Ancienne plaque de la route n°67 à Gourzon (photo: MV, avril 2010).
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Documentation écrite utilisée: Atlas des grandes routes de France (Michelin, 1959), carte Paris-Chaumont n°61 (Michelin, 1941), carte Chaumont-Strasbourg n°62 (Michelin), Guide Bleu de la France automobile (Hachette, 1954), le Petit Futé Champagne-Ardenne (NEU, 2002), ville de Chaumont, de Langres, Wikipédia.
En regardant les vénérables cartes Michelin, on s'aperçoit, qu'à la différence de la route rapide contemporaine, l'ancien bitume de la R.N.67 longeait au plus près le cours de la Marne, traversant tous les villages riverains. On voit ici la situation autour de Joinville, ville désormais évitée par l'est (source: carte Michelin Paris-Chaumont n°61, 1941).
Signalisation moderne de la N67 vers Mussey-sur-Marne (photo: MV, avril 2010).
Villes et villages traversés par la N67 historique (1959), en italique, les anciennes RN principales croisées:
Saint-Dizier (N4)
Roches-sur-Marne
Eurville
Prez
Laneuville
Gourzon
Rachecourt-s-Marne
Breuil
Chatonrupt
Vecqueville
Joinville (N60)
Rupt
Fronville
Mussey-s-Marne
Gudmont-Villiers
Provenchères
(Vers) Vignory
Soncourt-s-Marne
(Vers) Vraincourt
Bologne
Brethenay
Condes
Chaumont (N19, N65)
(Trajet commun avec la N19/D619)
Foulain
(Vers) Marnay-s-Marne
Vesaignes
Rolampont
Humes-Jorquenay
Langres (N19, N74)
Un lien intéressant. Voici la page de la RN67 sur le site Wikisara (lire)
Anciens panneaux en métal sur la D40 à Vignory (photo: MV, avril 2010).
Plaque de rue à Brethenay, quelques kilomètres au nord de Chaumont (photo: MV, avril 2010).


Les belles routes de France
R.N.67: TOUT DOUX VERS LE DOUBS (I)
En 1959, quand je consulte attentivement mon Atlas Michelin des routes, la route nationale 67 se lance en direction des monts jurassiens depuis Saint-Dizier. Une bien originale traversée de l'est français, entre Champagne et Franche-Comté, sur une chaussée, aujourd'hui déclassée ou réaménagée en voie rapide. Du coup, au fil des kilomètres, à Joinville, Champlitte, Marnay ou Ornans, on retrouve cette agréable sensation: voyager tranquille pour découvrir un pays écarté des autoroutes. Première étape: Saint-Dizier-Langres, soit 109 km.

La route n°67 vers Mussey-sur-Marne (photo: Marc Verney, avril 2010). En cliquant sur l'image vous continuez la promenade sur la route nationale 67 historique!


Aujourd'hui, en 2011, pour sortir de Saint-Dizier (Haute-Marne), l'automobiliste qui souhaite aller en direction de Joinville peut compter sur l'amorce d'une route aménagée jusqu'à Eurville-Bienville (joli nom!). La nationale 67 historique de 1959 quitte, elle, le centre-ville de Saint-Dizier par un pont sur la Marne avant de prendre la direction de Joinville.

Quelques mots sur Saint-Dizier
Traversée par la RN4 Paris-Strasbourg, cette ville industrieuse et un peu grise au premier regard fut, dans les années cinquante une ville de brasseries et de fonderies. Autrement dit, on y coulait le métal et on y buvait des mousses...

R.N.4: ALLER REJOINDRE LES CIGOGNES
La nationale 4 file plein est vers Strasbourg et le Rhin... Terres de Champagne, de Lorraine et d'Alsace, nous voilà! (lire)

Un mot d'histoire: longtemps ville-frontière avec l'Empire germanique, Saint-Dizier fut une place militaire convoitée. On s'y bagarra souvent et ce n'est sans doute pas pour rien que les habitants de la cité s'appellent les Bragards (déformation du surnom "braves gars" donné par François Ier qui avait vu les gens de St-Dizier braver l'attaquant espagnol). Bon, sinon, la ville a été débaptisée en Belle-Forêt-sur-Marne (charmant!) durant la Révolution française et est le berceau historique des glaces Miko (miam!).

A VOIR, A FAIRE

Le château (aujourd'hui la sous-préfecture), le musée municipal, le musée de la brasserie, l'église Notre-Dame de l'Assomption, construite au XIIIe siècle, l'église en brique de laitier (scories) de Marnaval, le théâtre à l'italienne de 1865, la maison Parcollet à pans de bois apparents (XVIe siècle), Le quartier marinier de la Noue et ses pittoresques "voyottes" (ruelles étroites).

Ancienne plaque de la route n°67 à Gourzon. Photo: Marc Verney, avril 2010.

Après avoir passé le faubourg de Marnaval, la RN67 historique prend la direction de Roches-sur-Marne en longeant la vaste forêt du Val. A Eurville-Bienville, on peut quitter la tracé contemporain pour s'approcher un peu plus -avec le vieux macadam- des bords de Marne. Sous le nom D335, l'antique nationale traverse alors les villages de Prez, Laneuville, Gourzon, Rachecourt-sur-Marne, Breuil et Chatonrupt. Après 31 km parcourus, voilà déjà Joinville-en-Vallage, cité également traversée par la RN60 historique (voir la page).

R.N.60: LES VOIES DE JEANNE...
Entre Orléans et Toul via les belles cités de Sens et Troyes, voici une route qui vit au rythme de la grande histoire de France... Jeanne d'Arc, nous voilà!! (lire)

Contrairement à Saint-Dizier, la ville a été complètement détruite en 1544 par les soldats de Charles Quint. Joinville est réhabilitée par les ducs de Guise. Après un long déclin, la cité passe entre les mains des Orléans. Ultime prince de la lignée, François-Ferdinand, fils de Louis-Philippe fonda la ville de Joinville-le-Pont, près de Paris et un autre Joinville, au Brésil... Amusant rapport avec les monts du Jura, les armoiries de la ville sont aussi celles du pays de Gex, dans l'Ain. Eh, oui, dame Léonette de Gex a épousé un seigneur de Joinville en 1178. Ah, l'amour!

A VOIR, A FAIRE

Outre une sympathique balade sur les quais de la Marne (quai des Peceaux), on peut visiter le château Renaissance du Grand-Jardin, édifié entre 1533 et 1560 par le premier des ducs de Guise, Claude de Lorraine. Voilà aussi la statue en bronze de Jean de Joinville, biographe de Saint Louis, la chapelle Sainte-Anne (XVIe siècle -on y trouve le tombeau des seigneurs et princes de Joinville), l'église Notre-Dame, dont les parties les plus anciennes datent du XIIe siècle, le musée de l'Auditoire (ancien tribunal seigneurial) où l'on peut suivre les péripéties de l'histoire joinvilloise.

Pour continuer à suivre l'ancienne N67, il faut maintenant prendre la direction de Rupt. A Fronville, l'ancien tracé se confond avec le plus récent et l'on retrouve le trafic pétaradant (!) jusqu'à Gudmont-Villiers. Après Provenchères-sur-Marne, la route nous emmène jusqu'au joli bourg de Vignory. L'église Saint-Étienne (XIe siècle), de style roman mérite le détour. Le bourg était d'ailleurs, jusqu'à la construction de la déviation, une étape de qualité entre Joinville et Chaumont. Plus loin, c'est à la hauteur de Bologne qu'il faut impérativement quitter la moderne quatre-voies si l'on veut continuer sur la N67 historique (devenue ici D200).

Ancienne plaque de la route n°67 à Rupt. Photo: Marc Verney, avril 2010.

Au temps des Gallo-Romains, Bologne était une position stratégique sur la Marne, au carrefour de la voie romaine Montsaon-Soulosse. Une ligne droite nous amène ensuite au site de Condes. Le village domine le canal de la Marne à la Saône. On peut donc y voir, non loin de la route, une écluse de type Freycinet et un vaste tunnel à double sens.

Le canal de la Marne à la Saône à Condes. Photos: Marc Verney, avril 2010.

La RN67 historique entre dans Chaumont par les quartiers nord. C'est dans cette ville que son parcours va se fondre, un instant, dans celui de la route nationale 19 de Paris à Bâle. Le nom de la ville viendrait de sa localisation géographique: Calvus Mons ou "Mont Chauve", voilà qui renvoie à l'éperon abrupt qui domine les vallées de la Suize et de la Marne. Ancienne résidence des comtes de Champagne, Chaumont, née au Xe siècle, a vite pris l'ascendant sur toutes les régions alentours... Ce fut d'ailleurs, au XVe siècle, le repaire des redoutables Ecorcheurs (brrr!)... Chaumont connaît vraiment un grand essor économique et industriel au XIXe siècle: des ganteries, bonnèteries, draperies s'installent. Parallèlement, des voies de communication sont créées: des canaux sont creusés, des chemins de fer construits et le fameux viaduc est édifié en 1856. La ville a un important passé militaire: QG des troupes du corps expéditionnaire du général Pershing en 1917, base aérienne de l'Otan en 1951, plus ancienne école de gendarmerie de France...

A VOIR, A FAIRE

Le donjon, dominant la vallée de la Suize est le dernier témoignage du château des Comtes de Champagne, il est considéré comme le "berceau de la ville"; La basilique Saint-Jean-Baptiste (XIIIe-XIVe siècles); La chapelle des Jésuites (XVIIe siècle), remarquable par ses dimensions; juste à côté, une fontaine rend hommage au sculpteur Edme Bouchardon; le viaduc du chemin de fer Paris-Bâle, construit d'août 1855 à novembre 1856 (c'est tout bonnement le plus important ouvrage d'art de ce genre construit en France à cette époque!!); le faubourg des tanneries et le lavoir de Buez (quatre bassins pouvant accueillir plus de 200 lavandières...).

Pour poursuivre sur la N67 historique, l'automobiliste doit maintenant emprunter la D619/N19 jusqu'à Langres. Si son humeur est à la promenade, il peut emprunter la jolie D143 qui suit la val de Suize jusqu'à Faverolles. Là, il prendra la direction de Rolampont puis de Langres.

R.N.19: PAR ICI L'HELVETIE !
En 1959, il faut parcourir 490 kilomètre pour joindre Paris à Bâle, en Suisse, en passant par Troyes, Chaumont, Langres, Belfort et Saint-Louis, non loin de Mulhouse... (lire)

Langres, un mot d'histoire... ancienne capitale de la tribu des Lingons, Langres se soumet assez vite aux Romains qui en font une de leurs grosses places fortes. Il faut dire que la situation de la cité, juchée sur un contrefort élevé (473 m d'altitude) du plateau de Langres mérite que l'on s'y arrête... Au XVIIe siècle, le géographe Duval déclare même dans son ouvrage Description de la France et de ses provinces (Paris, 1663) que "la ville est dans une assiette si avantageuse et habitée d’un peuple si guerrier qu’elle passe pour la pucelle du pays"... Bigre! La ville s'est peu à peu développée autour de la jonction de trois voies romaines (en direction de Besançon, Bourges et Metz). Plus tard, au Moyen Age, Langres conforte son statut grâce à la religion et à ses évêques: la cité se trouvait au centre d'un immense diocèse s'étendant sur trois provinces: Champagne, Bourgogne et Franche-Comté. C'est à la Renaissance que Langres voit bâtir quelques uns de ses plus beaux édifices, comme la "maison Renaissance", située au 20, de la rue Cardinal-Morlot. Original: en 1887, la ville inaugure ce qui est le premier train à crémaillère de France...

A VOIR, A FAIRE

Le tour des imposantes fortifications s'impose absolument (vues immenses sur les campagnes voisines), elles s'allongent sur 3,6 km, on compte sept tours fortifiées, six portes et la porte gallo-romaine; la cathédrale Saint-Mammès et son cloître; la maison natale de Denis Diderot (6, pl. Diderot) et la statue du grand homme réalisée par Bartholdi en 1884. Tout autour de la ville, jolies promenades vers les lacs-réservoir du canal de la Marne à la Saône: lacs de la Liez, de la Mouche, de Charmes.

R.N.74: DE L'EAU DANS LE VIN...
En 1959, la route nationale 74 relie l'Allemagne à Paray-le-Monial (Saône-et-Loire) en passant notamment par Sarreguemines, Nancy, Langres, Dijon, Beaune... (lire)

Pour continuer sur les traces de la RN67 historique, il faut, au sortir de Langres, traverser la Citadelle et emprunter l'ancienne N74 (D674) en direction de Dijon. La route traverse Saint-Geosmes, évite le joli village de Bourg et finit par arriver à Longeau-Percey (à suivre).

Marc Verney, Sur ma route, janvier 2011


Continuer la promenade sur la R.N.67 en direction de Champlitte et Gray (clic!)
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