A Domrémy, sur la RN64 de 1959, ce panneau Michelin se trouve devant la maison de Jeanne d'Arc. Un lieu très touristique (photo: EF, janvier 2010).
Il y a un deuxième panneau Michelin à Domrémy (photo: MV, janvier 2010).
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Sources et documents: Atlas Grandes routes France (Michelin, 1959); Les belles routes de France de Paris à l'Alsace et à la Lorraine (Michelin, 1953-54); carte Michelin Chaumont-Strasbourg n°62 (1941); carte Michelin Dijon-Mulhouse n°66 (1967); Guide Bleu France automobile (Hachette, 1954); Guide Bleu Franche-Comté (Hachette, 2006); Guide du Routard Alsace-Vosges (Hachette, 2003-2004) Guide du Routard Lorraine (Hachette, 2011); La Haute-Saône autrefois, Jean-Louis Claude (éd. Horvath, 1996); La terre, la charrue, les écus, Alain Jacquet (Presses universitaires de Nancy, 1998); Le Petit Futé Lorraine-Vosges (NEU, 2006-2007); Les Vosges, Georges Poull (éd. France-Empire, 1985); Les Vosges sous le Consulat et l'Empire, Jean-Paul Claudel (Gérard-Louis éditeur, 1992); Libération des Vosges, Jean Laurain (Gérard-Louis éditeur, 1994); Luxeuil pas à pas, Bernard Desgranges (imp. Lalloz-Perrin, 1993); Wikipédia. Merci à la Bibliothèque publique d'information du centre Georges-Pompidou.
A Vaucouleurs, la RN64 rencontre la RN60, qui prend ici vers l'est la direction de Nancy (photo: MV, avril 2011)
Villes et villages traversés par la N64 historique (1959), en italique, les anciennes RN principales croisées:
Commercy (N58)
Void-Vacon (N4)
Vaucouleurs (N60)
Neuville-lès-Vaucouleurs
Burey-en-Vaux
Maxey-sur-Vaise
Goussaincourt
Greux (N66)
Domrémy-la-Pucelle
Coussey
Neufchâteau (N65, N74)
Rebeuville
Villars
Certilleux
Landaville
Aulnois
Morville
Bulgnéville
Contrexéville
Dombrot-le-Sec
Provenchère-lès-Darney
Relanges
Darney
Hennezel
Gruey-lès-Surance
Hautmougey
Bains-les-Bains
Fleurey-lès-Saint-Loup
Saint-Loup-sur-Semouse
Les Baraques-Chardin
Fontaine-lès-Luxeuil
Luxeuil-les-Bains (N57)
Saint-Sauveur
Citers
Quers
(Croisement N19)
A Maxey-sur-Vaise, un petit bout de l'ancien bitume subsiste au coeur du village (photo: MV, avril 2011).
La plaque de Darney (photo: EF, avril 2011).
Deux anciennes plaques directionnelles se superposent sur un chemin vicinal à Gruey-lès-Surance. Notez qu'un village s'appelle... Moscou... (photo: MV, avril 2011).
Ancienne signalisation touristique après Bains-les-Bains, à 3 km de Plombières (photo: MV, avril 2011).


Nos belles routes de France
R.N.64: LA VOGE AVANT LES VOSGES... (II)
Voilà la deuxième partie de notre périple sur la route nationale 64 de 1959. La Meuse n'est plus notre seul horizon. Voici que se dessinent, à portée de regards, les avant-postes des Vosges. On traverse des régions boisées, vallonnées, sillonnées par un bitume qui se fait discret au coeur de petites cités thermales au charme indéfinissable... On respire enfin l'air franc-comtois car nous achevons notre promenade dans le département de la Haute-Saône, à côté de Lure, après avoir visité Luxeuil.

La route nationale 64 historique dans le petit village d'Hennezel, dans la Vôge (photo: Marc Verney, avril 2011). En cliquant sur l'image vous revenez à la première page du site (clic!)


Après une courte descente en ligne droite, nous entrons dans Vaucouleurs. Joli nom pour cette petite cité liée à l'histoire de Jeanne d'Arc puisque c'est de là que partit en 1429 la petite bergère de Domrémy pour s'en aller rejoindre le roi Charles VII et connaître un destin incroyable. Pour pénétrer dans l'agglomération, il est nécessaire de s'extraire de la moderne déviation qui enserre au plus près les maisons. Difficile de se l'imaginer, mais Vaucouleurs, ville royale depuis le XIVe siècle était défendue par un rempart renforcé de 17 tours! Une vraie "petite Carcassonne"!! Le voyageur y croise la route nationale 60 historique d'Orléans à Toul. Cette route coupe Vaucouleurs de part en part avant de franchir à l'est la Meuse sur un pont en direction du village de Challaines.

R.N.60: LES VOIES DE JEANNE...
Entre Orléans et Toul via les belles cités de Sens et Troyes, voici une route qui vit au rythme de la grande histoire de France... Jeanne d'Arc, nous voilà!! (lire)

Tous les ans en février, Vaucouleurs se souvient de Jeanne d'Arc et commémore son départ en direction des pays de la Loire. Au matin, une jeune femme jouant le rôle de Jeanne, parade à cheval devant une foule habillée de costumes d'époque. Et à midi, tous se restaurent au cours d'un vaste banquet médiéval! En sortant de Vaucouleurs, la route suit l'ample val de Meuse. Voilà Neuville-lès-Vaucouleurs puis Burey-en-Vaux.

A Maxey-sur-Vaise, la route est, une fois de plus déviée, laissant le coquet village s'assoupir toujours un peu plus... Encore environ mille cinq cent mètres vers le sud, et la chaussée se courbe vers la droite en un large virage qui laisse joliment de côté le château de Taillancourt. Après Burey-la-Côte et Goussaincourt, la route entre dans le département des Vosges. Une anecdote sur ce département: peu avant la bataille de Marengo, Bonaparte organise un concours entre les départements français pour hâter la rentrée des impôts! Celui qui obtiendra la première place pourra donner son nom à l'une des plus grandes places de Paris... Et ce sont les Vosges qui gagnent! Du coup, le 20 septembre 1800, l'ancienne place Royale devient très officiellement la nouvelle place des Vosges!

R.N.66: DE BAR A BALE
La route nationale 66 historique de 1959 relie simplement Bar-le-Duc en Lorraine à Bâle, aux portes du Jura suisse. Une belle promenade à faire en toutes saisons (lire)

Jouxtant Greux, où s'embranche la R.N.66 historique, voilà Domrémy, le village natal de Jeanne d'Arc. Les quelques habitants voient débarquer, jour après jour, les milliers de touristes venus en apprendre un peu plus sur le drôle de destin de celle qui a "entendu des voix" lui demandant de sauver la patrie!!

A VOIR, A FAIRE

Bon, on ne peut rater la maison natale de Jeanne d'Arc, amplement signalée (tiens, un panneau Michelin!), qui présente de la manière la plus complète l'épopée de la jeune femme. Plus loin, sur la départementale 53, on pourra faire un saut en direction de la basilique du Bois-Chenu, construite de 1881 à 1926, qui domine toute la vallée de la Meuse (vue).

Avant Neufchâteau. Photo: EF, avril 2011.

La route nationale 64 historique (ici D164) traverse, elle, la Meuse sur un ancien pont et prend la direction de Coussey au milieu de beaux alignements d'arbres. Sept kilomètres plus loin, voilà Neufchâteau. C'est l’une des plus anciennes cités de la région. Le site était en effet déjà occupé à l’époque romaine, puisque situé non loin de la voie reliant Lyon à Trèves. Première ville libre du duché de Lorraine en 1231, la petite cité accueillait souvent les assemblées chargées de régler les différends entre le duché de Lorraine et les voisins français...

R.N.74: DE L'EAU DANS LE VIN...
En 1959, la route nationale 74 relie l'Allemagne à Paray-le-Monial (Saône-et-Loire) en passant notamment par Sarreguemines, Nancy, Langres, Dijon, Beaune... (lire)

Bien située sur de nombreux axes de communication, Neufchâteau était connue des voyageurs médiévaux pour son péage... Sous le Consulat et l'Empire, les autorités, atterrées de voir la rapide destruction des routes, prirent une série de mesures pour préserver les chaussées. Ainsi, une loi, celle du 29 floréal, an X, a décidé de l'établissement de ponts à bascule destinés à surveiller le poids -souvent exagéré- des chargements. Celui des Vosges fut donc logiquement installé à Neufchâteau, sur la route de Dijon. De nos jours, la cité reste un carrefour important entre Toul, Nancy, Langres, Chaumont et Dijon. Amusant: parmi les innombrables soldats américains qui débarquent dans la zone de Neufchâteau en 1918, se trouve un certain Walt Disney, chauffeur ambulancier de son état...

A VOIR, A FAIRE

Les églises Saint-Christophe et Saint-Nicolas, une sympathique promenade dans les rues Neuve et Poincaré puis sur la place Jeanne-d'Arc et enfin, l'hôtel de ville, édifice Renaissance (XVIe siècle).

La plaque de cocher de Villars est située juste après le virage du pont. Photo: Marc Verney, avril 2011.

Il y a vingt kilomètres entre Neufchâteau et Bulgnéville. La route quitte la vallée de la Meuse et serpente au milieu de paysages verdoyants. A la hauteur d'Aulnois, à Beaufremont, une butte de près de 500 m recèle les importants restes d'un château féodal. Plus loin, Bulgnéville reste dans l'histoire pour la victoire d'Antoine de Vaudémont en 1431 sur René 1er d'Anjou; les deux hommes se disputant la succession de la Lorraine... L'automobiliste soucieux de suivre le trajet historique de la N64 en direction de Contrexéville doit ici emprunter les lacets de la route traversant la forêt de Bulgnéville. Ce qui n'a pas toujours été le cas, puisqu'au XVIIIe siècle, la route de Contrexéville fait un détour par Suriauville, plus à l'ouest.

La R.N.64 de 1959 descend en direction des établissements thermaux situés au centre de Contrexéville puis les contourne (ainsi que le casino) en prenant la direction de la forêt de Darney. "Dans le vallon verdoyant du Vair, affluent de la Meuse", nous dit le Guide Bleu de la France automobile 1954, Contrexéville est une "station hydrominérale très fréquentée" dont la saison va du "20 mai au 20 septembre". Les eaux, embouteillées manuellement dans des cruchons de grès cachetés à la cire au XVIIIe siècle, soigneraient les maladies des reins, du foie et l'arthritisme.

Contrexéville: l'espace thermal. Photo: Marc Verney, avril 2011.

Lancée en 1760, Contrexéville a vu passer, au fil des ans, nombre de têtes couronnées qui y venaient en cure (un peu) et faire la fête (beaucoup)... Aujourd'hui, c'est l'argument minceur qui prédomine et tous les restaurants du lieu ont signé une charte garantissant une cuisine diététique!! Gargantua s'abstenir!

A VOIR, A FAIRE

Surtout une gentille balade dans le centre de la ville, autour du casino et du parc thermal (ah, jouer un mini golf sous les frondaisons...). On peut visiter -sur inscription à l'office du tourisme- l'usine d'embouteillage.

La route prend maintenant la direction de Dombrot-le-Sec et coupe, peu après, le tracé rectiligne d'une voie romaine. En franchissant le peu spectaculaire col du Haut-de-Salin sur le faîte des monts Faucille (403 m), la N64 entre dans le bassin de la Saône. A l'approche de Darney, la chaussée se fait plus sinueuse, se faufilant entre bois et petits vallons. Le bourg de Darney a une histoire intéressante: c'est là, dans ce lieu retiré, que Raymond Poincaré, le 30 juin 1918, a reconnu le droit à l'indépendance des Tchèques et des Slovaques! Pourquoi Darney? Durant la Première Guerre mondiale, le lieu servait en fait de point de regroupement pour les soldats tchécoslovaques combattants aux côtés des Alliés... Et Tomas Masaryk, premier président tchèque élu, fera sa première visite officielle à Darney...

On s'enfonce maintenant dans la belle forêt de Darney. Au cours du XVIIIe siècle, l'industrie du verre s'investit fortement au coeur de ces bois en raison de l'abondance du combustible et de l'eau, deux ingrédients nécessaires à la fabrication des objets. Un musée se consacre d'ailleurs en partie au sujet à Hennezel. On passe à queqlues kilomètres de la source de la Saône, qui se situe à Vioménil. Nous voici au coeur de la Vôge, petite région installé au pied des Vosges. Les paysages rappellent déjà la Franche-Comté voisine...

Belle plaque de cocher à Gruey-lès-Surance. Photo: Marc Verney, avril 2011.

Après avoir dépassé la vallée de la Coney et le canal de l'Est, voilà Bains-les-Bains, toute petite station thermale connue depuis l'époque romaine. Abandonnée dès le Moyen-Age, elle revit au cours du XVIIIe siècle, puis se développe à nouveau au XIXe. Les onze sources sont censées soigner l'hypertension artérielle. En 1944, les troupes américaines qui libèrent l'est de la France y installent un de leur plus grand centre de repos. Un vieil autobus faisait d'ailleurs la navette entre le front des Vosges et les hôtels de Bains nous précise Jean Laurain, dans son ouvrage Libération des Vosges. Des films étaient projetés aux soldats rescapés qui pouvaient également danser et se confesser. L'histoire n'en dit pas plus mais les Américains -prévoyants- avaient aussi installé ici un escadron de la Military Police...

Huit kilomètres plus loin, la route entre en Haute-Saône (Franche-Comté) par les belles hêtraies du bois de Lyaumont. Premier bourg traversé, Saint-Loup-sur-Semouse précède de douze kilomètres l'entrée dans Luxeuil. Là aussi, les voies rapides ont bien changé la configuration des lieux. Il convient de ne pas se perdre parmi les rond-points et les multiples centres commerciaux, qui, désormais, émaillent toute entrée de ville française... Puristes de la N64, suivez Les Baraques-Chardin, Fontaine-lès-Luxeuil puis Luxeuil centre!

Luxeuil, le centre-ville. Photo: EF, avril 2011.

Ce sont les sources d'eau minérale qui ont fait le succès de Luxeuil. Les Séquanes, puis les Romains avaient fortement apprécié la qualité des eaux salines qui sont ici censées remédier aux maladies féminines mais aussi aux rhumatismes et aux maladies de la prostate. Après les invasions barbares (les Huns en 451), l'endroit est rayé de la carte. Plus tard, au VIe siècle, un moine irlandais, Colomban, fait construire une abbaye qui pourra se développer sous la protection de Charlemagne. Mais les sources ne retrouvent leur lustre qu'au XVIIIe siècle. Encore beaucoup plus tard, à la fin du XIXe siècle (août 1896), un journal pointe 112 curistes, de Caracas, de Bruxelles, de Paris, d'Orléans, de Lyon...

A VOIR, A FAIRE

La ville centrale, concentrée autour des places Saint-Pierre et de la Baille est belle, avec de nombreux bâtiments historiques. A visiter, l'ancienne abbaye et la basilique Saint-Pierre avec son orgue massif et les restes du cloître. Puis toute une ribambelle de maisons anciennes autour de la rue principale. Autres traditions locales, la dentelle de Luxeuil, inspirée de celle de Milan et Venise, et le jambon, issu de porcs de la région et que l'on laisse macérer quatre semaines dans le vin du Jura...

R.N.57: "T'AS VOULU VOIR VESOUL"!
La route nationale 57 historique de 1959 relie Metz à Besançon en passant par Nancy, Epinal, Vesoul... Un coin de France cher aux chanteurs! (lire)

Il ne reste qu'une grosse quinzaine de kilomètres à parcourir sur la R.N.64 d'antan. Il faut prendre la direction de Lure en dépassant le faubourg de Saint-Sauveur. Là, pour franchir le Breuchin, jusqu'au XVIe siècle, il n'y avait qu'un gué... La première passerelle date de 1546; il faut 36 ans pour réaliser un vrai pont en bois qui est inauguré en 1720... Mais c'est seulement sous le Second Empire qu'un pont en pierre sera réalisé! Elargi en 1890, il fut dynamité par les Allemands durant la Deuxième Guerre mondiale... L'ouvrage actuel date de 1952. On laisse de côté la base aérienne 116 et ses Mirage 2000 nucléaires et on entame l'ultime partie du trajet. La route de 1959 serpentait au travers d'un pays de forêts et d'étangs... c'est aujourd'hui une quatre-voies (D64) qui coupe au plus court. On attrape quelques derniers restes de la N64 de 1959 à Citers et Quers, puis c'est l'arrivée sur la route Paris-Bâle (N19), à moins de deux kilomètres de Lure.

R.N.19: PAR ICI, L'HELVETIE !
En 1959, il faut parcourir 490 kilomètre pour joindre Paris à Bâle, en Suisse, en passant par Troyes, Chaumont, Langres, Belfort et Saint-Louis, non loin de Mulhouse... (lire)

L'ancienne route nationale 64 dans le village de Citers. Photo: EF, avril 2011.

Marc Verney, Sur ma route, mai 2011


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