Belle plaque de la "route impériale n°78" à Tamnay (photo: MV, août 2010).
A Louhans (photo: MV, août 2014).

Sources et documents: Atlas des grandes routes, Michelin (1959); Atlas routier et touristique France, Michelin (2014); carte Bourges-Mâcon n°69, Michelin (1951): carte Beaune-Evian n°70, Michelin (1948, 1982-83); «Arleuf», Roland Niaux, Pays d'Art et d'Histoire du Mont Beuvray (février 1994); A travers le Morvand: moeurs, types, scènes et paysages, Edmond Bogros, éditeur Dudrague-Bordet et Buteau (1873); «Chronique bourguignonne. L'agglomération nivernaise: chances et problèmes d'une ville moyenne», Jean-Bernard Charrier, dans la Revue Géographique de l'Est (1973);  Enceinte de Chalon à la fin du XVIIIe siècle, Léopold Niepce, Société d'histoire et d'archéologie (1848); Histoire de Châlon-sur-Saône: depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, Victor Fouque, édité par l'auteur (1844); Histoire de la ville d'Autun et de la foire de S.-Ladre, impr. de Romand (1857); «Le pont Saint-Andoche a été réparé de nombreuses fois», Claude Chermain, dans le Journal de Saône-et-Loire (23 avril 2016); «Les voies romaines en Bourgogne antique: le cas de la voie dite de l'Océan attribuée à Agrippa», Pierre Nouvel, XXe colloque de l'Association bourguignonne des sociétés savantes, Saulieu (octobre 2010); «Tintry», Roland Niaux, Histoire et Archéologie en Morvan et Bourgogne, sites.google.com/site/vniaux/home (1980); adessertenne.pagesperso-orange.fr; archives71.fr; autun.com; beaurepaire-en-bresse.com; bourgogne-tourismeencouchois.com; canaux.region-bourgogne.fr; chateaudecouches.com; chatenoyleroyal.fr; lebazois.fr; mon-coin-de-bourgogne.fr; nevers.fr; patrimoinedumorvan.org; ville-chateau-chinon.fr; Wiki 58; Wikipédia; Wikisara. Remerciements: Gallica; Géoportail (IGN).

Magnifique "guidon" directionnel installé au rond-point de la Côte-chalonnaise (photo: MV, août 2014).
Les petites routes autour de Château-Chinon ne manquent pas de charme et d'anciens panneaux (photo: MV, août 2010).

Localités et lieux traversés par la R.N.78 (1959):
Beaurepaire-en-Bresse
Maître-Camps
Ratte
Louhans (N396, N471)
Branges
Montret
St-Etienne-en-Brasse
Gd-Limon
Petit-Limon
St-Germain-du-Plain
Ouroux-sur-Saône
Epervans
Saint-Marcel (N83bis)
Chalon-sur-Saône (N6)
Châtenoy-le-Royal
Chapelle-de-Marloux (N481)
Mercurey
Charrecey
St-Léger-suur-Dheune (N74)
Couches
Saint-Emiland
Pont-d'Argent
Auxy
Autun (N73, N80)
La Commaille
La Celle-en-Morvan
Roussillon-en-Morvan
Arleuf
Les Rollots
Pont-Charrot
Château-Chinon (N444)
Dommartin
Tamnay-en-Bazois (N485)
Châtillon-en-Bazois
Rouy
Billy-Chevannes
St-Benin-d'Azy
Saint-Péraville
Nevers (N7, N77, N79)

A Château-Chinon (photo: MV, août 2010).

A NOS LECTEURS: les photos, textes et dessins de ce site sont soumis au droit d'auteur. Pour toute autre utilisation, contacter l'auteur. Merci de votre compréhension...
Page de l'encyclopédie des routes Wikisara consacrée à la nationale 78 (lire)
La page de présentation de l'historique et de l'itinéraire de la nationale 78 dans l'encyclopédie en ligne Wikipédia (lire)
A VOIR, A FAIRE

Beaurepaire-en-Bresse:
le château (ne se visite pas)
Louhans: siège de la très sérieuse «confrérie des poulardiers de Bresse», on y admire une belle rue centrale bordée d'arcades, typique d'un bourg médiéval. Louhans accueille un petit port fluvial de plaisance installé sur les rives de la Seille. On y déniche aussi le premier musée français de l'imprimerie de presse...
Chalon-sur-Saône: la sous-préfecture de Saône-et-Loire est néanmoins la plus grande ville du département… La cité natale de Nicéphore Niepce (musée) n'est pas uniquement le berceau mondial de la photographie, mais une halte plaisante, entre Dijon et Lyon. On visitera notamment la cathédrale Saint-Vincent qui domine la place du même nom et ses cafés (marché le vendredi). Il est surprenant d'apprendre que torpilleurs et sous-marins y furent construits loin des côtes par les usines Schneider.
Mercurey: voilà un village viticole typique de Bourgogne qui s’allonge le long de l’ancienne route nationale…
Saint-Léger-sur-Dheune: on peut se promener le long du canal du Centre, mis en eau en 1793 et grand œuvre de l’ingénieur chalonnais Émiland Gauthey.
Couches: le château (XIe siècle) fait partie des anciennes forteresses du duché de Bourgogne. Il protégeait la route menant de Paris à Chalon passant par Autun.
Autun: le patrimoine antique, les portes (d’Arroux et de Saint-André), les remparts, le théâtre romain, le temple de Janus; le patrimoine moyenâgeux, la cathédrale Saint-Lazare (XIIe); le musée Rolin, le musée de Civilisation celtique à Bibracte (Mont-Beuvray), à une vingtaine de kilomètres d’Autun.
Le Pommoy: les gorges de la Canche (randonnées).
Arleuf: le théâtre et le bourg gallo-romain des Bardiaux, sans doute une halte sur la voie menant d'Orléans à Autun; l'étonnant canal du Touron, profonde entaille dans la forêt morvandelle, creusée par des mineurs celtes, utilisée comme réserve d'eau pour le flottage du bois vers Paris des siècles plus tard...
Château-Chinon: l’office du tourisme propose 29 balades pédestres dans le Haut-Morvan à télécharger depuis son site… Sinon, beaucoup de choses tournent autour de l’ancien président François Mitterrand, un circuit, le musée du Septennat, la fontaine monumentale de Niki de Saint-Phalle.

Vers le village de La Fontaine, non loin de Rouy. La R.N.78 historique passe sous les arbres que l'on voit au fond de l'image (photo: MV, août 2010).





Belles routes de France...
R.N.78 : PETITES MONTAGNES, GRANDES ECHAPPEES... (II)
La route nationale 78 de 1959 relie Saint-Laurent-en-Grandvaux et Nevers, en traversant une partie du Jura, puis la Bresse, Chalon-sur-Saône, Autun ainsi que Château-Chinon dans le Morvan. Au niveau de Mercurey, notre chaussée coupe au cœur du fameux vignoble bourguignon… A Autun, la voie côtoie notre passé gallo-romain… Et c’est aux alentours de Château-Chinon que le bitume renoue avec les lacets de la montagne! Tant de pays, tant de climats, tant d’histoires diverses et variées que nous avons rencontrés au fil des multiples voyages automobiles réalisés sur cet itinéraire ces dernières années… Cette page en forme de deuxième étape est un condensé à déguster au fil des 225 kilomètres parcourus depuis Lons-le-Saunier!

Vers Arleuf, on se croirait revenu dans le Jura! Pour retourner sur la page index, cliquez sur l'image (photo: août 2014).

L’entrée en Saône-et-Loire de notre chemin n°78 historique se fait un peu plus de dix kilomètres après Lons-le-Saunier. Plus question de virages prononcés: la route «escalade» les collines bressanes sans écart particulier... Jusqu’à Louhans, nous indique la carte de Cassini (XVIIIe) publiée par le Géoportail, il y avait à l’époque un itinéraire similaire à la D678 actuelle. Mais, croisant notre promenade, voici tout d’abord Beaurepaire-en-Bresse, petit bourg connu pour son château situé en bord de route. On y trouvait là, précise le site beaurepaire-en-bresse.com , «dès le XIIIe siècle, une maison forte rebâtie au XVe siècle par Thibault de Beaurepaire». L’ensemble, «complètement réaménagé au XVIIIe siècle», additionnait une halle ouverte en mai 1768 afin de permettre la tenue de foires et de marchés, preuve de l’importance de la chaussée passant à proximité. Un mur en briques d’une longueur de 1800 m est installé sous l’Ancien Régime le long de la route. Il dissimulait aux regards un jardin à la française aujourd’hui disparu. Plus loin, la chaussée, qui s’appelle ici «route de Bourgogne», traverse le lieu-dit «Champ-du-Vernay» après une légère rectification de son tracé –visible sur le Géoportail- au niveau de l’étang Cavalou. A noter également qu’ici nous roulons –au XIXe siècle- sur la «route de Tournus à Lons» (c’est ce qui est indiqué sur la carte d’état-major publiée par l’IGN). Après avoir laissé à gauche l’étang des Claies, la route s’oriente plein ouest vers Ratte, village situé à 7 km de Louhans.

A la sortie de Beaurepaire-en-Bresse, en direction de Chalon (photo: Marc Verney, août 2014).
Le tracé de la R.N.78 en Bresse est clairement affiché sur la table d'orientation de la Croix-Rochette (installée en 1911), située à côté de Lons-le-Saunier (photo: Marc Verney, juillet 2011).

R.N.471: DU JURA AU DOUBS
La RN471 de 1959 relie Tournus à Pontarlier en passant par Louhans, Lons-le-Saunier, Champagnole et Frasne. Un joli tour de Jura... (lire)

Louhans-Châteaurenaud (c’est son nom actuel au complet) est située sur les bords de la Seille. Les archives en ligne de la Saône-et-Loire nous en disent un peu plus sur l’histoire du bourg: dépendante de Tournus, citée dans une charte de 878, Louhans, ville carrefour fortifiée, dispose d’un port sur la Seille au XIIe siècle. S'y déroulaient alors les échanges commerciaux autour du sel en provenance de Salins-les-Bains et des monts du Jura. Les deux ponts sur la rivière, l’un vers Tournus, l’autre vers Branges et Chalon, sont avérés au XIVe siècle puisqu’un document évoqué par le site archives71.fr autorise la coupe et la vente de bois au profit de la maintenance de ces ouvrages. Après le traité de Nimègue, signé le 10 août 1678, Louis XIV récupère la Franche-Comté, auparavant propriété du Saint-Empire romain germanique, ce qui a pour effet de désenclaver Louhans et sa région. Aujourd’hui, la ville est fière de ses marchés de tradition où l’on vend le célèbre «poulet de Bresse»… Sa rue centrale, bordée d'arcades, est un des sites les plus intéressants du vieux bourg médiéval. Après avoir franchi le pont sur la Seille, on se dirige vers le lieu-dit le Guidon, d’où part, vers la gauche, «l’ancienne route de Chalon», puis la plus récente, quelques centaines de mètres plus loin (D978). Ici, il ne faut pas se tromper, car la départementale 678, qui continue vers le nord, a bien porté dans la seconde partie du XXe siècle le n°78… Mais, «notre» R.N.78 historique de 1959, c’est bien la chaussée qui se dirige vers Montret… Un mot sur l’appellation «guidon»: dans la région, cela correspond bien souvent à des lieux où se trouvaient, au XVIIIe siècle, de grandes colonnes indiquant les principales directions (à l’image de celles de la forêt de la Chaux vers Dole).

L'ancienne R.N.78 fait de jolis virages bien ombragés vers Montret (photo: Marc Verney, août 2014).

A Branges, la route reste non loin de la Seille. S’y trouvent ici d’importants moulins placés sur un méandre de la rivière. Sous la Restauration, nous précise le site canaux.region-bourgogne.fr, le lieu s’organise autour «de six moulins à grains, une rabatte (meule conique utilisée pour broyer les graines oléagineuses, le chanvre, etc.), un foulon (meule ou maillets) et une huilerie». En contrebas de ces moulins, on remarque une écluse qui coupe le méandre de la Seille… Cette rivière est en effet navigable «sur 39 kilomètres, de Louhans à La Truchère, indique encore canaux.region-bourgogne.fr. Les quatre écluses (ratification du projet en 1784 par les Etats de Bourgogne) jalonnant ce parcours correspondent à des sites plus anciens sur la rivière: implantations de châteaux, disparus ou encore en place, et surtout de moulins, toujours visibles». Notre route rejoint maintenant Montret en serpentant au milieu des étangs artificiels de la Bresse, souvenirs bien lointains d’un lac à l'ère tertiaire, asséché au moment de l’érection des Alpes et des plissements jurassiens qui en découlèrent… «La Bresse étant un relief mamelonné, ceux qui s’y établirent construisirent leurs demeures en des lieux surélevés», comme ici, Montret, nous dit Wikipédia. Là encore, nous confirme le Géoportail de l’IGN, routes du XVIIIe, XIXe et XXe siècles se superposent quasi parfaitement… Voilà Saint-Etienne-en-Bresse, puis Saint-Germain-du-Plain, la route dodeline entre les collines, quelque peu monotone… La «route de Chalon à Louhans» traverse désormais Ouroux, située à 11 km de Chalon. On file en direction de Saint-Marcel, aujourd’hui quasi faubourg de Chalon, par Epervans. La D978 pénètre dans Saint-Marcel par la rue de la Villeneuve et y retrouve la «route de Dole» (D973) pour entrer dans Chalon-sur-Saône par le faubourg Saint-Laurent.

Le passage de la R.N.78 par Chalon-sur-Saöne vu par l'un des panneaux Michelin de l'autoroute A6 (photo: Marc Verney, avril 2015).
Le pont sur la Saône à Chalon (photo: Marc Verney, août 2014).

Le franchissement, ici, de la Saône n’a pas été chose simple. L’histoire de Chalon-sur-Saône est cependant liée au développement des communications: déjà, à l’époque gallo-romaine, partaient de Cabillonum les voies de Boulogne, de Langres et de Besançon. Il y avait un gué pour franchir la rivière, sans doute vite remplacé par un pont en bois vers –14 av. JC et un autre vers 95. Fortifiée dès le IIIe siècle, Chalon accueille d’importantes foires commerciales au Xe. A la fin du XVe siècle, découvre-t-on sur le site chalon.fr, la cité est «annexée au royaume de France. Ce dernier la dote d’une nouvelle enceinte en 1555 et d’une citadelle (achevée en 1591)». Car la ville est une frontière avec les Etats des Habsbourg. On termine quand même le pont Saint-Laurent en pierre (1508) vers la Bresse qui remplace encore un autre pont de bois datant du XIIIe siècle, appelé, nous dit l’Histoire de Châlon-sur-Saône: depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, «le pont des Moulins». Plus tard, nous indique encore cet ouvrage, «le pont de pierre a été rélargi de six pieds de chaque côté; c'est alors que les deux trottoirs ont été établis, ainsi que les obélisques qui décorent ce pont d'une manière si originale: les travaux commencés en 1784 n'ont été terminés qu'en 1790». Très abîmé au cours de la Deuxième Guerre mondiale, le pont est refait à neuf en 1950. Enfin, l’ingénieur Emiland Gauthey finalise la liaison vers la plaine bressane en réalisant le pont des Echavannes en 1787, qui remplace une structure en bois du XVe siècle. Gallica nous montre un plan de la fin du XVIIIe (vers 1789) réalisé par Léopold Niepce (Société d'histoire et d'archéologie) et qui comporte bien les deux ouvrages enjambant la Saône.

R.N.6, LA ROUTE DES ALPES
Chalon, Mâcon, Lyon, Chambéry, suivez le jeu de piste de la N6 historique (1959) jusqu'en haut du col du Mont-Cenis. Ca décoiffe de visiter les belles routes des Alpes... (lire)

L’ancienne chaussée quitte Chalon par l’avenue Boucicaut et s’avance en direction de Châtenoy-le-Royal. Ici, «en 1684, nous raconte le site internet chatenoyleroyal.fr, le grand pont de pierre, qui permet le franchissement de la Thalie, est en ruine. En novembre 1766, Thomas Dumorey, ingénieur, dresse un devis pour la construction d’un nouveau pont à deux arches sur la Thalie à côté du pont de pierre. La technique consiste à s’installer en aval des vieux ouvrages afin que la force de l’eau soit ralentie par les ruines encore en place. Ce pont est achevé en 1770». L’ensemble est classé monument historique par arrêté du 20 avril 1931. La route de Chalon à Autun paraît être l’une des voies les plus anciennes du pays, puisque faisant partie, nous dit Pierre Nouvel dans une contribution au XXe colloque de l'Association bourguignonne des sociétés savantes, d’un itinéraire existant entre la vallée de la Saône et le bassin parisien du Ier au VIIIe siècle… La découverte d’une borne milliaire du IIIe siècle à Châtenoy-le-Royal semble d’ailleurs bien le montrer… «Par des portions rectilignes, indique encore Pierre Nouvel, cette voie traverse Mercurey, franchit les hautes côtes au pied d'Aluze, puis disparaît en partie jusqu'à Dennevie, où elle franchit la Dheune». Quelques kilomètres après Couches, «la portion qui suit, jusqu'à Autun, est encore nettement visible sous la RD978, formée d'une ligne brisée évitant les accidents de terrain, par Saint-Emiland, le Pont-d'Argent, Pont-de-Charbonnière, la Vieille-Route, avant de descendre le plateau d'Antully par une rampe étroite mais rectiligne. (...) Au-delà, on a coutume de la faire parvenir à Autun par la porte de Rome». Après Châtenoy, c’est au rond-point de la Côte-chalonnaise que l’on admire, au beau milieu du carrefour, un «guidon» bien conservé, l’une de ces colonnes d’indications routières installées au cours du XVIIIe siècle. En reprenant la numérotation du programme routier des Etats de Bourgogne de 1784, «la borne se trouvait au carrefour de la route n°35 de Louhans à Autun par Chalon, et de la route n°21 vers Dijon et la Champagne. L’axe majeur est constitué  par la section Autun-Chalon, resté jusqu’au milieu du XIXe siècle un tronçon de la route postale de Paris à Lyon par Saulieu, Autun et Couches», lit-on sur Pays et patrimoine (adessertenne.pagesperso-orange.fr) le site très documenté d'Alain Dessertenne.

En route vers Autun (photo: Marc Verney, août 2014).

Plus loin encore, au niveau du village vigneron de Mercurey (Bourg-Neuf), la carte de Cassini publiée sur le Géoportail montre effectivement, comme décrit ci-avant, les «vestiges d’un chemin romain» filant vers Aluze. Dès lors, nous allons, un peu comme dans le Jura, osciller entre tracés de l’Ancien Régime, du XIXe siècle et plus récents… Pour Alain Dessertenne, les travaux de la route de Chalon à Autun –version Ancien Régime- «durèrent de 1763 à 1772 environ», alors que des rectifications seront réalisées tout au long du XIXe siècle. Dès Charrecey, notre petit jeu de piste prend un tour piquant: la route n°78 de la carte d’état-major du XIXe siècle (1820-1866) du Géoportail suit la départementale 261 jusqu’à Saint-Léger-sur-Dheune alors que le tracé de la D978 actuelle contourne largement les collines par le sud... A Saint-Léger, un pont sur la Dheune, réalisé à partir de 1713, relance les communications dans la région. Du coup, signale le site stlegerdheune.fr, «en 1780, un relais de poste sur la route de Chalon fera prospérer les auberges, les cabarets et les hôtels»... Après la sortie de Saint-Léger, la route ancienne fait un petit écart, entre les Battées et la Croix-Rouge, où elle récupère le tracé de la D978 qui fait désormais face au château de Couches, bien calé sur son éperon rocheux, tout à son «rôle» de protecteur de la voie. «Ce château fort, dit de Marguerite de Bourgogne, offre plusieurs phases successives de l’architecture entre la fin du XIe et le XIXe siècle», explique le site chateaudecouches.com. Passé le village de Couches, la chaussée, signalée en ce lieu comme «route de Paris à Lyon» sur la carte d’état-major du XIXe siècle, prend la direction de Saint-Emiland. Quant aux cheminements antiques, la carte IGN contemporaine montre un «chemin des Romains» longeant les crêtes au-dessus de Couches jusqu’à la Maison-Blanche.

R.N.74: DE L'EAU DANS LE VIN...
En 1959, la route nationale 74 relie l'Allemagne à Paray-le-Monial (Saône-et-Loire) en passant notamment par Sarreguemines, Nancy, Langres, Dijon, Beaune... (lire)

Mais, avant tout, une explication s’impose… Pourquoi trouve-t-on ici la mention «Paris à Lyon»? A partir de 1763, des travaux d’amélioration sont menés sur la chaussée Saulieu-Autun, l’ancienne R.N.80. A lire Alain Dessertenne, «en 1786, à la suite d’une concurrence acharnée, l’itinéraire par Autun supplante celui d’Arnay (la R.N.6 historique, NDLR) pour le transport des voyageurs et des marchandises. La route postale Paris-Lyon se maintiendra sur la section Autun-Chalon jusque vers 1850»… La route atteint maintenant le lieu-dit la Maison-Rouge, passe le Pont-Allard et entre dans Saint-Emiland. Ce village «a plusieurs fois changé de nom à travers les âges, explique le site bourgogne-tourismeencouchois.com. Ce fut d'abord Leusia ou Lausia, relevé dans des chartes très anciennes, un nom en rapport sans doute avec l'exploitation importante de carrières qui eut lieu en ces endroits dès l'Antiquité». Le nom actuel se rattache à la légende de l’évêque de Nantes combattant en 725 l'invasion des Sarrazins. Au nord-ouest de ce village, se trouve le barrage du Pont-du-Roi, qui rappelle l’existence d’un ancien ouvrage franchissant le ruisseau de Pont-Allard. Ce pont, sans doute médiéval, se trouvait sur un vieil itinéraire sans doute encore utilisé au XVIe siècle, jalonné de mottes défensives, écrit Roland Niaux dans le site Histoire et Archéologie en Morvan et Bourgogne, entre Auxy, Saint-Gervais et Créot. Mais reprenons l’actuelle D978… Celle-ci arrive au pont de Charbonnière. On y note, sur la gauche, une très longue ligne droite correspondant à une chaussée menant à Autun sans passer par Auxy (traversant un lieu-dit appelé la Vieillle-Route). La carte de Cassini (XVIIIe) publiée par le Géoportail de l’IGN la nomme «chemin romain». Ce chemin est utilisé jusqu’au premier tiers du XIXe siècle, époque à laquelle on réalise une voie de contournement par Auxy et le vallon de la Creuse. Roland Niaux date même la mise en service: 1830. Mais il indique aussi dans sa contribution à l’histoire de la voie romaine de Chalon à Autun, que ce nouveau chemin, qui se base sur le tracé d’un sentier rural portait sur un cadastre de 1823 la mention «ancien chemin d’Autun à Chalon»… Et l’auteur d’en conclure: «Il faut admettre que deux tracés différents se séparaient au pont de Rénalée et se rejoignaient au pont de Charbonnière. Ils ont probablement été utilisés concomitamment, mais n’ont peut être pas été mis en service simultanément». C’est à la sortie du bois de Montchauvoise, au lieu-dit les Renaudiots, que notre voie rencontre l’ancienne R.N.80 (D680), la chaussée vers Montcenis et Le Creusot.

R.N.73: FAITES CHAUFFER LE MOULINS!
La route nationale 73 de 1959 relie Bâle en Suisse à Moulins dans l'Allier. Une des plus singulières transversales qui soient. Mais pas des moins bucoliques... (lire)

R.N.80: UN TRAVAIL DE (GALLO) ROMAINS!
Entre Châtillon-sur-Seine et Cluny, la route n°80 zigzague au milieu de paysages nobles et sereins marqués par la patine du temps... (lire)

On entre dans Autun par la route de Chalon. Au niveau du faubourg de Pont-L’évêque, notre voie se fond dans la route de Beaune, ancienne R.N.73 (D673). Après la victoire de Jules César à Alésia, Autun devient la capitale des Eduens en remplacement de Bibracte. L'événement, nous dit le site mon-coin-de-bourgogne.fr, «marque l’avènement de la période gallo-romaine. Les élites du peuple éduen étaient favorables à Rome, et l’empereur voulait conforter la puissance romaine en créant une grande cité en Gaule. C’est donc vers l’an -15 que la cité est fondée par l’empereur Auguste». Augustudunum se veut, d’après sa devise, «soeur et émule de Rome»… Saccagée par les Sarrasins en août 725, puis par les Normands en 888, elle est, depuis le Xe siècle, le chef-lieu d'un comté dépendant du duché de Bourgogne. Au Moyen Age, la ville est un important lieu de pèlerinage. Cette époque, nous dit autun.com, «a laissé la cathédrale Saint-Lazare, au caractère clunisien, érigée à partir de 1120». L’artiste Gislebertus y signa ses sculptures, «notamment le célèbre tympan du Jugement dernier». L’ère industrielle s’ouvre à Autun avec l’exploitation des schistes bitumineux sur le site des Télots, dont on extrayait une huile comparable au pétrole. Dans les années trente, le site, où il ne reste aujourd'hui que deux grands terrils, produisait jusqu'à 70 millions de litres d'essence par an. On sort de la ville par la rue du Faubourg-Saint-Andoche qui mène au carrefour de la Légion. Mais auparavant, il faut traverser l’Arroux. «Le pont Saint-Andoche, jeté sur l’Arroux à l’entrée de la ville, n’existait pas à l’époque romaine», écrit Claude Chermain, le correspondant autunois du Journal de Saône-et-Loire, dans un article consacré à l'ouvrage qui supporte aujourd’hui le trafic des anciennes R.N.73 (vers Moulins) et R.N.78 (vers Château-Chinon). Un premier pont en pierre, continue le journaliste, réalisé avec des matériaux récupérés sur des édifices romains est attesté dès le XIIIe siècle. Il subira maintes fois les colères de l’Arroux avant d’être «reconstruit à neuf en 1781, avec quatre arches au lieu de deux». Au lieu-dit la Folie (auj. carrefour de la Légion en hommage à un combat de la Libération), on voit clairement se séparer, sur la carte de Cassini (XVIIIe), les routes de Moulins et de Château-Chinon. Ici, ces chaussées remontent donc au moins à l’Ancien Régime.

A la Celle-en-Morvan (photo: Marc Verney, août 2014).

Après être passée non loin de l’aérodrome d’Autun-Bellevue, la chaussée traverse le village de la Commaille et longe le bois de Poizot avant d’arriver aux environs de la Celle-en-Morvan. Là, la chaussée moderne pénètre dans le vallon de la Canche. Mais ce ne fut pas toujours le cas, puisque l’on remarque, sur la carte d’état-major du XIXe siècle publiée sur le Géoportail de l’IGN une «vieille route» qui remonte, à mi-pente, vers les Barbeaux, passe au nord de Roussillon et retrouve la D978 après le Pommoy. Cet itinéraire, appelé «ancienne voie romaine» sur la carte contemporaine semble clairement ici être aussi le chemin du XVIIIe siècle. L’ancienne R.N.78 passe, elle, par le vallon où elle enjambe la Canche sur le pont de Finlupt et sur celui du Seuil.

Au niveau des Pasquelins, la route se trouve sur la ligne de partage des eaux entre les bassins de la Seine et de la Loire et pénètre dans la Nièvre. Ici, la R.N.78 historique se trouve à son plus haut niveau dans le Morvan: 675 m environ. Arleuf, le village suivant, se révèle être un «lieu de passage et de séjour à toutes les époques de l’histoire et de la préhistoire : au seuil de la vallée de l’Yonne, c’est en même temps le col qui permet de passer de la plaine de l’Arroux au Bazois», écrit l'historien Roland Niaux dans le Pays d'Art et d'Histoire du Mont Beuvray en 1994. Il y a là une clairière depuis des temps très anciens, ce qui permet donc le passage de plusieurs voies au fil des époques, la voie gallo-romaine d’Autun à Orléans par Château-Chinon dont on trouve des traces au nord, vers les Bardiaux, une route du XVIIIe qui rejoint l’Yonne par la Ruchette et une chaussée du XIXe, préfiguration de celle du XXe qui atteint le Pont-Charrot (sur l’Yonne) par les Rollots, la Pirotte, les Bouchoux… Arrivés au Pont-Charrot, qui franchit l’Yonne, nous voici dans l’un des hauts lieux du flottage du bois. Coupées dans toutes les forêts alentours, les bûches de bois étaient acheminées jusqu’au port situé non loin du pont de la route n°78 pour être ensuite lancées au printemps dans la rivière. Chassées par le courant créé par des lâchages d’eau jusqu’à Clamecy, elles étaient assemblées -après triage et séchage- pour créer de larges radeaux qui flottaient en direction de Paris sur les rivières Yonne et Seine. Cette activité durera du XVIe au XIXe siècle, époque à laquelle le bois sera progressivement négligé au profit du charbon pour le chauffage urbain… Dans le Morvan, précise le site patrimoinedumorvan.org, «les nombreux cours d'eaux, berges, digues, étangs se devaient d’être entretenus. Le dernier flot a eu lieu en 1923». Ici, autour de Précy, l’itinéraire du XVIIIe passe un peu au nord de notre actuelle D978.

Ancien bitume vers le Pont-Charrot (photo: Marc Verney, août 2014).

Nous voici donc arrivés à Château-Chinon, à 66 km de Nevers. Originalité: cette cité est composée de deux communes créées après la Révolution française: Château-Chinon (Ville) et Château-Chinon (Campagne)... Cette différence, par rapport à d'autres cités, tient, nous dit René-Pierre Signé sur le site ville-chateau-chinon.fr, à «la crainte des habitants de la ville de perdre les privilèges qu’ils avaient acquis en matière de fiscalité et de droit en élargissant le périmètre de la ville, englobant ainsi les hameaux qui l’entouraient. Château-Chinon intra-muros, par prudence, voulu conserver ses acquis»…. Ce même site municipal nous dit que le document le plus ancien qui mentionne «la ville et son prieuré Saint-Christophe dépendant des bénédictins de Cluny, date de 1076. Château-Chinon appartint longtemps au diocèse d’Autun, même si le Nivernais fut détaché de la Bourgogne dès le VIe siècle». Oppidum gaulois, forteresse romaine, puis place fortifiée, Château-Chinon fut, au fil des siècles, la propriété de la Maison de Bourgogne, de celle d’Autriche mais aussi des grandes familles du royaume de France... Au XXe siècle, les années 1950 marquent l'arrivée dans le Morvan d'un homme politique d'origine charentaise, François Mitterrand, qui devient maire de la ville de 1959 à 1981. On connaît la suite, l’homme fut le premier président socialiste de la Ve République…

Sortie de Château-Chinon en direction de Nevers (photo: Marc Verney, août 2010).

On quitte Château-Chinon par la rue de Nevers qui descend en virages très serrés jusqu’à la plaine du Bazois où elle prend la direction de Dommartin. Là encore, une voie antique a existé, passant par «les communes de Saint-Hilaire, de Dommartin, de Saint-Péreuse», nous raconte l’ouvrage d’Edmond Bogros, A travers le Morvand: moeurs, types, scènes et paysages. Après Dommartin, constate-t-on effectivement sur la carte de Cassini du XVIIIe siècle publiée par l’IGN, la chaussée de l’époque passe au large du village de Saint-Péreuse et du château de Besne, tracé confirmé par le site patrimoinedumorvan.org où l’on peut lire que l’axe royal «reprenait le tracé partiel d'une importante voie romaine». Par ailleurs, en comparant la route du XIXe siècle de la carte d’état-major du Géoportail et notre D978 actuelle, on voit que l’ancienne voie était bien plus virevoltante… et cela au niveau du Toureau-de-Remondot et de Coeurty où les courbes s’enchaînent avec une belle constance… Un peu plus loin, le village du Corbier était desservi par la route de Nevers au XIXe, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, avec un tracé de chaussée plusieurs fois redessiné. A Tamnay, le bourg suivant, dit le site lebazois.fr, «l'ancienne route impériale N78, actuelle route départementale 978, franchit le ruisseau du Trait, affluent de l'Aron, par un pont en pierre de taille à une arche en anse de panier» datant de la première moitié du XIXe siècle. On y croise également la «route buissonnière», qui descend joliment sur Lyon et le Sud… A Châtillon-en-Bazois, le chemin de Nevers coupe la rivière Aron. L'histoire de cette cité, rapporte le Topoguide du Bazois publié par lebazois.fr, se lie à celle de son château du Xe siècle, appartenant au comte de Nevers, situé sur un piton rocheux autour duquel s'enroule la rivière Aron. Le développement du petit bourg ne se fait qu'à partir du XIXe siècle, «avec la construction des routes, du canal du Nivernais pour le flottage du bois, de la voie ferrée... Avant la construction du canal et de ponts, la rivière Aron se traversait à gué car la départementale 978 (en fait l'ancienne chaussée royale) n'avait pas le même tracé qu'aujourd'hui».

Court délaissé à Abrigny (photo: Marc Verney, août 2010).

LE COUP DE LA ROUTE BUISSONNIERE
Route alternative et vraiment mignonne pour rejoindre Lyon, la "route buissonnière" sillonne depuis Nemours des régions un peu oubliées et pleines de charme... (lire)

Après Châtillon, en effet, on constate que la voie indiquée sur la carte de Cassini se déporte un peu au nord de la voie actuelle autour du bois de Seigne puis pique au sud-ouest par la Fontaine et Perranges jusqu’à Rouy. Au sud de Châtillon–en-Bazois, nous indique de son côté le Topoguide du Bazois, «la voie romaine d'Autun à Nevers traverse le territoire de cette importante bourgade gallo-romaine en passant par le hameau de Pont». La D978 suit, quant à elle fidèlement la chaussée du XIXe jusqu’à Rouy, sauf à l’occasion d’un petit décrochement à Abrigny. Par la suite, la route nationale 78 historique traverse le ruisseau de Trougny au lieu-dit Le Pont (rectifications de chaussée au XXe) et passe à côté du château de Vesvres. Le village de Billy-Chevannes est atteint cinq kilomètres plus loin. La traversée du bois de Billy donne lieu à quelques interrogations… A voir le Géoportail, la chaussée du XVIIIe semble passer tout droit un peu au sud de Segoule et rejoindre la Haute-Cour alors que la voie du XIXe va retrouver les deux hameaux de Maison-Blanche et de Maison-Rouge placés au large de Saint-Benin-d’Azy, capitale de la petite région des Amognes… Aujourd’hui, la route D978, qui emprunte le tracé du XIXe, est elle-même doublée au sud par une «énigmatique» D978B qui tournicote dans les bois… C’est sans doute en fait la route nationale 78 historique des années cinquante qui utilisait un tracé totalement original par rapport à ses ancêtres! De là, et jusqu'à Nevers, le chemin royal du XVIIIe siècle visible sur la carte de Cassini publiée par le Géoportail de l'IGN, traverse la localité de Saint-Père-à-Ville (Saint-Péraville auj.), le bois au Merle, la Garenne de Nièvre (un lieu de chasse au Moyen-Age), avant d'aboutir vers les bords de Loire à Saint-Lazare, aujourd'hui le faubourg de Mouesse, pour y traverser la modeste rivière Nièvre, qui donne son nom au département. De nos jours, la D978, qui passe, elle, par Forge, franchit cette même rivière sur un pont de 1836 (Wiki 58). Le noyau original de Nevers, nous raconte Jean-Bernard Charrier dans l'article Chronique bourguignonne. L'agglomération nivernaise : chances et problèmes d'une ville moyenne, «est un site défensif, une butte contrôlant le confluent Nièvre-Loire, et commandant le passage du fleuve. (...) A l'époque gallo-romaine, Nevirnum apparaît comme un centre de passage et d'échanges, il s'y ajoute une fonction religieuse avec la création d'un évêché sous Clovis». Sous l'Ancien Régime, écrit le site nevers.fr, la cité est alors «une petite capitale régionale, prospère grâce à la faïence -cependant concurrencée par la porcelaine anglaise à partir de 1786- et au commerce. Le négoce, en particulier le trafic du bois et du fer, est en effet stimulé par l'ouverture du canal de Briare et l'affirmation de l'axe routier Paris-Lyon par le Bourbonnais». A Nevers, en effet, nous rencontrons la mythique «route bleue», la R.N.7 historique qui va nous emmener jusqu’aux rivages méditerranéens… Mais pas que…

R.N.79: LES CHAROLAISES ET LES JURASSIENNES
En 1959, la nationale 79 nous conduit de Nevers à La Cluse dans le département de l’Ain (monts du Jura). Des paysages plein la vue! (lire)

R.N.77: AUBE SUR LOIRE...
La route nationale Sedan-Nevers traverse une grande partie de l'est de la France. Ardennes, Champagne, Bourgogne... Un trio de régions pour une superbe promenade! (lire)

R.N.7: LES MILLE BORNES
La N7 est sans doute la plus connue de nos nationales historiques. Voilà la plus sympathique des balades vers la Côte... (lire)

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Marc Verney
, Sur ma route, octobre 2016