Une autre borne kilométrique de la route nationale n°67. Celle-ci a été préservée à Pontarlier (photo: MV, juillet 2007).
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Documentation écrite utilisée: Atlas des grandes routes de France (Michelin, 1959), carte Dijon-Mulhouse n°66 (Michelin, 1967), carte Beaune-Evian n°70 (Michelin, 1955), guide Michelin Les belles routes de France de Paris à la Suisse (1954-55), Guide Bleu Franche-Comté, Monts Jura (Hachette, 1961), Guide Vert Jura (Michelin, 1964), le Guide du routard Franche-Comté 2010-2011 (Hachette), Les routes du Jura (Hachette, 1930), Revue de géographie de Lyon n°27-1 (1952), "Jougne, porte du Jura central", J.G. Ebersolt, Les routes de France du XIXe siècle, Georges Reverdy (Presses de l'Ecole nationale des ponts et chaussées, 1993), site du village des Longeville-Mont-d'Or, site du bourg de Ballaigues (Suisse), Wikipédia.
Au Trépot, on trouve non seulement une magnifique ancienne fromagerie mais aussi ce vieux panneau en ciment d'un type que l'on ne rencontre que dans le Doubs (photo MV, juillet 2009).
Plaque touristique jalonnant le trajet vers la maison natale de Courbet (photo: MV, été 2009).
Les toits de Lods se répondent en cascade jusquà la Loue... Envoûtant! (photo: MV, été 1996)
Panneau touristique au bord des gorges de Nouailles. Notez la coquille: "Noailles" au lieu de Nouailles (photo: MV, été 2009).
Villes et villages traversés par la N67 historique (1959), en italique, les anciennes RN principales croisées:
Besançon (N73, N83)
Morre
Tarcenay
Ornans
Montgesoye
Vuillafans
Lods
Mouthier-Haute-Pierre
St-Gorgon-Main (la Main)
La Vrine
(Vers) Doubs
Pontarlier (N72, N437)
La-Cluse-et-Mijoux
La Gauffre
Chapelle-Mijoux
Les Hôpitaux-Vieux
Les Hôpitaux-Neufs
Jougne
Les Tavins
Frontière avec la Suisse
Un lien intéressant. Voici la page de la RN67 sur le site Wikisara (lire)
La nationale 67 a longtemps été l'itinéraire principal virevoltant entre Besançon et Pontarlier. Comme l'indique cette antique carte Michelin n°70 d'avant la Deuxième Guerre mondiale.
Un mot sur la RN67 autour d'Ornans. Le tracé de la route entre Besançon, Ornans et St-Gorgon fut approuvé en mai 1836. Une des sections (autour de Tarcenay jusqu'au pont sur la Brême), adjugée en 1840, ne fut pourtant réalisée qu'avec d'importants retards. Elle était pourtant indispensable à la poursuite du projet d'axe passant par Ornans. En 1842, c'est au tour de la section autour de Lods d'être initiée. Enfin, la partie la plus difficile, la sortie des gorges de la Loue après Mouthier (un projet approuvé en mars 1838) est inaugurée en août 1845. Dès les dernières maisons de Mouthier, la chaussée de 6 m de largeur s'élève de 189 m par une pente continue de 4 à 5,4% et traverse le rocher de la Vieille-Roche par un souterrain d'une vingtaine de mètres de longueur. Sur la plaque commémorant l'inauguration on pouvait notamment lire: "Cette entreprise hardie a été exécutée au frais des habitants de la vallée"...


Les belles routes de France
R.N.67: ABSINTHE ET CHOCOLAT! (III)
La troisième et dernière partie de notre balade sur la RN67 historique de 1959 nous emmène de Besançon à la frontière suisse en passant par Ornans, Pontarlier et les alentours du magnifique Mont-d'Or. Les monts du Jura cachent quelques unes de leurs plus belles merveilles dans le Doubs... l'occasion de visiter les jolis villages du val de Loue. Il reste donc encore 82 km à parcourir...

L'entrée du village de Mouthier-Haute-Pierre (photo: Marc Verney, été 2009). En cliquant sur l'image vous revenez à la page index du site!


On quitte la route actuelle de Pontarlier, une quatre-voies pratique numérotée N57, pour suivre la départementale 67, qui prend tranquillement le chemin d'Ornans par Tarcenay. C'est là que les automobilistes curieux pourront prendre la direction de Trépot pour y visiter une fruitière fromagère d'antan construite en 1818 (détour recommandé). Ici, tout le plateau est soumis à un phénomène hydrologique curieux: l'eau creuse les roches calcaires, forme des "emposieux" et va cheminer souterrainement pour réapparaître plus loin, dans des rivières qui entaillent profondément le plateau. La chaussée redescend maintenant en serpentant en direction de la vallée de la Loue. C'est le joli ravin du Puit-Noir dans lequel coule la Brème (voir, à gauche, la charmante promenade de la grotte de Plaisir-Fontaine).

Ornans, "Venise du Doubs", sur les bords de la jolie rivière Loue. Un rêve de peintre... d'ailleurs la ville est la cité natale de Gustave Courbet! Photo: Marc Verney, été 1996.

Quelques kilomètres plus loin, la route s'ouvre sur la vallée de la Loue. Au croisement avec la départementale 101, on pourra aller vers Cléron pour admirer son château féodal du XIVe siècle. La route d'Ornans se glisse au coeur d'une large vallée, dominée de verdure et d'entablements rocheux parfois impressionnants. La cité d'Ornans, construite sur les deux rives de la Loue s'allonge le long de l'ancienne route nationale. C'est là que le célèbre peintre Gustave Courbet a vu le jour en juin 1819. Mais Ornans a vu aussi naître l'un des personnages parmi les plus puissants de la Franche-Comté: Nicolas Perrenod (1486-1550). Devenu seigneur de Granvelle et chancelier de Charles-Quint, l'homme a donné à sa région richesse et autonomie.

On poursuit en direction de Montgesoye. La nationale déclassée s'avance dans un paysage de plus en plus pittoresque. A Vuillafans, petit bourg dominé par les rebords du plateau, on peut y voir un vieux pont pittoresque et de vieilles maisons. La vallée se resserre autour du bitume, qui se perd un peu dans la verdure. Toujours un peu plus beau, voici maintenant le bourg de Lods, classé parmi les "plus beaux villages de France". La route passe au pied des maisons qui s'étagent jusqu'à la Loue qui y forme plusieurs chutes.

Au pied du village de Lods, une étape fortement recommandée sur la route de Pontarlier. Photo: Marc Verney, été 2009.

La N67 historique (D67) passait alors, nous dit le Guide Bleu Franche-Comté, Monts Jura de 1961, juste au pied du rocher de la Loi, une falaise où étaient écrits les mots la Loi (les autres inscriptions Dieu, le Roi ayant été effacées). L'arrivée sur Mouthier n'est pas exempte de charme au printemps, lorsque les cerisiers (on est dans la capitale du kirsch franc-comtois) sont en fleurs... Bâtie en amphithéâtre sur les pentes de la rive droite de la Loue, Mouthier-Haute-Pierre fut très certainement le premier lieu habité de la vallée. Nous sommes, en tous cas, dans la partie la plus intéressante du voyage.

La route, inaugurée en 1845, domine en corniche les gorges de la Loue (gorges de Nouaille). Ces étroites gorges sont issues de l'effondrement de la voûte rocheuse qui couvrait alors la rivière. Les à-pics sont vertigineux, les vues, splendides. Plus loin, au carrefour de la Main, une route aisée conduit aux sources de la Loue. Le lieu est très touristique (affluence parfois considérable en été) et est très aménagé (trop?). Une véritable rivière souterraine sort de terre en grondant.

Le site impressionnant de la source de la Loue . Photo: Marc Verney, été 1996.

La caverne, d'où s'extraient les eaux est haute de 32 m, large de 60 m, ouverte dans une spectaculaire reculée aux parois de plus de 100 m de hauteur. Le fracas liquide est encore plus abondant à l'automne et au printemps. De retour au carrefour de la Main, il nous faut désormais suivre la direction de Pontarlier (RN57). La chaussée, nous dit le Guide Bleu Franche-Comté, Monts Jura de 1961, "parcourt un haut plateau de pâturages peu peuplé". L'ancienne N67 y atteint d'ailleurs son point culminant (858 m) peu après le hameau de La Vrine. En pente douce, c'est ensuite la descente vers Pontarlier, que l'on atteint après avoir frôlé Doubs et sa grande église.

Placés au pied du Grand-Taureau (1322 m), bien calés au coin d'une vaste plaine d'altitude, la chaux d'Arlier, les murs de Pontarlier faisaient de l'effet sur l'automobiliste de 1959 qui l'abordait par l'ouest. Aujourd'hui, ses vieilles pierres cachées par d'imposantes zones commerciales aux lueurs criardes, la ville fait peine à voir. Il faut désormais dépasser cette vaste barrière de néons pour admirer la belle porte Saint-Pierre, emblème de la cité, qui ouvre sur la -très commerçante- rue de la République.

La porte Saint-Pierre à Pontarlier. Photo: Marc Verney, été 2009.

Un mot d'histoire... "Une station de l'itinéraire d'Antonin, Ariolica, située entre Urba (Orbe) et Vesontio (Besançon), semble correspondre à Pontarlier", nous indique l'encyclopédie Wikipédia. C'est que l'histoire de la ville est liée aux voies de communication: la cluse de Joux, située à proximité, est connue depuis l'Antiquité comme le lieu de passage principal pour traverser le massif montagneux du Jura. Reconstruite en totalité après une vaste incendie en 1736, la ville n'a pas gardé de nombreuses traces de son passé, pourtant millénaire. A noter que les paysans de la région, au milieu du XIIIe siècle, qui portaient le nom de "barons bourgeois" avaient formé une petite république, le Baroichage. Une pratique qui disparaît avec l'arrivée de Louis XIV et des Français.

RN72, du sel dans les sapins!
La nationale 72 de 1959 est un vrai dépliant touristique qui prend naissance dans le val d'Amour en passant par Mouchard, Salins-les-Bains, Levier, Pontarlier... (lire)

A VOIR, A FAIRE

Une promenade le long de la rue de la République et de ses nombreux commerces. Vous y constaterez que les Suisses sont nombreux à venir faire leur shopping en France voisine... Le musée municipal d'Art et d'Histoire, l'église Saint-Bénigne, la distillerie Guy, où l'on évoquera la grande époque de l'absinthe, la "fée verte", au début du XXe siècle. Il y avait quand même 25 distilleries dans la région en 1905!!

Un peu plus loin...

La montagne est belle par ici! On peut aller au défilé d'Entreportes (5 km au nord-est), une belle cluse aux pentes couvertes d'épicéas. On peut également monter (prudence) au Grand-Taureau (1322 m), le point culminant de la chaîne du Larmont: très beau panorama jusqu'aux Alpes bernoises (par temps clair).

On quitte Pontarlier par la rue du Faubourg-Saint-Etienne. La route de Lausanne ne porte plus le n°67, mais le 57. Non loin de là, se trouve le monument qui commémore le dramatique repli de l'armée de l'est (Bourbaki) en Suisse devant l'avance prussienne (janvier-février 1871). C'est d'ici que l'on comprend le côté pratique de ces cluses: perçant littéralement les sombres monts, elles autorisent un trafic aisé et "sécurisé". Il faut en effet savoir qu'il n'y pas eu d'autre passage vraiment pratiquable que celui-ci au travers du Jura jusqu'au XVIIIe siècle (le col de la Faucille est aménagé au début du XIXe)... Au XIe siècle, La voie Pontarlier-Jougne est d'ailleurs décrite comme la voie normale de pèlerinage vers Rome.

Après avoir laissé la route (ex N437) de Malbuisson sur la droite, la RN67 historique rejoint La Cluse-et-Mijoux, dominée par l'imposante masse du fort de Joux (visite fortement recommandée). Datant du Xe siècle, le château est bâti par les sires de Joux qui veulent contrôler (péage ou confiscation...) le trafic commercial (dont le sel, très important) dans la cluse en contrebas. Réaménagé par Vauban en 1690, le fort a reçu quelques prisonniers célèbres, comme Mirabeau ou le général noir Toussaint Louverture, héros de l'indépendance de Saint-Domingue. Il a aussi protégé, sous les ordres du cdt Ploton, la retraite de l'armée Bourbaki en 1871.

L'imposant fort de Joux. Photo: Marc Verney, été 2000.

Au pied du fort, la RN67 de 1959 laisse échapper la N67B (D67B en 2011) au niveau du hameau du Frambourg, sur sa gauche, une route qui emmène le voyageur en direction de Neuchâtel (poste frontière aux Verrières-de-Joux). Un peu plus loin, à la hauteur de La Gauffre, une route départementale se dirige vers les Fourgs, un village typique de la région (vastes forêts de sapins). La chaussée s'élève maintenant de manière continue. Voilà les Hôpitaux-Vieux (1000 m) puis les Hôpitaux-Neufs. Ces noms portent la marque de Jean Ier de Chalon-Arlay, qui crée en 1282 sur cet itinéraire un hospice destiné aux voyageurs. La route nationale historique a été ici débordée par une quatre-voies qui file directement vers Jougne. On passe non loin de la station de sports d'hiver de Métabief, située au pied du Mont-d'Or (1463 m).

A Jougne, le péage du col est supprimé en 1780. L'ancien tracé qui traversait le village est abandonné en 1847 au profit d'un nouveau tracé par le hameau des Tavins. Pour ce faire, il a fallu raser une partie des fortifications du bourg. En 1849, un entrepôt des douanes est construit le long de la nouvelle route. C'est que l'on approche de la frontière suisse... La chaussée descend rapidement en direction des Ferrières-de-Joux, frontière avec la Suisse, terme de notre promenade sur la N67 historique. Là, se déroule un événement de la Seconde Guerre mondiale: l'arrestation du maréchal Pétain le 26 avril 1945, lors de la remise de ce dernier à la France par les Suisses. Depuis Saint-Dizier, nous aurons parcouru 290 kilomètres. On va pouvoir manger du chocolat... suisse!

Marc Verney, Sur ma route, janvier 2011

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