Ancienne plaque directionnelle de la R.N.66 à Ligny-en-Barrois (photo: MV, octobre 2011).
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SOURCES ET DOCUMENTS:Atlas des grandes routes de France (Michelin, 1959); Atlas routier France (Michelin, 2011); carte Michelin Paris-Chaumont n°61 (1941); carte Michelin Chaumont-Strasbourg n°62 (1969); Bulletin des lois, Ch. de Picamilh, Imprimerie impériale (1865); Bulletin des lois du royaume de France, Imprimerie royale (1838, 1842, 1843); Chronique des rues d'Epinal, Jean Bossu (Jeune chambre économique d'Epinal, 1976); Epinal (éd. Bonneton, 1991); Epinal, Bertrand Munier (Alan Sutton, 2000); Guide du Routard Lorraine (Hachette, 2011); Guide vert Michelin Alsace-Lorraine (2010); Histoire de Bar-le-Duc, Charles Aimond (éd. Librairie Bollaert, 1982); Histoire de Lorraine, par la Société lorraine des études locales dans l'enseignement public (éd. Berger-Levrault, 1939); Histoire de la Lorraine, sous la direction de Michel Parisse (Privat, 1978); Itinéraire général de la France, Vosges et Ardennes, Adolphe Joanne, Hachette (1868); La Lorraine dans la guerre de 14-18, Gérard Canini (Presses universitaires de Nancy, 1984); Le département des Vosges, description, histoire, statistique, Léon Louis, imprimerie E. Busy (1887); Le plateau lorrain, B. Auerbach (Berger-Levrault et Cie, 1893); Les routes de France au XXe siècle, 1900-1951, Georges Reverdy (Presses de l'ENPC, 2007); «Naix-aux-Forges, Nasium: de l'oppidum gaulois à la ville romaine», Laurent Legin, Collection de l'Institut des Sciences et Techniques de l'Antiquité (1997); Neufchâteau en Lorraine au Moyen-Âge de Pierre Marot (compte-rendu par Jules Vannerus), Revue belge de Philologie et d'Histoire (1935); Situation des travaux, ministère des Travaux publics, Imprimerie royale (1845); Vouthon-Haut et ses seigneurs, H. Labourasse, imprimerie Contant-Laguerre (1890); barleduc.fr; 2edb-leclerc.fr; herodote.net; mairie-de-tronville.fr; mirecourt.fr; tourisme-barleduc.fr; tourisme-mirecourt.fr. Remerciements: la DIR Est, la Bibliothèque publique d'information du centre Georges-Pompidou, le Géoportail de l’IGN, Wikisara, Wikipédia.
Plaque indicatrice à Dompaire (photo: MV, octobre 2011).
VILLES ET VILLAGES traversés par la N66 historique (1959), en italique, les anciennes RN principales croisées:
Bar-le-Duc (NVS)
Longeville-en-Barrois
Tronville-en-Barrois
Velaines
Ligny-en-Barrois (N4)
Naix-aux-Forges
Saint-Amand-s-Ornain
Tréveray
Saint-Joire
Evaux
Demange-aux-Eaux
Baudignécourt
Houdelaincourt (N60)
Abainville
Gondrecourt-le-Château
Vouthon-Bas
Vouthon-Haut
Greux
(R.N.64 jusqu'à Neufchâteau)
Neufchâteau (N65, N64, N74)
L'Etanche
Rouvres-la-Chétive
Châtenois
Mannecourt
La Neuveville
Houécourt
Gironcourt-sur-Vraine
Ménil-en-Xaintois
Dombasle-en-Xaintois
Rouvres en Xaintois
Domvallier
Ramecourt
Mirecourt
Mattaincourt
Velotte-et-Tatignécourt
Racecourt
Dompaire
Madonne-et-Lameray
Darnieulles
Uxegney
Epinal (N57)
(R.N.57 jusqu'à Remiremont)
Remiremont (N57)
LA "VOIE SACREE", une route gagne une bataille décisive. C'est le 21 février 1916 au soir que tout commence. L'ordre n°15 de l'armée française stipule que "la route de Bar-le-Duc à Verdun est interdite de la manière la plus absolue à tout convoi à chevaux (...). Toutes les voitures automobiles s'engageant sur cette route devront se conformer aux consignes qui leur seront données par le Service de Surveillance". L'opération de ravitaillement de Verdun commence. Dès les premiers jours, près de 4000 véhicules vont circuler sur l'axe de 80 km de long. A chaque carrefour, des régulateurs organisent le trafic et fluidifient la circulation. Ils sont aidés par 10 000 soldats territoriaux, qui, armés de pelles et de pioches vont déverser 700 000 tonnes de cailloux pour immédiatement combler les ornières causées par le va-et-vient incessant. Entre février 1916 et janvier 1917, nous dit la Revue historique des armée, ce sont 2,4 millions d'hommes et 2 millions de tonnes de nourriture, munitions et matériels divers qui ont transité par cette voie alors que des milliers ont pu être facilement évacués.
ROUTES ET DUCHES. A l'image de la France voisine, la grande oeuvre des ducs de Lorraine au XVIIIe siècle est routière. Le programme de développement vise, nous explique l'Histoire de la Lorraine, à mieux raccorder les villes de la région Est à l'Alsace voisine et à la France. Ainsi, des routes, tracées dès 1732, vont-elles par exemple relier Sedan à Langres par Neufchâteau, Sedan à Bitche par Thionville, Bar-le-Duc à Epinal ("notre" N66). Les cols des Vosges (Bonhomme et Bussang) sont aménagés après 1750 alors que l'on travaille sur la traversée de la forêt de Haye (Toul à Nancy) de 1745 à 1759. Un peu plus tôt, entre 1698 et 1729, le duc de Lorraine Leopold aura été un grand constructeur de routes dans la région, faisant disposer des poteaux indicateurs le long des axes, planter des arbres et réorganiser le corps des ingénieurs. Mais l'entretien de cet ambitieux réseau reste insuffisant: en hiver, les profondes ornières remplies de boue ralentissent fortement le trafic.
Sur les quais de la Moselle, à Epinal. On y lit les distances jusqu'à la source de cette rivière et jusqu'à Coblence (photo: MV, octobre 2011).

Nos belles routes de France
R.N.66: LA SUISSE PAR LA LORRAINE (I)
Autour de cette tortueuse R.N.66, on ne va quand même pas vous faire le coup de la «Highway 66» à la française!! La route nationale 66 historique de 1959 relie simplement Bar-le-Duc en Lorraine à Bâle, aux portes du Jura suisse. Soit un parcours de 287 kilomètres (d'après l'Atlas des Grandes routes de France 1959) qui nous fait sillonner la Lorraine, contourner les ballons des Vosges, puis traverser les vignobles d'Alsace... et finir au pied du Rhin, dans cette croquignolette région du Sundgau. Nous voilà encore une fois sur un antique axe commercial majeur, qui a jadis relié le nord -riche- de l'Italie à la Lotharingie... Le trajet a été effectué (d'une traite) en octobre 2011 et le premier article écrit un an plus tard. Du coup, dix ans plus tard, il me semblait juste de repartir sur les sentiers virtuels de cette route n°66 et d’en ramener une belle quintessence.. Première partie, de Bar-le-Duc à Epinal.

Un tronçon bien dégradé de la R.N.66 ancienne juste à côté de Gondrecourt-le-Château (Photo: Marc Verney, octobre 2011). En cliquant sur l'image, vous continuez la promenade sur la RN66 historique.

C'est sous un soyeux soleil d'automne 2011 que nous avons entamé notre périple sur la nationale 66 historique. Tous les écoliers français connaissent Bar-le-Duc, notre ville de départ... C'est en effet là que débutait, en 1916, la fameuse «voie sacrée», la chaussée de plusieurs dizaines de km qui a permis aux soldats défendant Verdun d'être ravitaillés jour et nuit... et donc de résister aux assaillants allemands durant cette terrible Première Guerre mondiale. «Bar-le-Duc, dit le site herodote.net, tire son nom d'un mot celte qui désigne un promontoire. Effectivement, elle est née sur une hauteur qui domine l'Ornain, un affluent de la Marne. Elle a succédé au Moyen Age à la cité gallo-romaine Caturiges, installée au bord de la rivière». Cette cité voyait passer la voie antique de Reims à Metz qui suivait la rive droite de l’Ornain (Wikipédia). Beaucoup plus tard, au XIIIe siècle, Bar est la capitale d'un comté qui comprend les cités de Saint-Mihiel, Pont-à-Mousson et Briey. Deux nouveaux quartiers sont construits et l'essor de la ville se poursuit alors qu'en 1354, le comté est élevé en duché. C'est l'amorce d'une période faste qui durera jusqu'au XVIe siècle. Mais la situation s'assombrit au XVIIIe siècle: en 1766, au moment du rattachement de la Lorraine à la France, la grande route de Paris à Strasbourg est détournée de Bar-le-Duc et passe par Stainville, délaissant toute la région de Bar. Au début du XXe siècle, la guerre de 14-18, outre la création de la «voie sacrée» va toucher Bar-le-Duc: sauvée de peu de l'invasion allemande en septembre 1914, la ville va être cependant bombardée durant le conflit, coûtant la vie à 300 civils. Plus récemment (et beaucoup plus pacifiquement), de Bar-le-Duc à Saint-Amand (quelques km après Ligny), il y eut, en 1937, nous dit Georges Reverdy dans Les routes de France au XXe siècle, 1900-1951, des demandes pour élaborer des pistes cyclables bâties le long de la route...

A VOIR, A FAIRE A Bar-le-Duc, il faut aller dans la ville haute, qui fut le quartier aristocratique de la cité: on peut arpenter la rue des Ducs-de-Bar avec ses maisons du XVIe siècle, puis la place Saint-Pierre, dominée par la collégiale gothique Saint-Etienne, qui renferme une sculpture célèbre, le Transi. Toujours dans la ville haute, voilà le Musée barrois (bâtiments du XVIe siècle), la tour de l'Horloge (dernier reste du château ducal), le collège Gilles-de-Trèves (1571). Enfin, dans la ville basse, on peut se promener rue du Bourg, l'une des plus élégantes de la ville... Non loin, voici le monument en hommage à Pierre et Ernest Michaux, les inventeurs du vélocipède à pédales (mars 1861). Spécialité de la ville depuis 1344: La confiture de groseilles épépinées à la plume d’oie!

Borne de limites départementales entre la Meuse et les Vosges. Photo: Marc Verney, octobre 2011.

D'après une carte du réseau routier régional au XVIIIe siècle (parue dans l'Histoire de Lorraine), le tronçon de Bar-le-Duc à Ligny-en-Barrois était réalisé dès 1734. Il est, en tous cas, parfaitement visible sur la carte de Cassini publiée par le Géoportail de l’IGN. On quitte notre lieu de départ par la rue Ernest-Bradfer (D935), qui traverse le canal de la Marne au Rhin (mis en service en 1853) au pont de Dammarie. La route de 1959 longe tout d’abord Savonnières-devant-Bar. C’est de là que partait l’ancien canal des Usines (VIe siècle) qui alimentait en eau les fossés de Bar-le-Duc et assurait l’indépendance du nouveau quartier du Bourg, construit sur la rive gauche de l’Ornain, écrit tourisme-barleduc.fr. Aujourd’hui, l’ambiance est à l’industrie et au commerce dans cette zone, où l’on remarque néanmoins le pont-canal de Longeville sur l’Ornain. Notre chaussée s’approche de Longeville-en-Barrois. Au nord-est, vers Silmont, la carte d’état-major des années cinquante publiée par l’IGN montre la rectitude d’un «chemin romain», prolongement de la voie Reims- Metz précédemment citée. La route, désormais numérotée N135, s’étend en ligne droite vers Tronville-en-Barrois. «La première mention de ce village, écrit le site mairie-de-tronville.fr, se trouve dans un document de 1237» où il est fait mention que Tronville était doté d'un «château seigneurial». Au XIXe siècle, la ligne Paris-Strasbourg s’enrichit de la portion entre Bar-le-Duc et Commercy (1851); Tronville s’industrialise avec la Manufacture française d’outils, qui s’implante d’Alsace en Lorraine après le conflit franco-prussien de 1870 et avec l’usine des fours à chaux en 1875. Une nouvelle génération d’industries s’implantera à Tronville-en-Barrois dans la deuxième moitié du XXe siècle, faisant de ce village –à l’époque- une véritable mini cité dotée de HLM et de zones pavillonnaires… Jouxtant Tronville, voilà Velaines, bourg situé à 2,5 km de Ligny-en-Barrois. C’est là que notre route n°66 croisait, en 1959, la route de Paris à Strasbourg exactement au milieu du bourg, place de la république (un pont déviant la R.N.4 au dessus de la tête des habitants de Ligny a été réalisé entre 1975 et 1976).

R.N.4: CAP A L'EST
La route de Paris à Strasbourg, après avoir filé sans fin au coeur des plaines de l'est, trouve son passage vers la plaine du Rhin par le "trou de serrure" du col de Saverne… (lire)

Cette cité n'est attestée «qu'au Xe siècle», lit-on sur le site tourisme-barleduc.fr, qui publie une brochure complète sur Ligny-en-Barrois. En 1231, le comte de Bar donne la châtellenie à sa fille Marguerite, qui épouse Henri de Luxembourg. Cette famille va garder la ville jusqu'en 1719. Au Moyen Age, la localité se fortifie et se divise en deux quartiers sertis de remparts. A la Renaissance, Ligny est alliée aux rois de France. Du coup, Charles Quint ravage la ville en 1544. Le comte prisonnier, c'est son épouse, Marguerite de Savoie, qui répare les dégâts: elle fait construire une nouvelle église, l'Hôtel-Dieu, un collège, une maison pour les veuves... Puis le comté est vendu au duc de Lorraine au cours du XVIIIe siècle. De conséquents travaux d'urbanisme sont alors menés: démolition du manoir et de quasiment tous les remparts, ouverture de boulevards, édification de portes monumentales et de bâtiments publics, comme l'hôtel de ville en 1747. Durant le XIXe siècle, Ligny se dote d'industries variées, des brasseries, des fabriques de vêtements et de chaussures, de meubles... mais va surtout se spécialiser dans les instruments de précision et les verres de lunette. La R.N.66 historique (D966) traverse Ligny par les rues Leroux et Général-de-Gaulle pour remonter, nous dit le Guide Bleu de la France automobile 1954, «la jolie vallée de l'Ornain suivie aussi par le canal de la Marne au Rhin». A Naix-aux-Forges, nous approchons du site archéologique de la ville antique de Nasium, qui s'est développée à la fin du Ier siècle avant JC au niveau de la confluence de l'Ornain et de la Barboure. Cette ville avait une superficie maximum de 120 ha, ce qui en a fait, avec Metz, la ville antique majeure de l'actuelle Lorraine, rien de moins! Depuis l'époque gallo-romaine, d'importantes modifications ont perturbé la physionomie du site, écrit Laurent Legin dans l'article «Naix-aux-Forges, Nasium: de l'oppidum gaulois à la ville romaine», comme par exemple, «en 1705, lors de la construction de la route de Gondrecourt à Ligny-en-Barrois, ou en 1984, la rectification du virage dit "de Cocusse" sur l'actuelle départementale 966». Nasium est placée sur le tracé de la voie romaine de Reims à Metz qui passe par Bar-le-Duc et Toul. Cet axe routier, comme on l'a vu précédemment emprunte, à la sortie de Bar-le-Duc, la rive droite de l'Ornain jusqu'à Silmont, passe à Nançois-sur-Ornain, à l'est de Ligny-en-Barrois, rejoint Menaucourt avant d'arriver à Nasium. Dans cette cité aujourd’hui disparue, la voie antique quitte la vallée de l'Ornain pour emprunter celle de la Barboure et rejoindre Toul, signale encore Laurent Legin.

R.N.60: LES VOIES DE JEANNE...
Entre Orléans et Toul via les belles cités de Sens et Troyes, voici une route qui vit au rythme de la grande histoire de France... Jeanne d'Arc, nous voilà!! (lire)

Notre R.N.66 continue à suivre l’Ornain et le canal de la Marne au Rhin. Entre Saint-Amand et Tréveray, la chaussée ancienne, qui file droit, est rectifiée, indique une ordonnance royale du 26 juillet 1841, voit-on dans le Bulletin des lois de 1842. Au niveau de Demange-aux-Eaux, le canal pique plein est pour rejoindre Mauvages par un long tunnel de 4877 m. L’époque la plus florissante de ce village se situe bien évidemment «autour des années 1840-1852 avec la construction de ce tunnel, percé par plus de 1000 ouvriers», écrit le site portesdemeuse.fr. Trois kilomètres plus loin, la R.N.66 historique rencontre l'ancienne R.N.60 Orléans-Toul (ou «chemin de Toul» sur la carte de Cassini du XVIIIe) au niveau du village de Houdelaincourt. C’est ici que se termine l’embranchement du canal de la Marne au Rhin dont les travaux ont été entamés en 1844 (Situation des travaux de 1845). On quitte la «route d’Orléans» à la sortie d’Houdelaincourt en virant à droite vers Abainville. Sur cette chaussée, réalisée de 1734 à 1786 jusqu'à Epinal, indique l’Histoire de Lorraine, nous voici donc à Gondrecourt, 3 kilomètres plus loin, où l'on pourra voir une église du XIIe ainsi qu'une tour fortifiée du XVe siècle. L’entrée et la sortie de ce bourg ont été rectifiées, «dans les côtes» (rue du Mont et route de Neufchâteau), découvre-t-on en lisant le Bulletin des lois de 1865. La nouvelle chaussée emprunte donc les rues de Verdun, du Général-Leclerc et des Vosges. Là, nous précise le Guide Bleu de la France automobile 1954, «la route quitte la vallée de l'Ornain et, par un parcours accidenté passe dans la vallée de la Meuse». De fait, la route enjambe les collines et le vieux bitume craquelé, rapiécé (en octobre 2011) nous fait penser à d'autres temps!! Ce sont les élégantes et fines éoliennes tapissant le ciel de la région qui nous ramènent au XXIe siècle... Au creux d'un vallon, voilà Vouthon (-Bas et -Haut) avec son original monument élevé à la gloire des mamans et plus particulièrement en hommage à la mère de Jeanne d'Arc (Domrémy est juste à côté!). Le tout est particulièrement signalé et fortement teinté de religiosité... Les rues du village de Vouthon-Haut sont «généralement propres, lit-on dans Vouthon-Haut et ses seigneurs (1890), la plupart sont bordées de caniveaux mais la coutume séculaire de placer devant chaque habitation les fumiers d'étables offense à la fois l'oeil et l'odorat»... La route de Bar-le-Duc à Bâle y fut bâtie vers 1776, signale encore cet ouvrage. Au début du XVIIIe siècle, on quitte ce village pour aller en direction des Roises, d’où partent deux chemins, l’un vers Greux, l’autre vers Domrémy. Plus tard, en quelques virages en forte descente dans le bois de Greux, la route tracée sur la carte d’état-major du XIXe siècle (et d’aujourd’hui) passe dans le département des Vosges puis rencontre à Greux l'ancienne R.N.64 (D164) avec laquelle elle va faire «chemin commun» jusqu'à Neufchâteau (où l'on croise aussi la R.N.74 d'antan).

Le monument en hommage aux mamans à Vouthon. Photos: Marc Verney, octobre 2011.

DES ROUTES, DES ROUTES! L’implantation quasi parfaite de la cité fait la fortune de Neufchâteau au Moyen Age: outre l'antique voie romaine qui reliait encore à l'époque les villes rhénanes à l'Italie, nous signale Jules Vannerus dans une synthèse du livre de Pierre Marot, Neufchâteau en Lorraine au Moyen Age, «se détachait à Neufchâteau même, un chemin qui conduisait en Belgique le long de la Meuse, en passant par Verdun (une enquête de 1390 nous montre les Bourguignons charretains suivre le fleuve depuis sa source jusqu'à Mézières); à Neufchâteau encore, une route très importante rencontrait ces deux voies: traversant la Lorraine de part en part, elle avait amené du grand Saint-Gothard et de Constance, par Bâle et Mulhouse, les voyageurs qui gagnaient la Flandre en passant par la Champagne. Aussi, ce noeud de routes devait-il particulièrement bénéficier de la grande renaissance commerciale du XIe siècle; le carrefour devint relais et un portus de marchands se constitua, que le duc Thierry aura tenu à abriter dans une ville forte».

R.N.74: DE L'EAU DANS LE VIN...
En 1959, la route nationale 74 relie l'Allemagne à Paray-le-Monial (Saône-et-Loire) en passant notamment par Sarreguemines, Nancy, Langres, Dijon, Beaune... (lire)

R.N.64: DES ARDENNES AUX VOSGES
La route nationale 64 de 1959 traverse les plus grands champs de bataille français et nous emmène au pied des Vosges par la jolie forêt de Darney (lire)

R.N.65: TONNERRE SUR LOIRE
Entre Bonny-sur-Loire et Neufchâteau, la route n°65 de 1959 relie Auxerre, Chablis, Tonnerre, Châtillon et Chaumont... une voie de caractère! (lire)

De Neufchâteau, la route (D166) prend la direction de Mirecourt. Son tracé est dessiné sur la carte de Cassini du XVIIIe siècle publié par l’IGN sur le Géoportail. De premières rectifications apparaissent dès la sortie de Neufchâteau: l’ancienne voie empruntait le «chemin de Rollainville» pour grimper jusqu’à la route du Stand qui longe aujourd’hui l’aérodrome de Neufchâteau. Vers 1849 (Wikisara), la nouvelle chaussée réalisée côtoie une boucle du Mouzon avant de retrouver le chemin de Châtenois. Peu après voici la côte de l’Etanche, dont la rectification a été décidée en 1838, indique le Bulletin des lois du royaume de France de la même année. Un travail perfectionné en 1843, signale de son côté Wikisara. Nous voici, jusqu’à Jennevelle, au fond du vallon boisé de la Frézelle. Au XIXe siècle et auparavant, l’arrivée à Châtenois se faisait par le Haut-Bourg (voie communale de Rouvres et rue Edwige-de-Namur). Une rectification (datée de 1843, selon Wikisara) fait passer la chaussée par les rues Gérard-d’Alsace et de Lorraine. C’est aux XIe et XIIe siècles, découvre-t-on sur le site ville-chatenois88.fr, que la cité «acquit ses lettres de noblesse en devenant la "première résidence du premier duc héréditaire de Lorraine", c’est-à-dire capitale originelle de la Lorraine un siècle durant, bien avant Nancy. En effet, Gérard d’Alsace (aussi dit Gérard de Châtenois) en décida ainsi lors de son accession au duché en 1048». Passé ce site et Mannecourt, où la voie faisait un petit zigzag, la R.N.66 historique (D266) coupe de nombreux villages, dont beaucoup sont actuellement contournés par la moderne D166. Voici tout d’abord la Neuveville-sous-Châtenois, dont les origines proviennent de la ruine par les Hongrois, au Xe siècle, du village du Haut-du-Mont. Non loin de là, après avoir passé le Vair et le moulin de la Voie, c’est Houécourt, dont le château fut «dévasté pendant la guerre de Trente ans, et resta longtemps sans être réparé. Le village eut aussi beaucoup à souffrir de la guerre et de la peste, qui le rendirent presque désert», remarque-t-on dans l'ouvrage Le département des Vosges, description, histoire, statistique en 1887. «Des médailles en bronze, des cercueils de l’époque gallo-romaine ont été découverts en 1825 sur le territoire de ce riche village agricole», souligne l'Itinéraire général de la France, Vosges et Ardennes, par Adolphe Joanne en 1868. Trois kilomètres plus loin, voilà Gironcourt-sur-Vraine, où l’on trouve une vaste verrerie (depuis 1903) qui fabriquait, au départ, les bouteilles des eaux minérales locales (Vittel…) et désormais les bouteilles de bières du groupe Carlsberg. La chaussée y est rectifiée en suivant l’ordonnance royale de 1843 remarquée dans le Bulletin des lois du royaume de France de cette année-là (1846 pour Wikisara). La route de jadis, passant par les rues de l’Ancienne-voie-romaine, Zeller et de Biécourt est remplacée par la rue d’Alsace et la rue de Mirecourt, vers l’est. Au milieu des champs, se trouvent maintenant les villages de Ménil-en-Xaintois, Dombasle-en-Xaintois, et Rouvres-en-Xaintois.

Plaque indicatrice à Dombale-en-Xaintois. Photo: Marc Verney, octobre 2011.

Le village de Domvallier, juste après Baudricourt, est déjà contourné par la route n°66 depuis longtemps (ordonnance d’août 1844, 1847 pour Wikisara). Il ne reste plus que quatre kilomètres à faire avant d’atteindre Mirecourt. On entre dans la petite cité vosgienne par l’avenue Chamiec, puis, dans un brusque virage à droite, par l’avenue Victor-Hugo (D266). Mirecourt, a été au Xe siècle «une petite entité agricole, ou plus vraisemblablement deux ou trois exploitations disséminées sur le territoire actuel de la ville, qui finissent par se concentrer autour d’un point central, correspondant aujourd’hui au faubourg Saint-Vincent, embryon de la ville actuelle», raconte le site municipal mirecourt.fr. Puis un château et un bourg castral sont élevés au XIIe siècle, les remparts entourent une petite localité, avec un plan presque quadrangulaire. Au XIVe siècle, la cité s'agrandit et devient, précise encore mirecourt.fr, «une ville avec un marché, des halles, des fours, une église et un atelier monétaire. Elle englobe la nouvelle église, abrite dans la rue basse de nouveaux quartiers artisanaux, tanneries, ateliers de poterie, verre, forge…». Aux XVe et XVIe siècles, la prospérité de Mirecourt est due à l’importance de son artisanat (draperie, dentelle, métaux) et son commerce local avec les foires et, à longue distance, avec l’Italie et les Pays-Bas espagnols. La cité est considérée comme l'un des berceaux français de la lutherie, une industrie qui va connaître son âge d'or au XVIIIe siècle. Au XXe siècle, dans l'entre-deux-guerres, Mirecourt produira encore 40.000 violons par an! L’apogée de l’industrie de la dentelle intervient quant à elle aux XIXe et XXe siècles avec des milliers de dentellières dans la campagne du Xaintois, tandis que les maris exercent dans la lutherie semi-industrielle (tourisme-mirecourt.fr). La R.N.66 historique quitte la ville par l’avenue du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny. De Mirecourt à Epinal, il y a une trentaine de kilomètres. A Mattaincourt, notre route traverse le Madon sur un pont déjà visible sur la carte d’état-major du XIXe (1820-1866) publiée par l’IGN et rejoint Velotte-et-Tatignécourt (D266). Là, signale Wikisara, la route a été remaniée au début du XXe siècle «par récupération et rectification d'anciens chemins vicinaux» vers Racécourt. L’ancien tracé filait droit dans la plaine en suivant -en partie- l’actuelle rue de la Gare. On approche de Dompaire. La chaussée est, là encore, rectifiée au niveau de la côte de la Viéville au cours du XIXe siècle tandis que la traversée de la localité est aménagée en 1859 (Wikisara). Au Moyen Age, c’était une ville fortifiée qui s'appelait Dompaire-le-Château. Anéantie par Charles le Téméraire en 1475, elle ne se releva jamais complètement de ses ruines. Beaucoup plus récemment, les combats des 13 et 14 septembre 1944 y opposèrent violemment les chars allemands aux blindés de la 2e DB française.

Autre plaque indicatrice à Dompaire. Photo: Marc Verney, octobre 2011.

Il faut faire un peu plus de dix kilomètres pour atteindre Darnieulles, où, là aussi nous devons suivre la D266 pour rester «fidèles» à notre R.N.66 historique de 1959. Cependant, il est à noter qu’au XVIIIe siècle (carte de Cassini du Géoportail), le voyageur arrivant de Mirecourt entrait dans Epinal par les Forges et Chantraine, soit le tracé de la D36. Le tracé d’aujourd’hui, par Uxegney et Bois-l’Abbé jusqu’à Golbey, date, lui, de travaux effectués entre 1853 et 1857 (Wikisara). On entre dans Epinal par l’avenue du Général-Leclerc qui aboutit à l’avenue de la Fontenelle (R.N.57 historique). Le chef-lieu du département des Vosges, nous dit le livre Epinal, semble «être né de la route». La cité, en effet, est au croisement de chaussées anciennes: une antique voie romaine menant à Nancy et Metz notamment, fut très empruntée jusqu'au Xe siècle par des marchands, soldats et vagabonds qui se rendaient d'Italie en Lotharingie. Des preuves tangibles de cette activité apparaissent au XIIIe siècle: des documents montrent que des commerçants, venus d'Italie par le plateau suisse, franchissaient le col de Bussang et dépassaient Epinal pour rejoindre les grandes foires de Champagne. L'origine d'Epinal est à chercher du côté des évêques de Metz. L'un d'eux, Thierry de Hamelant, installe un marché, une église et un château le long de la voie romaine, sur un éperon rocheux, au lieu-dit Spinal. Un premier âge d'or a lieu au XVIIe siècle: dans la région, plus de cinquante moulins traitent le bois des Vosges afin de confectionner le papier qui sera utilisé dans les imprimeries de Bâle, Anvers, Utrecht, Cologne... Au même moment, une industrie de la carte à jouer s'installe à Epinal, ancêtre de l'imagerie, qui s'implante, elle, en 1796. Jusqu'en 1850, il n'y a ici qu'un bac sur la Moselle. C'est cette année-là que l'on initie la construction d'un pont en bois doté de culées en maçonnerie. Une dizaine d'années plus tard, on aménage les bords de la rivière; en 1870, trois ponts ont été jetés sur le cours principal de la Moselle. La guerre perdue contre l'Allemagne confère à Epinal le statut de ville-frontière. Fuyant l'Alsace et la Moselle occupées, de nombreux patrons du textile s'installent dans la région; résultat: la cité s'industrialise rapidement. Et c'est un nouveau boom économique, amplifié par la présence de milliers de militaires stationnés dans une ville devenue place-forte: quinze forts, dotés d'artillerie lourde entourent Epinal et lui donnent le statut de "Verdun des Vosges". Mais c'est la Seconde Guerre mondiale qui allait dévaster Epinal. Entre le 22 et le 24 septembre 1944, lors de la reconquête de la cité, 12.000 obus alliés tombent sur le centre-ville. Les ponts sont détruits, ainsi que près de 800 immeubles.

Mirage sur rond-point, il fallait y penser! Cela se trouve avant Epinal. Pour les puristes: c'est un Mirage IIIR de reconnaissance. Photo: Marc Verney, octobre 2011.
Vue d'Epinal au soleil couchant. Photo: Marc Verney, octobre 2011.

A VOIR, A FAIRE A Epinal, outre une promenade le long de la Moselle, on peut aller visiter la basilique Saint-Maurice, consacrée en 1051 par le pape Léon IX, puis la place des Vosges, ancienne place du Marché, ses arcades et sa maison «du Bailli» de 1604. Par ailleurs, une visite au musée départemental d'Art ancien et contemporain ainsi qu'à la cité de l'Image est recommandée.

Après, vers l’Alsace, l’Histoire de Lorraine montre que l’axe Epinal-Remiremont-Bussang est ouvert en 1734. Mais c’est une voie beaucoup plus ancienne: «Comme au XVe siècle, la place des Quatre-Nations d’Epinal reste le croisement des routes qui menaient déjà vers la Champagne et la France, vers la Franche-Comté et la Bourgogne, vers l’Alsace et la Suisse par le col de Bussang, vers les Flandres et es pays germaniques par la Lorraine du nord, par Nancy et Metz», apprend-on dans l’ouvrage Epinal. Pour retrouver la suite de la route nationale 66 de 1959, il faut cependant se rendre à Remiremont, une ville située à une grosse vingtaine de km au sud-est d'Epinal. Nous voilà sur un tronçon de la R.N.57 historique qui relie Nancy à Besançon. Cette portion de route a pourtant porté le n°66 jusqu’au milieu du XIXe siècle, date à laquelle le tracé de la route n°57 a été déplacé du tronçon d'Epinal à Plombières-les-Bains par Xertigny à la chaussée par Arches et Remiremont (suite de la promenade).

R.N.57: "T'AS VOULU VOIR VESOUL"!
La route nationale 57 historique de 1959 relie Metz à Besançon en passant par Nancy, Epinal, Vesoul... Un coin de France cher aux chanteurs! (lire)

Marc Verney, Sur ma route, novembre 2021

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