Ancienne plaque routière de la RN77 à Sedan. (photo: MV, janvier 2008).
AUX LECTEURS: les textes, photos et dessins de ce site sont soumis au droit d'auteur. Pour toute autre utilisation, contacter l'auteur de Sur ma route. Merci de votre compréhension...
Documentation écrite utilisée: Atlas des grandes routes de France (Michelin, 1959), Atlas routier France (Michelin, 2010), Routes et ponts n°96 (Michelin, janvier 1945), Guide du Routard Belgique (Hachette, 2008), Guide Bleu France automobile (Hachette, 1954), le Petit Futé Champagne-Ardenne (NEU, 2002), l'encyclopédie en ligne Wikipédia, le site cheminsdememoire.gouv.fr, le site lechesne.08.pagesperso-orange.fr.
Une vieille plaque Michelin à Sedan. Il y en a une autre dans la ville: celle qui indique la voie menant au château. Photo: Marc Verney, janvier 2008.
Voilà l'itinéraire de la RN77 historique de Bouillon à Châlons.


Les belles routes de France
R.N.77: LA PERCEE DES ARDENNES (I)
En 1959, la RN77 relie la Belgique (vers Bouillon) à Nevers, en passant par Sedan, Châlons, Troyes, Auxerre, Clamecy... Une sacrée percée de 395 kilomètres souvent mise à profit par les envahisseurs venus de l'Est!!! C'est aussi un bel itinéraire transversal comme on les aime qui nous fait décourir certaines des plus jolies villes de la Champagne et de la Bourgogne. Ce séduisant macadam, largement déclassé, permet de glisser tout en douceur des rudes coteaux ardennois à la douceur des bords de Loire. Tentant, non? Voici la première partie, de Bouillon à Châlons-en-Champagne (à l'époque on disait Châlons-sur-Marne).

A Sommesous, le panneau indicateur de la N77 continuait -en 2006- à évoquer Châlons-sur-Marne et non Châlons-en-Champagne (photo: Marc Verney, novembre 2006). En cliquant sur l'image vous continuez la promenade de la N77 historique!

La promenade doit vraiment commencer à Bouillon, côté Belgique. Il serait vraiment dommage de négliger ce petit bourg ardennais, aimablement situé dans une boucle de la rivière Semois et dominé par un château-fort du VIIIe siècle. D'ailleurs, la cité, au passé prestigieux (on se rappelle Godefroy de Bouillon, parti en croisade à la reconquête des lieux saints), a été quand même française jusqu'en 1830! Pour sortir de Bouillon (si l'on est pressé), rien de plus facile: la quatre-voies n°89, puis la N58 conduisent directement à Sedan. Mais ce macadam-là ne suit que partiellement le tracé originel de la RN77 de 1959... Il est donc beaucoup plus amusant de prendre la route de la forêt de Sedan (départementale 4 en France) qui, en outre, permet d'imaginer au mieux les cavalcades successives des armées germaniques venues par là taquiner l'ennemi français...
Les abords de Sedan, c'est effectivement un peu la honte pour les troufions bleu-blanc-rouge... Trois fois perdue (1870, 1914 et 1940), la ville est marquée au fer rouge par la guerre. On rattrape le tracé de la RN77 (D977) un peu en amont du village de La Chapelle. Puis la chaussée entre dans Givonne, le bourg qui précède Sedan. On ne va pas raconter toute l'histoire -tumultueuse- de Sedan! Mais il faut savoir que, puissamment fortifiée dès le XVe siècle, la cité, devenue haut lieu du calvinisme, fut surnommée "la petite Genève"... Le promeneur de la N77 historique ne peut rater le château, construit à l'origine par les ducs de La Marck. C'est aujourd'hui, le plus grand édifice fortifié d'Europe resté encore debout (il n'a été rendu à la "vie civile" qu'en 1962). Dernier petit rappel historique: 1er septembre 1870, Napoléon III y capitule devant les armées prussiennes, en 1914, la ville est occupée sans coup férir par les troupes allemandes, tout comme en mai 1940, où de durs combats ne ralentissent que peu les blindés du général Guderian qui y percent le front, franchissent la Meuse et y amorcent la victorieuse campagne de France. Plus récemment, il faut noter que Sedan est la ville de naissance de Yannick Noah, l'un des Français parmi les plus appréciés.

R.N.64: DES ARDENNES AUX VOSGES
La route nationale 64 de 1959 traverse les plus grands champs de bataille français et nous emmène au pied des Vosges par la jolie forêt de Darney (lire)

Notre très pacifique véhicule n'aura, lui, pas de soucis pour sortir de Sedan. La route nationale 77 historique prend la direction de Chémery-sur-Bar. La chaussée serpente le long d'une jolie vallée environnée de douces collines boisées. A la hauteur de Chémery, de l'autre côté du canal des Ardennes, non loin du village de Malmy, on peut voir une église romane du XIIe siècle dressée en pleins champs. Puis, avant Tannay, c'est la traversée de la forêt du Mont-Dieu. Détail intéressant: c'est là qu'une météorite de fer, la plus grosse d'Europe (avec 435 kg), a touché le sol terrestre... En mai 1940, de durs combats liés à la percée de Sedan s'y sont déroulés: à Stonne, sur la D30 voisine, les blindés français et allemands s'opposent violemment. Entre le 15 et le 18 mai le village changera 19 fois de mains!!

Gros plan sur la plaque émaillée de Chémery. Photo: Marc Verney, janvier 2008.

On continue beaucoup plus paisiblement en direction du bourg de Le Chesne. Le nom de la petite cité viendrait du latin "catimus", soit l'endroit formant une cuvette. Le lieu doit notamment son développement précoce au passage de la voie romaine Reims-Trèves. L'offensive allemande de mai 40 crucifie la paisible bourgade: la ligne de front tiendra ici jusqu'au début de juin 40. Mais à quel prix! Sur les 372 maisons, 46 seulement resteront habitables... Encore un détail notable, qui lie cette fois l'histoire de cette route au Jura: natif du Chesne, le zouave Léopold Coco se couvrira de gloire près d'Arbois, face aux troupes allemandes en janvier 1871. Seul, il affronte un peloton de reconnaissance prussien à Montigny-lès-Arsures. Le vaillant soldat est enterré dans le cimetière du village jurassien, aujourd'hui connu dans le monde entier pour ses vins conçus à base du cépage trousseau... Enfin, l'écrivain Emile Zola, dans son roman La Débâcle, fait passer une nuit au Chesne à Napoléon III, aux alentours du 28 août 1870, peu avant la défaite de Sedan.

De jolis paysages nous accompagnent jusque sur les bords de l'Aisne. Voilà Vouziers, installée de part et d'autre de la rivière. Au Moyen Age, nous dit le site de la ville, la cité était un carrefour des marchés du blé. En avril 1516, François Ier y rétablit les foires et marchés, assurant de ce fait la prospérité de Vouziers pour des générations. Aux XVe et XVIe siècles, la cité était aux limites du royaume de France, ce qui lui donnera un peu d'autonomie. Beaucoup plus tard, le célèbre aviateur Roland Garros y est tué lors d'un combat aérien en octobre 1918. On peut voir sa sépulture dans le cimetière de l'agglomération. Un Vouzinois célèbre: Jean Robic, vainqueur du Tour de France 1947.

De Vouziers à Mazagran, la RN77 historique se confond provisoirement avec la nationale 46 (auj. D946) sur une distance de 9 kilomètres. En tous cas, voilà les grandes plaines qui s'annoncent. Le carrefour de ce minuscule lieu-dit marque en effet la frontière naturelle entre la Champagne crayeuse ardennaise, aux immenses territoires agricoles et l'Argonne ardennaise boisée et touristique, à la géographie plus accidentée. La N77 plonge vers le sud: direction Châlons. Dix-huit kilomètres plus loin, nous voici à Sommepy-Tahure, aux portes du gigantesque camp militaire de Suippes. Là encore, origine latine: Sommepy vient de Soman Pynus (La source de la Py). l'autre nom accolé (Tahure) provient d'un village détruit pendant la Première Guerre mondiale (les ruines de celui-ci se trouvent maintenant dans le camp de Suippes).

A Suippes. Photo: Marc Verney, septembre 2008.

La RN77 va longer le camp militaire durant une petite quinzaine de kilomètres. Pas beaucoup de reliefs à se mettre sous la dent... D'une superficie de 13 500 ha, Suippes est l'un des plus grands camps de France. Les armées s'y entrainent au tir d'artillerie (bouchez-vous les oreilles...). Brisant la ligne d'horizon, voilà, peu avant Souain-Perthes-lès-Hurlus, le monument Navarin, composé d'une imposante pyramide surmontée d'un groupe de trois statues en bronze. L'ossuaire qui s'y trouve rappelle l'engagement des troupes françaises lors des âpres combats de Champagne de la guerre 14-18. Ces sillons de terre agricole, arrosés de sang, nous amènent aux abords de Châlons-sur-Marne (auj. Châlons-en-Champagne).

A quatre kilomètres à l'est du tracé rectiligne de la N77, le village de La Cheppe abrite le "Camp d'Attila", non loin de la voie romaine Reims-Toul-Metz qui le longe au nord. Là, selon certains historiens, se serait déroulée la bataille des champs Catalauniques opposant en 451 les troupes gallo-romaines aux sauvages Huns emmenées par Attila (vous savez, l'herbe qui ne repousse pas...). Après Saint-Etienne-au-Temple, voilà Châlons-en-Champagne (ou anciennement Châlons-sur-Marne), objectif de la première partie de notre grande promenade. Ici, l'histoire s'écrit en milliers d'années. Initialement placée au croisement de plusieurs voies romaines, la ville s'étend assez rapidement dès l'époque moyenâgeuse, malgré le terrain, marécageux. Plus tard, aux XVIIe et XVIIIe siècles, les Châlonnais bâtiront de fort belles demeures à pans de bois, en appareillage champenois ou en pierre régionale... C'est également là que la RN77 croise les R.N.3 et 33 historiques (aujourd'hui D3 et D933).

R.N.3: REJOUER LES TAXIS DE LA MARNE
La route nationale 3 relie Paris à l'Allemagne en passant par Verdun et Metz. Que des terres de batailles mais voilà, l'Est nous attire! Paysages bucoliques et vieilles pierres y sont légion...(lire)

RN33: UN AIR D'EMPIRE...
La route nationale 33 va de la Ferté-s-Jouarre à Châlons. Des plaines marquées par le sang des ultimes batailles de Napoléon en 1814...(lire)

Les visites guidées concoctées par l'office du tourisme sont fortement conseillées! On s'extirpe de la ville par le pont sur la Marne. La route nationale historique s'élève peu à peu sur la plaine de la Champagne pouilleuse. Pour le Guide Bleu France automobile, le parcours est "rectiligne et monotone"... Mais, voici Troyes, la magnifique, qui s'annonce... (à suivre)

Marc Verney, Sur ma route, septembre 2010


Continuer la promenade sur la N77 historique (clic!)
Retour vers la page principale du site (clic!)