A quelques kilomètres au sud de Saulieu, à quelques centaines de mètres du tracé de la RN80, voilà Conforgien et sa borne Michelin (photo: MV, février 2011).
Dans le Morvan, on voit bien que nous sommes en pays gaulois (photo: MV, février 2011).
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Sources et documents: Atlas Michelin des routes de France 1959; carte Michelin n° 65 Auxerre-Dijon (1955); carte Michelin n° 69 Bourges-Mâcon (1963); Autun pittoresque, P. Besnier (Bligny-Cottot libr.-éd. 1888); Le Creusot, Montceau-les-Mines autrefois, Marcel Sutet, Jean-Pierre Brésillon (éd. Horvath, 1983); Le Morvan, coeur de la France (T.I et T.III), J. Bruley (Sté amicale et philanthropique La Morvandelle, 1966); Le Morvan, étude de géographie humaine, capitaine J. Levainville (éditions du Bastion, 1909); Le réseau routier bourguignon au XVIIIe siècle, P. de St-Jacob (Annales de Bourgogne, 1956); Montceau-les-Mines, Marcel Sutet (éd. Horvath, 1981); Paris-Lyon par Arnay-le-Duc ou Autun?, Léon Blin (Mémoires de la Sté éduenne, 1937); Wikipédia; www.lacommunaute.fr; l'office du tourime d'Autun.
Belle plaque de cocher de la RN80 à Lucenay-l'Evêque. En été, elle est cachée par une foisonnante vigne vierge (photo: MV, février 2011)
Autun: la porte d'Arroux, qui ouvre sur la célèbre via Agrippa (photo MV, février 2011).
Villes et villages traversés par la N80 historique (1959), en italique, les anciennes RN principales croisées:
Saulieu (N6, N77bis)
Pierre-Ecrite
Chissey-en-Morvan
Mortaise
Lucenay-l'Evêque
Usseau
Reclesne
Saint-Forgeot
Les Longs-Bois
Autun (N73, N78)
Les Baumes
Marmagne
Montcenis
Blanzy (N74)
Montceau-les-Mines
(Mont-Saint-Vincent)
Les Brosses-Tillot
Sailly
Salornay-sur-Guye
Cluny
(intersection avec la N79)
Signalisations modernes après Autun en direction du Creusot (photo: MV, octobre 2009).
Le voyage de Napoléon 1er en 1815. Lorsqu'il revient de l'île d'Elbe où il était retenu, l'Empereur emprunte la route du Morvan pour remonter sur Paris. Le voilà le 13 mars à Autun, où il s'installe à l'hôtel Saint-Louis-et-de-la Poste où il s'était déjà trouvé en janvier 1802, en avril 1805 et en décembre 1807... Le 14 mars, il déjeune à Chissey-en-Morvan pour faire ensuite halte à Pierre-Ecrite (le 16 mars), ancienne poste aux chevaux entre 1790 et 1851, un des points culminants de la route Paris-Lyon par Autun...
RN80 (suites). En 1973, le tracé final de Montcenis vers Cluny fut abandonné au profit d'une nouvelle route bifurquant vers l'est depuis le Creusot jusqu'à Châlon-sur-Saône, remplaçant ainsi l'ancienne et sinueuse N477 passant par Buxy. La nouvelle route fut élaborée en utilisant des chemins départementaux au sud du Creusot puis un tracé en site propre jusqu'à Châlon. Projeté dès les années 60, cet axe fut la première route pour automobiles à avoir été construite en France, oeuvre de l'ingénieur Jean Baudet. On ne peut pas dire que le concept ait été réussi: la RN80 est aujourd'hui une des routes les plus accidentogènes de l'Hexagone (avec Wikisara).


Nos belles routes de France
R.N.80: UN TRAVAIL DE (GALLO) ROMAINS! (II)
Nous voici sur la deuxième partie du trajet. Entre Saulieu et Autun nous empruntons partiellement un itinéraire antique d'envergure: la via Agrippa, principale voie romaine dans la Gaule d'alors... C'est aussi par là que Napoléon 1er est passé à son retour de l'île d'Elbe en mars 1815... Puis, voilà Autun, ville au passé millénaire et la Saône-et-Loire, fier département marqué par l'histoire industrielle française... La RN80 de 1959 poursuit son chemin jusqu'à Cluny, aux portes de la région lyonnaise... Un trajet effectué totalement en octobre 2009 et en février 2011 jusqu'à Autun. Bonne découverte!!

La route nationale 80 historique aux limites de la Côte d'Or et de la Saône-et-Loire (photo: Marc Verney, janvier 2009). En cliquant sur l'image vous revenez à la page index de ce site!


On sort de Saulieu en suivant un itinéraire qui contourne le centre ancien. Dès la sortie de la cité, nous laissons, au rond-point partir sur la droite l'ancienne N77 bis (D977bis), une route ouverte en 1838 pour désenclaver la région et qui sillonne le Morvan sauvage jusqu'à Prémery. Peu de villages traversés jusqu'à Chissey-en-Morvan mais une végétation omniprésente autour de la chaussée étroite... Nous sommes là sur un tronçon de la route n°16 des Etats de Bourgogne et sur le tracé de l'antique via Agrippa.

La brume hivernale recouvre les paysages autour de la RN80 après Saulieu. Cent mètres plus loin, le regard ne voit plus le mince trait de bitume striant les prés. Photo: Marc Verney, février 2011.

En 1763, ce chemin, reliant Saulieu à Autun fut l'objet de travaux particuliers (reconstruction de ponts et réparation des chaussées) en vue d'établir une route de poste avec notamment des relais à Saulieu, Pierre-Ecrite, Chissey et Autun. Du coup, il y avait -à la toute fin du XVIIIe siècle- deux itinéraires Paris-Lyon concurrents: celui par Autun et le Morvan et celui par Arnay-le-Duc; les deux se rejoignant à Chalon-sur-Saône. En 1850, l'itinéraire par le Morvan est abandonné: "Il y passe si peu de voyageurs, qu'il y a des relais où l'on ne trouve que cinq chevaux" peut-on lire dans Paris-Lyon par Arnay-le-Duc ou Autun? de Léon Blin... Et l'état des routes morvandelles ne s'améliorera pas! Victor Petit, un auteur de récits de voyages bien connu en Bourgogne écrira encore au milieu du XIXe: "Qu'on se représente un chemin pierreux, tortueux, montant ou descendant sans cesse, traversé à chaque pas par des ruisseaux venant du faîte des montagnes, bordé des haies vives ou creusé comme un ravin, l'on aura ainsi une idée de l'un des meilleurs chemins du Morvan...".

Une amusante comparaison, cette borne de limites départementales de la RN80 a été présentée dans un ouvrage sur les routes françaises au début du XXe siècle... et la voici à nouveau, bien vaillante au XXie siècle! Photo de droite: Marc Verney, janvier 2009.

Mais l'amélioration viendra rapidement avec l'intervention d'une famille d'ingénieurs, les Dupin, qui relanceront de vastes investissements routiers. Et, en 1889, la région possédera 1564 km de routes résistantes, empierrées avec le granit de la région, offrant aux plus lourds charrois "une résistance de premier ordre"! Tant mieux pour les "galvachers", ces conducteurs morvandiaux qui conduisaient leurs lourds attelages trainés par des boeufs dans toute la Bourgogne...

Au XIIIe siècle, Lucenay-l'Evêque (16,7 km d'Autun) était entouré de murailles, flanquées de quatre tours. Le bourg, ravagé deux fois par des incendies a été en outre pillé par les redoutables "écorcheurs" en 1316 et 1416. Mais, voici qu'au loin, après la forte descente de Reclesne apparaissent les murs d'Autun... "Doucement inclinée sur sa colline", la cité, peut-on lire dans Autun pittoresque, "monte sans brusquerie d'étage en étage, formant un amphithéâtre majestueux d'où s'élance, rapide, la superbe flèche de sa cathédrale"... Après avoir passé la zone minière des Télots, où l'on exploitait des schistes bitumineux (tiens, tiens...) qui servaient à la fabrication d'un gaz au pouvoir éclairant extraordinaire, l'entrée dans Autun se fait par l'antique porte d'Arroux (ou de Sens, ou de Paris). C'était l'une des quatre portes romaines de la ville. De là, on pouvait aller, par une voie en ligne droite traversant Augustodunum, à la porte de Rome...

Gros plan sur la plaque de Lucenay-l'Evêque. Photo: Marc Verney, février 2011.

C'était l'axe le plus beau, avec une largeur de 16 m; il supportait le lourd trafic de la via Agrippa. Et il fut continuellement amélioré, pavé par de grands blocs de granit rouge taillés dans les gorges de Brisecou, toutes proches. Les travaux du chemin de fer en 1866 furent l'occasion de vérifier l'ingéniosité romaine: les lourds blocs de granit reposaient sur un massif de béton formé de cailloux et de sable fortement comprimé, lui-même installé sur une assise de moellons de grès houiller disposés sur une glaise dure et intacte. Nos autoroutes modernes font-elles beaucoup mieux?

A VOIR, A FAIRE
Presque soeur et émule de Rome, Autun se visite avec les yeux grands ouverts. Des promenades en compagnie d'un guide-conférencier pour approcher les richesses de la ville sont recommandées (service animation du patrimoine: 03-85-52-73-50). L'Autun romain montre de vastes restes (le théâtre romain, les portes d'Arroux et de St-André, le temple de Janus, les remparts); la ville haute médiévale (la cathédrale St-Lazare, le musée Rolin). Office du tourisme d'Autun, 13 rue du Général-Demetz (tél. 03-85-86-80-38).

Ancienne publicité peinte pour le vénérable hôtel Saint-Louis d'Autun. Photo: Marc Verney, février 2011.

Ville-carrefour, il y avait quatorze voies romaines qui se rejoignaient à Augustodunum... En 1959, voici la N73 Bâle-Moulins, la N78 Saint-Laurent-Nevers et la N80 Châtillon-Cluny (il y avait aussi la N494, rejoignant Arnay-le-Duc).

R.N.78: LE JURA PAR LE MORVAN
La RN78 de 1959 relie Nevers à St-Laurent en Grandvaux en passant par le Morvan, les beaux vignobles de Bourgogne et Lons. Une route pleine d'histoires à suivre ici (lire)

R.N.73: DEUX BALE DANS LE MOULINS
La route nationale 73 de 1959 relie Bâle en Suisse à Moulins dans l'Allier. C'est l'une des plus singulières transversales qui soient. Mais pas des moins bucoliques... (lire)

Montant le long de la forêt de Planoise, la route prend maintenant la direction de Marmagne et de Montcenis. Cette dernière cité était un poste avancé des Eduens qui surveillaient le trafic entre le marché de Cabillonum (Chalon-sur-Saône) et l’oppidum de Bibracte. Devenue romaine, les légions y bâtirent une forteresse de pierre pour contrôler la région. Mais c'est à partir du XVIIIe siècle que les lieux allaient radicalement changer de vocation. François de la Chaise, un noble entreprenant décide de relancer la production du fer. Puis, s'installe, en 1786, dans le modeste village du Crozot (auj. Le Creusot) la Fonderie royale, une société rachetée en 1836 par Joseph-Eugène Schneider et son frère Adolphe, début d'une incroyable saga industrielle qui allait faire de la famille Schneider de véritables empereurs de l'acier!!

La descente sur Blanzy est éminement pittoresque au milieu de pâtures où paissent de robustes charolaises. On passe sur les eaux du barrage de la Sorme, édifié dans les années 70 pour fournir de l'eau potable à la région. Puis voilà Blanzy, où l'on croise la route nationale 74 historique et le canal du Centre. La ville héberge aussi un intéressant musée de la Mine, dernier témoin régional de deux siècles d'exploitation intensive du charbon.

R.N.74: DE L'EAU DANS LE VIN...
En 1959, la route nationale 74 relie l'Allemagne à Paray-le-Monial (Saône-et-Loire) en passant notamment par Sarreguemines, Nancy, Langres, Dijon, Beaune... (lire)

Non loin, la commune de Montceau-les-Mines connait un fulgurant développement: de 300 habitants en 1833, on passe à 11 000 habitants en 1874... A Montceau, en 1900, on dénombre encore 200 puits de mine en activité... La production est de 1,4 millions de tonnes de charbon.

Cette vieille borne kilométrique de la RN80 était bien enfouie sous un amas de feuilles mortes... Photo: Marc Verney, octobre 2009.

Les derniers 45 kilomètres sont nettement plus bucoliques. Après un petit détour sur la butte de Gourdon (jolie vue, joli village), la route nationale 80 historique approche le Mont-Saint-Vincent. Installé sur la ligne de partage des eaux, ce vieux bourg de 350 habitants se dresse à plus de 600 m d'altitude au dessus des monts du Charolais. C'est tout ce qui reste d'une puissante baronnie qui dominait toute la région. Du château fort, on remarque encore quelques remparts et des chemins de ronde qui entourent le village. Point de vue intéressant depuis une table d'orientation qui domine la route.

Au Mont-Saint-Vincent. Photo: Marc Verney, octobre 2009.

A la Croisée de Cray, il reste encore une vingtaine de km pour atteindre Cluny. La réalisation de cette chaussée est l'oeuvre du Premier empire qui y voyait là la création d'un nouvel axe Paris-Lyon. La cité de Cluny vit dans le souvenir de son abbaye, symbole fort du renouveau monastique en Occident. L'abbaye de Cluny (dont il ne reste hélas quasiment rien) fut un foyer intellectuel et culturel important de réformation de la règle bénédictine entre le Xe et le XIIe siècle. Devenue bien national en 1789, l'abbaye sert de carrière de pierres jusqu'en 1813 pour les maisons du bourg. Par la suite, les archives sont brûlées en 1793 et l'église est livrée aux pillages. Il ne reste actuellement que 8% de l'édifice initial. A 5 km au sud de Cluny, au croisement avec la RN79, nous aurons parcouru 209 kilomètres sur la RN80 historique depuis Châtillon-sur-Seine.

R.N.79: DU CHAROLAIS AU JURA
En 1959, la route nationale 79 nous conduit de Nevers à La Cluse sur la commune de Montréal-la-Cluse dans le département de l’Ain (monts du Jura). Des paysages plein la vue!(lire)

Marc Verney, Sur ma route, avril 2011

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