Pour atteindre les premiers kilomètres de la «route buissonnière» on peut quitter Paris aussi bien par l'autoroute A6 que par la nationale 7. Le tout est de rejoindre Nemours, qui sera le vrai point de départ de notre voyage en direction du soleil. La petite ville, nous raconte le Guide Bleu de la France Automobile 1954, est «une villégiature très fréquentée par les Parisiens». L’étape est appréciée depuis longtemps: en 1841, on lit dans l’Histoire de Paris et de ses environs que «la ville est bien bâtie, bien pavée; la grande route qui la traverse y entretient beaucoup d'activité». Dans les années cinquante et soixante, les véhicules mettaient bien plus de deux heures pour traverser Nemours à cause des nombreux feux de circulation. La sortie de la ville se fait par la départementale 225 en direction de Chéroy et Sens. On traverse alors la forêt de Nanteau. Le visiteur y contemple, un peu comme à Fontainebleau, des paysages de landes sablonneuses parsemée de bruyères, au milieu de bouleaux et de rochers.
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Sur ce panneau Michelin d'une aire de repos de l'autoroute A 6, on voit bien les premiers kilomètres de la "route buissonnière", la D225 (photo: MV, octobre 2008). |
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Ervauville. Le panneau date de 1948 (photo: MV, mai 2009). |
Puis on atteint l'intersection avec la D58 que l'on emprunte jusqu'à Egreville, ancienne seigneurie née en 1100. «Sur le plateau dominant la vallée du Loing, nous dit le site ot-egreville.fr, Egreville est une charmante bourgade gâtinaise. Sa halle, son église et son château confèrent un aspect médiéval au bourg». Là, il faut prendre la direction du Bignon-Mirabeau (lieu de naissance du célèbre marquis révolutionnaire), dans le Loiret (D30). Peu avant, c’est à la hauteur de Bouttecourt que notre chaussée croise la «chaussée de César», la voie romaine qui reliait Orléans à Sens. Celle-ci fut vraisemblablement construite avant le milieu du 1er siècle. Elle est encore très bien identifiée sur la carte d’état-major du XIXe siècle publiée par le Géoportail de l’IGN. La départementale 34 nous emmène maintenant jusqu'aux abords de Courtenay par Rozoy-le-Vieil, Ervauville, puis D32 par Saint-Hilaire-les-Andrésis jusqu'au centre de Courtenay. Ce bourg du Gâtinais «se situe, nous raconte Wikipédia, sur la route menant de la région naturelle du val de Loire (Gien) aux foires de Champagne (Troyes et de Provins)». On voit effectivement, au nord de la ville, une «côte du chemin de Sens» sur la carte IGN du Géoportail. Dans Courtenay, traversée par la R.N.60 historique, il faut piquer plein sud sur la départementale 34 jusqu'à Douchy. On y a trouvé là, en 1939, l’un des 46 centres d’accueil rural du Loiret chargé d’héberger les 2800 réfugiés espagnols fuyant le régime franquiste.
Dans ce petit bourg, situé sur l’Ouanne, on oblique vers l’est pour suivre un temps la D943 (ancienne N443 en direction de Joigny) jusqu'à l'intersection avec la départementale 950 (ancienne N450) que l'on prend vers le sud pour rejoindre Charny, dans l’Yonne. Les deux axes sont déjà dessinés sur la carte d’état-major du XIXe siècle publiée par le Géoportail de l’IGN. Voilà maintenant le hameau de Ponessant, posé à quelques encablures de la D950. Celui-ci, nous dit Wikipédia, «est proche d'un gué sur le cours de l'Ouanne à moins de 2 km au nord de Saint-Martin; c'était (avant que le trafic ne passe par Charny) le lieu d'un péage fructueux pour le passage de la rivière, sur le chemin du sel entre le port de la Ronce sur la Loire en amont de Châteauneuf, et Auxerre et ses environs. Ce même gué était déjà doté d'un pont à l'époque gallo-romaine». Sur plusieurs dizaines de kilomètres, on va désormais suivre la très bucolique vallée de l'Ouanne. La chaussée traverse Saint-Martin et Donzy. La, peu avant Saint-Denis-sur-Ouanne, on constate une divergence d’itinéraire entre la carte actuelle et celle du XIXe siècle: le nouveau tracé passe au large d’une «montagne des bourbiers» (!) et laisse partir à flanc de coteau la «route des diligences» qui traverse Saint-Denis. Puis Grandchamp et son château sont laissés un peu au sud de la route. Quatre kilomètres après, voici Villiers-Saint-Benoît, et son église construite au XIIIe siècle, remaniée au XVe, qui possède de belles peintures murales, en particulier un splendide Dit des Trois Morts et des Trois Vifs, Le village, nous conte le Guide Bleu Bourgogne-Lyonnais «doit son nom à l’abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire». La «route buissonnière» entre dans Dracy, «connue dès l'Antiquité, nous signale Wikipédia, pour son activité métallurgique très importante».
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Joli panneau Michelin de l'ancienne N443 vers Douchy (photo: MV, juillet 2013). |
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Dracy (photo: MV, juillet 2013). |
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R.N.65:
TONNERRE SUR LOIRE
Entre Bonny-sur-Loire et Neufchâteau, la route n°65 de 1959 relie Auxerre, Chablis, Tonnerre, Châtillon et Chaumont... une voie de caractère! (lire) |
Encore 4 km et voilà Toucy, ou l'on croise la D965 -ancienne N65- et qui est la ville d'origine de Pierre Larousse, auteur du célèbre dictionnaire. Sa mère y tenait le relais de poste… La ville est située au fond d’un vallon. Ce qui fait dire aux habitants: «d’où qu’on arrive, ça descend»! Bon, dans l’autre sens, ça monte!! Le bourg puise ses racines dans une antique motte féodale au croisement de deux anciens chemins gallo-romains. Lors de la guerre de Cent Ans, la ville, qui a pris le parti du roi de France est totalement ravagée en 1423 par les troupes anglo-bourguignonnes. En 1894, Toucy possède à la fois l'eau courante et l'électricité. Plus tard, au début du XXe siècle, Toucy est un bourg très actif où l'on trouve de nombreuses petites industries (briqueteries, filatures, tanneries) et d'importants marchés aux bestiaux. Amusant: la rue principale est surnommée la «Gargouille». On reprend la D950 en direction de Moulins-sur-Ouanne par une route encore à l’état d’ébauche au cours du XIXe siècle. Après Leugny, voici Ouanne, village connu dans les temps anciens sous le nom d’Odouna ou Oduna. Ce fut une station sur la voie antique d'Auxerre à Entrains-sur-Nohain. Une chaussée qui fut utilisée bien au-delà de la période romaine jusqu'au IXe siècle. Plus tard, raconte Wikipédia, «l'ancien chemin d'Orléans à Auxerre, que suivaient les diligences, notamment la poste, passait devant la mairie actuelle». Quelques kilomètres au sud de Ouanne, nous vous conseillons de quitter la D950 pour rejoindre (après Pierefitte-Bas) par la zigzagante D148 le petit bourg charmant de Druyes-les-Belles-Fontaines pour une halte rafraîchissante au pied du vieux château en ruine de ce village, ancienne demeure des comtes d'Auxerre et de Nevers, où prend naissance (source-résurgence) un abondant affluent de l'Yonne, la Druyes.
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Ancienne borne Michelin de la R.N.450 historique (D950) vers Courson
(photo: MV, juillet 2013). |
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Druyes-les-Belles-Fontaines,
une étape rafraîchissante sur la route vers le Sud
(photo: MV, mai 2009). |
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R.N.151: EN COEUR DE FRANCE (II)
La deuxième partie de la N151 de 1959 part de Châteauroux et se dirige en direction de Vézelay en Bourgogne en sautant la Loire. Historique!
(lire) |
On rejoint Clamecy dans la Nièvre par Ferrières, Charmois, Oisy et la D977 (ancienne N77). A Clamecy, les aficionados de la «route buissonnière» et de son mignon logo pourront faire un saut au village de Chevroches, où vécut Charles Loupot, le dessinateur du petit lapin noir. Cette cité, sous-préfecture de la Nièvre, a connu jadis une grande prospérité grâce au flottage du bois sur l'Yonne. Des documents locaux mentionnent, pour l'année 1804, 3535 trains de bois réalisés autour de Clamecy et 1051 à Vermenton, dans le département de l'Yonne, juste à côté. Cet ensemble représente quand même près de 90% du bois de chauffage consommé à l'époque dans la région parisienne… Pour continuer à suivre notre trajet, il est nécessaire de suivre un bout de bitume de la départementale 951 (direction Vézelay) jusqu'à Dornecy pour y trouver les premiers hectomètres de l'ancienne nationale 485 (D985) qui va nous emmener non loin de Lyon. Celle-ci n’existe tout simplement pas jusqu’à Cuzy sur la carte du XIXe publiée par l’IGN. On y retrouve là une chaussée venue de Tannay (D119). «En 1830, nous dit le site sudmorvan.fr, le Morvan nivernais ne comptait que 156 km de route; en 1889, il en possède 1564 km»... Après Brèves, dont le nom est «attesté, nous explique Wikipédia, par une inscription antique du IIIe siècle sous la forme vico Brivae (du vieux gaulois le "pont")», nous côtoyons jusqu'à Corbigny la rivière Yonne et le canal du Nivernais. On y croise la route n°77 bis (D977bis). La ville était l’une des premières étapes sur la vieille route de Saint-Jacques-de-Compostelle depuis Vézelay. Non loin de la ville, se trouve un vaste monument commémorant le crash de l'avion Emeraude. Le 15 janvier 1934, cet appareil, un D332 de marque Dewoitine, de retour d'Indochine, est pris dans une tempête de neige; résultat tragique: il s'écrase auprès du bourg. Toutes les personnes à bord, dont le pionnier de l'aviation Maurice Noguès et le gouverneur général de l'Indochine Pierre Pasquier, sont tuées. L'avion venait juste d'établir un record de vitesse entre Paris et Saigon. Par là, aux portes du Morvan, les paysages ont cette douce rondeur qui va si bien à l'image -un peu cliché quand même- de la France éternelle… Bon, les belles charolaises parsèment des champs agrémentés de bosquets peuplés de mésanges. Le vert est la couleur dominante sur des collines d'où coule aussi quelque vignoble d'appellation locale… On va pas s'en plaindre!
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R.N.77:
AUBE SUR LOIRE
La
route nationale Sedan-Nevers traverse une grande partie
de l'est de la France. Ardennes, Champagne, Bourgogne... Un
trio de régions pour une superbe promenade! (lire) |
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R.N.77bis:
LA PISTE MORVANDELLE
La
RN77bis de 1959 relie Nevers à Sombernon en
passant par le Morvan. Une route
de jolies courbes à suivre ici (lire) |
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R.N.78:
LE JURA PAR LE MORVAN
La
RN78 de 1959 relie Nevers à St-Laurent en Grandvaux en
passant par le Morvan et les beaux vignobles de Bourgogne. Une route
pleine d'histoires à suivre ici (lire) |
Plus loin au sud, c'est à Marcilly, où l’on admire un château perché sur son promontoire dominant un ancien gué de l'Yonne, que la «route buissonnière» laisse partir cette rivière sur sa gauche. La départementale 985 (un temps D945 jusqu'à Aunay-en-Bazois) nous conduit jusqu'au bourg de Tamnay. On y croise l'ancienne nationale 78 (D978), qui, par Château-Chinon, Autun, Chalon-sur-Saône, peut nous conduire tout droit à travers le Morvan, la côte des vins bourguignonne et la plaine de la Saône vers le Jura et Lons-le-Saunier (mais c’est une autre histoire!). Il faut d’ailleurs brièvement suivre cette ancienne nationale 78 sur quelques centaines de mètres vers l'est puis obliquer à droite pour retrouver la D985 (N485) en direction de Moulins-Engilbert. Là, au carrefour de la Tuilerie, puis dans le bois de Troncy, la carte d’état-major du XIXe siècle publiée par le Géoportail de l’IGN ne montre qu’un mauvais chemin en lieu et place de notre chaussée qui ne sera, semble-t-il, réalisée en totalité qu’au premier tiers du XIXe… La cité de Moulins-Engilbert, enveloppée par le Guignon et le ruisseau des Garats, qui est atteinte par la route de Châtillon, «obtient, nous explique le site sudmorvan.fr, ses premières franchises à la fin du XIIe siècle. Le territoire appartient alors aux Comtes de Nevers, longtemps vassaux des ducs de Bourgogne. A la fin du XIVe siècle, la ville s'entoure de remparts».
Onze kilomètres plus loin, la chaussée atteint Saint-Honoré-les-Bains, immortalisée dans le film Le souffle au cœur de Louis Malle en 1971. La cité, déjà connue des Romains, et développée à partir de 1860, est disposée, nous décrit l’ouvrage Saint-Honoré-les-Bains, eaux thermales sulfureuses, sodiques et arsenicales, «en amphithéâtre sur les premiers contreforts des montagnes du Morvan, cette station thermale jouit de tous les avantages pittoresques des pays de montagnes sans en présenter les inconvénients habituels»... C'est après que la route s'enlace et se délace autour le la Vieille-Montagne, à 556 m, des rondeurs qui appartiennent au massif du Morvan que l'on va laisser peu à peu sur notre gauche… Si des historiens locaux décrivent des voies antiques dans la région, au début du XIXe siècle, il n’y a aucune chaussée digne de ce nom dans les environs. A la hauteur du Moulin-d’Anguy, la D985 croise ce qui est indiqué comme une chaussée romaine sur la carte d’état-major du XIXe siècle publiée par l’IGN. Sans doute l’une des branches de la voie Autun-Decize. Voilà bientôt Luzy qui s’annonce. «De l'époque gauloise, explique le site luzy.fr, nous conservons, à quelques kilomètres de Luzy, dominant la route d'Autun, l'oppidum (hauteur fortifiée) du Mont Dosne. Luzy a été construite sur le site d'une probable importante villa gallo-romaine ; c'était alors un castrum (un camp fortifié) qui commandait le cours de l'Alène». Puis, à l'orée du XIXe siècle, Luzy possède plusieurs tanneries, ses foires ont d'une grande réputation; les boeufs charolais y sont particulièrement prisés. Au sortir de Luzy, vers Toulon-sur-Arroux, la route n’est dessinée sur la carte d’état-major du XIXe siècle publiée par le Géoportail de l’IGN que jusqu’à la limite Nièvre-Saône-et-Loire… Une chaussée qui réapparaît sur la même carte plus au sud sous le nom de «route de Luzy à Toulon» au niveau du Pont-du-Chêne. Les interruptions dans la continuité de cette chaussée (à l'époque la route n°17) posent problème: dans un rapport de 1841 du préfet au Conseil général de la Nièvre on peut lire ces phrases, «Il paraît constant que la direction la plus courte de Paris à Lyon serait celle passant par Auxerre, Clamecy, Corbigny, Moulins-Engilbert, Luzy, Toulon-sur-Arroux et Charolles. On assure qu'elle présenterait sur celle par Avallon, Saulieu et Châlon-sur-Saône une différence en moins de cinquante à soixante kilomètres, et qu'elle serait suivie de préférence par la malle-poste, aussitôt qu'elle serait viable dans toute son étendue»... La «route buissonnière» aurait-elle pu devenir finalement l'axe principal Paris-Lyon?
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Vers Toulon-sur-Arroux. Bel exemple de mât bien conservé (photo: MV, avril 2007). |
Au bout d'une longue ligne droite, on arrive à Toulon-sur-Arroux en passant sur la rivière par un pont de treize arches, surnommé le «pont du diable», daté de 1140, puis élargi au XIXe siècle (Wikipédia). La D985 prend alors la direction de Perrecy-les-Forges. Si la carte d’état-major du XIXe siècle publiée par le Géoportail de l’IGN file tout droit à travers de la forêt de Martenet (croix d’Ancinet), le tracé plus récent contourne les bois et retrouve l’ancien chemin au niveau de Château-Saint-Romain. Un peu plus loin sur la même carte, on remarque une autre légère différence au niveau de Pré-Saint-Martin, où la chaussée du début du XIXe passe tout droit dans le hameau. A Perrecy-les-Forges, la D985 traverse l’Oudrache sur une chaussée posée sur une ancienne digue et contourne aujourd’hui la montée du Crié. Il y avait là effectivement, nous dit le site perrecy-les-forges.fr, une pièce d’eau, «le Grand Etang de 93 hectares de surface pour une longueur de 3 km» qui alimentait des forges créées au XVIIe siècle (son assèchement intervient en 1848).
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Génelard (photo) la "route buissonnière"
croise la N74 historique. Le passé industriel de la région est partout présent (photo:
MV, janvier 2009). |
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R.N.74:
DE L'EAU DANS LE VIN...
En
1959, la route nationale 74 relie l'Allemagne à Paray-le-Monial
(Saône-et-Loire) en passant notamment par Sarreguemines, Nancy,
Langres, Dijon, Beaune... (lire) |
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R.N.79:
CHAROLAISES ET JURASSIENNES
En
1959, la route nationale 79 nous conduit de Nevers à La Cluse
sur la commune de Montréal-la-Cluse dans le département de l’Ain
(monts du Jura). Des paysages plein la vue!(lire) |
Puis c’est l’arrivée à Génelard, où l'on traverse la Bourbince, le canal du Centre et l'ancienne R.N.74. Le nom du lieu pourrait être lié à celui d’un gué antique sur la rivière et les marais environnants, indique Wikipédia qui puise ses sources auprès de l’association Recherche du patrimoine génelardais. En 1779, la Description historique et topographique du duché de Bourgogne parle d’un pont sur la rivière. Dans ce bourg, les traces du passé affleurent de partout. Région de mines et de sidérurgie, la région du Creusot, émouvante, ne charme pas tant que par ses paysages mais par l'ambiance -partout prégnante- d'un passé industrieux parfois prestigieux. Fait historique qui a marqué la commune: le passage de la ligne de démarcation, qui a coupé la France en deux après l’armistice de juin 1940. Il y a 18 km entre Génelard et Charolles, reliées –on le voit sur la carte de Cassini- dès le XVIIIe siècle. La chaussée du XXe diffère de l’ancienne à la hauteur de Baron où l’on remarque deux rectifications sur le Géoportail de l’IGN. Charolles… c’est bien évidemment la patrie du charolais!! Mais pas que… La ville, nous raconte le site internet de la municipalité, «trouve son origine à l'époque celtique sous le nom "Kadrigel" (forteresse entourée d'eau). Cette appellation s'explique par la disposition du château établi à 285m de haut sur un éperon rocheux calcaire et cerné de deux rivières l'Arconce et la Semence». La cité, pas peu fière de son patrimoine hydraulique, se décerne même le label «Venise du Charolais»! Elle fut, au XIe siècle, capitale d'un puissant comté (les ducs de Bourgogne étaient comtes du Charollais). La R.N.485 historique s’extrait de la ville en longeant la rivière Arconce alors qu’un tracé plus ancien visible sur la carte d’état-major du XIXe publiée par le Géoportail de l’IGN sort de Charolles par Bel-Air et rejoint la chaussée actuelle à Changy. Le chemin du début du XVIIIe passe beaucoup plus à l’est, franchit l’Ozolette sur un pont en amont du château de Terzé, rejoint Mans, Baubigny, le château de Drée, Curbigny, pour filer ensuite vers La Clayette. Un article publié par les Annales de Bourgogne, «Notes sur deux chemins anciens de Lyon au Charolais», indique qu’en 1753, «le chemin de Charolles à La Clayette est en partie impraticable. On parle de le restaurer, mais les partisans d’un tracé différent, par Pignère, Saint-Germain-en-Brionnais, la Fosse-Purcher et la Pouge, finissent par l’emporter en 1767».
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Chauffailles, on recontre le petit lapin de la "route buissonnière" (photo:
MV, janvier 2009). |
Il y a 20 km de Charolles à La Clayette sur la D985. Des lieux-dits y évoquent la route, comme le Guidon (borne d’indications routières en Bourgogne) ou le Grand-Chemin... A La Clayette, la «route buissonnière» contourne l'un des plus beaux châteaux de Bourgogne, qui se mire dans les eaux du Grand-Etang. «Simple maison forte au XIVe siècle, La Clayette ne devient bourg qu’après l’octroi, par le duc de Bourgogne, en 1437 de trois foires par an, en 1450 d’un marché hebdomadaire» lit-on encore dans l’article des Annales de Bourgogne. Là encore, de grosses différences existent entre les tracés des chaussées se dirigeant en direction de Lyon. Sur la carte d’état-major du XIXe publiée par l’IGN, la chaussée quitte le bourg par la rue de l’Hôpital, le chemin de Combabon. C’est, sans doute, la route étudiée dès 1770 par l’ingénieur Emiland Gauthey, qui propose, nous dit Léon Blin dans les Annales de Bourgogne, «rien moins qu’une nouvelle communication entre Lyon et Paris par Charolles, Autun et Saulieu»… En 1775, les Bourguignons décideront de ne réaliser que le tronçon jusqu’à Chauffailles. De son côté, la D985 actuelle file vers cette cité par la rue de Gothard. Jusqu’à Chauffailles, D985 et ancien tracé diffèrent fortement. D'après le site chauffailles.fr, la cité se bâtit «autour d'une modeste chapelle dédiée à Saint-André». Ce n'est qu'en 1274 que la commune prend son nom actuel. Le travail des tissus et de la soie occupera une bonne partie du village jusqu’au XXe siècle. Après ce bourg, la route change d'appellation et devient D485 car la chaussée pénètre brièvement dans le département de la Loire avant d’entrer dans le Rhône (D385). On note encore de grandes évolutions des tracés sur le Géoportail IGN entre cartes moderne et d’état-major du XIXe siècle.
Ici, nous dit le Guide Bleu Bourgogne-Lyonnais, «la route s’élève en lacet entre des pentes boisées de sapins et remonte le frais vallon de Botoret». L’air se rafraîchit. En lisant l’ouvrage des Rapports et délibérations du Conseil général de Saône-et-Loire de 1859 on s’aperçoit que les débats sur les rectifications à faire entre Chauffailles et Les Echarmeaux sont nombreux car ce tronçon sert aussi au trafic nord-sud qu’aux échanges est-ouest. Quelques années plus tard, on voit dans les Rapports et délibérations du Conseil général du Rhône de 1865 les mêmes préoccupations à améliorer la rampe de Chauffailles aux Echarmeaux et les voies aux alentours. Le col des Echarmeaux est situé à 712 m d’altitude. Ce col, «situé sur le faîte de partage des deux mers, à la limite des trois départements du Rhône, de la Loire et de la Saône-et-Loire, offre un noeud de communication très remarquable, autour duquel rayonnent six routes se dirigeant vers la Saône par Beaujeu, vers Lyon par la vallée de l'Azergues, vers Amplepuis par la vallée du Rhins, vers la Loire par Belmont et Charlieu, enfin vers Mâcon par Propières et Aigueperse», écrit le Conseil général du Rhône en 1865 en regrettant les trop faibles investissements réalisés par Lyon sur la chaussée descendant le val d’Azergues. Et de signaler les points difficiles: «Dans la section de Lozanne au pont Nizy, la route est étroite et sinueuse (...), aux abords du hameau d'Azergues, la route offre un tracé et un profil très défectueux»... Si de brusques tournants ont été adoucis dans la traverse de Chamelet (on y voit encore «l’ancienne route de Lyon»), «il en subsiste encore plusieurs aux abords de ce village». Enfin, «bien que la route n°7 soit la ligne la plus directe entre Lyon et le Charollais, elle est délaissée par le roulage à cause des rampes de 7% que l'on rencontre entre le Prunier et Les Echarmeaux».
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Entre St-Nizier et Lamure-sur-Azergues (photo: MV, février 2009). |
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R.N.504: PETITS VIRAGES ENTRE AMIS
Entre Roanne et la Savoie, la route nationale 504 historique traverse des paysages qui nous sont chers... Beaujolais, Bresse, Bugey, Alpes... (lire) |
Le val d'Azergues marque le début de la région dite «des pierres dorées». On dit que ce sont les Sarrazins -qui occupent la région au VIIIe siècle- qui donnent son nom à la rivière: Al Zergua («les eaux vertes»). Les demeures, aux murs blonds prennent un air indéfinissable, entre Nord et Sud… Tuiles romaines, mais sapins noirs, le dépaysement, ici est total. Les échappées de paysages, splendides! Nous voilà bientôt aux portes de Lyon: le Bois-d'Oingt, Oingt, villages dorés nous rappellent, kilomètre après kilomètre que le Sud est désormais une réalité à notre portée. A Châtillon, 4 km au nord de Lozanne, notre voie s’appelle officiellement la route Buissonnière, preuve de l’intérêt touristique de cette dénomination… Lyon, capitale des Gaules n'est plus qu'à un jet de pierre… et, au lieu de filer directement vers l'embranchement de la «route buissonnière» sur la N6 historique, peu avant Limonest, je vous propose le détour de l'Arbresle, petit bourg blotti sur le passage de la nationale 7, halte au charme simple sur la route des vacances… Après-tout, on a le temps, non ??
Marc Verney, Sur ma route, mai 2015
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