Ancienne borne de la R.N.89 préservée à Thiers (photo: MV, août 2019).
Le pont de Feurs sur la Loire en direction de Boën (photo: MV, août 2019).

Sources et documents: Atlas des grandes routes de France, Michelin (1959); carte n°73 Clermont-Ferrand-Lyon, Michelin (1937, 1961); carte n°91 Environs de Lyon, Michelin (1951); Aux environs de Lyon, Auguste Bleton, Josse, Coste-Labaume, Dizain et Richard (1892); «Bacs et ponts sur le cours auvergnat de l'Allier au XVIIIe siècle», Franck Imberdis, Revue de Géographie Alpine (1929); «Chroniques valnégriennes», Vivre à Vaugneray-Saint-Laurent-de-Vaux (octobre 2014); Guide Bleu Bourgogne-Lyonnais, Hachette (1965); Guide Vert Auvergne, Michelin (1957); Histoire des routes de France, du Moyen-Age à la Révolution, Georges Reverdy, Presses de l'ENPC (1997); Le pays de Noirétable, Jean-Paul Mazioux, Impressions Dumas (1992); Le réseau routier de l’Auvergne au XVIIIe siècle, Franck Imberdis, Presses universitaires de France (1967); Les routes de France du XIXe siècle, Georges Reverdy, Presses de l'ENPC (1993); Les routes de France du XXe siècle, 1900-1951, Georges Reverdy, Presses de l'ENPC (2007); Les villes et l'économie d'échange en Forez aux XIIIe et XVIe siècles, Etienne Fournial, les Presses du Palais-Royal (1967); Notice historique et statistique du canton de St-Symphorien-le-Château, arrondissement de Lyon, département du Rhône, Nicolas-François Cochard, J.-M. Barret (1827); Recueil de documents statistiques des routes royales et routes départementales, direction générale des ponts et chaussées et des mines, Imprimerie royale (1837); Sainte-Foy-l'Argentière, volume 24 du préinventaire des monuments et richesses artistiques du Rhône (1994); Tassin-la-Demi-Lune: 1900-1940, Groupe de recherches historiques de Tassin-la-Demi-Lune (1994); Tassin-la-Demi-Lune: au fil des rues, Groupe de recherches historiques de Tassin-la-Demi-Lune (1999); Thiers, suivre la pente, Brigitte Ceroni, Silvana Editoriale (2012); araire.org (histoire, archéologie, et patrimoine du pays lyonnais); chabreloche.com; clermont-ferrand.fr; coutellia.fr; duerne.fr; lyonhistorique.fr; mairie-craponne.fr; patrimoine-lyon.org; peschadoires.fr; ville-lempdes.fr. Remerciements: Wikipédia; Wikisara; l’IGN (Géoportail), la BPI du centre Georges-Pompidou, Persée; Gallica et la Bibliothèque nationale de France.

Jolie plaque émaillée de localisation de Boën, située juste à côté de la mairie (photo: MV, août 2019).
Dans les rues de Noirétable (photo: MV, août 2019).

Localités et lieux traversés par la N89 (1959):
Tassin-la-Demi-Lune (N7)
Craponne
Maison-Blanche
Yzeron
Duerne
Sainte-Foy-l'Argentière (N496)
Les Halles
Saint-Martin-l'Estra
Saint-Barthélémy
Feurs (N82)
La Bouteresse
Boën-sur-Lignon
La Fabrique
L'Hôpital
Anzon
Saint-Thurin
Saint-Julien
Noirétable (N81)
Chabreloche
Pont-de-Celles
La Monnerie-le Montel
Thiers (N106)
Pont-de-Dore
La Maison-Blanche
Lezoux
Courcour
Chignat
Pont-du-Château
Clermont-Ferrand (N9, N141)

Sur le pont de la Dore (photo: MV, avril 2009).
Dans les rues de Lezoux (photo: MV, avril 2009).

A VOIR, A FAIRE

Yzeron: à quelques kilomètres de Lyon, les promenades dans les monts du Lyonnais.
Feurs: un peu plus au sud, sur la R.N.82 historique, la ville d’eau de Montrond-les-Bains. La ville dispose d’un hippodrome.
Boën-sur-Lignon: peu avant la ville, le château de la Bastie d’Urfé et sa grotte de rocailles unique en France. Dans la petite cité, le musée des Vignerons du Forez. Ski alpin à la station de Chalmazel et nombreux sites de ski nordique dans les environs.
Noirétable: A 10 km de là, construit entre le XIIe et le XVIe siècle, le château d'Urfé est né du désir d'observer la région depuis un belvédère exceptionnel. Fruit des rivalités entre grands seigneurs, il devient le siège de la famille d'Urfé qui s'imposera comme une des plus puissantes du Forez.
Thiers: le centre-ville se visite à pied: hôtel du Pirou, maison de l’Homme-des-bois; le musée de la Coutellerie et la promenade de la vallée des Rouets (à Chäteau-Gaillard) sur les traces des anciens couteliers; le Creux de l’Enfer et son centre d’art; l’église Saint-Genès; le logis abbatial du Moutier…
Lezoux: le musée départemental de la Céramique; au sud, vers Billom, le château de Ravel.

Clermont-Ferrand:
dans le centre historique, voilà la cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption et, dans le quartier du Port, la basilique Notre-Dame-du-Port. On peut aussi se promener dans la rue Blaise-Pascal (le célèbre mathématicien est originaire de Clermont). Dans le musée Henri-Lecoq, on peut d’ailleurs admirer la pascaline, machine à calculer inventée par Pascal. Les amateurs des choses de la route ne manqueront pas l’Aventure Michelin où l’on retrouvera tout ce qui a marqué l’histoire du célèbre fabricant de pneumatiques. A Montferrand, on trouve l’intéressant musée d’art Roger-Quilliot.

Page de l'encyclopédie des routes Wikisara consacrée à la nationale 89 (lire)
La page de présentation de l'historique et de l'itinéraire de la nationale 89 dans l'encyclopédie en ligne Wikipédia (lire)
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Les belles routes de France...
R.N.89: LA GRANDE CENTRALE (I)
La route nationale 89 des années cinquante «roule» sur les traces de sa prestigieuse ancêtre, la voie romaine de Lyon (Lugdunum) vers l’Aquitaine, œuvre d’Agrippa au Ier siècle. C’est donc un axe routier à l’histoire passionnante et abondante; c’est aussi une voie qui traverse des paysages aux horizons multiples: monts et collines, volcans, plaines, vallées et plateaux d’altitude… Là, toute une géographie française s’affiche face à nous à la manière des ces anciennes cartes Vidal-Lablache qui ornaient les murs des écoles primaires de notre enfance. Alors, «faire» la R.N.89, c’est un peu comme un truc d’initiés, une route labellisée «zéro touristes», authentique et fraîche comme la bise qui frôle les cimes… Première étape de Lyon à Clermont-Ferrand.

La R.N.89 dans la vallée de l'Anzon, entre Boën et Noirétable (photo: Marc Verney, août 2019). En cliquant sur l'image vous pourrez bientôt suivre la deuxième partie du trajet.

Avant, dans les années cinquante à soixante-dix, les gens hochaient la tête d’un air un peu affligé quand on leur disait qu’on allait emprunter la nationale 89… Cette grande voie, qui relie Lyon à Bordeaux n’était pas réputée pour sa facilité. Des côtes qui essoufflent les moteurs et des virages qui s’enfilent sans trêve, sans compter des villages éparpillés tout au long du bitume, sans garantie d’étape reposante… Ca, c’était avant. Avant l’A89, qui, moyennant péage, envisage aujourd’hui Clermont comme une banlieue de Lyon… Ou l’inverse selon que l’on est Auvergnat ou Rhônalpin… Mais, puisque depuis le début de son existence ce site «roule» comme en 1959, on va faire démarrer notre promenade de Tassin-la-Demi-Lune, le début «officiel» de la route nationale 89 de l’époque. Comme l’explique l’ouvrage Tassin-la-Demi-Lune: 1900-1940, l’endroit, qui n’était habité que par des paysans et quelques bourgeois lyonnais l’été venu, naît réellement à la fin du XVIIIe siècle, profitant des activités qui se développent rapidement «autour du nouveau croisement des routes de Paris (R.N.7 actuelle, NDLR) et de Bordeaux». C’est que l’on aménage les lieux de manière importante: en 1781, raconte Tassin-la-Demi-Lune au fil des rues, on engage les travaux de la route de Vaise (actuelle avenue Victor-Hugo), puis «on commence à construire des maisons autour de la place circulaire dessinée au croisement de la route du Forez et de celle du Bourbonnais. Comme le montre le plan de 1806, les premières maisons donnèrent à ce lieu l’aspect d’une demi-lune. Ce nom convenait si bien à la description de l’endroit qu’il fut utilisé aussitôt dans les textes officiels»… Pour expliquer le nom peu commun de l’endroit, il est également signalé que des fortifications en forme de demi-lune y furent édifiées par deux fois, en 1793 face aux troupes de la Convention et en 1814 face aux armées autrichiennes.

R.N.7: LA ROUTE VERS L'AZUR
Troisième partie de notre balade vers l'azur. Après Lyon, finie la grisaille du Nord. Et les températures qui remontent petit à petit... (lire)

«La route de Lyon en Auvergne, nous précise Georges Reverdy dans son Histoire des routes de France, du Moyen-Age à la Révolution, par Yzeron et Duerne et au-delà par Feurs et Boën était dans un état d’aménagement avancé à la Révolution». Voici donc notre «route de Bordeaux», qui file droit en direction de l’Etoile d’Alaï et du pont du même nom. Tout autre était le départ de la voie romaine, indique le site patrimoine-lyon.org; celle-ci débute aux abords du forum antique, situé sur la colline de Fourvière, «emprunte le tracé de l’actuelle rue de la Favorite et de l’avenue du Point-du-Jour en direction d’Alaï». Quant à la route nationale historique, c’est un petit peu plus loin que notre chemin franchit le vallon du ruisseau de Charbonnières. L’ancienne voie (XIXe) y passait par le chemin de la Poterie alors que l’on retrouve un nouveau pont (visible sur une carte postale de 1917) à peine plus en amont qui permet le passage de la D489 actuelle. La voie romaine, toujours proche, passait, elle, le ruisseau à gué puis remontait vers le plateau de Craponne en direction du Tourillon (mairie-craponne.fr).Ici, par une longue ligne droite, la R.N.89 historique coupe quant à elle Craponne jusqu’à la Tupinière par les avenues Edouard-Millaud et Pierre-Dumond (tracé du milieu du XVIIIe siècle signale Wikipédia). De là, c’est encore une ligne droite jusqu’au hameau de Maison-Blanche (écart de Vaugneray). On y trouvait deux auberges, signalent les «Chroniques valnégriennes» publiées dans le journal municipal de Vaugneray. L’une d’entre-elles, le Logis neuf, «était déjà connu au XVIIe siècle». Ce village, placé aux pieds des monts du Lyonnais, a une histoire particulière: «Au XIIe siècle, les lieux deviennent une zone frontière face à l’imposante forteresse d’Yzeron qui dépendait des comtes du Forez», annoncent encore les «Chroniques valnégriennes» … A l’époque en effet, la région lyonnaise, par le biais des comtes de Lyon, était rattachée au Saint-Empire romain germanique. Cette situation perdurera jusqu’en 1312, date du rattachement des Lyonnais à la couronne de France.

La montée vers Yzeron. D'étonnantes bornes kilométriques s'y trouvaient à l'époque de mon passage (photo: Marc Verney, avril 2008).

La longue montée vers Yzeron commence ici. Le Guide Bleu Bourgogne-Lyonnais de 1965 évoque de «très nombreuses sinuosités sans vue en avant. La route, peu large, suit le flanc droit de la vallée parcourue par l’Yzeron». Enfin, au bout d’un moment, «on aperçoit le village, dominé par son clocher juché sur un rocher qui barre le vallon». Dans l’ouvrage Aux environs de Lyon (1892), il est écrit que, «pour monter, le piéton doit préférer la "coursière", le sentier primitif, tracé le long du ruisseau. Il quitte la route au Logis-Neuf, ancienne auberge désaffectée, juste au-dessous de Vaugneray, et s’engage dans l’étroite vallée où l’eau court entre deux combes verdoyantes, empanachées de châtaigniers, coupées de prairies et de cultures». Yzeron fut, au XIXe siècle, une destination de loisir prisée des habitants de Lyon. Un petit tortillard menait à Vaugneray, puis les promeneurs s’en allaient à pied ou avec un attelage en direction des auberges de la région. Il y avait encore huit hôtels à Yzeron dans les années cinquante. On quitte le petit bourg désormais plus apaisé par la route de la Rivière, direction le col des Brosses. Au XVIIIe siècle, la carte de Cassini publiée par le Géoportail de l’IGN semble montrer que notre chaussée atteint le col en passant par le chemin de la Tour et la route du Thiollet. Alors que la voie du XIXe fait un large virage plus au nord. Le col des Brosses est situé à 866 m d’altitude; de là, la route nous emmène vers Duerne. Ce petit village, placé sur le tracé de la route royale dès 1770, a possédé un relais de poste jusqu’en 1850, indique le site araire.org. La première étape de la route, entre Lyon à Feurs, «passait à Alaï, Yzeron, Duerne, Les-Halles et Saint-Martin-Lestra» indique duerne.fr. La rue principale du village s’appelle tout à fait opportunément «route de Bordeaux». Une autre route –tracée à la même époque- partait de Duerne en direction de Montrond. Elle avait, découvre-t-on dans la Notice historique et statistique du canton de St-Symphorien-le-Château, arrondissement de Lyon, département du Rhône, «la préférence sur la première, soit parce qu’elle est moins montueuse, soit parce qu’elle aboutit au passage de Montrond sur la Loire où l’on construit un pont, et que pour arriver à Montbrison, chef-lieu du département, on évite de traverser le Lignon, torrent impétueux que l’on rencontre immédiatement après Feurs». C’est la D34 aujourd’hui.

Le trajet de la R.N.89 entre Lyon et Clermont-Ferrand en 1933 (source: Carte des voies à grande circulation, éditée par le Laboratoire de médecine expérimentale).

Après Duerne, la R.N.89 historique s’oriente en forte descente vers Sainte-Foy-l’Argentière, un tracé que l’on retrouve sur les cartes du XVIIIe et du XIXe siècles. A Sainte-Foy, on rencontre la D389 (ancienne départementale 3) en provenance de l’Arbresle. Cette route, à l’amélioration projetée dès les années 1830, jouera un grand rôle dans le transport entre Lyon et Clermont. Désireux d’éviter les fortes montées et descentes autour d’Yzeron, le trafic marchand va chercher la plus grande commodité: «Depuis que la départementale n°3 a été améliorée entre l'Arbresle et Sainte-Foy-l'Argentière, la plupart des voituriers suivent la route nationale 7 de Lyon à l'Arbresle et la départementale jusqu'à Sainte-Foy où ils prennent la route n°89» signale ainsi le volume 24 Sainte-Foy-l'Argentière du préinventaire des monuments et richesses artistiques du Rhône. C’est d’ailleurs un peu pour ça aussi que ce bout de route (l’Arbresle à Montrond) a porté le n°89 de 1972 à 2006… A la sortie, il faut donc bien suivre la D489 vers Feurs pour «coller» au tracé de 1959! On notera au passage que le village de Sainte-Foy, raconte le site cc-montsdulyonnais.fr, «s’est surtout développé dans les années 1750, lorsque le comte de Fenoyl relança l’exploitation de la mine de charbon, d’abord à ciel ouvert, puis avec des puits qui descendaient jusqu’à 600 mètres de profondeur» (il subsiste un terril). On passe au large de Souzy, dans le village des Halles… puis voilà le ruisseau du Pont-Lyonnais qui sert de limites départementales entre le Rhône et la Loire.

Plaque de cocher de la R.N.89 dans le centre de Feurs (photo: Marc Verney, avril 2008).

La commune de Saint-Martin-Lestra est la première traversée dans la Loire. La dénomination de ce village indique que l’on est ici très probablement sur le tracé de l’ancienne voie romaine de Lyon à l’Aquitaine (Wikipédia). Entre Lyon et Feurs, détaille le site lyonhistorique.fr, cette voie «suivait un tracé rectiligne jusqu’à Grézieu-la-Varenne, passait la barrière montagneuse des monts du Lyonnais au niveau de Saint-Bonnet-le-Froid, puis coupait la Brévenne à La Giraudière. Après Brussieu, on suit la D636 (lieu-dit le Grand-Chemin), et l'on rejoint la D81 juste avant Saint-Laurent-de-Chamousset. On traverse la Bourdelière, puis Haute-Rivoire, on passe le Pont-Lyonnais, et on arrive à Saint-Martin Lestra, puis Saint-Barthélémy-Lestra. Ensuite, la voie file droit jusqu’à Feurs (D89)». Cette voie a servi jusqu’au XVIIe siècle au moins. On entre dans Feurs par la rue René-Cassin. L’originalité de cette rue est qu’elle est coupée par un passage à niveau en pleine ville jouxtant la petite gare de la cité. On continue vers le cœur de Feurs par l’avenue Jean-Jaurès. «La ville de Feurs, indique le site municipal, fut à l’origine une bourgade gauloise, puis une ville gallo-romaine. Bien située à un important carrefour de voies la ville a connu une prospérité rapide. Dès le IIe siècle elle atteint d’ailleurs une taille sensiblement équivalente à celle d’aujourd’hui». Il faut quand même attendre le XIIe siècle et un premier texte médiéval pour apprendre que Feurs possède un château permettant de «surveiller les anciennes routes de Lyon, Roanne, Saint-Germain-Laval, Thiers, Clermont-Ferrand». Puis sont mentionnés pour la première fois les marchés de la cité. Au XIVe siècle, au moment de la guerre de Cent ans, le bourg se dote de remparts. Au XVIe siècle, c’est le rattachement officiel du Forez au royaume de France. En 1830, la construction du pont (à péage et qui remplace un bac) sur la Loire permet d’ouvrir des communications plus aisées avec Boën, Noirétable et Thiers. Un panneau d’information situé à côté du pont actuel signale qu’il s’agit d’un ouvrage suspendu à plancher de bois réalisé par la société Seguin. Il résistera aux crues de 1846 et 1907. Un remplaçant en pierre (plus large et plus pratique) sera inauguré le 19 juin 1927 à la suite d’un concours lancé dans les années vingt mais avec une autorisation de construction accordée dès 1914, indique Georges Reverdy dans son livre Les routes de France du XXe siècle, 1900-1951.

R.N.82, RACCOURCI VERS L'AZUR
En 1959, l'automobiliste qui roule vers "la Côte" a le choix entre deux points de passage: Lyon ou suivre le raccourci de la Route bleue par Saint-Etienne et le redoutable col de la République... (suivre)

Après la traversée de la Loire, une longue ligne droite nous emmène jusqu'à Boën (photo: Marc Verney, août 2019).

Après le pont, commence une interminable ligne droite jusqu’à Boën-sur-Lignon (D1089). Le chemin ancien, bien moins rectiligne que la chaussée visible sur la carte d’état-major du XIXe siècle publiée par le site de l’IGN, suit peu ou prou la route actuelle. Sauf au niveau du Lignon (qu’il ne franchit pas immédiatement) où il pique au nord pour rejoindre le lieu-dit Port-Lignon (vers Naconne) où il aboutit au bord de l’eau de la rivière. La Loire étant traversée un peu plus au sud au port de Bigny, dit l’ouvrage Les villes et l'économie d'échange en Forez aux XIIIe et XVIe siècles. Au pied des monts du Forez, voilà maintenant Boën-sur-Lignon. La commune s’est développée le long de la voie romaine de Lyon à Bordeaux via l’Auvergne, écrit le site boen.fr. «Cette chaussée traversait la ville par la rue du Huit-Mai-1945, la place Carnot et la rue de Clermont» indique encore ce site. Au XIVe siècle débute le chantier des murailles de la ville, obtenu par Amédée de Couzan. Un siècle plus tard, sont signalées les premières auberges de la cité. On doit à Joseph-Marie Terray, l’impopulaire ministre des finances de Louis XV (on le surnommait vide-gousset!), originaire de Boën, le projet de route royale de Lyon à Bordeaux; il fit aussi reconstruire en 1745 le pont de bois de Chosieu sur le Lignon qui portera désormais son nom. «Vers 1818, relate encore boen.fr, l’enceinte de Boën fut presque toute détruite. En 1819 fut institué un octroi pour les boissons et le bétail. Entre 1817 et 1819 fut envisagée l’ouverture de la rue de Clermont, et réalisée aux frais de l’Etat, achevée en 1848-49. Ces travaux, qui entamaient la colline rocheuse, demandèrent d’importants terrassements. Ce nouvel axe de traversée restructura fondamentalement la ville, entraînant la disparition d’une soixantaine de maisons, de la halle et de quelques rues étroites. Nombre de maisons existantes furent surélevées, leur façade harmonisée avec les nouvelles qui bordaient le nouvel axe». En quittant Boën, on remonte aujourd’hui la vallée de l’Anzon. Cela n’a pas toujours été le cas, des itinéraires anciens ont été analysés par Franck Imberdis, dans son excellent ouvrage Le réseau routier de l’Auvergne au XVIIIe siècle. Selon lui, avant la route royale, il y avait deux possibilités pour relier Lyon à Thiers. Le premier chemin quittait la vallée de l’Anzon à la hauteur de l’Hôpital-sous-Rochefort (on y remarque une mention «voie romaine» sur les cartes) pour grimper vers le village de Saint-Didier-de-Rochefort et les hameaux de la Post et de la Courtade. De là, la voie rejoignait Ricornet-Rambaud, «où l’on trouvait un relais de poste en 1714 et 1724». Puis, de là, allait vers Pradal et passait au pied des ruines du château féodal de Montguerlhe (où se trouve un lieu-dit le Péage). Enfin, la descente vers Thiers se faisait en lacets. Un deuxième itinéraire, «moins documenté», raconte Imberdis, oubliait Feurs et Boën en utilisant la route de Paris à Lyon par le Bourbonnais jusqu’à Roanne et en joignant Thiers par Saint-Just-en-Chevalet.

Ancien pont de la R.N.89 délaissé par le nouveau tracé (photo: Marc Verney, août 2019).
Ancienne indication touristique avant le bourg de Saint-Thurin (photo: Marc Verney, août 2019).

La construction de la route royale (du milieu à la fin du XVIIIe siècle) sera l’objet de moult atermoiements. Si, côté Auvergne, poursuit Franck Imberdis, on travaille avec énergie de 1740 à 1754 sur les tronçons avant et au-delà de Thiers vers Chabreloche en remontant petit à petit la vallée de la Durolle, côté Forez, on hésite encore entre la vallée de l’Anzon et Roanne. Et, dans un premier temps, c’est l’option Roanne qui l’emporte avec la mise en service en 1765 d’une nouvelle chaussée où roule le service des postes. Mais, assez vite, on ne se satisfait pas de cet itinéraire accidenté. Entre 1770 et 1777, on travaille donc à ce qui sera le tracé actuel de la R.N.89 historique par Yzeron, Feurs, Boën… Autour de Thiers et entre Noirétable et Chabreloche, les aménagements sur la route de la vallée ne seront achevés qu’après la Révolution sous l’Empire et la Restauration… Mais reprenons le fil de notre voyage: voilà maintenant l’Hôpital-sous-Rochefort que la nouvelle route royale ne fait que frôler. Situé sur l’ancienne voie, le village, où se trouvaient «des hostelleries et des auberges dans le faubourg nord-ouest», aurait hébergé Montaigne en 1581 à son retour d'Italie (Wikipédia). Puis voici les bourgs de Saint-Thurin et de Saint-Julien qui précédent notre arrivée à Noirétable. Ici, le vert profond est la couleur dominante. Notre voie se faufile entre des petites montagnes recouvertes d’épaisses et sombres forêts. Il faut puiser les origines de Noirétable dans le petit hameau de la Post, situé quelques kilomètres au sud-ouest, raconte Jean-Paul Mazioux dans Le pays de Noirétable. On l’a déjà vu, ce hameau est positionné sur l’ancienne route de Lyon à Clermont utilisée jusqu’au XVIIe siècle et servait de relais. On y trouvait, écrit Mazioux, «deux hostelleries, une chapelle, un chirurgien, un maréchal-ferrand, un barbier et des commis de douane près du maître de poste». Les voyageurs ont narré leurs aventures dans ces contrées, ainsi l’Anglais Abraham Gölnitz (cité dans Le pays de Noirétable): «Cette route est pénible pour le voyageur, tant les montagnes sont mêlées aux vallées. En effet, à chaque pas, la plaine est coupée par quelque montagne, à laquelle succède encore une autre plaine»…

Encore beaucoup de verdure quelques kilomètres avant Noirétable (photo: Marc Verney, août 2019).
Ancienne indication routière à l'entrée de Noirétable (photo: Marc Verney, avril 2009).

Le bourg de Noirétable (Nigrum Stabulum) n’existait donc pas avant le Moyen Age. Jean-Paul Mazioux indique dans son ouvrage que les terres furent occupées au XIe siècle par des moines de l’abbaye de Cluny qui y bâtirent une église. Et, peu à peu, les populations viendront s’établir autour des bâtiments religieux. En 1930, Noirétable, traversée depuis la fin du XVIIIe siècle par la route Lyon-Clermont, reçoit le label «station climatique»… La «perle du Haut-Forez» peut s’enorgueillir, encore aujourd’hui d’un environnement préservé au sein du parc naturel régional Livradois-Forez. Dix kilomètres de chaussée ondulante nous emmènent vers Chabreloche, premier village du Puy-de-Dôme. De création récente (1876), la commune est une émanation d’Arconsat; «trois familles, dit le site chabreloche.com, sont venues s’installer au XVIIIe siècle, non loin de la Durolle, au carrefour de la route venant de Roanne et de la route royale de Lyon à Clermont, en un lieu qu’on appela d’abord Clermont ou Clermont-de-Celles». On sent désormais que Thiers s’approche… depuis la Monnerie-le-Montel, on ne compte plus les façades des maisons anciennes portant le mot «coutellerie»… La route (D2089) longe des dizaines de façades grises, marquées par le temps, où opéraient les maîtres couteliers. Après, la fin de la «vallée des Rouets» est nettement plus spectaculaire: la route s’agrippe au flanc abrupt de la vallée, passe et repasse sur la ligne de chemin de fer… Cette chaussée est surnommée le «cordon», raconte le passionnant ouvrage Thiers, suivre la pente. Des études sont menées dès 1732, explique le livre. Il s’agit de remplacer un ancien chemin des XVIIe et XIIIe siècles passant par les Horts, la rue du Point-du-Jour en direction de Saint-Rémy.  L’adjudication des travaux de cette route «qui n’en finit pas de serpenter à flanc de montagne, entaillant les versants très abrupts de cette zone» sera passée en 1735. Mais, continue l’ouvrage, «la réalisation est lente». De 1773 à 1780 de nouvelles retouches sont nécessaires afin d’élargir la route. La réception de ces travaux a lieu en 1790, après le début de la Révolution. Pour Franck Imberdis cependant, ces travaux ne seront achevés que sous l’Empire et la Restauration (Le réseau routier de l’Auvergne au XVIIIe siècle)... Plus tard, au début du XIXe siècle, continue Thiers, suivre la pente, des travaux d’envergure sont menés dans le centre de la ville, un immense mur de soutènement, appelé communément le «Rempart»  va ainsi être élevé afin de supporter le tracé de la route Lyon-Bordeaux par les rues Terrasse et Camille-Joubert.

Borne de limites départementales entre la Loire et le Puy-de-Dôme (photo: Marc Verney, août 2019).
Entrée de Chabreloche et ancienne publicité peinte pour la ville de Vichy (photo: Marc Verney, avril 2009).
Ancienne signalisation Michelin de 1928 (photo: Marc Verney, avril 2009).

Thiers, écrit Wikipédia, est établie au débouché des gorges de la Durolle «en partie sur un site gaulois, gallo-romain puis mérovingien, un premier bourg fortifié est construit à l'emplacement de l'actuel quartier du Moutier sur le tracé de la voie romaine reliant la plaine de la Limagne au bassin lyonnais via les monts du Forez». «Pillée et incendiée par les Francs en 532», raconte le Guide Vert Auvergne, l’évêque de Clermont y fait bâtir par la suite «un sanctuaire autour du tombeau du martyr saint Genès». Plus tard, un château-fort y voit le jour, siège d’une puissante baronnie. Thiers est donc constituée d’une «ville haute», caractérisée par un important quartier médiéval ceint de remparts, et d’une «ville basse». L’industrie de la coutellerie se développe dans la région dès le XVe siècle grâce aux eaux abondantes et rapides de la Durolle. Le succès de cette industrie, qui va supplanter la papeterie, va grandissant, explique le site coutellia.fr: «Vers le milieu du XIXe siècle, la majorité des couteaux de paysans de France provient des ateliers de Thiers». Une activité qui s’est maintenue au fil des siècles: en 1957, découvre-t-on dans le Guide Vert, il y a encore «environ 600 fabricants ou artisans et un nombre à peu près égal d’ateliers familiaux n’employant pas de main-d’œuvre salariée». On quitte la ville haute de Thiers par l’avenue des Etats-Unis (surnommée la «Russie»), tracée «vers 1778» (Thiers, suivre la pente) qui serpente jusqu’à la plaine de la Limagne. Ce chemin remplace les anciennes montées, comme le «Pavé» de la rue Rouget-de-l’Isle ou les «Chemins neufs» des avenues Béranger et Philippe-Dufour. Dans la plaine, on retrouve les avenues Léo-Lagrange et Général-de-Gaulle, situées sur le tracé de la voie antique de Lyon à l’Atlantique.

Entre Chabreloche et Thiers, les traces de l'industrie de la coutellerie sont omniprésentes: c'est la fameuse vallée des rouets, du nom de cette machinerie mue par la force motrice de l'eau et qui servait à réaliser les couteaux (photo: Marc Verney, août 2019).
L'emplacement de l'ancienne borne de la R.N.89, au début de la rue de Lyon, à Thiers (photo: Marc Verney, août 2019).
Magnifique table d'orientation des années trente donnant sur la Limagne (photo: Marc Verney, août 2019).

A 6 kilomètres de Thiers, voici le passage sur la rivière Dore.  Le village de Peschadoires, situé juste à côté, fut un «important lieu de pêche» (comme son nom l’indique d’ailleurs, auront remarqué les latinistes)… Selon le site peschadoires.fr, «une digue y arrêtait la remontée des saumons et des canaux latéraux dirigeaient ceux-ci vers des réservoirs qui permettaient aux riverains de faire des pêches miraculeuses». Outre le flottage du bois, soumis à péage, le «droit de bacquin», qui était perçu par le seigneurs des lieux, la Dore (aux grandes eaux) servait aux exportations de la ville de Thiers. Au début du XVIIIe siècle, signale encore peschadoires.fr, des chantiers de construction navale y réalisaient les «sapinières», ces bateaux de transport d’un seul voyage qui étaient vendus une fois à destination. A Pont-de-Dore, lieu de passage de la R.N.89 (D2089), l’ouvrage actuel date du milieu du XIXe siècle. Auparavant, les ponts de bois, souvent emportés par les crues, imposaient le passage par bac ou à gué, écrit peschadoires.fr, qui cite Montaigne: en octobre 1573, parlant de sa «traversée de la rivière en bateau». Après avoir laissé filer sur la gauche, la R.N.106 en direction de Courpière et Ambert, la route de Clermont traverse le Néron et s’incline au sud-ouest, délaissant un temps le chemin antique (mais utilisé jusqu’au XIXe), absolument rectiligne jusqu’à Lezoux. Par là, le Recueil de documents statistiques des routes royales et routes départementales de 1837, outre l'absence de pont sur la Dore, signale plusieurs parties de la route «en lacune» sur la rive gauche de la Dore vers la côte de Néronde et au-delà sur les côtes de la Malgoutte (Wikisara évoque des travaux en 1847).

Dans le département du Puy-de-Dôme, les plaques en lave émaillée sont souvent très bien conservées (photo: Marc Verney, avril 2009).

La route royale (XVIIIe) entre dans Lezoux. C’est aujourd’hui la D336. Au IXe siècle, lit-on sur le site auvergne-centrefrance.com, «des prêtres d’Evreux fuyant les invasions normandes amenèrent à Lezoux les reliques de Saint-Taurin qui devint dès lors l’objet d’un culte particulier. Le bas Moyen-Age se caractérise par la mise en place de plusieurs seigneuries sur la commune. Soucieux d’asseoir son autorité, Philippe Auguste en fit une ville royale». Au XVIe siècle, désormais fortifiée, Lezoux fait partie de l’assemblée «des treize bonnes villes d’Auvergne». Puis Louis XIV la cède à Jean Ribeyre, seigneur de Fontenilles. Celui-ci y facilite l’installation d’un couvent de l’ordre de Saint-Augustin et y fait construire un hôpital tenu par des religieuses. «Avec ses trois foires, son marché et son péage seigneurial sur la route de Clermont, Lezoux fut un bourg très animé», raconte encore auvergne-centrefrance.com. Mais Lezoux est surtout connu pour avoir été, pendant près de 2000 ans, un grand centre de fabrication et d'exportation de poteries. A l'époque gallo-romaine, plus de 1200 potiers y ont produit des céramiques... On sort du bourg par la rue Georges-Clémenceau. La route de Clermont (D2089) nous emmène maintenant vers Chignat et le franchissement de l’Allier à Pont-du-Château. Là, nous raconte Franck Imberdis dans un article de 1929, «Bacs et ponts sur le cours auvergnat de l'Allier au XVIIIe siècle», «le nom même du bourg de Pont-du-Château (Castrum Pontem), immuable depuis le Moyen Age, nous révèle l’existence en ce lieu d’un passage très fréquenté». Un premier pont existe jusqu’au XVIe siècle, dit Imberdis; et, malgré les doléances de l’intendant d’Auvergne, ce n’est qu’à partir de 1765 qu’un nouvel ouvrage se construit et remplace le bac. A côté de ce passage principal, on trouvait deux autres bacs qui avaient pour mission de suppléer à la traversée principale: le Dallet au sud et Saint-Aventin au nord. Pour ce dernier, qui semble jouer un rôle majeur, Imberdis cite une lettre de l’intendant au contrôleur général: «Ce bac est très utile (…) pour toutes les voitures venant de Lyon et en deçà de la rivière, le chemin qui conduit au Pont-du-Château étant presque impraticable surtout dans les saisons de pluie». Possession du roi de France au XIIIe siècle, le lieu est fortifié et devient une véritable citadelle avec son château et de nouvelles enceintes voulues par Philippe-Auguste.

La plaine de la Limagne vers Clermont-Ferrand (photo: Marc Verney, avril 2009).

Dès la sortie de Pont-du-Château, la banlieue de Clermont-Ferrand nous happe, avec ses ronds-points multiples et ses bretelles d’autoroute… Pour rester fidèle à la R.N.89 de 1959, il faut suivre l’avenue de l’Europe (D766) vers Lempdes, où l’on produisait –entre XVIe et XIXe siècles- du vin exporté depuis Pont-du-Château vers Paris par voie fluviale. Le bourg, explique encore le site internet de la ville, «vit aussi se créer en 1921, la première ligne d’autocar de la région (et une des premières de France), avec un service quotidien puis biquotidien Lempdes–Clermont». Après avoir longé l’aérodrome, doté en 1916 d’une piste en dur par Michelin qui y fabriquait des avions Bréguet, on entre dans Clermont par l’avenue Edouard-Michelin qui passe sous les voies de la gare de fret. A peine sommes-nous arrivés à Clermont que nous avons déjà écrit deux fois le nom de la célèbre entreprise, pionnière du pneumatique et de la carte routière… Ce n’est pas un hasard tant le succès d’une société familiale va marquer une région toute entière… au XIXe siècle, il existe dans la ville une fabrique de machines agricoles et de produits en caoutchouc. Au bord de la faillite en 1886, elle est rachetée par Edouard et André Michelin, les petits-fils du fondateur. Ceux-ci relancent l’activité avec l’invention -en 1891- du pneumatique démontable pour les bicyclettes, un système adapté à l'automobile en 1894. Puis viendront les cartes pour cycles et automobiles, la relance de Citroën, la signalisation routière…

Plan de 1935 montrant l'entrée de la R.N.89 dans Clermont-Ferrand (Imprimerie moderne, signalé dans le domaine public sur le site Gallica de la Bibliothèque nationale de France).

La ville actuelle de Clermont-Ferrand est née de l’union des deux villes, Clermont et Montferrand, une décision prise par Louis XIII, et confirmée sous Louis XV, écrit le site des archives départementales du Puy-de-Dôme. Pour sa part, Montferrand «doit sa fondation aux crises successives qui opposèrent les comtes d'Auvergne à l'évêque qui régnait sur la ville de Clermont». Les diverses tentatives pour s'emparer de Clermont ayant échoué, le comte Guillaume VI décide alors de rivaliser en construisant une rivale sur une butte voisine propice aux fortifications. Clermont, elle, relatent les archives départementales, «remonte à l’antiquité et prend le caractère d’une ville épiscopale». La plus ancienne mention de l’existence de Clermont figure dans les écrits de Strabon, au Ier siècle. La ville, dénommée Nemossos, est qualifiée de «métropole» des Arvernes. Au cours du Ier siècle, elle prend la dénomination d’Augustonemetum et connaît une phase d’extension jusqu’au milieu du IIIe siècle. La ville médiévale, enserrée dans une enceintes aux cinq portes, est beaucoup moins développée (3 ha et 700 habitants) que la cité gallo-romaine, qui a une population comprise entre 15.000 et 30.000 habitants… A cette époque, l’itinéraire antique vers Saintes et l’Atlantique passe par Limoges, écrit Georges Reverdy dans l’Histoire des routes de France, du Moyen-Age à la Révolution. Il faut remonter à 1748, dit encore le même auteur dans son histoire des Routes de France du XIXe siècle, pour qu’émerge «la première idée d’une route de Clermont à Bordeaux par Laqueuille, Bourg-Lastic et Eygurandes alors que tout le trafic lyonnais passait par Limoges et qu’il n’y avait presque aucune relation entre Clermont et la région Tulle-Brive». Mais c’est d’abord dans la ville que les intendants royaux vont modifier la physionomie de Clermont. Si la place de Jaude, lieu de rendez-vous préféré des Clermontois voit le jour à partir de 1663, c'est au XVIIIe siècle que se tiennent d'imposants travaux d'urbanisme, «dont la transformation de l'emprise des remparts et des fossés en voies publiques», explique le site clermont-ferrand.fr. A la Révolution, sont percées de nouvelles avenues, ce qui aboutit au dégagement de la partie centrale de la ville. Dans les années cinquante, la traversée de l’agglomération clermontoise, indiquée dans le Guide Vert pour la route Lyon-Bordeaux, passe par la rue Montlosier, l’avenue des Etats-Unis, la place de Jaude, l’avenue de la Libération en direction de Beaumont et Ceyrat. Ici débute la deuxième partie de notre périple sur la R.N.89 historique (à suivre)!

Marc Verney, Sur ma route, septembre 2019

R.N.9: SILLON D'AUVERGNE
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R.N.89: LA GRANDE CENTRALE (II)
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