Panneau Michelin située sur l'aire de Montmorency (autoroute A6), ou l'on voit le tracé de la R.N.470 (photo: MV, août 2014). Cartouche de la route n°470: photo du 23 décembre 2006, Lloyd cf, déposée sous licence libre sur la page Wikipédia de la R.N.470 (merci à l'auteur).
Sur ses premiers kilomètres, la R.N.470 s'allonge voluptueusement au coeur des paysages bourguignons (photo: MV, juillet 2016).
Ancienne borne Michelin à Beurizot (photo: MV, avril 2018).
AVERTISSEMENT: les photos et dessins de ce site sont soumis au droit d'auteur. Pour toute autre utilisation, contacter l'auteur. Merci de votre compréhension...
Ancienne balise à Eguilly... On peut même la voir de l'autoroute A6, juste à côté (photo: MV, avril 2018).

A VOIR, A FAIRE

Semur-en–Auxois: une visite de la cité ancienne en pénétrant par la porte Sauvigny. Les fortifications et la tour de l’Orle-d’Or (promenade des remparts), la collégiale Notre-Dame (XIIIe), musée municipal.
Pont-et-Massène: le lac de Saint-Pont (baignades et promenades).
Saint-Thibault: son église, un prieuré au chœur du XIIIe siècle.
Eguilly: le château.
Pouilly-en-Auxois: le centre d’interprétation du canal de Bourgogne et la célèbre voûte (le tunnel situé sur le bief de partage des eaux). Des centaines de kilomètres de promenades autours des lacs réservoirs du canal (pêche, baignade). En été, les Dijonnais en quête de fraîcheur envahissent les lieux!
Sainte-Sabine: à l’est, le village médiéval de Châteauneuf et le château de Commarin.
Bligny-sur-Ouche: le musée Papotte de la vie rurale et le petit chemin de fer touristique de la vallée.
Beaune: le merveilleux Hôtel-Dieu, la collégiale Notre-Dame et le centre ancien (place Fleury, rue et place Monge). On peut se promener autour du centre-ville en empruntant le circuit des remparts.
Verdun-sur-le-Doubs: la maison du Blé et du Pain, l’église Saint-Jean.
Mervans: l'église Saint-Maurice et son «clocher tors».
Bletterans: la Bresse jurassienne et ses nombreux étangs (promenades). Non loin, le village vigneron de Ruffey-sur-Seille.
Lons-le-Saunier: la rue du Commerce et ses 146 arcades, la place de la Liberté, cœur de la ville, la maison de la Vache qui Rit, le puit salé, les thermes… l’office du tourisme propose aux visiteurs un circuit permettant de découvrir les points les plus intéressants de Lons.
Orgelet: l’église Notre-Dame de l’Assomption, du XVIIe, et son imposant clocher, les anciennes rues, le lac de Vouglans et ses bases nautiques, les promenades en forêt…
Moirans-en-Montagne: le musée du Jouet.

Villards-d’Héria: le sanctuaire gallo-romain et le lac d’Antre.
Magnifique borne de pierre indiquant les cités traversées par la route départementale n°1 des Etats de Bourgogne. Il est fort dommage que ce témoignage ancien ait disparu des bords de la route, au sud de Pouilly-en-Auxois (photo: MV, juillet 2008).
Villes et villages traversés par la R.N.470 historique (1959), en italique, les anciennes RN principales croisées:
Semur-en-A. (N80, N454)
Pont-et-Massène
Villeneuve-sous-Charigny
Maison-Blanche (N70)
Saint-Thibault
Eguilly
Pouilly-en-Auxois (N77bis)
Sainte-Sabine
Pâquier
Bligny-sur-Ouche
Lusigny-sur-Ouche
Bouze-lès-Beaune
Beaune (N73, N74)
Sainte-Marie-la-Blanche
Géanges
Saint-Loup-de-la-Salle
Allerey-sur-Saône
Chauvort
Verdun-sur-le-Doubs
Ciel (N83bis)
Les Quatre-Routes
Mervans (N396)
Saint-Germain-du-Bois
Sens-sur-Seille
Le Tartre
Bletterans
Villeneuve-les-Baraques
Montmorot (N78)
Lons-le-Saunier (N83, N471)
Poids-de-Fiole
Dompierre-sur-Mont
Orgelet
Brillat
Charchilla
Moirans-en-Montagne
Villards-d'Héria
Pratz
Lavans-lès-St-Claude (N436)
Au sud de Pouilly-en-Auxois. (photo: MV, avril 2018).
Les restes du pont suspendu de Chauvort (photo: MV, avril 2018).

Sources et documents:
Atlas des grandes routes de France, Michelin (1959); carte n°65 Auxerre-Dijon, Michelin (1955); carte n°70 Beaune-Evian, Michelin (1929, 1983); Annuaire du département du Jura, Désiré Monnier, impr. de Frédéric Gauthier (1847); Bourgs et villages du Jura, Eric Coulon, Cabédita (2005); Cahier de doléances du tiers-état de la paroisse de Saint-Beury en Auxois, Victor Bénigne Flour de Saint Genis, Imprimerie nationale (1901); Description générale et particulière du duché de Bourgogne, Claude Courtépée, Lagier (1848); «Deux voies séparent cinq siècles d’histoire», Le Bien Public (26 août 2011); Dictionnaire géographique, historique et statistique des communes de la Franche-Comté, Tome I, A. Rousset, Bintot (1854); Guide Bleu Bourgogne-Lyonnais, Hachette (1965); Guide Bleu Franche-Comté-Monts Jura, Hachette (1961); Histoire de Maisod et des territoires voisins, Jean-Pierre Vuillemot, Jura Marepat (2016); «Le canal de Bourgogne et son trafic», A. Desaunay, Géocarrefour (1928); «Les grandes routes entre Armançon et Ouche», Henri Beis, ‎Annales de Bourgogne, (1929-1930-1931); «L’ouverture de la Bresse par les voies de communication modernes», Laurent Champier, Les études rhodaniennes (1948); «Promenade toponymique le long des voies romaines de Côte-d'Or», Florence Baudot-Le Touz, Nouvelle revue d'onomastique (1999); allerey-sur-saone.fr; asphor.org (Association de sauvegarde du patrimoine historique et naturel d'Orgelet et sa région); beaune.fr; canaux.region-bourgogne.fr; gehv.verdun.pagesperso-orange.fr (Groupe d'études historiques de Verdun-sur-le-Doubs); patrimoine.
bourgognefranchecomte.fr
; remparts-beaune.fr; saintesabine.com; saint-loup-geanges.fr; tourisme-semur.fr; ville-bligny-sur-ouche.fr; ville-semur-en-auxois.fr; visionbourgogne.com; Wikipédia, Wikisara. Remerciements: CartoMundi, Gallica, le Géoportail de l’IGN, Persée.
Borne de limites départementales dans la Bresse entre Saône-et-Loire et Jura (photo: MV, août 2010).
Borne d'indications vers Charchilla(photo: MV, août 2017).

Belles routes de France
R.N.470: DES COLLINES ET DES MONTS
Entre Bourgogne et monts du Jura, la route nationale 470 historique se faufile au travers des plus belles contrées de la région… Au départ de Semur, la chaussée flirte avec le canal de Bourgogne jusqu’à Pouilly-en-Auxois puis rejoint Beaune par l’arrière-côte, coupant au travers de vignobles réputés… Peu après la traversée de la Bresse, voici Lons-le-Saunier et le riant Revermont. C’est ensuite la découverte de la Petite-Montagne vers Orgelet, puis le lac de Vouglans et le pont de la Pyle en direction de Moirans. Les derniers hectomètres de goudron font découvrir Lavans-lès-Saint-Claude et la vallée de la Bienne… On a trouvé beaucoup d’anciennes signalisations sur ce parcours en dehors des sentiers battus, bien pratique pour se rafraîchir les jours d’été alors que l’A6, tout proche, est envahi par des automobilistes pressés et peu intéressés par notre douce «bitume nostalgia»… En route Sur ma route!

La route n°470 historique au sud de Semur-en-Auxois: une magnifique campagne bourguignonne (photo: Marc Verney, avril 2018). En cliquant sur cette image vous retournez sur la page principale de ce site.

De Semur-en-Auxois à Verdun-sur-le-Doubs, la route départementale n°1 (puis G.C.1), section bourguignonne de notre R.N.470 historique, a été ouverte à partir de 1788 sous l’Ancien Régime, raconte le Cahier de doléances du tiers-état de la paroisse de Saint-Beury en Auxois… Nous voilà aujourd’hui avec un itinéraire, qui, s’il n’était pas le principal de la région, revêtait une certaine importance aux yeux des autorités de l’époque… De fait, tout comme la R.N.5 historique au nord par Dijon, il permet de relier facilement Bourgogne et Comté en passant par un certain nombre de places stratégiques et commerciales comme Beaune, Verdun-sur-le-Doubs, Bletterans ou Lons-le-Saunier… Désormais déclassée, cette route nationale historique n’en revêt pas moins de nos jours un aspect touristique évident, avec, au nord l’Auxois, ses châteaux et demeures, son canal et ses lacs… au sud, la Petite-Montagne, la fraîcheur des ses sous-bois et la beauté reposante de ses paysages…

R.N.80: UN TRAVAIL DE (GALLO) ROMAINS!
Entre Châtillon-sur-Seine et Cluny, la route n°80 rencontre de belles cités de caractère et zigzague au milieu de paysages nobles et sereins marqués par la patine du temps... (lire)

R.N.454: L'ECHAPPEE BUCOLIQUE
La RN454 de 1959 relie Cussy-les-Forges à Recey-sur-Ource dans un inoubliable délice de balade champêtre. Et avec un incroyable terminal forestier...(lire)

Semur-en-Auxois, notre ville de départ, est citée pour la première fois dans la charte de fondation de l’abbaye de Flavigny. Le bourg est alors nommé «sene muro» (vieilles murailles), dit le site ville-semur-en-auxois.fr, soulignant ainsi «le caractère défensif et ancestral du site». Puis, «au fil des siècles, continue le site municipal, Semur se développe à tel point, qu'en 1276 elle bénéficie de sa charte d'affranchissement octroyée par le duc de Bourgogne Robert II». Restée fidèle aux ducs de Bourgogne, Semur paye au prix fort son engagement en 1478 alors que les soldats de Louis XI entourent la ville. Enfin, les solides remparts du XIVe siècle sont démantelés en 1602 par Henri IV. «Cette ville n'étant pas de grand passage, écrit Claude Courtépée dans sa Description générale et particulière du duché de Bourgogne, n'a pas un commerce fort vif. On y fabrique des draps qui ont du débit, et dont on habillait jadis les troupes». Pour sortir de la petite cité, il faut suivre la rue de la Liberté –encore pavée- et l’avenue du Général-Mazillier qui longe le cours Charles-de-Gaulle (planté d’arbres dès 1687 indique encore Courtépée). Il s’agit en fait du tracé de l’ancienne «route de Semur à Flavigny», (D9) réalisée à partir de 1757. On quitte ce tracé par la «route de Dijon» vers la droite, une chaussée visible sur la carte d’état-major (1820-1866) publiée par l’IGN. On efface de notre regard quelques grandes surfaces ainsi qu’une petite zone industrielle pour plonger rapidement vers la commune de Pont-et-Massène où l’on franchit le ru de Troillerons au niveau du lieu-dit Au-Pont. On trouvait, non loin de là, «un pont ancien, dit pont Romain, ou pont du Moulin-de-la-Ronce», signale le site patrimoine.bourgognefranchecomte.fr. C’est également de là que l’on remarque, tracé sur les différentes cartes d’état-major, à gauche de notre R.N.470 (D970), le cheminement rectiligne de la «voie romaine de Semur à Vitteaux». La Description générale et particulière du duché de Bourgogne écrit en 1848 qu'il s'agit de l'ancienne route de Semur à Vitteaux, «fort dégradée et abandonnée depuis la nouvelle par Braux». Cependant, la question de savoir si l'itinéraire était bien antique reste posée... Autre curiosité longée par notre voie, le lac de Pont, un plan d’eau artificiel de 80 ha créé en 1882 sur le cours de l’Armançon, et, nous dit le site tourisme-semur.fr, «mis en eau en 1883 pour alimenter le canal de Bourgogne». La masse liquide est retenue par une digue de 150 m en maçonnerie, avec contreforts, au pied de laquelle on trouve cinq vannes qui régularisent le débit.

Après Semur-en-Auxois (photo: Marc Verney, juillet 2016).
Ambiance fraîche au bord du canal de Bourgogne (photo: Marc Verney, juillet 2016).

Au bout de cinq kilomètres, la route atteint Villeneuve-sous-Charigny, un village placé à quelques arpents du canal de Bourgogne, que la route va longer par la droite. Un ouvrage gigantesque que l’on mettra longtemps à bâtir… Le projet, raconte A. Desaunay dans l'article «Le canal de Bourgogne et son trafic» remonte à Henri IV, en 1606, qui envisageait d'emmener les productions dijonnaises vers Saint-Jean-de-Losne par voie d'eau et vers Rougemont par voie de terre pour ensuite reprendre la navigation canalisée en direction de l'Yonne. «En 1775, écrit Anna Majewska dans un article du site visionbourgogne.com, six cents terrassiers donnent les premiers coups de pioche du côté de Laroche, sous la direction de Laversine, entrepreneur de travaux publics. L’année suivante, le creusement du canal de Bourgogne continue à Brienon, Saint-Florentin, Flogny, Germigny»... Long de 242 kilomètres, il traverse deux départements bourguignons pour relier l’Yonne à la Saône. Le cours d'eau artificiel est jalonné de 189 sites d’écluse pour grimper environ 300 mètres de dénivelé sur le versant Yonne et en redescendre 200 sur le versant Saône, précise le site canaux.region-bourgogne.fr. Quasi abandonnés de la période révolutionnaire à 1808, les travaux s’achèveront en 1832 pour le tronçon Tonnerre-Pont-de-Pany, celle qui longe (en partie) la R.N.470. Du  coup, on remarque que, vers Braux, le creusement du canal a nécessité de réorienter le tracé de la route nationale, une modification bien visible sur la carte d’état-major (1845) publiée par CartoMundi. Encore quelques tours de roues bien rapides et nous voici au lieu-dit Maison-de-Paille, où la D970 vers Beaune croise la «route d’Auxerre à Dijon par Vitteaux», bien dessinée sur la carte de Cassini. Réalisée entre 1734 et 1743 la route n°2 des Etats de Bourgogne que l’on emprunte sur la gauche est devenue la R.N.70 reliant  la Croisée (Côte d’Or) sur la R.N.6 historique et Combeaufontaine (Haute-Saône), sur la route nationale 19.

R.N.70: AU GRAY DE LA SAONE!
Entre Bourgogne et Franche-Comté, la route n°70 traverse Dijon, capitale des grands duc d'Occident. Un voyage dans l'histoire. (lire)

La D70 peu avant l'embranchement de la R.N.470 au sud vers Saint-Thibault en Beaune (photo: Marc Verney, juillet 2016).

On quitte bien vite l’impressionnante ligne droite de l’ancienne chaussée royale peu avant Pont-Royal et le canal de Bourgogne pour aller en direction du sud vers Saint-Thibault. Juste avant, la R.N.470 traverse le canal, faisant encore, en 1962, un léger coude par l’ancien pont. Aujourd’hui, un nouvel ouvrage permet à la route de filer tout droit. Dédié à Notre-Dame, le prieuré de Saint-Thibault naît de l'abbaye bénédictine Saint-Rigaud à la fin du XIe siècle. A partir du XIIIe siècle, indique Wikipédia, «l'endroit acquiert une certaine importance avec l'arrivée de reliques de saint Thibaut de Provins, qui en font un lieu d'un pèlerinage réputé». S’ensuivent des années de déclin; dès le XIVe siècle, la fréquentation baisse et, au  XVIIe siècle, d’importantes réparations sont nécessaires. «Remarqué par Prosper Mérimée, le prieuré fait l'objet d'une restauration en 1844 par Eugène Viollet-le-Duc. Les travaux sont faits entre 1848 et 1850», signale encore la page Wikipédia de Saint-Thibault, une commune qui se sera appelée Fontaine-sur-Armançon durant la Révolution française. Au sud de Saint-Thibault, la chaussée franchit à nouveau le canal de Bourgogne sur le pont Biais, puis encore une fois au pont du Claude peu avant l’intersection pour Gissey-le-Vieil. De l’autre côté du canal se trouve désormais une –très- bruyante voisine, l’autoroute A6, réalisée ici en 1969 (Wikisara).

Ancien panneau métal à Eguilly (photo: Marc Verney, avril 2018).

Peu après le lieu-dit Maison-Gareau, voilà, sur la droite de la route n°470, le château d’Eguilly. Les murs de l’édifice –rénové- sont tout près des chaussées de l’A6 et constituent une curiosité pour les voyageurs… mais le «vroum-vroum» des voitures est conséquent! Construite sur le site d’un château de bois antique, la place forte du XIIe siècle regorge d’histoires: «Chaque pièce a un souvenir à raconter, tout comme la cour et son pavage gallo-romain, le puits Renaissance, la tour du XIIe transformée en prison ou la chapelle pour l’archevêque de Choiseul», évoquent dans les colonnes du quotidien régional Le Bien Public, Françoise et Roger Aubry, les premiers à avoir entrepris la restauration de ce monument historique classé (il y a désormais de nouveaux propriétaires). Plus loin, peu avant Pouilly-en-Auxois, notre chaussée coupe l’une des rigoles d’approvisionnement en eau du canal de Bourgogne; c’est celle du réservoir de Grosbois, réalisé de 1830 à 1838. Mais pourquoi y a-t-il dans la région autant de lacs artificiels destinés à alimenter le canal bourguignon? La voie liquide franchit par ici la ligne de partage des eaux entre l'Atlantique et la Méditerranée... ce qui nécessite l’approvisionnement régulier du bief de partage situé à Pouilly-en-Auxois sous une voûte (tunnel) de 3,3 km par des arrivées en provenance de cinq lacs réservoirs: Cercey, Chazilly, Grosbois, Panthier, Tillot. Du coup, dans la région, on voit tout un tas de petit patrimoine hydraulique, aqueducs, prises d’eau, rigoles, barrages, déchargeoirs… qui font le bonheur des amateurs de vieilles pierres industrielles!! D’ailleurs, en entrant dans la cité de Pouilly, on remarque, à droite, à l’amorce de la R.N.77 bis, le port sur le canal, où aboutissent les rigoles de Grosbois et de Cercey. Quelques centaines de mètres plus loin, on peut admirer l’entrée de la voûte de 3,3 km qui permet au canal d’accéder au côté Méditerranée de son trajet.

R.N.77bis: LA TRAVERSEE DU MORVAN
La RN77bis de 1959 relie Nevers à Sombernon en passant par le Morvan. Une route de jolies courbes à suivre ici (lire)

Notre route n°470 se fond dans la route nationale 77 bis dans toute la traversée de Pouilly-en-Auxois jusqu’au lieu-dit «Carrouge» où la R.N.77 bis part vers l’est en direction de Vandenesse et Sombernon. Au niveau du réservoir du Tillot, on constate, sur les cartes anciennes publiée par l’IGN, une rectification de deux virages qui faisaient descendre la chaussée dans un petit vallon. Aujourd’hui, en 2019, notre voie file droit au-dessus de ces deux «péripéties» routières… Peu avant Saint-Sabine, la route de Semur-en-Auxois à Verdun-sur-le-Doubs longe et croise la rigole d’alimentation du canal de Bourgogne en provenance du réservoir de Chazilly. Un château se trouve dans le village de Sainte-Sabine: celui-ci est un des rares bâtiment, «construit dans les dernières années du XVIe siècle, a avoir conservé sa structure bastionnée», mentionne le site saintesabine.com. Patrick, comte de Wall, un Irlandais qui est au service du roi Louis XV, rachète l'édifice en 1761. Ayant fait fortune dans le commerce maritime, il tente de développer le flottage du bois sur l'Ouche... Les réfections de 1850 donnent au château son aspect actuel. On quitte ce village par la «route de Beaune». Au sud du hameau de Pasquier, notre route rejoint la D17, un ancien itinéraire entre Arnay-le-Duc et Beaune déjà tracé sur la carte de Cassini (XVIIIe) publiée par le Géoportail de l’IGN. Quelques kilomètres plus loin, la voie franchit l’Ouche à Bligny. Le bourg fut une ancienne place-forte appartenant à l’évêché d’Autun, dont le château a été détruit sur ordre de Louis XI en 1478, indique le site ville-bligny-sur-ouche.fr.

Magnifiques et doux paysages de l'Auxois: Châteauneuf domine l'A6 et la R.N.470 (photo: Marc Verney, avril 2018).

La «route de Beaune» nous amène maintenant à Lusigny-sur-Ouche où l’on trouve les sources de la petite rivière. En été, l’atmosphère y est souvent fraîche, ce qui est propice aux promenades pédestres et aux piques-niques dominicaux. Un peu plus loin, on trouve sur la droite, en pleine forêt de Lusigny, un grand virage oublié de la route qui, aujourd’hui file tout droit, reprenant de ce fait le tracé ancien visible sur la carte d’état-major du XIXe publiée par l’IGN. Puis, au lieu-dit la Bâche, on arrive à l’une des plus intéressantes rectifications de la chaussée. Au lieu de descendre sur la gauche en suivant partiellement une voie antique (d’Autun à Besançon) en provenance de Montceau-et-Echarnant, la route des XVIIIe et XIXe s’enfonce dans les bois en passant sous le bois des Roches et en rejoignant Bouze-lès-Beaune par le chemin du Gué. Les travaux de réalisation de la voie moderne se tiendront à partir de 1846 (Société d'archéologie de Beaune). Passé Bouze, on arrive très vite au beau milieu des vignobles de la côte de Beaune… A gauche de notre chemin actuel, on note une «ancienne route de Bouze» qui frôle les «Mondes Rondes», une colline qui domine le «faubourg de Bouze» du haut de ses 359 m d’altitude. A l’entrée de celui-ci, un bureau d’octroi y est construit en 1895, raconte le site beaune.fr. Très vite, après l’avenue Charles-Jaffelin, voilà le boulevard de ceinture, tracé autour du centre-ville historique et des remparts subsistants. Beaune est «une des plus exquises cités françaises», s’exclame le Guide Bleu Bourgogne-Lyonnais de 1965. Beaune, fut, nous rappelle le guide, sous le nom Belna, le chef-lieu d’une portion du territoire des Eduens durant la période gallo-romaine. Depuis la charte d’affranchissement octroyée en 1203 par le duc de Bourgogne, la ville connaît une période de grande prospérité et se développe loin du castrum le long de la voie de Chalon à Dijon. «C’est ainsi qu’au XIIIe siècle se dessine le plan de Beaune avec un tracé des rues presque inchangé à ce jour», lit-on sur le site remparts-beaune.fr. Du Moyen Age au XIVe siècle, la cité est considérée comme la troisième ville de Bourgogne par les ducs, qui en font un lieu de villégiature.

Ancienne chaussée de la R.N.470 vers Lusigny-sur-Ouche. Plus loin sur ce macadam d'antan, se trouve un vrai cimetière de vieilles bornes de pierre (photo: Marc Verney, avril 2018).
Jolie publicité pour les grands vins de Beaune (photo: Marc Verney, avril 2018).

R.N.73: FAITES CHAUFFER LE MOULINS!
La route nationale 73 de 1959 relie Bâle en Suisse à Moulins dans l'Allier. Une des plus singulières transversales qui soient. Mais pas des moins bucoliques... (lire)

R.N.74: DE L'EAU DANS LE VIN...
En 1959, la route nationale 74 relie l'Allemagne à Paray-le-Monial (Saône-et-Loire) en passant notamment par Sarreguemines, Nancy, Langres, Dijon, Beaune... (lire)

«Après la mort de Charles le Téméraire, en 1477 et l’annexion du Duché de Bourgogne par Louis XI, Beaune se soulève et prend parti pour Marie de Bourgogne, fille du Téméraire», écrit le site remparts-beaune.fr. Mal lui en prend: un siège de cinq semaine en vient à bout et le royaume de France renforce les fortifications de la place, devenue quasiment ville frontière avec la Comté, restée terre d'Empire. En 1674, l’annexion de la Franche-Comté par Louis XIV –qui repousse la frontière française à l’est- rend inutile les remparts de Beaune. Les fortifications ne sont pas réellement détruites mais transformées en promenades plantées à la fin du XVIIIe siècle. De même, on modifie les entrées de la ville afin de faciliter la circulation. Aujourd’hui, tours et bastions restants servent de caves à vin… préservant de ce fait, près des trois-quarts des ouvrages! Aujourd'hui, Beaune est considérée dans le monde comme la capitale des prestigieux vins de Bourgogne. La rocade circulaire suit le tracé des anciens remparts: voilà maintenant le boulevard Bretonnière qui nous emmène jusqu’au croisement avec la rue du Faubourg-Perpreuil. Au XVe siècle, écrit le site beaune.fr, qui publie une notice de novembre 1875 intitulée «La Bouzaize et le faubourg Perpreuil», qui évoque «le nombre impressionnant de moulins présents au faubourg Perpreuil dans les années 1480». Ce que l’on remarque encore parfaitement en consultant la carte d’état-major (1820-1866) publiée par l’IGN sur le Géoportail. Par ici, l’automobiliste du XXIe siècle ne doit pas confondre la D970, la «route de Verdun» (sur-le-Doubs, NDLR!) qui est bien la R.N.470 de 1959 avec la D470 qui est un embranchement créé ultérieurement et destiné à ramener la circulation vers l’autoroute A6… Au XIXe siècle, le fait le plus marquant dans cette zone sera la construction du chemin de fer PLM en 1849. Sa réalisation, découvre-t-on sur l'excellent site beaune.fr, «a nécessité l’édification d’un haut talus qui barre désormais l’horizon du côté de la plaine, délimitant avec l’amorce des rues de Seurre et de Verdun un triangle où s’installe un commerce de combustibles jusque dans les années 1950». Dès lors, après avoir passé l’autoroute A6, on file en quasi ligne droite vers Sainte-Marie-la-Blanche sur une voie déjà dessinée sur la carte de Cassini (XVIIIe siècle). On traverse vite Sainte-Marie-la-Blanche, qui a porté durant la Révolution le nom étonnant de «Montagne-Unie»… On est dans la plaine… A 4,5 km, voici Saint-Loup-de-la-Salle (en Saône-et-Loire). Ici, indique le site saint-loup-geanges.fr, «le XVIIIe siècle s'avéra plus prospère comme en témoigne la croissance de la population», mais aussi «la construction de l'actuelle route départementale 970 entreprise en 1751» et qui facilita grandement les relations avec Beaune et Verdun-sur-le-Doubs.
Plaque de cocher à Beaune Beaune (photo: Marc Verney, avril 2018).
Entrée de Chauvort (photo: Marc Verney, avril 2018).

Il y a huit kilomètres à faire jusqu’à Allerey et les bords de la Saône, un des points parmi les plus intéressants de notre périple. En fait, il est nécessaire de se rendre juste à côté dans la petite localité de Chauvort, car c’est elle qui va jouer un rôle majeur dans l’histoire de la traversée de la Saône. Jean-Paul Diconne, qui fut président du Groupe d’études historiques de Verdun-sur-le-Doubs (GEHV), a publié sur le site allerey-sur-saone.fr un dossier très complet sur le franchissement de la rivière. Chauvort, sous l’Ancien Régime, est un «port» à l’activité importante et également un gué, utilisé dès l’Antiquité par une route du sel en provenance du Jura. Mais, du Moyen Age au XIXe siècle, écrit Diconne, il n’y a qu’un «dangereux» bac pour traverser les eaux. Dès 1833, lit-on dans le document, une société se crée pour établir un pont entre Bragny (un peu en amont de Chauvort) et Verdun. Pour ce faire, il faut construire une nouvelle route sur le chemin de halage, des ponceaux, des aqueducs et un pont de pierre sur la Dheune… Emoi à Chauvort, qui revendique de son côté un projet et lance, en 1837, une société anonyme pour bâtir un pont sur son territoire. Et, oh surprise comme parfois dans notre pays, il est décidé de réaliser les deux ouvrages en simultané! Le pont suspendu de Chauvort, réalisé par Adolphe Boulland, ne comportant aucune pile dans la Saône, ouvre à la circulation le 29 janvier 1840 (Bragny, réalisé également par Boulland, sera achevé en 1844). L'ouvrage sera à péage jusqu’en 1898. Mais, écrit Jean-Paul Diconne, «en 1913, le pont devient vétuste et dangereux»… La Première Guerre mondiale empêche de donner un successeur au pont d’Adolphe Boulland. Et, en 1918, les Américains, qui ont installé dans la région un vaste hôpital de campagne, doivent faire passer leurs camions par un autre ouvrage, le «pont Boucicaut» à Verjux. C’est seulement en 1929 que l’on met en service, à côté du pont suspendu un nouvel ouvrage en béton armé aux formes élégantes… Mais il ne durera pas longtemps: le 5 septembre 1944, les Allemands, en déroute, font sauter le pont… retour à la «case» bac! Pour peu de temps: dans l’immédiat après-guerre, une passerelle provisoire métal-bois voit le jour… Elle durera tant bien que mal jusqu’en 1956, année durant laquelle ce fragile passage est pulvérisé par la fausse manœuvre d’une péniche! Enfin, en 1957, on utilise une des voies du pont ferroviaire situé un peu plus au sud pour faire passer la R.N.470 historique (déviée) au-dessus des eaux de la Saône… Ce qui est encore la cas de nos jours. Du coup, restent aujourd’hui visibles, rive droite, deux immense piliers du pont suspendu de 1840, et, rive gauche, au lieu-dit du Petit-Chauvort, l’étroite chaussée surélevée de l’ancienne route nationale… A noter dans cette région propice aux inondations, la transformation réussie d’une voie de chemin de fer en route surélevée entre Allerey et Seurre, la départementale n°5, livrée au trafic automobile en 1975 (Groupe d'études historiques de Verdun-sur-le-Doubs).

A Sens-sur-Seille (photo: Marc Verney, avril 2018).

En longeant le «Petit-Doubs», on arrive quasi immédiatement avec la rue de Beaune au centre de Verdun-sur-le-Doubs, dit le pays des Trois-Rivières, puisque se rejoignent ici la Saône, le Doubs et la Dheune. A la frontière entre les peuples éduens et séquanes, se trouve très certainement «une petite agglomération antique tournée vers l’activité commerciale et portuaire», écrit Loïc Gaëtan sur le site agglocene.huma-num.fr, un projet bourguignon de recherche sur les cité anciennes de la région. Mais l’activité y reste modeste, puisque le trafic et les échanges se concentrent alors vers le Petit-Chauvort. «En 843, apprend-on sur la site verdunsurledoubs.fr, les trois petits fils de Charlemagne se partagent l'Empire Carolingien. Verdun-sur-le-Doubs devient alors ville frontière et sera le théâtre de nombreuses luttes meurtrières et destructrices: guerres entre les Etats, entre le duché de Bourgogne et le royaume de France, entre les catholiques et les protestants, entre les ligueurs et les partisans du roi de France». En 1678, après l'annexion de la Franche-Comté, par Louis XVI, «la Bourgogne n'est plus province frontière. Verdun cesse d'être martyrisé et retrouve enfin le calme qu'on lui connaît aujourd'hui». On quitte la petite cité par l’avenue Valéry-Giscard-d’Estaing… Le nom de l’artère est lié au discours dit du «bon choix» effectué ici le 27 janvier 1978 par l’ancien président français… La chaussée du XVIIIe siècle se poursuit jusqu’au village de Ciel et un peu au-delà, à la rencontre de l’importante voie en provenance de Chalon-sur-Saône (R.N.83 bis en 1959). Le croisement se fait au lieu-dit Pont-de-Charbonneau, où l’on traverse le bief du même nom.

R.N.396: DELICES DE BOURGOGNE...
Voilà une route qui vous surprendra! Une vraie promenade de plus de 300 km sur un axe qui mérite le label "route buissonnière" (lire)

Traversée de la Bresse (photo: Marc Verney, août 2010).

Vers le centre de la Bresse, la «route de Mervans» n’est pas représentée sur la carte de Cassini du XVIIIe siècle publiée par le Géoportail de l’IGN. En revanche, on la voit bien sur la carte de 1844 au 1:80.000 publiée sur le site CartoMundi. A signaler que l’on parle ici du chemin de grande communication n°24… tel est le petit numéro en 1929 de notre R.N.470 historique indiqué sur la carte Michelin de l’époque (une grande vague de nationalisations routières aura lieu en 1933). On traverse Vaulvry (maison-forte du XIIIe), la Couhée, pour aborder le carrefour des Quatre-Routes à partir duquel il ne reste plus que 7 km pour arriver à Mervans. Le nom de ce bourg, nous dit la Description générale et particulière du Duché de Bourgogne, vient «du mot latin mare, lieu bas, aquatique. Ce gros village, autrefois fermé de murs et de fossés, est une ancienne baronnie. Le pays, jadis couvert de bois, a été esserté, cultivé, assaini». Courtépée explique encore que «quatre grands chemins», ouverts en 1818, mènent de Mervans «à Chalon, à Dijon, à Lons-le-Saunier et à Louhans». Un article de Laurent Champier, «L’ouverture de la Bresse par les voies de communication modernes», montre que ces routes «divergentes» connurent «un immense succès, notamment les jours de foire. Ils ont permis les grandes transformations agricoles» de la région. On prend maintenant la direction de Saint-Germain-du-Bois, village situé 6,5 km au sud-est. C’est une longue ligne droite, déjà signalée sur la carte de Cassini. A Saint-Germain, on prend la direction de Sens-sur-Seille, puis de Bletterans, dans le Jura. Les premières mentions connues de la cité remontent au Xe siècle, mentionne le site municipal bletterans.fr, mais ce n’est que trois siècles plus tard que «la puissante maison de Chalon-Arlay fit élever un château et une forteresse dans un bras de la Seille, afin de défendre ses territoires. Un nouveau bourg s’y installa, différent de l’ancien, qui prit le nom de "vieille ville de Bletterans", pour finalement devenir Villevieux». Plus tard, la ville n'a pas qu'une fonction purement militaire... foires et marchés y installent un commerce florissant. Hélas, en 1637, la cité est pillée et saccagée par les troupes royales françaises, les fortifications ne furent jamais relevées. Le territoire de Bletterans était sillonné de voies antiques, dit le Dictionnaire géographique, historique et statistique des communes de la Franche-Comté, «l'une communiquait de Lons-le-Saunier à Chalon-sur Saône, elle est désignée sur d'anciens plans sous le nom de "vie Renaud", "voie de Lyon", "grand chemin de Lons-le-Saunier à l'Etalet" ou "grande Charrière"...». La route nationale 470 de 1959 (D470 dans le Jura en 2019) prend dès lors la direction de Montmorot. La chaussée du XVIIIe siècle y entre par la «route du Grand-Sugny» et s’y fond dans l’ancien itinéraire antique de Lons à Chalon. Plus tard, une nouvelle route est créée: elle rencontre la route n°78 un peu à l’est de Courlans. Ainsi s’achève la première partie de la R.N.470 historique.

R.N.78: LE JURA PAR LE MORVAN
La RN78 de 1959 relie Nevers à St-Laurent en Grandvaux en passant par le Morvan et les beaux vignobles de Bourgogne. Une route pleine d'histoires à suivre ici (lire)

STRASBOURG PAR LA R.N.83
Voilà une route qui sillonne l'Est de la France à flanc de collines: Jura, Doubs, Vosges... On n'oubliera pas non plus les vignobles qui s'étalent de part et d'autre du bitume... Une route de gourmet? (lire)

R.N.471: DU JURA AU DOUBS
La RN471 de 1959 relie Tournus à Pontarlier en passant par Lons-le-Saunier, Champagnole et Frasne. Un joli tour de Jura où l'on frôle des reculées et des lacs... (lire)

Après Lons-le-Saunier, il est nécessaire d’aborder le Revermont par la D678 (ancienne R.N.78) en traversant les villages de Perrigny, Conliège et Revigny. Après la montée, on pousse jusqu’au lieu-dit La Bifurcation, où l’on retrouve, vers Poids-de-Fiole, le tracé de 1959 de la route nationale 470. Cependant, si l’on veut suivre les itinéraires anciens jusqu’à Orgelet, on constate, sur la carte de Cassini (XVIIIe) que la route du premier plateau jurassien escalade le Revermont en direction du village de Montaigu (D52E4 actuelle) pour s’orienter ensuite, via Saint-Maur et sous la Croix-Rochette, vers la petite cité natale de Cadet-Rousselle en passant par le Pont-de-la-Thoreigne (c’est la D52 d’aujourd’hui). Sur la carte du XIXe siècle (1820-1866), la route par Poids-de-Fiole et Dompierre-sur-Mont n’est encore qu’un simple chemin de terre. Cependant, l’axe est visible sur la carte au 1/200.000 publiée par CartoMundi (1893). Sur ce tracé routier, une ligne de tram (le «tacot») y est établie jusqu’à Orgelet en 1898 (asphor.org). Un service qui se prolongera jusqu’en 1948. Voilà qu’apparaît Orgelet. «A deux pas du lac de Vouglans, écrit Eric Coulon dans l’ouvrage Bourgs et villages du Jura, Orgelet se blottit en croissant autour du mont Orgier». Relativement importante à l’époque gallo-romaine, elle ne retrouve un certain lustre qu’au Xe siècle avec l’érection d’un château «chargé de surveiller et de contrôler la plaine et les routes commerciales qui l’empruntaient», écrit encore Eric Coulon. Puis, «la prédominance d'Orgelet sur les environs s'affirme avec la venue d'une famille de grands seigneurs, les comtes de Chalon, au début du XIIIe siècle», lit-on dans Wikipédia. La petite cité est contournée par le boulevard des Remparts et celui des Bernardines. S’ouvre alors à nous la route des Lacs et la région la plus intéressante de tout le voyage: le passage du pont de la Pyle et de la vallée engloutie de l’Ain…

L'intersection vers Poids-de-Fiole (photo: Marc Verney, avril 2018).
Vers Dompierre-sur-Mont (photo: Marc Verney, octobre 2010).
Après Orgelet, l'ancienne route n°470 s'oriente vers le défunt pont de Brillat. C'est aujourd'hui la D3 vers Bellecin (photo: Marc Verney, avril 2018).

Pourtant, à lire le Guide Bleu Franche-Comté-Monts Jura de 1961, tout est très simple pour atteindre Moirans, «la R.N.470 franchit le ruisseau de Borré (vers la ferme de la Goutte, un ancien relais, NDLR) et s’élève jusqu’à 526m d’altitude entre des versants boisés, puis descend vers l’Ain». A Brillat (369m), «on franchit l’Ain dans un beau site. La route remonte en lacets jusqu’à 585m d’altitude»… Et voilà Moirans! A l’époque, c’est la départementale 27 qui passe au pont de la Pyle. Mais… tout a évolué au fil du temps… et ce, jusqu’à la mise en service d’un certain barrage de Vouglans en 1968!! Selon tous les historiens, il est clair que c’est le passage par la cluse de la Pyle qui est le plus ancien et le plus important. «A l’époque de la Gaule romaine, un pont de pierre aurait été construit sur l’Ain sur la voie Orgelet-Ville-d’Antre», écrit sur le site asphor.org André Jeannin de l’Association de sauvegarde du patrimoine historique et naturel d'Orgelet et sa région. Jean-Pierre Vuillemot, dans son ouvrage Histoire de Maisod et des territoires voisins évoque quant à lui la voie antique en provenance de la cluse et qui traverse tout le territoire de la commune de Maisod depuis le lieu-dit (au nom évocateur) de Garde-Chemin jusqu’à Charchilla. Ce tracé, dit-il encore, «sera utilisé comme axe principal de communication jusqu’en 1845»… Au Moyen Age, relatent les historiens de l’Asphor, c’est un peu plus difficile; il n’y a plus de pont, un bac fait le service… Mais en cas de fortes eaux, il faut monter jusqu’au Pont-de-Poitte pour franchir l’Ain. Il faut attendre l’année 1773, découvre-t-on sur la page Wikipédia de la région, pour voir s’ériger un nouveau pont de pierre en ces lieux… Hélas, patatras… la voûte est quasiment achevée quand tout s’effondre le 7 août de la même année! Devant les coûts de l’opération de reconstruction, les ingénieurs décident de bâtir un ouvrage de bois. En 1783, un premier est réalisé; il s’effondrera en juillet 1803… Le suivant, couvert, date de 1811. Sa vie sera ultra courte: il est incendié en 1814 devant l’avance des armées d’invasion autrichiennes. Un nouveau pont de bois de 38m de long et partiellement couvert est installé en 1820. Mais il menacera ruine dès le milieu du XIXe siècle, précise l’Asphor.

L'imposant et sinueux lac de Vouglans (photo: Marc Verney, avril 2014).

Et ce n’est pas fini! L’histoire mouvementée de ce passage difficile se poursuit: au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle, plusieurs projets de ponts suspendus voient le jour, mais qui ne seront jamais menés à bien. Trop cher, trop difficile… le franchissement de la cluse de la Pyle et de l’Ain se révèle être finalement bien compliqué! A l'aube du XXe siècle, on bâtit enfin un pont en tablier de fer avec plancher en bois reposant sur deux piliers d'environ 12 m de haut. Cependant, souligne l'Asphor, «ce pont est trop étroit et son plancher de bois se détériore vite»... Rebelote, il faut relancer un nouveau projet, qui, au vu de la situation de la France dans les années trente, ne sortira jamais des bureaux d’études. On se contente donc «de réglementer le passage du pont par arrêté préfectoral le 14 avril 1939. Ainsi, la circulation est interdite aux véhicules à deux roues pesant plus de 1,5 tonne et aux véhicules à quatre roues pesant plus 2 tonnes (chargement compris) et la vitesse des automobiles est limitée à 4 km/h» (Wikipédia). La R.N.470 de l’Entre-deux-guerres ne peut donc pas passer par un passage aussi périlleux! L’annuaire du département du Jura raconte la solution trouvée dès le milieu du XIXe siècle, alors qu’il n’y a plus aucun franchissement sûr possible au pont de la Pyle: la route –alors départementale- de Lons-le-Saunier à Saint-Claude va changer d’orientation et franchir l’Ain à Brillat où un nouveau pont métallique est mis en service en 1845. L’histoire de la région va connaître un ultime et formidable rebondissement avec la construction du barrage de Vouglans, entre 1961 et 1968, année durant laquelle la mise en eau de l’ouvrage recouvre totalement Brillat et son vieux pont… C’est là que le passage par la cluse de la Pyle reprend la main… Un pont de béton précontraint, construit par Jean Courbon, précise l’Asphor, enjambe le lac de Vouglans sur 350m de long et s’ouvre à la circulation le 29 mars 1968. La R.N.470, déviée, passe désormais par Meussia, Charchilla tout en empruntant un court tunnel (réalisé en 1967) après Orgelet.

Moirans en automne, un festival de couleurs (photo: EF, novembre 2015).
Belle plaque émaillée dans la rue principale de Moirans (photo: EF, avril 2019).

Au Gouillat, où se trouvait un relais, notre route moderne croise à la fois l’arrivée de l’ancienne chaussée antique passant par Maisod et la voie n°470 des années cinquante traversant l’Ain à Brillat. Moirans-en-Montagne est la dernière localité d’importance traversée par la R.N.470 historique. On rentre dans la «cité du jouet» par l’avenue de Franche-Comté (D470e). Les automobilistes pressés fileront sur le contournement du bourg taillé dans la roche (achevé en 1998, Wikisara). On situe la fondation de Moirans vers le XIIe siècle, raconte le site moiransenmontagne.fr. «L’abbé de Saint-Claude fit construire un château (le château neuf) sur la commune comme lieu de résidence des abbés», alors tout-puissants sur la région. Rasée par les troupes royales françaises en 1637, la cité se reconstruit lentement à partir de 1640. «Dès le XIVe siècle, signale encore le site internet municipal, les paysans de la région se sont lancés dans une double activité avec la tournerie de sifflets, toupies, crécelles, etc. Ce sont les premières années du jouet en bois», qui vont faire la fortune de la région... L’avenue de Saint-Claude nous emmène aux portes de Villards-d’Héria. Là, l’œil du voyageur moderne ne peut rater l’immense viaduc qui barre désormais la vallée d’un trait de béton net et clair… Le projet, dit le site racinescomtoises.net, naît en 1974 d’une volonté du Conseil général du Jura d’améliorer les communications entre Lons, Orgelet et Saint-Claude: l’ouvrage, long de 504m et haut de 150m sera mis en service en 1978. Fidèle à son tempo, le site Sur ma route a emprunté l’ancienne chaussée qui s’accroche aux pentes du vallon… Jusqu’à son final, peu après Lavans-lès-Saint-Claude, la route est rectifiée à la Grange-de-Coinans puis à la croix de Champied (années 70). Après Pratz, la chaussée des XVIIIe et XIXe siècles s’oriente plus haut dans la pente vers la Vallière, Champandré, le Château-Vérin, le Fourger, Buclans et descend en lacets vers Pont-du-Lison. Voici ici le croisement avec la route venue de Dortan et qui nous emmène vers Saint-Claude, l’ancienne R.N.436 et la fin de notre périple depuis Semur-en-Auxois…

Entrée du viaduc de Villards-d'Héria (photo: EF, avril 2019).
L'ancienne route dans la localité de Villards-d'Héria (photo: EF, avril 2019).
Portion délaissée de la R.N.470 vers Lavans-lès-Saint-Claude (photo: EF, avril 2019).

Marc Verney, Sur ma route, avril 2019
Retour sur la page principale de ce site (clic!)