement implanté. Au XIXe siècle, la trame urbaine d’Issoire évolue: des voies nouvelles s'ouvrent au centre-ville et, en mars 1835, le conseil municipal s’inquiète d’un nouveau pont sur la Couze, à réaliser dans le prolongement de la nouvelle traverse de la route royale n°9, afin de désengorger le vieux pont, déjà visible sur l’Atlas de Trudaine (on raconte qu’il est dû à l’empereur Charlemagne allant guerroyer contre les Maures d’Espagne). Celui-ci (réparé vers 1880) permet encore aujourd’hui à la R.N.496 historique de s’ouvrir vers Parentignat (rue du Docteur-Sauvat). Le début du XXe siècle verra l’installation à Issoire d’un camp militaire puis d’industries lourdes en lien avec l’aéronautique et l’automobile, écrit enfin un fascicule d’informations édité par l’office du tourisme.

R.N.9: SILLON D'AUVERGNE
La RN9 de 1959 relie Moulins à l'Espagne en passant par Clermont-Ferrand, Millau, Béziers et Perpignan. Une route lascive et belle comme le vent sur le Causse. (lire)

Le vieux pont d'Issoire sur la Couze Pavin (photo: MV, octobre 2019).
Les restes du pont en "fil de fer" sur l'Allier sont impressionnants (photo: MV, octobre 2019).

A un jet de pierre du centre d’Issoire voilà la rivière Allier qui remonte vers le Nord. Ici, la construction d'un pont en «fil de fer» sur l’Allier à Parentignat est autorisée en juillet 1830. Et, en 1831, le bac est remplacé par un ouvrage de 120 mètres de long qui restera en service jusqu'en 1976, indique un panneau d'informations présent sur la rive droite de la rivière. Au centre de Parentignat, la route n°496 de 1959 laisse le château (le «Petit Versailles auvergnat») sur la droite, passe le ruisseau (au joli nom) de l’Eau-Mère et s’oriente vers Varennes puis Sauxillanges. «Quittant ici la plaine, écrit Adolphe Joanne dans l'Itinéraire général de la France (1874), on contourne la base de la butte volcanique d'Usson. Au sommet de la butte, sur l'ancien cratère, s'élevait jadis un château, regardé longtemps comme "une des plus fortes et seigneureuses places du royaume". Il était entouré de trois enceintes redoutables et couronné de deux donjons»... Le tracé de la chaussée dessiné sur la carte d’état-major du XIXe siècle publiée par l’IGN (Géoportail) s’arrête à Sauxillanges. Nous voici dans le massif du Livradois, longtemps resté pauvre et enclavé. On n’y a souvent trouvé, jadis, que des «chemins de charité», construits par les sans-travail et les pauvres, qui, «gravissant cependant les croupes par le plus court, se prêtaient mal au roulage», expliquent Lucien Gacbon et Antoine Richard dans leur article «Le massif du Livradois», publié en 1924 dans les Annales de géographie. Au XVIIIe siècle, racontent encore les auteurs, on ne trouvait qu’une vieille route de Clermont à Ambert, passant par Billom, Saint-Dier et Saint-Amant-Roche-Savine (soit la route n°496 historique, des environs de Cunlhat à Ambert). A l’époque, entre Sauxillanges et Cunlhat, il n’y a rien. Dans la région, «le réseau des routes ne fut terminé que pendant la première moitié du XIXe siècle», affirment Lucien Gacbon et Antoine Richard. «On fit circuler des routes mieux assouplies au relief que les anciens chemins de charité. Ce réseau voyer se trouva constitué à point pour relier le Livradois au réseau ferré», découvre-t-on encore dans l’article «Le massif du Livradois».

Le long du chemin, les nombreux ouvrages d'art en pierre de taille donnent un charme tout particulier à notre promenade (photo: MV, octobre 2019).

Au cours du XXe siècle, écrit Michel-Jean Bertrand dans son article «Les rapports entre villes et villages du Bas-Livradois» (1970), «Sauxillanges connaît une renommée qui en fait le pôle attractif du sud-ouest de la région avec sa foire aux veaux»… En 1866, lit-on dans le Guide du voyageur en France, «à partir de Sauxillanges, en direction du nord, on rejoint, cinq kilomètres plus loin, une route venant de Vic-le-Comte». C’est «notre» route n°496 historique qui rencontre ici la D225 qui prend, elle, sa source à Veyre. Et, en obliquant à l’est, on rencontre bien vite le petit village de Sugères. Par ici, il semble bien qu’il y ait eu de nombreuses discussions pour établir, au XIXe siècle, l’antique route départementale… En 1829, une ordonnance royale décide que le chemin de Veyre à Olliergues, «classé au rang des routes départementales sous le n°8» sera dirigé par «les Martres, Vic-le-Comte, Vindiollet, Pupidon, Montboissier et Auzelle». Soit un tracé bien plus au sud que l’actuelle D996! En 1851, un décret du président de la République (incroyable ces changements de régimes au XIXe siècle…) signale des travaux visant à rectifier le cours d’un ruisseau (l’Ailloux) pour l’amener sous le «nouveau pont de Sugères, route départementale n°8 de Veyre à Olliergues»… indication claire montrant que le tracé de 1829 avait été jeté… aux oubliettes! Après de très nombreux virages dans une campagne bien paisible et boisée, notre route aborde l’ancienne chaussée Clermont-Ambert du XVIIIe siècle peu avant Cunlhat aux abords du hameau de l’Alleyras-Haut.

On peut admirer un magnifique dolmen peu avant Ambert (photo: MV, octobre 2019).

Sur cette voie, à 3,5 km au sud-ouest, après le lieu-dit de la Gravière-Haute, le nom «la Tournerie» garde très certainement la mémoire des virages assez secs de l’ancienne route royale que l’on peut encore discerner sur les images satellite de l’IGN et voir sur la carte de Cassini… Voilà maintenant le village de Saint-Amant-Roche-Savine, à 12 km d’Ambert. La descente est rapide et sinueuse jusqu’à la rivière Dore. On emprunte ici le tracé de l’ancienne R.N.106 (D906) pour traverser le cours d’eau et franchir les premiers faubourgs d’Ambert. D’après le site internet structurae.net, le pont de trois arches en anse de panier sur la Dore date de 1768. On pénètre dans le centre par l’avenue Maréchal-Foch. «Cette calme petite ville aux boulevards plantés de tilleuls, écrit le Guide Vert de l’Auvergne en 1957, garde traditionnellement une certaine activité industrielle: la renommée de ses antiques papeteries (300 moulins dans la région jusqu’au XVIIe siècle) y cède aujourd’hui le pas à la fabrication des tresses et des lacets, des sabots, des meubles et surtout des chapelets et autres objets de piété». Le papier d'Ambert, «réputé pour sa qualité et sa blancheur, qu’on attribuait aux vertus des eaux, était utilisé pour les belles impressions de Paris et de Lyon, de Hollande et d'Angleterre, pour les éventails d'Espagne», apprend-on dans un article paru dans les Annales de géographie en 1929... Jusque vers le XVe siècle, écrit Wikipédia, le bourg d'Ambert était «morcelé en trois quartiers spécifiques, correspondant à une division ternaire de la société : un quartier marchand, un quartier ecclésiastique et monastique, et un quartier "seigneurial". Ils sont réunis à la construction de l'enceinte fortifiée dite des 19 tours (aujourd'hui disparue)». Ambert a durement souffert au cours des guerres de religion: face aux troupes catholiques, elle est tenue par le capitaine protestant Merle qui y aura préalablement fait tuer les bourgeois retenus prisonniers. Particularité actuelle du bourg: une mairie de forme circulaire (en fait, une ancienne halle aux grains). On quitte les lieux par le boulevard Henri-IV et l’avenue de Lyon (D996) en direction de Saint-Martin-des-Olmes et Saint-Anthême, une chaussée déjà visible sur la carte de Cassini (XVIIIe) publiée sur le Géoportail de l’IGN. Sur le site internet saint-antheme.fr, on découvre que la route royale reliant Ambert à Montbrison était construite à la fin du XVIIIe siècle (les travaux ayant débuté en 1755, signale l’ouvrage Le livre de raison du maître-papetier Louis Richard, 1720-1771). Mais comme d’habitude, tout cela a duré «un certain temps»…

A la sortie d'Ambert, en direction du col des Pradeaux (photo: MV, octobre 2019).
Magnifique panneau Michelin au col des Pradeaux (photo: MV, octobre 2019).

Passé Saint-Martin-des-Olmes, la R.N.496 historique atteint le col des Pradeaux. Ici, le tracé de la chaussée du XIXe coïncide avec celle de la D996 actuelle, voit-on sur les cartes du Géoportail de l’IGN. Après le col (1195 m) c’est une toute autre affaire: l’ancienne voie se glisse dans les bois vers le lieu-dit de la Frétisse, passe par les Rabillet (Haut et Bas) et rejoint l’actuel chemin vers le village de Béraud. La modification est validée par un décret impérial datant de février 1855 indiquant «qu'il sera procédé à la rectification de la route départementale n°1 de Clermont à Montbrison, entre le village des Pradeaux et Saint-Anthême, suivant la direction générale indiquée par l'ingénieur en chef, le 22 décembre 1853». Du coup, la nouvelle route va suivre le ruisseau de l’Enfer et traverser le hameau de Chouzet, avant de retrouver, un peu plus au nord, le tracé originel. Certains documents montrent, qu'à la suite de la réception du chemin nouveau, en 1863, un contentieux a éclaté entre les sieurs Joseph et Emile Lameloize, «entrepreneurs de rectification de la route départementale n°1» et le département du Puy-de-Dôme... Une dispute portant sur les montants versés aux deux hommes et sur la qualité des travaux effectués... Un grand classique! Passé le pont sur l’Ance, voilà le village de Saint-Anthême (ou Saint-Anthème) qui a, d’ailleurs, à l’époque révolutionnaire, porté le nom de Pont-sur-Ance. Ici, «la première construction fût un prieuré construit par des moines bénédictins au IXe siècle», indique le site municipal saint-antheme.fr. De la fin du XVIIIe à la moitié du XIXe siècle, Saint-Anthême va connaître son plein développement en atteignant une population de 3452 habitants en 1851, précise Wikipédia. En ce début de XXIe siècle, l’amateur de la signalisation Michelin y est encore comblé: le centre-bourg fourmille de vieilles plaques des années trente…

L'entrée de Saint-Anthême (photo: MV, octobre 2019).
Sur la place de l'église de Saint-Anthême (photo: MV, octobre 2019).
A la sortie de Saint-Anthême (photo: MV, octobre 2019).

Après Saint-Anthême, notre D996 prend la direction de Montbrison par le col de la Croix-de-l’Homme-Mort. On entre dans le département de la Loire. La R.N.496 historique devient ici D496, passe au large de Conol et de Verrières-en-Forez. Après être passée sous Lézigneux, la chaussée remonte vers Moingt. L'histoire de ce village, devenu faubourg de Montbrison, remonte aux Ier et IIe siècles après J.C.; c'était à la fois une ville d'eau et un sanctuaire religieux, écrit le site loiretourisme.com. Moingt l'antique (Aquae Segetae) possède des thermes, un théâtre, un lieu de culte ainsi que des bâtiments publics et privés. Devenue Mondonium au Moyen-Age, c'est, au XIIe siècle, un bourg fortifié, mentionné comme castrum en 1234 dont subsiste une tour. Elle est alors capitale du comté (Wikipédia). On découvre, sur le site moingt-antique.fr, que la petite cité se trouvait sur le tracé de «la voie appelée "voie Bolène", encore connue au Moyen-Age». Selon ce site, le chemin médiéval reprend le tracé d’un chemin antique et correspond à un tronçon de la voie visible sur la Table de Peutinger qui reliait Forum Segusiavorum (Feurs) à Ruessio (Saint Paulin, près du Puy-en-Velay): cet itinéraire reliait donc Lyon à la Haute-Loire et au-delà à Toulouse. Montbrison est à quelques pas. On suit l’avenue Thermale. L’histoire de la cité commence au Moyen-Age et elle est intimement liée à celle des comtes de Forez, signale le site ville-montbrison.fr. Vers le XIIe siècle, voit-on sur le site patrimoine.auvergnerhonealpes.fr, le lieu devient «une étape pour les pèlerins de Compostelle et les voyageurs qui empruntent le grand chemin de Forez (ancienne voie Bolène)» situé au pied des murailles de la cité. La ville se développe jusqu’au XIIIe siècle, les lieux de marchés se multiplient, les quartiers se spécialisent dans plusieurs activités. Intervient ensuite la guerre de Cent Ans: «la cité est mise à sac et incendiée en 1359 par les assauts anglais, puis rançonnée par des bandes de routiers en 1362» raconte le site du patrimoine de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Le comté de Forez est réuni au XVe siècle par filiation au duché de Bourbon; Montbrison perd alors son statut de capitale mais sera «somptueusement close et fortifiée» d´une enceinte de quarante-six tours et sept portes par la duchesse Marie de Berry. Des années de disettes, de conflits religieux et d’épidémies vont alors se succéder…

Le col des Limites après Saint-Anthême, en direction de Montbrison (photo: MV, octobre 2019).
Panneau touristique vers Lézigneux. La mention "Circuit des Montagnes du Soir" appelle un commentaire: La plaine, où se trouve Montbrison est encadrée par le Forez (montagnes du soir) et les monts du Lyonnais, montagnes sur lesquelles se lève le soleil, donc, du matin (photo: MV, octobre 2019).

A la fin du XVIIIe siècle, Montbrison, devenu chef-lieu de département de la Loire par le fait révolutionnaire (et ce, jusqu’en 1855), décide de détruire ses murailles et de réaliser des boulevards de ceinture pour une meilleure circulation et une meilleure liaison entre la ville et les faubourgs. Au début du XIXe siècle, poursuit le site patrimoine.auvergnerhonealpes.fr, «le maire, Claude Lachèze, demande que ces boulevards, qui ceinturent la ville, relèvent de la direction de la grande voirie en remplacement de l´ancien grand chemin de Forez» qui traverse encore le bourg.

En direction de Montrond-les-Bains (photo: MV, octobre 2019).

Au sortir de la ville, «la plus belle des routes du département», l’ancienne RD1, file en ligne droite en direction de Montrond-les-Bains. Citée dans la statistique départementale de 1818, son accotement a hébergé, entre 1839 et 1849, un tramway hippomobile qui faisait la liaison entre le quartier Saint-Jean de Montbrison et le pont de Montrond. En remontant le temps avec l’IGN, on s’est aperçu que la chaussée actuelle n’existait pas sur la carte de Cassini (XVIIIe). Le dessin y montre un cheminement au sud de Crémérieux (rues de l’Industrie et du Lavoir) pointant ensuit vers Unias par la Tour (gué sur la Mare), puis traversée de la Loire en face de Cuzieu pour enfin filer sur Saint-Galmier. D’ailleurs, le pont Henri, à Montrond-les-Bains, sur le fleuve ne sera construit qu’en 1828, remplaçant un bac, signale un panneau d’information situé aux environs de l’ouvrage. «Bâti en bois sur des piles de quatre mètres de haut, il voyait, en 1830, une quarantaine d’équipages l’emprunter chaque jour», peut-on encore y lire. Après une crue d’importance en 1848, il est reconstruit «avec des piles surélevées et des arches en pierre de taille». On y prélèvera un péage jusqu’en 1883. A Montrond-les-Bains, notre voie croise la R.N.82, la «route bleue» qui, dans les années cinquante, emmenait les voyageurs en direction de la vallée du Rhône et de la Côte-d’Azur. C’est vers 1435 qu’apparaît pour la première fois la forme française du nom de Montrond: «"Mont Rond", en référence à la butte d’origine volcanique sur laquelle une première tour de surveillance, ancêtre du château féodal, fut élevée vraisemblablement vers la fin du XIe siècle», précise le site montrond-les-bains.fr. Il faut en effet garder les bords de la Loire, car ici se trouvait un passage à gué stratégique sur la Loire entre Auvergne, Bourgogne et Velay. Beaucoup… beaucoup plus tard, en 1879, Francis Laur, un ingénieur civil des Mines en recherche de charbon, fait à Montrond un forage qui lui permet de trouver... de l'eau! Mais une eau fortement minéralisée et chaude (28°). Une nouvelle vocation pour la ville était née...

R.N.82, RACCOURCI VERS L'AZUR
En 1959, l'automobiliste qui roule vers "la Côte" a le choix entre deux points de passage: Lyon ou suivre le raccourci de la Route bleue par Saint-Etienne et le redoutable col de la République... (suivre)

Le pont sur la Loire à Montrond-les-Bains (photo: MV, octobre 2019).
En direction de Bellegarde (photo: MV, octobre 2019).

On quitte la petite cité thermale par l’avenue du Forez, numérotée D1089. De 1972 à 2006, cette partie de la R.N.496, entre Montrond et l’Arbresle a en effet porté le n°89 jusqu’au vaste déclassement des routes nationales du début du XXIe siècle. Après Bellegarde-en-Forez (quartier des Farges), où un relais de poste est créé vers 1815, la chaussée, réalisée, elle, à la fin de l’Ancien Régime, débute la remontée de la vallée de l’Anzieux. Notre chemin, la «route de Lyon», va y longer la ligne de chemin de fer de Lyon à Montbrison, ouverte en 1876 sur la totalité de son parcours et pourtant rapidement fermée au trafic voyageurs entre 1938 et 1955. C’est au niveau du lieu-dit la Râte que l’on voit partir à droite l’actuelle «route du Premier-Pont», qui met le cap sur Chazelles (et Lyon), alors que, côté Viricelles et Saintes-Foy-l’Argentière, on ne voit pas encore de chaussée sur la carte d’état-major (1820-1866) publiée en ligne par l’IGN. En consultant le Bulletin des lois de la République franç̜aise de 1863, on lit que «la partie de la route départementale du Rhône n°1 rectifiée par le val de la Brévenne, récemment ouverte entre Sainte-Foy-l'Argentière et la limite de la Loire vers le col de Viricelles sera réunie à la route départementale n°3, qui prendra la dénomination de route d'Anse à Montbrison». On arrive rapidement à Sainte-Foy-l’Argentière, où notre chaussée (D389) croise la R.N.89 historique (D489). Le bourg tient son nom «d’une mine de plomb argentifère qui daterait du temps des Romains», apprend-on sur cc-montsdulyonnais.fr. Mais, poursuit ce site, le village «s’est surtout développé dans les années 1750, lorsque le Comte de Fenoyl relança l’exploitation de la mine de charbon, d’abord à ciel ouvert, puis avec des puits qui descendaient jusqu’à 600 mètres de profondeur». On y trouvait aussi une fabrique de porcelaine et une importante tuilerie, encore en activité au XXIe siècle.

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Borne de limites départementale après Bellegarde (photo: MV, octobre 2019).
Vers l'Arbresle (photo: MV, octobre 2019).

Il reste vingt kilomètres à parcourir jusqu’à l’Arbresle. Notre R.N.496 historique suit le val de la Brévenne depuis Viricelles et arrive à Sain-Bel. L’exploitation des sous-sols à Sain-Bel remonte à l’Antiquité, écrit Wikipédia. Les Gaulois en retiraient déjà le plomb et le cuivre. Au Moyen-Age, seuls les filons de cuivre sont exploités. Vers 1840, le développement de l'exploitation se concentre sur la zone centrale du gisement constituée de pyrite riche en soufre et ce, jusqu’à l’arrêt définitif de la mine en 1972. Ce qui n’a pas été sans répercussions sur la viabilité de notre R.N.496 (D3 au XIXe): «La chaussée de la partie comprise entre l'Arbresle et Sain-Bel était périodiquement ruinée par la circulation des locomotives routières employées au transport des pyrites venant des mines de Sourcieux. L'ouverture de la section de Sain-Bel à l'Arbresle du chemin de fer de Lyon à Montbrison a mis fin à ce système de transports qui constituait une véritable calamité, tant au point de vue de l'entretien de la chaussée qu'au point de vue de la sécurité de la circulation», écrivent en 1874 les Rapports du président et procès-verbaux des délibérations du Conseil général du Rhône... On arrive à l’Arbresle par la rue Gabriel-Péri. Le lieu, à la convergence des monts du Lyonnais et des monts de Tarare, peut s'enorgueillir d'une occupation humaine plusieurs fois millénaire due à un emplacement privilégié. Le site est un confluent de rivières -la Brévenne et la Turdine- isolant et protégeant une presqu'île dominée par un rocher propice à la défense ainsi qu'à la surveillance et au contrôle des passages. La route est donc une des clefs du développement de la bourgade arbresloise, écrit le site mairie-larbresle.fr: «Dès le haut Moyen-Âge, l'Arbresle constitue une halte sur le "grand chemin Français" qui est à l'époque l'itinéraire le plus court et le plus fréquenté reliant Paris à Lyon, et qui deviendra au fil du temps l'actuelle route nationale 7»...

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Notre chemin actuel traverse d’ailleurs la Brévenne sur l’ancien pont de 1740 qui supportait le passage de la R.N.7 jusqu’au début des années 80. Plus loin, la «rue de Lyon» qui emmène vers le rond-point contemporain ne sera construite qu’au cours d’une lourde rectification de la R.N.7, vers 1836, voit-on sur la page consacrée à la nationale 7 sur le site Sur ma route. Ce rond-point, qui ouvre sur la «route de Lozanne», ne constitue pas l’intersection originelle avec l’ultime tronçon de la R.N.496 (D596): il faut, en effet, arpenter un peu plus loin le chemin de Cornu et son ouvrage franchissant à nouveau la Brévenne pour rester fidèle aux anciens tracés! Vers Lozanne, on ne voit rien sur les cartes d’état-major publiées par CartoMundi (1841) ou l’IGN (1820-1866)… Dans un rapport départemental de 1846-47, il est évoqué une «lacune» entre Anse et l’Arbresle… Tout change très certainement dans la seconde partie du XIXe siècle puisque l’on peut lire ceci dans le rapport 1863 de M. le sénateur chargé de l'administration du Rhône: «Dans la section de l'Arbresle à Dorieux, la chaussée a beaucoup souffert par suite des transports exceptionnels qu'occasionne la construction du chemin de fer de Lyon à Roanne et elle réclame un rechargement extraordinaire»... On parle là de la route départementale n°3 d’Anse à Montbrison, qui, entre l’Arbresle et Lozanne, recoupait le tracé de notre R.N.496… Notre trajet sur la R.N.496 historique s’achève à Pont-de-Dorieux, à quelques encablures de Lozanne, au croisement avec la route de la vallée d’Azergues, la célèbre «route buissonnière», réalisée ici en 1824, indique le site lozanne.fr. Il n’y a d’ailleurs plus que cinq kilomètres à parcourir sur la R.N.485 historique pour atteindre la R.N.6 aux environs de Limonest…

R.N.6: LA ROUTE DES ALPES
Entre Chalon et Mâcon, la route nationale 6 longe la belle rivière Saône. C'est aussi une des plus belles régions vigneronnes de notre pays. A déguster modérément!! (lire)

LE COUP DE LA "ROUTE BUISSONNIERE"
Route alternative et vraiment mignonne pour rejoindre Lyon, la "route buissonnière" sillonne depuis Nemours des régions un peu oubliées et pleines de charme... (lire)

Marc Verney, Sur ma route, janvier 2020
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