Ancienne borne kilométrique de la route nationale n°67. Celle-ci a été déplacée sur un parking (photo: MV, avril 2008).
AUX LECTEURS: les textes, photos et dessins de ce site sont soumis au droit d'auteur. Pour toute autre utilisation, contacter l'auteur de Sur ma route. Merci de votre compréhension...
SOURCES ET DOCUMENTS: Atlas des grandes routes de France (Michelin, 1959); carte Dijon-Mulhouse n°66 (Michelin, 1967); Annuaire administratif, historique et statistique du département de la Haute-Saône, par L. Suchaux, impr. de L. Suchaux (1842); Géographie historique industrielle et statistique du département de la Haute-Marne, Jean Baptiste Carnandet, Simonnot-Lansquenet libraire-éditeur (1860); guide Michelin Les belles routes de France de Paris à la Suisse (1954-55); Guide Bleu de la France automobile (Hachette, 1954); Guide Bleu Franche-Comté, Monts Jura (Hachette, 1961); guide Franche-Comté (éd. La Renaissance du livre, 1999), René Gast; Haute-Marne ancienne et moderne, dictionnaire géographique, statistique, historique et biographique de ce département, Emile Jolibois, impr. Miot-Dadant (1858); Histoire de la seigneurie et de la ville de Champlitte, par l'abbé Claude-Jules Briffaut, Jules Dallet, libraire-éditeur (1869); La Franche-Comté (éd. Ouest-France, 2008); le Guide du routard Franche-Comté 2010-2011 (Hachette); Les routes du Jura (Hachette, 1930), Maurice Piquard; Jura, Franche-Comté, Belfort (Arthaud, 1973); Situation des travaux: administration générale des Ponts et Chaussées et des mines, Imprimerie royale (1843); morre-village.fr; pop.culture.gouv.fr; gray.fr; racinescomtoises.net; Wikipédia; Wikisara. Remerciements: le site du patrimoine de Bourgogne-Franche-Comté, le Géoportail de l’IGN, CartoMundi.
En sortant de Longeau, on tombe illico sur l'aigle impérial... La mémoire d'un ultime combat en 1814 (photo MV, avril 2010).
Détail d'une ancienne plaque bien rouillée de la R.N.67 à Percey (photo: MV, avril 2010).
Publicités sur une auberge du centre de Champlitte. Bons vins, bonne bière... mais on se modère sur la route! (photo: MV, avril 2010).
Mention de rues gravées à Champlitte. Notez le manque de place pour le E de la "rue Royale"... (photo: MV, avril 2010)
LIEUX TRAVERSES (1959), en italique, les anciennes RN principales croisées:
Langres (N19, N74)
Saint-Geosmes
(Vers) Bourg
Longeau-Percey (N74/D674)
Chassigny
Montvaudon
Piémont
Champlitte(N460)
Ecuelle
Oyrières
Chargey-lès-Gray
Arc-lès-Gray
Gray (N70, N474, N475)
Cresancey
Venère
Bonboillon
Tromarey
Cult
Marnay
(Vers) Ruffey-le-Château
Recologne
Audeux
Pouilley-les-Vignes
Besançon (N57, N73, N83, N486)
UN LIEN INTERESSANT. Voici la page de la R.N.67 sur le site Wikisara (lire)
Vue du trajet de la R.N.67 historique entre Langres et Besançon sur une carte de 1933 des routes à priorité éditée par le Laboratoire de médecine expérimentale.
Ancienne plaque Michelin très abimée à Marnay (photo: MV, avril 2008).
Borne de limites départementales après Marnay (photo: MV, avril 2008).


Les belles routes de France
R.N.67: ENTREE EN COMTE (II)
La deuxième partie de notre périple sur la R.N.67 historique nous fait aller de Longeau-Percey (au sud de Langres) jusqu'à Besançon, la fière capitale franc-comtoise. Le ruban de bitume s'allonge, s'ouvrant aux vastes étendues de la Haute-Saône, marquées pourtant, de-ci de-là, par de petites agglomérations au caractère affirmé: Champlitte, Gray, Marnay... On aura encore avancé de 89 kilomètres vers notre but. Là encore, le périple d’avril 2010 est complété par de nouvelles informations en 2020!

Aux limites de la Haute-Marne et de la Haute-Saône (photo: Marc Verney, avril 2010). En cliquant sur l'image vous continuez la promenade sur la route nationale 67 historique!

Au sortir de Langres, voilà Saint-Geosmes, village qui tire son nom «de trois jumeaux qui y auraient été martyrisés au IIe siècle par les romains», nous raconte le site saint-geosmes.com. C’est autour de l’église, au carrefour de deux voies antiques (un chemin vers Grancey et notre route Lyon-Trèves) que s’est développé ce village. Un peu plus au sud, on atteint le lieu-dit la Croix-d’Arles, où se trouvait, en 1917-18, l’école des chars de l’armée américaine, commandée par un certain capitaine Patton. On quitte le plateau de Langres par une longue descente peu avant Longeau-Percey. Au XIIe siècle, lit-on dans l’ouvrage d’Emile Jolibois, Haute-Marne ancienne et moderne, il y a là un «péage». Dans le même livre, on voit que «Longeau, situé sur la grande route, était plus que toute autre localité exposé au pillage et à la dévastation. A la fin du XVe siècle, il était en ruines». C'est là que les anciennes R.N.74 et R.N.67 se séparent. Aujourd’hui, on y voit partir, vers l’est, une rue de Franche-Comté (D2067) et vers le sud (D974), une rue de Bourgogne. La carte d’état-major de 1954 publiée sur le site de l’IGN montre bien le carrefour. Toutes ces chaussées sont également bien visibles sur la carte de Cassini du XVIIIe siècle publiée par le Géoportail. Les routes d’aujourd’hui ne montrent d’ailleurs ici que peu de différences avec les itinéraires royaux… Cependant, il faut désormais gagner le rond-point construit dans les années 2000 pour suivre la D67 vers Champlitte. Des «réparations» ont été menées sur cet axe en 1839, indique Wikisara. Peu après le carrefour, sur la gauche de la route, on remarque cette étonnante colonne surmontée d'un aigle impérial... Bien évidemment, il va être ici question de Napoléon Ier!! C'est ici, en effet qu'une unité de la Garde impériale repousse une colonne autrichienne en 1814. Le monument date de 1845; l'aigle est un peu plus récent: 2006...

R.N.74: DE L'EAU DANS LE VIN...
En 1959, la route nationale 74 relie l'Allemagne à Paray-le-Monial (Saône-et-Loire) en passant notamment par Sarreguemines, Nancy, Langres, Dijon, Beaune... (lire)

Un peu en amont de Gray, cette vieille plaque très rouillée de la R.N.67 se trouve sur une maison de Percey (photo: Marc Verney, avril 2010).

La «rue de Lausanne» nous emmène hors de Percey. La photographie aérienne de 1956 publiée par l’IGN montre de longs alignements d’arbres, qui, aujourd’hui, ne sont plus… hélas! Notre voie traverse d’abord le canal de la Marne à la Saône (déjà évoqué) et la ligne de chemin de fer d'Is-sur-Tille à Culmont-Chalindrey, mise en service en 1877. Après une longue ligne droite où l’on a passé le ru de Chassigny au pont de Bermont, la «route de Langres à Gray», visible sur les cartes du XVIIIe et du XIXe siècle, atteint le bourg de Chassigny. Le bourg, indique la Géographie historique industrielle et statistique du département de la Haute-Marne, «avait un château-fort qui tomba au pouvoir des Anglais sous Charles VII et qui fut repris et rasé par les Langrois». En 1815, poursuit cet ouvrage de 1860, un aérolithe s’écrase sur le territoire de la commune, sans faire de victimes heureusement. La commune est divisée en deux parties, le Mont (Chassigny-le-Haut) et Chassigny-le-Bas. Pour cette dernière partie, qui regroupe aujourd’hui une bonne partie des habitations, on voit l’appellation «le Bout-de-Chassigny» sur la carte de Cassini du XVIIIe siècle. On entre en Franche-Comté (Haute-Saône) peu après avoir franchi le bois de la Grande-Enceinte. Non loin, on remarque, sur la carte d’état-major de l’IGN, un lieu-dit «la Voie-Blanche». A quelques kilomètres de Montvaudon, la hameau de Piémont laisse une drôle d'impression: ce devait être un ancien relais, mais tout est plutôt décati... Auparavant, c’est par là, dans la zone de la combe Bernard que Wikisara signale des travaux «d’adoucissement de la pente» en 1844. Suivent une succession de virages dus à une rectification visible sur une carte routière de 1958 publiée par CartoMundi. Voici maintenant Champlitte, beau bourg de pierre blanche, perché en balcon sur la vallée du Salon. «Durant l'occupation romaine, mentionne le site racinescomtoises.net, Champlitte est à proximité de deux voies, l'une de Langres à Besançon, et l'autre de Dammartin à Langres». Plus tard, ce fut une étape importante lorsque cet itinéraire reliait la Lombardie (nord de l'Italie) aux foires champenoises. Dès l'année 1538, écrit l'abbé Briffaut, dans son Histoire de la seigneurie et de la ville de Champlitte, Charles-Quint fait fortifier la cité «à cause de sa position sur la frontière» avec «de solides murailles, de plusieurs tours et de larges fossés (...). En 1785, il existait encore quatre bastions et deux portes, dont la dernière fut démolie en 1838». Comme l’ensemble de la Franche-Comté, Champlitte, souvent ruinée par des années de guerre, passe sous définitivement domination royale française avec le traité de Nimègue, signé en 1678. De 1770 à 1780, la ville consacre une partie de ses fonds au nivellement des rues et à la réparation du pavé, découvre-t-on encore dans l'Histoire de la seigneurie et de la ville de Champlitte. Mais ces ressources sont modestes et l’on discute beaucoup autour du «droit de rouage», car «les rues de Champlitte étant fort rapides, les voituriers sont obligés d'enrayer les roues; cela fatigue et ruine le pavé. N'est-il pas juste que ceux qui le dégradent contribuent à la réparer?». Aujourd'hui, le bourg semble un peu assoupi... mais une petite balade autour de son château et dans ses minuscules ruelles s'impose avant de relancer les mécaniques vers le Jura!! Une étrange histoire: entre 1833 et 1880, des centaines d'habitants de Champlitte émigrent vers le Mexique. Un départ provoqué par le recul brutal de la production de vin local, de plus en plus concurrencé par les productions du sud de la France.

Le château de Champlitte (photo: Marc Verney, avril 2010).

A VOIR, A FAIRE
Le château Renaissance (construit de 1570 à 1577), oeuvre de la puissante famille des Vergy; l'un d'eux, François de Vergy est d'ailleurs gouverneur de la Comté. Incendié en 1751, il ne subsiste de cet édifice que la façade. Le restant date du XVIIIe. Le musée départemental, dans le château, mérite aussi le détour; fondé en 1957 par un passionné de la ville, Albert Demard, il évoque avec brio la vie locale. Pas mal aussi, le musée des Arts et des Techniques, rue des Lavières. Chaque année, en janvier, Champlitte fête son vignoble renaissant: 30 ha de vignes sont replantés en pinot noir et gris, en chardonnay et gamay.

On quitte Champlitte par la rue de la République. En regardant de près la carte d’état-major de l’IGN, on note, en contrebas de notre chemin actuel, une «rue de la Vieille-Route». Très certainement l’ancienne entrée de ville avant les travaux urbains de rectification de la fin du XVIIIe et du XIXe. La «route de Gray» de 1959 s’étire jusqu’à Oyrières en une longue ligne droite, hormis au lieu-dit le Tournant (cela va sans dire) situé en face de Neuvelle-lès-Champlitte et au passage de la ligne ferrée de Culmont-Chalindrey à Gray (ouverte en 1858 et aujourd’hui abandonnée). Non loin de là, le bourg d'Oyrières recèle deux jolis lavoirs situés le long de la route principale. La Situation des travaux de 1843 signale, aux abords de ce village, un chantier «d'amélioration» de la chaussée. On entre maintenant dans le Grand-Bois tout en ayant Chargey-lès-Gray en face de nous. Si ce bourg est dévié par une magnifique route de contournement datant du début du XXIe siècle, il nous faut suivre la «rue Nationale» pour atteindre son cœur. Puis la R.N.67 historique (D67) descend lentement en direction de la vallée de la Saône et l’urbanisation des campagnes aux alentours de Gray se fait bien sentir. Voilà le lieu-dit les Maisonnettes et Arc, un faubourg industrieux et quelque peu interminable qui s'étale de part et d'autre de la chaussée. Plus loin, la «rue de Paris» nous emmène au «pont de pierre» sur la Saône. Au Moyen Age le pont était fait de bois, indique le site patrimoine.bourgognefranchecomte.fr. Un premier ouvrage en pierre «prolongé par des passerelles en bois donnant accès aux rives droite et gauche de la Saône» existe au XIVe siècle précise encore ce site du patrimoine. Mais, emporté par les glaces il est reconstruit en 1358 et 1407; d'autres réparations interviennent au milieu du XVIe siècle par Antoine Le Rupt, maçon, en 1540, et Philibert Michel, charpentier, en 1554. Le XVIIe siècle voit deux reconstructions, entre 1603 et 1613 sous la direction de l'ingénieur Claude Flamand et en 1695 sous la direction de l'ingénieur Robelin. Aux XVIIIe et XIXe siècles, ce sont les passerelles qui permettent l'accès à l'ouvrage qui sont supprimées; on rajoute quatre arches rive droite et un bras de la Saône est asséché rive gauche. Enfin, la deuxième moitié du XIXe voit l'élargissement de l'ouvrage, entre 1842 et 1854 et entre 1887 et 1890. Deux arches sont détruites durant la Seconde Guerre mondiale. Elles seront cependant reconstruites en béton avec des motifs imitant la pierre de taille. L’histoire de Gray est mouvementée, rythmée par les conflits. Si la ville et ses remparts sont détruits par Louis XI en 1479, le siècle suivant est un véritable âge d'or pour la ville, grâce notamment au dynamisme du commerce fluvial. Plus tard, l'annexion de la Franche-Comté au royaume de France est un mauvais coup pour la région. Cependant, peut-on lire sur le site de la ville, gray.fr, l'essor économique reprend aux XVIIIe et XIXe siècles avec «l'aménagement des quais de Saône, l'organisation du centre ferroviaire, le développement des quartiers du bas de la ville avec la construction de chais, d'entrepôts à grain et de moulins». «Débouché naturel de régions à la fois industrielles et agricoles, marché où le Midi venait s'approvisionner en fer et surtout en grains, Gray était la place commerciale où affluaient les produits de la Franche-Comté, de la Lorraine, du Bassigny, de la Champagne, et tout son trafic sur la Saône reposait presque uniquement sur les exportations», écrit Lucien Bochet dans son article  «Le pays de Vesoul et de Gray» paru en 1924 dans les Annales de géographie.

A VOIR, A FAIRE
Chef d'oeuvre de la Renaissance, l'hôtel de ville et sa façade: érigée de 1567 à 1572, longue d’environ 37 m, elle comporte deux travées rythmées par des colonnes corinthiennes et composites superposées en marbre rouge de Sampans (Jura), au milieu de celle-ci, le blason de la cité; la basilique Notre-Dame, à l'architecture mixte, bourguignonne et comtoise. Là aussi, la chaire est en pierre de Sampans; le musée Baron-Martin, installé dans le château de Gray, ancienne propriété des ducs de Bourgogne. On peut se procurer à l'office du tourisme un petit dépliant bien instructif sur les promenades à faire au coeur de la vieille ville (vieilles maisons, hôtel-Dieu, hôtels particuliers).

R.N.70: AU GRAY DE LA SAONE!
Entre Bourgogne et Franche-Comté, la route n°70 traverse Dijon, capitale des grands duc d'Occident. Un voyage dans l'histoire. (lire)

Au sortir de Gray (également traversée par l'ancienne R.N.70 et d'où jaillissent les R.N.474 et 475 historiques), il faut suivre la direction de Besançon par les avenues Carnot, de Verdun et du Maréchal-Lyautey qui font office de boulevard circulaire. Ici, on remarque, sur la carte de Cassini (XVIIIe) publiée par le Géoportail de l’IGN, que la route de Gray à Besançon passe par Velesmes, Choye, Autoreille, Pin (où elle franchit l’Ognon), puis évolue au nord de Pelousey pour arriver dans la capitale franc-comtoise par le chemin des Montboucons. A cette époque, au sortir de Gray, il n’y a aucune chaussée jusqu’à Bonboillon. En consultant les documents publiées par CartoMundi, on constate que la carte d’état-major de 1839 qui s’y trouve, porte, elle, mention d’une chaussée reliant Gray à Bonboillon et au-delà. En 1842, l’Annuaire administratif, historique et statistique du département de la Haute-Saône, signale bien le passage de la «route de Saint-Dizier à Lausanne» par Bonboillon et Marnay. Jusqu’à Bonboillon, Wikisara évoque la reprise de «cinq côtes», celle des Sabotiers en 1898, puis les côtes des Etangs, des Grands-Champs, de Cresancey et de Venère en 1900. Après Bonboillon, ça se complique un tantinet. Jusqu’à la fin du XIXe, la voie file vers Chancevigney par le chemin de Beauregard et rejoint l’itinéraire des années cinquante qui a pris au large vers Tromarey au bois Meney. On entre dans Cult par la «route de Besançon». Autour de ce village, l’itinéraire ancien emprunte le «chemin de Marnay» alors que la chaussée ultérieure (rectification à la fin du XIXe siècle) suit toujours la «route de Besançon». Nous n’évoquons pas ici les grandes déviations modernes de Cult et Marnay, réalisées respectivement en 1998 et 1978 (Wikisara). On arrive à Marnay par la «route de Gray» (D67d et D29). Cette petite cité, installée aux portes du Doubs, a gardé quelques charmants souvenirs de son riche passé. C'est que son vieux pont en pierre (XVIIIe siècle) sur l'Ognon avait une forte valeur stratégique. Tout comme Champlitte, Marnay était situé sur la route de commerce entre l'Italie et la Champagne. Du coup, le passage a été fortifié très tôt et surveillé par un château. Celui-ci fut même reconstruit pour l'usage du chambellan de Charles Quint. Nous voilà donc dans le Doubs où la route conserve sa dénomination D67 jusqu’à Audeux.

A la sortie de Marnay, en direction de Besançon (photo: Marc Verney, avril 2008).

A 4,5 km, le village de Recologne est désormais contourné par une route moderne, réalisée dans les années 80, qui file rapidement en direction de l'autoroute A36 «La Comtoise». L’ancienne chaussée historique porte ici le numéro D13. Plus loin, il ne faut pas «se laisser avoir»: la R.N.67 de 1959 est désormais nommée D70 depuis Audeux jusqu’à Besançon. On entre donc dans Audeux par la Grande-Rue. Là encore, les photographies aériennes de l’IGN montrent, qu’en 1956, la route virevoltait à l’abri d’une double rangée d’arbres… L’arrivée dans le village de Pouilley-les-Vignes marque notre entrée dans la sphère urbaine bisontine. Au XVIIIe siècle, le bourg possède le plus grand vignoble du canton d'Audeux avec plus de 170 ha, écrit Wikipédia. Mais il n’en reste plus rien aujourd’hui… Au XIXe siècle, on continuait par la «route de Besançon», que l’on remarque sur les cartes de l’IGN, à partir de la zone industrielle de la Louvière. Puis on poursuivait son chemin par l’avenue de l’Observatoire qui traverse la zone universitaire de la Bouloie. En 1958, la R.N.67 historique (D70 aujourd’hui) rejoint Montrapon (un quartier «neuf» des années cinquante) par le Tertre-Pillot. Besançon est une étape majeure de notre promenade. On peut affirmer que la situation de la cité, située dans une boucle du Doubs et surplombée par un rocher de 118 mètres de haut est véritablement étonnante. C'est une ville militaire stratégique, donc entourée de superbes remparts et dominée par une somptueuse citadelle imaginée par Vauban (of course!). L'emplacement est déjà décrit par César dans ses Commentaires sur la guerre des Gaules. Victorieux des Séquanes, il y installe une garnison en 58 av. JC. Vesontio devient l'une des grandes cités gallo-romaines de l'époque. Plus tard, du XIe au XVIIe siècle, Besançon est une ville libre dépendant (de loin) du Saint-Empire. C'est au XVIe siècle que la prospérité bisontine est au plus haut, avec la présence, à la cour de Charles-Quint du chancelier Perrenot de Granvelle (né à Ornans en 1486). Louis XIV s'empare une première fois de la ville en 1668, la perd, puis la reprend en 1674 après de tragiques combats. Quasi immédiatement (1675-1683), Vauban, qui a participé à la conquête, débute le chantier de la puissante citadelle qui domine la cité. Le traité de Nimègue, en 1678, donne définitivement Besançon au royaume de France. Dès lors, nouvel essor: sous les deux règnes de Louis XV et de Louis XVI, la ville se reconstruit rapidement: palais, hôtels particuliers, bâtiments publics forment la base du décor urbain bisontin que l'on connaît encore aujourd'hui malgré de lourds bombardements en juillet 1943... En 1793, plusieurs dizaines de compagnons suisses fuyant des persécutions politiques, s'installent à Besançon: c'est le début de l'industrie horlogère dans la cité; une tâche qui emploiera jusqu'à 9000 ouvriers en 1950 (on se souviendra de la saga Lip). Personnage illustre et grand voyageur originaire de Besançon: évidemment l'immense Victor Hugo (1802-1885)... En 1933, le maire de l’époque, Charles Siffert, fait abattre de nombreux remparts, devenus inutiles; ce qui autorise la percée d’une nouvelle voirie. En septembre 1944, les Allemands, en se retirant, font sauter les ponts sur le Doubs. En terme de communications, Besançon a longtemps été un peu à l'écart des chemins modernes, comme le train: ainsi, jusqu'en en 1856, pour rejoindre Paris, les Bisontins doivent aller à Dijon en diligence. Là, nous indique l'ouvrage Jura, Franche-Comté, Belfort de Maurice Piquard (Arthaud), «la diligence était hissée sur une plate-forme et ses occupants y reprenant place, le train s'ébranlait enfin en direction de Paris».

A VOIR, A FAIRE
On conseille au voyageur une halte de deux jours au minimum pour correctement appréhender l'essentiel de Besançon. Dans l'axe du pont de Battant (aux origines romaines), voilà la Grande-Rue, l'ancienne voie romaine qui traversait Vesontio et ses hôtels particuliers (XVIe, XVIIe siècles); le palais Granvelle, imposante façade Renaissance (XVIe siècle), il abrite aussi le musée du Temps; la cathédrale Saint-Jean et le quartier alentours; la Porte Noire, un arc de triomphe datant du IIe siècle, un des derniers vestiges visibles de l'époque gallo-romaine; le musée des Beaux-Arts et d'Archéologie, une des plus anciennes collections publiques de tableaux en France; la Citadelle et le musée Comtois. A quelques kilomètres de là, le très intéressant musée des Maisons comtoises à Nancray.

R.N.57: "T'AS VOULU VOIR VESOUL"!
La route nationale 57 historique de 1959 relie Metz à Besançon en passant par Nancy, Epinal, Vesoul... Un coin de France cher aux chanteurs! (lire)

R.N.73: DE BALE A MOULINS
La route nationale 73 de 1959 relie Bâle en Suisse à Moulins dans l'Allier. C'est l'une des plus singulières transversales qui soient. Mais pas des moins bucoliques... (lire)

STRASBOURG, LYON, PAR LA R.N.83
La N67 croise la N83 à Besançon. Voilà une route qui sillonne l'Est de la France à flanc de collines: Jura, Doubs, Vosges... Une route de vacances? (voir)

R.N.486: BALLONS ET VALLONS
La route nationale 486 de 1959 virevolte autour des ballons vosgiens et s'insinue en Franche-Comté par le beau pays des "Mille-Etangs"... Etonnant! (lire)

Il reste à parcourir 59 km pour atteindre Pontarlier. La R.N.67 historique (D571) s'extrait de Besançon (où elle croise les R.N.73 et R.N.83) par le Faubourg-Rivotte, au pied de la Citadelle pour aller en direction de Morre. Au XVIIIe siècle, un port au bois s'installe ici, sur la rive gauche du Doubs, voit-on sur la Plate-forme ouverte du patrimoine (pop.culture.gouv.fr): «Là arrivent les bois de chauffage (environ 100.000 stères en 1811) et de construction, de là partent les radeaux de "grands bois" destinés aux chantiers de construction navale de Marseille». Les premiers bâtis du secteur datent de «l'époque romaine», écrit Wikipédia, quand ces Romains «percèrent le rocher entravant la route de la Suisse». On note effectivement sur la carte d’état-major du XIXe siècle publiée par l’IGN, une «voie romaine» qui prend son essor de la Couvre (vers le Trou-au-Loup) en direction de Petit-Saône. Le site internet morre-village.fr raconte l'histoire des voies de communication dans la zone: «Dès le percement de la Porte taillée au XIe siècle, une route est aménagée en bordure du Doubs et permet d’accéder à Morre et à Montfaucon par "Traîne-Bâtons". En 1574, un nouveau tracé réalisé depuis Saint-Eléonore regagne le quartier de Beausite et le bas du village. Au XIXe siècle la route, que nous empruntons, est construite et financée par un péage perçu à la Porte taillée. Ultérieurement un second péage sera réalisé au village pour contrôler l’accès au Trou-au-Loup percé pendant les années 1837-1839». La route n°67 passait cependant en un autre endroit jusqu’au milieu du XIXe siècle et la réalisation du court tunnel surplombant Morre: traversant Beurre (tout comme la route n°83) elle montait vers Larnod par les actuels chemins du Sinaï et de la Maltournée. A ce dernier lieu-dit, écrit Wikipédia, «la route n°67 partait sur Pugey et Mérey-sous-Montrond». Puis, retrouvant Ornans, elle pointait sur Chantrans et Sombacour avant d’arriver à Pontarlier. Un siècle auparavant, on remarque un itinéraire par Saône, Mamirolle, l’Hôpital-du-Grosbois, Etalans, Nods, Saint-Gorgon (la Main), la Vrine et Pontarlier. Depuis Besançon, nous suivrons la R.N.67 historique de 1959, qui rejoint Ornans sur un tracé étudié et réalisé de 1836 à 1848 et qui est l’actuelle D67. L'organisation contemporaine du secteur est totalement différente de celle de 1959: aujourd’hui, la route principale, numérotée R.N.57, file vers Pontarlier par Mamirolle, Etalans, Nods, soit en partie l’itinéraire –retrouvé- des anciens temps! (lire la suite)

Marc Verney, Sur ma route, novembre 2020

ABSINTHE ET CHOCOLAT(III)...
La troisième partie de notre promenade sur la R.N.67 nous emmène vers la frontière suisse. Un trajet historique des grandes traversées du Jura. (lire)
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