Voilà la première plaque Michelin découverte sur la R.N.9 lors d'un précédent trajet sur la route de Moulins à l'Espagne... Cachée derrière un feu à Aigueperse, elle avait, semble-t-il, réussi à échapper au ravalement de la façade (photo: MV, août 2007).
Ancienne plaque de cocher à Châtel-de-Neuvre (photo: MV, octobre 2013).

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Sources et documents: Atlas des grandes routes de France, Michelin (1959); carte Bourges-Mâcon n°69, Michelin (1963); carte Clermont-Ferrand-Lyon n°73, Michelin (1931, 1961); carte Aurillac-Saint-Etienne n°76, Michelin (1946); Bulletin des lois du royaume de France, IXe série, Imprimerie royale (1843); Clermont-Ferrand, Jacques Raflin, éd. Canopé (1987); «Evolution géographique de Clermont-Ferrand», dossier réalisé par Corinne Dalle et Jean-Michel Viallet, Archives départementales du Puy-de-Dôme; Guide Bleu de la France automobile, Hachette (1954); Guide littéraire de la France, Hachette (1964); Guide du Routard Auvergne, Hachette (2013); Histoire de l'Auvergne des origines à nos jours: Haute et Basse-Auvergne, Bourbonnais et Velay, Pierre Charbonnier, éditions de Borée (1999); Histoire des routes de France, du Moyen-Age à la Révolution, Georges Reverdy, Presses de l’ENPC (1997); Histoire des rues de Clermont et Montferrand, Louis Passelaigue, De Borée (1997); Laissez-vous conter le pont Régemortes, plaquette du service du patrimoine de Moulins; Le réseau routier de l’Auvergne au XVIIIe siècle, Franck Imberdis, Pr. univ. de France (1967); Les routes de France du XIXe siècle, Georges Reverdy, Presses de l’ENPC (1993); Le vrai guide de Clermont-Ferrand, Duchier éditeur (1865); Procès-verbal des séances de l'assemblée provinciale d'Auvergne, impr. Antoine Delcros (1787); Puy-de-Dôme: description géographique, statistique et topographique, Benoît Gonod, Verdière (1834); Rapports et délibérations-Allier, Conseil général (1929); aigueperse.free.fr; bassin-gannat.com; bibliotheque.clermont-universite.fr; culture.gouv.fr; issoire.fr; orcet.com; structurae.info; ville-riom.fr; Wikipédia; Wikisara. Merci au site Géoportail de l’IGN, à la BPI du centre Georges-Pompidou et à Gallica.

Aigueperse est un bourg riche en ancienne signalisation. On retrouve ce type de belle plaque émaillée au nord et au sud de la cité sur le trajet de la nationale "historique" (photo: MV, août 2007).

Villes et villages traversés par la N9 (1959):
Moulins (N7, N73, N149)
Bressoles
Chemilly
Châtel-de-Neuvre
Morat
Saint-Pourçain-s-Sioule (N146)
Vernet
Le Mayet-d'Ecole
Gannat (N9A)
Aigueperse
Le Cheix
Riom (N143)
Montferrand
Clermont-Ferrand (N89, N141)
Pérignat-lès-Sarliève
Veyre
Authezat
Coudes
Issoire
Saint-Germain-Lembron
Lempdes-sur-Allagnon (N102)

Indication touristique d'origine Michelin dans les rues de Riom. De tels ensembles sont encore fréquents sur les routes de France (photo: MV, août 2007).
Panneau Michelin situé à l'entrée de Volvic. La lave de Volvic a été utilisée par la société Michelin pour ses plaques d'indications routières comme substrat pour l'émaillage de la pierre en raison de son haut point de fusion (environ 1500°). Les anciennes plaques de rues de la ville de Paris sont également réalisées de la même manière (photo: MV, octobre 2013).

D'autres ressources autour de la nationale 9 historique: La page Wikisara consacrée à cette nationale française (lire).
La page Wikipédia de la RN9 historique (lire).

La table d'orientation située sur la butte de de Veyre-Monton montre le tracé de la R.N.9 ainsi que les prémices de l'autoroute A75 dans la région de Clermont (photo: MV, octobre 2013).
Encore une jolie plaque émaillée de la R.N.9 à Issoire (photo: MV, octobre 2013).

A VOIR, A FAIRE

Moulins: les amateurs de travaux publics iront voir le beau pont Régemortes sur l’Allier (XVIIIe siècle) et la Citévolution (maquettes montrant l’histoire de la ville); la cathédrale Notre-Dame et la chapelle des évêques (voir le beau triptyque du Couronnement de la Vierge); le beffroi du Jacquemart, la Mal-Coiffée (plus ancien monument de Moulins); le musée Anne-de-Beaujeu; la place d’Allier (cœur de la cité).
Saint-Pourçain: voilà un des plus anciens vignobles de France qui dispose d’un musée de la Vigne et du Terroir. L’office du tourisme propose une petite balade dans la ville qui passe forcément par l’église Sainte-Croix.
Gannat: le musée municipal Yves-Machelon permet notamment d’admirer un évangéliaire du IXe siècle...
Riom: le touriste pourra se promener dans les rues anciennes du centre-ville. A voir, la tour de l’Horloge, bâtie à la fin du XIVe siècle, la collégiale Notre-Dame-du-Marthuret, réalisée en gothique languedocien, la maison des «Consuls» du XVIe siècle, l’hôtel de ville et sa belle cour intérieure. On peut également visiter le musée Mandet et le musée régional d’Auvergne. A côté de Riom, se trouve l’abbatiale de Mozac.
Clermont-Ferrand: dans le centre historique, voilà la cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption et, dans le quartier du Port, la basilique Notre-Dame-du-Port. On peut aussi se promener dans la rue Blaise-Pascal (le célèbre mathématicien est originaire de Clermont). Dans le musée Henri-Lecoq, on peut d’ailleurs admirer la pascaline, machine à calculer inventée par Pascal. Les amateurs des choses de la route ne manqueront pas l’Aventure Michelin où l’on retrouvera tout ce qui a marqué l’histoire du célèbre fabricant de pneumatiques. A Montferrand, on trouve l’intéressant musée d’art Roger-Quilliot.
Gergovie: au sud de Clermont-Ferrand, voici le site présumé de la bataille qui opposa Vercingétorix aux légions de César (lieu d’interprétation).
Veyre-Monton: quelques kilomètres au sud, sur un des tracés antiques de la route du Languedoc, se trouve le village médiéval de Montpeyroux, classé parmi les Plus Beaux Villages de France.
Issoire: on ne peut traverser Issoire sans visiter l’abbatiale Saint-Austremoine, joyau roman bâti au XIIe siècle en pierre blonde de Montpeyroux.
Lempdes: belle halle du XIXe siècle à la structure originale…






Belles routes de France...
R.N.9: LA VOIE DES ARVERNES (I)
C’est peut-être l’un des plus beaux parcours de France. Et s’il n’y avait pas mon cher Jura, ce serait là ma promenade routière préférée. Il faut, en 1959, 591 kilomètres de bitume tortueux et sauvage pour relier Moulins au Perthus, à la frontière espagnole. La nationale 9 se mérite... Mais voilà, de l'Allier aux Pyrénées-Orientales en passant par le Puy-de-Dôme, la Lozère, le Cantal, l'Hérault, c'est une route faite pour la poésie des sens éperdus, à gorges plongées, allongée, lascive et belle le long des causses terrassés de vent. Nous avions réalisé un premier voyage partiel sur cette chaussée en avril 2008. Cette fois, en octobre 2013, l’auteur du site Sur ma route a parcouru l’intégralité de la route à bord d’une pimpante DS3 virevoltant avec tempérament sur les monts volcaniques d’Auvergne… La première partie de notre trajet nous emmène de Moulins à Lempdes, en passant par Clermont-Ferrand, capitale du géant Michelin. Bibendum, nous voilà!!

Emprunter la route nationale 9 historique est tout simplement un vrai bonheur de conduite, à la découverte de larges paysages souvent sauvages et somptueux. Nous sommes ici un peu au nord de Lempdes. Cliquez sur l'image pour continuer la promenade (photo: Marc Verney, octobre 2013).


La voie de Moulins à l’Espagne par le trajet de la R.N.9 historique est relativement récente. Aux époques gauloise et romaine, il n’y pas de voie directe nord-sud à travers l’Auvergne. Au XIVe siècle, c’est la voie Régordane, qui, du Puy à Nîmes, sillonne les Cévennes afin de relier Paris et Méditerranée. Dans l’Histoire des routes de France, du Moyen-Age à la Révolution, Georges Reverdy ne mentionne qu’un itinéraire Moulins-Toulouse par Gannat, Clermont, Laqueuille, Tulle, Souillac cité par La Guide des chemins de France de 1552. L’Histoire d’Auvergne nous dit même que «seule existait, au début du XVIIIe siècle, une route de Paris à Clermont». Ailleurs, on ne trouvait «que des tronçons de voies et de chemins mal reliés entre eux»…La décision de faire se rejoindre Montpellier et Clermont par Millau n’a été prise qu’au milieu du XVIIIe siècle … et les travaux n’avancent pas vite. «En 1845, écrit encore Georges Reverdy dans Les routes de France du XIXe siècle, la route n°9 comporte encore 16,2 km de lacune en Lozère»...

Le pont Régemortes à Moulins, chef-d'oeuvre de l'ingéniérie du XVIIIe siècle, bâti entre 1753 et 1763 (photo: Marc Verney, octobre 2013).

A Moulins, en arrivant de Paris par la R.N.7 (286 km environ), il nous faut traverser l’Allier pour trouver le début de la route n°9 (D2009). Dans la ville, la grande réussite architecturale du XVIIIe siècle est un pont que l'ingénieur Louis de Régemortes parvient à construire sur la rivière entre 1753 et 1763. En effet, la tâche fut ici d'une difficulté extrême: l'Allier coule sur un fond sablonneux rendant les fondations des ponts très fragiles. Plusieurs ouvrages, de pierre et de bois, sont emportés par les flots en 1408, 1426, 1446, 1536, 1608, 1676, 1689… Un problème que M. de Régemortes contourne en endiguant et en déplaçant le lit de la rivière -élargie à 300 m- par des levées tout en assurant la solidité du pont grâce à un système de radier continu. Du coup, un quartier nouveau (le quartier de la Madeleine) fut bâti à la place d’un ancien pâté de maisons et la route vers Clermont-Ferrand assurée. Mille ouvriers ont œuvré sur ce vaste chantier. Auparavant, il fallait, nous indique l’ouvrage Le réseau routier de l’Auvergne au XVIIIe siècle, descendre par la route de Lyon jusqu’à Bessay pour passer l’Allier, au sud, par le bac du pont (ou «port»?) de la Corde et rejoindre Saint-Pourçain. Vraiment beaucoup plus tard, durant la Deuxième Guerre mondiale, c’est sur le pont Régemortes qu’allait passer la sinistre ligne de démarcation qui a coupé la France en deux de 1940 à 1943.

A gauche, les premiers hectomètres de la RN9, devant les locaux de la DDE de Moulins. A droite, anciennes signalisations au nord de Saint-Pourçain-sur-Sioule (photos: Marc Verney, août 2007).

On prend à gauche, après le pont. La nationale, large et moderne, «remonte la vallée de l'Allier puis celle de la Sioule», nous indique ici le Guide Bleu de la France automobile 1954 C’est tout d’abord une très longue ligne droite jusqu’à Châtel-de-Neuvre que l’on voit sur la carte de Cassini (XVIIIe siècle) publiée par le Géoportail de l’IGN. Le premier vrai virage (rectifié) n’arrivant qu’à la hauteur du lieu-dit de Morat. En 1770, lit-on dans l’Histoire des routes de France, du Moyen-Age à la Révolution, un document publié par les intendants de Moulins montrait «qu’avec le recours à la corvée», il n’avait été bâti, «avec de grands alignements», vers Clermont, que la route de Moulins à Gannat, avec (quand même!) les ouvrages d’art nécessaires... Des travaux initiés, nous précise Franck Imberdis, dans Le réseau routier d’Auvergne au XVIIIe siècle, vers 1730. Voilà que s’annonce le bourg de Saint Pourçain-sur-Sioule, 30 km au sud de Moulins, dont l’origine, au VIe siècle, remonte à la construction, par un esclave affranchi, l’ermite Porcianus, d’un petit monastère construit sur la hauteur dominant la rivière. La cité est reconnue pour ses vins, servis (déjà) à la table du roi Saint-Louis et du pape en son palais d'Avignon. Ravagés en 1892 par le phylloxéra, les vignobles obtiennent néanmoins l’AOC saint-pourçain en mai 2009. En 1932, une photo de l’agence de presse Meurisse publiée sur Gallica montre les essais, à la gare de Saint-Pourçain, d'une automobile Hotchkiss chaussée de pneus Dunlop en mode «rail-route»… Le pont de la N9 sur la Sioule, nous dit Wikipédia, «date de la fin du XVIIe siècle. Rénové plusieurs fois à la suite de crues et des dégâts de la Seconde Guerre mondiale, il présente encore son aspect original légèrement bombé, avec quatre piles à éperons». A la sortie du pont, au faubourg de Palluet, on prend à droite en direction de Gannat. La circulation, au XXIe siècle, n’est pas négligeable sur cet axe déclassé. D’ailleurs le Conseil général de l’Allier notait déjà en 1929 que «la route n°9 de Paris à Clermont et à Perpignan, est très fréquentée en toutes saisons par des véhicules de commerçants et d'industriels, et en été, nombreux sont les touristes qui la parcourent pour aller dans le Massif central. La route, par suite de cette circulation intense et de son mauvais entretien, devient souvent impraticable. On répare actuellement les plus mauvais endroits (...), mais ce n'est pas de réparations qu'il s'agit, c'est d'une réfection complète».

Longue ligne droite au sortir de Moulins (photo: Marc Verney, octobre 2013).

Au sortir de Saint-Pourçain, la route suit les méandres de la Sioule. Au loin, voici la chaîne des monts Dômes (ou des Puys) qui s'installe dans notre champ de vision. Gannat s'annonce après une longue ligne droite. «Ses habitants, nous précise le site bassin-gannat.com, qui relevaient de la tribu des Avernes, prirent part à la lutte de Vercingétorix contre César». C’est en l’an mille que la cité s’installe à son emplacement actuel. On trouve sur le site Gallica le texte d'un arrêt du Conseil d'Etat daté du 26 octobre 1744 qui supprime des droits de péage prétendus par les habitants de la ville, «faute par les habitans de Gannat d'avoir représenté au Conseil les titres en vertu desquels ils faisoient percevoir des droits de péage»... Enfin, nous y croisons aussi la R.N.9A historique en provenance de Vichy, qui se trouve 19 km à l’est. Peu après ce gros bourg de la Limagne Bourbonnaise, la chaussée de la R.N.9 historique sort du département de l’Allier et entre dans le Puy-de-Dôme. Ce dernier aurait dû s’appeler Mont-d’Or mais, au vu du nom, un député local a eu peur de voir l’administration fiscale s’intéresser de trop près à ses concitoyens… «Il y a des millions d’années, écrit l'office du tourisme de Riom-Limagne, la plaine de Limagne était un gigantesque lac saumâtre se déployant sur des dizaines de kilomètres du Nord au Sud. En s’asséchant, le lac a laissé place à un immense marais que l’homme à travers l’histoire s’est obstiné à drainer. Les terres de Limagne sont ainsi parmi les plus fertiles de France et ont permis le développement de l’agriculture céréalière, dominante aujourd’hui dans ce secteur».

A 9 kilomètres au sud, nous entrons dans Aigueperse, ville d'origine de Michel de l'Hospital, chancelier de Catherine de Médicis. «Dominée au nord par la butte de Montpensier où s'élevait le château seigneurial, nous dit le site d’histoire locale aigueperse.free.fr, la ville comprend essentiellement une longue rue principale d'environ deux kilomètres et des boulevards qui marquent à peu près l'emplacement des anciennes fortifications». Un contournement d’Aigueperse existe depuis 2008, mais il faut suivre la D2019 pour rester sur la route nationale historique. Fortifiée très tôt, la ville, dont le nom vient de Aqua sparsa, c'est-à-dire les «eaux éparses», a une histoire parfois tragique: positionnée sur une grande route, elle subit notamment en 1356 les exactions de bandes de routiers à la solde de l'Angleterre après la bataille de Poitiers; en octobre 1591, le duc de Nemours, chef des Ligueurs, attaque la ville, qui est mise à sac. Plus tard, le XVIIIe siècle voit la remise en état de la route royale et du relais de la poste au chevaux; du coup, la population d’Aigueperse augmente. Le péage (rétrécissement actuel de la Grande Rue), possession du duc d'Orléans, est supprimé en mars 1771, nous annonce encore aigueperse.free.fr. On sort de la cité par la route de Riom, refaite vers 1733 en raison d’un positionnement trop vulnérable aux inondations. Au bout d’une quasi ligne droite, la R.N.9 arrive au village du Cheix, hélas connu pour le tragique accident qui coûta la vie, le 28 septembre 1973, à l'humoriste Fernand Raynaud. Pas moins de cinq ateliers majeurs de réparations étaient déjà prévus par les ingénieurs royaux en 1788 sur cette portion de chaussée comprise entre Aigueperse et Clermont pourtant réalisée quelques années plus tôt. En lisant le Procès-verbal des séances de l'assemblée provinciale d'Auvergne, on s'aperçoit que les responsables étaient très critiques sur la qualité des travaux effectués pour la construction initiale des chaussées: «Nous vous observerons que ces parties de routes, ainsi que la plupart de celles d'Auvergne, sont vicieuses dans leur primitive construction, se dégradent annuellement et seront d'un entretien ruineux jusqu'à ce que la province ait adopté ce qui se pratique avec succès en d'autres pays, où toutes les vieilles routes ont été munies d'un empierrement uniforme et solide». Au sud du Cheix, sur la Morge, un nouveau pont est achevé en 1761 en remplacement d’un précédent ouvrage qui existait en 1726 (Franck Imberdis).

De la route n°9 historique, on a une belle vue sur la chaîne des Puys (photo: Marc Verney, octobre 2013).

Lovée au pied de la chaîne des Puys voilà maintenant Riom, seize kilomètres au sud d’Aigueperse. Belle ville d'art et d'histoire à la robe un peu austère, la cité, perchée sur un éperon rocheux fut capitale de l'Auvergne et héberge encore aujourd’hui la Cour d’appel de la région. On y entre par l’avenue de Paris (D2029). A la porte Layat, notre voie y rencontrait la «route d’Orléans», ancienne chaussée antique (D2144, R.N.143 historique), qui, au fil des ans s’est embranchée à la R.N.9 de plus en plus au nord de Riom. Le nom Ricomagnum –le riche marché– nous dit le site de la ville, «indique un centre économique aux fonctions commerciales importantes au carrefour de deux grandes voies, la route de la vallée de l’Allier et celle de l’océan Atlantique». C’est sous Alphonse de Poitiers (XIIIe siècle) et Jean de Berry (XIVe siècle), que Riom connaît ses premières périodes fastes: la cité est rebâtie sur le modèle des bastides du Sud-Ouest et l’on voit s’ériger le palais ducal et la Sainte-Chapelle. Depuis le XVIIIe siècle, des boulevards circulaires ont remplacé les murailles, et la R.N.9 se faufile entre les façades de pierre sombre. La sortie de Riom côté sud ne se fait plus par les avenues de la Libération et de Clermont (D6 et D6A) mais par une chaussée plus moderne qui rejoint, au large de Ménétrol, la grande déviation de la cité.

Il reste une quinzaine de kilomètres à parcourir avant d'arriver à Clermont-Ferrand, «encadrée, nous précise le Guide Bleu 1954, par le puy de Dôme et par le plateau de Gergovie». La route, aujourd’hui à quatre voies, longe le centre d’essais de Ladoux, ouvert en 1965. Sur 450 ha et 41 km de pistes, des milliers de salariés y oeuvrent à améliorer les pneumatiques qui font la fierté des usines Michelin. Peu après le lieu-dit la Maison-Jaune, la carte d’état-major du XIXe siècle publiée par le Géoportail de l’IGN -mais aussi la carte Michelin de 1961- indiquent un fort virage suivi d’une montée désormais gommés par le bitume contemporain. Peu après le lieu-dit la Maison-Rouge nous voilà réellement dans l’agglomération clermontoise où nous arrivons par le boulevard Etienne-Clémentel, un homme politique auquel on doit, en 1919, la création des premières structures régionales en France. Voici tout d’abord Montferrand, ancienne bastide, cité comtale d'Auvergne créée au début du XIIe siècle, qui a été la rivale de la ville de Clermont, cité des évêques, pendant plusieurs siècles avant le rattachement le 15 avril 1630 par l'édit de Troyes. Une union réalisée réellement un siècle plus tard par l’intendant Trudaine sous Louis XV. C’est l’avenue de la République qui relie Montferrand à Clermont. Ce chemin, qui existe depuis longtemps, apparaît clairement sur un plan de 1869 publié sur le site des Archives départementales du Puy-de-Dôme. Encore très champêtre à l’époque, la voie longe un champ de manœuvres militaires et croise la route de Lyon à Bordeaux au niveau du Champ-de-Mars. L’urbanisation –industrielle notamment- y interviendra massivement au début du XXe siècle. S’y construiront aussi des casernes, une usine à gaz, des abattoirs…

Non loin de Clermont-Ferrand, voilà à nouveau une belle plaque émaillée de la R.N.9 à Pérignat (photo: Marc Verney, octobre 2013).

Dans l’ouvrage Clermont-Ferrand de Jacques Raflin, on lit que ce sont les Celtes qui s’installent dans la région au IVe siècle avant JC pour y bâtir des citadelles servant de refuges. La défaite gauloise précipite la romanisation de l’Auvergne et voici Augustonemetum dont la naissance serait, écrit Pierre Charbonnier dans son Histoire de l'Auvergne des origines à nos jours, «à mettre en rapport avec la construction de la voie Agrippa, qui devait joindre Lyon à Saintes, capitale de la province d'Aquitaine». La ville (bâtie entre 380 et 410 m d'altitude), est placée à l'extrémité sud-ouest de la plaine de la Limagne. La paix romaine dure jusqu’au IIIe siècle; plus tard, à la fin du IVe siècle, la province est cédée aux Wisigoths. Un fait historique majeur: c’est à Clermont qu’un pape, Urbain II prêche la première croisade en 1095. Après l’incendie de 761 et les razzias des Normands en 864 et 910, la ville est rebâtie à partir du XIIIe siècle, en partie avec la pierre de Volvic, très sombre d’apparence. Théophile Gauthier, qui passa par Clermont en 1867, en fit cette description (Guide littéraire de la France): «une vieille ville moyen-âge, noire comme de l'encre, d'une saleté horrible, mais pleine d'architectures bizarres, d'ogives, de colonnettes, d'escaliers en spirales, de gargouilles et de mascarons à demi noyés dans des pierrailles et des raccommodements d'Auvergnats... Le puy de Dôme n'est pas une farce, il existe et on l'aperçoit à chaque bout de rue»... Autre particularité bien visible: la cité est le coeur de la galaxie Michelin. C'est avant la Première Guerre Mondiale que André et Edouard Michelin y inventent le pneumatique démontable. Pour le vélo d'abord, puis pour la voiture. C'est à partir de cette fantastique invention que Michelin allait durablement marquer le domaine routier de son empreinte: cartes, guides, panneaux en ciment, bornes, signalétique en tous genres... et maintenant sites internet! En janvier 1890, la première ligne de tramways électriques de France à prise de courant par fil aérien est mise en service à Clermont-Ferrand.

Nous voici à Veyre-Monton (photo: Marc Verney, octobre 2013).

Si la Carte générale de la France établie sous la direction de César-François Cassini de Thury au XVIIIe siècle montre un chemin direct entre Montferrand et la voie d'Issoire (IC21 sur la carte Michelin de 1931), la route nationale 9 historique sort de la ville par le long boulevard Lafayette percé au milieu du XIXe siècle et descend dans la plaine. Voilà le bourg de Pérignat-lès-Sarliève où l'on remarque bien sur l'Atlas de Trudaine pour la généralité de Riom (XVIIIe) la trace de la grande route de Paris en Languedoc. C’est de nos jours la départementale 978. Après être passée sous l’autoroute A75, la D978 longe Orcet où l’on remarque une «voie romaine». D’ailleurs, d’après le site orcet.com, Jules César y avait installé son campement à la bordure du village durant la Guerre des Gaules. Des bornes, plantées en 1862, lors des fouilles ordonnées par Napoléon III, matérialisent les limites de ce camp. Ici, nous précise le Guide Bleu 1954, «la route est dominée à droite par le fameux plateau de Gergovie. Fortes ondulations»... Gergovie, la seule victoire gauloise de la Guerre des Gaules... On passe maintenant Veyre, située non loin de la butte de Monton où se trouve la spectaculaire statue d’une vierge à l’enfant inaugurée en 1869. Au-delà de Veyre, nous dit Franck Imberdis dans Le réseau routier de l’Auvergne au XVIIIe siècle, «le tracé se dédouble; le tracé principal passe par Neschers et Saint-Germain-Lembron, l’oriental par Issoire et le Breuil» (sur la carte de l’IGN publiée par le Géoportail on remarque une «voie romaine» au sud de Gignat). Les deux tracés se rejoignant finalement à Lempdes. Peu après Veyre, la R.N.9 historique croise à nouveau l’A75 et se métamorphose en D797. La chaussée monte la côte de Judzara et atteint Authezat. Peu avant Coudes, où des chantiers de confortement ont lieu en 1787, le Procès-verbal des séances de l'assemblée provinciale d'Auvergne indique que «monsieur l'intendant a eu le projet d'essayer sur ce morceau de route, quand il serait fini, le premier établissement d'un cantonnier». A Coudes, la route traverse la Couze Chambon. On y voit une «vieille route d’Issoire» franchissant la rivière sur un pont médiéval du XIVe siècle. En 1783, le vieux pont, «situé sur la route de Paris au Languedoc menace ruine. Des réparations sont nécessaires avec reprise en sous-oeuvre de culées, réfection complète des têtes et reconstruction des parapets», indique le site structurae.info.

Encore une belle plaque émaillée de la RN9 à Saint-Germain-Lembron. (photo: Marc Verney, avril 2008).

Au-delà, jusqu’à Issoire, la carte de Cassini montre qu’au XVIIIe siècle, la route passait par St-Yvoine (D713). Le tracé par les gorges de l’Allier date de beaucoup plus tard. On voit la trace dans le Bulletin des lois du royaume de France d’une décision de rectification dès 1843 de la chaussée entre Sauvagnat et Issoire, mais difficile de donner une date exacte à la réalisation de cette modification. Aujourd’hui, la R.N.9 historique semble quasiment totalement «avalée» par le tracé de l'autoroute A75. Dommage: le Guide Bleu nous promettait, de Coudes à Issoire, un «délicieux paysage de rivière: gorge verdoyante à l'issue de laquelle on débouche dans la Limagne d'Issoire». Le nom de la cité s’est longtemps écrit Yssoire. «Le "Y" qui apparaît dans les armoiries en témoigne», nous dit le site issoire.fr. C'est à partir de la Révolution que l'orthographe actuelle s'impose. Au XVIe siècle, la ville, fortifiée, majoritairement protestante, tombe aux mains de l’armée royale –catholique- et subit de forts dommages. Issoire possède un bijou architectural: son église romane du XIIe siècle, l'abbatiale Saint-Austremoine, richement peinte à l'intérieur (la déco date de 1859). La route (D716) contourne le centre par des boulevards de ceinture, qui, comme à Riom, ont remplacé l'ancienne enceinte fortifiée depuis le XVIIIe siècle. Il y a là, déjà, comme une douce atmosphère de Sud... Maintenant, la route file dans la direction de St-Germain-Lembron et de Lempdes en remontant le long de l'Allier (D909). L’ancien bitume se camoufle ici bien souvent sous le béton de l’autoroute A75. La chaussée traverse la Couze d’Ardes avant d’entrer dans Saint-Germain-Lembron. Neuf kilomètres au sud, on entre dans le département de la Haute-Loire et on traverse l’Allagnon sur le Grand-Pont construit sous Louis XVI. A Lempdes-sur-Allagnon, la R.N.9 historique de 1959 croise la N102, la route de Brioude et du Puy, une chaussée ouverte à partir de 1732 par l’intendant Trudaine. On y employa, nous explique la Description géographique, statistique et topographique du Puy-de-Dôme, «412 136 journées de manoeuvres à bras et 206 000 journées de voitures à bœufs». Mais cet itinéraire est encore plus ancien, il rejoignait la voie Régordane au Puy grâce à la réalisation, en 1340, du pont de Vieille-Brioude sur l’Allier. De son côté, à la sortie du bourg, la chaussée moderne de la R.N.9 historique entre dans les gorges de l'Allagnon. Cette route, qui date de 1847, est sinueuse à souhait, et le bitume chante sous les roues… Auparavant c’est une autre voie (la D653), grimpant sévèrement par le plateau d’Epsalem et probablement achevée vers 1744 (elle est en tout cas visible sur la carte de Cassini du XVIIIe siècle), qui sert au trafic jusqu’à Grenier-Montgon (continuer la promenade).

Marc Verney, Sur ma route, février 2015

La route n°9 peu avant Lempdes (photo: Marc Verney, octobre 2013).