Cette borne Michelin n'est pas située sur le trajet exact de la N72 historique. Mais c'est l'une des rares encore présentes dans le département du Jura. On la trouve à 6-7 km au sud de Dournon-l'Entrepôt (photo: MV, avril 2009).
AVERTISSEMENT: les photos et dessins de ce site sont soumis au droit d'auteur. Pour toute autre utilisation, contacter l'auteur de Sur ma route. Merci de votre compréhension...
Plaque en émail de la RN72 à Villers-Farlay (photo: MV, juillet 2006).
Borne de la N72 à Mouchard. Elle a été enlevée depuis (photo: MV, juillet 2006).
Documentation écrite utilisée: Atlas routier France 2007 (Michelin); carte Beaune-Evian n°70 (Michelin, 1949); carte Beaune-Evian n°70 (Michelin, 1955); Le Guide Franche-Comté (éd. La Renaissance du livre, 1999); le Guide Jura-Franche-Comté (Michelin, 1985), le Guide Bleu France automobile (Hachette 1954); Les routes du Jura (coll. Les routes de France, Hachette, 1930); le Guide du Routard Franche-Comté (Hachette, 2008-2009), les sites internet des villes et villages traversés...
Dans le village de Pagnoz, en direction de Mouchard (photo: MV, juillet 2006).
Encore une jolie plaque en émail non loin de la route nationale 72 historique, à Pagnoz (photo: MV, juillet 2007).
Bitume abandonné vers Villeneuve-d'Amont (photo: photo: EF, avril 2009).


Les belles routes de France...
RN72, du sel dans les sapins!
Voilà bien une drôle de petite nationale. Courte: 72 kilomètres, mais dont le bitume relie la plaine aux monts du Jura. La RN72 de 1959 est un vrai dépliant touristique qui prend naissance dans le val d'Amour en passant par Mouchard, Salins-les-Bains, Levier... Et si ces noms ne vous disent rien, on va évoquer les salines d'Arc-et-Senans et Claude-Nicolas Ledoux, la forêt de la Joux et le sapin-président, voire , pourquoi pas, l'esprit de Jules Grévy, ancien président, natif de Mont-sous-Vaudrey... A Pontarlier enfin, on parlera de cette malédiction-addiction nationale du début du XXe siècle, l'absinthe... Finalement, oui, on en voit du pays en 72 km!!

Jolie lumière d'une soirée de printemps sur le bitume de la RN72 historique. La limite Jura-Doubs se situe entre Dournon-l'Entrepôt et Villeneuve-d'Amont (Photo: Marc Verney, avril 2009). En cliquant sur l'image, vous avancez vers Pontarlier et retrouvez la N471 historique.


A l'orée des années cinquante, on ne rejoint pas la nationale 72 de la même manière qu'aujourd'hui: la N5 entre dans Mont-sous-Vaudrey. C'est à l'intérieur du bourg qui a vu naître le président Jules Grévy que l'on laisse la "route blanche" (N5 historique) filer sur la droite vers Poligny. La N72 de 1959 s'appelle ici en 2009 D472. Mais les grandes directions restent les mêmes: à gauche toute (N72), c'est la route de Pontarlier et Lausanne, à droite (N5), la chaussée s'élance à l'assaut du col de la Faucille et rejoint Genève. A la sortie de Mont-sous-Vaudrey, la N72 laisse également à sa droite la route d'Arbois (N469-D469). A quelques kilomètres à gauche du bitume, la vaste forêt de Chaux, l'une des plus vastes de France (22 000 ha) et la rivière Loue, qui fut, aux heures sombres de l'Occupation, la ligne de démarcation entre France occupée et France "libre".

RN469, Arbois, vins et grottes!!
Un petit détour par Arbois et ses grands crus ne peut pas faire de mal... En plus, voilà la belle reculée des Planches!! A savourer à vitesse lente... (lire)

Après cinq kilomètres en plaine, voilà le village d'Ounans, qui tire son nom de l'essence forestière qui ombrageait jadis ses habitations: l'aulne. Chamblay, un peu plus loin, propose une intéressante promenade balisée sur les traces des radeliers, des personnes chargées de transporter le bois des forêts jurassiennnes vers les grandes villes en utilisant le cours de la Loue. En marchant le long d'une ancienne boucle de la rivière (espace naturel protégé et sentier de promenade), on peut voir les vestiges du quai d'embarquement, le "port de l'amont" où étaient stockés les grands troncs qui prenaient notamment la direction de l'arsenal de Toulon via la Saône et le Rhône. C'est Colbert, après l'annexion de la Franche-Comté par Louis XIV en 1678 qui a pris la décision d'exploiter ainsi le bois de la région afin de développer la marine royale française. Les derniers flottages de bois ont eu lieu au début du XXe siècle.

Le bourg "majeur" du val d'Amour est Villers-Farlay
. L'un des habitants les plus illustres de ce gros village, assoupi au milieu des champs, fut Jean-Baptiste Jupille, guéri de la rage par Pasteur. On peut y visiter également un four de tuilier gallo-romain du IIIe siècle. De taille imposante, on y cuisait simultanément plusieurs centaines de tuiles. Mais la star de la région, monument inscrit au patrimoine mondial de l'humanité, c'est la saline d'Arc-et-Senans, située à 6 km au nord de Villers-Farlay. Jusqu'au XIXe siècle, le sel est une denrée absolument indispensable dans la vie quotidienne des humains (conservation et goût des aliments). Or, du sel, il y en a des masses considérables sous les monts du Jura, entre Besançon et Lons-le-Saunier, dans les couches datant de l'ère secondaire. N'oublions pas qu'en des temps vraiment très reculés, le Jura n'était qu'une vaste mer...


A Dournon l'Entrepôt. (Photos: Marc Verney, avril 2009).

Longtemps monopole d'Etat, le commerce du sel a généré dans la région une richesse considérable. Des routes du sel balisées et surveillées relient la France et la Suisse, le nord et le sud de la Franche-Comté. S'il n'y a pas de sel à Arc-et-Senans, il y a le bois de la forêt de la Chaux, toute proche, qui, en brûlant, aide à la récupération du sel par évaporation. Ce sont les eaux saumâtres de Salins qui sont amenées sur le site d'Arc-et-Senans. Un arrêt du Conseil du roi en 1773 décide de l'édification en ces lieux d'une saline industrielle capable de produire 60 000 quintaux à l'année. Le bâtiment est construit entre 1774 et 1779 par l'architecte visionnaire Claude-Nicolas Ledoux en suivant un remarquable plan semi-circulaire. Le porche d'entrée, à lui tout seul vaut le détour... Que faut-il y voir? De la symbolique franc-maçonne, ou une référence à un événement crucial de l'histoire nationale? A vous de voir...

A Buffard (Photo: MV, juill. 2006)
Le retour sur la N72 historique se fait par la charmante départementale 121 où il n'est pas rare de croiser un chevreuil à la nuit tombée. L'automobiliste amateur de zigzags n'hésitera pas à visiter le joli village vigneron de Buffard (photo à gauche) et la patrie d'Edgar Faure, Port-Lesney, non loin du tracé de la N83 (Strasbourg-Lyon), que la nationale 72 historique croise à Mouchard. Il faut un peu plus de 8 kilomètres pour atteindre Salins en passant par le village de Marnoz. Entourée de forts perchés sur les monts alentours, la cité de Salins mérite le détour. On y retrouve d'ailleurs l'exploitation du sel puisqu'ici on en retirait des eaux environnantes depuis au moins 1115. La visite de la Grande Saulnerie, seul bâtiment rescapé, est tout particulièrement intéressante. Mention spéciale à la visite des immenses chaudières, où l'on extrayait le sel de l'eau et aux souterrains où l'on peut encore voir de nos jours un très ancien système de pompage. Il existait un "saumoduc" entre Salins-les-Bains et Arc-et-Senans. Cette canalisation, réalisée en bois, a transporté sur à peu près une vingtaine de km les eaux saumâtres en direction de la saline créée par Ledoux. Il n'en reste hélas aucune trace de nos jours si ce n'est un itinéraire de promenade astucieusement appelé "chemin des gabelous". Le gabelou étant un gendarme chargé de la surveillance du sel et de son commerce. Balisé par les soins des autorités locales du Jura et du Doubs, la voie permet de rejoindre Arc-et-Senans à VTT en longeant les bords de la Loue. Peu après Salins, on laisse, sur la droite la route N467 (auj. D467) menant à Champagnole. La nationale 72 historique entame ici la grimpette sur les plateaux jurassiens.

Strasbourg, Lyon, par la RN83
La N72 croise la N83 à Mouchard. Voilà une route qui sillonne l'Est de la France à flanc de collines: Jura, Doubs, Vosges... Une route de vacances? (voir)

Virage après virage, changement de paysage, nous voici entourés de champs constellés de mignonnes et bicolores vaches montbéliardes, de robustes fermes à grandes toitures et de bois de sapins intimidants... Quelques kilomètres après Cernans, la chaussée entre dans le Doubs et croise, sur la gauche, la route menant au village de Crouzet-Migette. Le détour est fortement suggéré, car nous voici dans l'un des plus beaux coins des monts jurassiens: les sources du Lison. Derrière ce nom, se cache un ensemble de curiosités naturelles réellement remarquables: la grotte Sarrazine, le creux Billard et les sources elles-mêmes, qui sont la résurgence d'un petit cours d'eau qui prend sa naissance sur les pentes de la forêt du Scay. Non loin de Crouzet-Migette, le pont du Diable surplombe le cours intermittent et découvert de cette rivière capricieuse. L'ensemble est magnifique.

De retour sur la N72 historique, après Villeneuve-d'Amont, la route entre dans la forêt du Jura. Celle-ci s'organise sur les flancs de ce qui est sans doute la plus belle sapinière de France: les vastes et sauvages forêts de la Joux et de Levier. Cet ensemble superbe est parcouru par un itinéraire intense et immanquable: la route des Sapins. Le croisement avec la RN72 se fait avant Levier, en plein bois, au coeur d'une masse de sapins noirs et chevelus. Là encore, à la nuit tombante ou en pleine nuit, entre les arbres de plus de 40 m de hauteur, il est quasiment impossible de ne pas y croiser un chevreuil en promenade... alors prudence!

Visiter la route des Sapins...
Le site Sur ma route va se mettre au vert dans l’une des plus jolies forêts du Jura, non loin de Champagnole, juste à côté de la route blanche Paris-Genève... (lire)
Avant Levier, en direction de Pontarlier (Photos: MV, avril 2009).

A Levier, où l'on peut visiter le musée du Cheval comtois (outil de travail des Grandvalliers, lire), il reste encore 22 kilomètres à parcourir avant d'arriver à Pontarlier. La nationale 72 historique traverse un vaste plateau agricole à près de 800 m d'altitude. Moins spectaculaires, les reliefs laissent deviner, au loin, la barrière du Haut-Doubs. Voilà Chaffois, où la route laisse filer, sur sa droite, la RN471 historique (D471) vers Champagnole. De l'autre côté de la plaine, où coule le Doubs, voilà la petite cité de Pontarlier, qui a la particularité d'être la deuxième ville la plus haute de France (837 m), après Briançon.

RN471: une route jurassienne
La RN471 de 1959 relie Tournus à Pontarlier en passant par Lons-le-Saunier, Champagnole et Frasne. Un joli tour de Jura où l'on frôle des reculées et des lacs... (lire)
RN67: l'absinthe nous fait chocolat!
C'est une route qui a le goût de l'histoire... et des bonnes choses!! Entre les foires de Champagne et les monts jurassiens, quelques centaines de kilomètres charmants et à avaler avec joie et passion... (lire)

Après l'habituelle et terrifiante traversée des quartiers commerciaux, on entre dans la ville-centre par la porte Saint-Pierre qui défend la rue de la République (surprenante mention "Soumission aux lois" côté ville...). Pontarlier fut, au début du XXe siècle, la capitale française de l'absinthe, un alcool fort surnommé "la fée verte". C'est en 1805 qu'un Suisse, Henri-Louis Pernod introduit le breuvage dans la région. Très vite, au cours du XIXe siècle, on passe de 5 à 26 distilleries. Un gros tiers de la population du bourg vit de l'absinthe, popularisée par les artistes, Toulouse-Lautrec, Rimbaud, Verlaine... Sous la pression des ligues de vertu ("l'absinthe rend fou et criminel"), la boisson est interdite en 1915. Un décret, signé en 1988 par Michel Rocard, redonnera vie à la "fée verte", cependant débarrassée de son excès -dangereux- en thuyone (un neurotoxique). Aux alentours de Pontarlier, le lac de Saint-Point, la station de sports d'hiver de Métabief, le fort de Joux sur la route de la Suisse et, sur la voie vers Morteau, l'abbaye de Montbenoît puis le défilé d'Entreroche... Autant de départs pour d'autres promenades, non?

A gauche, la RN72 historique traverse la magnifique forêt de Levier. A droite, sur le plateau, en direction de Pontarlier (Photos: EF, avril 2009).

Marc Verney, Sur ma route, juin 2009 (retour au sommaire général)

D'autres promenades dans le Jura:


RN5: la traversée du Jura
Dans tout le Jura... la vieille route impériale virevolte entre les monts... Entre Dole et Gex en passant par le col de la Faucille, c'est beau à chaque tournant!!! (lire).
RN78: échappée vers les petites montagnes
La route nationale 78 de 1959 relie Saint-Laurent-en-Grandvaux dans le Jura à la bonne ville de Nevers, dans la Nièvre. Voici son trajet jurassien (lire).
RN84: Lyon par Bellegarde...
Suivez la route nationale 84, la route Genève-Lyon par Bellegarde, Nantua, Pont-d'Ain... Du Jura majeur au tonitruant Rhône... faites le plein d'émotions sur bitume!! (lire).