Ce vieux Michelin survit sur le bord de la RN57 d'antan au lieu-dit La Gabiotte. Saint-Valbert est un très joli village comtois (photo: MV, avril 2012).
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Sources et documents: Atlas des grandes routes de France (Michelin, 1959); carte de promenade Besançon-Epinal (IGN, 2006); carte Michelin n°62 Chaumont-Strasbourg (1969); carte Michelin n°66 Dijon-Muhouse (1967); Drac de Franche-Comté; Guide Bleu de la France automobile (Hachette, 1954); Guide Bleu Franche-Comté (Hachette, 2006); Guide Bleu Franche-Comté-Monts-Jura (Hachette, 1961); Guide du Routard Alsace-Vosges (Hachette, 2012/2013); Guide du Routard Franche-Comté (Hachette, 2010/2011); Histoire de Plombières-les-Bains, J.D. Haumonte, refondée et augmentée par J. Parisot (Paris, Res Universis, 1990, rééd. 1905); Les routes de France au XXe siècle, 1900-1951, Georges Reverdy (Presses de l’ENPC, 2007); Mon vieux Besançon, Gaston Coindre (imp. Jacques et Demontrond, 1960); ville-luxeuil-les-bains.fr; la-haute-saone.com; Wikipédia. Remerciements: la Bibliothèque publique d'information du centre Georges-Pompidou.
Belle plaque Dunlop à Raon-Basse (photo: MV, avril 2012).
Incrustée dans le parapet d'un pont, cette borne de la RN57bis se situe quelques kilomètres après Plombières-les-Bains, à la limite des Vosges et de la Haute-Saône (photo: MV, avril 2012).
Villes et villages traversés par la N57 historique (1959), en italique, les anciennes RN principales croisées:
Epinal (N66)
Dinozé
Arches
Pouxeux
Saint-Nabord
Remiremont (N66)
Plombières-les-Bains
Fougerolles
La Germenain
La Gabiotte
Luxeuil-les-Bains (N64)
Saint-Sauveur
Servigney
Pont-Joly
Saulx
Comberjon
Vesoul (N19)
Echenoz-la-Méline
La Providence
Vellefaux
Les Laverottes
Pennesières
La Malachère
Rioz
Sorans
Breurey
Villers-le-Temple
Voray-sur-l'Ognon
Saint-Claude
Besançon (N83)
Belle plaque émaillée de la RN57 à Vellefaux. Ces exemplaires n'existent qu'en Haute-Saône (photo: MV, avril 2012).
Borne Michelin située dans le beau village de Fondremand, à 8 km de Rioz (photo: MV, avril 2012).
La route en Franche-Comté au XVIIIe siècle. «En Franche-Comté, en 1752, on constitue la chaussée de pierre bien concassée sur laquelle on régale du sable, du gravier ou de la «graise» fine, ce qui doit la rendre, par la suite, imperméable à la pluie. Et si l’on ne peut trouver localement ces matériaux naturels, on concasse encore davantage la pierre en plus petits morceaux, bien arrangés les uns contre les autres, de façon que les voitures, en passant dessus, achèvent de les broyer et que la route devienne unie en peu de temps Source: L’histoire des routes de France, du Moyen-Age à la Révolution (Georges Reverdy, Presses de l’ENPC, 1997)
Dans le centre de Fougerolle, et sur le bord de l'ancienne R.N.57, on trouve de nombreuses anciennes plaques directionnelles (photo: MV, avril 2011).

Nos belles routes de France
R.N.57: CERISES SUR COMTE (II)
Deuxième partie de notre voyage sur la RN57 de 1959 en direction de Besançon. Au départ d’Epinal, nous prenons la direction de Remiremont pour obliquer ensuite vers Plombières-les-Bains. La route entre en Franche-Comté : Fougerolles, Luxeuil, Vesoul… voilà la Haute-Saône, département méconnu et pourtant riche en surprises historiques, créé à la Révolution française à partir de l'ancien bailliage d'Amont. Enfin, l’arrivée sur le Doubs nous fait visiter l’exceptionnelle cité de Besançon, au passé bouillonnant. On n'a pas vu passer les 267 km!!.

L'ancienne RN57 non loin de Fougerolles (Photo: Marc Verney, avril 2012). En cliquant sur l'image, vous revenez sur page de home du site.

Le départ d’Epinal se fait en suivant la direction de Remiremont. Ici, s’entremêle quelque peu l’histoire des routes nationales 66 et 57… Au XVIIIe siècle, nous avons vu que la transmission des nouvelles entre Nancy et Plombières-les-Bains se faisait, grâce au duc Stanislas par le relais de Xertigny. La route de Metz à Besançon a également suivi le même chemin jusqu’à la fin du XIXe siècle. Puis, le tronçon Remiremont-Plombières étant finalisé, les autorités dévient la route nationale. De son côté, la route d’Epinal à Remiremont est parallèlement rebaptisée en RN57. La RN66 s’interrompant du coup à Epinal pour reprendre à Remiremont. C’est cette configuration, encore valable en 1959, que nous suivrons.

R.N.66: DE BAR A BALE
La route nationale 66 historique de 1959 relie simplement Bar-le-Duc en Lorraine à Bâle, aux portes du Jura suisse. Une belle promenade à faire en toutes saisons (lire)

De Remiremont (cité décrite dans le trajet de la RN66), nous mettons le cap en direction de Plombières-les-Bains. L’Histoire de Plombières-les-Bains est très prolixe sur le développement des axes de communication dans la région. Ainsi, cette portion du territoire lorrain, qui était l’extrémité du territoire de la tribu des Leuques, fut sillonnée par de nombreux axes romains. L’un d’entre eux, de Besançon à Metz, passait aux abords de Luxeuil pour se diriger ensuite vers Fougerolles. Mais, dès le IVe siècle, à la fin de l’Empire, nous dit l’ouvrage, Plombières et sa région sont complètement oubliées.

Vue générale sur le val où se blottit Plombières-les-Bains. Photo: Marc Verney, avril 2012.

Il faut attendre la fin du XVIIIe siècle pour voir une relance importante des travaux sur l’axe Remiremont-Plombières. La route, nous narre L’histoire de Plombières, «commencée en 1786 sur une longueur de 1100 toises ne fut terminée qu’en 1817. Elle était montueuse et accidentée sur une grande partie de son parcours». A l’entrée de Plombières-les-Bains, «où se trouvait une côte longue, rapide et très dangereuse» des travaux supplémentaires entre 1843 et 1845 modifient le tracé.

La ville d’eau de Plombières-les-Bains se cache au creux d’un vallon irrigué par l’Augronne. Créée par les Romains qui y réalisent d’impressionnants travaux, elle est détruite par les envahisseurs barbares et ne renaît qu’au XIIIe siècle. La ville voit, au fil des siècle, passer l’élite intellectuelle française: Montaigne, Voltaire, Richelieu, mais aussi des écrivains et des poètes comme Beaumarchais, Musset, Lamartine, des musiciens (Berlioz), des peintres (Goya)… Cependant, c ’est un dirigeant français qui sera le meilleur publicitaire de la cité. Napoléon III propulse Plombières-les-Bains dans l’histoire. En juillet 1858, l’empereur y rencontre Cavour pour une entrevue qui doit décider du sort de Nice et de la Savoie.

La ville, nous dit l'encyclopédie en ligne Wikipédia «possède 27 sources chaudes faiblement minéralisées mais riches en oligo-éléments. Les eaux de Plombières jaillissent à des températures comprises entre 57 et 84 degrés. (...) Elles sont indiquées dans le traitement des affections digestives et rhumatismales». Les gourmands apprendront que la glace plombières y fut «inventée» en 1882 par un pâtissier local qui eut l’excellente idée de faire macérer des fruits confits dans du kirsch…

A VOIR, A FAIRE

Arpenter la rue Stanislas, l’axe principal de la cité aux «mille balcons», visiter les thermes Napoléon et le parc Tivoli (arboretum)… A voir aussi, le Bain national, édifié entre 1811 et 1819, le pavillon des Princes, où eu lieu l’entrevue entre Napoléon III et Cavour. Une route thermale (fléchage) relie Plombières à Bains-les-Bains (voir RN64). Une jolie promenade pédestre permet de monter en direction de la fontaine Stanislas, une source où Berlioz, dit-on, trouva son inspiration pour Les Troyens

On quitte Plombières-les-Bains en escaladant la colline, en direction de Fougerolles; une chaussée réalisée dans les premières années du XIXe siècle. C’est l’entrée en Franche-Comté, dont le département de Haute-Saône fait partie. Dès 52 avant JC, suite à la conquête de la Gaule par César, la région se couvre d’axes construits par les Romains, notamment entre Besançon et Luxeuil-les-Bains. A Fougerolles, que l’on atteint rapidement, l'époque gallo-romaine, nous annonce Wikipédia, «se traduit par le passage de la voie de Luxeuil à Plombières».

Aux environs de Luxeuil. Photo: Marc Verney, avril 2011.

La seigneurie de Fougerolles, crée par le sire de Faucogney pour l’un de ses fils, et située aux limites indécises de France, Bourgogne et Lorraine, reste, jusqu'à la conquête de Louis XIV, une terre quasi autonome. Fougerolles est finalement rattachée à la France en 1704, à l’occasion de la signature du traité de Besançon.

A VOIR, A FAIRE

Il ne faut pas manquer la visite à l’écomusée de la Cerise, 2 km au nord de la cité. Véritable «capitale» française de la cerise, Fougerolles comptait en effet de nombreuses distilleries qui produisaient kirsch et eaux-de-vie de fruits.

R.N.64: DES ARDENNES AUX VOSGES
La route nationale 64 de 1959 traverse les plus grands champs de bataille français et nous emmène au pied des Vosges par la jolie forêt de Darney (lire)

Pour suivre la RN57 historique à la sortie de Fougerolles, il faut suivre la départementale 165E. Ici, il n’est pas facile de suivre le trajet de 1959. Voies rapides et déviations brouillent la lecture du terrain aux abord de Luxeuil. Ce n’est, en tous cas, qu’après avoir croisé l’ancienne nationale 64, que notre route de Metz à Besançon entre dans la cité.

Comme Plombières, Luxeuil s’épanouit à l’époque gallo-romaine. Autour des eaux thermales, se développent de multiples activités artisanales (poterie). A l’époque, elle se situe au carrefour de sept voies romaines. Après la destruction de la ville par les barbares, au IVe siècle, c’est un moine irlandais qui s’établit au VIe siècle dans la région et crée un monastère, aidé en cela par la roi d’Austrasie. Après une période terrible de pillages et de destructions, une bourgade, nous précise Wikipédia, «va alors se développer au Haut Moyen Âge, puis une ville ceinte de remparts dès le XIIIe siècle comptant environ 1500 habitants, trois églises et quatorze chapelles». La période de la domination espagnole (jusqu’au XVIIe siècle) constituera l’âge d’or de la cité comtoise.

A VOIR, A FAIRE

L’ancienne abbatiale, la basilique Saint-Pierre, commencée en 1215, à l’influence bourguignonne (un conservatoire de la dentelle est installé dans les anciennes demeures des moines). Les maisons anciennes du centre-ville: demeure dite «de François 1er» à l’architecture Renaissance, la tour des Echevins. Le quartier des thermes (établissement de 1768, agrandi en 1853 et 1905, réaménagé en 1938…).

Bel ensemble directionnel de la R.N.57 à Baudoncourt, sur une portion délaissée de la route, car coupée par les pistes de la base aérienne 116. Photo: Marc Verney, avril 2012.

La route nationale 57 de 1959 quitte la RN64 à Saint-Sauveur, le bourg jouxtant Luxeuil. Là, les importants travaux de construction de la base aérienne 116 dans les années cinquante ont coupé le trajet original passant par Baudoncourt.  Il y a un peu moins d’une trentaine de kilomètres pour atteindre Vesoul par Saulx. C’est à Saulx que l’on trouvait la croix des Convois, un monument élevé en souvenir d’habitants de Luxeuil massacrés durant la guerre de Trente ans alors qu’ils emmenaient des vivres en direction de Besançon.

Vesoul, cité immortalisée par une chanson de Jacques Brel vaut beaucoup mieux que les quelques mots –joliment- assénés par le chanteur-poète… A l'époque gallo-romaine, pouvons-nous lire sur le site de la Drac de Franche-Comté, Vesoul n’est qu’une petite statio, un simple relais de poste et gîte d'étape au carrefour des voies de Mandeure à Port-sur-Saône et de Besançon à Luxeuil. Une vocation de lieu d’étape qui perdurera jusqu'au Moyen-Age. Après, les temps troublés forcent les comtes de Portois à délaisser Port-sur-Saône; ceux-ci érigent un château sur la butte qui va devenir Vesoul et en 1092, ils fondent le prieuré Saint-Nicolas.

R.N.19: PAR ICI L'HELVETIE!
En 1959, il faut parcourir 490 kilomètre pour joindre Paris à Bâle, en Suisse, en passant par Troyes, Chaumont, Langres, Vesoul, Belfort et Saint-Louis... (lire)

A partir du XVe siècle, les rois de France reluquent du côté de la Franche-Comté, qui appartient au Saint-Empire… Vesoul subit plusieurs sièges: en 1480, la ville et le château sont en partie détruits par les soldats de Louis XI, en 1595, les troupes d'Henri IV massacrent la population, mettent à bas les murailles et rasent le château. Les périodes suivantes seront moins troublées. Au XVIIIe siècle, on construit de nouvelles demeures bourgeoises et des bâtiments officiels, fontaines et promenades offrent de la fraîcheur à la population. A la Révolution, Vesoul devient chef lieu de département.

Cependant, quelque peu méfiants à l’égard du «progrès», les habitants de Vesoul s’opposent au passage de la ligne de chemin de fer de Paris à Mulhouse, qui s’installera en 1858 à Navenne, un village voisin, qui sera vite absorbé! Au XXe siècle, changement de braquet : une immense usine Peugeot s’installe en 1955 sur un site proche du centre-ville…

A VOIR, A FAIRE

Une promenade dans les rues du centre-ville puis une visite du musée Georges-Garret, installé dans un ancien couvent des Ursulines datant du XVIIe siècle (archéologie et beaux-arts). On peut monter à la Motte, la colline emblème de la ville (378 m d’altitude et un vaste panorama sur les Vosges et le Jura). Enfin, à Frotey-lès-Vesoul, il ne faut pas manquer la roche du Sabot, un curieux rocher en forme… de sabot!

Splendide plaque émaillée de la R.N.57 d'antan à la sortie de Vesoul. Photo: Marc Verney, avril 2012.

On quitte la préfecture de Haute-Saône en plongeant sous les voies du chemin de fer. La route se lance, après les dernières maisons, dans l’escalade d’une colline qui lui fait face. Il faut être attentif: un nouveau tracé à deux fois deux voies supplante l’ancienne nationale autour de Vellefaux… Une longue ligne droite nous emmène par la suite jusqu’aux environs de Rioz. Là, nous signale Georges Reverdy, dans Les routes de France au XXe siècle, 1900-1951, des pentes excessives entre la Maison-Neuve et Rioz sont rectifiés par les services de l’Etat.

Rioz, village-rue, n’offre qu’un intérêt limité, sauf son carnaval… (oui, celui de Rioz… bon!); on peut aller jeter un oeil au village voisin de Fondremand (vieilles maison, château, source). La N57 moderne s’enfuit au plus court, suivant d’antiques chemins alors que la N57 de 1959 (D15B) prend son temps parmi quelques vieilles pierres dans les villages de Sorans-lès-Breurey, Breurey et Voray-sur-l’Ognon. Besançon n’est plus très loin. D’ailleurs, dès après l’Ognon franchi, nous voici dans le département du Doubs.

Sur la route nationale 57. Photo: Marc Verney, avril 2012.
Dans un hameau placé sur la route (Maison-Neuve), un garagiste a conservé une vieille borne de la nationale et l'a repeinte avant de la replacer en bordure de chaussée. Photo: Marc Verney, avril 2012.

Il reste moins de 10 km à parcourir jusqu’à la capitale de la Franche-Comté. Les banlieues s’annoncent d’ailleurs très vite, avec leurs cortèges de lotissements et de centres commerciaux. La RN57 s’immerge peu à peu dans le quotidien d’une grande cité de notre XXIe siècle… On ne va être faux cul: ici c’est laid… Mais ce n’est pas depuis hier… Lisons ces quelques phrases de Gaston Coindre, dans Mon vieux Besançon: «Le chemin qui monte de Battant à Saint-Claude, c’est la route dite de Vesoul, roide et poussiéreuse, embourbée parfois, toujours banale sans le moindre détail qui intéresse le parcours ni réveille le souvenir d’un autre temps»… Mais voilà le centre de Besançon, qui s’avance, dans la courbe du Doubs… et là, c’est une autre histoire! Fin de notre RN57 avec 267 km au compteur.

R.N.83: LA VOIE DES LYONNAIS
Entre Lyon et Strasbourg, la route nationale 83 longe le Jura et le beau Revermont... En Alsace, il est aussi question de vins le long de cette belle chaussée (lire)

Marc Verney, Sur ma route, juin 2012

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