Ancienne borne kilométrique de la R.N.4 à Marolles, près de Vitry-le-François (photo: MV, déc. 2008).
Plaque de rue à Thiéblemont-Farémont (photo: MV, nov. 2006).

Sources et documents: Atlas des grandes routes de France (Michelin, 1959); Atlas routier et touristique Michelin France 2011; atlas n°302 De Paris à l’Alsace et à la Lorraine (Michelin, 1953-54); carte n°61 Paris-Chaumont (Michelin, 1941); carte n°62 Chaumont-Strasbourg (Michelin, 1930, 1947 et 1969); Dictionnaire historique, ou histoire abrégée des hommes qui se sont fait un nom par le génie, les talents, les vertus, les erreurs, François-Xavier de Feller, Méquignon (1821); Etudes sur le règne de Léopold, duc de Lorraine et de Bar (1697-1729), H. Baumont, Berger-Levrault (1894); Géographie historique, statistique et administrative du département de la Meuse, E. Henriquet, H. Renaudin, impr. librairie de Renaudin (1838); Guide du Routard Lorraine (Hachette, 2013); Guide Vert Champagne-Ardenne (Michelin, 2011); Histoire de Bar-le-Duc, Charles Aimond, éd. Librairie Bollaert (1982); Histoire de Lorraine, sous la direction de Michel Parisse (Privat, 1978); Histoire de Lorraine, Augustin Calmet, impr. A. Leseure (1757); Histoire de Nancy, sous la direction de René Taveneaux (éd. Privat, 1978); Histoire des duchés de Lorraine et de Bar et des trois Evêchés, E.A. Bégin, éd. Vidard (1833); Histoire des routes de France, du Moyen Age à la Révolution, Georges Reverdy, Presse de l’ENPC (1997); Histoire de la ville de Saint-Nicolas, Xavier Maire, P. Trenel éd. (1846); Histoire des villes vieille et neuve de Nancy, J.J. Lionnois, Haener père impr. (1811); Les routes de France du XXe siècle, 1900-1951, Georges Reverdy, Presses de l’ENPC (2007); Les rues de Nancy, Dominique Robaux, éd. universitaires Peter Lang (1984); Les travaux publics et le régime des corvées en Lorraine au XVIIIe siècle, Pierre Boyé, Berger-Levrault et Cie éd. (1900); Lorraine-Ardennes (guide touristique MAIF, 1961); L'urbanisme à l'époque moderne: XVIe-XVIIIe siècles, Pierre Lavedan (Librairie Droz, 1982); Statistique administrative et historique du Département de la Meurthe, Louis Antoine Michel, chez l'auteur (1822); archives.marne.fr; codecomsaulxperthois.fr; toul.fr; ville-saintdizier.fr.

Passage de la Meuse vers Pagny (photo: MV, nov. 2006).

Localités et lieux traversés par la N4 (1959):
Vitry-le-François (N44)
Marolles
Vauclerc
Thiéblemont-Farémont
Perthes
Saint-Dizier (N67)
Ancerville
La Houpette
Stainville
Nant-le-Petit
Maulan
Ligny-en-Barrois (N66)
Saint-Aubin
Ménil-la-Horgne
Void (N64)
Pagny-sur-Meuse
Lay-Saint-Rémy
Foug
Ecrouves
Toul (N60)
Dommartin-lès-Toul
Gondreville
Poste de Velaine
Les Baraques
Nancy (N57, N74)
Jarville
Laneuveville
Saint-Nicolas-de-Port
Varangeville
Dombasle
Hudiviller
Lunéville (N59)

Détail d'une ancienne plaque à Gondreville (photo: MV, nov. 2006).
Plaque de la N4 à Gondreville (photo: MV, nov. 2006).
Immeuble Art nouveau du quotidien l'Est-Républicain à Nancy (photo: MV, nov. 2006).
Panneau Michelin peu avant Saint-Nicolas-du-Port (photo: MV, nov. 2006).
Plaque de cocher à Hudiviller (photo: MV, nov. 2006).

D'autres ressources autour de la nationale 4 historique: La page Wikisara consacrée à cette nationale française (lire).
La page Wikipédia de la RN4 historique (lire).


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Déviation de Nancy: «It’s a long way…». Si la liaison Paris-Strasbourg fait partie des grands itinéraires internationaux dès 1933, il en a fallu du temps pour que se mette en place une déviation routière autour de la cité de Nancy! A lire Georges Reverdy dans Les routes de France du XXe siècle, 1900-1951, «le principe de la déviation de Nancy était retenu» dès 1936, mais des interrogations ont pesé sur le tracé jusqu’en 1938… Et les ponts et chaussées y travaillaient encore en 1944… La carte Michelin n°62 de 1947 Chaumont-Strasbourg indique un projet de route passant au large de Villers-lès-Nancy (lieu-dit de Clairlieu) et allant de la R.N.4 peu après Les Baraques jusqu’au niveau de la R.N.57 plusieurs kilomètres après Nancy tout en coupant la R.N.74 avant le lieu-dit la Vierge de Chaligny. L’Atlas des grandes routes de France (Michelin, 1959) montre lui, une chaussée autoroutière se finissant à la hauteur de Saint-Nicolas-de-Port (en travaux après vers Hudivillers). Le contournement est signalé réalisé jusqu’après Dombasle (nommé A33) sur le même atlas, mais en 1967. Bizarrement, la carte Michelin Chaumont-Strasbourg de 1969 évoque un contournement routier numéroté R.N.4bis… Le doublement de cet étrange autoroute A33, qui, auparavant n’était fait (en grande partie) que de sections à trois voies sera réalisé entre 1975 et 1993..

Belles routes de France...
RN4: VOUS AUREZ L'ALSACE ET LA LORRAINE (II)
La deuxième partie de notre promenade sur la R.N.4 historique nous emmène de Vitry-le-François à Lunéville. Après Saint-Dizier, la cité des valeureux Bragards du siège de 1544, la route s’enfonce dans les collines, virevolte autour des bois sombres. Arrivés aux portes de la Lorraine, voilà déjà que s’annonce Nancy. Au cœur du duché lorrain, la ville rayonne par de multiples routes construites dès le XVIIIe siècle. Mais avant, il faut en passer par les terribles «fonds de Toul», au cœur de la vaste forêt de Haye… Un passage comblé par les habitants de la région au prix de terribles efforts qui s’étaleront -lors du XVIIIe siècle- sur dix-sept années de labeurs... C’était encore le temps de la «corvée» pour –presque- tous…

Ancien tracé de la R.N.4 à la sortie d'Ancerville, en direction de Ligny-en-Barrois (photo: Marc Verney, nov. 2006) En cliquant sur l'image, vous poursuivez le voyage vers Strasbourg.


La naissance de Vitry-le-François remonte au XVIe siècle. L'ancienne cité de Vitry-le-Perthois, «située, nous indique l’ouvrage L'urbanisme à l'époque moderne: XVIe-XVIIIe siècles, au point où le falaise de Champagne s’abaisse pour livrer passage à la Marne, à la Saulx et à la route de Paris» fut brûlée par les soldats de Charles Quint, qui pénètre en Champagne en 1544. François 1er décide, par une décision royale du 29 avril 1545, de ne pas relever les ruines de «Vitry-le-Brûlé» mais de créer une nouvelle ville fortifiée à un emplacement sur la Marne où convergent deux routes d’invasion, celle venant de Bar-le-Duc et celle venant de Saint-Dizier.

Voici la première vision du centre de Vitry-le-François que le voyageur a en arrivant de Paris (photo: Marc Verney, nov. 2006).

Le roi de France confie le chantier à un architecte italien, Girolamo Marini. Cette nouvelle cité, bâtie sur l'emplacement du village de Maucourt va se nommer Vitry-le-François. Elle se présente sous la forme d'un carré de 612 mètres de coté dont toutes les rues sont rectilignes et se coupent à angle droit. Les rues importantes, précise le livre L'urbanisme à l'époque moderne: XVIe-XVIIIe siècles «ont 12,40 m de large. L’extrémité de l’une d’elles aboutit à la porte et au pont sur la Marne». Il y a donc au total quatre portes, avec pont-levis, qui s'ouvrent aux quatre points cardinaux. La mort de François Ier, en 1547, a failli stopper net le projet. Les travaux ne reprennent –sous Henri II- qu’en 1555. En 1746, les portes, vétustes, sont remplacées; on donne à celle qui se tourne vers Paris un aspect monumental. Cette porte, démontée à partir de 1938, a été réédifiée à la sortie sur Châlons en 1982. Vitry-le-François a été détruite à 90% lors de la Deuxième Guerre mondiale. Après avoir fait le tour de la cité, la R.N.4 (de 1959) prend maintenant la direction de Saint-Dizier (D982E1).

A VOIR, A FAIRE

La collégiale Notre-Dame de l’Assomption, une église des XVIIe et XVIIIe siècles située sur la place d’Armes. Au milieu de la place, la «Déesse», une statue dédiée à la rivière Marne. On retrouve la belle porte du Pont (1746) à l’entrée nord de la ville.

La route historique traverse le village de Marolles (D396). Puis, aujourd’hui à quatre voies, la R.N.4 passe au large de Vauclerc pour rejoindre la localité de Thiéblemont-Farémont. Deux communes qui ont fusionné en 1862. Un court aménagement de la route y a été effectué en 1953. Un ensemble de cartes -daté de 1776- préservé sur le site des archives de la Marne montre la quasi ligne droite de la chaussée de Nancy entre Vitry-le-François et Saint-Dizier. Il est question ici de la «route de Paris en Allemagne traversant la Champagne par Epernay, Châlons, Vitry et Saint-Dizier». Plus tard en 1882, un rapport préfectoral au Conseil général de la Haute-Marne décrit la situation sur la R.N.4: «De la limite de la Marne à Saint-Dizier, la route, peu fréquentée est en bon état et facilement entretenue avec du gravier; entre les abords de Saint-Dizier et la Meuse, au contraire, la circulation industrielle est écrasante, mais la substitution des matériaux durs (trapp des Vosges) aux matériaux du pays permet de conserver cette portion de route en bon état».

Ambiance "relais routier" à Perthes, sur une partie désormais négligée de la chaussée Paris-Strasbourg (photo: Marc Verney, nov. 2006).

Le paysage évolue, les collines s'emparent de l'horizon. Saint-Dizier, sous-préfecture de la Haute-Marne s’annonce. C’est en 1488 que le roi Charles VIII réunit la seigneurie à la couronne de France. Face au duché lorrain, la cité devient forteresse royale. En 1544, Charles Quint investit Saint-Dizier. Les habitants tiennent bon: «L’assaut, lit-on sur la site de la ville, est repoussé pendant plus d’un mois par les défenseurs avec de lourdes pertes de part et d’autre. Cette résistance permet à la France de se ressaisir et de sauver Paris». En février 1766, la Lorraine est rattachée à la France. Saint-Dizier perd son rôle de défense des frontières. Plus tard, en 1775, un incendie ravage une grande partie de la ville. Dès lors, nous narre ville-saintdizier.fr, «un ingénieur des Ponts et Chaussées, Jean-Joseph de Coluel, décide la destruction d’une grande partie des fortifications, devenues inutiles, et des maisons à colombages faisant ainsi disparaître l’aspect médiéval de la ville».

Située sur le grand itinéraire routier Paris-Strasbourg, la cité des Bragards (les «braves gars») bénéficie très tôt d'une première déviation qui détourne au nord du centre le flux automobile de la N4. Projetée dès les années quarante, elle est en service dans les années cinquante (une autre, plus récente, passe aujourd’hui au sud). A noter qu'en 1952, la première «ville nouvelle» de France, le quartier du Vert-Bois, est construite à Saint-Dizier.

A VOIR, A FAIRE

Saint-Dizier se trouve au cœur d’une des plus anciennes régions métallurgique de France. De là proviennent les éléments de fonte de la statue de la Liberté, des décors du pont Alexandre III (à Paris)… En 1900, Hector Guimard fait créer dans les fonderies de Saint-Dizier de nombreuses pièces Art nouveau. Un circuit, dans la ville, permet d’admirer certaines de ces productions. On peut voir aussi un beau théâtre à l’italienne, récemment rénové, d’anciennes demeures à colombage, dont la maison Parcollet (XVIe), ou encore l’ancienne usine Miko, devenue cinéma.

R.N.67: L'ABSINTHE NOUS FAIT CHOCOLAT!
C'est une route qui a le goût de l'histoire... et des bonnes choses!! Entre les foires de Champagne et les monts jurassiens, quelques centaines de kilomètres charmants et à avaler avec joie et passion... (lire)

A gauche, la porte de Paris à Vitry-le-François. L'originalité de cette porte est son implantation: démontée à partir de 1938, elle fait actuellement face à la route de... Châlons-en-Champagne... A droite, ancienne borne kilométrique de la N4 à Stainville (photos: Marc Verney, nov. 2006).

On quitte Saint-Dizier par la route de Nancy et d’Ancerville. Là, raconte l’Histoire de Lorraine, «le tracé Saint-Dizier-Ligny via Stainville» est imposé à la moitié du XVIIIe siècle par Choiseul. Avant la fin du XVIIIe siècle, le trafic vers Nancy passait plutôt par Bar-le-Duc et Commercy. Nous entrons dans la Meuse, en Lorraine.

Pour cette région, séparée du royaume de France jusqu’en 1766, la viabilité des routes a toujours été un grand souci. Au début du XVIIIe siècle, le duc Léopold, qui a la Lorraine en charge depuis 1690, va œuvrer à la restauration des axes routiers. Une période «féconde», indique même l’ouvrage Les travaux publics et le régime des corvées en Lorraine au XVIIIe siècle: «Les anciens chemins restaurés, puis plus soigneusement entretenus, avaient été rendus moins dangereux aux voyageurs. Futaies et taillis avaient été abattus à 30 toises de chaque côté des routes qui les traversaient». Un nombreux personnel des ponts et chaussées est même embauché, bâtissant, jusqu’à la fin du règne de Léopold en 1729, près de 400 ponts et traçant près de 800 km de routes. Toujours bien entretenues au milieu du XVIIIe siècle, les chaussées de Lorraine «sont, en général, apprend-on dans l’ouvrage de Pierre Boyé, recouvertes de bons et solides matériaux. Les substances terreuses avec lesquelles on les exhaussait auparavant, ont été remplacées. Les pierres, qui rendaient jusqu'alors les chemins "extrêmement durs et pénibles aux voyageurs", sont concassées avant le rechargement».

C’est entre 1739 et 1769 que l’on réalise une chaussée entre Saint-Dizier, Ancerville, Stainville, Ligny-en-Barrois. Il s’agit d’aller tout d’abord vers Commercy. Des travaux réalisés grâce à l’obligation de corvée, due par les riverains de ces routes en mai et octobre de chaque année. Inutile de préciser que cette «corvée» sur les routes n’avait rien d’enthousiasmant…

Une grande montée vers Ancerville par la vallée du Château et l'automobiliste du XXIe siècle se retrouve sur une vaste quatre-voies qui pourra l'emmener sans heurt jusqu'à Nancy. En consultant les vieilles cartes, on retrace le tracé de la N4 d'antan. A Ancerville, c’est la rue de Saint-Dizier et de Ligny. Autour de La Houpette, plusieurs virages serrés sont coupés par la route moderne depuis 1958. A Aulnois-en-Perthois, un nouvel échangeur se détourne de la vénérable route nationale. Stainville, pour sa part, est totalement contournée. La voie rapide passe au sud du mont Dardel sur lequel s’appuie la petite localité, traversée par l’antique nationale (D604). Le village, ravagé par les combats de juin 1940, est, nous indique le site codecomsaulxperthois.fr «reconstruit à l’issue de la guerre entre 1950 et 1952, et définitivement achevé en 1959».

A VOIR, A FAIRE

L’abbaye de Jovilliers (XIIe siècle) de l’ordre des Prémontrés. Reconstruite au XVIIIe siècle.

Carrefour "à l'ancienne" vers Nant-le-Petit (photos: Marc Verney, nov. 2006).

Dans la côte Pierreuse, avant Ligny-en-Barrois, un virage sec est négligé par la voie rapide (heureusement!). La petite cité est complètement évitée par un pont qui domine les maisons et le croisement avec la R.N.66 historique. Jadis enclave du duché du Luxembourg, le comté de Ligny devient propriété de Léopold de Lorraine en 1719. «Ligny est bâtie avec régularité. Les rues en sont larges, propres, bien percées et aboutissent à une belle place publique», peut-on lire dans la Géographie historique, statistique et administrative du département de la Meuse. L’ancienne route nationale (praticable) sort de la cité par la vallée des Grèves et rejoint le tracé actuel après une longue boucle au nord.

A VOIR, A FAIRE

Les portes de Ligny, édifiées par les ducs de Lorraine, dont la porte de France (1780); la tour Valéran du XIIIe siècle, pièce maîtresse du système défensif de la cité. Spécialité locale: les lorgnons linéens, hommage pâtissier à l’industrie des verres correcteurs dont le leader mondial est établi ici.

R.N.66: DE BAR A BALE
La route nationale 66 historique de 1959 relie simplement Bar-le-Duc en Lorraine à Bâle, aux portes du Jura suisse. Une belle promenade à faire en toutes saisons (lire)

Plus loin encore, selon Les routes de France du XXe siècle, 1900-1951, la courte déviation de Saint-Aubin est réalisée avant la Deuxième Guerre mondiale. A Mesnil-la-Horgne, lieu de naissance de l’historien lorrain Dom Calmet, le contournement est mis en service en pleine guerre, en 1941. Plus loin, à Void, si la cité est contournée depuis le début des années 70, un projet de passage amélioré est approuvé dès 1782 après des dizaines d'années de discussions, nous explique encore Georges Reverdy, dans l’Histoire des routes de France, du Moyen Age à la Révolution. On note les traces d’une voie antique peu avant le bourg, à l’ouest (on y passe le pont des Pèlerins!). Void a vu naître Nicolas-Joseph Cugnot, le 25 septembre 1725. C’est l’inventeur –en 1769- d’une machine roulante à vapeur, le fardier, qui fut l’ancêtre de nos véhicules à moteur. Le fardier de Cugnot était capable, dans l’une de ses versions, de transporter 5 tonnes à 3,5 km/h!

R.N.64: DES ARDENNES AUX VOSGES
La route nationale 64 de 1959 traverse les plus grands champs de bataille français et nous emmène au pied des Vosges par la jolie forêt de Darney (lire)

Entre Void et Pagny, la chaussée passe le canal de la Marne au Rhin (mis en service en 1853) sur le «pont Biais». A Pagny, la route nationale historique traverse la Meuse et diverge totalement de la quatre-voies qui évite tous les bourgs. Nous voici donc sur la D36d et la D400, qui coupe un ancien lit de la Moselle où se trouve désormais le canal. Avant Lay-Saint-Rémy, la route traverse un lieu, le fond de Louvaud, où, dit-on, s'embusquaient des voleurs de grand chemin pour détrousser les voyageurs. Là et à Foug, les rues s’appellent aujourd’hui rue de France, rue du Saint-Empire, route de Paris. Nous voilà maintenant en Meurthe-et-Moselle sous les remparts de Toul. Placée sur l'axe romain Trèves-Lyon qui la traverse de part en part, Toul est -comme on dit- une cité chargée d'histoire… La cité apparaît au Second Empire romain sous le nom de Tullium Leucorum. Concernant l'axe Est-Ouest, il existait bien une voie romaine de Bar-le-Duc à Toul, mais le trajet de celle-ci ne se confondra jamais avec celui de la R.N.4 historique, passant au sud par Boviolles, Saint-Germain-sur-Meuse et le lieu-dit de La Savonnières. Après avoir été l’un des Trois Evêchés, c'est en 1648 que la ville devient officiellement française par le traité de Westphalie. Et, située aux marges du royaume de France, la cité est donc fortifiée par l'omniprésent Vauban en 1700. Encore une fois, de nombreux bâtiments de la cité sont détruits durant les combats de 1940. La construction du pont de 7 arches sur la Moselle vers Dommartin-lès-Toul a débuté en 1754.

A VOIR, A FAIRE

Il ne faut pas manquer de visiter la cathédrale Saint-Etienne, dont la construction, lancée au XIIIe siècle a duré trois bonnes centaines d’années! Un itinéraire de promenades médiévales est disponible à l’office du tourisme. Dans un ancien hôpital du XIIe siècle, la Maison-Dieu, le musée d’Art et d’histoire présente de belles collections. A 7 km, le fort de Villey-le-Sec est un bon exemple de l’architecture défensive de type Séré-de-Rivière (fin du XIXe siècle).

R.N.60: LES VOIES DE JEANNE...
Entre Orléans et Toul via les belles cités de Sens et Troyes, voici une route qui vit au rythme de la grande histoire de France... Jeanne d'Arc, nous voilà!! (lire)

Puis c'est la forêt de Haye, vaste et vallonnée, qui s'étend aux abords immédiats de Nancy. Pour atteindre cette cité à l’est, il fallut longtemps, nous narre l’Histoire de Nancy, «contourner le massif soit par le nord à Frouard, soit par le sud à Pont-Saint-Vincent». La route historique la traverse de part en part après des travaux imposants menés au milieu du XVIIIe siècle dans les Fonds de Toul par le peu populaire intendant La Galaizière. «Dès 1703, lit-on dans l’ouvrage Les travaux publics et le régime des corvées en Lorraine au XVIIIe siècle, le duc Léopold s'était occupé de faire élargir et améliorer considérablement une voie si importante. Mais, devant les obstacles offerts par la nature eu ces lieux accidentés, il avait jugé excessif d'employer gratuitement les habitants à une telle tâche. Il avait renoncé, d'ailleurs, à supprimer complètement certaines pentes périlleuses, et la route continuait à y décrire de longues et dangereuses courbes».

A Gondreville, on trouve deux belles plaques de cocher de la R.N.4 (Photo: Marc Verney, nov. 2006).

Les travaux recommencent en 1745. Ils dureront 17 ans et imposeront de grandes souffrances aux riverains corvéables. Il s’agit d’obtenir «dans le parcours de la forêt de Haye, une chaussée large, directe et d'égal niveau». Le chantier, qui élève la route d’une cinquantaine de mètres, est ainsi décrit par Pierre Boyé: «Voici les deux gouffres; ils sont larges et profonds. Le premier, surtout, qui mesure 150 pieds de dépression verticale. Il s'agit pour les habitants du pays de combler ces abîmes, et d'exhausser la route qui les traverse. Ils accumuleront les matériaux; ils élèveront successivement des terrasses. L'œuvre est immense; qu'importe!» Un lieu-dit naît sur l’emplacement des travaux: Les Baraques, où l’on trouve quatre auberges au cours du XVIIIe siècle. Beaucoup plus tard, au XXe siècle, dans les années soixante, on lit dans le guide Lorraine-Ardennes (MAIF, 1961), qu’en raison de l’implantation d’un camp militaire américain, toute la partie nord de la forêt, entre Nancy et Toul, «est totalement impraticable».

Nancy est la première très grande agglomération rencontrée sur ce voyage. La R.N.4 historique y entre par l’avenue de Boufflers, belle avenue rectiligne, indique l’ouvrage Les rues de Nancy, tracée en 1753 pour remplacer la vieille route de la Côte. Les origines de la capitale de Lorraine sont multiples mais récentes: au XIe siècle, la présence d'un gué sur la Meurthe, la proximité de la giboyeuse forêt de Haye, le passage de la voie nord-sud la plus praticable et de l'axe de circulation Est-Ouest du sel ont certainement décidé le duc Gérard à établir une petite place forte du nom de Nanciacum.

Nancy peut alors se développer –lentement- entre royaume de France et Saint-Empire romain germanique sous la férule des ducs de Lorraine jusqu'au XVe siècle. «L’obstacle des côtes de Moselle, dit l’Histoire de Nancy, repousse les carrefours commerciaux au nord avec Pont-à-Mousson et au sud à Saint-Nicolas-de-Port (qui organise de vastes foires au XIIIe siècle)». Puis, en 1477, Charles-le-Téméraire meurt sous les murs de Nancy; le rêve d’un Etat bourguignon identique à la Lotharingie s’efface avec lui… C’est à la fin du XVIe siècle, en 1588 que Nancy prend un nouvel essor: Charles III décide de tripler la taille de la cité avec la Ville-Neuve. En 1737 –après une longue occupation au XVIIe siècle- le roi de France, Louis XV, acquiert la Lorraine et y établit son beau-père, Stanislas Leszczynski. Cet ancien roi de Pologne fait de grands aménagement à Nancy, dont la célèbre place Stanislas. Mais, derrière ces multiples travaux, souligne l’Histoire de Nancy, se trouve l’intendant français, Antoine de la Galaizière, qui ne laissera pas que des bons souvenirs aux Lorrains. En 1871, l'avancée prussienne place la grande cité de Lorraine quasiment aux frontières du pays, et ce jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale (en 1914, la terrible bataille du Grand-Couronné sauve Nancy de l’occupation allemande). Mais, heureusement, la cité des bords de Meurthe, avec l’apport des nombreux Alsaciens ne souhaitant pas devenir Allemands, s’est développée: une frénésie de construction embrase la ville, de vastes industries s’installent. A la fin du XIXe siècle, l'Ecole de Nancy fait bâtir de nombreux bâtiments inspirés par l'Art nouveau.

A VOIR, A FAIRE

Il ne faut pas manquer d’arpenter la place Stanislas, totalement piétonne, créée en 1751 par l’architecte Emmanuel Héré sur d’anciens marais à la gloire de Louis XV, gendre de Stanislas. On peut également visiter le musée des Beaux-Arts, qui offre un panorama artistique européen depuis le XIVe siècle jusqu’à aujourd’hui. On y admire aussi les 350 pièces de la collection Daum. Mais aussi la place de la Carrière, la cathédrale Notre-Dame… Dans la ville vieille: la Grande-Rue au tracé médiéval bien affirmé, le palais ducal et le musée Lorrain (avec le couvent et l’église des Cordeliers). Les bâtiments Art nouveau disséminés dans toute la ville et le musée de l’Ecole de Nancy

R.N.57: "T'AS VOULU VOIR VESOUL"!
La route nationale 57 historique de 1959 relie Metz à Besançon en passant par Nancy, Epinal, Vesoul... Un coin de France cher aux chanteurs! (lire)

R.N.74: DE L'EAU DANS LE VIN...
En 1959, la route nationale 74 relie l'Allemagne à Paray-le-Monial (Saône-et-Loire) en passant notamment par Sarreguemines, Nancy, Langres, Dijon, Beaune... (lire)

Il ne reste, dans la ville, plus de traces du passage de la nationale 4. Au Moyen Age, c’était la rue Saint-Nicolas qui menait à Saint-Nicolas-de-Port. Aujourd’hui voilà l’avenue de Strasbourg, créée en 1723 à partir de la porte Saint-Nicolas. Au tout début du XVIIIe siècle, ce coin de l’agglomération n’est que peu bâti (édifices religieux, fermes); de 1715 à 1729, on y construit «sans relâche», précise l’Histoire de Nancy. Voici Jarville-le-Malgrange, où l’on peut encore voir un «quai de la Bataille» en souvenir du siège de 1477 (c’est là que se trouvaient les troupes bourguignonnes). Pour imaginer l'itinéraire de 1959, il nous faut toujours suivre la départementale 400 qui traverse le bourg de Saint-Nicolas-de-Port (St Nicolas est le patron de la Lorraine), et dont un pont de trois arches sur la Meurthe a été reconstruit en 1741 après une crue dévastatrice en octobre 1740, apprend-on dans la Statistique administrative et historique du Département de la Meurthe. Initialement connu sous le nom de Port, le lieu –comme son nom l’indique- a longtemps servi de débarcadère pour les marchandises circulant sur la Meurthe. Saint-Nicolas est aussi le lieu d’expédition du sel gemme que l’on retire des mines environnantes, exploitées dès le XIIe siècle, notamment à Art-sur-Meurthe, à Varangéville, à Rosières-aux-Salines (l’exploitation de Varangéville, en service depuis 1855 se développe à 160 m sous terre).

A VOIR, A FAIRE

La basilique de Saint-Nicolas est l’une des plus belles constructions gothiques de Lorraine. Très abîmée par les conflits, elle a été rénovée grâce aux dons d’une riche héritière, Camille Froué-Friedmann, qui avait épousé un magnat texan du textile.

La route nationale 4 historique (D400) à Hudiviller (photo: Marc Verney, nov. 2006).

Après Dombasle-sur-Meurthe, on arrive à Lunéville par le faubourg de Nancy. Une chaussée qui a été réalisée au début du XVIIIe siècle. Un premier château fut construit dans la région «pour protéger, lit-on dans l’encyclopédie Wikipédia, le point de passage que constitue le pont sur la Vezouze, sur la route du sel que les sauniers et marchands empruntaient entre Rosières, Vic-sur-Seille, Marsal d'une part et Deneuvre, l'Alsace et la Bourgogne d'autre part». «Lunéville, découvre-t-on dans l’Etude sur le règne de Léopold, n’était qu’une bourgade en 1697, les fumiers et les porcs encombraient ses rues étroites, malpropres, creusées d’ornières profondes qui en rendait la fréquentation difficile et souvent même dangereuse. De 1700 à 1702, la Chambre obligea les propriétaires à faire paver devant leurs maisons»… «En 1728, la place Neuve (auj. Léopold) fut tracée; on exempta de corvée ceux qui bâtiraient en trois ans sur la place ou les rues attenantes des maisons solides et complètes»…

Le château de la cité, qui domine le centre-ville abrita longtemps Stanislas Leszczynski, roi détrôné de Pologne et beau-père de Louis XV. C’est aussi à Lunéville, dans les ateliers de la fabrique Lorraine-Dietrich qu’ont été réalisés les wagons du plus célèbre train du monde, l’Orient-Express.

A VOIR, A FAIRE

Possédé par les ducs de Lorraine depuis le XIIIe siècle, le château, «vrai petit Versailles lorrain» a été construit pour Léopold Ier entre 1703 et 1720. Quelques itinéraires de promenade entre vieille ville et centre-ville. A côté de Lunéville, le mémorial de Léomont rappelle un des –nombreux- épisodes sanglants de la Première Guerre mondiale.

On quitte Lunéville par la rue Nationale et le faubourg d’Alsace (D400). Là, dans le prolongement du parc du château, on trouvait un «champ de manœuvres» (la ville, surnommée la «cité cavalière» reçoit de très nombreuses unités militaires à cheval). Le premier village croisé est Marainviller.

Marc Verney, Sur ma route, octobre 2013.

AU FIL DE LA ROUTE NATIONALE 4...
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