Dans la nuit du Sundgau, ce vieux panneau Michelin de la nationale 73... (photo: MV, avril 2007).
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Documentation écrite utilisée: Guide du Routard Alsace-Vosges (Hachette, 2003/2004), Le Guide Bleu Franche-Comté Monts Jura (Hachette, 1961), Le Guide Franche-Comté (Gilbert Baudoin, La Renaissance du Livre, 1999), Guide du Routard France-Comté (Hachette, 2008/2009); cartes: Atlas des grandes routes de France (Michelin, 1959), Dijon-Mulhouse n°66 (Michelin, 1967), Beaune-Evian n°70 (Michelin, 1955), Atlas routier France 2007 (Michelin), Wikipédia, et les documents touristiques des endroits concernés.

Principaux bourgs et villages traversés par la N73 (partie Bâle-Dole, 1959):

Folgensbourg, Werentzhouse, Bouxwiller, Ferrette, Vieux-Ferrette, Koestlach, Moernach, Durlinsdorf, Liebsdorf, Courtavon (frontière suisse). Trajet suisse: Miécourt, Alle, Porrentruy, Chevenez, Rocourt, Réclere, Damvant. (frontière française) Villars-lès-Blamont, Pierrefontaine-lès-Blamont, Pont-de-Roide, Vermondans, Dambelin, Mambouhans, Bermont, Glainans, Anteuil, Clerval, Branne, Hyèvre-Paroisse, Baume-les-Dames, Séchin, Roulans, La Malmaison, Novillars, Roche-lez-Beaupré, Besançon, Château-Farine, La Belle Etoile, Saint-Vit, Dampierre, Ranchot, La Barre, Orchamps, Audelange, Rochefort-sur-Nenon, Dole.
Tiens, que dit l'état des routes 1928 sur la RN73 de Bâle à Dole?
Au départ de Bâle, la route est dite en bon état durable (goudronnée, silicatée ou pavée). Ca se gâte assez rapidement, puisque de Ferrette à Clerval, il n'y a rien de mentionné (état ordinaire)... De Clerval à Besançon, la route est à nouveau en bon état durable, tout comme quelques kilomètres après la capitale franc-comtoise. Avant Saint-Vit, notre N73 est "mauvaise". Et, enfin, cela s'améliore avant Dole: bon état durable... Plutôt mieux que d'autres routes à la même époque!!! Source: carte Michelin Etat des routes 98ER (été 1928).
A Dole, la route nationale 73 va saluer une dernière fois le canal Rhin-Rhône qui va piquer à l'ouest pour rejoindre la Saône près de Saint-Jean-de-Losne (où se trouve aussi l'aboutissement sud du canal de Bourgogne). (photo: MV, janvier 2006).


Belles routes de France
R.N.73: DEUX BALE DANS LE MOULINS!! (I)
L'ancienne RN73 a un parcours des plus atypiques... La route naît aux portes de Bâle, traverse le sud de l'Alsace, saute la frontière avec la Suisse, coupe franchement dans les monts jurassiens en croisant la route blanche à Dole puis s'oriente à l'ouest pour s'adonner aux joies de la Bourgogne vineuse avant de passer au large du rude Morvan et de finir en douceur au bord de l'Allier à Moulins... Un périple d'environ 400 kilomètres, nous indique l'Atlas des grandes routes de France Michelin de 1959... En voici la première partie Bâle-Dole.

A peu de kilomètres de la frontière suisse, ce bel ensemble Michelin bravait encore les nuits jurassiennes en 2007 (photo: Marc Verney, avril 2007). En cliquant sur l'image vous allez à la page II du trajet de la N73 historique..

Après avoir passé la frontière franco-suisse à Bourgfelden, nous prenons la direction de Hésingue. C'est après ce village que l'on trouve l'embranchement d'où part, à droite, l'ex-N19 pour Belfort, et, à gauche, la RN73 historique (D473) vers Ferrette et Porrentruy. On entre ici dans la région du Sundgau (littéralement "Comté du sud" en dialecte germanique). Ce petit massif montagneux, également surnommé "le Jura alsacien" se caractérise par un paysage de modestes monts entourés de forêts et d'étangs où prolifèrent de nombreuses carpes, devenues l'emblème culinaire de cette modeste région qui fut longtemps aux mains des Habsbourg, d'où son troisième petit nom: "l'Autriche antérieure"...

R.N.19: PAR ICI L'HELVETIE!
En 1959, il faut parcourir 490 kilomètre pour joindre Paris à Bâle, en Suisse, en passant par la belle cité de Troyes, Chaumont, Langres, Belfort et Saint-Louis, non loin de Mulhouse... (lire)

Le Sundgau a eu aussi le privilège d'être une des régions de France parmi les plus prolifiques en anciennes signalisations Michelin. En 2010, ce n'est plus trop le cas: ici, comme ailleurs, les services départementaux ont "sévi" et ôté de vénérables bornes de béton jalonnant les anciennes nationales désormais retombées dans un oubli quasi total... Heureusement, l'auteur de ces lignes y est passé par une belle nuit d'avril 2007 et y a fixé quelques bonnes vieilles signalisations sur pellicule (argentique!)... Bref, nous voilà en route pour Folgensbourg, la montée, très progressive, nous laisse apercevoir -dans la journée- dans le rétro quelques belles vues sur la plaine du Rhin, Bâle et la Forêt-Noire.

A Werentzhouse, on croise la vallée de l'Ill, rivière qui parcourt toute la plaine alsacienne pour aller se jeter dans le Rhin à la hauteur de Strasbourg. Ferrette, croquignolet bourg fondé au XIIe siècle et dont les maisons s'accrochent sur les flancs de la vallée est dominé par les ruines d'un château détruit au XVIIe siècle, durant la guerre de Trente Ans. De là, belle vue sur tout le Jura proche, la Forêt-Noire, le Kaiserstuhl...

A VOIR, A FAIRE
La rue du Château et l'hôtel de ville de Ferrette, qui est l'une des plus belles demeures du village (petit musée local). Les ruines du château sont accessibles depuis Ferrette. Le chemin qui y mène a encore des traces de son pavage de la Renaissance. Le musée des Amoureux et du Patrimoine sundgauvien (rue de Ferrette, à Werentzhouse): 30 000 (!) cartes postales et 17 000 photos anciennes...

Il faut maintenant prendre la direction de Vieux-Ferrette
. Là, la route tourne à gauche en direction de Koestlach et Moernach. On est ici sur l'une des parties les plus oubliées de la défunte N73. La chaussée, sur les cartes modernes de 2010, n'a même pas le statut d'une route départementale de quelque importance... A Durlingsdorf, il restait (en 2007) un panneau Michelin de la N73. C'est là que l'on sort du "Jura alsacien" pour filer en direction de Courtavon (douanes françaises). Il me semble bien que la RN73 historique est l'une des seules routes nationales de l'Hexagone à traverser un morceau de pays étranger pour réapparaître par la suite sous son même numéro...

Nous voilà donc en Suisse à Miécourt. Notre trajet helvétique nous mène jusqu'à Porrentruy (qui fut, avant 1815, le chef-lieu du département français du Mont-Terrible, ceci explique sans doute cela...) puis à Chevenez, Rocourt, Reclère (grottes) et Damvant. Retour en territoire français à Villars-lès-Blamont. Là, en région Franche-Comté (département du Doubs), la nationale déclassée est devenue la départementale 73. C'est après Pierrefontaine-lès-Blamont (embranchement pour une route pittoresque en direction du fort du Lomont) que la route entame sa descente en direction de Pont-de-Roide et de la vallée du Doubs.

Gros plan sur une plaque indicatrice de la RN73 à Anteuil. Photo: Marc Verney, novembre 2007.

La ville, industrielle, est dominée par le rebord d'un plateau qui marque la fin du parcours montagneux du -très- sinueux Doubs. Après avoir croisé l'ancienne RN437 Saint-Laurent-en-Grandvaux-Audincourt, la route Bâle-Moulins escalade le vallon de la Rançeuse. Le premier village traversé, Vermondans, a fortement souffert lors des durs combats pour la libération de la France en septembre 1944. Sur la gauche, voilà la chaîne du Lomont (jolies vues après Dambelin), qui culmine à 840 m d'altitude. Il faut faire environ 18 km de route virevoltante pour rejoindre à nouveau le Doubs à Clerval (cluse). C'est dans ce petit bourg que la N73 interrompait, en 1959, le trajet de la N83 Lyon-Strasbourg jusqu'à Besançon. En une quinzaine de kilomètres, nous voici à Baume-les-Dames, qui tire son nom d'une abbaye de dames chanoinesses fondée en 763.

A VOIR, A FAIRE
A proximité du pont sur le Doubs (huit arches), on peut voir un monument érigé en 1884 à la mémoire du marquis de Jouffroy d'Abbans. L'homme a été rendu célèbre par les essais de navigation à vapeur qu'il a mené sur le Doubs en 1776. L'abbaye et de belles demeures dans le centre, dont la maison à tourelle et la maison-musée des Sires de Neufchâtel-Urtière.

Entre Clerval et Besançon, les trajets des N83 et N73 historiques se confondent. Photo: Marc Verney, octobre 2006.

STRASBOURG, LYON, PAR LA R.N.83
Voilà une route qui sillonne l'Est de la France à flanc de collines: Jura, Doubs, Vosges... On n'oubliera pas non plus les vignobles qui s'étalent de part et d'autre du bitume... Une route de gourmet? Cliquez sur la ville que vous voulez aller visiter...

La route de Besançon suit de près le Doubs. L'occasion de belles échappées visuelles sur une rivière au cours étonnament capricieux (il fait de gigantesques boucles avant de réussir à s'échapper des monts jurassiens...). De Roulans à La Malmaison, la route s'écarte un peu de la vallée car elle en est séparée par la crète boisée de la montagne de Notre-Dame d'Aigremont. Il reste à traverser Novillars et Roche-lez-Beaupré pour atteindre Besançon, la capitale de la Franche-Comté. Il est possible de contourner la ville (circulation difficile) par un boulevard à quatre voies (suivre Dole). La visite de la principale cité comtoise est cependant fortement conseillée (entrée par la rue de Belfort). On peut affirmer que la situation de Besançon, située dans une boucle du Doubs et surplombée par un rocher de 118 m de haut est véritablement étonnante. C'est une ville militaire stratégique, donc entourée de superbes remparts et dominée par une somptueuse citadelle imaginée par Vauban (of course!). L'emplacement est déjà décrit par César dans ses Commentaires sur la guerre des Gaules. Victorieux des Séquanes, il y installe une garnison en 58 av. JC. Vesontio devient l'une des grandes cités gallo-romaines de l'époque. Plus tard, du XIe au XVIIe siècle, Besançon est une ville libre dépendant (de loin) du Saint-Empire. C'est au XVIe siècle que la prospérité bisontine est au plus haut, avec la présence, à la cour de Charles-Quint du chancelier Perrenot de Granvelle (né à Ornans en 1486). Louis XIV s'empare une première fois de la ville en 1668, la perd, puis la reprend en 1674 après de tragiques combats. Le traité de Nimègue, en 1678, donne définitivement Besançon au royaume de France. Dès lors, nouvel essor: sous les deux règnes de Louis XV et de Louis XVI, la ville se reconstruit rapidement: palais, hôtels particuliers, bâtiments publics forment la base du décor urbain bisontin que l'on connaît encore aujourd'hui malgré de lourds bombardements en juillet 1943... Personnage illustre et grand voyageur originaire de Besançon: évidemment l'immense Victor Hugo (1802-1885).

A VOIR, A FAIRE
De l'axe du pont de Battant (il y avait là un ancien pont romain) on peut voir la Grande-Rue, voilà ensuite le palais Granvelle (XVIe siècle) et le musée du Temps (on est au pays de l'horlogerie...), la cathédrale Saint-Jean et son horloge astronomique, la porte Noire (dernier vestige romain de la ville), le musée des Beaux-Arts (1, place de la Révolution): dans une ancienne halle aux grains du XIXe, il s'agit de l'un des plus anciens musées de France. La Citadelle, qui surplombe la cité, possède plusieurs musées, espace Vauban, musée Comtois, musée de la Résistance, Muséum... A 15 km à l'est de la ville, à Nancray, magnifique musée de plein air des Maisons comtoises.

On sort de Besançon par la rue de Dole. L'une des principales villes du département du Jura ne se trouve qu'à 46 km de l'actuelle capitale franc-comtoise. C'est peu de dire que les deux cités ont été souvent opposées!! Dole se fait piquer par Besançon le Parlement comtois en 1676 et l'Université en 1691... Mais avant de revenir sur ces détails -piquants- de l'histoire de France, l'ancienne RN73 aura retrouvé le cours du Doubs un peu après Saint-Vit (passage dans le département du Jura) et longé la vaste forêt de Chaux, 20 000 ha, la deuxième plus vaste forêt du pays. On y trouve l'un des premiers exemples d'indications routières: sur la voie, dite le "Grand Contour", longue de 23 km, se trouvaient huit colonnes: datant de 1824 et appelées guidons chacune d'entre-elles donnait la direction des villages limitrophes (il en reste sept).

Vue sur le centre historique de Dole. Au premier plan, le canal des Tanneurs. Photo: Marc Verney, janvier 2006.

L'entrée dans le Dole historique se fait par la longue rue de Besançon (attention, le centre-ville, désormais piéton, impose de suivre les indications de contournement). Voilà encore une fière et belle cité comtoise, dominée par l'imposant beffroi (1586) de la collégiale Notre-Dame. La ville se bâtit autour de son pont sur le Doubs ("dol" = péage). Celui que l'on peut emprunter aujourd'hui date du XVIIIe siècle. C'est la route blanche Paris-Genève qui y passe. Mais l'histoire de la ville s'accélère en 1386: la Comté se détache du duché de Bourgogne et revendique une certaine autonomie. Besançon, administrée par le Saint-Empire ne peut servir de capitale. C'est donc Dole qui est choisie par le duc Philippe le Hardi. Et en 1422, l'université de Comté s'y installe, confirmant l'installation du pouvoir politique entre ses murs. Mais 1479 est une année tragique, Louis XI attaque la ville et rase quasiment tous les bâtiments. Heureusement, après le traité de Senlis en 1493, des jours meilleurs s'annoncent... Plus tard, Dole est à nouveau attaquée sous Henri IV, Louis XIII et définitivement rattachée au royaume de France sous Louis XIV. De ce fait, la cité perd toutes ses institutions, qui sont transférées à Besançon. Comble de malheur, la ville n'arrive pas à être, en 1790, choisie pour être le chef-lieu du département du Jura... C'est Lons-le-Saunier, pourtant plus petite, qui héritera de cette distinction! Bon, fierté de la cité: Louis Pasteur; le grand scientifique y est né en 1822 avant d'aller habiter à Arbois avec sa famille.

A VOIR, A FAIRE
L'hôtel-Dieu et le quartier du canal des Tanneurs, le monument central de la ville, la collégiale Notre-Dame (XVIe siècle), la maison natale de Louis Pasteur (musée), le musée des Beaux-Arts, plusieurs hôtels particuliers et le palais de justice, ancien couvent des Cordeliers, créé en 1372. A côté, par la route de Dijon, le mont Roland est un lieu de pèlerinage fréquenté dès 1636.

R.N.5: LA SUISSE PAR MONTS ET PAR VAUX
La N5 Paris-Genève-St-Gingolph croise la N73 à Dole. Et si on faisait un petit tour sur la route blanche par les jolis monts jurassiens et le col de la Faucille... (lire)

La RN73 historique sortait de la ville par la rue des Arènes. Il faut faire défiler neuf kilomètres pour atteindre Tavaux (aujourd'hui déviée). La route aura préalablement passé le canal du Rhône au Rhin et l'aérodrome de Dole... Il reste une grosse douzaine de kilomètres à parcourir avant d'atteindre la Saône-et-Loire. Continuer le voyage (lire)

Marc Verney, Sur ma route, juin 2010


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