Epicéas du Roi-de-Rome. Ici, la hauteur des arbres peut atteindre jusqu'à 50 m! Photo: MV/juillet 2009.
Maison forestière du Chevreuil. Photo: MV/juillet 2010.
Sources et documents: Atlas routier France (Michelin 2011); Guide Vert Jura (Michelin, 1964); La France des forêts (guides Gallimard); Les routes du Jura (coll. Les routes de France, Hachette, 1930); Promenons-nous sur la route des Sapins (Office national des forêts, 1999); Routes et parcours en Franche-Comté (Erick Haas, 1990), Wikipédia.
Nous voici à côté du sapin-président de la forêt de la Joux. Photo: MV/juillet 2010.
Comment distinguer le sapin de l’épicéa? Déjà, la silhouette de l’arbre vous donne des indices: l’épicéa a une forme générale triangulaire et une cime pointue alors que le sapin aura une forme plus irrégulière et une cime plus aplatie que l’épicéa. D’autre part, les cônes sont dressés sur le sapin et pendants sur l’épicéa. Indice majeur: les cônes de l’épicéa tombent à terre alors que ceux du sapin se désagrègent sur l’arbre… Donc, toutes les zones où l’on trouvera des cônes à terre seront peuplées d’épicéas!
Panneau touristique annonçant les épicéas du Roi-de-Rome. Ceux-ci ont bien gagné 5 m depuis la pose de cette signalisation en 1970! Photo: MV/juillet 2009.
La sylviculture, un art français. La France, qui bénéficie d’une importante couverture boisée a toujours joué un rôle central dans l’émergence des sciences forestières. Au XVIIIe siècle, les travaux de l’inspecteur général de la marine Henri-Louis Duhamel du Monceau font référence dans toute l’Europe (Allemagne, notamment). En 1824, naît l’Ecole royale forestière de Nancy suivie trois ans plus tard par la promulgation du Code forestier. Les maisons forestières sont issues de cette réglementation. Habitées par des gardes, elles préfigurent la gestion actuelle de la forêt, moins axée sur les abattages massifs.

A nos amis lecteurs: les photos et dessins de ce site sont soumis au droit d'auteur. Pour toute autre utilisation, contacter l'auteur de Sur ma route par le biais de cette adresse: marc.verney@laposte.net. Merci de votre compréhension...

Les belles routes du Jura
EN VERT ET CONTRE TOUT SUR LA ROUTE DES SAPINS
Pour une première, c’est une première ! Le site Sur ma route ne va pas se promener le long d’une ancienne nationale comme il en a l’habitude, mais il va se mettre au vert dans l’une des plus jolies forêts du Jura, non loin de Champagnole, juste à côté de la route blanche Paris-Genève. Longue de 42 kilomètres, la route des Sapins, entre Equevillon (Jura) et Levier (Doubs), traverse tout simplement l’une des plus belles sapinières d’Europe. Deux raisons à notre sympathique visite… L’une est que les beaux jours arrivent (voilà une sensationnelle idée de balade remarquablement balisée !) et l’autre est que ces forêt regorgent d’anciennes signalisations que l’on ne voit nulle part ailleurs… Enfin, la forêt de la Joux recèle une merveille : un passage pavé antique qui servait jadis au commerce du sel!

Panneau indicateur de la route des Sapins situé sur la départementale 21 en amont de Saint-Germain-en-Montagne (photo: Marc Verney/juillet 2009). En cliquant sur l'image, vous revenez sur la page principale du site!

Nous allons commencer notre promenade par Champagnole, petite ville placée sur le parcours de la route nationale 5 Paris-Genève, épine dorsale de ce site. Mais on peut aussi suivre la route depuis Levier ou l’emprunter en partie depuis Chapois). Pour atteindre l’une des portes de la route des Sapins depuis Champagnole, il faut suivre la direction de Pontarlier sur la départementale 471 (ancienne N471 Tournus-Pontarlier). Après quelques courbes, voilà Equevillon. En 2012, l’accès à la route des Sapins est parfaitement matérialisé par de modernes panneaux; il y aura même de joyeux lutins des bois pour nous suivre jusqu’au bout!

RN471: une route jurassienne
La RN471 de 1959 relie Tournus à Pontarlier en passant par Lons-le-Saunier, Champagnole et Frasne. Un joli tour de Jura où l'on frôle des reculées et des lacs... (lire)

On a compté 21 haltes majeures tout au long de la balade. A chaque fois, ce sont des sentiers, des belvédères, des aires d’interprétation du site qui nous font mieux comprendre l’importance de cet immense massif forestier, qui se dresse au cœur du Jura. Ainsi, parmi tous ces bois, la forêt de la Joux (plus de 2500 ha), nous raconte le Guide Vert Michelin du Jura de l’année 1964, est incomparable grâce «aux dimensions exceptionnelles qu’atteignent ses sapins: certains ont jusqu’à 50 m de hauteur et 1,40 m de diamètre. Il faut aller, nous dit le guide, sous les tropiques ou en Californie pour trouver des arbres plus importants.» De fait, rien n’a changé…

La première halte nous emmène au belvédère du Signal, qui donne sur le village des Nans. La vue sur les habitations est exceptionnelle. On peut y comprendre comment s’organise l’activité humaine en ces lieux reculés. Bâtis aux centre de zones défrichées, les villages vivent de l’élevage et de la production laitière. La halte suivante nous fait parcourir le sentier des Quatre-Bornes où l’on pourra admirer l’évolution de la sapinière au fil des ans.

Ancienne plaqe de cocher dans le petit village de Saint-Germain-en-Montagne, juste à côté d'Equevillon (photo: Marc Verney/juillet 2009).
Paysage jurassien typique près du village des Nans (photo: Marc Verney/juillet 2009).

A la maison forestière de Fontenette, la route (vitesse limitée à 50 km/h en permanence) entre dans la forêt de la Fresse. Le grand massif est en effet divisé en plusieurs parties: forêts de la Fresse, de la Joux, de Levier… A 6 km de cette maison forestière, le belvédère de Chapois s’ouvre sur les plateaux alentours et révèle les vastes pâtures piquetées du blanc et crème des vaches montbéliardes. Voici maintenant le rond des Trois-Sapins. Ici se trouve un petit bâtiment de bois (la sécherie) qui servait à conserver les graines recueillies sur les arbres., une activité nécessaire à l’approvisionnement des pépiniéristes.

L’arrêt n°15 est des plus intéressants. Nous voici à côté de la maison forestière de la Marine. Drôle de nom ! La mer la plus proche se situe quand même à plusieurs centaines de kilomètres ! Pour en savoir plus, il faut remonter à la prise de possession de la Franche-Comté par Louis XIV en 1678. Le roi, qui veut développer sa marine de guerre, va lancer l’exploitation du massif. Rappelez-vous ce chiffre: pour construire un navire, à l’époque, il fallait 4000 arbres!! Descendus avec peine en direction de la Loue, les troncs prenaient, à Chamblay (ou un quai avait été aménagé), la direction du sud de la France par flottage.

Après la Marine, la Glacière! Classé en série artistique dès les années trente, ce site remarquable montre une sapinière vierge de toute intervention humaine. «Le visiteur, nous assure le Guide Vert Jura de 1964, sera saisi par une impression tout à fait comparable à celle qu’on éprouve auprès des piliers d’une grande cathédrale»… Environ trois kilomètres plus loin, après franchi la ligne de chemin de fer sous un pont, la route des Sapins atteint la maison forestière du Chevreuil.

Au carrefour des Baumes (photo: Marc Verney/juillet 2009).
Ces signalisations vertes ont été réalisées pour matérialiser le premier tracé de la route des Sapins en 1970 par la société Girod (photo: Marc Verney/juillet 2009).

Le site, situé dans une aimable clairière, propose de nombreuses animations: petite restauration aux beaux jours, visite d’un arboretum, départ de promenades, jeux pour enfants… On y évoque aussi une part de l’histoire de France: durant la Grande Guerre, des forestiers canadiens s’y sont installés afin de produire les planches de bois nécessaires à la confection des tranchées des poilus. Ce sont, au total, cinq scieries (employant 2800 Canadiens du Canadian Forestry Corp) qui débiteront 218 000 m3 de sapin jusqu’en mars 1919.

Une des haltes indispensables de la route des Sapins se situe non loin du rond des Chérards. Juste à côté de l’itinéraire, voici le sapin-président de la forêt de la Joux. La tradition d’élire un sapin-président (ce qui donne lieu à de belles fêtes en l’honneur des forestiers) a toujours été de rigueur dans le massif du Jura… Le spécimen actuel, haut de 45 m est âgé de 250 ans. Pas très loin, voici le belvédère des Chérards, qui s’ouvre sur un véritable «océan» de sapins!

Après le Chemin-Neuf et le belvédère de la Roche, la route coupe un ancien itinéraire antique des plus intéressants: le passage de Chalamont. Pavé, mais aussi sculpté dans la roche, un chemin traverse la forêt de part en part.  Ce passage, sans doute fréquenté dès le VIe siècle avant JC, est devenu une des routes supportant le commerce du sel de Salins à partir du XIIIe siècle. A l’époque, tout le trafic routier était contrôlé par les seigneurs de Chalon; ils prélevaient une taxes sur les marchandises au passage de Chalamont, qui orientait les voyageurs vers Pontarlier et Jougne (le chemin de Jougne étant l’une des plus anciennes voies menant vers la Suisse et l’Italie, voir N67 ancienne).

Partout sur la route, ce sont les petits lutins jurassiens qui nous guident au coeur des sapins (photo: Marc Verney/juillet 2009).
Anciennes signalisations sur la départementale 107 (photo: Marc Verney/juillet 2010).

Toujours plus loin, au point d’arrêt n°5, nous nous trouvons aux pieds du sapin-président de la forêt de Levier, qui a été désigné lors d’une cérémonie le 11 octobre 1997. A noter: l’arbre est élu à vie… Au site de Brassecouche, le visiteur pourra se promener sur les vestiges d’une voie ferrée qui servait au passage du «tacot» Andelot-Levier. Cette ligne à voie métrique, inaugurée en 1901, a beaucoup servi au transport du bois durant le premier conflit mondial.

Enfin, après avoir coupé l’ancienne N72 à la hauteur de l’aire du Rondé (sentier de découverte), la route des Sapins se dirige vers la porte de Levier non sans avoir traversé le site fantastique des épicéas du Roi-de-Rome. Ceux-ci, plantés en 1811 sur ordre de Napoléon 1er pour honorer la naissance de son fils, atteignent souvent la hauteur remarquable de 50 m pour 3 m de circonférence! Pour achever ce périple souvent magique, laissez-moi vous conter une anecdote personnelle, vécue sur cette route, tracée dès les années 70… Un soir d’été, rentrant d’un dîner dans une charmante auberge des sources du Lison, je me suis arrêté au carrefour de la porte du Rondé. Il était plus de minuit. Tout autour de moi, les arbres formaient une sombre corolle, un vent vivifiant courbait l’échine des sapins. Levant la tête, des millions d’étoiles scintillaient doucement dans un ciel noir d’encre. C’était beau. Tout simplement.

RN72, du sel dans les sapins!
La nationale 72 de 1959 est un vrai dépliant touristique qui prend naissance dans le val d'Amour en passant par Mouchard, Salins-les-Bains, Levier... (lire)

Marc Verney, Sur ma route, mai 2012

Retour à la page principale du site (cliquez ici)

Carte de la route des Sapins. Long de 42 km, le chemin, qui emprunte de petites routes forestières nous fait découvrir l'une des plus belles sapinières de France! Réalisation: MV/mai 2012. Attention: cette carte ne représente pas la réalité sur le terrain...
Une forêt, des histoires… Etalées sur 10 000 ha, les trois forêts (Levier, la Joux, la Fresse), ont successivement été possession des seigneurs de Chalon, de la couronne d’Espagne, puis enfin de la couronne de France après 1678. Tout d’abord établies en feuillus jusqu’à la fin du XVIIIe siècle pour assurer la forte production de combustible nécessaire à l’extraction du sel à Salins, ces forêts sont aujourd’hui plantées à 70% de sapins. Tout au long des siècles, la forêt jurassienne a été très éprouvée par les activités humaines: bois pour la combustion, pour les navires, pour la construction ou encore, au début du XXe siècle, production intensive de planches pour les tranchées de la guerre 14-18. Les massifs que nous visitons aujourd’hui sont donc globalement de plantation assez récente.
Passage pavé ancien à Chalamont. Photo: MV/juillet 2009.