A l'est de Lons-le-Saunier, on voit bien le trait noir de la R.N.471 au départ du chef-lieu départemental sur la table d'orientation émaillée de la Croix-Rochette, à Saint-Maur (photo: MV, juillet 2011).
AVERTISSEMENT: les photos et dessins de ce site sont soumis au droit d'auteur. Pour toute autre utilisation, contacter l'auteur de Sur ma route. Merci de votre compréhension...
Ancienne chaussée de la R.N.471 sur la côte de l'Heute (photo: MV, juillet 2018).

Villes et villages traversés par la RN471 (1959):
Brienne, près Cuisery (N75)
Jouvençon
Rancy
Bantanges
Sornay
Louhans (N78, N396)
Ratte
Beaurepaire-en-Bresse
Courlaoux
Courlans
Montmorot
Lons-le-Saunier (N78, N83)
Pannessières
Crançot
Mirebel
Pont-du-Navoy
Ney
Champagnole (N5)
Equevillon
Charbonny
Onglières
Esserval-Tartre
Frasne
Dompierre-les-Tilleuls
Bulle
Chaffois (N72)
Houtaud
Pontarlier (N67, N437)

Sources et documents: Atlas des grandes routes de France, Michelin (1959); carte n°70 Beaune-Evian, Michelin (1948); Annales des Ponts et Chaussées, A. Dumas (1845); Annales des Ponts et Chaussées. lois, ordonnances et autres actes concernant l'administration des Ponts et Chaussées, Carilian-Goeury (1847); Annuaire historique et statistique du département de Saône-et-Loire, chez Dejussieu, imprimeur-libraire (1829); Bulletin des lois de la République française, imprimerie nationale des lois (1843); Bulletin des lois de la République française, impr. nationale des lois (1860); Champagnole, Michel Chevalier et Pierre Charpentier, Annales littéraires de l'université de Besançon, Les Belles Lettres (1960); Champagnole, la Ressource, Charles Thevenin, Campanola Encyclopediae (tome 7), association Champagnole, culture et mémoire (2018); Champagnole, quartier du Parc, Charles Thevenin, Campanola Encyclopediae (tome 5), association Champagnole, culture et mémoire (2012); Dictionnaire géographique, historique et statistiques des communes de la Franche-Comté, Alphonse Rousset, Bintot imprimeur-libraire (1854); Enquête sur le Jura depuis cent ans, Société d'émulation du Jura, ouvrage publié avec le concours du Conseil général du Jura, impr. M. Declume (1953); Guide Bleu Bourgogne-Lyonnais, Hachette (1965); Guide Vert Jura, Michelin (1957); «L’eau a coulé sous les ponts», Guillaume Badet, le Journal de Saône-et-Loire (7 avril 2013); Nivellements de la grande Saône de 1835 à 1867, Jean-Claude Mallard, Presses universitaires Lyon (2004); «Tournus, étude urbaine», Melle Ch. Sardy, dans Les Études rhodaniennes (1935); «Un début de vingtième siècle prospère pour la commune de Brienne», Régis Gaillard, agri71.fr (5 mars 2018); Un petit coin de la Bourgogne à travers les âges, Lucien Guillemaut, impr. de A. Romand (1896-1903); archeojurasites.org; canaux.region-bourgogne.fr; cuisery.fr; memoire.de-tournus.com; montagnes-du-jura.fr; Géoportail de l’IGN; Wikipédia; Wikisara.
Panneau touristique du belvédère de Bénédegand à Ney. La vue y est particulièrement jolie sur Champagnole et ses environs (photo: MV, avril 2008).
Panneaux contemporains de la départementale 471 à Equevillon (photo: MV, juillet 2018).
A VOIR, A FAIRE
Tournus: l’abbaye Saint-Philibert, qui fait partie des premières églises bâties au XIe siècle; l’hôtel-Dieu et le musée Greuze; belles promenades à faire dans le centre ancien (anciennes demeures). A faire absolument lorsque l’on visite la régionl: le circuit des églises romanes.
Cuisery: le Village du Livre (marché mensuel), le centre Eden (découverte des paysages bourguignons). A quelques kilomètres: le village médiéval de Romenay et la ferme du Champ bressan (écomusée).
Louhans: la plus longue rue à arcades de France… Le musée de l’Imprimerie et le musée municipal.
Lons-le-Saunier: la rue du Commerce et ses 146 arcades, la place de la Liberté, cœur de la ville, la maison de la Vache qui Rit, le puit salé, les thermes… l’office du tourisme propose aux visiteurs un circuit permettant de découvrir les points les plus intéressants de Lons.
Crançot: belvédère. Panorama époustouflant sur la reculée de Baume. Au fond, le village de Baume-les-Messieurs et les grottes (visite recommandée). Nombreuses excursions pédestres.
Mirebel: ruines du château défendant le passage de la côte de l’Heute (sentier balisé, panorama sur la combe d’Ain et le Haut-Jura).
Pont-du-Navoy: Au pied de la côte de l’Heute, le village n’est qu’à quelques kilomètres du domaine de Chalain (baignades, promenades).
Champagnole: si la ville elle-même ne possède pas réellement de monuments très anciens, il est agréable d’y faire étape et de baguenauder le long de la Grande-Rue (rue de la République). En été, on peut y visiter un sympathique Musée archéologique. Mais le plus intéressant, ce sont les multiples beautés naturelles de la région: lacs, cascades, rivières, grottes, forêts… Un rêve pour l’amateur de fraîcheur et de randonnées.
Equevillon: le départ de la magnifique route des Sapins se situe dans ce village. C’est aussi –en partie- l’ancien tracé de la route Châlon-la Suisse du XVIIIe siècle.
Charbonny: à droite de notre chemin, la cité médiévale de Nozeroy; la source de l’Ain et le val de Mièges (randonnées).
Censeau (le Magasin): à gauche de notre route, la somptueuse forêt de la Joux (randonnées).
Frasne: la tourbière (espace naturel aménagé)

Pontarlier: la porte Saint-Pierre, puis une promenade le long de la rue de la République et de ses nombreux commerces. Vous y constaterez que les Suisses sont nombreux à venir faire leur shopping en France voisine... Le musée municipal d'Art et d'Histoire, l'église Saint-Bénigne, la distillerie Guy, où l'on évoquera la grande époque de l'absinthe, la «fée verte», au début du XXe siècle. Il y avait quand même plus de vingt distilleries dans la région en 1905!! Un peu plus loin, on peut aller au défilé d'Entreportes (5 km au nord-est), une belle cluse aux pentes couvertes d'épicéas. On peut également monter (prudence) au Grand-Taureau (1322 m), le point culminant de la chaîne du Larmont: très beau panorama jusqu'aux Alpes bernoises (par temps clair). Vers la Suisse, l’impressionnant fort de Joux et la station de sports d’hiver de Métabief.
Vers Nozeroy, on trouve ces bornes kilométriques où se trouve signalée l'altitude de la chaussée (photo: MV, juillet 2009).
Aux lisières de la forêt de la Joux (photo: MV, avril 2008).
A 7 ou 8 km au nord de Chaffois, on trouve ce vieux panneau en béton bien rénové (photo: MV, juillet 2015).

Les belles routes du Jura...
R.N.471: UNE ROUTE JURASSIENNE...
Même si, à sa création dans les années trente, la route nationale 471 est définie comme une voie reliant Tournus à Pontarlier (source Wikipédia), le n°471 n'a été réellement attribué qu'à deux portions de bitume: de Cuisery (Brienne) à Louhans et de Lons-le-Saunier à Chaffois. Les jonctions se faisaient par la R.N.75 (Tournus-Cuisery), la R.N.78 (Louhans-Lons) et par la R.N.72 (Chaffois-Pontarlier). Une première promenade commentée avait été rédigée pour ce site en 2009. L’article de septembre 2018 comprend de nouvelles photos et de nouvelles informations glanées aux meilleures sources... Quelques merveilles à «chiper» aux alentours de cette R.N.471, déclassée en 1973: la reculée de Baume-les-Messieurs, Champagnole, la vallée de l'Ain et la région des lacs, la profonde forêt de la Joux, le bourg fortifié de Nozeroy... Pourquoi titrer cet article «Une route jurassienne»? Eh bien… voilà un itinéraire qui franchit, palier après palier, presque toutes les hauteurs de ce massif, fournissant au voyageur un aperçu quasiment complet des délicieux paysages de cette pittoresque montagne! Bonne route!

Traversée de l'Ain à Pont-du-Navoy. Le panneau métal ancien a été remplacé (photo: Marc Verney, novembre 2008). En cliquant sur l'image vous retrouvez la page index de ce site

Au départ de notre périple, la petite cité de Tournus, explique Ch. Sardy dans l’article «Tournus, étude urbaine», placée jadis «à la frontière du Royaume et de l'Empire, joue activement son rôle de ville d'échanges entre les produits de la Montagne et ceux de la Bresse». Toutefois, lors de ce Moyen Age tourmenté, il n'existe ici pas de pont sur la Saône. «On la traverse sur deux bacs, l'un fait le service des piétons, l'autre celui des voitures». Mais, raconte encore Ch. Sardy, tout cesse lorsque arrive le moment des grandes eaux... Plus tard, lorsque la Bresse rejoint le royaume de France au début du XVIIe siècle, la cité perd son rôle de ville-frontière. L’absence d’un franchissement de la Saône rend encore la vie économique plus difficile. Du coup, précise Ch. Sardy, les habitants adressent en 1676 une requête à Louis XIV pour l’édification d’un pont. Un chantier différé jusqu’en 1797… Il faudra attendre le début du XIXe siècle pour pouvoir traverser ici la Saône à pied sec! Un article du Journal de Saône-et-Loire évoque plusieurs ponts se succédant à cet emplacement, victimes des guerres et de l’usure… Ainsi, écrit le JSL, l’ouvrage de maçonnerie, achevé en 1870, sautera en 1944 peu avant la libération de la cité, remplacé par «un pont suspendu métallique, avant l’édification de la structure actuelle, en 1989». Plus en aval, le «pont Sud» permettra à la R.N.75 de traverser la Saône dès les années cinquante et ce, jusqu’à la D975 d’aujourd’hui, indique memoire.de-tournus.com.

Table d'orientation de la Croix-Rochette située non loin de Lons-le-Saunier. Etablie en 1911, et rénovée depuis, on y voit toutes les routes nationales de la région, y compris la R.N.471 sur sa section Tournus-Louhans et au-delà de Lons-le-Saunier (photo: MV, juillet 2011).

Passée la Saône, l’ancienne chaussée du XIXe (D37 aujourd’hui) se dirigeait vers Lacrost en suivant une levée rehaussée au milieu de ce siècle (Wikisara). Là, cette ancienne voie rejoint la R.N.75 historique qui part en droite ligne en direction de Cuisery où se situe l’entame «officielle» de la R.N.471… A 6 km seulement, voici le bourg de Cuisery, perché sur sa butte. L’histoire connue des lieux, écrit le site cuisery.fr, «débute au XIe siècle. Les sires de Bagé –de puissants seigneurs– créent une châtellenie dont dépendaient 32 villages alentours». Savoyarde, puis possédée à partir de 1289 par les ducs de Bourgogne, Cuisery, indique encore le site internet municipal, «est alors fortifiée, des échauguettes, trois poternes et un château fort flanqué de quatre grosses tours complètent sa protection». Plusieurs fois assiégée, saccagée, détruite, cette petite cité, française en 1477, dominant la rive droite de la Seille abrite l’église Notre-Dame, qui renferme d’intéressantes œuvres d’art, raconte le Guide Bleu Bourgogne-Lyonnais (1965). Au XIXe siècle, la route principale suivait la Grand-Rue avant de descendre vers la Seille en suivant la rue Bas-du-Pavé. Un nouveau cheminement utilisant la «route de Bourg-en-Bresse» existe dès les années cinquante, constate-t-on sur la carte d’état-major de cette époque publiée par le Géoportail de l’IGN.Un peu plus bas, voilà le pont sur la Seille qui permet d’aller vers la commune de Brienne. Celui-ci, achevé en 1787, d’après Jean-Claude Mallard, fut détruit par les Allemands durant la Seconde Guerre mondiale. Seul un bac a permis de traverser la Seille et ce, «durant plusieurs années», écrit Régis Gaillard dans l'article «Un début de vingtième siècle prospère pour la commune de Brienne» (agri71.fr). C'est là, au «carrefour du Guidon» dans le Bas-de-Brienne avec la R.N.75 (déclassée en D975) que commence réellement notre ancienne R.N.471 (auj. D971).

R.N.75: LA "GRIMPEE" DES ALPES
C'était, dans les années soixante, la route des Parisiens se précipitant dès les premières neiges à l'assaut des stations de ski des Alpes... (lire)

A ce carrefour d’importance, se trouve une rareté: une borne-colonne routière du XVIIIe siècle installée là par les Etats de Bourgogne. La R.N.471 historique (ancienne route départementale n°2 de Saône-et-Loire) prend, dès lors, la direction de Louhans, qui se trouve à 21 km de là. Jusqu’à cette petite cité bressane, la chaussée d’aujourd’hui suit avec une grande fidélité les voies du XVIIIe et du XIXe. L'Annuaire historique et statistique du département de Saône-et-Loire (1829) évoque la difficulté de concevoir des routes viables dans la Bresse: «La nature du sol à la fois argileux et sablonneux ne permet de rendre les routes du Louhannais viables qu'à la faveur d'empierrements que le grand éloignement des matériaux, la difficulté et la cherté des transports rendent incomplets sur beaucoup de points». On ne peut pas dire que la Bresse soit une région à découvrir du premier coup d'oeil... Les lignes droites se succèdent, rasant le flanc de minuscules collines où s'agrippent les fermes du cru, bâties perpendiculairement à la route, toutes dotées de cet auvent caractéristique, d'où pendent les épis de maïs. Tout proche du bâtiment, Il y a le puit qui alimente le paysan en eau. Plus loin, un élevage de volailles, et ses gallinacés s'ébattant en plein champs... On ne suit la Seille canalisée que de loin. Et c’est bien dommage, car ce projet de 39 km, entre Louhans et La Truchère, approuvé en 1784 et amorcé par l’ingénieur Émiland-Marie Gauthey en 1793 (l’ensemble est quasiment terminé en 1818), revient sur une réalisation des moines de l’abbaye de Tournus au XIe siècle, qui, indique le site canaux.region-bourgogne.fr, installent «un port à Louhans, possédant ainsi un relais sur la route du sel menant des salines de Lons-le-Saunier (Jura) à la vallée de la Saône». On passe les villages de Jouvençon, Rancy, Bantanges et Sornay. L'arrivée sur Louhans-Châteaurenaud par la route de Sornay marque la fin de la partie «bressane» de la R.N.471 historique. Afin d’atteindre le centre-ville, il faut emprunter le pont sur le Solnan (1762). Auparavant, on y trouvait un ouvrage en bois coupé d’un pont-levis (Un petit coin de la Bourgogne à travers les âges). La petite cité, «site remarquable du goût» est connue pour son imposant marché aux volailles (la poularde de Bresse) et sa Grande-Rue avec ses 157 arcades...

R.N.396: DELICES DE BOURGOGNE...
Voilà une route qui vous surprendra! Une vraie promenade de plus de 300 km sur un axe qui mérite le label "route buissonnière" (lire)

R.N.78: LE JURA PAR LE MORVAN
La RN78 de 1959 relie Nevers à St-Laurent en Grandvaux en passant par le Morvan et les beaux vignobles de Bourgogne. Une route pleine d'histoires à suivre ici (lire)

Pour atteindre Lons-le-Saunier, il nous faut désormais emprunter la R.N.78 historique sur 27 km. Un axe qui était déjà une voie importante au Moyen-Age, signale l’ouvrage Enquête sur le Jura depuis cent ans. Nous entrons dans le département du Jura peu après Beaurepaire-en-Bresse. L'arrivée sur Lons-le-Saunier par Montmorot est assez peu inspirante: entreprises, grandes surfaces, se conjuguent pour assoupir l'oeil... La préfecture du Jura est nettement plus riante en son centre-ville, entre théâtre, place de la Liberté et rue du Commerce... La cité est également un grand carrefour routier puisque c'est là que nous croisons les flux de circulation touristique importants qui empruntent encore aujourd'hui la R.N.83 Strasbourg-Lyon (déclassée). Historiquement, le sel va constituer la première richesse de Lons-le-Saunier au Moyen-Age. L'exploitation du puit salé durera jusqu'en 1317. L'activité de foires et marchés prendra ensuite le relais. Profitant de sa situation idéale, Lons attire les artisans du Haut-Jura et les paysans de la plaine... Après bien des déboires (un incendie en 1536, la guerre de Dix ans en 1637) la ville renaît au XVIIIe siècle sous l'impulsion du royaume de France. L'exploitation du sel est relancée, et, en 1849, on construit même un établissement thermal. Entre-temps, et au grand désespoir de Dole, qui est pourtant la capitale historique régionale, Lons est choisie en 1789 pour être le nouveau chef-lieu du département du Jura.

STRASBOURG, LYON, PAR LA R.N.83
Voilà une route qui sillonne l'Est de la France à flanc de collines: Jura, Doubs, Vosges... On n'oubliera pas non plus les vignobles qui s'étalent de part et d'autre du bitume... Une route de gourmet? (lire)

Dès la sortie de Lons-le-Saunier, les paysages se font plus vastes. A gauche de l'image, le château du Pin (photo: MV, avril 2006).
L'arrivée à Pannessières (photo: MV, juillet 2018).

En direction de Champagnole, l’ancienne chaussée des XVIIIe et XIXe siècles, constate-t-on sur le Géoportail de l’IGN, quittait Lons par la rue Marcel-Paul, passait à droite du Puits-Salé pour emprunter l’actuelle avenue Pierre-Mendès-France. Puis c’était la rue du Château-d’Eau, la rue du Levant… où la voie se perd dans l’actuelle zone industrielle pour réapparaître plus loin sous le nom «Au Treuille» puis «chemin des Grandes-Vignes» en direction de Pannessières. Mais l’ancienne voie ne passait pas non plus par l’itinéraire actuel qui tronçonne ce village jusqu’au large virage contournant la Chaumette. On voit sur les cartes publiées par l’IGN que la montée vers Crançot passait au-dessus des maisons de Pannessières en suivant le chemin de la Chaumette. Plus loin, l’actuelle D471 passe bien à droite de l’ancienne chaussée qui file droit à travers le bois de Rosnay pour retrouver le tracé contemporain peu avant Crançot, au lieu-dit Sur-Roche, à deux pas de la fabuleuse reculée de Baume-les-Messieurs (panorama). En 1844, une ordonnance royale permet de lancer l’adjudication des travaux de la rectification de la rampe de Pannessières: «Ces travaux seront exécutés moyennant la concession d’un péage et l’allocation d’une subvention de 110.000 francs, dont 68.000 francs sur les fonds du budget du département et 42.000 francs sur les fonds de l’Etat» lit-on dans les Annales des Ponts et Chaussées. Le tracé de la rectification est publié dans le Bulletin des lois de la République française: «La route départementale du Jura n°2, de Chalon-sur-Saône en Suisse, sera rectifiée entre Lons-le-Saulnier et Crançot suivant un nouveau tracé qui empruntera la route royale n°78, dans la traverse et à la sortie de Lons-le-Saulnier, se développera sur le coteau entre Perrigny et Pannessière, et viendra se rattacher à la route actuelle vers l’entrepôt de Crançot».

En haut, la formidable reculée de Baume-les-Messieurs. En bas, rectification de la R.N.471 vers Crançot (photos: MV, juillet 2002 et avril 2006).

VISITER LA ROUTE DES RECULEES
C'est un des plus beaux itinéraires jurassiens, emblématique de ces montagnes travaillées par le ruissellement des eaux... (lire)

Une forêt de sapins enrobe l'arrivée de la R.N.471 historique sur le premier plateau. A droite, la départementale 39 part vers Vevy et Châtillon pour irriguer la jolie région des lacs... Après deux virages rectifiés, voici que s'annonce le belvédère de Crançot, sur la gauche. La vue est tout simplement prodigieuse sur le cirque de Baume-les-Messieurs. Cette immense tranchée, creusée par le patient ruissellement des eaux et l’effondrement des roches est l'une des merveilles de ces montagnes. Les courageux emprunteront les vertigineuses «échelles» de Crançot sculptées dans le roc pour atteindre le fond de la reculée et visiter les grottes... Le village du même nom est connu pour sa pierre: des carrières y ont fonctionné jusqu’au milieu du XXe siècle, indique le Dictionnaire géographique, historique et statistiques des communes de la Franche-Comté. De Crançot à Mirebel, il y a 5 kilomètres. Le macadam virevolte au coeur des bois du premier plateau, étage initial et peu élevé (500 m) des monts jurassiens. L’itinéraire n’a que peu changé au fil du temps. C'est une région douce à vivre, à l'image des paisibles vaches montbéliardes qui paissent tranquillement dans les prés entourés de haies avant de retourner à l'étable pour la traite du soir... On y trouve plusieurs villages au charme discret: Verges (château), Bonnefontaine, La Marre, Fay-en-Montagne...A Mirebel, ancien bourg fortifié couronné d’un château aujourd’hui ruiné, le passage de la côte de l’Heute entre le premier plateau et la combe d’Ain se fait depuis des temps immémoriaux. Un historien, A. Meyer, dont l’étude est mentionnée par le site archeojurasites.org, parle de l’amiral de France Jean de Vienne (également cité par A. Rousset dans le Dictionnaire), qui, au XIVe siècle déjà, fait aménager les lieux afin de les rendre carrossables. Un tracé qui sera repris quelques siècles plus tard au milieu du XVIIIe par l’ingénieur Jean Querret pour réaliser la voie de Lons à Champagnole.

Rectification à Mirebel (photo: MV, juillet 2018).

La route regarde maintenant vers la vallée de l'Ain. Cette rivière, sauvage et peu accessible est un des joyaux de cette région, constellée par le bleu d'une ribambelle de lacs aux différences nettement affirmées. De l'immense et accueillant lac de Chalain, cerclé de falaises, au discret lac du Vernois, perdu au fond des bois, la région des lacs se découvre en toutes saisons... Pour ma part, j'aime à y être à l'automne, lorsque le vent se fait un peu rauque, et que glissent sur les feuilles d'or les premières gouttes d'une averse subite, loin des touristes venus d’Europe du nord qui envahissent la région aux beaux jours. Dans cette descente vers Pont-du-Navoy, la voie, quasi rectiligne, a été lourdement rectifiée dans la deuxième partie du XXe siècle. A Pont-du-Navoy, carrefour de voies antiques, on traverse l'Ain sur un pont si vieux et si étroit qu'il faut bien lever le nez du volant pour croiser les voitures venant en face. Et je ne parle pas des poids lourds...  Dans son Dictionnaire jurassien, Alphonse Rousset cite deux voies romaines venant de la ville d’Antre vers Moirans (rive droite et rive gauche de l’Ain) se rejoignant à Pont-du-Navoy pour prendre la direction de Poligny. La carte de l’IGN montre effectivement une chaussée «romaine» grimpant la côte de l’Heute et croisant les bourgs de Picareau et du Fied vers Barretaine et Poligny… Pour Alphonse Rousset, on ne trouve cependant aucune mention moyenâgeuse du lieu avant le XIIIe siècle. Son explication: la sanglante bataille entre peuples romains et envahisseurs germaniques qui «convertit la combe d’Ain en un immense sépulcre»… Quant au pont, archeojurasites.org le fait remonter au XVIIIe siècle, à l’époque des travaux de l’ingénieur Querret. Il y aurait eu une barque auparavant pour traverser les eaux… D’où le nom «Navoy».

La vallée de l'Ain (photo: MV, avril 2006).

La route escalade dès lors la combe Robert pour se présenter face à la Grande-Plaine-Millerie. A notre droite se trouve le village de Monnet-la-Ville, qui fut dominé par un château-fort, pendant de celui de Mirebel. Arrivée au lieu-dit les Maisons-du-Bois, la chaussée fait face au redoutable passage des «Monts-Barrés». L’Ain creuse ici un étroit passage entre deux monts aux pentes abruptes. Difficile pour une route de s’y frayer un passage… Un défi qu’a su relever l’ingénieur Querret au milieu du XVIIIe siècle qui a viabilisé la chaussée entre Pont-du-Navoy et Ney. Aujourd’hui, les virages sont adoucis, le creux du pont Barrey sur le bief de la Reculée est plus facile à négocier… Mais des souvenirs personnels des années 70 (j’avais 13-14 ans…) m’évoquent une vallée froide, loin du soleil… Une route pas facile, au bitume matraqué par le gel, la neige et la pluie! Finalement, au bout de la plaine des Champs-de-la-Pèle se trouve le village de Ney blotti au pied de la colline de Bénédegand (belvédère). L’accès à Champagnole est aisé: une longue ligne droite fait déboucher la R.N.471 historique au lieu-dit Sur-les-Moutoux, où passait l’odieuse ligne de démarcation durant la Deuxième Guerre mondiale. A Champagnole, c’est la rue Progin qui nous emmène au célèbre carrefour de l’Hôtel-du-Parc, d’où part sur la droite, la rue du Jura (devenue Paul-Cretin) qui a longtemps été la R.N.5 de Paris à Genève, la «route blanche», emblème de ce site Sur ma route. La rue Progin, appelée «rue de Châlon» en 1821, signale l’ouvrage Champagnole, quartier du Parc de Charles Thevenin, «fut urbanisée précocement puisqu’elle reçu rigole et trottoir en 1868». Plus bas, au niveau du carrefour, on y trouvait le relais des diligence et des hôtelleries qui allaient fonctionner avec un grand succès jusqu’à l’arrivée du train en 1867, un événement qui allait bouleverser pour toujours l’histoire des transports dans le Jura.

Depuis Ney, on voit bien le mont Rivel, qui domine Champagnole (photo: MV, juillet 2018).

R.N.5: LA ROUTE BLANCHE
La N5 Paris-Genève-St-Gingolph a quasiment disparu à la suite du vaste déclassement des routes nationales en 2006. Seule reste en 2009 la portion Poligny-La Cure... (lire)

A Champagnole, R.N.5 et R.N.471 historiques traversent l'Ain sur le pont Neuf (photo: MV, juillet 2018).

Champagnole, gros bourg commerçant «coeur de Jura» est une bonne étape pour sillonner la région, et, l'été venu, sa rue principale retentit des langues des vingt-sept pays de l'Union européenne avec cependant une nette prédilection pour le hollandais... La région est habitée par les Gallo-Romains, mais ceux-ci choisissent de s'établir sur le mont Rivel (803 m). La ville actuelle est apparue au XVIe siècle. De nombreux incendies (le dernier en 1798) ont hélas ravagé la cité qui ne conserve que peu de traces de son passé. «Les traits modernes de la vie de Champagnole apparaissent aux XVIIIe et XIXe siècles avec le développement des voies de communication et avec l’apparition de la grande industrie», écrivent Michel Chevalier et Pierre Charpentier dans l’ouvrage Champagnole. En effet, racontent-ils, «des routes royales succèdent aux vieux itinéraires monastiques et aux "chemins saulnots". La principale est la route du sud qui deviendra la route Paris-Genève. (…) recoupée à Champagnole par une route moins importante remontant également au XVIIIe siècle, celle de Chalon à Lons, Pontarlier et à la Suisse». Ainsi, à la fin de l’Ancien Régime, «avec ses scieries, ses tanneries, ses forges, ses multiples artisans», la ville se présente «comme un centre industriel actif». Emblème de cet essor, le Lyonnais Abraham Muller, qui acquiert en 1782, à la Serve, dans un méandre de l’Ain, une forge qui ne cessera de s’agrandir jusqu’au milieu du XXe siècle. En 1958, les industries locales employaient 1500 salariés répartis sur 25 sites ayant une certaine importance…

RATTRAPER LA ROUTE DU COMTE
Depuis Poligny, on peut remonter sur le premier plateau jurassien pour suivre la route du Comté, vers le nord ou vers le sud... (lire)

La traversée de l’Ain se fait sur l’ouvrage supportant la «route blanche»; c’est aujourd’hui le pont Neuf, construit en 1841. Cet ouvrage a été précédé par le pont de l’Epée, «cité pour la première fois dans un document de 1344», dit le livre Champagnole, quartier du Parc. Les deux ponts cohabitent toujours, à quelques mètres de distance pour un joli coup d’œil sur cette partie de l’Ain. Ancienne «route blanche» et «route de Chalon à la Suisse» contournent alors le parc de Belle-Frise pour arriver à la hauteur de l’avenue de la République où l’on oblique vers la gauche. Au rond-point, notre itinéraire va s’orienter vers la rue Clémenceau, axe majeur du quartier de la Ressource. Dans l’ouvrage Champagnole, la Ressource de Charles Thevenin on apprend que, dans la première moitié du XIXe siècle, la chaussée de Pontarlier, à la sortie du pont de l’Epée, grimpait directement des bords de l’Ain en direction d’Equevillon en longeant un magasin à sel ouvert en 1749, l’une des étapes d’un chemin du sel allant de Montmorot à la Suisse. Large de 14 m en suivant les mesures de l’alignement de 1849, la rue s’étire en direction du petit pont sur la Londaine, franchissant la voie ferrée à voie unique desservant Morez. La carte IGN des années trente publiée sur le site Géoportail montre le peu d’habitations que l’on trouve à l’époque sur cette portion de route… En 1968, l’emplacement d’une ancienne scierie sert à l’installation du premier supermarché Suma de la ville… Il y en aura bien d’autres… faisant aujourd’hui de Champagnole l’une des villes les plus densément dotées en grandes surfaces… On quitte la ville par la route de Pontarlier qui grimpe en direction d’Equevillon.

A Equevillon, l'ancienne montée de la route de Châlon à la Suisse vers Pontarlier commence ici (photo: MV, juillet 2018).
La cluse d'Entreportes (photo: MV, juillet 2017).

VISITER LA ROUTE DES SAPINS
Le site Sur ma route va se mettre au vert dans l’une des plus jolies forêts du Jura, non loin de Champagnole, juste à côté de la route blanche Paris-Genève... (lire)

C’est à partir du village d’Equevillon que nous allons évoquer l’une des plus vastes rectifications de la «route de Chalon à la Suisse». Sur quasiment 10 km, le tracé de la chaussée va éviter la terrible montée de la Fresse en pleine forêt (impraticable en hiver) pour emprunter la cluse d’Entreportes et remonter la combe du bief de Pauly jusqu’aux villages de Charbonny et d’Onglières où l’on retrouve l’ancien tracé du XVIIIe siècle (D21e). Le projet, voit-on sur le site jeanmichel.guyon.free.fr est approuvé en mars 1839. En juin 1844, une ordonnance royale autorise la perception d’un péage sur cette rectification pour une durée de 38 ans. Une entreprise adjugée le 26 août 1845 par le préfet du Jura aux sieurs Renaud, Dalloz et Gresset (Annales des Ponts et Chaussées)… Plus tard, Napoléon III réduira la durée de ce péage et signera le décret impérial faisant s’achever les prélèvements au 31 décembre 1869. Sur la droite de notre chemin, voilà Nozeroy, village comtois de caractère, chef-lieu du val de Mièges, qui domine les sources de l'Ain de ses murailles -en partie- préservées. «Le château autour duquel s’est blotti la cité, raconte le Guide Vert Jura, a été construit par Jean l’Antique (1190-1267), le plus célèbre des Chalon». Cette famille, qui a eu une histoire très agitée, a possédé de très nombreux fiefs dans la Comté. Puis, au XVIe siècle, «les biens des Chalon passent alors dans la famille d’Orange-Nassau qui est leur alliée»… «Par sa position géographique, la cité contrôlait autrefois les routes d’accès vers la Suisse et l’exploitation du sel», souligne encore le site montagnes-du-jura.fr. La route file droit, désormais, et longe Plénisette, puis Plénise. Voilà ensuite, face à nous, le Magasin de Censeau. C’était justement l’un des lieux importants du commerce du sel dans la région: «Venant de Montmorot, les bosses de sel (très prisées en Suisse pour la fabrication du gruyère) transportées par les bœufs, étaient déchargées aux entrepôts réservés à cet effet», écrit le site routedescommunes.com. «D’autre part, dit encore ce site, Censeau, traversé par deux axes importants de communication a toujours vu passer la cohorte de ceux qui empruntaient ces routes. Pendant des générations, c’est au "Magasin" que l’on changea les chevaux qui tiraient les lourdes diligences assurant le trafic entre Champagnole et Pontarlier, et entre Salins-les-Bains et la Suisse, le "Magasin" connaissait une activité intense».

Vers Censeau, la chaussée se trouve à une altitude d'environ 800 m (photo: MV, juillet 2017).
Ancienne plaque routière à Frasne (photo: Marc Verney, juillet 2006).
Vers le village de Bulle (photo: Marc Verney, juillet 2017).

Nous voilà sur un vaste plateau bordé, à gauche par la forêt de la Joux et à droite par un des plissements jurassiens. On entre dans le département du Doubs peu avant Frasne. Le nom de ce village apparaît en 1090. La maison de Chalon y avait établi un droit de péage sur les marchandises (Wikipédia). Le bourg a vécu l’épopée du chemin de fer… On y trouve encore aujourd’hui au XXIe siècle une gare internationale par où s’écoule un trafic de TGV empruntant une ligne jusqu’à Vallorbe en Suisse (espérons que cela va durer!). Celle-ci, inaugurée en 1915, aura vu passer durant des années le célébrissime train «Orient Express» cher à Agatha Christie… Passée la «bosse» du pont surplombant la voie ferrée on reprend la route en quasi ligne droite. Il reste 19 km à faire jusqu'à Pontarlier. Ici, les cartes publiées par le Géoportail de l’IGN, Cassini (XVIIIe) et d’état-major (XIXe) mentionnent toutes une chaussée qui semble exister depuis longtemps. A 2,5 km, voilà Dompierre-les-Tilleuls, dont les origines remontent au Xe siècle, puis Bulle, qui, au XVIIe siècle, faisait partie de la châtellenie de Pontarlier dont nous sommes désormais tout proches. Le cœur de Chaffois est contourné par le sud. On note ici, bien répertorié sur la carte de Cassini, l’existence d’un «cabaret» situé juste à l’embranchement avec la route de Levier et Salins. Voilà, là bas au loin, lovée aux pieds du Larmont, la ville de Pontarlier qui s'annonce et que nous atteignons avec la R.N.72 (D72). C'est la fin de l'itinéraire suivi par la R.N.471 (auj. D471). Nous aurons parcouru 124 km depuis Tournus.

Les dermiers hectomètres de la R.N.471 vers Chaffois (photo: Marc Verney, juillet 2015).
A gauche, belle publicité peinte pour le comté sur la RN471; à droite, la porte Saint-Pierre à Pontarlier (photos: MV, juillet 2006 et juillet 2009).

Marc Verney, Sur ma route, septembre 2018

RN67: L'ABSINTHE NOUS FAIT CHOCOLAT!
C'est une route qui a le goût de l'histoire... et des bonnes choses!! Entre les foires de Champagne et les monts jurassiens, quelques centaines de kilomètres charmants et à avaler avec joie et passion... (lire)

R.N.72, DU SEL DANS LES SAPINS!
La nationale 72 de 1959 est un vrai dépliant touristique qui prend naissance dans le val d'Amour en passant par Mouchard, Salins-les-Bains, Levier... (lire)

RN437: LA-HAUT SUR LA MONTAGNE
La R.N.437 historique relie Belfort à Saint–Claude en traversant le Haut-Doubs et le Haut-Jura... Les beaux paysages y sont légion (lire)

Retour à l'index général (cliquez ici)