Ce panneau Michelin très abîmé est l'une des dernières traces de la R.N.437, ou plus précisément ici de la R.N.437a qui se dirigeait vers Goumois (photo: MV, septembre 2012).
Ancienne plaque Michelin dans la région de Damprichard. Les routes autour de Goumois offrent de biens beaux panoramas sur la campagne du Haut-Doubs (photo: MV, septembre 2012).
Du Territoire-de-Belfort, la R.N.437 historique passe dans le département du Doubs (photo: MV, octobre 2018).

Quelques mots sur la documentation utilisée: Atlas des grandes routes de France, Michelin (1959); carte n°21 Bâle-St-Gall, Michelin (1955); carte n°66 Dijon-Mulhouse, Michelin (1967); carte n°92 Pontarlier-Grenoble, Michelin (1955); Annales des ponts et chaussées: mémoires et documents relatifs à l'art des constructions et au service de l'ingénieur, Dalmont et Dunod éditeurs (1860); Annuaire statistique et historique du département du Doubs, A. Laurens (1837); Bulletin des lois de l'Empire français, Imprimerie nationale (1867); Foncine le Haut 1815-1980, Pierre Doudier, imprimeries des Presses Jurassiennes (1983); Guide Bleu Franche-Comté, Monts-Jura, Hachette (1961); Itinéraire descriptif et historique de la Suisse, du Jura français... Adolphe Joanne, Hachette et Cie (1857); Jura, Guide Vert Michelin (1964); La haute vallée du Doubs, Centre universitaire d'études régionales, université de Franche-Comté, Besançon (1981); Le département du Doubs depuis cent ans, extrait des Mémoires de la Société d'émulation du Doubs, imprimerie Jacques et Demontrond (1965); «Les voies métriques du Doubs et le groupe Laborie», Elie Mandrillon, demophile1.free.fr (août 2005-septembre 2011); Maîche et ses environs, M.F. Mariotte, éd. de 1930 (Rex Universus, 1992); Mémoires pour servir à l'histoire de la ville de Pontarlier, François Nicolas Eugène Droz, chez A. Faivre fils (1840); Monographie de Saint-Hippolyte sur le Doubs, Jean François Nicolas Richard, J. Jacquin (1856); Montagnes du Doubs de Morteau à Saint-Hippolyte, Jean-Michel Blanchot, éd. Alan Sutton (1999); «Peugeot: de l'éléphant au lion», V.S., La Dernière Heure (6 août 2006); Rapports et délibérations, conseil général du Doubs, impr. Millot frères et Cie (1864); Recherches historiques sur l'abbaye de Mont-Saint-Marie et ses possessions, Alexandre Barthelet, imprimerie d'Alfred Simon, (1858); Recherches historiques sur la ville, la principauté et la république de Mandeure, Eugène Augustin Bouchey, J. Jacquin (1862); amisdugrandvaux.com; art-et-histoire.com; jeanmichel.guyon.free.fr; lejurassique.com; mathay.fr; montbenoit.fr; patrimoine-pays-de-montbeliard.fr; patrimoine90.fr; pays-horloger.fr; racinescomtoises.net; risoux.clubffs.fr; sochaux.fr; tunnels-ferroviaires.org; ville-chatenois.com; ville.pdr.free.fr. ville-pontarlier.fr; Remerciements:les bibliothèques et médiathèques de Foncine-le-Haut, Maîche, Morteau, Mouthe, Pontarlier, CartoMundi, le Géoportail de l’IGN, Wikipédia, Wikisara.

Plaque Michelin à Mandeure. La R.N.437 historique va franchir à de nombreuses reprises cette jolie et tumultueuse rivière (photo: MV, octobre 2017).
Encore un pont sur le Doubs aux abords du bourg de Saint-Hippolyte. C'est ici que la rivière termine sa boucle aux alentours de la frontière suisse (photo: MV, octobre 2017).
Panneau indiquant la direction du saut du Doubs, un des lieux parmi les plus touristiques des montagnes jurassiennes (photo: MV, octobre 2017).
Aux alentours de la grotte de Remonot (photo: MV, août 2012).

Localités et lieux traversés par la N437 (1959):
Sevenans (commune)
Trétudans
Châtenois-les-Forges
Nommay
Vieux-Charmont
Sochaux
Exincourt
Audincourt
Beaulieu
Courcelles
Mandeure
Mathay
Pont-de-Roide (N73)
Noirefontaine
Saint-Hippolyte (N437C)
Maison-Rouge (N437B)
Les Bréseux
Maîche (N437A, N464))
Les Bichets
Frambouhans
Les Fontenelles
Le Russey
La Chenalotte
Noël-Cerneux
Les Fins (N461)
Morteau (N461)
Remonot
Ville-du-Pont
Montbenoît
Maison-du-Bois
Arçon
Pontarlier (N67, N72)
Oye-et-Pallet
Chaudron
Malbuisson
Labergement-Ste-Marie
Brey
Gellin
Sarrageois
Mouthe
Petite-Chaux
La Chaux-Neuve
Châtelblanc
Foncine-le-Haut
Foncine-le-Bas
Lac-des-Rouges-Truites
La Reculée
St-Laurent-en-Gdvaux (N5, N78)
Grande-Rivière
Château-des-Prés
La Rixouse
Valfin-les-Saint-Claude
Saint-Claude (N436)

Montbenoît et la "République du Saugeais" (photo: MV, juillet 2012).
De l'autre côté de la montagne, sur la D47, ce très rare panneau en béton (photo: MV, juillet 2009).
Belle vue sur le fort de Joux depuis la D437 (photo: MV, octobre 2016).
Limite départementale entre le Jura et le Doubs, après Châtelblanc (Photo: MV, juillet 2011).
Plaque de cocher sur la commune du Lac-des-Rouges-Truites (photo: MV, juillet 2017).
Panneaux de route forestière vers Château-des-Prés (photo: MV, juillet 2018).
A NOS LECTEURS: les photos, textes et dessins de ce site sont soumis au droit d'auteur. Pour toute autre utilisation, contacter l'auteur. Merci de votre compréhension...
Page de l'encyclopédie des routes Wikisara consacrée à la nationale 437 (lire)
La page de présentation de l'historique et de l'itinéraire de la nationale 437 dans l'encyclopédie en ligne Wikipédia (lire)

A VOIR, A FAIRE
Belfort (6 km au nord du début de la R.N.437 historique): l’office du tourisme propose de nombreux circuits de découverte de la ville. Les monuments et édifices notables sont nombreux: la porte de Brisach, la place d’Armes, la Grande-Rue, la place des Bourgeois et la halle aux grains… Lieux dédiés aux conflits vécus par la cité et ses habitants: le monument des Trois-Sièges, la statue Quand-Même, la Citadelle de Vauban et le Lion de Belfort (Bartholdi). Dans les environs: la tour de la Miotte.
Sochaux: le musée de l'Aventure Peugeot-Citroën-DS permet de suivre l'évolution de la marque depuis son lancement... des  les fameux moulins à café aux non moins célèbres moulins à poivre sans oublier tout l'outillage! Enfin, de nombreux véhicules, représentant l'intégralité de la production automobile de 1890 à nos jours, sont exposés sur 6000 m2.
Montbéliard (à 4 km à l’ouest de Sochaux): surnommée «la cité des Princes», la ville est fière du château des Ducs de Wurtemberg (musée) qui matérialise ici plusieurs siècles d’autorité germanique. A voir aussi, le musée d'art et d'histoire Beurnier-Rossel évoquant la vie au temps des Wurtemberg. Un intéressant parcours urbain part de l’office du tourisme.
Mandeure: un beau théâtre antique érigé dans la cité d'Epomanduodurum.
Pont-de-Roide: dominant la ville, les ouvrages fortifiés des Roches et du Lomont (panorama, promenades, réserve naturelle).
Saint-Hippolyte: site pittoresque (vallées du Doubs et du Dessoubre). A quelques kilomètres, Soulce-Cernay, et la grotte du château de la Roche, classé depuis 1912 (promenades). Vue sur Saint-Hippolyte depuis la chapelle Notre-Dame-du-Mont.
Les Bréseux: l'église Saint-Michel (XVIIIe) est un monument renommé pour ses vitraux originaux signés Alfred Manessier (1948).
Maîche: Nombreuses promenades et points de vue, au coteau Saint-Michel, au Faux-Verger (panorama) et à la roche du Buan (belvédère). Le château Montalembert, édifié par les Guyot de Malseigne  à partir de 1574, sert de cadre aux deux visites que le Général de Gaulle rendit à Maîche pendant la Seconde Guerre mondiale, en septembre et novembre 1944, où il rencontra le Premier ministre britannique Winston Churchill. Depuis Maîche, une route touristique permet d’accéder à la «corniche de Goumois» dominant le Doubs franco-suisse.
Le Russey: une visite de l'église Saint-Georges (XVIe siècle), fleuron du patrimoine comtois, au Bizot (à l'ouest du Russey) s'impose.
Morteau: non loin, à Villers-le-Lac, excursions en bateau sur le lac de Chaillexon et vers le Saut du Doubs. Le château Pertusier, construit en 1576, abrite le musée de l'Horlogerie.
Remonot: grotte-chapelle, grotte du Trésor, défilés du Coin-de-la-Roche et dEntre-Roches.
Montbenoît: abbaye et paysages du Haut-Jura (promenades).
Pontarlier: la porte Saint-Pierre, puis une promenade le long de la rue de la République et de ses nombreux commerces. Le musée municipal d'Art et d'Histoire, l'église Saint-Bénigne, la distillerie Guy et l'histoire de l'absinthe. Un peu plus loin, on peut aller au défilé d'Entreportes (5 km au nord-est), une belle cluse aux pentes couvertes d'épicéas. On peut également monter (prudence) au Grand-Taureau (1322 m), le point culminant de la chaîne du Larmont: très beau panorama jusqu'aux Alpes bernoises (par temps clair). Vers la Suisse, l’impressionnant fort de Joux et la station de sports d’hiver de Métabief.
Malbuisson: les lacs de Saint-Point et de Remoray (pêche, plaisance, baignades). Excursion à la source Bleue.
Labergement-Sainte-Marie: fabrique de cloches.
Mouthe: la source du Doubs (promenades).
Foncine-le-Haut: circuits de randonnées pédestres et VTT. Dont la promenade à la source de la Saine et la montée au belvédère du Bulay (table d’orientation).
Foncine-le-Bas: circuits de promenade (gorges de Malvaux, cascade du Bief-de-la-Ruine). Non loin, la commune des Planches-en-Montagne et les gorges de la Langouette (cascades).
Saint-Laurent-en-Grandvaux: le Monde du cirque, une des plus grandes maquettes de cirque d'Europe... Etonnant, en plein milieu du Jura! Encore un des hauts lieux de la randonnée: 150 km de sentiers balisés en été, pistes de ski de fond et de luge en hiver... A 6,5 km au sud par la D437, le lac de l’Abbaye.
Saint-Claude: la cathédrale Saint-Pierre, Saint-Paul et Saint-André, construite entre le XIVe et le XVIIIe siècle, la maison du Peuple, inaugurée en 1910, abritait une Bourse du Travail, le siège des syndicats, des coopératives de production et des mutuelles, une bibliothèque, un théâtre, un cinéma, un café, un restaurant... Le musée de l'Abbaye est lieu atypique, situé à l’emplacement exact de l’ancienne abbaye de Saint-Claude (XIe – XVIIIe siècle), dans un écrin de verdure, propose des expositions d’art moderne et contemporain. A voir aussi, le musée de la Pipe, du Diamant et du Lapidaire.

Ancienne plaque indicatrice à Chaux-des-Prés (photo: MV, mai 2014).
Anciens panneaux à Saint-Claude (photo: MV, novembre 2012).
Kilomètre zéro de la D437 à Saint-Claude (photo: MV,nov. 2012).

R.N.437A, B et C...
Notre route n°437 comportait trois annexes, toutes situées dans le Doubs. La première, la R.N.437A allait vers la Suisse depuis Maîche, via la corniche de Goumois. La deuxième, la R.N.437B reliait le lieu-dit Maison-Rouge à Goumois par Trévillers. Enfin, la troisième, la R.N.437C, allait de Saint-Hippolyte à Sainte-Ursanne (Suisse) en longeant le Doubs. Ces chaussées ont été toutes déclassées en 1973 (Wikisara).


Belles routes en France...
R.N.437: LA-HAUT SUR LA MONTAGNE!
La route nationale 437 reliait Belfort à Saint–Claude en traversant les régions montagneuses du Haut-Doubs et du Haut-Jura. Aujourd’hui totalement déclassé, cet itinéraire conserve cependant un intérêt économique et touristique majeur pour les zones concernées par son passage. Trois départements sont desservis par cet axe, fortement fréquenté dans sa partie nord, plus tranquille dans sa partie sud: le Territoire-de-Belfort, le Doubs, le Jura. L’auteur du site Sur ma route y a passé de biens jolis et nombreux moments, été comme hiver, le long du défilé du Doubs, au cœur des brumes du vallon de Mouthe ou sur l’âpre plateau du Grandvaux...

La R.N.437 sur le territoire de la commune du Lac-des-Rouges-Truites (Photo: Marc Verney, juillet 2006). Pour retourner sur la page index, cliquez ici ou sur l'image.

Pour rattraper le vrai départ de la R.N.437 de 1959, il est nécessaire de quitter Belfort par le sud et la R.N.19 bis (D19) jusqu’au «carrefour des Œufs-Frais» à la hauteur de Sevenans. Cette chaussée est visible sur la carte de Cassini (XVIIIe) publiée sur le Géoportail de l’IGN. Difficile, par ici, de baguenauder à la recherche des fameux «œufs frais»… Déjà en 1961, le Guide Bleu Franche-Comté, Monts-Jura rapporte que «la route descend la vallée de la Savoureuse, très industrialisée»… De nos jours, les industries se voient supplantées par de vastes zones de chalandise, nouveaux empires de consommation… Je ne sais pas si on y a gagné! Peu après Trétudans, notre voie croise le canal de Montbéliard à la Haute-Saône, tentative inaboutie, fin XIXe siècle, de réaliser une grande voie d’eau contournant l’Alsace-Moselle, alors possession allemande depuis la guerre de 1870. Ici, signale le site patrimoine90.fr, Trétudans se trouve «sur une voie romaine qui se dirigeait vers Cernay (Haut-Rhin). Une autre route qui suivait le cours de la Savoureuse partait également» de là. Il s’agit-là d’un itinéraire très important, qui reliait Lugdunum au Rhin. Notre R.N.437 (ici D437) passe la Savoureuse et entre dans Châtenois-les-Forges. «Le premier écrit faisant mention de notre lieu remonte à 1098», dit le site ville-chatenois.com. En juin 1933, on choisit d'appeler la cité Châtenois-les-Forges. Il s'agit ici, explique encore ville-chatenois.com, de «rappeler l’importance historique de la métallurgie dans notre village qui repose sur la présence de fer dans certaines couches calcaires et argileuses de notre sous-sol. C’est à partir du XVIe siècle que le minerai de fer est exploité, la trace de nombreux puits dans le village et dans les bois atteste de l’importance de ce gisement. D’abord transporté à l’extérieur du village le fer sera finalement fondu dans un haut-fourneau local puis transformé dans une forge créée en 1860 mais qui cessera ses activités en 1964. L’élaboration de ressorts de haute technologie pour l’industrie automobile et les véhicules industriels ayant progressivement pris le relais». Juste après, la chaussée entre dans le Doubs.

Publicité pour une marque de carburant à Nommay (photo: Marc Verney, octobre 2017).

Nommay, qui était autrefois rattaché au comté de Montbéliard, est le premier village du Doubs que notre voie va traverser. Puis, Vieux-Charmont précède Sochaux, une ville-champignon qui s’étendra rapidement au début du XXe siècle, avec l’essor des automobiles Peugeot. La ville deviendra même l’un des plus grands sites industriels français, employant jusqu'à 40 000 salariés dans les années 1970 (Wikipédia)… Le carrefour du centre-ville, où s’embranche, vers le sud-est, la «route de Pontarlier», est, en tout cas, bien visible sur la carte de Cassini (XVIIIe) publiée par le Géoportail de l’IGN. Sochaux, alors modeste village de quelques centaines d’âmes, ne se développe que lentement à partir du XVIe siècle. «Petit à petit, nous raconte le site sochaux.fr, des routes reliant le village à la cité voisine de Montbéliard sont tracées, les champs marécageux sont assainis à l'aide de canaux, un pont sur l'Allan est bâti en dur, le canal du Rhône au Rhin est creusé (fini en 1832)»... Trois dates marquent le Sochaux industriel: 1841, c'est la fondation d’une brasserie, en 1903, naissent les automobiles Rossel et, en 1911, on construit l'usine Peugeot... On atteint maintenant Exincourt après avoir franchi le canal du Rhône au Rhin. Là encore, difficile de chercher des traces d’un quelconque passé routier au milieu des ronds-points et autres multivoies qui garnissent -jusqu’à l’excès- notre regard… A Audincourt, la route nationale 437 historique passait par le centre-ville en 1957 (c’est désormais la D437d). Malgré les destructions de la guerre de Trente Ans, indique audincourt.fr, «l’exploitation de la mine va jouer un rôle déterminant pour le développement du village. Les forges d’Audincourt sont créées en 1616 à partir d’un barrage sur le Doubs et d’un moulin à égruger à environ un kilomètre du village. Le Doubs, pour la force hydraulique, du bois pour chauffer, du minerai de fer à proximité font que la mine commence son activité rapidement. Incendiée en 1635 par les troupes de Charles de Lorraine, elle ne se relèvera qu’à la fin de la guerre en 1650». C’est également à Audincourt que s’installent, au début du XVIIIe siècle, des familles anabaptistes mennonites originaires de Suisse qui vont développer la race de vache à l’origine de notre montbéliarde actuelle… Oui, oui, celle du comté!!

Réplique d'une borne milliaire à Mandeure, ancienne cité gallo-romaine située sur la voie de Lugdunum au Rhin (photo: Marc Verney, octobre 2017).

La route n°437 va, dès lors, longer le Doubs jusqu’à Mandeure. Nous voici ici, entre Valentigney et Beaulieu, au cœur du patrimoine industriel français: au cours du XIXe siècle, la famille Peugeot possède plusieurs usines dans la région. A Beaulieu, en 1855, Peugeot édifie notamment une nouvelle usine pour la fabrication des crinolines. Plus tard, c'est là qu'est montée en 1890 la première automobile quadricycle à pétrole, équipée d'un moteur Daimler. Un peu plus loin, à Mandeure, l’existence des restes d’un vaste théâtre gallo-romain (IIe siècle) démontre l’importance de la présence humaine dans la région. A cet endroit, on laisse d’ailleurs partir vers l'ouest (Voujaucourt et Colombier-Fontaine) la grande voie romaine qui conduisait à Besançon (Vesontio). Mandeure fut rattaché au comté de Montbéliard jusqu’en 1793. La nécessité de créer des voies de communication modernes avec les cités alentours n’était pas encore à l’époque une priorité... On note cependant dans l’ouvrage Recherches historiques sur la ville, la principauté et la république de Mandeure, que, «de 1747 à 1751, les chemins publics et les rues du village avaient été améliorés; néanmoins, en 1770, on pouvait à peine passer devant certaines maisons et encore moins dans les finages»… Après avoir passé le Doubs sur un pont réalisé en 1835 (mathay.fr), la route suit cette rivière sur sa rive gauche jusqu’à Pont-de-Roide. Ici, la construction, en 1388, d’un nouveau pont sur le Doubs, raconte le site officiel ville.pdr.free.fr, permettant de raccorder la Franche-Comté et la Suisse, va lancer l’érection d’une petite cité prospère qui va vivre longtemps au rythme du transport du sel venant de Salins. «Le sel, denrée fondamentale à l'époque, est source de revenu très important grâce à l’impôt», souligne encore le site de la ville. Une centaine de chargements par semaine transitera jusqu’aux environs de 1630 par ce pont, soit entre 70 et 80 charrettes. L'activité industrielle s'implante, nous dit un panneau d'informations municipales situé sur le bord du Doubs, au milieu du XIXe siècle. On trouve à Pont-de-Roide une fabrique de «grosse quincaillerie» dotée de laminoirs, martinets et meules. Elle produit, en 1855 «près de 900 références: outils de coupe et agricoles, pièces laminées pour l'horlogerie et tréfilées, baleines pour corsets ou parapluies, moulins à café...». Fondée par une autre partie de la famille Peugeot, cette usine aura un éléphant comme logo, histoire de se démarquer du lion belfortain! Jusqu'en 1994 on y fabriquera de l'outillage et des pièces pour automobile. Le pont du XIVe siècle remplaçait un ancien ouvrage antique, situé à l’embouchure du Roide, signale une plaque apposée non loin du passage. Endommagé en 1944, «il est rénové et élargi en 1956». Juste après celui-ci, c’est le carrefour avec la route n°73 (D73) en provenance de Bâle et du Sundgau. Les deux chaussées, vers Porrentruy et Bâle à l’est, vers Saint-Hippolyte au sud, sont réalisées autour de 1756-1757, rapporte le site ville.pdr.free.fr. La voie longe le Doubs et est surplombée par d’épaisses forêts jaillissant des montagnes du Lomont.

R.N.73: DU MOULINS DANS LE MOTEUR!
La route nationale 73 de 1959 relie Bâle en Suisse à Moulins dans l'Allier. Une des plus singulières transversales qui soient. Mais pas des moins bucoliques... (lire)

La traversée du Doubs à Pont-de-Roide (photo: Marc Verney, octobre 2017).
Lieu-dit La Derrière (photo: Marc Verney, octobre 2017).

A douze kilomètres, le petit bourg de Saint-Hippolyte est joliment calé contre la montagne au confluent du Doubs et du Dessoubre. «La commune est mentionnée pour la première fois dans une charte d'Hugues Ier, archevêque de Besançon en 1040», dit le site racinescomtoises.net. C'était la capitale du comté de La Roche et de la Franche-Montagne. Entre 1418 et 1452 on y trouve le suaire de Turin, avant son transfert dans la capitale du Piémont. Du coup, les fêtes religieuses, les foires et marchés s'y déroulaient régulièrement; venant de Soulce-Cernay, le sel apportait la richesse. Terre de passage, Saint-Hippolyte eut à souffrir de différentes expéditions militaires, dont la terrible guerre de Dix ans au XVIIe siècle. Le pont sur le Doubs, voit-on dans la Monographie de Saint-Hippolyte sur le Doubs, «emporté par les grandes eaux en 1572, ne fut reconstruit en bois sur deux piles de pierre qu'en 1584». La réalisation en pierre de ce pont, nous dit cette même source, date de la réalisation de la route carrossable vers Montbéliard, soit 1757. Dès lors, à peine passées les dernières maisons du bourg, notre chaussée s’attaque à la montée des monts jurassiens. Le chemin doit grimper de 376 m à 787 m en l’espace de quelques virages. «La route nationale 437, écrit le Guide Bleu de 1961, s’élève par une superbe montée de 8 km, en dominant d’abord à droite la profonde vallée du Dessoubre sur laquelle on découvre de très belles vues; puis elle s’en écarte en décrivant de nombreux lacets». Ce n’est pas le trajet ancien. Si la carte de Cassini publiée par l’IGN ne montre aucune route, celle du XIXe dessine un itinéraire difficile par la côte de Soyère, le Tillon, le village de Montandon pour revenir vers les Bréseux par les lieux-dits Sous-les-Brochettes et Vacheresse. Celui-ci sera donc rectifié au cours du XIXe siècle. «L'administration, voit-on dans l’Annuaire départemental du Doubs, avait reconnu depuis longtemps la haute importance de cette voie de communication; mais un obstacle insurmontable semblait devoir faire infiniment ajourner la solution de la question de son classement; il s'agissait de pourvoir préalablement à la rectification des côtes de Montandon, lesquelles se développent sur plus de 6 kilomètres, avec des pentes qui s'élèvent souvent jusqu'à 15%». Dans sa session de 1840, le conseil général «a voté définitivement le classement projeté, en même temps qu'il a décidé que le redressement des côtes de Montandon resterait une charge communale. La nouvelle voie se trouvera heureusement complétée du reste par le classement du chemin vicinal de Pontarlier à Saint-Claude que le conseil général a également voté dans ses dernières sessions: l'enquête exigée par les règlements a eu lieu à la sous-préfecture du 25 septembre au 25 octobre 1841. (...) L'itinéraire départemental doit enfin comprendre, dans un avenir qui ne saurait être éloigné, le chemin vicinal de Montbéliard à Héricourt». Les haut de la côte est atteint au lieu-dit Maison-Rouge (ancien relais) où se trouve l’embranchement de la –très touristique- route vers Goumois (R.N.437b). Un large panneau émaillé y montre d’ailleurs aux voyageurs les plus beaux chemins pour découvrir cette petite région limitrophe de la Suisse.

La montée vers Maîche (photo: Marc Verney, octobre 2017).
Très beau mur émaillé montrant les itinéraires touristiques vers Goumois et la Suisse (photo: Marc Verney, octobre 2017).

Au XIXe siècle, la voie traversait les Bréseux de part en part et rejoignait Maîche par les Longues-Raies. On note que, sur une carte de 1841 au 1:80.000 publiée par CartoMundi, la chaussée, après les Bréseux, apparaît comme étant en chantier… A Maîche, l’ancienne entrée en ville se faisait par la rue du Belvédère alors que les véhicules motorisés empruntent désormais la rue de Saint-Hippolyte. L’ouvrage Maîche et ses environs précise que la plus ancienne mention de la cité est un acte du XIe siècle tout en évoquant l’existence d’un peuplement avant la conquête romaine… Il y aurait même eu d’importants échanges commerciaux entre la région et Epomanduodurum (Mandeure) sans que l’on puisse véritablement retracer les voies existant à l’époque. Après le sanglant règne des «écorcheurs» au XVe, Le XVIe siècle est une période de prospérité: Nicolas Perrenot de Granvelle, chancelier de Charles Quint, ordonne la construction à Maîche d’un hôtel particulier (racinescomtoises.net). Plus tard, la guerre de Dix Ans fait, ici comme partout dans la Comté, d’immenses ravages: le bourg est pillé et incendié en 1637 et 1639. A la fin du conflit, il n’y a presque plus d’habitants dans les Franches-Montagnes. En 1793, la région connaît l’épisode de la «Petite Vendée» durant lequel des jeunes gens sont guillotinés sur la place de l’Eglise à Maîche. Au cours des temps modernes, souligne le site racinescomtoises.net, l'électricité arrive dans la cité en 1896 «grâce à la mise en service du barrage de La Goule tandis qu'une ligne de chemin de fer Morteau-Maîche est inaugurée en 1905. La ville devient peu à peu un bourg industriel, notamment du fait de l'essor considérable de l'activité horlogère». Les 18 et 19 juin 1940, la ville verra se dérouler d’ultimes combats de la campagne de France entre les forces allemandes d’invasion et une division polonaise qui trouvera refuge en territoire helvétique. On traverse Maîche, patrie du robuste cheval comtois, par les rues du Général-de-Gaulle et Malseigne. «Au XVIIIe siècle, écrit l’historien Jean-Michel Blanchot dans Pages d’histoires de la Franche-Montagne, tout le centre était un bourbier. En 1730, on construit le grand chemin au milieu… un canal voûté le traverse; tout est asséché vers 1833». On sort aujourd’hui de la ville par l’avenue du Maréchal-Leclerc alors qu’il existait auparavant une voie plus raide passant par le «chemin de la Chapelle» et la départementale 422.

En route vers le Russey (photo: Marc Verney, octobre 2017).

Il faut parcourir 4,5 km pour atteindre Frambouhans par le hameau des Bichets et celui des Adroits. Là, notre cheminement du XIXe siècle (numéroté ici route départementale 23 avant les années trente) passait un peu plus à l’est, par les maisons de ce dernier lieu-dit (Géoportail). «Au-delà de Maîche, nous conte le Guide Bleu de 1961, la route n°437 parcourt jusqu’aux Fins un haut plateau où les pâturages alternent avec d’imposantes sapinières». Les rectifications situées autour de Frambouhans et entre le Russey et la Chenalotte (à Maisonnette) auront été déclarées d’utilité publique en 1841, mais impossible de savoir quand ces chantiers ont été réalisés...  ni quand cette chaussée a été achevée tant elle a été construite par tronçons tout au long du XIXe siècle, ainsi que cela est signalé dans l’ouvrage Le département du Doubs depuis cent ans… Peu après Noël-Cerneux, la chaussée du XIXe siècle suivait la D43e actuelle pour faire sa jonction avec la route de Besançon (établie, elle, vers 1848) au niveau du relais des Lavottes. En 1959, la R.N.437 rejoint les Fins par la «route de Maîche» et croise la R.N.461 en haut de la côte surplombant Morteau. A noter, dans le lotissement du Meix-Brenet, une rue de la Diligence qui marque encore aujourd’hui l’ancien tracé du XIXe siècle. On entre dans Morteau par la rue de la Louhière. Au XIVe siècle, des moines bénédictins de l'ordre de Cluny sont chargés du déboisement de la région. Sans doute un peu dépassés par l’immensité de la tâche, ils font venir «des familles entières», évoque le site racinescomtoises.net. qui s’installent à Morteau, aux Fins, à Villers-le-Lac, Montlebon et à La Grand'Combe-Châteleu. Si l’apparence de la cité nous semble relativement «moderne», c’est parce que pas moins de dix-sept incendies en huit siècles ont ravagé les maisons. Le dernier, en 1865, détruit les deux tiers du bourg (racinescomtoises.net). La guerre de Dix ans frappe ici en janvier 1639: les mercenaires suédois au service du roi de France saccagent et pillent la contrée. Des années de grande disette s’ensuivent. Après avoir été soumise à l’Autriche et à l’Espagne, la région (comme l’ensemble de la Franche-Comté d’ailleurs) passe définitivement sous contrôle français en 1678. Lors de son apparition, au début du XIXe siècle, l'industrie horlogère n'était ici, nous raconte le site pays-horloger.fr, qu'une «activité d'appoint dans une contrée où les hivers sont longs»... De manière totalement artisanale, les paysans fabriquaient chez eux des pièces pour la Suisse. Plus tard, ce sont de véritables fermes-ateliers qui oeuvrent en tant que sous-traitants pour des assembleurs installés à la Chaux-de-Fonds ou au Locle. En 1836, une école d'horlogerie est créée à Morteau, illustrant bien le caractère transfrontalier de cette industrie. A la fin du XIXe siècle, précise encore le site pays-horloger.fr, «22 horlogers emploient à Morteau plus de 300 ouvriers». La route n°437 quitte Morteau par la rue des Moulinots puis par celle de l’Eboulement (qui témoigne d’un glissement de terrain en 1980). Un nom qui mérite quand même explication tant ces catastrophes brutales ont modelé la région: il y a 12.000 ans, un extraordinaire effondrement  bloque le cours du Doubs et crée un vaste lac dans la plaine de Morteau. L’eau finit par trouver son chemin au milieu des roches et jaillit au niveau du célèbre «saut du Doubs»… De ce cataclysme reste le lac franco-suisse de Chaillexon (ou des Brenets) aujourd’hui paisiblement sillonné par d’innocents bateaux-mouches remplis de touristes venus de toute l’Europe…

Arrivée à Morteau (photo: Marc Verney, octobre 2017).
Le Pont-de-la-Roche: c'est là qu'obliquait l'ancien itinéraire de la route allant à Pontarlier (photo: Marc Verney, octobre 2017).

C’est au niveau du lieu-dit Pont-de-la-Roche que l’on découvre, sur les cartes anciennes (du XIXe, car avant il n’y a aucune route), une des principales évolutions de ce chemin Belfort-Saint-Claude. L’Annuaire statistique et historique du département du Doubs de 1837 explique que «la route n°16 de Pontarlier à Morteau, passe à Arçon, Lièvremont, Montbenoît et la Grand-Combe. Cette route, très importante, a été améliorée en 1836 par la reconstruction du pont d’Arçon (il sera refait plusieurs fois, NDLR)». Il n’est ici pas question d’un passage par Remonot et les défilés du Doubs qui n’interviendra vraisemblablement que dans la deuxième partie du XIXe siècle. En tous cas, la carte de France au 1:200.000 publiée par CartoMundi montre bien que cette chaussée existe dans les années 1880. Le passage de la R.N.437 historique au cœur des défilés du Coin-de-la-Roche et d’Entre-Roches transporte désormais le voyageur dans une autre dimension. L’horizon des roches, qui souvent dominent la voiture, réduit le champ du regard à la route, barbouillée d’ombre et de lumière. La rivière ne se laisse entrevoir qu’épisodiquement. Partout, le vert s’impose. L’enchantement motorisé est total… On en oublierait presque les affres à venir d’une voiture robotisée sous contrôle d’une lointaine IA.... Ici, le conducteur se fait artiste du mouvement; sa main, collée au volant, taille les courbes avalées par sa compagne mécanique… Après de nombreux virages, l’automobiliste atteint Montbenoît, capitale de poche du val du Saugeais. Au XIIe siècle, le sire de Joux, qui possède les lieux, et «qui veut s’attirer la clémence divine», écrit le Guide Vert du Jura, offre cette partie du val du Doubs à l’archevêque de Besançon. Celui-ci y fait venir des moines valaisans, puis, devant l’énorme travail à mener, des Saugets, compatriotes suisses qui vont finir par donner leur nom à l’endroit. Une abbaye y trouve sa place, puis le village se développe, centre de douze localités ayant noué entre elles de fortes traditions. Aujourd’hui, signale le site montbenoit.fr, nous voilà dans la «République du Saugeais», un Etat imaginaire, «né en 1947, sur le ton d’une plaisanterie entre le préfet du Doubs et Georges Pourchet, patron de l’auberge de l’Abbaye». A Montbenoît, la réalisation d’une chaussée moderne date de 1847. Mais, plus loin, entre le pont d’Arçon, le lieu-dit Bouhin et le pont aux Chèvres à Pontarlier, vers les années 1860, il restait encore plusieurs centaines de mètres à améliorer le long du Doubs, indiquent les Rapports et délibérations du conseil général du Doubs en 1864.

A la Ville-du-Pont (photo: Marc Verney, juillet 2012).
Entre Morteau et Pontarlier, le Doubs se glisse entre deux imposantes parois de roches (photo: Marc Verney, juillet 2012).

Nous ne sommes plus qu’à quelques kilomètres de Pontarlier, l’une des étapes majeures de la R.N.437 historique. La route y entre par la rue de Morteau qui finit par arriver face au «pont des Chèvres» sur le Doubs. Le passé de la ville est «mouvementé», dit le site ville-pontarlier.fr: «La plaine aux portes de la ville, la Chaux d'Arlier, était occupée dès 5000 av. JC. A l'emplacement géographique de Pontarlier, il y avait une occupation gallo-romaine». Le développement du commerce et des communications joue ici un rôle fondamental dans l’émergence d’une cité: toujours selon la même source, Pontarlier, «située au débouché d’une cluse, devient très tôt le passage obligé des échanges entre le nord et le sud de l'Europe via le col de Jougne» et son célèbre péage. Au Moyen Age, Pontarlier est une étape entre les abbayes de Saint-Maurice d'Agaune en Suisse et Saint-Bénigne de Dijon, écrit le site racinescomtoises.net. La ville s'entoure de remparts défensifs au XVe siècle. La région subit de sanglants conflits jusqu'en 1678, date de son rattachement définitif à la France. Après un nouvel incendie de la cité en août 1736, signalent les Mémoires pour servir à l'histoire de la ville de Pontarlier, «on profita de la circonstance pour aligner entièrement la Grand-Rue, former la place devant Saint-Bénigne, percer la rue de Vannolles».

RN67: L'ABSINTHE NOUS FAIT CHOCOLAT!
C'est une route qui a le goût de l'histoire... et des bonnes choses!! Entre les foires de Champagne et les monts jurassiens, quelques centaines de kilomètres charmants et à avaler avec joie et passion... (lire)

R.N.72, DU SEL DANS LES SAPINS!
La nationale 72 de 1959 est un vrai dépliant touristique qui prend naissance dans le val d'Amour en passant par Mouchard, Salins-les-Bains, Levier... (lire)

Pontarlier est une ville "à la campagne" (photo: Marc Verney, novembre 2012).

Au sortir de la ville, notre chemin va traverser encore une fois le Doubs au niveau du faubourg Saint-Etienne sur le pont Saint-Eloi (qui existait déjà en 1736) pour prendre la direction de la cluse de Joux. Mais on ne contemplera le célèbre fort de Joux (perché sur son rocher au milieu du passage) que de loin, car la D437 s’oriente maintenant en direction d’Oye-et-Pallet et du lac de Saint-Point en suivant la vallée du Doubs. Au début du XIXe siècle, ce n’était pas tout à fait le même trajet: en continuant vers la Suisse par la grande route (R.N.57 aujourd’hui), le chemin passait la Cluse, contournait le château de Joux et obliquait vers Chaon par ce qui est désormais la D44. On note que sur la carte de 1838 au 1:80.000 publiée par CartoMundi, cette voie est marquée comme «en travaux». Après Oye-et-Pallet, revenus sur le chemin de la fin du XIXe (ex-R.N.437), on laisse partir sur la droite la départementale 129 et on profite d’un très beau coup d’œil sur une vaste étendue d’eau, joliment blottie entre deux plissements. En effet, c’est ici que, peu après sa source, le Doubs s'interrompt pour traverser le lac de Saint-Point (ou de Malbuisson). Ce lac, long de près de 7 kilomètres a été créé, nous précise le site lejurassique.com, «lors du retrait du dernier glacier jurassien, il y a un peu moins de 20.000 ans». Il ne formait alors qu'un seul ensemble avec son plus petit voisin, le lac de Remoray. Du fait du dépôt des sédiments, le Doubs n'alimente pas le Remoray, mais se faufile par une zone de marais entre les deux étendues d'eau jusqu'au lac de Saint-Point. Le coin est résolument touristique avec de nombreux campings, auberges et hôtels mais il reste de belles promenades à faire aux alentours. Après avoir traversé Chaon et Chaudron, notre route nationale 437 historique arrive à Malbuisson, principale halte pour les voyageurs dans la région. Le village trouve son origine dans les entreprises de défrichement, menées par des moines venus de Suisse au cours du XIIe siècle. Plus tard, indique le site racinescomtoises.net, les hameaux des bords du lac «faisaient partie du "baroichage" de Pontarlier, ville libre, à laquelle étaient liées une vingtaine de villages, véritable petite république de montagne, dont les habitants jouissaient des mêmes droits et étaient associés aux mêmes charges. En temps de guerre, les ruraux pouvaient se réfugier avec leurs troupeaux et biens à l'abri des remparts de la ville». Au XIXe siècle, les premiers touristes apparaissent et le besoin d’un transport collectif se fait alors sentir: Emile Schlumberger, banquier bisontin, qui possède une résidence secondaire au bord du lac, peut-on lire dans un article d'Elie Mandrillon, auteur et historien des chemins ferrés, se voit allouer la concession d'une ligne de tramway entre Pontarlier et Mouthe. La Compagnie du tramway de Pontarlier à Mouthe voit le jour en 1897; les travaux débutent en janvier 1898 et la ligne est ouverte au trafic en mai 1900. La plupart du temps, le train ne faisait que suivre la route; un prolongement vers Foncine-le-Haut (Jura) sera exploité à partir de 1927. Tout fermera en novembre 1950 devant la concurrence des autocars.

Le lac de Malbuisson, ou de Saint-Point (photo: Marc Verney, juillet 2012).

Nous voici désormais aux Granges-Sainte-Marie (la chaussée du XIXe, c’est la rue du Fuverat) puis à Labergement-Sainte-Marie (Grand-Rue au XIXe). Ce village, note le site racinescomtoises.net, apparaît après la fondation de l'abbaye cistercienne de Mont-Sainte-Marie située tout à côté, sur la route de Vaux-et-Chantegrue (D49). Là, les moines souhaitant développer leurs terres font appel, comme souvent dans le haut Jura, à des «abergeurs», des colons, qui s’installent dans toute la région. Aux heures fastes de l'abbaye, on dit que «les religieux de Sainte-Marie pouvaient marcher pendant sept heures de temps, soit depuis la frontière du comté de Bourgogne jusqu'à Salins, soit depuis le val de Sirod jusqu'à Nods, sans cesser d'être sur leurs propriétés» (Recherches historiques sur l'abbaye de Mont-Saint-Marie et ses possessions). Le déclin arrive en 1790, le monastère sert de carrière pour les habitants des alentours. En 1915, le village de Labergement-Sainte-Marie est desservi par la ligne ferroviaire reliant Paris à Milan par le Simplon. Le célèbre train Simplon-Orient-Express passait par là! Zigzaguant au pied de la forêt des Buclées, la route n°437 s’approche de Mouthe par les villages de Brey, Gellin et Sarrageois (on peut remarquer de courtes rectifications le long de certains de ces villages). Au niveau du village de Brey, nous signale d’ailleurs le site tunnels-ferroviaires.org, la rectification de la chaussée a entraîné la destruction d'un petit tunnel de la ligne du tacot Pontarlier-Mouthe. A notre gauche, dans le val bordé de noirs sapins, le Doubs n’est plus qu’un gentil torrent aux eaux léchées par les nombreuses vaches montbéliardes qui pastillent les champs. Mouthe, «village le plus froid de France», trouve ses origines au XIe siècle dans un ermitage bâti par Simon de Crépy, comte de Valois, retiré dans le haut Jura à l’abbaye de Saint-Claude. Un siècle plus tard, écrit le site mouthe.fr, «la présence des moines attire les premiers colons malgré les conditions naturelles contraignantes: climat très rude, blé ne venant pas à maturité chaque année. Des villages se fondent dans les clairières: Crouzet et Gellin (1266), Sarrageois (1296), Boujeons, Les Pontets, Reculfoz cités comme hameaux déjà anciens (1331)». De 1635 à 1645, c'est la guerre de Dix ans, qui est l’épisode comtois de la guerre de Trente ans. Une première tentative, pour le pouvoir royal français de conquérir la Franche-Comté et d’établir les frontières du royaume sur les sommets jurassiens. Les troupes commandées par Saxe-Weimar , lui-même sous les ordres de Richelieu, remontent la vallée du Doubs, alors terre d’Empire, terrorisent, pillent et tuent la grande majorité des populations. Mouthe est «réduite en cendres», raconte le site municipal. Après la Révolution française, l’activité du village se tourne majoritairement vers l’élevage.

Un soir, à Mouthe (photo: Marc Verney, juillet 2018).
Ambiance brumeuse et fraîche vers Chaux-Neuve (photo: Marc Verney, juillet 2012).

En direction du département du Jura, les communes de Petite-Chaux ou Chaux-Neuve ne se développent qu’entre les XIVe et XVe siècles, nous dit l’ouvrage La haute vallée du Doubs. La carte de Cassini (XVIIIe siècle) publiée par le Géoportail de l’IGN ne montre aucun chemin digne de ce nom dans la région, fortement enclavée. De son côté, la carte de France au 1:80.000 publiée par CartoMundi trace, en 1838, une voie entre Mouthe et Châtelblanc. Dans les années soixante à Chaux-Neuve on se tourne vers le tourisme avec l'installation de téléskis et d’un tremplin de saut (racinescomtoises.net). C’est qu’ici, le ski (nordique) est une vraie «religion»: dès 1933, face au hameau Veuillet (Vuillet), des skieurs pratiquent la descente et le saut sur une pente quasi naturelle au lieu-dit «Sous-Champvent» (risoux.clubffs.fr )… Désormais, il sort régulièrement de ces montagnes de nombreux champions olympiques de sports d’hiver («un dans chaque chalet», s’amuse-t-on dans le coin… mais faut pas exagérer!)… Nous voici maintenant à Châtelblanc, dernier village du Doubs avant l’entrée dans le Jura. L’ancienne voie se faufilait dans la rude descente sous la Roche par le chemin du moulin Jannet pour aboutir dans le département du Jura au niveau de la plaine du bief Brideau et gagner Foncine-le-Haut par le Gros-Voisiney et les Champs-du-Pont. Le tracé actuel, bien plus doux et arrondi, daterait des années 1837-38, d’après l’ouvrage Foncine le Haut 1815-1980, de Pierre Doudier, cité par le site jeanmichel.guyon.free.fr. Foncine-le-Haut est le premier village du Jura traversé par la R.N.437 historique. De là à Foncine-le-Bas, un ancien chemin surplombait la Saine rive droite jusqu'au pont de Chevry pour ensuite atteindre Foncine-le-Bas par la rive gauche et un long détour par le Voisiney-Sauvonnet. Cet itinéraire, peu pratique, n’est supplanté qu’en 1869 par une route directe suivant la vallée de la Saine, signale encore Pierre Doudier. «Les» Foncines sont un des lieux emblématiques du patrimoine industriel jurassien puisqu’on y a trouvé de nombreuses lunetteries et même l’ancêtre de la marque de «petits trains» Jouef…

Entre les deux Foncine, la route suit la rivière Saine (photo: Marc Verney, juillet 2017).

Depuis Foncine-le-Bas, les cartes anciennes (XVIIIe, XIXe) ne montrent là encore aucune véritable voie sur le tracé exact de la R.N.437 historique en direction de Saint-Laurent-en-Grandvaux. Les historiens locaux notent cependant l’existence d’un antique «chemin de la Grande-Vie» qui relie Foncine au Pont-de-Lemme (et à la route royale Paris-Genève) en passant par Fort-du-Plasne. La route n°437 actuelle, par la commune du Lac-des-Rouges-Truites, a très certainement vu le jour autour de la deuxième moitié du XIXe siècle puisqu’elle est citée, comme «chemin vicinal de grande communication» dans un guide routier rédigé par Adolphe Joanne en 1857. L’ancien chemin ne s’achevait pas, comme l’actuel, aux abords de Saint-Laurent, mais plus bas, au virage de la route n°5 situé au lieu-dit «Sous-la-Savine», voit-on sur la carte d’état-major du XIXe publiée par le Géoportail de l’IGN. La traversée de Saint-Laurent-en-Grandvaux se fait par le tracé de l’ancienne R.N.5 puis emprunte un temps la R.N.78 historique. Le petit bourg montagnard (anciennement Saint-Laurent-du-Jura), hélas totalement détruit dans un sévère incendie en 1867, véritable «village sous le zinc», comme l’écrit le Guide Vert 1964, a été reconstruit de manière à se protéger des intempéries avec de larges plaques métalliques fixées sur les murs… Jusqu’à l’église, nous dit encore le Guide Vert, qui est véritablement «cuirassée» de zinc! Les plateaux du massif jurassien sont ici à leur apogée, c'est le royaume, en hiver, de la glace et de la neige, en été, du soleil et des orages tonitruants... Là se trouve la patrie des ancêtres des routiers d’aujourd’hui, les Grandvalliers: au plus fort de leur activité, au début du XIXe siècle, explique le site les amisdugrandvaux.com, ceux-ci se dirigeaient vers la plaine en début d'automne, chargeant leurs chariots de produits locaux, de bois surtout, qu'ils écoulaient aux premières étapes. Puis ils chargeaient d'autres cargaisons, selon les occasions, et les transportaient à Paris, Lyon, Dunkerque, Marseille, mais aussi à Barcelone, Vienne, Berlin, Milan, peut-être même Constantinople et Athènes...

R.N.5: LA ROUTE BLANCHE...
La N5 Paris-Genève-St-Gingolph a quasiment disparu à la suite du vaste déclassement des routes nationales en 2006, une bonne raison pour faire un tour par le Jura... (lire)

R.N.78: LE JURA PAR LE MORVAN
La RN78 de 1959 relie Nevers à St-Laurent en Grandvaux en passant par le Morvan, les beaux vignobles de Bourgogne et Lons. Une route pleine d'histoires à suivre ici (lire)

Commune de Grande-Rivière dans le Grandvaux (photo: Marc Verney, septembre 2012).

On quitte Saint-Laurent par l’avenue de Grandvaux tout en sachant qu’avant l’arrivée du train et la construction de la gare, la route de Lons-le-Saunier passait par la rue Rouget-de-l’Isle pour rejoindre le lieu-dit «Salave-de-Vent» où se trouvait le carrefour avec la route de Saint-Claude que l’on emprunte sur la gauche. Il faut également noter que la carte de Cassini (XVIIIe) publiée par le Géoportail mentionne à nouveau une chaussée jusqu’à Saint-Claude par Château-des-Prés, la Rixouse et Valfin-lès-Saint-Claude. A notre droite, s’étend le Grandvaux, défriché à partir du XIIe siècle, «lorsque, signale le site amisdugrandvaux.com, l’abbaye de Saint-Claude, en crise à cette époque, a cédé le lac du Grandvaux et les territoires qui l’entourent à l’abbaye d’Abondance, dans le Chablais». Jusqu’à Château-des-Prés on constate quelques rectifications qui adoucissent la rudesse des pentes: aux Poncets, peu avant les Chauvins, et après, au niveau de la «combe aux Clercs», le long du lac de l’Abbaye… Et enfin, on note que l’ancienne chaussée approche de Château-des-Prés par la rue des Lavoirs, alors que la D437 y pénètre par la route du Jura. Vers Saint-Claude, les choses bougent aussi: en 1857-58, écrit le Conseil général du Jura, des crédits sont débloqués pour effecteur une large rectification en courbe dans le bois de la Pontoise en lieu et place d’une chaussée filant tout droit dans le vallon. Dès lors, la route n°437 traverse le village de la Rixouse, qui domine le large val de Bienne. Dans les années 1860, la route subit de nombreuses modifications: signalées par les Annales des ponts et chaussées, ces rectifications changent le tracé vers Saint-Claude. La voie, qui empruntait l’actuelle «route des Bourguignons» après la Rixouse, se trouve décalée un peu en contrebas du hameau des Baraques. Ce nouveau tracé retrouve l’ancien au niveau du village de Valfin-lès-Saint-Claude.

Le chemin de la Pontoise était l'ancienne route de Saint-Claude avant la rectification (photo: Marc Verney, juillet 2018).
Vieux panneau métal sur la D233 (photo: Marc Verney, septembre 2012).

Il ne reste plus que 5 km à parcourir avant le terme de notre promenade. La chaussée n°437 entre dans Saint-Claude par la rue Pasteur et franchit la Bienne sur un viaduc, le «pont de pierre», construit entre 1860 et 1862. Avant cette date, il fallait zigzaguer jusqu’au cours de la rivière par la rue de la Capucine, franchir le pont dAvignon (!) et remonter sur l’autre rive par la rue du Faubourg-des-Moulins. Cet ouvrage a une histoire, écrit le site art-et-histoire.com: «On le doit aux frères pontifes de Saint-Bénézet, qui construisirent le pont Saint-Bénézet d'Avignon sur le Rhône, au XIIe siècle. Ce pont sur la Bienne est décrit ayant une arche en pierre de 72 pieds pour 18 pieds 6 pouces de large. En 1784, il fut réparé aux frais du roi. En 1789, il est considéré en bon état». La cité de Saint-Claude doit son existence à une abbaye, fondée au Ve siècle par deux ermites, Saint Romain et Saint Lupicin. «Une bourgade se bâtit aux portes du monastère, au confluent de la Bienne et du Tacon, d’où le nom de Condat donné d’abord à la localité», écrit le Guide Bleu Franche-Comté-Monts-Jura. Oyend, le quatrième abbé de l'abbaye, meurt en 510. Les guérisons opérées de son vivant se perpétuent après sa disparition et sa popularité devient telle qu’il donne, pour dix siècles, son nom à l’abbaye et à la ville: Saint-Oyend-de-Joux. Un pèlerinage s'installe durablement. «Survivante des crises du Xe siècle qui a vu disparaître bon nombre de monastères, raconte encore le site saint-claude.fr, l’abbaye est en pleine période de croissance du XIe siècle à la première moitié du XIIe siècle». Mais c’est Claude, le douzième abbé de Saint-Oyend-de-Joux, qui va marquer la région de son empreinte. Au point de lui imposer un changement de nom… Sa gloire éclipse celle de saint Oyend au XIe siècle et attire sur son tombeau des pèlerins en nombre croissant... En effet, son corps est retrouvé entier et non corrompu, bien que non embaumé... Miracle!!! Du coup les artisans de la ville réalisent de petits objets en bois à destination des visiteurs. Et voilà l'origine de la tournerie locale! L’abbaye, qui colonisait de vastes territoires dans le Haut-Jura, formait une sorte de souveraineté indépendante dans laquelle les paysans étaient «mainmortables». Ce statut de servage dans lequel les biens du paysan appartiennent à son maître ne disparaîtra qu’à la Révolution française après d’innombrables procédures judiciaires (dont l’une hélas perdue par le grand Voltaire lui-même)!

A Saint-Claude (photo: Marc Verney, juillet 2014).

Saint-Oyend devient Saint-Claude vers le XVIe siècle. La décadence, pis la disparition de l’abbaye n’empêche pas de multiples activités industrielles de s’installer en ville et alentours. «Tabletterie, tournerie, fabrication des pipes en racine de bruyère», mais aussi, indique le Guide Bleu «de tous les objets dits "articles de Saint-Claude", en matière plastique, corne, os, ivoire, écaille» comme des peignes, des bagues, des ustensiles de cuisine… Si la ville devient, au milieu du XIXe siècle, la «capitale mondiale de la pipe», il s’y développe parallèlement la taille du diamant et des pierres précieuses! Aux XXe et XXIe siècles, Saint-Claude l'industrieuse compte toujours de nombreuses d'entreprises en lien avec le secteur de la plasturgie et du jouet. La ville est une étape importante sur la route qui relie la Bresse au col de la Faucille (R.N.436 historique) et qui emprunte, à quelques kilomètres de là, les fameux «lacets de Septmoncel», réalisés au milieu du XIXe siècle et qui ont remplacé l’ancien itinéraire aux virages vertigineux par Montbrilland, la «voie des Moines»… mais c’est une autre histoire!

Marc Verney, Sur ma route, juin 2018

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