Ancienne borne de la R.N.65 à Chablis, sur la route d'Auxerre. (photo: MV, novembre 2011).
La borne de limites départementales entre l'Yonne et la Côte-d'Or (photo: Marc Verney, novembre 2011).
AUX LECTEURS: les textes, photos et dessins de ce site sont soumis au droit d'auteur. Pour toute autre utilisation, contacter l'auteur de Sur ma route. Merci de votre compréhension...
Anciens panneaux à Saint-Fargeau (photo: MV, mai 2009).
Plaque de rue à Chablis (photo: MV, novembre 2011).
Borne Michelin sur la R.D.35 près de Fyé. L'ancienne chaussée de Tonnerre passait par ce village (photo: MV, juillet 2010).
SOURCES ET DOCUMENTS: Atlas des grandes routes de France, Michelin (1959); carte n°62 Chaumont-Strasbourg, Michelin (1969); carte n°65 Auxerre-Dijon, Michelin (1955); Annuaire historique du département de l'Yonne, Perriquet et Rouillé, imprimeurs-libraires, éditeurs (1842, 1856, 1875); Auxerre, document d’évaluation du patrimoine archéologique des villes de France, sous la direction de Christian Sapin, ministère de la Culture (1998); Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne (volumes 18 et 26), Société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne (1864, 1872); Bulletin du Ministère des travaux publics: statistique et législation comparée (volume 19), ministère des Travaux publics, Imprimerie nationale (1889) Chablis: Porte d'or de la Bourgogne, Louis Bro, Michel Moreau, FeniXX (1998); Documents statistiques sur les routes et ponts, ministère des Travaux publics, Imp. nationale (1873);  Guide Bleu Bourgogne-Lyonnais, Hachette (1965); Guide Bleu de la France automobile, Hachette (1954); Guide du Routard Châteaux de la Loire, Hachette (2012); Guide du Routard Bourgogne, Hachette (2014); Guide Vert Vosges-Alsace, Michelin (1950-51); Histoire de la seigneurie et de la ville de Châteauvillain, Charles Didier, Impr. Miot-Dadant (1881); Histoire de la ville de Chaumont, Claude-Emile Jolibois, imprimerie de Charles Cavaniol (1856); Histoire de la ville et du comté de Saint-Fargeau, Aristide Dey, Perriquet et Rouillé (1856); Histoire de Tonnerre, typographie et lithographie P. Bailly (1884); Itinéraire des voies gallo-romaines qui traversent le département de l'Yonne, Victor Jean B. Petit, Didron (1851); Itinéraire général de la France, Adolphe Laurent Joanne, L. Hachette et Cie (1863); La Haute-Marne ancienne et moderne, Emile Jolibois, impr. Vve Miot-Dadant (1858); Les routes impériales dans l’Yonne de 1830 à 1914, Centre auxerrois de l'université pour tous de Bourgogne (1983); L'évolution des pratiques industrielles dans l'Auxerrois, 1750-1914, Jean-Charles Guillaume, Centre départemental de documentation pédagogique de l'Yonne (1993); Situation des travaux: administration générale des ponts et chaussées et des mines (volume 3), Imprimerie royale (1837); archives.vosges.fr; beines.fr; bonny-sur-loire.fr; chablis.fr; chateau-de-st-fargeau.com; culture.gouv.fr; echo.auxerre.free.fr (Bibliothèque numérique icaunaise); histo52.blogspot.com; mairiechateauvillain-hautemarne.fr; tourisme-chaumont-champagne.com; voiedela2edb.fr; Wikipédia; Wikisara. Remerciements: le Géoportail de l’IGN; CartoMundi.
Les beaux toits anciens de Tonnerre. Au dernier plan, l'hôtel-dieu (photo: Marc Verney, décembre 2005).
VILLES ET VILLAGES traversés par la R.N.65 historique (1959), en italique, les anciennes RN principales croisées:
Bonny-sur-Loire (N7)
Thou
Lavau
Saint-Fargeau
Mézilles
Toucy (N450)
Les Vernes
Pourrain
Villefargeau
Auxerre (N6, N77)
Beine
Poinchy
Chablis
Fleys
Tonnerre (N5)
Tanlay
Pimelles
Paisson
Laignes
Cérilly
Châtillon-sur-Seine (N71, N80)
Brion-sur-Ource
Courban
Souhy (N396)
Boudreville
Châteauvillain
Bricon
Villiers-le-Sec
Chaumont (N19, N67)
La Maladière (N417)
Darmannes
Andelot
Rimaucourt
Barrémont
Saint-Blin
Prez-sur-Lafauche
Liffol-le-Petit
Liffol-le-Grand
Neufchâteau (N64, N66, N74)

Ancien panneau d'entrée de Tanlay (photo: Marc Verney, janvier 2006).

Sur la route, entre Tanlay et Pimelles (photo: Marc Verney, novembre 2011).
A VOIR, A FAIRE
Bonny-sur-Loire: à 12 km (vers Paris) sur la R.N.7 historique, il y a Briare, son canal du XVIIe siècle, son pont-canal (ouvert en 1896) et son église Saint-Etienne, de style romano-byzantin. De l’autre côté de la Loire, à Châtillon, on pourra s’intéresser à l’écluse et à la gare à bateaux de Mantelot (avant le pont-canal, on traversait péniblement la Loire dans un chenal, encore visible). Un peu plus loin, le site de Rogny-les-Sept-Ecluses entre le bassin de la Loire et celui de la Seine montre d’anciennes écluses du XVIIe siècle. A Ouzouer-sur-Trézée (7 km de Briare), le château de Pont-Chevron (parc, roseraie et mosaïques gallo-romaines). Nombreux vignobles dans la région.
Saint-Fargeau: le château (Xe, XVe et XVIIe siècles) dont les plus célèbres propriétaires furent Jacques Cœur et Melle de Montpensier. Peinture murales à la chapelle Saint-Anne et musée de l’Aventure du son. Dans les environs, le lac-réservoir du Bourdon (baignade en été).
Mézilles: son gué du XIVe siècle sur le Branlin.
Toucy: l’église du bourg, l’animation des jours de marché. A côté, à Villiers-Saint-Benoît (sur la «route buissonnière» vers Paris), le musée d’Art et d’histoire de Puisaye, l’église (fresques). A quelques kilomètres au sud, par la D3, le site de la bataille de Fontenoy, qui opposa en 851, les trois petits-fils de Charlemagne. La maison natale de l’auteure Colette est à Saint-Sauveur-en-Puisaye (15 km au sud-ouest de Toucy).
Auxerre: le centre historique est classé comme secteur sauvegardé dans sa quasi-totalité (67 hectares). On y trouve de très nombreuses maisons du Moyen Age (circuit pédestre). Il ne faut pas manquer de contempler la belle tour de l'Horloge du XVe siècle située au centre piétonnier du vieil Auxerre. Le musée Saint-Germain, qui se trouve dans une ancienne abbaye, abrite les collections préhistoriques, gallo-romaines et médiévales de la ville d’Auxerre. La construction de la cathédrale Saint-Etienne débuta en 1215 sous l'épiscopat de Guillaume de Seignelay. L'édifice se repose sur un vaste édifice roman dont subsiste toujours aujourd'hui la crypte du XIe siècle. On peut se rendre dans le charmant quartier de la Marine qui perpétue la mémoire des coches d’eau qui quittaient Auxerre pour Paris. Voir le panorama sur la petite cité depuis le pont Paul-Bert, sur l’Yonne.
Chablis: les vignobles et les caves. Un sentier balisé propose, en 2h45, de faire le tour des grands crus. Malgré le bombardement de 1940, on peut voir la porte Noël (tours du XVIIIe), le Petit Pontigny (bâtisses médiévales), la collégiale Saint-Martin (XIIIe) et l’obédiencerie (demeures du XVe). Au nord, en direction de Saint-Florentin, l’abbaye cistercienne de Pontigny.
Tonnerre: l’hôtel-dieu fondé en 1293 par Marguerite de Bourgogne (vaste salle des malades, 90 m de long!), l’hôtel d’Uzès (Renaissance), la fosse Dionne, source abondante entourée d’un lavoir circulaire du XVIIIe siècle. Par le chemin des Roches, on accède à l’église Saint-Pierre (panorama sur la ville). Autour de la ville, les vignobles du tonnerrois.
Tanlay: le château Renaissance, bâti par la famille Coligny. On y tourna un épisode d’Angélique, marquise des anges… Non loin, les restes de l’abbaye cistercienne de Notre-Dame de Quincy (promenades).
Pimelles: à quelques kilomètres au nord, le château pentagonal de Maulnes (seul de son espèce en France) et, plus près, le village médiéval de Cruzy-le-Châtel.
Laignes: résurgence de la Laigne et lac de Marcenay (pêche, promenades).
Châtillon-sur-Seine: il existe une «Route du Crémant» autour de Châtillon. Longue de 120 km, elle relie les villages vignerons des environs qui produisent un bon crémant à base de chardonnay ou de pinot noir (dans l'Aube voisine, les vignerons bénéficient de l'appellation champagne). Principale curiosité de la cité, le trésor de Vix, découvert dans une sépulture féminine au pied du mont Lassois (un ensemble de bijoux et un magnifique vase grec en provenance d'Italie méridionale -VIe siècle av. JC). A visiter aussi, l'église Saint-Vorles (XIe siècle), le site naturel de la Douix, une importante résurgence vauclusienne qui redonne de la vigueur à la Seine. A côté, promenades en forêt de Châtillon (abbaye du Val-des-Choues).
Boudreville: le château de Montigny-sur-Aube.
Châteauvillain: la ville fortifiée était entourée des murs flanqués d’une soixantaine de tours (vestiges), on peut voir l’église Notre-Dame de l’Assomption, l’hôtel de ville, la chapelle de la Trinité (fresques anciennes). Promenades dans le Parc aux daims, créé au XVIIe siècle.
Chaumont: le donjon, dominant la vallée de la Suize est le dernier témoignage du château des comtes de Champagne, il est considéré comme le «berceau de la ville»; la basilique Saint-Jean-Baptiste (XIIIe-XIVe siècles); la chapelle des Jésuites (XVIIe siècle), remarquable par ses dimensions; juste à côté, une fontaine rend hommage au sculpteur Edme Bouchardon; le viaduc du chemin de fer Paris-Bâle, construit d'août 1855 à novembre 1856 (c'est tout bonnement le plus important ouvrage d'art de ce genre construit en France à cette époque!!); le faubourg des Tanneries et le lavoir de Buez (quatre bassins pouvant accueillir plus de 200 lavandières...).
Andelot-Blancheville: l’abbaye de Septfontaines, fondée au XIIe (visites en été).
Liffol-le-Grand: les vestiges gallo-romains du village de Grand.

Neufchâteau: les églises Saint-Christophe et Saint-Nicolas, une sympathique promenade dans les rues Neuve et Poincaré puis sur la place Jeanne-d'Arc et enfin, l'hôtel de ville, édifice Renaissance (XVIe siècle). Au nord, par la R.N.64 historique, le village natal de Jeanne d’Arc, Domrémy-la-Pucelle. A l’ouest, le fort de Bourlémont, une fortification de type Séré de Rivières (devenue un antre d’Escape Games…).
Borne indicatrice en pierre vers Bissey. On en retrouvre plusieurs dans cette région. De différentes formes et différentes périodes (photo: MV, novembre 2011).
AUTRES RESSOURCES sur la R.N.65 historique:
La page Wikisara
L'encyclopédie en ligne Wikipédia


Nos belles routes de France
R.N.65: TONNERRE SUR LOIRE...
En 1959, la route nationale 65, de Bonny-sur-Loire à Neufchâteau, traverse l’Yonne et le nord de la Côte-d’Or pour aller irriguer longuement les terres de la Haute-Marne et des Vosges. Irriguer est un bon terme pour cette chaussée qui se pique de visiter l’un des vignobles parmi les plus connus au monde, celui du chablis, nectar doré et adoré des amateurs de bon vin… Nombre de bourgs et villes d’importance jalonnent ce chemin transversal qui a pris son temps pour être réalisé: Auxerre, Tonnerre, Chaumont… Pas de paysages spectaculaires, mais des châteaux distingués, comme à Saint-Fargeau et à Tanlay, pour une route qui sort des sentiers battus; donc, comme on les aime… Quasiment entièrement déclassée, la R.N.65 ne subsiste qu’aux alentours d’Auxerre… il faut donc nous habituer aux départementales 965 et 65 (voire D674)… Bonne route!

La D965 entre Laignes et Châtillon-sur-Seine (photo: Marc Verney, novembre 2011). En cliquant sur l'image vous revenez à l'index général.

Notre point de départ se situe à Bonny-sur-Loire (Loiret), charmante petite escapade blottie sur les bords du plus beau fleuve français… Pointée à 161 kilomètres de Paris sur la R.N.7, le bourg est doté, sous Philippe Auguste, nous dit le site bonny-sur-loire.fr, «d’une enceinte fortifiée avec des remparts hauts de six mètres qui comptent neuf tours et quatre portes». Au XIIIe siècle, les vignes font la prospérité de la localité, qui est cependant ravagée par les guerres, deux siècles plus tard. A la Renaissance. Les foires sont rétablies et «la Teste noyre» sert de premier relais de poste à chevaux sur l’itinéraire Paris-Lyon, indique encore le site municipal. De nombreuses hôtelleries apparaissent au XVIe siècle: «la Fontaine», «Saint-Vincent», «la Corne au Cerf», «l’Ecu de France», «l’Ancre»...

R.N.7: LA ROUTE DES MILLE BORNES
La N7 est sans doute la plus connue de nos nationales historiques. Voilà la plus sympathique des balades vers la Côte d'Azur... Près de mille kilomètres avant de plonger dans la Grande Bleue... (lire)

Du côté d’Auxerre, on ne voit apparaître de voie que sur la carte d’état-major du XIXe siècle (1845) publiée par CartoMundi. A l’époque, la chaussée passe par la rue de Thou, puis la rue du Château-d’eau. A Thou, notre voie, baptisée «route impériale», va bientôt quitter le Loiret pour entrer dans le département de l’Yonne. Lavau, premier village bourguignon, n’était pas d’une traversée facile au XIXe siècle… Plus d’un attelage s’est embourbé au milieu du bourg, victime de coulées de «boues malodorantes», lit-on dans Les routes impériales dans l’Yonne de 1830 à 1914, un document préparé par le Centre auxerrois de l'université pour tous de Bourgogne... En 1875, l’Annuaire historique du département de l’Yonne évoque «l’exécution de travaux approuvés sur la route nationale n°65 dans la traverse de Lavau»… puis d’une autre rectification de la R.N.65 «entre Saint-Fargeau et Lavau»… route dont on remarque un tracé sur la carte de Cassini (XVIIIe) de l’IGN. On aborde ici la petite région de la Puisaye, dont Saint-Fargeau est l’un des principaux bourgs. Se déplacer y a longtemps été un problème: le Bulletin de la société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne (1872) signale ainsi que la région est maintenant percée de routes, mais qu'avant «la fin du siècle dernier, on n'y en voyait pas une seule, et ses mauvais chemin, bordés pour les besoins de la culture pastorale, de haies élevées et touffues, étaient absolument impraticable pendant la plus grande partie de l'année»... Cependant, c’est un pays pittoresque «par les nombreux étangs enfouis dans la verdure de ses bois. Les bois, les grès ferrugineux et les mines d’ocre de la Puisaye sont l’objet d’une importante exploitation», voit-on dans le Guide Bleu Bourgogne-Lyonnais de 1965.

LES DIFFICULTES D'ACCES A SAINT-FARGEAU «Quand on parcourt ces routes magnifiques de silex et de scories de fer, on croit difficilement qu'il y a vingt ans à peine Saint-Fargeau seul était accessible, et l'on ne peut se faire une idée de l'équipage dans lequel on y arrivait. La voiture publique était une charrette abritée sous une toile arrondie en voûte par des cerceaux, et chargée de marchandises sur le derrière. Sur le devant, deux places étaient réservées aux voyageurs (...). Elle partait d'Auxerre à cinq heures du matin, passait par Gy-l'Evêque, Ouanne et Saint-Sauveur et arrivait à Saint-Fargeau à 8 heures du soir», lit-on dans l'Histoire de la ville et du comté de Saint-Fargeau (1856).


Le beau château en briques de Saint-Fargeau (photo: Marc Verney, mai 2009).

«Le fief de Saint-Fargeau, nous raconte encore le Guide Bleu de 1965, qui appartint au XVe siècle au célèbre Jacques-Cœur, fut érigé en duché, en 1575, en faveur de François de Bourbon, dauphin d’Auvergne». On entre aujourd’hui dans la cité par la «route de Bonny» alors que la chaussée des temps anciens est recouverte par les actuelles rues du Stade et de Lavau. Au Moyen Age, le bourg de Saint-Fargeau était entouré d’une double enceinte de remparts. La ceinture externe comprenait quatre portes fortifiées dont celle de «Bourgogne» qui s’ouvrait au sud-est. A l'origine, Saint-Fargeau était un rendez-vous de chasse fortifié bâti en 980 par Héribert, évêque d'Auxerre, et frère naturel de Hugues Capet. Et c’est à partir de 1453, découvre-t-on sur le site chateau-de-st-fargeau.com, qu’Antoine de Chabannes «fait construire sur les bases de l’ancienne forteresse le château actuel, avec sa forme pentagonale, flanqué de six grosses tours». L’ancienne sortie de Saint-Fargeau vers Auxerre se faisait par la porte Marlotte et l’avenue de la Grande-Mademoiselle. Il y a onze kilomètres de quasi ligne droite jusqu’à Mézilles, le prochain village situé sur la R.N.65 de 1959 (D965 aujourd’hui). De Mézilles à Villefargeau et au-delà d’Auxerre, les travaux de construction de la route n°65 ont été particulièrement lents. La chaussée n'était «point encore ouverte en 1825 entre Toucy et Villefargeau, en 1832, entre Mézilles et Toucy, en 1835, entre Saint-Fargeau et Mézilles. Enfin, ce ne fut qu'en 1845, après la construction des ponts de Mézilles et Villefargeau, qu'elle fut entièrement terminée, encore son état actuel, signale l'Annuaire historique du département de l'Yonne (1856), ne peut-il être considéré que comme provisoire, notamment entre Tonnerre et Chablis, entre Beine et Auxerre, entre Pourrain et Toucy, où les rampes excèdent le maximum de pente toléré aujourd'hui par l'administration des ponts et chaussées»...

La première partie de la R.N.65, en 1933, entre Bonny-sur-Loire et Châtillon-sur-Seine sur une carte des routes à priorité éditée par le Laboratoire de médecine expérimentale.

En 1842, l'Annuaire historique du département de l'Yonne signale qu’à Mézilles, où l’on passe le Branlin, «il reste la traverse à construire»… Pendant toute l'Antiquité, il y eut dans la région de très importants centres de production de fer en bas-fourneaux. On remarque ainsi de nombreux ferriers, des amas souvent gigantesques de résidus et scories de fer provenant du traitement du minerai de fer. A Tannerre, au nord-ouest, le ferrier qui s'y trouve est l'un des plus grands d'Europe (Wikipédia). Et c’est pour cela que les routes du XIXe en sont couvertes! Au cœur du bourg, se trouve un gué carrossable du XIVe siècle… Encore une dizaine de kilomètres et voilà Toucy; quelques travaux y avaient été menés sur la chaussée d’Auxerre, à la fin du XVIIIe siècle, mais l’essentiel se fera, comme on l’a vu, dans la première moitié du XIXe siècle. Toucy est la ville d'origine de Pierre Larousse, auteur du célèbre dictionnaire. Sa mère y tenait le relais de poste… La ville est située au fond d’un vallon. Ce qui fait dire aux habitants: «D’où qu’on arrive, ça descend»! Bon, dans l’autre sens, ça monte!! Le bourg puise ses racines dans une antique motte féodale au croisement de deux anciens chemins gallo-romains. Lors de la guerre de Cent Ans, la ville, qui a pris le parti du roi de France est totalement ravagée en 1423 par les troupes anglo-bourguignonnes. En 1894, Toucy possède à la fois l'eau courante et l'électricité. Plus tard, au début du XXe siècle, Toucy est un bourg très actif où l'on trouve de nombreuses petites industries (briqueteries, filatures, tanneries) et d'importants marchés aux bestiaux. Après avoir traversé l’Ouanne sur le pont Capureau (ancien «gué des Passerelles»), notre route n°65 sort de Toucy par le boulevard Pierre-Larousse et la rue du Corbeau-Blanc (d’où s’extrait, à droite, la célèbre «route buissonnière» que nous croisons à Toucy).

LE COUP DE LA "ROUTE BUISSONNIERE"
Route alternative et vraiment mignonne pour rejoindre Lyon, la "route buissonnière" sillonne depuis Nemours des régions un peu oubliées et pleines de charme... (lire)

La R.N.65 au niveau de Toucy. Un plan visible sur l'une des belles plaques Michelin de l'autoroute A6, sur l'aire de repos de Sonville (photo: Marc Verney, janvier 2020).

Le village de Pourrain est notre prochaine étape. On y retrouve le tracé, sur la carte de Cassini (XVIIIe), d’une chaussée se projetant vers Villefargeau. Mais la voie du XIXe siècle est bien plus rectiligne!! Celle-ci est établie en 1812, dit l’ouvrage L'évolution des pratiques industrielles dans l'Auxerrois, 1750-1914. Et ici la route était fort utile au commerce: les carrières d'ocre du village seront exploitées du XVIIIe siècle au milieu du XXe siècle. L'ocre était transporté en tonneaux par la R.N.65 jusqu'au quai du Batardeau à Auxerre, d'où il était embarqué à bord de bateaux remontant l'Yonne. La construction de la partie située entre Villefargeau et Auxerre remonte à 1775, indique l'Annuaire historique du département de l'Yonne de 1856. Mais la traversée du ru de Baulche, petite rivière qui court aux pieds du château, dans la Prairie, à deux pas d’Auxerre, fit couler beaucoup d’encre… Face aux crues de ce petit cours d’eau capricieux, explique l’étude Les routes impériales dans l’Yonne de 1830 à 1914, on pensa même réaliser «un pont suspendu»… Mais c’est un grand pont de pierre à deux arches qui fut finalisé à partir de 1844. A partir de là, notre nationale 65 de 1959 entre dans Auxerre par l’avenue De-Lattre-de-Tassigny. La cité -fort agréable- doit son existence à sa position, au croisement d'une voie romaine, la voie d'Agrippa (mer du Nord-Méditerranée) et d'une route de foires est-ouest. La pittoresque vieille ville (placée sur une butte) est située sur la rive gauche de l'Yonne. On y remarque immédiatement la silhouette de la cathédrale Saint-Etienne. Auxerre fut bien dotée en la matière: dès le VIe siècle, on comptait huit églises, preuve de la puissance des religieux. Après les attaques normandes, la cité subit la violence des guerres et se fortifie durablement. Une première union à la couronne de France ne tient pas et Auxerre embrasse le parti bourguignon sous Jean sans Peur. Le rattachement à la France est définitif à partir de 1477 et la mort de Charles le Téméraire sous les murs de Nancy. Dès la Renaissance, Auxerre s’enrichit grâce à l’exportation de ses vins (chablis, irancy…). De 1599 à 1602, lit-on dans Auxerre, la cité «achète près de 300.000 pavés. Les rues sont intégralement recouvertes».

R.N.6, LA ROUTE DES ALPES
Auxerre, Chalon, Mâcon, Lyon, Chambéry, suivez le jeu de piste de la N6 historique (1959) jusqu'en haut du col du Mont-Cenis. Ca décoiffe de visiter les belles routes des Alpes... (lire)

R.N.77: AUBE SUR LOIRE...
La route nationale Sedan-Nevers traverse une grande partie de l'est de la France. Ardennes, Champagne, Bourgogne... Un trio de régions pour une superbe promenade! (lire)

"Guidon" directionnel à la sortie d'Auxerre, à l'embranchement de la route Paris-Lyon et de l'ancienne chaussée vers Chablis (photo: Marc Verney, janvier 2014).

Après avoir passé l’Yonne sur le pont Paul-Bert, notre chemin de 1959 longe la rivière en suivant le tracé de la R.N.6 historique et bifurque vers la côte Chaude pour atteindre Beine et les premiers vignobles du chablis. Dans le passé, les cartes montrent d’autres histoires: au XVIIIe siècle, un chemin (l’ancienne route de Troyes) monte vers Venoy, atteint Villeneuve-Saint-Salve et bifurque vers Lignorelles, Villy et Maligny pour piquer enfin au sud vers Chablis (c’est la D19 aujourd’hui). Sur la carte d’état-major du XIXe siècle (1820-1866) du Géoportail de l’IGN, la «rue de Chablis» sort d’Auxerre et file vers Nangis pour tourner à angle droit en direction du château de Pontagny. Là, le chemin du XIXe passe le «goulot Fourchet» et la «vallée des Usages» pour retrouver la D965 peu avant Beine… C’est très compliqué… D’ailleurs, en 1853, le Conseil régional de l’Yonne émet le vœu «que le projet de rectification de la route n°65 entre Pontagny et Auxerre, soit mis à exécution le plus tôt possible» (Annuaire historique du Département de l'Yonne)… Mais les choses n’iront pas plus vite, Wikisara indique que l’on aura œuvré sur la section d’Auxerre à Pontagny en 1871 et sur la partie Pontagny-Beine en … 1906! Au nord de Nangis, la mise en service d’un tronçon de l’autoroute du Soleil en 1963 aura des répercussions sur le tracé de la R.N.65: on remarque, sur la carte d’état-major publiée par l’IGN sur le Géoportail, un large virage désormais coupé par le béton autoroutier… Voilà maintenant Beine (écrit Bennes sur la carte de Cassini). Notre chaussée serpente au milieu des vignoble du chablis, ce vin blanc aux saveurs maritimes si agréables… Ce village fut fortifié dans le passé et défendu par trois portes, écrit le site beines.fr: «Porte d'en bas, porte d'Auxerre, la Poterne pour défendre l'entrée de Beines venant de Bleigny le Carreau». C'est au cours du XIXe siècle, précise encore le site municipal, que Beine (sans «s» sur la carte Michelin) «a construit ses deux écoles actuelles et la plupart des routes et chemins». Mais il pouvait y avoir un itinéraire antique par ici… Dans l’ouvrage Itinéraire des voies gallo-romaines qui traversent le département de l'Yonne, Victor Jean B. Petit, mentionne qu’une voie ancienne se rendait à Chablis par Beine et Poinchy. Et que, de là, «un assez bon chemin conduit à Tonnerre par Collan et Tissé (Tissey), villages situés dans une contrée triste, montueuse et sèche». Ce que l’on remarque d’ailleurs encore, sur la carte de Cassini visible sur le site de l’IGN. En 1866, le Guide du voyageur en France dit que «la route d'Auxerre à Tonnerre suit jusqu'à Chablis une série de vallons tortueux». Arrivés à Poinchy, nous sommes aux portes de Chablis. Il faut suivre ici la départementale 235 pour suivre notre itinéraire historique de la R.N.65 de 1959 (rue Auxerroise). Chablis et ses vins sont désormais mondialement connus… Le village remonte à l’époque romaine avec l’implantation de quatre villas importantes, mais cette affaire a vraiment débuté au IIIe siècle «avec un certain empereur Probus, qui réhabilita la culture de la vigne vers 280», écrit le Guide du Routard Bourgogne (2014). Puis ce seront les moines bénédictins et cisterciens qui poursuivront cette œuvre. «En 1405, la construction des remparts de la Ville Basse (le Bourg) est financée par l’impôt, lit-on sur le site chablis.fr. Les vignerons doivent donner 10% de leur récolte pendant huit ans» pour la réalisation du chantier. Amené à Paris par voie d'eau (l'Yonne, puis la Seine), le chablis apparaît rapidement sur la table des rois de France. Sa diffusion est rapide, indique encore chablis.fr: «La première trace écrite d’une transaction d’un vin de Chablis hors de sa région date de 1455, il s’agit d’un achat par un marchand de Maubeuge». Les crises du phylloxéra et les deux guerres mondiales fragilisent la région (gros bombardement en 1940). En 1955, il n'y a plus que 550 ha de vignobles! Après une belle récolte en 1970, signale le site internet de Chablis, le redécollage s'annonce radieux, il y aujourd'hui près de 5700 ha de vignobles labellisés chablis...

Entre l'autoroute A6 et Auxerre, la R.N.65 conserve son statut de nationale (photo: Marc Verney, avril 2009).
Plaque de cocher à Chablis (photo: Marc Verney, novembre 2011).

On traverse les deux bras du Serein et l’on quitte Chablis par le faubourg de la Maladière. L’ouvrage Chablis: Porte d'or de la Bourgogne indique qu'un pont en bois remplace ici l'ancien gué romain «sous le roi Saint-Louis». Un gué, qui d'ailleurs, ne se trouvait pas à l'emplacement de l'ouvrage actuel, mais «en amont vers Reugny, endroit où le chemin -dit la montée de Tonnerre- venant du bois Bréchain, à Fyé, allait rejoindre la "Vieille voie", ancienne voie romaine reliant Langres à Auxerre». En 1331, cependant, la passerelle de bois de Saint-Louis située sur le bief principal du Serein est remplacée par un pont de pierre «à trois arches copié sur celui d’Auxerre». Au sortir de Chablis, la route «gravit une longue rampe» en direction de Fleys, raconte l’Itinéraire général de la France de 1863. De Fleys à Tonnerre, il y a un peu plus de dix kilomètres passés au milieu –majoritairement- de vastes étendues agricoles aux sinuosités monotones… On descend vers le centre de Tonnerre par la D944a. Là, nous remarquons, sur le flanc de la colline, une «ancienne route d’Auxerre» qui file tout droit vers la rue Vaucorbe (ancienne rue Saint-Jacques). La rectification (Bulletin du ministère des Travaux publics) est signalée en 1889; elle rallonge et adoucit le chemin par la longue courbe de la «route d’Auxerre» actuelle. Dans le centre-ville, notre chemin n°65 va croiser la célèbre «route blanche» n°5, de Paris à Genève. Et même l’emprunter sur quelques kilomètres jusqu’aux environs de la ferme de Vauplaine… Véritable cité carrefour, Tornodurum (le petit nom latin de Tonnerre!) voyait déjà arriver au pied de ses murailles gallo-romaines pas moins de sept voies... Les rues étroites de la cité ont donc vu passer –au fil des années- de nombreux voyageurs, dont le roi Louis XIV en 1674, revenant de la conquête de la Franche-Comté! Le Moyen-Age à Tonnerre est marqué par la figure de Marguerite de Bourgogne. Lorsqu'elle se retire dans la ville, Marguerite, femme pieuse et veuve de Charles d’Anjou, fonde l'Hôtel-Dieu, un hôpital aux lignes majestueuses. Les guerres des XIVe et XVe siècles furent désastreuses pour Tonnerre: le comte Louis de Châlon choisit le parti du duc d'Orléans: en 1414, l'armée bourguignonne ravage et incendie la ville haute. Au XVe siècle, une grande pauvreté sévît dans la cité. Tonnerre est tiraillée entre Paris, la Bourgogne, la Champagne... En 1556, un grave incendie ravage les deux tiers de la ville. Après l’inauguration du canal de Bourgogne en 1832, la grande évolution pour Tonnerre est l'arrivée du chemin de fer, le tronçon Paris-Tonnerre est inauguré le 12 août 1849. A la fin du XIXe siècle, c'est la crise: le vignoble tonnerrois est décimé par le phylloxéra.

AU PAYS DES BORNES MICHELIN
Entre Saint-Florentin, Vitteaux et Sombernon, le promeneur des routes traverse un petit pays un peu hors du temps, riche d'un sympathique patrimoine routier... (lire)

R.N.5: LA SUISSE PAR MONTS ET PAR VAUX
La N5 Paris-Genève-St-Gingolph va quasiment disparaître à la suite du vaste déclassement des routes nationales en 2006... On aborde ici le tronçon Saint-Florentin-Tonnerre. (lire)

A Fleys, ce vieux panneau de métal a survécu jusqu'à mon passage en ces lieux (photo: Marc Verney, juillet 2010).
Gros plan sur la borne indicatrice située au carrefour de la R.N.5 historique (D905) entre Tonnerre et Tanlay (photo: Marc Verney, novembre 2011).

On quitte cette «petite cité de caractère» par la rue Rougemont et la route de Dijon (D905), l’ancienne chaussée royale construite vers la moitié du XVIIIe siècle, jusqu’au carrefour (aujourd’hui un vaste rond-point) de Vauplaine. Marquée par une ancienne borne indicatrice de pierre un peu perdue dans la végétation, la R.N.65 prend ici la direction de Tanlay. Déjà présente sur la carte de Cassini (XVIIIe), la R.N.65 traverse l’Armançon et le canal de Bourgogne avant d’entrer dans le petit bourg recelant le prestigieux château Renaissance de la famille Coligny. Dans les années cinquante, la nationale suit l’allée menant au château avant d’obliquer brutalement à droite par la Grande-Rue Haute (D965a). Aujourd’hui, une chaussée contourne largement le château et le village… Plus loin, entre les Petits-Bois et le bois de Vaulineuse, notre route croise une voie antique en provenance de Saint-Vinnemer. Cette chaussée allant en direction de Vertault, voit-on dans le Guide pittoresque dans le département de l'Yonne, par Victor Petit, a été recouverte «lors de la construction, vers l'année 1825, de la grande route actuelle qui en recouvrit l'empierrement». Voilà maintenant le hameau de Paisson, en bordure de la forêt de Gland. C’est un peu plus loin, vers la ferme de Lorient, que l’on retrouve une nouvelle chaussée antique de 6 mètres de large, selon le Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne: cette «levée de César» Tonnerre-Langres longe la route n°65 jusqu’à Laignes. On approche de la Côte-d’Or, dont les limites se situent non loin de la «ferme de Vèvre», une ferme templière dépendant de la commanderie de Voulaines-les-Templiers. Et voici donc Laignes, un petit bourg situé au milieu d’un vaste plateau agricole. Il reste 17 km à faire jusqu’à Châtillon-sur-Seine.

Plaque de cocher à Pimelles (photo: Marc Verney, novembre 2011).
A Paisson (photo: Marc Verney, novembre 2011).

Au sud de Sainte-Colombe-sur-Seine, on note la rectification moderne d’un virage au niveau du lieu-dit «Gros-Cul»… La D965 entre dans Châtillon-sur-Seine par la rue du Docter-Robert. Capitale d'une petite région appelée sous l'Ancien Régime «pays de la Montagne», Châtillon est traversée par la jeune Seine qui y développe une belle percée orientée Nord-Sud en direction de Troyes alors que des plaines permettent les échanges Est-Ouest. Avec l'autorisation de l'évêque de Langres, la cité «se dote à partir de 1168 de deux systèmes de fortifications: une au nord pour le quartier de Chaumont, l'autre au sud pour le quartier du Bourg», indique le site culture.gouv.fr, cité par Wikipédia. On découvre encore que ces deux enceintes, appartenant pour l’une aux Bourguignons (Chaumont), et l’autre (le Bourg) appartenant à l’évêque de Langres vont perdurer pendant tout le Moyen Âge. Ce n'est qu'à partir de 1586, qu'un nouveau quartier, dit de la rue des Ponts, et reliant Bourg à Chaumont, élève ses propres remparts entre les deux bras de la Seine. Le XVIe siècle ouvre la ville à l'industrie sidérurgique (on compte douze forges en 1550). Et plus de 20.000 voitures chargées de minerai circulent sur des chemins encore bien difficiles. Il faut noter qu’un Châtillonnais, le maréchal Marmont, est à l’origine d’une belle aventure sidérurgique à partir de son usine de Sainte-Colombe. Celle-ci, après la fusion avec les hauts-fourneaux de la vallée de la Chiers (voir R.N.18 historique), rejoindra le groupe Usinor en 1979. Deux faits limitent cependant le développement de Châtillon: le projet avorté du canal de la Haute-Seine jusqu'à Troyes et l'échec du projet de passage par le Châtillonnais de la ligne ferroviaire Paris-Lyon en 1840...

R.N.71: LA SEINE SUR UN PLATEAU
Au fil de la Seine, une belle promenade qui nous fait emprunter le trajet de la N71 historique entre Troyes et Dijon. On vous le dit: une sacrée mise au vert... (lire)

R.N.80: UN TRAVAIL DE (GALLO) ROMAINS!
Entre Châtillon-sur-Seine et Cluny, la route n°80 rencontre de belles cités de caractère et zigzague au milieu de paysages nobles et sereins marqués par la patine du temps... (lire)

On sort de Châtillon-sur-Seine par l’avenue du Président-Coty. La voie, qui mène jusqu’à Courban au XVIIIe siècle, apparaît bien dessinée sur la carte de Cassini publiée par le Géoportail de l’IGN. De longues lignes droites nous emmènent à Brion-sur-Ource. Le pont de maçonnerie sur l’Ource qui s’y trouve «date d’avant le XIXe siècle», apprend-on dans les Documents statistiques sur les routes et ponts de 1873. «Le village doit sûrement sa naissance et son développement, explique Wikipédia, à son emplacement géographique particulier: à cet endroit l'Ource coupait la voie romaine reliant Langres à Auxerre. Le passage se faisait sur un pont en aval du pont actuel, ou alors par un gué». On longe Bissey-la-Côte pour traverser Courban et arriver ensuite au croisement avec la R.N.396 historique, qui sillonne l’est de la France, de Vitry-le-François à Bourg-en-Bresse (un sacré parcours)...

Dans les rues de Châtillon-sur-Seine. Au centre de l'image, on distingue la colonne qui commémore le passage à Châtillon, en 1805, du pape Pie VII (photo: Marc Verney, novembre 2011).

Plaque de cocher à Châtillon-sur-Seine (photo: Marc Verney, octobre 2009).

R.N.396: DELICES DE BOURGOGNE...
Voilà une route qui vous surprendra! Une vraie promenade de plus de 300 km sur un axe qui mérite le label "route buissonnière" (lire)

Boudreville est le dernier village côte-d’orien traversé. A cet endroit, la carte de Cassini est muette… On constate cependant une longue rectification –ordonnée en 1847, réalisée vers 1861, dit Wikisara- du chemin menant à Boudreville depuis le lieu-dit de Souhy: la voie ancienne passe un peu plus au sud (pont sur le «torrent» de Bougeon et arrivée vers Boudreville par la rue du Château-Gaillard). Le bourg fut «le siège d'une importante activité métallurgique avec forge, fourneau et batterie de tôle», signale Wikipédia. On traverse l’Aube (sur un pont du XVIIIe) pour entrer dans le bois de Faye. Notre R.N.65 historique (D65 désormais) entre en Haute-Marne et met le cap sur la petite cité de Châteauvillain. Nous voici en Champagne (euh… Grand-Est!). La chaussée de Bonny-sur-Loire à Neufchâteau y aurait été réalisée vers 1839, signale l’ouvrage Histoire de la seigneurie et de la ville de Châteauvillain. Autrefois, on traversait les bras de l’Aujon sur le pont Saint-Jacques, reconstruit en 1881, précisent les Annales des ponts et chaussées. «Ancien village fortifié à proximité de Chaumont, Châteauvillain s’est installé autour d'un castrum antique, le Castrum Villanum, poste fortifié au XIe siècle», raconte Wikipédia. Mais surtout, lance le site officiel de la municipalité, mairiechateauvillain-hautemarne.fr, «Châteauvillain fut, jusqu’au XVe siècle, frontière entre le royaume de France et le duché de Bourgogne». Fortement protégée derrière ses murs dès le XIIe siècle, plusieurs familles nobles se sont succédées à la tête de la ville: le duc de Penthièvre, mort en 1793, fut le dernier seigneur de Châteauvillain. En 1959, ainsi qu’indiqué sur la carte routière au 1:100.000 publiée par CartoMundi, la R.N.65 traverse le bourg par les rues Saint-Jacques et de Penthièvre. La rue de Chaumont nous fait sortir de la ville… et jusqu’à Bricon et au-delà, nous avons, en 1956, une charmante escorte ombragée, deux rangées d’arbres qui transpercent le paysage, imposant la chaussée au milieu d’étendues à la saveur bien monotone… Ces tronçons, jusqu’à Chaumont, semblent avoir été réalisés durant la première partie du XIXe siècle, indique Wikisara. D’autres chemins, passant, eux, par la forêt et au sud du Mont (vers Montsaon), où l’on trouvait un «camp de César», sont dessinés sur la carte de Cassini (XVIIIe). Juste à côté, la construction de la base aérienne de Chaumont-Semoutiers, à partir de 1951, a bien bouleversé la géographie des lieux.

R.N.19: PAR ICI L'HELVETIE!
En 1959, il faut parcourir 490 kilomètre pour joindre Paris à Bâle, en Suisse, en passant par Troyes, Chaumont, Langres, Belfort et Saint-Louis, non loin de Mulhouse... (lire)

R.N.67: L'ABSINTHE NOUS FAIT CHOCOLAT!
C'est une route qui a le goût de l'histoire... Entre les foires de Champagne et les monts jurassiens, quelques centaines de kilomètres charmants et à avaler avec joie et passion... (lire)

On arrive à Chaumont par Villiers-le-Sec et le bois du Fays. La chaussée du XIXe siècle, voit-on sur la carte d’état-major (1820-1866) publiée par le site de l’IGN, longeait la ferme de la Dame-Huguenotte avant de descendre en larges boucles dans le val de Suize et aborder la cité en passant sous le viaduc ferroviaire (construit en 1855-56) qui fait la fierté de Chaumont. Les anciens accès, par le Val-de-Villiers, à la pente trop rapide ne sont plus utilisés: en lisant l’Histoire de la ville de Chaumont (1856), on apprend cependant que «les piétons continuent à suivre l'ancien chemin et ils traversent la rivière, près de la ferme, à l'aide d'une poutre jetée sur les ruines de l'ancien pont; ils rejoignent la route précisément à l'endroit où l'on a découvert, en creusant le sol, des tombeaux de pierre dont quelques-uns renfermaient des armes d'une haute antiquité». Le nom de la ville viendrait de sa localisation géographique: Calvus Mons ou «Mont Chauve», voilà qui renvoie à l'éperon abrupt qui domine les vallées de la Suize et de la Marne. Ancienne résidence des comtes de Champagne, Chaumont, née au Xe siècle, a vite pris l'ascendant sur toutes les régions alentours... C'est à la fin du XVe siècle qu'on a commencé à paver les rues de la ville, écrit l’Histoire de la ville de Chaumont: «d'abord la place devant la grande porte du château, où se tenaient les marchés, puis la rue de l'Etape ou de la Halle-aux-vins, et toutes les grandes rues». Chaumont connaît un grand essor économique et industriel au XIXe siècle: des ganteries, bonneteries, draperies s'installent. Parallèlement, des voies de communication sont créées: des canaux sont creusés, des chemins de fer construits et le fameux viaduc est donc édifié en 1856. La ville a un important passé historique et militaire: lieu de signature en 1814 d’un célèbre traité prélude à la Sainte-Alliance des souverains européens contre Napoléon Ier, QG des troupes du corps expéditionnaire du général Pershing en 1917, base aérienne de l'Otan en 1951, plus ancienne école de gendarmerie de France... A la sortie de la préfecture de Haute-Marne, raconte encore l’Histoire de la ville de Chaumont, la côte de la Maladière «a été abandonnée depuis qu’on a fait tourner la route par la prée de Saint-Agnan pour en adoucir la pente»… Plus loin, un pont sur la Marne, «composée de cinq travées en charpente avec piles et culées en maçonnerie, a été livré au public le 1er septembre 1836», dit la Situation des travaux de 1837 (un ouvrage plus moderne existe bien sûr aujourd’hui!). Notre chaussée passe même dans la foulée le canal entre Champagne et Bourgogne (anciennement canal de la Marne à la Saône), construit ici au tournant du XIXe siècle. Dorénavant, la R.N.65 historique porte, et cela jusqu’à sa fin, le n° D674… Il y a une explication à cela: les 56 kilomètres de chaussée entre Chaumont et Neufchâteau n’ont pas été déclassés en 1973 (à la différence du reste de l’itinéraire, sauf vers Auxerre). Cinq ans plus tard, raconte Wikisara, on a attribué à ce bout de la route le n°74, qui sera lui-même déclassé en 2006.

La deuxième partie de la R.N.65, en 1933, entre Châtillon-sur-Seine et Neufchâteau sur une carte des routes à priorité éditée par le Laboratoire de médecine expérimentale.

En sortant de la vallée de la Marne, notre route prend la direction d’Andelot. La route du XIXe siècle passe au large du bois des Barres en s’écartant du village de Treix alors que le «chemin de Treix», dessiné sur la carte de Cassini (XVIIIe), semble bien escalader la colline dominant le bois des Barres et filer vers Treix pour ensuite s’aligner sur Andelot. La grande histoire y passe la tête… en 587, y est signé un traité destiné à régler des questions de succession au sein du royaume des Francs. Gontran Ier, roi de Burgondie, et son neveu Childebert II, roi d'Austrasie (accompagné de sa mère la reine Brunehaut), vont essayer d'y assurer la paix entre les deux royaumes, dont la frontière qui les sépare passe non loin de là (sur la butte dominant la cité, Montéclair, il y avait jadis un puissant château)... Beaucoup, mais alors beaucoup plus tard, le 12 septembre 1944, la 2e DB du général Leclerc y livre l’un des nombreux combats de la Libération qui vont mener les chars français jusqu’à Strasbourg… Juste à côté, voilà Rimaucourt, situé «dans une charmante vallée entourée de forêts et arrosée par la Sueur (Sueurre auj.) qui y reçoit plusieurs ruisseaux. Cette vallée est dominée, nous dit La Haute-Marne ancienne et moderne (1858), par le Barémont et le Fouillot, montagnes dont les versants sont couronnés de forêts et le sommet planté en vignes». Pas mal de sidérurgie dans le coin: les écarts s'appellent «la Vieille-Forge, la forge, au nord sur la Sueur, le haut-fourneau dans le village. Les usines occupent de trente à trente-cinq ouvriers en temps ordinaire». L'industrie du fer y existe «depuis plusieurs siècles», comme c’est souvent le cas dans ces petites vallées laborieuses de la Haute-Marne. La R.N.65 de 1959 (D674 aujourd’hui) passe Saint-Blin, Prez-sous-Lafauche et Liffol-le-Petit. On approche de la limite départementale entre Haute-Marne et Vosges. La «route impériale» y a été «construite en 1828», lit-on sur le site histo52.blogspot.com. Dix kilomètres avant Neufchâteau, nous voilà à Liffol-le-Grand, un petit bourg où nous croisons une ancienne chaussée antique en provenance de Grand, où se trouvent de vastes ruines gallo-romaines déjà signalées sur la carte de Cassini. De là, et jusqu’à son terme, la chaussée moderne a été «ouverte en 1819 et finalisée jusqu’en 1824», indiquent les archives vosgiennes (archives.vosges.fr) alors que l’on a rectifié la côte de Rainval vers 1848. En 1950, lit-on dans le Guide Vert Vosges-Alsace, «Neufchâteau, située à un carrefour important de routes nationales, voit passer de nombreux touristes».Sans doute occupée dès l’époque romaine (il y aurait eu un castellum), la cité est fortifiée au Moyen Age. C’est Richelieu, durant les guerres en Lorraine, qui fait détruire le château. A la moitié du XXe siècle, signale le Guide Vert Vosges-Alsace, c’est un bourg industriel avec de nombreuses usines liées au bois (scieries, menuiseries, fabriques de meubles). Entre Bonny-sur-Loire et Neufchâteau, nous aurons parcouru près de 270 kilomètres...

R.N.64: DES ARDENNES AUX VOSGES
La route nationale 64 de 1959 traverse les plus grands champs de bataille français et nous emmène au pied des Vosges par la jolie forêt de Darney (lire)

R.N.66: DE BAR A BALE
La route nationale 66 historique de 1959 relie simplement Bar-le-Duc en Lorraine à Bâle, aux portes du Jura suisse. Une belle promenade à faire en toutes saisons (lire)

R.N.74: UN BIEN BEAU MILLESIME (II)
La route nationale 74 historique de 1959 relie l'Allemagne au centre de la France en passant par la prestigieuse côte des vins de Bourgogne. (lire)

Marc Verney, Sur ma route, février 2021
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