Le seul panneau Michelin subsistant de la R.N.70 historique se situe à Vereux, 10 km au nord de Gray (photo: MV, juillet 2015).
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On voit le tracé de la R.N.70 historique sur la table d'orientation située sur le sommet de la tour du palais des ducs de Bourgogne à Dijon (photo: MV, octobre 2005).

Villes et villages traversés par la R.N.70 (1959):
Vernon (N6)
Chamont
Jadron
Villars
Aisy-s/s-Thil
Pont-d'Aisy
Precy-s/s-Thil (N80)
Maison-Neuve
Marcigny
Pont-Royal
Vitteaux
(R.N.5 jusqu'à Dijon)
Dijon (N71, N74, N396)
Saint-Apollinaire
Varois-et-Chaignot
Arc-sur-Tille
Magny-Saint-Médard
Mirebeau-sur-Bèze
Renève
Essertenne-et-Cecey
Mantoche
Gray (N67)
Montureux
Vereux
Dampierre-sur-Salon
Vaite
Lavoncourt
Vauconcourt
Combeaufontaine (N19)

Sources et documents: Atlas des grandes routes de France, Michelin (1959); carte n°65 Auxerre-Dijon, Michelin (1948, 1955); carte n°66 Dijon-Mulhouse, Michelin ( 1977); De la corvée en France et en particulier dans l'ancienne province de Franche-Comté, S. E. Hyenne, J. Jacquin (1862); Détails historiques et statistiques sur le département de la Côte-d'Or, Claude-Xavier Girault, Gaulard-Marin (1818); Etudes sur la topographie dijonnaise, Roger Gauchat, recueil d'articles publiés dans les Mémoires de la Commission des antiquités du département de la Côte-d'Or (1940-1969); Guide Bleu Bourgogne-Lyonnais, Hachette (1965); «Le marais des Tilles», Noël Garnier (non daté, publié sur le site arc-sur-tille.fr); «Les grandes routes entre Armançon et Ouche», Henri Beis, ‎Annales de Bourgogne, (1929-1930-1931); Notice historique sur l'église et le village de Saint-Apollinaire, François Lacoste, Impr. de Jobard (1896); Précy-sous-Thil au fil des rues, Gérard Gautier, éd. de l'Armançon (1991); Vitteaux (Côte-d'Or), monographie, François-Étienne Hutinel et Jean-Baptiste Mathey, Honoré Champion éditeur (1912); bm-dijon.fr; dampierre-sur-salon.fr; dijon.fr; gray.fr; patrimoinedumorvan.org; plm1950.msts.free.fr; racinescomtoises.net; Wikipédia, Wikisara. Remerciements: Gallica, le Géoportail de l’IGN.
Ancienne borne routière dans la région de Vitteaux (photo: MV, février 2011).
A VOIR, A FAIRE
Précy-sous-Thil: montée sur butte de Thil: la «sentinelle de l'Auxois» offre une vue imprenable sur les premiers contreforts du Morvan et les collines de l'Auxois et est l'un des plus anciens châteaux féodaux de France. Une allée de tilleuls bicentenaires relie cette forteresse à la collégiale du XIVe siècle.
Pont-Royal: le canal de Bourgogne.
Vitteaux: la maison Belime et son toit de lave (XIIIe siècle), les halles du XIIIe, en haut du bourg, la tour de guet, située sur l’ancienne tour de la prison du château offre une sympathique vue sur les environs, et notamment l‘éperon de Myard, un ancien habitat fortifié du néolithique.
Dijon: le Palais des ducs de Bourgogne, dont la tour Philippe-le-Bon, construite entre 1450 et 1455 domine un ensemble de bâtiments qui ne datent pas tous des grands ducs d'Occident mais qui enferment le musée des Beaux-arts, d'une grande richesse; l'hôtel de Voguë, exemple superbe d'un bâtiment Renaissance italienne à Dijon; le Palais des Etats et la place de la Libération (ancienne place Royale); la cathédrale Saint-Bénigne et sa crypte du XIe siècle; l'église Notre-Dame (XIIe siècle), ses gargouilles et son Jacquemart, horloge mécanique datant de 1383 ramenée de Courtrai par Philippe le Bon; la rue Verrerie et la rue de la Chouette: quartier médiéval avec maisons à pans de bois (n'oubliez pas de faire un voeu en touchant la chouette!); l'ancien Parlement de Bourgogne; le beau musée archéologique de Dijon, abrité dans un ancien dortoir d'une abbaye bénédictine et ses salles consacrées à la déesse Sequana (la Seine); on y trouve également une borne milliaire et des pyramidons; la rue Berbisey et tous ses hôtels particuliers; les jardins Darcy et de l'Arquebuse; le parc de la Colombière où l'on peut encore voir les restes de la voie romaine Lyon-Trèves, le puit de Moïse, dernier vestige de la chartreuse de Champmol, la nécropole des ducs de Bourgogne...

Gray: chef d'oeuvre de la Renaissance, l'hôtel de ville et sa façade: érigée de 1567 à 1572, longue d’environ 37 m, elle comporte deux travées rythmées par des colonnes corinthiennes et composites superposées en marbre rouge de Sampans (Jura), au milieu de celle-ci, le blason de la cité; la basilique Notre-Dame, à l'architecture mixte, bourguignonne et comtoise. Là aussi, la chaire est en pierre de Sampans; le musée Baron-Martin, installé dans le château de Gray, ancienne propriété des ducs de Bourgogne. On peut se procurer à l'office du tourime un petit dépliant bien instructif sur les promenades à faire au coeur de la vieille ville (vieilles maisons, hôtel-Dieu, hôtels particuliers).
Plaque de cocher à Mantoche (photo: MV, juillet 2012).
En arrivant vers Combeaufontaine, on croise ce poteau Michelin (photo: MV, juillet 2015).

Les belles routes du Jura...
R.N.70: AU GRAY DE LA SAONE...
Voilà une route au destin bien singulier. Son tracé débute bien à l’ouest de Dijon, sur la R.N.6 historique, se «brise» sur la «route blanche» Paris-Genève, renaît à l’est de la capitale des ducs de Bourgogne pour s’achever au nord-est après avoir longuement tutoyé la rivière Saône aux abords de Gray… d’où le titre! Entre Précy-sur-Thil et Vitteaux, la route, itinéraire n°2 des Etats de Bourgogne au XVIIIe siècle, effleure l’un des derniers royaumes de la borne Michelin, qui abonde tout au long des petites chaussées de la région… Puis, après Dijon, tout est bien calme sur une voie qui nous emmène à Combeaufontaine, au croisement avec la R.N.19 de Paris à Bâle. Le trajet a été emprunté de très nombreuses fois par l’auteur du site Sur ma route, un itinéraire bien pratique pour traverser sans heurts la chaleureuse région bourguignonne…

Panneau en métal ancien situé à Chamont, quelques kilomètres après l'amorce de la R.N.70, non loin de Rouvray (photo: Marc Verney, février 2011). En cliquant sur l'image vous retrouvez la page index de ce site

La vraie entame de la route de Dijon se faisait jadis dès le lieu-dit La Croisée situé peu après Rouvray, dans la direction de Saulieu. Mais, au fil du temps et des projets d’aménagement routier, la morphologie de l’endroit a bien changé: la réalisation d’une déviation de la R.N.6 contournant deux passages à niveau vers Bierre-en-Morvan a repoussé d’un bon kilomètre l’embranchement de Dijon. Ce projet est d’ailleurs particulièrement visible sur la carte Michelin Auxerre-Dijon de 1948.

R.N.6, LA ROUTE DES ALPES
Auxerre, Saulieu, Chalon, Mâcon, Lyon... suivez le jeu de piste de la N6 historique (1959) jusqu'en haut du col du Mont-Cenis. Ca décoiffe de visiter les belles routes des Alpes... (lire)

Le tracé de la R.N.70 apparaît sur ce panneau Michelin de l'autoroute A6 (photo: MV, août 2014).

Jusqu’à Vitteaux, cette première portion de la R.N.70 historique (D70) fait 31 kilomètres. Déjà visible sur la carte de Cassini (XVIIIe) publiée par le Géoportail de l’IGN, la chaussée portait le n°2 des Etats de Bourgogne. Sous la Restauration, indique l’article «Les grandes routes entre Armançon et Ouche» de Henri Beis, «le réseau routier était toujours, dans ces parages, celui qu'avait aménagé la grande voirie des Etats de Bourgogne. La nationalisation révolutionnaire et impériale n'en avait changé que la numérotation». Or, cet état de chose allait bien être transformé sous la monarchie de Juillet, raconte encore l’auteur. Afin de modifier l’ancien tracé de la route n°5 entre Montbard et Chanceaux, une portion jugée «impraticable» au milieu du XIXe siècle, on allait tout simplement détourner la route Paris-Genève par Vitteaux et Sombernon en «empruntant» à la route n°70 son tracé jusqu’à Dijon… C’est une ordonnance de février 1845 qui entérine a posteriori ce choix. Avec de lourdes modifications néanmoins, puisque la nouvelle chaussée (construite vers 1839-40) remonte la vallée de la Brenne au lieu de passer par Marcellois et La Chaleur. Enfin, la partie Chanceaux-Dijon passe, elle, sous le n°71...

Retour à notre promenade… Après la première forte courbe à Clermont, où l’on passe l’Argentelet, on traverse le village de Chamont, puis Jadron, qui ne se trouve qu’à quelques encablures de Dompierre-en-Morvan. Six kilomètres plus loin, voilà Aisy-sous-Thil, puis Pont-d’Aisy sur le Serein (ouvrage terminé en 1739). Les lieux, indique le site patrimoinedumorvan.org, «connurent entre 1824 et 1882, une très grande activité de production de fer. Ce site industriel (forges, hauts-fourneaux, cités ouvrières, ligne ferroviaire,…) marqua le développement économique et démographique du territoire. La forge s'arrête en 1882 due à l'épuisement du minerai». Juste à côté, voilà Maison-Neuve, un écart de Précy-sous-Thil, village bâti autour de deux voies antiques (où l’on croise aujourd’hui la R.N.80 historique). Le bourg «décolle» grâce à l'impulsion donnée par le trésorier général de Louis XV, Chartraire de Montigny, originaire du coin, qui fait réaliser entre 1734 et 1743 la route n°2 des Etats de Bourgogne, notre R.N.70 historique! C’était une personne avisée: l'homme fit aussi construire une superbe hostellerie en 1743 à la sortie de Précy pour capter le nouveau trafic généré par «sa» route nouvelle... Là, se trouve en effet une côte imposante qui imposait le relais ou le renfort de nombreux chevaux supplémentaires... Au sommet de la côte, et toujours en quasi ligne droite, on s’approche –cette fois en descente- du village de Marcigny (hameau de Maison-Rouge), où l’on franchit l’Armançon sur un pont dont les premiers travaux datent de 1737 (Wikipédia). A la Maison-de-Paille, au nord de Clamerey, notre route retrouve, venant du nord, la R.N.470 historique. Un peu plus loin, à la Maison-Blanche, s’embranche la chaussée sud de la R.N.470 (D970) qui file en direction de Beaune. Encore un peu plus loin, voilà Pont-Royal, où la route «saute» par-dessus le canal de Bourgogne, mis en service en 1832. A noter que le lieu s’appelle «Port-Royal» sur la carte d’état-major du XIXe siècle publiée par le Géoportail de l’IGN.

La R.N.70 en direction de Vitteaux (photo: MV, décembre 2005).

R.N.80: UN TRAVAIL DE (GALLO) ROMAINS!
Entre Châtillon-sur-Seine et Cluny, la route n°80 rencontre de belles cités de caractère et zigzague au milieu de paysages nobles et sereins marqués par la patine du temps... (lire)

AU PAYS DES BORNES MICHELIN
Entre Saint-Florentin, Vitteaux et Sombernon, le promeneur des routes traverse un petit pays un peu hors du temps, riche d'un sympathique patrimoine routier... (lire)

A quelques encablures de Vitteaux, notre chaussée croise l’ancienne voie de chemin de fer entre Epinac et Les Laumes. Ouverte vers 1891, indique le site plm1950.msts.free.fr, cette ligne permettait «le transport vers le nord de la houille d'Épinac. Prolongé après 1940, le service voyageur fut reporté sur route en octobre 1953». Et voilà maintenant le bourg de Vitteaux, traversé par la Brenne, indique Wikipédia, qui est une commune du canton de Semur-en-Auxois, peuplé aujourd’hui par plus de 1100 habitants. La ville, lit-on dans Vitteaux (Côte-d'Or), monographie, «qui se trouve dans le fond d’un véritable entonnoir dont les parois sont imperméables, a plusieurs fois souffert de graves inondations, en 1666, 1757, 1788 et 30 avril 1842, par des trombes amenées par les vents du sud-ouest. Courtépée lui a donné pour cette raison le surnom de Viteau aux eaux rapides "ad celeres aquas"».A l'intérieur du bourg, c'est la rue Mont-Chevreau qui fut longtemps la route de Semur. Le passage de la route (de Paris) par ici, découvre-t-on dans Vitteaux (Côte-d'Or), monographie, «fut cause de la construction de plusieurs bâtiments neufs qui formèrent la rue Neuve». La petite cité fut une étape importante pour les rouliers franc-comtois (ce sont les camionneurs du début du XIXe siècle). Ceux-ci, en provenance des monts jurassiens parcouraient tout le pays avec leurs chariots traînés par les robustes chevaux comtois. Du coup, les auberges étaient nombreuses: l’auberge du Raisin, l’hôtel du Dauphin, du Soleil-d’Or, de l’Etoile-d’Argent. A présent, le trajet jusqu’à Dijon est celui de la route nationale 5 historique, la «route blanche» réalisée à partir de 1839. A noter cependant que l’ancienne chaussée royale du XVIIIe et du début du XIXe siècle empruntait jusqu’à Sombernon la côte de la Justice, passait par Marcellois et le hameau de La Chaleur (les D26 et D119 actuelles).

R.N.5: LA SUISSE PAR MONTS ET PAR VAUX
La N5 Paris-Genève-St-Gingolph va quasiment disparaître à la suite du vaste déclassement des routes nationales en 2006. La N396 croise la route blanche à Dijon... (lire)

On retrouve la route n°70 de 1959 dès la sortie de Dijon, entre les quartiers Montmuzard et des Grésilles (avenue Raymond-Poincaré). Montmuzard, ancien domaine doté d’un château, fut progressivement morcelé, indique Wikipédia, «notamment au XIXe siècle, afin de réaliser la ligne de chemin de fer contournant Dijon par l'Est et la gare Porte-Neuve entraînant la création de lotissements successifs et l'arrivée d'activités industrielles et artisanales. En 1934, est créé l'ensemble sportif du Parc des Sports». «Tout un réseau de petits ruisseaux descendait des collines de Montmuzard et des Grésilles en direction du cours du Suzon» que la route n°2 des Etats de Bourgogne vers Gray franchissait (XIXe siècle) sur le pont aux Chaînes, raconte Roger Gauchat dans un article publié par le site bm-dijon.fr. A gauche de la route de Gray, le quartier des Grésilles, écrit le site dijon.fr «est construit dans les années 1950 pour faire face à la pénurie de logements. Les cités Billardon et Épirey, aujourd’hui détruites, sont bâties dès 1953». Notre chemin arrive à l’actuel rond-point du Huit-Mai-1945. Non loin de là, le Mur des Fusillés, situé dans un ancien champ de tir, rappelle la mémoire de 126 résistants morts sous les balles de l’occupant allemand durant la Seconde Guerre mondiale. L’avenue du Colonel-Prat nous emmène dès lors vers la commune voisine de Saint-Apollinaire qui jouxte la capitale bourguignonne. Ce village, nous dit la Notice historique sur l'église et le village de Saint-Apollinaire, «est sur la voie romaine qui conduit les gens du nord-est à Dijon. Courtépée nous dit que ce village était plus considérable autrefois»... Les lieux sont ravagés par les Suisses, venus en 1513 assiéger Dijon. Aujourd’hui, l’agglomération dijonnaise grignote le vieux village, dont on dit (mais cette version est contestée) qu’il a été fondé sur la base d’une basilique, par Clotilde, épouse de Clovis, en l’an 500…

Après Mirebeau, dans la plaine de la Saône (photo: MV, juillet 2012).

En direction de Varois-et-Chaignot, la chaussée aborde une vaste plaine, autrefois constellée de plusieurs fermes aujourd’hui peu à peu repoussées par l’industrialisation des lieux. Avant Varois, deux virages apparaissent rectifiés sur les cartes publiées par l’IGN.  Ce village, d’où part la route de Fontaine-Française (D960) vit tranquillement dans l’ombre de son fort Séré de Rivières bâti de 1877 à 1880. La route de Gray contourne cet ouvrage qui devait contrôler les approches de la ville de Dijon. On oublie rapidement la voie rapide D700 et le passage de l’autoroute A31 pour aborder le village d’Arc-sur-Tille. La plaine, qui entoure ce village, dite «des Tilles», était assez souvent inondée, et d’anciennes levées permettaient aux gens d’atteindre néanmoins Dijon à pied sec. Mais cela restait, semble-t-il, encore assez sommaire. Un article très documenté de l’historien Noël Garnier, «Le marais des Tilles» (publié sur le site arc-sur-tille.fr), donne la date de 1612 pour l’établissement d’une «levée neuve» dans la région, commençant «au bas de la montée de Varois» et se terminant à «la Tille de Gourmerault». Mais… dès 1634, les grandes eaux noient tout sur leur passage… et en 1698, il faut tout refaire. Les travaux de réparation et de maintenance furent menés avec âpreté durent tout le XVIIIe siècle. Les ouvrages en bois sont remplacés par des ponceaux en pierre, la chaussée est élargie, les fondations de la levée sont raffermies. Depuis 1789, relève encore Noël Garnier, «grâce à des travaux de dessèchement, la chaussée n’a plus été menacée par les eaux». A la sortie d’Arc-sur-Tille, on laisse partir sur la droite la route de Pontailler-sur-Saône (D961).

Après le village de Magny-Saint-Médard, on note une rectification de la chaussée au niveau du lieu-dit «les Grands-Montants». Au lieu de filer tout droit la nouvelle chaussée fait un large virage vers le sud avant de remonter au nord. On pénètre dans Mirebeau-sur-Bèze par la route de Dijon. Dans la cité, la D70 prend la direction de la Grande-Rue. Place-forte sous la domination romaine (une légion y était cantonnée), la cité, fortifiée au Moyen Age, passe sous la coupe du duc de Bourgogne au XIIe siècle. En 1636, attaquée par les soldats impériaux, Mirebeau est rasée par les troupes de Matthias Gallas et François Mercy (118 maisons  sont détruites, indique le Guide Bleu Bourgogne-Lyonnais de 1965). Dès lors, la route traverse la forêt de Mirabeau en direction de Renève, dernière localité de Côte-d’Or avant la Haute-Saône. Là, notre route nationale 70 historique y croise le canal de la Marne à la Saône, mis en service partiellement en 1862. C'est là aussi, qu'en 613, la reine franque Brunehaut, princesse wisigothique, est suppliciée à mort. A quelques kilomètres, se trouve le village d’Essertenne-et-Cecey. Un ouvrage, De la corvée en France et en particulier dans l'ancienne province de Franche-Comté, indique que sur cette voie, «mise à l’entretien des communautés en 1738», il n’y avait plus «que quelques ouvrages à faire pour l’achever». Plus loin, le même ouvrage signale qu’on y a «établi plusieurs relais de poste ainsi que des étapes pour les troupes qui vont directement depuis Gray et de la Bourgogne dans les garnisons des villes frontières de la Lorraine». La vocation militaire et stratégique de la R.N.70 historique ne se dément pas!

Ancien tracé de la R.N.70 à Vereux (photo: MV, juillet 2015).
A Vaite (photo: MV, juillet 2015).

Essertenne-et-Cecey est contournée à la fin du XXe siècle. Si l’on veut suivre la route historique, il faut emprunter la D36a. Plus loin, Mantoche est également évitée par la D70 contemporaine. On est à 6 km de Gray. La route longe désormais la Saône et s’approche du pont de Pierre (1647), principale traversée de la rivière. On ne pénètre pas dans le centre de Gray, situé majoritairement sur la rive gauche. «Fortifiée dès le début du XIIIe siècle, écrit le site gray.fr, la ville se développe sous l’impulsion d’Othon IV époux de Mahaut d’Artois (Hôpital, université…) puis de Jeanne de Bourgogne qui fondera une corporation de marchands et reconstruira la ville après l’incendie de 1324». Eprouvée par la Guerre de Dix ans et l’annexion au Royaume de France, la cité se relance au XIXe siècle avec «l'aménagement des quais et la reprise du commerce fluvial». La R.N.70, elle, se contente de tutoyer la Saône et s’oriente au nord, direction Dampierre-sur-Salon par la rue de Verdun. Huit kilomètres au nord de Gray, voilà Montureux-et-Prantigny, petit bourg contourné en 1842 (Wikisara). Plus loin, à Vereux, se trouve un nouvel aménagement de la chaussée: au lieu de filer tout droit par la hameau du Château-de-Paille, la nouvelle route de 1861 (Wikisara) s’enroule par l’ouest autour de la butte contournée. Dampierre-sur-Salon est bien vite atteinte. Les origines de ce bourg, lit-on sur le site racinescomtoises.net, «sont très anciennes et se laissent découvrir dans le cimetière mérovingien ou dans les ruines du château féodal et des remparts». L’histoire de Dampierre, nous dit le site municipal dampierre-sur-salon.fr, «est fortement liée à la présence d’un haut-fourneau depuis le XVIIe siècle. Il s’est éteint en 1862 mais le travail de l’acier, et plus précisément la charpente métallique a pris le relais au siècle dernier et constitue l’activité économique majeure du bourg».

Les derniers kilomètres de la R.N.70 historique se déroulent dans un contexte plus boisé (photo: MV, juillet 2015).

R.N.67: L'ABSINTHE NOUS FAIT CHOCOLAT!
C'est une route qui a le goût de l'histoire... et des bonnes choses!! Entre les foires de Champagne et les monts jurassiens, quelques centaines de kilomètres charmants et à avaler avec joie et passion... (lire)

Ces collines de la Haute-Saône étaient parcourus, au Moyen Age, par la via Francigena (photo: MV, juillet 2015).

De ce lieu, la R.N.70 vit ses 25 derniers kilomètres. A Vaite, notre chemin croise ce qui est inscrit comme une voie romaine sur la carte d’état-major (1954) de l’IGN. En regardant la carte de Cassini, il est inscrit «chemin de César de Langres à Auxonnes» sur la même voie. Plusieurs sources indiquent qu’il s’agit de la via Francigena qui reliait Besançon et Langres et, au-delà, le nord de l’Europe à l’Italie. Ce chemin n’était pas exclusivement dédié aux pèlerinages des roumieux (ceux qui allaient à Rome). La voie fut également une importante artère commerciale surtout avec la reprise des échanges au XIe siècle et les foires de Champagne… Après avoir longé Membrey, la route file en ligne droite vers Lavoncourt, Peu avant ce village, une large courbe vers l’ouest matérialise une rectification du tracé dans la côte de Billon notifiée par un décret présidentiel du 5 juin 1893. Puis notre route se faufile entre Mont-Saint-Léger et Theuley pour prendre la direction de Vauconcourt. Au niveau de la combe Theurey, notre chemin s’approche du cours de la rivière Gourgeonne et longe un lieu-dit nommé Le Fourneau. Les activités liées au travail du métal n’étaient pas rares dans ces contrées. Les derniers kilomètres jusqu’à Combeaufontaine sont parcourus d’une traite au milieu d’un paisible environnement boisé… La R.N.19 est atteinte par la rue de Franche-Comté, final de notre promenade bourguignonne et franc-comtoise…

R.N.19: PAR ICI L'HELVETIE!
En 1959, il faut parcourir 490 kilomètre pour joindre Paris à Bâle, en Suisse, en passant par Troyes, Chaumont, Langres, Belfort et Saint-Louis, non loin de Mulhouse... (lire)

Marc Verney, Sur ma route, octobre 2018
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