Cette borne Michelin n'est pas située sur le trajet exact de la R.N.72 historique. Mais c'est l'une des rares encore présentes dans le département du Jura. On la trouve à 6-7 km au sud de Dournon-l'Entrepôt (photo: MV, avril 2009).
AVERTISSEMENT: les photos et dessins de ce site sont soumis au droit d'auteur. Pour toute autre utilisation, contacter l'auteur de Sur ma route. Merci de votre compréhension...
Plaque en émail de la RN72 à Villers-Farlay (photo: MV, juillet 2006).
Borne de la N72 à Mouchard. Elle a été enlevée depuis (photo: MV, juillet 2006).
Sources et documents: Atlas des grandes routes de France, Michelin (1959); carte Beaune-Evian n°70, Michelin (1946, 1948, 1982-83); carte Arbois-Salins-les-Bains n°3325 OT, IGN (2008); carte Pontarlier-Levier n°3425 OT, IGN (2008); Bourgs et villages du Jura, Eric Coulon, Cabédita (2005); «Cent vingt-cinq ans de communications», Claude Fohlen, dans Le département du Doubs depuis cent ans, extrait des Mémoires de la Société d'émulation du Doubs, imprimerie Jacques et Demontrond (1965); «Coup d'oeil sur le réseau des voies principales du Jura avant le Moyen Age et particulièrement sous la domination romaine», Maurice Piroutet, dans la Revue des Etudes anciennes (1919); Dictionnaire géographique, historique et statistique des communes de la Franche-Comté (T.I, IV, VI), A. Rousset (1854, 1857); Guide Bleu Franche-Comté-Monts Jura, Hachette (1961); Guide de Paris à la Suisse n°303, Michelin (1954-55); Guide du Routard Franche-Comté, Hachette (2017-18); Guide Vert Jura, Michelin (1964); L’aménagement urbain à Salins-les-Bains 1825-1914, Maxime Ferroli, en collaboration avec Elodie Deschamps, Association scientifique et historique du pays de Salins (2014); Les foires de Chalon et le commerce dans la vallée de la Saône à la fin du Moyen Age, Henri Dubois, publications de la Sorbonne (1976); Rapports et délibérations-Conseil général du Doubs, impr. de Sainte-Agathe aîné (1873); Salins-les-Bains, Daniel Greusard et Michel Vernus, Alan Sutton (2003); «Salins-les-Bains: anniversaire du grand incendie», Raphaël Letourneur, la Voix du Jura (29 juin 202); Sur les chemins du sel, André Hammerer, Cêtre (1984); lesamisdevaulgrenant.com; levier.fr; mont-sous-vaudrey.fr; racinescomtoises.net; tacots-doubs.net; Remerciements: Wikipédia; Wikisara; CartoMundi; l’IGN (Géoportail); Persée; les médiathèques de Chagny, Pontarlier et Salins-les-Bains.
Dans le village de Pagnoz, en direction de Mouchard (photo: MV, juillet 2006).
Encore une jolie plaque en émail non loin de la route nationale 72 historique, à Pagnoz (photo: MV, juillet 2007).
Page de l'encyclopédie des routes Wikisara consacrée à la nationale 72 (lire)
La page de présentation de l'historique et de l'itinéraire de la nationale 72 dans l'encyclopédie en ligne Wikipédia (lire)

Localités traversées par la R.N.72 (1959):
Mont-sous-Vaudrey (N5, N469)
Ounans
Chamblay
Villers-Farlay
Mouchard (N83)
Pagnoz
Salins-les-Bains
Bracon (N467)
Cernans
Dournon-l'Entrepôt
Villeneuve-d'Amont
Levier (N473)
Chaffois (N471)
Houtaud
Pontarlier (N67, N437)

Vers Pagnoz (photo: photo: MV, août 2015).
Dans la rue Gambetta, à Salins (photo: MV, août 2015).
A VOIR, A FAIRE
Mont-sous-Vaudrey: à quelques kilomètres, par la D91, la vaste forêt de Chaux, où l’on peut faire de belles promenades. On visite les Baraques du 14 de la Vieille-Loye, l’habitat des bûcherons et des charbonniers. Aux carrefours, hautes colonnes de pierre érigées en 1826, ancêtres de nos panneaux indicateurs.
Chamblay: intéressante promenade balisée sur les traces des radeliers, les ouvriers chargés de transporter le bois des forêts jurassiennes vers les grandes villes en utilisant le cours de la Loue. En marchant le long d'une ancienne boucle de la rivière (espace naturel protégé et sentier de promenade), on peut voir les vestiges du quai d'embarquement, le «port de l'amont» où étaient stockés les grands troncs qui prenaient notamment la direction de l'arsenal de Toulon.
Villers-Farlay: un imposant four de tuilier du Ier siècle peut être visité. Non loi, à Chissey-sur-Loue, l’église Saint-Christophe (XIIe et XIIIe siècles) est un beau témoignage du gothique primitif bourguignon.
Mouchard: dans les environs, la célèbre saline royale d’Arc-et-Senans, bâtie entre 1775 et 1779. Le touriste gastronome s’intéressera aux petits villages vignerons de Champagne-sur-Loue et de Port-Lesney.
Pagnoz: le château médiéval de Vaulgrenant, dont les premières traces datent du XIIe siècle. Au sud, le bourg d’Aiglepierre.
Salins-les-Bains: la visite de la Grande Saline est particulièrement intéressante. Mention spéciale aux  immenses chaudières, où l'on extrayait le sel de l'eau et aux souterrains où l'on peut encore voir de nos jours un très ancien système de pompage. Il existait un «saumoduc» entre Salins-les-Bains et Arc-et-Senans. Cette canalisation, réalisée en bois, a transporté sur à peu près une vingtaine de km les eaux saumâtres en direction de la saline créée par Ledoux. Il n'en reste hélas aucune trace de nos jours si ce n'est un itinéraire de promenade. Non loin, la masse imposante du mont Poupet (belvédère et promenades).
Dournon-l’Entrepôt: le magasin à sel est encore visible mais ne peut être visité. Par la route de Sainte-Anne on accède au «pont du Diable», jeté d’une seule arche au-dessus de la vallée sèche du Lison.
Villeneuve-d’Amont: on peut aller, par Crouzet-Migette, à la source du Lison, une belle résurgence autour de laquelle de nombreuses promenades sont vivement recommandées (voir le Creux-Billard, la grotte Sarrazine). Quatre kilomètres plus loin, sur la R.N.72 historique, nous croisons la «route des Sapins», itinéraire de 42 km à ne pas rater au cœur des forêts de la Joux et de Levier.
Levier: dans les halles de la mairie, le musée-relais du Cheval de trait comtois.
Pontarlier: la porte Saint-Pierre, puis une promenade le long de la rue de la République et de ses nombreux commerces. Vous y constaterez que les Suisses sont nombreux à venir faire leur shopping en France voisine... Le musée municipal d'Art et d'Histoire, l'église Saint-Bénigne, la distillerie Guy, où l'on évoquera la grande époque de l'absinthe, la «fée verte», au début du XXe siècle. Il y avait quand même plus de vingt distilleries dans la région en 1905!! Un peu plus loin, on peut aller au défilé d'Entreportes (5 km au nord-est), une belle cluse aux pentes couvertes d'épicéas. On peut également monter (prudence) au Grand-Taureau (1322 m), le point culminant de la chaîne du Larmont: très beau panorama jusqu'aux Alpes bernoises (par temps clair). Vers la Suisse, l’impressionnant fort de Joux et la station de sports d’hiver de Métabief.
A Geraise, à 3 km au nord de la R.N.72 historique (photo: photo: MV, octobre 2016).
Bitume abandonné vers Villeneuve-d'Amont (photo: photo: EF, avril 2009).
A Villeneuve-d'Amont (photo: photo: MV, août 2015).


Les belles routes de France...
R.N.72, DU SEL DANS LES SAPINS!
Voie romaine, chemin saunier, route impériale… Voilà bien une bien courte route nationale d’un peu plus de 70 kilomètres mais avec une histoire sensationnelle… Son bitume joliment tourmenté relie Mont-sous-Vaudrey et la vallée de la Loue à Pontarlier (département du Doubs), dans les monts du Jura. La R.N.72 de 1959 est un vrai dépliant touristique qui prend naissance dans le val d'Amour en passant par Mouchard, Salins-les-Bains, Levier... On va, au fil des kilomètres, évoquer l’exploitation de cet «or blanc» qu’est le sel dans la région et donc les salines d'Arc-et-Senans et de Salins, la forêt de la Joux et le sapin-président, voire , pourquoi pas, l'esprit de Jules Grévy, cet ancien président français, natif de Mont-sous-Vaudrey... Finalement, oui, on en voit du pays en 77 km!! En ce mois de décembre 2017, nous enrichissons avec de nouvelles photos et de passionnantes infos notre précédent voyage, réalisé en avril 2009. Comme le temps passe!

Jolie lumière d'une soirée de printemps sur le bitume de la R.N.72 historique à Villeneuve-d'Amont (photo: Marc Verney, avril 2009). En cliquant sur l'image, vous avancez vers Pontarlier et retrouvez la N67 historique.

La route nationale 72, alors chaussée royale, et tout comme ses homologues régionales, a été aménagée «au XVIIIe siècle, au temps des grands intendants, entre autres de Vannoles et de Lacoré», écrit Claude Fohlen dans son article «Cent vingt-cinq ans de communications» publié dans l’ouvrage Le département du Doubs depuis cent ans. Mais cette voie royale recouvre ou recoupe bien d’autres chemins plus anciens, comme ceux servant au commerce du sel ou au transport du bois… En 1959, on ne rejoint pas la R.N.72 historique de la même manière qu'aujourd'hui: à l’époque en effet, la R.N.5 entre dans Mont-sous-Vaudrey (route de Dole). Et c'est à l'intérieur du bourg qui a vu naître en 1807 le futur président Jules Grévy que l'on laisse notre chère «route blanche» (D905) filer sur la droite vers Poligny et le col de la Faucille. La R.N.72 porte désormais le numéro départemental 472. D’après le Dictionnaire géographique, historique et statistique des communes de la Franche-Comté, «le premier document qui mentionne Mont est l'acte par lequel l'archevêque Guillaume Ier d'Arguel donna l'église de ce village, en 1111, à l'église cathédrale de Saint-Etienne de Besançon». Mais, pour Alphonse Rousset, les preuves d’activité humaine autour de Mont sont plus encore anciennes, «une voie romaine, connue sous le nom de "levée de Jules-César", sépare au sud son territoire de celui de Villers-les-Bois. Elle partait de Grozon et se continuait par Aumont et Villers-Robert à Rahon et Tavaux». D’autre part, continue Rousset, «au nord de Mont est une contrée dite à la Boutique, où existait un ancien bureau de péage»... Jusqu’à la fin du XIIIe, écrit René Caron pour le site mont-sous-vaudrey.fr, le bourg était un fief mouvant des seigneurs de Vaudrey. C’est à cette époque qu’il devient une seigneurie indépendante. Un château-fort, bâti au XIVe non loin de la Cuisance, est détruit en 1480. Au Moyen Age, le village acquiert une certaine importance, notamment grâce aux chemins sauniers allant vers Dole: «Au XVe et XVIe siècles, lit-on encore dans le Dictionnaire géographique, historique et statistique des communes de la Franche-Comté, le bourg était habité alors par des nobles, des bourgeois, des officiers de justice et des marchands. Il y avait des halles pour la tenue des foires et des marchés, près de la route de Poligny. (...) L'industrie était représentée par une verrerie, une tuilerie, un moulin et plusieurs poteries de terre». La seigneurie de Mont devient la commune de Mont-sous-Vaudrey au cours de la Révolution française. Plus tard, en 1830, le village est touché par un incendie qui détruit notamment l'église et la mairie (Wikipédia). L'architecte dolois Claude Besand se charge de la reconstruction dans les années qui suivent. Les archives du Jura préservent également des plans très détaillés de Mont-sous-Vaudrey en 1854 montrant une modification du cours de la petite rivière Hameçon qui slalome entre les maisons. De même, l’application «Remonter le temps» du Géoportail de l’IGN montre une «rue vieille de Salins» qui pourrait avoir été l’ancien tracé vers l’est. Aujourd’hui, on sort du bourg par la rue du Général-Grévy et la route de Salins. A cette sortie, la R.N.72 historique laisse également à sa droite la route d'Arbois (N469-D469).

Avant Mont-sous-Vaudrey, le carrefour des R.N.5 (D905) et R.N.72 (D472) historiques, qui datait des années soixante, a été transformé en un vaste rond-point. A gauche, vers Lausanne, à droite, vers Genève (photo: MV, août 2005).

R.N.5: LA TRAVERSEE DU JURA
Dans tout le Jura... la vieille route impériale virevolte entre les monts... Entre Dole et Gex en passant par le col de la Faucille, c'est beau à chaque tournant!!! (lire).

R.N.469, ARBOIS, VINS ET GROTTES!
Un petit détour par Arbois et ses grands crus ne peut pas faire de mal... En plus, voilà la belle reculée des Planches!! A savourer à vitesse lente... (lire)

A la sortie d'Ounans, on voit déjà le Revermont, juste en face de nous (photo: MV, juillet 2015).

On passe la charmante rivière Cuisance (qui naît au fond de la spectaculaire reculée des Planches) sans quasiment s’en rendre compte. A quelques kilomètres à gauche de notre bitume, la vaste forêt de Chaux, l'une des plus vastes de France (22 000 ha) et la rivière Loue, qui fut, aux heures sombres de l'Occupation, sur une partie de son cours, la ligne de démarcation entre France occupée et France dite «libre». Après cinq kilomètres en plaine, voilà le village d'Ounans, qui tire son nom de l'aulne, l'essence forestière qui ombrageait jadis ses habitations. Le Dictionnaire géographique, historique et statistique des communes de la Franche-Comté (1857) d'Alphonse Rousset explique qu'on «fouillerait en vain le sol sur lequel il repose pour trouver des ruines, car son emplacement primitif  est recouvert tout entier par les eaux de la Loue». En effet, indique encore cet ouvrage, la rivière, «impétueuse a dévoré tant de villages que les hommes ont dû fuir ses rives inhospitalières. Ounans s'est reporté vers le sud à une époque assez récente». Et, «pour reconnaître l'ancien lit de la rivière, il faut suivre la direction des champs appelés la Vieille-Loue». «La voie romaine de Dole à Salins, avance Alphonse Rousset, c'est-à-dire celle de Dijon à Pontarlier et aux Alpes-Pennines, traversait le territoire d'Ounans et sert aujourd'hui de chemin vicinal». Chamblay, un peu plus loin, traversée par la Grand-Rue, propose une intéressante promenade balisée sur les traces des radeliers, des ouvriers chargés de transporter le bois des forêts jurassiennes vers les grandes villes en utilisant le cours de la Loue. En marchant le long d'une ancienne boucle de la rivière (espace naturel protégé et sentier de promenade), on peut voir les vestiges du quai d'embarquement, le «port de l'amont» où étaient stockés les grands troncs qui prenaient notamment la direction de l'arsenal de Toulon via la Saône et le Rhône. C'est Colbert, après l'annexion de la Franche-Comté par Louis XIV en 1678 qui a pris la décision d'exploiter ainsi le bois de la région afin de développer la marine royale française. Les derniers flottages de bois ont eu lieu jusqu’au début du XXe siècle. Ce port aura employé jusqu’à 200 bras (Rousset). Les maisons du village, «échelonnées sur les bords de la route de Dole à Salins, sont construites en pierre et couvertes les deux tiers en tuiles et les autres en chaume. Un grand nombre sont composées de plusieurs étages», écrit Alphonse Rousset dans le Dictionnaire géographique, historique et statistique des communes de la Franche-Comté (1857). De nombreuses légendes locales évoquées par Rousset insistent su le fait que le val d’Amour, où coule la Loue, fut jadis un vaste lac entre Parcey et Chamblay. Le lit de la rivière évolue en tous cas ici sans cesse: sur la carte IGN de 1950, on remarque que la «morte» des Fontaines du XXIe siècle est une boucle bien vivante de la Loue qui vient au contact de la chaussée de la R.N.72… A l'origine, signale encore Alphonse Rousset, les maisons de Chamblay «s'alignaient sur les bords d'une voie romaine, dont on reconnaît encore la trace et qui s'appelle la Levée». Celle-ci semblait encore en fonction au IXe siècle puisque le Dictionnaire géographique, historique et statistique des communes de la Franche-Comté explique que «c'est par cette route que communiquait, depuis Dijon, l'abbaye de Saint-Bénigne avec celle d'Agaune (Valais), à laquelle le roi Gontran l'avait unie à la fin du VIe siècle. (...) De Belmont, elle arrivait à Chamblay et à Certemery (vers Mouchard, NDLR)». Ici, notre R.N.72 de 1959 est, elle, l’héritière directe des chaussées du XVIIIe et du XIXe rapportées sur les cartes publiées par le Géoportail de l’IGN.

Après Villers-Farlay, en direction de Mouchard, la route D472 traverse la petite rivière Larine. A gauche, l'ancien pont, à droite, le nouveau tracé (photo: MV, août 2015).

Un des bourgs majeurs du val d'Amour est Villers-Farlay. Le village, nous signale Alphonse Rousset en 1854, «est situé à la base d’un coteau qui s’élève sur la rive gauche de la Loue. Les maisons sont généralement isolées, construites en pierre». Ici, indique le site racinescomtoises.net, «sur une motte féodale circulaire entourée d'une double ceinture de fossés se dressait autrefois un château fort qui semble avoir été détruit au XVe siècle par les troupes de Louis XI». Dans le Dictionnaire géographique, historique et statistique des communes de la Franche-Comté, on lit que «le chemin qui traversait Villers-Farlay est qualifié, en 1606, de chemin du roi, de Dole à Salins». L'un des habitants les plus illustres de ce lieu, aujourd’hui assoupi au milieu des champs, fut Jean-Baptiste Jupille, un jeune berger, guéri de la rage par Pasteur. On peut y visiter également un four de tuilier gallo-romain du IIIe siècle. De taille imposante, on y cuisait simultanément plusieurs centaines de tuiles. Mais la star de la région, monument inscrit au patrimoine mondial de l'humanité, c'est la saline d'Arc-et-Senans, située à 6 km au nord de Villers-Farlay (par la D32 vers Cramans). Jusqu'au XIXe siècle, le sel est une denrée absolument indispensable dans la vie quotidienne des humains (conservation et goût des aliments). Or, du sel, il y en a des masses considérables sous les monts du Jura, entre Besançon et Lons-le-Saunier, dans les couches datant de l'ère secondaire. N'oublions pas qu'en des temps vraiment très reculés, le Jura n'était qu'une vaste mer...

En route vers la saline dArc-et-Senans, par la D121 (photo: MV, novembre 2009).
Vue de la saline d'Arc-et-Senans, bâtie de 1775 à 1779 (photo: MV, juillet 2017).

Longtemps monopole d'Etat, le commerce du sel a généré dans la région une richesse considérable. Des routes du sel balisées et surveillées relient la France et la Suisse, le nord et le sud de la Franche-Comté. S'il n'y a pas de sel à Arc-et-Senans, il y a le bois de la forêt de la Chaux, toute proche, qui, en brûlant, aide à la récupération du sel par évaporation. Ce sont les eaux saumâtres de Salins qui sont amenées grâce à un «saumoduc» de 21,25 kilomètres sur le site d'Arc-et-Senans. Un arrêt du Conseil du roi en 1773 décide de l'édification en ces lieux d'une saline industrielle capable de produire 60 000 quintaux à l'année. Le bâtiment est construit entre 1774 et 1779 par l'architecte visionnaire Claude-Nicolas Ledoux en suivant un remarquable plan semi-circulaire. Le retour sur la R.N.72 historique se fait par la charmante départementale 121 où il n'est pas rare de croiser un chevreuil à la nuit tombée. L'automobiliste amateur de zigzags n'hésitera pas à visiter le joli village vigneron de Buffard et la patrie d'Edgar Faure, Port-Lesney, non loin du tracé de la N83 (Strasbourg-Lyon), que la nationale 72 historique croise à Mouchard. Cette petite cité, raconte le site racinescomtoises.net, ne fut «pendant longtemps qu'un simple rendez-vous de chasse pour les souverains de Bourgogne. Les chaumières qui se bâtirent alentours donnèrent naissance à un village que Rodolphe, roi de Bourgogne, céda, en 1040, avec Pretin pour la subsistance des religieux qui habitaient l'abbaye de Château-sur-Salins». On y entre par la rue de la République. L’arrivée du chemin de fer, en 1856, allait complètement transformer l’activité de Mouchard, dont la gare (formant un étrange Y) se trouve encore aujourd’hui sur le tracé des lignes Strasbourg-Lyon et Dijon-Lausanne (le tronçon Mouchard-Salins a été totalement fermé en 1975). Notre route, fait, par la suite, «cause commune» en 1959 avec la route n°83 (détournée de Mouchard par le bois de la Pérouse dans les années 70) jusqu’au quartier de Bel-Air. Là, se trouve le carrefour d’où s’embranche la voie partant vers Pagnoz (D472). On y trouve –non loin- le château médiéval de Vaulgrenant, bien campé sur une arête rocheuse formant l'un des contreforts du premier plateau du Jura. «Sa situation particulière, nous précise le site internet lesamisdevaulgrenant.com, permettait de surveiller la route "du bois et du sel" venant de Salins-les-Bains». Après avoir repéré la courte rectification autour de Pagnoz, on note également sur le site de l’IGN (application «Remonter le temps») que l’ancienne chaussée (XVIIIe et XIXe siècles) prend la direction du «pont de Breux», franchit la Vache, suit l’allée du Petit-Puit et la D105 avant de retrouver la route actuelle juste avant le faubourg Saint-Pierre de Salins. Un cheminement qui semble fort ancien: «Au pont de Breux, écrit Maurice Piroutet dans un article sur les voies antiques du Jura, où la voie romaine ainsi que la vieille route de Salins à Mouchard traversent la Vache, il y avait au Moyen Age un de ces hôpitaux comme il en existait alors le long de certaines routes».

STRASBOURG, LYON, PAR LA R.N.83
La N72 croise la N83 à Mouchard. Voilà une route qui sillonne l'Est de la France à flanc de collines: Jura, Doubs, Vosges... Une route de vacances? (voir)

Peu avant Salins, en direction de Pontarlier (photo: MV, août 2015).

Entourée de forts perchés sur les monts alentours, la cité de Salins, «bâtie toute en longueur, dans l’étroite et pittoresque vallée de la Furieuse» mérite le détour, raconte le Guide Vert Michelin du Jura de 1964. Son histoire est complexe, longue et riche, irriguée par «l’or blanc» tapis dans ses sous-sols. Si beaucoup pensent que le sel a été ici récolté depuis belle lurette, il reste néanmoins peu de traces de l'époque gallo-romaine. Et c'est une charte de 523, lit-on dans le Guide Bleu Franche-Comté-Monts Jura de 1961, qui est le premier document mentionnant les lieux. Celui-ci en donne la possession à l'abbaye d'Agaune, dont il a déjà été question... Plus tard la seigneurie de Bracon et Salins est inféodée au comte de Mâcon, Albéric. À sa mort, en 943, son héritage est divisé entre ses deux fils. Cette année marque le début de la longue séparation de la ville de Salins en deux parties: le Bourg-Dessus ou Bourg-le-Sire situé au sud, et le Bourg-Dessous ou Bourg-le-Comte au nord. Chaque bourg possède une saline: la Grande saline pour le premier, et la Petite saline pour le deuxième. Malgré quelques périodes temporaires de rassemblement des deux parties de la ville, il faudra attendre plusieurs siècles pour voir leur réunion définitive. Jean Ier de Chalon, dit Jean l’Antique, prend possession de la seigneurie de Salins en 1237. Sa politique est fort habile: Wikipédia écrit que pour protéger cette cité et les routes du sel, «il hérisse la région de châteaux-forts». Par ailleurs, «pour éviter les péages du comte de Pontarlier, il achète aux moines de Saint-Claude les forêts de la région de Pontarlier et de Jougne qu'il fait défricher, et dans lesquelles il trace de nouvelles routes et où il fonde les localités de Châtelblanc, de Chaux-Neuve et de Rochejean». Puis c’est au tour des ducs de Bourgogne de bénéficier de la richesse liée au sel. Jean sans Peur va reconstruire totalement les fortifications de la cité, incluant 25 tours… A la mort de Charles le Téméraire en 1477, Louis XI essaye de faire basculer la Comté vers la France… mais Salins restera dans le giron de l’Empire jusqu’en 1674, date de l’invasion de la Franche-Comté par Louis XIV.

Sur la table d'orientation du mont Poupet. La montée par Thésy correspondait à un ancien itinéraire saunier vers Jougne ignorant Pontarlier par Montmarlon, Censeau, où l'on trouvait un lieu-dit également appelé le Magasin (photo: MV, mai 2013).

A Salins, les rois de France tirent partie d’une autre richesse du Jura: le bois. «Il rentre en ville, chaque année, lit-on dans le Guide de Paris à la Suisse n°303 (Michelin), jusqu’à 60 000 charrettes chargées. La Furieuse anime douze grandes scieries et c’est à Salins que s’achètent les plus beaux mâts de vaisseau du royaume». En juillet 1825, catastrophe, un incendie ravage une grande partie de la ville. Balayée par une «bise impétueuse», écrit Raphaël Letourneur dans la Voix du Jura en 2002, le ciel bleu au-dessus de Salins «laisse place à une voûte de feu, dont les volutes noirâtres cachent les deux sentinelles de granit que sont Belin et Saint-André. Recouvertes de tavaillons, les habitations offrent alors un combustible de choix à l’élément dévastateur, qui bientôt s’étend dans toute la partie longitudinale de la ville»… Après deux jours de lutte difficile (on viendra même à manquer d'eau!), le bilan est dramatique: 309 maisons sont détruites et 2580 personnes se trouvent sans abri. Des plans de réaménagement sont lancés dès l’année suivante. Au XIXe siècle, l'activité industrielle se développe grâce au développement des faïenceries et de l’extraction du gypse. La ville s'engage parallèlement dans la création d’un établissement thermal en 1854, précédant de peu l'arrivée du chemin de fer en 1857. Salins restera cependant une gare cul-de-sac car la ligne grimpant sur le plateau sera réalisée à partir de Mouchard.

Le tracé de la courte R.N.72 en 1933 (source: Carte des voies à grande circulation, éditée par le Laboratoire de médecine expérimentale).

Dans les temps anciens, on pénétrait dans la ville en venant de Mouchard par la porte de Malpertuis, autrement dit «la mal percée» car son accès de biais était extrêmement malcommode pour les lourds charrois traversant Salins… Plus tard, la route n°72 «escaladera» la raide rampe Barbarine pour poursuivre en direction du Haut-Jura par la rue de la Liberté. Le trafic intense du XIXe siècle (des dizaines d’attelages lourdement chargés de bois traversent la cité jour et nuit, certains avec des pièces de 35 m de long) impose de réfléchir à une amélioration de la situation. En 1877, découvre-t-on dans l’ouvrage L’aménagement urbain à Salins-les-Bains 1825-1914, la réflexion est de, soit «rectifier la rampe de la Barbarine (alors de 7%) et élargir la partie de la traverse comprise entre cette entrée et la place d'Armes et suivant le plan d'alignement de 1826», soit prévoir «l'ouverture d'une nouvelle voie de communication. (...) Cette deuxième idée paraît être la meilleure aux yeux de la municipalité. La pente serait ramenée à 2%, offrant un vrai boulevard et reliant les deux extrémités de la ville». C’est finalement la seconde option qui est choisie et les travaux d’ouverture de la future rue Gambetta débutent en avril 1886. Le visage de Salins en sera à jamais bouleversé… A l’autre bout de la ville, c’est la porte Oudin qui s’ouvrait côté Bracon et faubourg Champtave. De là, partent depuis toujours les chaussées montant à l’assaut du premier plateau jurassien. L’histoire de ces routes est relativement complexe et ce site n’a pas la prétention d’entrer dans des détails trop pointus encore souvent sujets à polémique… Il faut simplement savoir, comme l’écrivent Daniel Greusard et Michel Vernus dans l’ouvrage Salins-les-Bains, qu’il y a ici «une voie de passage, qui, de la plaine offre un accès aisé à la montagne (…). Cette voie se faufile dans une étroite et longue anfractuosité du rebord du massif jurassien et elle s’est imposée autrefois comme l’une des grandes routes européennes reliant notamment le centre du bassin parisien à la Suisse, par Dijon et Pontarlier. Cette route stratégique a été empruntée par les moines dès le VIe siècle». Le commerce du sel vers le Haut-Doubs et les territoires helvétiques ne peut que suivre ces itinéraires antiques: André Hammerer, dans le livre Sur les chemins du sel, précise que «c’est par la porte Oudin que passe le sel des région de Levier, Pontarlier, Jougne. Les convois destinés à Boujailles et aux villages environnants ne quittaient le chemin de Levier que vers Dournon pour suivre le chemin de Chalamont. Celui-ci avait été vers la fin du XIIIe et peut-être pendant le XIVe siècle l’itinéraire normal pour Pontarlier mais peu à peu il avait perdu de son importance au profit de celui qui passait par Levier». Soit notre R.N.72. Les écrits d’un autre historien montrent l’attention extrême portée à la qualité des voies par les responsables des salines: ainsi Henri Dubois, dans Les foires de Chalon et le commerce dans la vallée de la Saône à la fin du Moyen Age, raconte-t-il qu’un «souci constant des dirigeants de la saunerie, déjà sensible en 1342, est de maintenir en bon état les voies d’accès à Salins. On voit ainsi entretenir le pavé de la côte de Cernans, (…) et sur cette même route de Jougne, réparer le pont de Pontamongeard (Pont-à-Moujard) et refaire la chaussée près de Montenot».

Sortie de Salins vers Blégny (photo: MV, août 2015).

Mais comment, concrètement, ces routes s’inscrivaient-elles dans le paysage? L’application «Remonter le temps» de l’IGN nous montre, sur la carte d’état-major du XIXe siècle, trois chemins montant sur le premier plateau à partir de la patte d’oie du faubourg Champtave. Nous nous intéresserons particulièrement à la chaussée ancienne menant à Cernans, car c’est elle l’ancêtre de la route n°72. Prenant la direction de Blégny, le chemin (D345) s’enfonce dans la reculée pour passer au large du lieu-dit Châtillon et grimper en courbe vers le «creux Lague». Ce tracé rejoint la route contemporaine aux alentours de la ferme du Mont. Les archives du Jura nous donnent d’intéressantes informations sur les travaux routiers menés dans cette côte: les ingénieurs rejettent l’ancienne voie et décident de réaliser un nouveau tracé (à péage) autorisé par une ordonnance royale de septembre 1837. Ainsi, la nouvelle route, «dans les parties en déblai, aura 10 m de largeur entre les fossés et recevra une chaussée en empierrement sur toute cette étendue avec bombement». Il y aura un pont sur la Furieuse à l’entrée de Salins et un autre sur le ruisseau du «trou à Lague». Patratra… un éboulement, en 1840, vers ce fameux «trou à Lague» va mettre à mal le projet et repousser sa mise en service. Après des tracas juridiques signalés dans les documents préservés aux archives jurassiennes à Montmorot, près de Lons-le-Saunier, le concessionnaire sera indemnisé et un nouveau tracé, plus court de 73 m, sera réalisé. Les ultimes travaux ne seront achevés, dans cette côte, qu’en 1862.

A Dournon l'Entrepôt. (Photos: Marc Verney, avril 2009).

Virage après virage… changement de paysage, nous voici entourés de champs constellés de mignonnes et bicolores vaches montbéliardes, de robustes fermes à grandes toitures et de bois de sapins intimidants... Cernans est le premier village rencontré. La route y a été élargie après des plans établis en 1878. Le village compte deux monuments historiques construits par l'architecte Narcisse Perrard, indique Wikipédia: la fontaine-lavoir (1840) et la mairie-école (1848). Une rectification de la route, entre Cernans et Dournon est planifiée en 1846. A 3 km Dournon-l’Entrepôt est une des étapes majeures des chemins du sel. Ici, l’entrepôt à sel, situé aux abords même de la chaussée était, précise André Hammerer, «un relais commode qui évitait aux charretiers venant de Suisse ou de Pontarlier la descente vers Salins et surtout d’en remonter».  La position de Dournon est d’autant plus intéressante que c’est depuis ce village que partent, vers l’est, les deux voies saunières en direction de Pontarlier et Jougne qui se sont succédées au fil du temps. Celle par Levier, qui représente plus ou moins la R.N.72 et celle par Chalamont, dont on peut remarquer les passages creusés dans la roche au cœur des forêts de la Joux et de Levier. Ainsi, ajoute l’ouvrage Sur les chemins du sel, «un texte de 1666 indique un entrepôt à sel à Arc-sur-Montenot», village situé sur l’itinéraire par Chalamont. Après Dournon-l’Entrepôt, la route ancienne (XVIIIe, XIXe) qui passait directement sous les fenêtres du magasin à sel (le bâtiment est toujours debout même si son usage est aujourd’hui différent), est rectifiée dans le bois de Chalème. Sur la carte d’état-major du XIXe siècle publiée par le Géoportail de l’IGN, le tracé passe plus au nord que celui de la R.N.72 historique actuelle. On débouche, sur ces entrefaites, dans le département du Doubs, où la route ancienne trace tout droit au milieu des champs au niveau du lieu-dit les Grangettes. Là, des modifications de la voie (D72 aujourd’hui) sont étudiées par le Conseil général du Doubs en 1871 et en 1872 (le parti-pris est celui d’une large courbe vers Les Joncs encore en usage dans les années cinquante). D’autres rectifications sont projetées plus loin vers Villeneuve, le Pré-au-Maire, les Eclosets et Beauregard.

On entre dans le département du Doubs. La limite avec le Jura se situe entre Dournon-l'Entrepôt et Villeneuve-d'Amont (photo: MV, avril 2009).

VISITER LA ROUTE DES SAPINS...
Le site Sur ma route va se mettre au vert dans l’une des plus jolies forêts du Jura, non loin de Champagnole, juste à côté de la route blanche Paris-Genève... (lire)

Avant Levier, en direction de Pontarlier (Photos: MV, avril 2009).

Après Villeneuve-d'Amont, la route entre dans la forêt du Jura. Celle-ci s'organise sur les flancs de ce qui est sans doute la plus belle sapinière de France: les vastes et sauvages forêts de la Joux et de Levier. Cet ensemble superbe est parcouru par un itinéraire touristique intense et immanquable: la route des Sapins. Le croisement avec la R.N.72 historique se fait avant Levier, en plein bois, au coeur d'une masse de sapins noirs et chevelus. Là encore, à la nuit tombante ou en pleine nuit, entre les arbres de plus de 40 m de hauteur, il est quasiment impossible de ne pas y croiser un chevreuil en promenade... alors prudence! A Levier, il reste encore 22 kilomètres à parcourir avant d'arriver à Pontarlier. Ici, l’IGN et son Géoportail nous montrent que les routes du XVIIIe, du XIXe et du XXe gardent quasiment les mêmes tracés. La nationale 72 historique traverse un vaste plateau agricole à près de 800 m d'altitude. Moins spectaculaires, les reliefs laissent deviner, au loin, la barrière du Haut-Doubs. On entre dans le bourg de Levier par la rue de Salins. La plus ancienne date attestant l’existence du village est inscrite dans le cartulaire des Chalons. C'est l'année 1261. «L’habitat, apprend-on sur le site levier.fr, est regroupé autour d’une fontaine attestée en 1277, de deux fours banals et d’une chapelle sans vicaire à demeure. Il existe certainement une maison forte». En 1446, lit-on encore sur le site municipal dans un texte écrit par Jean-Pierre Gurtner, «les bosses (pains, NDLR) de sel en direction de Pontarlier et de la Suisse passent par Levier et les bois conduits par des cultivateurs-voituriers à la saulnerie de Salins croisent balles de toile, draps, fer, laine, poivre qui circulent entre l’Italie et les foires de Champagne. Nos voituriers de Levier véhiculent certainement la poix exploitée dans la Haute Joux, monopole des seigneurs de Chalon». Après le règne des quatre ducs d’occident, la Comté, un temps française, passe vite aux mains de Maximilien d’Autriche et devient terre d'Empire. A la suite d'une relative période de paix et de prospérité au XVIe siècle, la première tentative de conquête de la Franche Comté par la France en 1636 et qui s’inscrit dans l’épisode de la Guerre de Trente ans va apporter son lot de misères et de ravages. «En 1636, lit-on sur levier.fr, Condé assiège Dole tandis que les bandes de Suédois conduites par Saxe-Weimar pillent, volent, tuent et détruisent de beaux villages de la montagne du Jura, comme Levier»... En 1719, le curé du bourg en est encore à déplorer les innombrables dégâts! Au cours du XVIIIe siècle, l’activité économique redémarre (levier.fr): «Les cultivateurs-voituriers de Levier acheminent de grands bois vers les ports de Chamblay, Saint-Jean-de-Losne où ils naviguent sur la Saône d’abord puis sur le Rhône ensuite pour servir aux grandes constructions et bateaux dans les ports du midi de la France». A la sortie de Levier, sur la chaussée de Pontarlier, notre R.N.72 historique frôle –sur sa droite- le ballast de l’ancienne ligne du «tacot» à voie métrique entre Salins, Andelot, Levier et Pontarlier, bien visible sur la carte Michelin n°70 de 1948. En déficit permanent, nous dit le site tacots-doubs.net, cette ligne, qui a notamment servi au transport du bois coupé par les Canadiens durant le conflit 14-18 et encore bien visible dans le paysage, a cessé toute activité en 1953.

A gauche, la RN72 historique traverse la magnifique forêt de Levier. A droite, sur le plateau, en direction de Pontarlier (Photos: EF, avril 2009).

A Chaffois (Photos: MV, août 2015).

R.N.471: UNE ROUTE JURASSIENNE
La RN471 de 1959 relie Tournus à Pontarlier en passant par Lons-le-Saunier, Champagnole et Frasne. Un joli tour de Jura où l'on frôle des reculées et des lacs... (lire)

Vers la combe de Lachaux, peu avant le Souillot, où les lieux-dits Magasin-Neuf et Magasin-Vieux montrent qu’il y avait ici aussi dans le passé plusieurs entrepôts à sel, la chaussée des années cinquante (visible sur la carte de 1957 au 1/100 000 publiée par CartoMundi) fait un virage prononcé vers le nord avant de revenir au cap sud-est vers Pontarlier. Aujourd’hui, c’est une ligne droite qui prévaut sur ce site… Voilà Chaffois, où la route laisse filer, sur sa droite, la R.N.471 historique (D471) vers Champagnole. Le bourg est désormais contourné depuis les années 90 et l’intersection avec la route de Frasne se fait à un rond-point situé au sud des maisons. On redescend en pente douce vers Houtaud où se trouve le pont sur le Drugeon. Celui-ci, indique André Hammerer dans l’ouvrage Sur les chemins du sel, était «en ruines au XVe siècle», il a subi plusieurs réfections en 1707, 1715, 1730 et 1745… Et il y en a eu certainement d’autres! Houtaud est le dernier village de la R.N.72 avant Pontarlier. Il y règne aujourd’hui une ambiance «de banlieue» tant la circulation des travailleurs frontaliers y est –aux heures de sortie de bureau- intense…On jettera en passant un oeil à la petite église Saint-Antoine (1703), construite tout au bord du chemin, en cercle, avec son petit clocheton.

De l'autre côté de la plaine, où coule le Doubs, voilà la petite cité de Pontarlier, qui a la particularité d'être la deuxième ville la plus haute de France (837 m), derrière Briançon. Après l'habituelle et ennuyante traversée des quartiers commerciaux, on entre dans la ville-centre par la rue de Salins pour aboutir à la porte Saint-Pierre qui défend la commerçante rue de la République (surprenante mention «Soumission aux lois» côté ville...). Un mot d'histoire... «Une station de l'itinéraire d'Antonin, Ariolica, située entre Urba (Orbe) et Vesontio (Besançon), semble correspondre à Pontarlier», nous indique l'encyclopédie Wikipédia. C'est que l'histoire de la ville est liée aux voies de communication: la cluse de Joux, située à proximité, est connue depuis l'Antiquité comme le lieu de passage principal pour traverser le massif montagneux du Jura. «Territoire des Séquanes, envahi par les Burgondes à la fin du Ve siècle après la chute de l'Empire romain, écrit encore Wikipédia, Pontarlier et tout son vaste territoire auront la particularité d'être quasiment libre et indépendant jusqu'en 1678, prenant le nom de "baroichage" de Pontarlier». Reconstruite en totalité après un vaste incendie en 1736, la cité n'a pas gardé de nombreuses traces de son passé, pourtant millénaire. La ville fut, au début du XXe siècle, la capitale française de l'absinthe, un alcool fort surnommé «la fée verte». C'est en 1805 qu'un Suisse, Henri-Louis Pernod introduit le breuvage dans la région. Très vite, au cours du XIXe siècle, on passe de 5 à 25 distilleries. Un gros tiers de la population du bourg vit de l'absinthe, popularisée par les artistes, Toulouse-Lautrec, Rimbaud, Verlaine... Sous la pression des ligues de vertu («l'absinthe rend fou et criminel»), la boisson est interdite en 1915. Libérée de ses ingrédients les plus dangereux, l'absinthe a été notamment réintroduite par la distillerie Guy en décembre 2001 (à consommer de manière modérée cependant). On peut continuer la promenade vers la Suisse en suivant l’ancienne route nationale 67 historique (R.N.57), vers Morteau ou Mouthe (ancienne R.N.437)…

RN67: L'ABSINTHE NOUS FAIT CHOCOLAT!
C'est une route qui a le goût de l'histoire... et des bonnes choses!! Entre les foires de Champagne et les monts jurassiens, quelques centaines de kilomètres charmants et à avaler avec joie et passion... (lire)

RN437: LA-HAUT SUR LA MONTAGNE
La R.N.437 historique relie Belfort à Saint–Claude en traversant le Haut-Doubs et le Haut-Jura... Les beaux paysages y sont légion (lire)

Marc Verney, Sur ma route, novembre 2017

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