Gros plan sur la plaque Michelin de l'aire de Marcigny, autoroute A6. Le tracé de la RN80 y est clairement dessiné (photo: MV, février 2011).
Joli effet autour de la borne Michelin de Vic-s-Thil, à 2 km du tracé de la RN80 (photo: MV, octobre 2009).
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Sources et documents: Atlas Michelin des routes de France 1959; carte Michelin n° 65 Auxerre-Dijon (1955); A la recherche du temps passé autour de la butte de Thil, Nicole Bourgeois-Puchot (éd. de l'Armançon, 2008); Le Bien Public du 13 septembre 1999: "Sur le pont Joly, on y roule... depuis deux cent ans"; Le canton de Châtillon-sur-Seine à travers les cartes postales, Jean-Paul Michaut (éd. de St-seine-l'Abbaye, 1981); Histoire de Châtillon-sur-Seine, Michel Belotte (Dominique Guéniot, 1997); Histoire municipale de Châtillon-sur-Seine avant et pendant la Révolution, Charles-Paul Léger (imp. Th. Legros, 1928); Saulieu et son canton, Mryse Rozerot (éd. Alan Sutton, 2007); Semur-en-Auxois, Nicole Bourgeois-Puchot (éd. Alan Sutton, 2007); Précy-sous-Thil au fil des rues, Gérard Gautier (éd. de l'Armançon, 1991); Voyage d'un touriste dans l'arrodissement de Châtillon-sur-Seine, E. Nesle (Le Meur-Michaut 1983, réimpr. de 1860); Wikipédia; Wikisara; les offices du tourisme de Châtillon-sur-Seine, de Semur-en-Auxois.
L'église Saint-Vorles de Châtillon-sur-Seine, par une claire nuit d'hiver (photo: MV, février 2011)
A l'entrée de Coulmier-le-Sec, cette borne de pierre rongée par le temps indique Chamesson (photo MV, février 2011).
Plaque de cocher de la RN80 à Puits (photo: MV, octobre 2009).
Villes et villages traversés par la N80 historique (1959), en italique, les anciennes RN principales croisées:
Châtillon-sur-Seine (N65, N71)
Ampilly-le-Sec
Coulmier-le-Sec
Puits
Etais
Montbard (N5)
Champ-d'Oiseau
Chevigny
Pont-de-Chevigny
Semur-en-Auxois (N454, N470)
Courcelles-lès-Semur
Précy-sous-Thil (N70)
Montlay-en-Auxois
Saulieu (N6, N77bis)
Plaque d'informations touristiques à Semur-en-Auxois (photo: MV, février 2011).
Un mot sur les habitants de Semur-en-Auxois! La devise des Semurois est agréable à lire: "Les citoïens de Semur sont des gens paisibles, doux, débonnaires et charitables, s'entraymants et caressants et vivans ensemble en grande concorde et qui se plaisent fort en l'accointance des Estrangers". (l'orthographe est d'époque)


Nos belles routes de France
R.N.80: UN TRAVAIL DE (GALLO) ROMAINS! (I)
Sillonnant joliment les campagnes bourguignonnes entre Châtillon-sur-Seine et Cluny, la route nationale 80 de 1959 était un moyen efficace de mieux faire connaissance avec les paysages du Morvan et de découvrir un mignon chapelet de cités de caractère: Semur-en-Auxois, Saulieu ou bien encore Autun. Une touche d'histoire: de place en place, le macadam de cette voie recouvre certains grands axes de la Gaule gallo-romaine... Un dernier mot: lors de sa création, en 1824, l'itinéraire est décrit comme étant la voie de Châtillon-sur-Seine à Mâcon par Autun. Pour notre part, nous suivrons le chemin de 1959 tel que visible sur notre vieil atlas Michelin (un trajet effectué en octobre 2009 et en février 2011). Première partie: Châtillon-Saulieu.

Le macadam de la RN80 (auj. D980) vers Montigny-Montfort (photo: Marc Verney, octobre 2009). En cliquant sur l'image vous continuez le trajet de la RN80 historique!


Tout commence à Châtillon-sur-Seine. Capitale d'une petite région appelée sous l'Ancien Régime "pays de la Montagne", Châtillon est traversée par la jeune Seine qui y développe une belle percée orientée Nord-Sud en direction de Troyes alors que des plaines permettent les échanges Est-Ouest. La voie venant du nord, c'est la route de l'étain qui a emprunté la vallée de la Seine dès l'Antiquité... elle se divisait en deux à la hauteur de Châtillon: un antique chemin celtique partait vers Bibracte (notre N80!) et la "route des Romiers", un passage vers l'Italie, déjà signalé au XIIIe siècle par un religieux voyageur (et chroniqueur) anglais. Celui-ci prenait la direction de Chanceaux (ancienne N71 -D971) et menait par la suite aux cols du Jura et des Alpes. Un autre axe passant par Châtillon, appelé "le grand chemin tonnerrois" joignait, à l'époque romaine Langres à Auxerre (une partie de la N65 de 1959).

R.N.71: LA SEINE SUR UN PLATEAU
Au fil de la Seine, une belle promenade qui nous fait emprunter le trajet de la N71 historique entre Troyes et Dijon. On vous le dit: une sacrée mise au vert... (lire)

Une des belles attractions de Châtillon-sur-Seine, la source vauclusienne de la Douix qui alimente la jeune Seine. Photo: Marc Verney, février 2011.

Cependant, au XIe siècle, Châtillon-sur-Seine n'est toujours qu'un petit village, perché sur une colline. Il a été quand même fortifié en 868 pour accueillir les reliques de Saint Vorles. L'endroit se développe un peu plus aux XIIe et XIIIe siècles sous l'impulsion des premiers ducs de Bourgogne qui cherchent à limiter l'expansion champenoise. La ville fortifiée compte, au temps des Valois jusqu'à treize portes et une trentaine de tours de défense. Le XVIe siècle ouvre la ville à l'industrie sidérurgique (on compte douze forges en 1550). Et plus de 20 000 voitures chargées de minerai circulent sur des chemins encore bien difficiles. Deux faits limitent le développement de Châtillon: un projet avorté de canal jusqu'à Troyes (1805) et l'échec du projet de passage par le châtillonnais de la ligne ferroviaire Paris-Lyon en 1840.

Dès la fin du Premier Empire, la petite cité regarde cependant passer le souffle de la grande histoire: le congrès de Châtillon, du 7 février au 11 mars 1814 voit se tenir des négociations sans lendemain entre les ambassadeurs des souverains alliés et le représentant de l'empereur, Caulaincourt. Il s'agissait alors de ramener les frontières de la France à ses limites de 1789. Dernier désastre vécu par la ville, le bombardement allemand du 15 juin 1940 qui fait disparaître les anciens ponts à maisons.

A VOIR, A FAIRE
Il existe une "Route du Crémant" autour de Châtillon. Longue de 120 km, elle relie les villages vignerons des environs qui produisent un bon crémant à base de chardonnay ou de pinot noir (Dans l'Aube voisine, les vignerons bénéficient de l'appellation champagne). Principale curiosité de la cité, le trésor de Vix, découvert dans une sépulture féminine au pied du mont Lassois (un ensemble de bijoux et un magnifique vase grec en provenance d'Italie méridionale -VIe siècle av. JC). A visiter aussi, l'église Saint-Vorles (XIe siècle), le site naturel de la Douix, une importante résurgence vauclusienne qui redonne de la vigueur à la Seine.
Office du tourisme du Pays châtillonnais, place Marmont (tél. 03 -80-91-13-19).

La nationale 80 historique s'échappe de Châtillon au niveau de la place Joffre. On laisse à gauche la route de Dijon, l'ancienne N71, réalisée ici fin XVIIIe en remplacement d'un tracé plus pentu en centre-ville (la rue du Bourg-à-Mont). Premier bourg traversé après quelques kilomètres rectilignes: Ampilly-le-Sec, qui, en 1900, comptait trois auberges et deux boulangers... Encore un peu plus en avant, à Coulmier-le-Sec (le nom viendrait d'un colombier en pierre), on vivait quasi entièrement de la route à cette époque: ainsi, on pouvaut y croiser deux auberges, trois charrons, quatre maréchaux-ferrants, deux maîtres carriers...

Zoom sur la plaque de Puits. Photo: Marc Verney, octobre 2009.

Quelques kilomètres plus loin, voici Puits (on devinera sans mal que, dans une région très sèche, ce puits-là devrait abreuver tous les environs!). On passe Etais et la route longe la forêt de Fontenay dans laquelle se blottit la magnifique abbaye fondée au XIIe siècle. Ce joyau de l'architecture religieuse est classé au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco. Puis le bitume s'incurve et entame une longue descente en direction de Montbard. La petite ville, sous-préfecture depuis 1926, nous dit la brochure de l'office du tourisme, confortablement installée dans une boucle de la Brenne semble aujourd'hui rêver à des temps meilleurs... Le souvenir de Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon (1707-1788), naturaliste et ingénieur de génie y émerge de partout... C'est là aussi que la D980 rencontre la route blanche Paris-Genève.

R.N.5: LA SUISSE PAR MONTS ET PAR VAUX
La N5 Paris-Genève-St-Gingolph va quasiment disparaître à la suite du vaste déclassement des routes nationales en 2006... On aborde ici le tronçon Montbard-Vitteaux. (lire)

Nous voici dès lors en route pour Semur-en-Auxois. Sur la droite, voilà les ruines du château de Montfort, construit au XIIIe siècle par Géraud de Maulmont sur un piton à 317 m d'altitude. A l'origine, la puissante forteresse était constituée de sept tours et de remparts entourés de profonds fossés. Ici, la chaussée serpente au milieu de reliefs doux et bucoliques. Avant d'arriver aux abords de Semur-en-Auxois, voilà Champ-d'Oiseau et Pont-de-Chevigny où la route traverse l'Armançon sur un ancien pont de pierre (milieu du XVIIIe siècle) qui a été retouché au fil du temps pour améliorer la circulation.

La ville de Semur-en-Auxois apparaît sur la gauche de la route. Enlacée dans un méandre de l'Armançon, la cité médiévale (divisée en trois parties: le Château, le Donjon, le Bourg) s'accroche de belle manière sur un éperon rocheux de granit rose. Tout autour, les chaumes (du latin calma), des terrains rocailleux où se sont bâtis plusieurs faubourgs. On retrouve les premières traces de la ville en 606 dans la charte de fondation de l'abbaye de Fontenay sous le nom Sene Muro (Vieilles Murailles).

Semur-en-Auxois et son pont Joly de 1786 qui a bien simplifié la vie des habitants et des visiteurs de la ville. Il n'y pas de brume... il pleut des cordes!! Photo: Marc Verney, février 2011.

Une des vues les plus connues de la ville est celle où l'on arrive dans la ville par la rue de Paris. Il n'a d'ailleurs pas toujours été facile d'accéder à Semur... Si, côté route de Dijon, ce n'était pas compliqué: on entrait dans la cité médiévale par la Barbacane, dressée en avant de la porte Sauvigny, c'était une autre "paire de manches" côté Armançon! L'ancien accès en arrivant de Montbard, d'Avallon et de Paris, c'était le pavé Saint-Lazare, une redoutable pente glissante aussi dangereuse à la montée qu'à la descente. Puis il fallait franchir le pont des Minimes et relancer les équipages dans la rue des Vaux sous les hautes tours de défense. Les ingénieurs dijonnais se mettent en quête d'une solution de remplacement dès 1758. Et le devis est réalisé en 1779: il s'agit de construire pour 62 538 livres et 16 sols un chemin depuis les Quinconces (l'actuelle rue de Paris), de jeter un pont d'une seule arche dressé à 24 m au dessus de l'Armançon (le pont Joly) et de remonter vers le centre-ville par l'actuelle rue du Pont-Joly. Après quelques retards, le nouveau chemin est inauguré en 1786 et est encore utilisé de nos jours.

A VOIR, A FAIRE
La vieille ville et la promenade des remparts, puis descendre vers le pont Pinard par une jolie volée d'ecaliers; la tour de l'Orle d'Or, ainsi nommée parce que son sommet était -jadis- entouré d'une bande de métal qui scintillait au soleil; la collégiale Notre-Dame (XIIIe siècle); le musée municipal, installé dans l'ancien couvent des Jacobines. Un petit train fait le tour des remparts et l'office du tourisme propose diverses promenades dans la cité. Juste à côté, on trouve le lac de Pont, promenade dominicale des Semurois dont le barrage a été édifié entre 1878 et 1883 pour l'alimentation du canal de Bourgogne.
Office municipal de tourisme, 2, place Gaveau (tél. 03-80-97-05-96).

La RN80 historique (D980) se contente en fait d'effleurer Semur. Après le rond-point, la voie prend la direction de Précy-sous-Thil et croise, à la hauteur de la jonction avec la route d'Epoisses, la promenade ombragée des Quinconces, qui était aussi, à l'époque, la gare du tacot. Au XVIIIe siècle, les routes étaient ici sous la responsabilité du Conseil des Etats de Bourgogne qui mettaient un point d'honneur à tenter d'entretenir convenablement leurs abords: ainsi, il fut ordonné en 1718 de planter des arbres fruitiers le long des axes et d'arracher "sur une largeur de 36 pieds (1 pied = 0,32 m) tous les bois et broussailles bordant" les cheminements.

A la sortie de Courcelles-lès-Semur, une sorte de calvaire dresse ses croix catholiques. Dans ce village, nous dit Nicole Bourgeois-Puchot dans ses Chroniques du Semurois, un château féodal dont il ne reste que des vestiges a reçu Philippe le Hardi à plusieurs reprises. L'automobiliste de 2011 peut faire un petit détour et visiter le mignon village de Flée, juste à côté de la route. Mais voilà déjà Précy-sous-Thil, un village bâti autour de deux voies antiques. Mais le bourg "décolle" grâce à l'impulsion donnée par le trésorier général de Louis XV, Chartraire de Montigny, originaire du coin, qui fait réaliser entre 1734 et 1743 la route n°2 des Etats de Bourgogne (anc. RN70) qui relie Dijon à Paris par Vitteaux. Il nous faut d'ailleurs passer le pont sur le Serein (terminé en 1739) pour rejoindre la chaussée de Saulieu.

Un ultime mot sur Chartraire de Montigny: l'homme, extrêmement avisé (ou très magouilleur) fit construire une superbe hostellerie en 1743 à la sortie de Précy pour capter le nouveau trafic créé par "sa" route nouvelle... Là, se trouve en effet une côte imposante qui imposait le relais ou le renfort de nombreux chevaux supplémentaires... Anecdote amusante: en 1895, lors de la course automobile Paris-Marseille, les concurrents durent faire appel aux chevaux des paysans des environs pour faire grimper leurs montures mécaniques essoufflées!!

Cette plaque Michelin indiquant Saulieu se trouve dans le village de la Motte-Ternant Photo: Marc Verney, février 2011.

Avant de repartir en direction de Saulieu, on peut jeter un oeil à la butte de Thil voisine (490 m) et aux restes des fortifications qui s'y trouvent (redescendre vers la D980 par Vic-sous-Thil). Entre collines de l'Auxois et monts morvandiaux voici maintenant Saulieu, ville-étape par excellence sur les chemins de cette région et notamment la via Agrippa, la voie romaine Rome-Boulogne-sur-Mer construite en 40 apr. JC. Celle-ci se poursuivait vers Autun par Liernais et Lucenay. Courtépée, historien originaire de la région pense même que le nom de Saulieu dérive du latin et du statut d'étape des lieux: sedis locus, ou lieu de relais.

Depuis, la vocation d'étape de Saulieu sur les itinéraires nord-sud ne s'est jamais démentie: devant les vestiges des murs de la ville, deux auberges obtiennent dès 1926 une étoile, l'année même de de la création du Guide Michelin: l'Hôtel de la Poste et l'Hôtel de la Côte-d'Or (ce dernier, repris dès 1931 par le chef Alexandre Dumaine, recevra même sa troisième étoile en 1935). A 258 kilomètres de Paris, la petite cité du Morvan (514 m d'altitude) est encore aujourd'hui une des grandes étapes de la route Paris-Côte d'Azur malgré la déclassification de la RN6 en D906.

A VOIR, A FAIRE
Edifiée au XIIe siècle, la basilique Saint-Andoche est un bel exemple de l'art roman bourguignon; le musée municipal, qui a recréé l'ambiance d'une vieille auberge (au XVIIIe , un relais y comptait jusqu'à 200 chevaux!) et où l'on peut voir une partie de l'oeuvre de François Pompon, natif de Saulieu; les anciennes bornes routières autour de l'office du tourisme; quelques pas dans le centre ancien à la recherche des panneaux de la "route N6 historique"...
Office du tourisme, 24, rue d'Argentine (tél. 03-80-64-00-21).

Gros plan sur la borne impériale de Saulieu. Celle-ci oriente le voyageur vers la route n°6 ou vers la route n°80. Photo: Marc Verney, février 2011.

R.N.77bis: LA TRAVERSEE DU MORVAN
La RN77bis de 1959 relie Nevers à Sombernon en passant par le Morvan. Une route de jolies courbes à suivre ici (lire)

R.N.6, LA ROUTE DES ALPES
Auxerre, Saulieu, Chalon, Mâcon, Lyon... suivez le jeu de piste de la N6 historique (1959) jusqu'en haut du col du Mont-Cenis. Ca décoiffe de visiter les belles routes des Alpes... (lire)

Marc Verney, Sur ma route, avril 2011


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