Panneau indiquant le circuit de la corniche du Revermont Photo: MV/juillet 2009.
Vers le belvédère de l'Aubespin. Photo: MV/juillet 2013.
Sources et documents: Atlas routier France (Michelin, 2011); carte n°143 Lons-le-Saunier-Genève (IGN, 2008); carte de randonnée n°3226ET Lons-le-Saunier-Poligny (IGN, 2008); carte n°70 Beaune-Evian (Michelin, 1955); carte n°321 Doubs-Jura (Michelin, 2003); Balades nature dans le Jura, Dakota éditions (2004); Bourgs et villages du Jura, Eric Coulon (Cabédita, 2005); Dictionnaire géographique, historique et statistique des communes de la Franche-Comté, A. Rousset (A. Robert, imprimeur et lithographe, 1857); Guide Bleu Franche-Comté-Monts Jura (Hachette, 1961); Guide du Routard Franche-Comté (Hachette, 2012/2013); Guide Vert Michelin Jura (1964); Jura, Patrick Marcel et Didier Quesne, Omniscience-BRGM éditions (2011); Jura, grottes, cascades, lacs, Pierre Delacrétaz (Cabédita, 2000); Les routes du Jura (Hachette, 1930); Routes et parcours en Franche-Comté, Erick Haas (éditions Kuster, 1990); ain-tourisme.com; bresse-bourguignonne.com; franche-comte.org; jasseron.com; paysdesaintamour.fr; saint-amour-jura.fr; tourisme-hauteseille.fr; Wikipédia.
La corniche du Revermont est un itinéraire plutôt bien balisé. Photo: MV/juillet 2013.
Quelques mots et expression de la géographie jurassienne. Baume: grotte, caverne, roche en saillie; bief: cours d’eau, ruisseau temporaire; cernois: pré entouré de forêts; chaux: large fond de vallée; culée: reculée; cluse: passage à travers un pli montagneux; doline: dépression de forme ronde; doye: source; gouille: creux rempli d’eau; laisine: nom jurassien attribué aux diaclases élargies par l’eau; lapiaz: surface rocheuse ravinée par les eaux; martinet: marteau de forge; nant: vallée; perte: étroite fissure par où disparaît un cours d’eau; résurgence: orifice rocheux par où apparaissent des eaux précédemment perdues.
En direction du belvédère de la Croix, situé au-dessus de la reculée de Gizia. Photo: MV/juillet 2013.

A nos amis lecteurs: les photos et dessins de ce site sont soumis au droit d'auteur. Pour toute autre utilisation, contacter l'auteur de Sur ma route par le biais de cette adresse: marc.verney@laposte.net. Merci de votre compréhension...

Les anciennes routes nationales du Jura sont parfaitement rapportées sur la table d'orientation de Cuiseaux, refaite en 1971: N5, N78, N79, N83... Photo: MV/juillet 2009.
Ancienne signalisation à la sortie de Poligny, en direction de Plasne. Photo: MV/juillet 2009.

 

Les belles routes du Jura
SUR LA ROUTE DES CORNICHES ET DES RECULEES
Notre promenade nous emmène dans un Jura éloigné des montagnes enneigées; nous ne roulerons pas non plus au cœur de forêts sombres aux sapins centenaires… Non, nous voilà au milieu de paysages riants, d’une nature souvent généreuse, où se glissent de charmants villages de pierre blanche. C’est le Revermont. Au tout début de ce tour, à la hauteur de Bourg-en-Bresse, je me suis dit: «C’est comme le Sud, ici…»… Puis, au pied des impressionnantes reculées, vastes cirques creusés par le jeu des eaux, j’ai admiré le patient travail de Dame Nature qui y a forgé l’un des plus émouvants décors qui soient… Autant dire que sur les dizaines de kilomètres de cette promenade, entre Jasseron dans l'Ain et le sommet du mont Poupet, nous n’allons pas nous ennuyer!! Il faut bien compter deux jours, voire trois, pour suivre et apprécier ces itinéraires qui datent du tourisme automobile des années trente à cinquante.

Belvédère des Monts-de-Vaux, au sommet de la culée. Poligny est juste en face (photo: Marc Verney/octobre 2005). En cliquant sur l'image, vous allez sur la page de la route des Sapins.

Nous débutons cette longue promenade dans le département de l’Ain, à Jasseron (7 km à l’est de Bourg-en-Bresse). Ce village, resté savoyard durant près de trois siècles, jusqu’en 1601, est dominé par les ruines d’un château, qui surplombait la plaine de Bresse d’une hauteur de 170 m. On prend la départementale 52 en direction de Meillonnas. Là, dès 1761, nous dit le site internet du village, «des faïenciers de renom, Claude Gautherot, Protais Pidoux, la famille Maurel donneront à la faïence de Meillonnas tout son prestige. L’âge d’or durera jusque vers 1845». On y trouve aussi de magnifiques maisons à colombages garnis de pierre, contrairement aux habitations du même type dans la Bresse voisine.

Toujours sur la D52, voilà Treffort-Cuisiat (les deux bourgs sont fusionnés depuis 1972). L’atmosphère du village rappelle encore un peu le Sud avec ses maisons aux tuiles romaines et ses platanes. La vigne y était cultivée jusqu’à l’irruption dévastatrice du phylloxéra, à la fin du XIXe siècle. A Cuisiat, village victime des nazis en juillet 1944, on trouve le musée départemental du Revermont, installé dans l’ancienne mairie-école. Les expositions permanentes évoquent la vie quotidienne dans la région, la disparition de la vigne… La route des monts sépare le Revermont proprement dit de la plaine de Bresse; elle nous amène à Pressiat, lové aux abords du mont Myon.

La route qui escalade le mont Myon est tout juste carrossable. Mais quelle magnifique vue depuis le sommet... On y trouve aussi un petit jardin de montagne et une table d'orientation (photo: Marc Verney/juillet 2013).

Une halte s’impose en ce lieu, là aussi martyrisé par les troupes allemandes en juillet 1944 (on parle ici du «Grand Brûle» car les incendies se voyaient à des kilomètres à la ronde). Sur sa désormais tranquille butte, l’église Saint-Laurent, citée dès le XIIe siècle dans des textes de l’abbaye de Cluny, est intéressante pour ses peintures murales du XIVe. On lèvera les yeux en direction du mont Myon (662 m), espace classé au titre des paysages remarquables. La montée en voiture vers le sommet est ardue (chemin défoncé) mais on y jouit d’une fantastique vue à 360° (table d’orientation). Le site internet touristique de l’Ain dit du lieu qu’il est «la lumière du Revermont… peut être par sa douceur de courbe et sa posture, ou peut être par la tradition des feux sur son sommet, héritée des druides, dit-on». Aux beaux jours, les parapentistes couvrent les flancs du mont de leurs voiles multicolores.

Peu après Chevignat, notre itinéraire quitte la D52 pour suivre à droite la virevoltante D59 vers Civria. Non loin de là, se trouve un sentier «mémoire de pierre» qui évoque le passé régional gravé sur des blocs de pierre (il y avait de nombreuses carrières ici)… Puis la chaussée file en direction de Coligny, petite cité qui marque le réel départ de la «corniche du Revermont». Certaines traces de la voie romaine circulant au pied du Revermont sont visibles dans le village de Saint-Jean-d'Etreux, notre étape suivante. Ensuite, par l’ancien quartier vigneron de Cessia, nous rejoignons Nanc-lès-Saint-Amour. Dominé par la magnifique église Saint-Martin (XVe siècle) au toit en laves, le bourg s’étend des premières pentes du Revermont jusqu’aux limites de la Bresse toute proche (fontaines et château du XVe). L’itinéraire de la «corniche du Revermont» nous fait alors monter vers L’Aubépin. Ce petit village héberge les vestiges de l’ancien château féodal de la famille de Laubespin et sa chapelle castrale; on peut y admirer un large panorama sur la Bresse et le Mâconnais.

La corniche du Revermont, en direction de Lamarre (photo: Marc Verney/juillet 2009).

On continue en direction de Thoissia (D3). Là, on prend à gauche en direction de Curny (D3E1). On arrive au-dessus du village de Montagna-le-Reconduit que l’on peut visiter (belvédère). C’est un paisible village qui vit à l’abri de sa petite reculée où prend naissance la rivière du Besançon. Le curieux y trouvera les restes d’une voie pavée antique. C’est la départementale 51 qui nous mène désormais jusqu’à Cuiseaux. Située aux pieds des contreforts du Jura, nous dit le site internet de la Bresse, «la cité offre aux yeux des visiteurs des vestiges moyenâgeux avec ses remparts, sa porte fortifiée du XIIe siècle, dite "du Verger", ses rues étroites». Par Chevreaux, on peut monter sur la montagne au-dessus de Cuiseaux (584 m). Là, le promeneur y trouvera une ancienne table d’orientation (vaste panorama). Retour à Chevreaux (château du XIIe siècle) pour aller en direction de la reculée de Gizia et de son belvédère. Depuis le point de vue de la Croix une vue panoramique s'offre sur la vallée. Au fond, les hameaux de la commune s'égrènent le long d’une petite rivière.

Il faut maintenant aller vers Rosay par la départementale 2. «Quasiment détruit pendant la Révolution», nous dit le Routard Franche-Comté, le château du village (XIIe siècle) a été minutieusement reconstitué par son propriétaire, qui a consacré quinze années de sa vie à remonter cette forteresse «pierre par pierre»… La D2 conduit à Cressia (château du XIVe siècle) où il faut obliquer vers le nord en direction d’Augisey et de Saint-Laurent-la-Roche. Le site, stratégique (panorama pittoresque), abrita un château jusqu’à la fin du XVIIe siècle. Le célèbre Lacuzon, résistant et militant indépendantiste comtois y séjourna; il y établit son quartier général en novembre 1641. Dès lors, il faut rejoindre –à l’est- Saint-Maur par Bornay. On s’y arrêtera pour monter au signal de la Croix-Rochette (630 m, table d’orientation de 1911).

Peu avant le belvédère de la Croix, à Gizia (photo: Marc Verney/juillet 2013).
A Saint-Laurent-la-Roche (photo: Marc Verney/juillet 2013).

Notre route nous emmène cette fois à Publy. Pour y aller, il faut descendre la D41 en direction de la départementale 52, croiser celle-ci avec la départementale 52E2 qui se dirige vers le lieu-dit Le Retour de la chasse. De là, emprunter l’ancienne N78 (D678) vers Revigny. La chaussée entame la descente vers la plaine mais il faut rapidement tourner à droite vers Publy. Peu avant le village, on prend une route à gauche qui passe à proximité du creux de Revigny (belvédère de la Guillotine) pour aller jusqu’au belvédère des Tilleuls qui domine le bourg vigneron de Conliège. Là, nous raconte le Guide Vert, «dans la falaise s’ouvrent de nombreuses grottes. Au XVIIe siècle, pendant la guerre de Dix ans elles servirent de refuge aux habitants tant le pays, battu par les Suédois, était peu sûr». Par la suite, il est nécessaire de revenir quelque peu en arrière pour suivre à gauche la route de Briod. Les touristes intéressés par la visite de la chapelle de Saint-Etienne-de-Coldre (XIVe siècle) et de son romantique vieux cimetière suivront le chemin bordant la reculée avant de retourner vers Briod. De là, il faut se rendre en direction de l’ancienne N471 (D471) par la départementale 152 qui sillonne le premier plateau jurassien.

Notre circuit entame dès lors l’approche des grandes reculées jurassiennes, un circuit automobile au succès jamais démenti. Il faut emprunter la D471 sur quelques centaines de mètres en direction de Crançot. A gauche, au lieu-dit La Roche, se trouve le belvédère du cirque de Baume, l’une des plus belles vues du Jura. De Crançot, une route mène au village de Baume-les-Messieurs (abbaye du Ve siècle), situé au cœur de la reculée. A côté, la départementale 70E1 mène aux grottes de Baume, d’où jaillit le Dard (visite conseillée, cascades). La visite se poursuit en direction de Nevy-sur-Seille (Château-Chalon et son vignoble sont tout près). Peu avant ce village, il faut suivre, sur la droite, la D204 qui traverse les charmants villages de Blois-sur-Seille (trois ponts de pierre sur la Seille y datent de 1760-1766) et de Ladoye-sur-Seille (canal des meuniers et nombreux moulins depuis le XVIe siècle). On trouvait également dans la région un système de téléphérique unique dans le Jura (réalisé en 1893) servant à amener le lait des fermes voisines à la fruitière de Blois-sur-Seille.

Ancienne signalisation directionnelle dans le village de Granges-de-Baume (photo: Marc Verney/juillet 2013).
La reculée de Baume-les-Messieurs (photo: Marc Verney/juillet 1996).

On remonte vers les Granges-de-Ladoye (belvédère sur la reculée) par une route escarpée. De là, il faut emprunter la D96 jusqu’à Plasne. Là, suivre une route jusqu’à Champvaux et atteindre le lieu-dit Les Monts de Vaux (belvédère sur la culée de Vaux). C’est là que la nationale 5 (la route blanche réalisée en 1765 de Dole à Poligny) grimpe sur le premier plateau jurassien par un tracé datant du début du XIXe siècle et rectifié dans les années suivantes. Auparavant, chariots et diligences étaient obligés d’emprunter la vertigineuse route du mont de Chamole (15% en certains endroits!)... Ce tracé ancien, qui emprunte la rue Boussières à la sortie de Poligny a connu une activité fébrile au courant du XVIIIe siècle, parcouru notamment été comme hiver par les lourdes carrioles chargées à ras la gueule du bois du Jura. Sur cette ancienne route, on trouvera la falaise du trou de la Lune. De Chamole, il faut prendre une toute petite voie qui descend rapidement vers Buvilly au travers du vignoble.

Juste avant Buvilly, village du vignoble, il faut tourner à droite à la croix et suivre une petite route de campagne qui remonte sur le Revermont en direction de Pupillin. La vue se fait ample en direction de Dole et de la forêt de Chaux. Passé Pupillin, quelques lacets font descendre la chaussée (D248) à Arbois (vins réputés), ville-porte de la reculée des Planches (visite recommandée). A 4,5 km au sud-est de cette cité voici le petit village des Planches, dominé par sa vertigineuse reculée aux falaises hautes de 245 m. Au pied des roches, se trouve une grotte d'un grand intérêt car elle possède une rivière souterraine encore en activité. Composé de deux galeries, le site a une longueur de 1670 m. Un peu plus au sud encore, la petite source de la Cuisance jaillit au pied du cirque du Fer-à-Cheval. La rivière bondit en de multiples cascades qui forment un ensemble d'une grande beauté. On peut se rendre au belvédère du cirque du Fer-à-Cheval par la D54 (à prendre, à droite, sur la route de Montigny-les-Arsures) où l’on croisera une table d’orientation (lieu-dit Le Tourillon), puis à droite, un court moment sur la D107 avant de tourner à gauche sur la petite route pittoresque menant à La Châtelaine.

Le Revermont, vu de la plaine: une large barre verte qui coupe l'horizon (photo: Marc Verney/août 2005).
Un rafraîchissement inouï: les cascades et sources de la reculée des Planches (photo: Marc Verney/juillet 2010).

Pour l’ultime étape de notre promenade, nous emprunterons la départementale 94 en direction de Salins-les-Bains. L’exploitation des ressources en sel fut longtemps à l’origine de la grande richesse de la région. Ne parle-t-on pas en effet «d’or blanc»? La visite de la Grande Saulnerie, seul bâtiment rescapé de cette industrie centenaire, est tout particulièrement intéressante. Mention spéciale à la visite des immenses chaudières, où l'on extrayait le sel de l'eau et aux souterrains où l'on peut encore voir de nos jours un très ancien système de pompage. La cité est dominée par le mont Poupet, objectif final de notre voyage au pays des corniches et des reculées (on y va par la D492). Le belvédère (table d’orientation), placé sur la route forestière et juché sur un rocher de la forêt de Poupet vaut à lui tout seul le déplacement tant la vue y est vertigineuse…

Marc Verney, Sur ma route, novembre 2013

Un tour sur la route des Sapins (lire)
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Ancienne signalisation à l'entrée de la route forestière du mont Poupet. On y trouve tout simplement l'un des plus beaux belvédères jurassiens (photo: MV/novembre 2009).
Une reculée, c’est quoi? Une reculée, nous dit l’encyclopédie en ligne Wikipédia «est une forme géomorphologique désignant une échancrure prononcée dans un plateau calcaire constituant un type de vallée caractéristique». Ce sont les «originalités» les plus connues des montagnes du Jura. Longues de quelques centaines de mètres à quelques kilomètres, on les trouve à la lisière des plateaux qu’elles coupent nettement en s’achevant par un spectaculaire cirque rocheux. Au fond de la reculée (où culée), il y a souvent une source ou une résurgence. Elles ne se sont pas uniquement formées avec le travail des eaux souterraines mais par la conjonction de plusieurs facteurs, comme des effondrements structuraux, le creusement des eaux de surface… etc. Le relief du Jura naît il y a 200 000 ans. A l’époque, une calotte glaciaire s’étend sur tout le massif. Pendant des milliers d’années, les glaciers s’avancent, érodent la pierre calcaire, créent des vallées et des falaises. Au moment où le climat se réchauffe, l’eau s’écoule en vastes torrents qui rongent encore plus les massifs.
Sur le belvédère du mont Poupet, ça décoiffe!! Photo: MV/avril 2013.
Ancienne voie pavée vers le village de Montagna-le-Reconduit. Photo: MV/juillet 2013.