Ancienne plaque directionnelle de la RN66 à Ligny-en-Barrois (photo: MV, octobre 2011).
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Sources et documents: Atlas des grandes routes de France (Michelin, 1959); Atlas routier France (Michelin, 2011); Carte Michelin Paris-Chaumont n°61 (1941); Carte Michelin Chaumont-Strasbourg n°62; Chronique des rues d'Epinal, Jean Bossu (Jeune chambre économique d'Epinal, 1976); Epinal (éd. Bonneton, 1991); Epinal, Bertrand Munier (Alan Sutton, 2000); Guide du Routard Lorraine (Hachette, 2011); Guide vert Michelin Alsace-Lorraine (2010); Histoire de Bar-le-Duc, Charles Aimond (éd. Librairie Bollaert, 1982); Histoire de Lorraine, par la Société lorraine des études locales dans l'enseignement public (éd. Berger-Levrault, 1939); Histoire de la Lorraine, sous la direction de Michel Parisse (Privat, 1978); La Lorraine dans la guerre de 14-18, Gérard Canini (Presses universitaires de Nancy, 1984); Le plateau lorrain, B. Auerbach (Berger-Levrault et Cie, 1893); Les routes de France au XXe siècle, 1900-1951, Georges Reverdy (Presses de l'ENPC, 2007); barleduc.fr. Remerciements: la DIR Est, la Bibliothèque publique d'information du centre Georges-Pompidou.
Plaque indicatrice à Dompaire (photo: MV, octobre 2011).
Villes et villages traversés par la N66 historique (1959), en italique, les anciennes RN principales croisées:
Bar-le-Duc (NVS)
Longeville-en-Barrois
Tronville-en-Barrois
Velaines
Ligny-en-Barrois (N4)
Naix-aux-Forges
Saint-Amand-s-Ornain
Tréveray
Saint-Joire
Evaux
Demange-aux-Eaux
Baudignécourt
Houdelaincourt (N60)
Abainville
Gondrecourt-le-Château
Vouthon-Bas
Vouthon-Haut
Greux
(N64 jusqu'à Neufchâteau)
Neufchâteau (N64, N74)
L'Etanche
Rouvres-la-Chétive
Châtenois
Mannecourt
La Neuveville
Houécourt
Gironcourt-sur-Vraine
Ménil-en-Xaintois
Dombasle-en-Xaintois
Rouvres en Xaintois
Domvallier
Ramecourt
Mirecourt
Mattaincourt
Velotte-et-Tatignécourt
Racecourt
Dompaire
Madonne-et-Lameray
Darnieulles
Uxegney
Epinal (N57)
(N57 jusqu'à Remiremont)
Remiremont (N57)
La "voie sacrée", une route gagne une bataille décisive. C'est le 21 février 1916 au soir que tout commence. L'ordre n°15 de l'armée française stipule que "la route de Bar-le-Duc à Verdun est interdite de la manière la plus absolue à tout convoi à chevaux (...). Toutes les voitures automobiles s'engageant sur cette route devront se conformer aux consignes qui leur seront données par le Service de Surveillance". L'opération de ravitaillement de Verdun commence. Dès les premiers jours, près de 4000 véhicules vont circuler sur l'axe de 80 km de long. A chaque carrefour, des régulateurs organisent le trafic et fluidifient la circulation. Ils sont aidés par 10 000 soldats territoriaux, qui, armés de pelles et de pioches vont déverser 700 000 tonnes de cailloux pour immédiatement combler les ornières causées par le va-et-vient incessant. Entre février 1916 et janvier 1917, nous dit la Revue historique des armée, ce sont 2,4 millions d'hommes et 2 millions de tonnes de nourriture, munitions et matériels divers qui ont transité par cette voie alors que des milliers ont pu être facilement évacués.
Routes et duchés. A l'image de la France voisine, la grande oeuvre des ducs de Lorraine au XVIIIe siècle est routière. Le programme de développement vise, nous explique l'Histoire de la Lorraine, à mieux raccorder les villes de la région Est à l'Alsace voisine et à la France. Ainsi, des routes, tracées dès 1732, vont-elles par exemple relier Sedan à Langres par Neufchâteau, Sedan à Bitche par Thionville, Bar-le-Duc à Epinal ("notre" N66). Les cols des Vosges (Bonhomme et Bussang) sont aménagés après 1750 alors que l'on travaille sur la traversée de la forêt de Haye (Toul à Nancy) de 1745 à 1759. Un peu plus tôt, entre 1698 et 1729, le duc de Lorraine Leopold aura été un grand constructeur de routes dans la région, faisant disposer des poteaux indicateurs le long des axes, planter des arbres et réorganiser le corps des ingénieurs. Mais l'entretien de cet ambitieux réseau reste insuffisant: en hiver, les profondes ornières remplies de boue ralentissent fortement le trafic.
Sur les quais de la Moselle, à Epinal. On y lit les distances jusqu'à la source et jusqu'à Coblence (photo: MV, octobre 2011).

Nos belles routes de France
R.N.66: LA SUISSE PAR LA LORRAINE (I)
On ne va pas vous refaire le coup de la "Highway 66" à la française!! La route nationale 66 historique de 1959 relie simplement Bar-le-Duc en Lorraine à Bâle, aux portes du Jura suisse. Soit un parcours de 287 kilomètres (d'après l'Atlas des Grandes routes de France 1959) qui nous fait sillonner la Lorraine, contourner les ballons des Vosges, traverser les vignobles d'Alsace... et finir au pied du Rhin, dans cette croquignolette région du Sundgau. Nous voilà encore une fois sur un antique axe commercial majeur, qui a jadis relié le nord -riche- de l'Italie à la Lotharingie... Le trajet a été effectué (d'une traite) en octobre 2011.

Un tronçon bien dégradé de la RN66 ancienne juste à côté de Gondrecourt-le-Château (Photo: Marc Verney, octobre 2011). En cliquant sur l'image, vous continuez la promenade sur la RN66 historique.

C'est sous un soyeux soleil d'octobre que nous entamons notre périple sur la nationale 66 historique. Tous les écoliers français connaissent Bar-le-Duc, notre ville de départ... C'est en effet là que débutait, en 1916, la fameuse "voie sacrée", la chaussée de plusieurs dizaines de km qui a permis aux soldats défendant Verdun d'être ravitaillés jour et nuit... et donc de résister aux assaillants allemands. Mais revenons à la création de Bar-le-Duc: la première mention d'une bourgade dans les parages remonte à l'Antiquité. Caturiges est alors un relais sur la chaussée qui relie Reims à Toul. D'ailleurs, la départementale 994, qui s'échappe de Bar-le-Duc par l'ouest, porte bien (sur l'Atlas routier Michelin 2011) le titre prestigieux "d'ancienne voie romaine"

Beaucoup plus tard, au XIIIe siècle, Bar est la capitale d'un comté qui comprend les cités de Saint-Mihiel, Pont-à-Mousson et Briey. Deux nouveaux quartiers sont construits et l'essor de la ville se poursuit alors qu'en 1354, le comté est élevé en duché. C'est l'amorce d'une période faste qui durera jusqu'au XVIe siècle. Mais la situation s'assombrit au XVIIIe siècle: en 1766, au moment du rattachement de la Lorraine à la France, la grande route de Paris à Strasbourg est détournée de Bar-le-Duc et passe par Stainville, délaissant toute la région de Bar.

Au début du XXe siècle, la guerre de 14-18, outre la création de la "voie sacrée" va toucher Bar-le-Duc: sauvée de peu de l'invasion allemande en septembre 1914, la ville va être bombardée durant le conflit, coûtant la vie à 300 civils. Plus récemment (et beaucoup plus pacifiquement), de Bar-le-Duc à Saint-Amand (quelques km après Ligny), il y eut, en 1937, nous dit Georges Reverdy dans Les routes de France au XXe siècle, 1900-1951, des demandes pour élaborer des pistes cyclables bâties le long de la route...

A VOIR, A FAIRE

A Bar-le-Duc, il faut aller dans la ville haute, qui fut le quartier aristocratique de la cité: on peut arpenter la rue des Ducs-de-Bar avec ses maisons du XVIe siècle, puis la place Saint-Pierre, dominée par la collégiale gothique Saint-Etienne, qui renferme une sculpture célèbre, le Transi. Toujours dans la ville haute, voilà le Musée barrois (bâtiments du XVIe siècle), la tour de l'Horloge (dernier reste du château ducal), le collège Gilles-de-Trèves (1571). Enfin, dans la ville basse, on peut se promener rue du Bourg, l'une des plus élégantes de la ville... Non loin, voici le monument en hommage à Pierre et Ernest Michaux, les inventeurs du vélocipède à pédales (mars 1861).

Borne de limites départementales entre la Meuse et les Vosges. Photo: Marc Verney, octobre 2011.

D'après une carte du réseau routier régional au XVIIIe siècle (parue dans l'Histoire de Lorraine), le tronçon de Bar-le-Duc à Ligny-en-Barrois était réalisé dès 1734. La route de 1959 coupe au travers des villages de Longeville-en-Barrois, Tronville-en-Barrois et Velaines pour atteindre Ligny où elle croisait la route de Paris à Strasbourg exactement au milieu du bourg (un pont déviant la N4 au dessus de la tête des habitants de Ligny a été réalisé entre 1975 et 1976).

R.N.4: CAP A L'EST
La route de Paris à Strasbourg, après avoir filé sans fin au coeur des plaines de l'est, trouve son passage vers la plaine du Rhin par le "trou de serrure" du col de Saverne… (lire)

La petite cité de Ligny-en-Barrois (porte Dauphine du XVIIe siècle) fut luxembourgeoise de 1240 à 1719 avant d'être vendue au duché de Lorraine. On dit qu'elle fut célébrée par Voltaire, de passage par là. La N66 historique traverse la ville pour remonter, nous dit le Guide Bleu de la France automobile 1954, "la jolie vallée de l'Ornain suivie aussi par le canal de la Marne au Rhin". Au niveau de Demange-aux-Eaux, le canal pique plein est pour rejoindre Mauvages par un long tunnel de 4877 m. Trois kilomètres plus loin, la N66 historique rencontre l'ancienne N60 Orléans-Toul au niveau du village de Houdelaincourt.

R.N.60: LES VOIES DE JEANNE...
Entre Orléans et Toul via les belles cités de Sens et Troyes, voici une route qui vit au rythme de la grande histoire de France... Jeanne d'Arc, nous voilà!! (lire)

Sur cette chaussée, réalisée de 1734 à 1786 jusqu'à Epinal, nous voici maintenant à Gondrecourt, où l'on pourra voir une église du XIIe ainsi qu'une tour fortifiée du XVe siècle. Là, nous précise le Guide Bleu de la France automobile 1954, "la route quitte la vallée de l'Ornain et, par un parcours accidenté passe dans la vallée de la Meuse". De fait, la route enjambe les collines et le vieux bitume craquelé, rapiécé (oct. 2011) nous fait penser à d'autres temps!! Ce sont les élégantes et fines éoliennes tapissant le ciel de la région qui nous ramènent au XXIe siècle...

Le monument en hommage aux mamans à Vouthon. Photos: Marc Verney, octobre 2011.

Au creux d'un vallon, voilà Vouthon (-Bas et -Haut) avec son original monument élevé à la gloire des mamans et plus particulièrement en hommage à la mère de Jeanne d'Arc (Domrémy est juste à côté!). Le tout est particulièrement signalé et fortement teinté de religiosité... En quelques virages en forte descente dans le bois de Greux, la route passe dans le département des Vosges puis rencontre l'ancienne N64 avec laquelle elle va faire "chemin commun" jusqu'à Neufchâteau (où l'on croise aussi la N74 d'antan).

R.N.74: DE L'EAU DANS LE VIN...
En 1959, la route nationale 74 relie l'Allemagne à Paray-le-Monial (Saône-et-Loire) en passant notamment par Sarreguemines, Nancy, Langres, Dijon, Beaune... (lire)

R.N.64: DES ARDENNES AUX VOSGES
La route nationale 64 de 1959 traverse les plus grands champs de bataille français et nous emmène au pied des Vosges par la jolie forêt de Darney (lire)

De Neufchâteau, la route prend la direction de Mirecourt. Après avoir traversé Châtenois, la N66 historique coupe de nombreux villages: La Neuveville-s-Châtenois, Houécourt, Gironcourt, Ménil-en-Xaintois, Dombasle-en-Xaintois, Rouvres-en-Xaintois et Ramecourt. Peu après, la route fait un brusque virage à droite pour entrer dans Mirecourt, petite ville citée dans les textes dès 960, qui est considérée comme l'un des berceaux français de la lutherie, une industrie qui va connaître son âge d'or au XVIIIe siècle. Au XXe siècle, dans l'entre-deux-guerres, Mirecourt produira encore 40 000 violons par an!

Plaque indicatrice à Dombale-en-Xaintois. Photo: Marc Verney, octobre 2011.
Autre plaque indicatrice à Dompaire. Photo: Marc Verney, octobre 2011.

De Mirecourt à Epinal, il y a une trentaine de kilomètres. Le chef-lieu du département des Vosges, nous dit le livre Epinal, semble "être né de la route". La cité, en effet, est au croisement de chaussées anciennes: une antique voie romaine menant à Nancy et Metz notamment, fut très empruntée jusqu'au Xe siècle par des marchands, soldats et vagabonds qui se rendaient d'Italie en Lotharingie. Des preuves tangibles de cette activité apparaissent au XIIIe siècle: des documents montrent que des commerçants, venus d'Italie par le plateau suisse, franchissaient le col de Bussang et dépassaient Epinal pour rejoindre les grandes foires de Champagne.

R.N.57: "T'AS VOULU VOIR VESOUL"!
La route nationale 57 historique de 1959 relie Metz à Besançon en passant par Nancy, Epinal, Vesoul... Un coin de France cher aux chanteurs! (lire)

L'origine d'Epinal est à chercher du côté des évêques de Metz. L'un d'eux, Thierry de Hamelant, installe un marché, une église et un château le long de la voie romaine, sur un éperon rocheux, au lieu-dit Spinal. Un premier âge d'or a lieu au XVIIe siècle: dans la région, plus de cinquante moulins traitent le bois des Vosges afin de confectionner le papier qui sera utilisé dans les imprimeries de Bâle, Anvers, Utrecht, Cologne... Au même moment, une industrie de la carte à jouer s'installe à Epinal, ancêtre de l'imagerie, qui s'implante, elle, en 1796.

Vue d'Epinal au soleil couchant. Photo: Marc Verney, octobre 2011.

Jusqu'en 1850, il n'y a ici qu'un bac sur la Moselle. C'est cette année-là que l'on initie la construction d'un pont en bois doté de culées en maçonnerie. Une dizaine d'années plus tard, on aménage les bords de la rivière; en 1870, trois ponts ont été jetés sur le cours principal de la Moselle. La guerre perdue contre l'Allemagne confère à Epinal le statut de ville-frontière. Fuyant l'Alsace et la Moselle occupées, de nombreux patrons du textile s'installent dans la région; résultat: Epinal s'industrialise rapidement. Et c'est un nouveau boom économique, amplifié par la présence de milliers de militaires stationnés dans une ville devenue place-forte: quinze forts, dotés d'artillerie lourde entourent Epinal et lui donnent le statut de "Verdun des Vosges". Mais c'est la Seconde Guerre mondiale qui allait dévaster Epinal. Entre le 22 et le 24 septembre 1944, lors de la reconquête de la cité, 12 000 obus alliés tombent sur le centre-ville. Les ponts sont détruits, ainsi que près de 800 immeubles.

A VOIR, A FAIRE

A Epinal, outre une promenade le long de la Moselle, on peut aller visiter la basilique Saint-Maurice, consacrée en 1051 par le pape Léon IX, puis la place des Vosges, ancienne place du Marché, ses arcades et sa maison "du Bailli" de 1604. Par ailleurs, une visite au musée départemental d'Art ancien et contemporain ainsi qu'à la cité de l'Image est recommandée.

Mirage sur rond-point, il fallait y penser! Cela se trouve avant Epinal. Pour les puristes: c'est un Mirage IIIR de reconnaissance . Photo: Marc Verney, octobre 2011.

Pour retrouver la route nationale 66 de 1959, il faut maintenant se rendre à Remiremont, une ville située à une grosse vingtaine de km au sud-est d'Epinal. Nous voilà sur un tronçon de la RN57 qui relie Nancy à Besançon. Entre Epinal et Remiremont, nous assure un internaute (Lloyd_cf) sur le forum dédié aux routes Wikisara, "la route ne fut pas toujours la N57 mais la N66 jusqu'en 1887. On enleva alors ce numéro des plaques de cocher déjà en place pour le remplacer par le numéro 57". De fait, sur cette portion, d'anciennes plaques semblent effectivement avoir été sommairement modifiées, comme à Arches.

Marc Verney, Sur ma route, février 2012


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