Panneaux Michelin de l'ancienne R.N.28 situés à Lederzeele (photo: MV, janvier 2019).
La R.N.28 dans le pays de Bray (photo: MV, janvier 2019).
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Publicité murale Antar à Abbeville (photo: MV, janvier 2019).

A VOIR, A FAIRE

Rouen: malgré plusieurs bombardements et incendies, la vieille ville, avec ses 2000 maisons à pan de bois, a un cachet certain. La rue du Gros-Horloge est certainement la plus visitée de la cité… Au XIVe siècle déjà, on y passait près du beffroi (l’arche qui enjambe la rue est du XVIe) qui était déjà doté du mécanisme sonnant les heures et les quarts d’heure. Non loin, se trouve la cathédrale, avec sa célèbre façade qui inspira le peintre Monet. A visiter également, le quartier de l’église Saint-Maclou et ses maisons anciennes qui s’égrènent au fil des rues. Un peu au nord, voilà l’abbatiale Saint-Ouen (XIVe). Les nombreux musées ne manquent pas d’intérêt: l’Historial Jeanne-d’Arc évidemment, le musée des Antiquités, le musée des Beaux-Arts, le musée Le-Secq-des-Tournelles (ferronnerie), le musée de la Céramique, le musée Maritime, fluvial et portuaire… On ne ratera pas le palais de justice-Parlement de Normandie, la place du Vieux-Marché (où Jeanne d’Arc fut brûlée vive en 1431, l’hôtel de Bourgthéroulde. A une quinzaine de kilomètres en aval, le joli petit port de La Bouille…
Neufchâtel-en-Bray: l’église Notre-Dame, restaurée après la guerre; le musée municipal Mathon-Durand (où l’on évoque le fromage AOP neufchâtel). Dans les environs, le site V1 de Val-Ygot, au cœur de la forêt d’Eawy (n’a heureusement jamais servi car bombardé par les Alliés dès décembre 1943).
Blangy-sur-Bresle: le musée de la Verrerie. Non loin, vers la mer, la cité d’Eu (château –musée Louis-Philippe, le musée des Traditions verrières, la collégiale Notre-Dame et Saint-Laurent); le Tréport (quartier des Cordeliers, le musée du Vieux-Tréport); Mers-les-Bains et son magnifique alignement de demeures Art nouveau. Beaucoup de promenades dans la forêt d’Eu et le long de la vallée de la Bresle. A quelques kilomètres à l’est, le château de Rambures (XVe).
Saint-Maxent: un moulin à vent de 1739.
Abbeville: réduite en cendres le 20 mai 1940, l’ancienne capitale du Ponthieu mérite cependant un détour pour la collégiale Saint-Vulfran (XVe) et l’église du Saint-Sépulcre (XVe). A visiter, le beffroi-musée Boucher-de-Perthes. A une vingtaine de kilomètres en direction de la mer, les beaux paysages de la baie de Somme (voir R.N.40).
Canchy: juste à côté, la vaste forêt de Crécy, ses 4300 ha de bois, ses sentiers balisés et sa bataille… (le 25 août 1346, Philippe VI de Valois et ses troupes y sont défaits par les Anglais, marquant le début de l’atroce guerre de Cent Ans).
Hesdin: petite promenade en ville autour des ponts sur la Canche; à visiter, l’église Notre-Dame (XVIe siècle). Au nord de la cité, la forêt d’Hesdin et ses sentiers de promenades. A une vingtaine de kilomètres à l’ouest, la ville fortifiée de Montreuil-sur-Mer (voir R.N.1) et la station balnéaire du Touquet-Paris-Plage.
Ruisseauville: non loin Azincourt et le site de la bataille (encore une défaite française face aux Anglais…). Le 25 octobre 1415, les archers d’Henry V y déciment la fine fleur de la chevalerie française…
Fruges: le musée Abbé-Delétoille et sa collection de faïences anciennes. Juste à côté, le village de Verchin et sa spectaculaire église au clocher vrillé.
Cléty: sept kilomètres à l’est, voilà la bourgade de Thérouanne, qui fut, du XIIe au XVIe siècle, l’une des villes les plus prospères de la région avant d’être complètement détruite par Charles-Quint. Petit musée archéologique.
Wizernes: la Coupole (dans une ancienne base qui devait tirer des fusées V2, se trouve le Centre d’histoire et de mémoire du Nord-Pas-de-Calais).
Saint-Omer: «ville d’art et d’histoire» au patrimoine important: la cathédrale Notre-Dame, la motte castrale et sa prison, le palais de justice, la rue Saint-Bertin et ses hôtels particuliers, la vaste place du Maréchal-Foch, le musée de l’Hôte-Sandelin. Enfin, ne pas manquer, le long de l’ancienne R.N.28, le faubourg du Haut-Pont avec ses longs alignements de vieilles maisons se reflétant dans le canal de l’Aa. A côté, Arques et sa verrerie, l’ancien ascenseur à bateaux des Fontinettes.
Saint-Momelin: un village au cœur du marais audomarois, ancien golfe marin asséché depuis l’an 800 par les moines, assistés par les populations locales et les colons des comtes de Flandres, au Moyen Age. Voir la maison du Marais à Saint-Martin-du-Laërt (musée, jardin conservatoire et balades guidées).
Lederzeele: quatorze kilomètres à l’est, le bourg de Cassel, sur sa butte de 176 m d’altitude (voir R.N.16).
Zegers-Cappel: quatre kilomètres à l’est, le village d’Esquelbecq et son église-halle (hallekerque) de Saint-Folquin. Château et jardins à la française.
Vers Régnauville (photo: MV, janvier 2019).
VILLES ET VILLAGES traversés par la R.N.28 historique (1959), en italique, les anciennes RN principales croisées:
Rouen (N13bis, N14, N30, N138)
Bois-Guillaume
Le Mesnil
Quincampoix
Vert-Galant
La Vieille-Malmaison
Le Fresneau
Saint-Martin-Osmonville
La Boissière
Les Hayons (N15, N29)
Neufchâtel-en-Bray (N29)
Ménonval
Callengeville
Foucarmont
Fallencourt
Blangy-sur-Bresle
Bouttencourt (N15bis)
Le Translay
Saint-Maxent
Huppy
Les Croisettes
Villers-s-Mareuil
Les Planches
Abbeville (N1, N25, N35, N40A)
Le Plessiel
Canchy
Les Quatre-Routes
Le Boisle
Labroye
Régnauville
Hesdin (N39)
Le Fond-de-Barle
Ruisseauville
Fruges
La Sécheresse
Fauquembergues
Bout-de-la-Ville
Avroult
Cléty
Bientques
Wizernes
Saint-Omer (N42, N43)
Saint-Momelin
Lederzeele
Les Cinq-Rues
L'Erkelsbrugge
Zegerscappel
Bisselzeele
Socx
Klap-Houck (N16)
Autour de Saint-Omer. Ce n'est pas un ancien panneau Michelin de la R.N.28 (photo: MV, janvier 2019).
A Blangy-sur-Bresle (photo: MV, janvier 2019).

SOURCES ET DOCUMENTS:
Atlas des grandes routes de France, Michelin (1959); carte n°51 Boulogne-Lille, Michelin (1964, 1935); carte n°52 Le Havre-Amiens, Michelin (1968); Annales des ponts et chaussées: partie technique. Mémoires et documents relatifs à l'art des constructions et au service de l'ingénieur, Dunod éditeur (1861, 1881); Annuaire administratif et statistique du Pas-de-Calais, Auguste Parenty, E. Lefranc, imprimeur-libraire (1854); Annuaire du corps des ponts et chaussées et du corps des mines: pour l'an 1826 (volume 21), corps des ponts et chaussées, Goeury libraire (1826); Annuaire statistique du département de la Seine-Inférieure (volume 1), imprimerie de P. Periaux père (1823); «Aux origines de la toponymie urbaine: les anciens noms de rues de Rouen», François de Beaurepaire, Nouvelle revue d'onomastique (1996); Bulletin des lois de la République française, Imprimerie nationale (1849); Carte topographique de la ville et des faubourgs de Rouen, levée, dressée et dessinée par J.G. Heliot et H. Boutigny, gravée par Blondeau (1817); Dictionnaire universel de la France, Robert de Hesseln, Desaint (1771); Du Bois-Guillaume d'hier au Bihorel d'aujourd'hui, Gabrielle Sueur et Alfred Morel, Groupe d'histoire et d'études de Bihorel (1991); Guide Vert Normandie, Michelin (1957); Histoire de la Ville de Blangy-sur-Bresle, département de la Seine-Inférieure, Jules Adrien de Lérue, A. Péron (1860); Histoire des faubourgs de la ville de Saint-Omer: le Haut-Pont et Lysel, depuis leurs origines jusqu'au XXe siècle, par l'abbé Augustin Dusautoir, impr. de l'Indépendant (1923); La Seine-Inférieure historique et archéologique, Jean Benoît Désiré Cochet, librairie historique et archéologique de Derache, éditeur (1866); La topographie historique et archéologique d'Abbeville, Ernest Prarond, Dumoulin (1880, 1884); «Rouen et les voies antiques de Haute Normandie», Pierre-Côme Duval, Annales de Normandie (1984); Rouen, étude d'une agglomération urbaine, J. Levainville, librairie Armand Colin (1913); abbeville.fr; blangysurbresle.fr; lexilogos.com; neufchatelenbray.fr; nordmag.fr; wikipasdecalais.fr; Wikipédia; Wikisara. Remerciements: le Géoportail de l’IGN, Gallica (BNF).

Les belles routes de France
R.N.28: SUS AU NORD!
La route nationale 28 de 1959 relie Rouen à Saint-Omer et Dunkerque. En 1824, elle avait été définie comme la chaussée de Rouen à Saint-Omer uniquement; et c’est en 1933, lors de l’importante renumérotation des voies qui s’est déroulée cette année-là, que fut rajouté à la R.N.28 le tronçon de Saint-Omer au croisement de Klap-Houck, au sud de Bergues. La R.N.16 se «chargeant», ici, de nous amener à Dunkerque, la destination finale… Outre la Seine-Maritime, notre voie de 213 km nous fait traverser la Somme, le Pas-de-Calais et le Nord … avec, comme étapes, Neufchâtel-en-Bray, Blangy-sur-Bresle, Abbeville, Hesdin et Saint-Omer. C’est la «course au Nord», au milieu de paysages de bocage, de «plat pays» sillonné de canaux, de villages aux maisons de brique et aux rues tortueuses… En mars 2021, la ville de Dunkerque, particulièrement touchée par l’épidémie de Covid-19, se confine les week-ends et n’a pas pu organiser son fameux carnaval. J’ai conçu ce parcours comme une ode au voyage et à la découverte… Malgré tous les périls qui guettent notre humanité.

De Rouen à Saint-Omer, la R.N.28 historique est souvent faite de longues lignes droites où l'horizon s'envole loin devant nous (photo: Marc Verney, janvier 2019). En cliquant sur cette image vous retournez sur la page principale de ce site.

Notre chaussée n°28 (D928 aujourd’hui) quitte Rouen par la «route de Neufchâtel», qui tourne –au pied du mont Fortin- autour de la rue d’Ernemont. Cette dernière, écrit Pierre-Côme Duval dans l’article «Rouen et les voies antiques de Haute Normandie», «a longtemps été considérée comme le prolongement de l'axe nord-sud de la ville», mais en fait, «son emploi pour franchir le rebord du plateau est peu convainquant, dans la mesure où elle prend l'escarpement de face et possède donc une pente beaucoup trop forte pour être utilisée par des charrois». C'est en 1754 que fut entreprise la grande route de Rouen à Neufchâtel par la côte Beauvoisine, indique l’ouvrage Rouen, étude d'une agglomération urbaine. Cette «moderne» «route de Neufchâtel» a certainement «remplacé, dit encore Pierre-Côme Duval, une voie d'accès systématisant l'emploi de fond de thalweg, c'est-à-dire la rue Bouvreuil et la rue de l'Avalasse, qui se poursuit par la rue de Vaucouleurs sur Bois-Guillaume». En 1817, en tout cas, Gallica montre une magnifique Carte topographique de la ville et des faubourgs de Rouen sur laquelle on voit s’orienter vers la commune du Bois-Guillaume -avec ce beau virage- la «route d’Amiens et de Flandres»... La localité jouxte Rouen; et en 1851, lit-on dans l’ouvrage Du Bois-Guillaume d'hier au Bihorel d'aujourd'hui, les employés de l’octroi rouennais se plaignent du fait qu’il y a «des difficultés de surveillance dans une certaine longueur de la route nationale n°28 dont un des côtés est sur la ville et l’autre sur Bois-Guillaume»… D’ailleurs, la ville de Rouen a montré, au fil des ans, une certaine constance pour essayer «d’avaler» sa commune voisine! Au XVIIIe siècle, les bois qui avaient donné leur nom au village sont progressivement rasés jusqu'à la limite des communes voisines (Wikipédia).

R.N.13bis: BELLE MISE EN SEINE
La R.N.13bis est la "route d'en bas", celle qui atteint Rouen par la rive gauche de la Seine, puis se rend au Havre par Yvetot et Bolbec... (lire)

R.N.14: MA NATIONALE CHEZ LES NORMANDS
La route nationale 14 relie Paris à Rouen par Pontoise. C'est l'une des très courtes RN importantes que je puis voir sur mon Atlas Michelin 1959... (lire)

On arrive au lieu-dit le Point-du-Jour. Notre R.N.28 historique prend la direction de Quincampoix. Peu avant ce village, au lieu-dit la Loge-aux-Pauvres, se trouve dessiné, sur la carte de Cassini (XVIIIe) publiée par le Géoportail de l’IGN, un embranchement où l’on voit le «chemin de Rouen à Neufchâtel» partir à gauche, en direction de Cailly. D’ailleurs, le Dictionnaire universel de la France (1771) mentionne Cailly, «petit bourg du Vexin normand, sur la route de Rouen à Neufchâtel». Mais à droite de cet embranchement part aussi une autre route, qui traverse le Vert-Galant, la Malmaison, longe Saint-Aubin-sur-Cailly et finit par retrouver le premier itinéraire à Saint-Martin-Osmonville. En 1838, voit-on sur la carte d’état-major au 1:80.000 publiée par CartoMundi, il «n’y a pas photo», la «route d’Abbeville» passe bien par le deuxième tracé. A la Boissière, la R.N.28 historique traverse la Varenne pour remonter vers les Hayons par la vallée de Misère et la plaine du Clos-à-Cheval où l’on laisse partir, sur la gauche, la R.N.29 historique (D929) vers Yvetot. Un peu plus loin, nous croisons la R.N.15 (D915), de Paris à Dieppe. Là, signale l'Annuaire statistique du département de la Seine-Inférieure de 1823, «on s'occupe de la construction d'un pont à bascule au hameau des Hayons, à l'embranchement des deux routes n°16 et n°31 (anciennes numérotation des R.N.15 et R.N.28 en 1811); il se trouvera fort heureusement placé pour réprimer les contraventions qui commençaient à devenir assez nombreuses sur l'une et l'autre route». Eh oui, le problème du poids excessif dans le transport routier ne date pas d'hier... Juste après ce carrefour, le lecteur assidu des cartes d’état-major aura remarqué, jouxtant le hameau des Hayons, une étrange D136 qui contourne le mont Rémond avant de retrouver la nationale quelques centaines de mètres plus loin. Il s’agit très vraisemblablement d’une rectification ratée de la route n°28 effectuée vers 1864. «L’insuccès a été complet», notent les Annales des ponts et chaussées, en 1881, qui indiquent que la nouvelle chaussée, beaucoup trop longue, «n'a détourné que dix colliers sur un total de quatre-vingt-neuf à la descente en mai; le but principal des travaux était la suppression des causes d'accidents, on n'a pas réussi»... En quelques courbes rapides, un peu troublées par le passage de la bruyante autoroute A28, qui a relégué notre chaussée en «deuxième division», nous voilà à Neufchâtel-en-Bray.

R.N.15: UN TOUR DANS LA MANCHE...
La route de Paris à Dieppe file droit dans un bouton... avant de tomber dans la Manche! Ce n'est pas une plaisanterie, voyez plutôt... En route pour 135 km d'aventures. (lire)

Vers Quincampoix (photo: MV, janvier 2019).
Sortie de Vert-Galant, côté nord (photo: MV, janvier 2019).

On entre dans la petite ville par l’avenue des Canadiens puisque Neufchâtel a été libérée, le 31 août 1944, par les chars de l’armée canadienne. L’histoire de la cité normande est parsemée d’embûches… d’abord, une première bourgade gallo-romaine s’établit le long de la Béthune; elle s’appelle Drincourt au IVe siècle en passant sous domination franque, écrit le site neufchatelenbray.fr. Au XIe siècle, c’est l’autorité des ducs de Normandie qui prévaut et la localité devient un point de défense important: «Henri Ier Beauclerc, poursuit le site internet municipal, l’un des fils de Guillaume le Conquérant, va établir en 1106 sur le coteau, dans le haut du bourg, un neuf castel, un nouveau château près duquel va se développer la ville. Au fil du temps, le neuf castel de Drincourt deviendra Neufchâtel». Entièrement détruite par Charles le Téméraire en 1472, les guerres de Religion n’épargnent pas non plus la cité: Henri IV ordonnera le démantèlement des fortifications du château. Et puis, le 7 juin 1940, 80% des habitation sont ravagées dans un bombardement allemand. La planification et les travaux de reconstruction suivis par l’architecte urbaniste Robert Auzelle s’étaleront de 1941 à 1952. En 1959, on quitte la ville par la «route de Foucarmont» qui s’arrondit jusqu’à la plaine de la Mare où notre R.N.28 se sépare de la R.N.29 qui pointe à l’est vers Aumale. Jadis, notre chaussée de Saint-Omer empruntait –en partie- la rue du Val-Boury pour emprunter la rue de la Vieille-Côte et retrouver la plaine de la Mare, au pied du mont Ricard. Un décret impérial du 25 août 1861 notifie la rectification en ces lieux des routes n°28 et 29. En regardant attentivement la carte de Cassini (XVIIIe), je pense qu’une chaussée encore plus ancienne sortait de Neufchâtel pour s’en aller –direct- vers le Brindollet et la Broche. Notre prochain objectif est Foucarmont, au nord de la Basse-Forêt d’Eu. Dans cette région, apprend-on dans La Seine-Inférieure historique et archéologique, la route n°28 a été tracée en 1796. Une longue ligne droite nous emmène jusqu’à Vatierville, où tournoient désormais –à l’horizon des collines- de nombreuses éoliennes. Après les Essarts-Varimpré, on aborde Foucarmont par l’ouest. «Lieu d'occupation ancienne», lit-on dans Wikipédia, le village est connu pour avoir accueilli l'abbaye de Foucarmont, fondée en 1130 par Henri Ier, comte d'Eu. Comme à Neufchâtel, les habitations sont rasées durant la Deuxième Guerre mondiale, le 7 juin 1940 par les Allemands et en décembre 1943 par des bombardements aériens alliés visant des sites de V1. Le bourg est libéré le 1er septembre 1944 par la 1ère division blindée polonaise qui remonte par la R.N.28 en direction d'Abbeville. Vers Blangy, la «rue Nationale» passe le lieu-dit l’Abbaye et s’oriente vers la Haute-Forêt d’Eu.

Plaque de cocher à Blangy-sur-Bresle. Notez la mention "Seine Inférieure" (photo: MV, janvier 2019).
L'ancienne R.N.28 à Huppy (photo: MV, janvier 2019).

Depuis Fallencourt, la chaussée du XVIIIe dessinée sur la carte de Cassini publiée par l’IGN semble aborder les bois par le Mont-à-Cailleux pour filer dans la forêt jusqu’aux alentours du carrefour de Maître-Jean. Sur la carte d’état-major du XIXe (IGN), la route de Rouen à Saint-Omer emprunte, depuis le Val d’Aulnois, l’une des allées menant au carrefour de Maître-Jean. Puis, par Boiteaumesnil, la chaussée s’élance vers Blangy-sur-Bresle. C’est aussi le tracé de la R.N.28 au XXe siècle. «La route impériale n°28 qui traverse par le milieu la petite ville de Blangy-sur-Bresle dont elle forme la principale rue, dit l'Histoire de la Ville de Blangy-sur-Bresle, département de la Seine-Inférieure (1860), débouche d'une des parties les plus belles de la forêt d'Eu. Elle est constamment animée par une circulation qui témoigne du bien-être et de l'activité des populations environnantes: ce sont de lourdes charrettes de roulage qui vont aux centres de consommation, aux marchés, des diligences multicolores, qui font un double service quotidien de Neufchâtel à Blangy et à Abbeville, où un embranchement de chemin de fer, établi en 1850, conduit à Amiens; des voitures de toues sortes: berlines, demi-fortunes, chars à bancs, cabriolets et tapissières, enfin, grand nombre de chevaux de labour, de bestiaux et de piétons»... La vallée de la Bresle, nous raconte le Guide Vert Normandie de 1957, «ancienne frontière entre la Picardie et la Normandie, s’est creusée entre Aumale et le Tréport une spacieuse gouttière. La verrerie est l’activité la plus caractéristique». A Blangy, sur le site municipal blangysurbresle.fr, on parle même de «cité verrière»! Dans la ville, le pavage de la rue principale (Grand-Rue) date de 1845. De l’autre côté de la Bresle, voilà Bouttencourt et la Picardie. Jadis, on devait remonter sur le plateau par la rue de la Cavée; aujourd’hui, notre rue d’Abbbeville, après avoir coupé la R.N.15bis (D1015), grimpe vers le Translay par le fond de Wattebléry. Puis c’est une longue ligne droite qui s’allonge dans la campagne en direction d’Abbeville, située à moins de vingt kilomètres. Du coup, on remarque l’ordonnance royale du 14 décembre 1825 qui «fixe les alignements de la traverse de Translay» et qui donne très certainement –depuis cette époque- à la chaussée un caractère moins sinueux que ce que l’on remarque sur la carte de Cassini... En arrivant aux abords de la vallée de la Somme, vers le village de Villers-sur-Mareuil, le «chemin de Blangis» visible sur le dessin du XVIIIe publié par l’IGN s’en va vers l’ouest le long du mont de Caubert pour entrer dans Abbeville par la «chaussée de Rouvroy» (très ancienne, rapporte La topographie historique et archéologique d'Abbeville). Une voie qui supporte le trafic de la route du Havre, l’actuelle D925 (ancienne R.N.25). Plus tard, on passera par le faubourg des Planches qui prend son nom, indique La topographie historique et archéologique d'Abbeville, «des planches ou petits ponts de charpente grossière sur lesquels on traversait les fossés et les rivières qui le coupent encore». «Au XVIIe, au XVIIIe, au commencement du XIXe, les inondations rendaient parfois dangereuses la traversée des Planches», poursuit l’ouvrage écrit par Ernest Prarond. De gros chantiers se mettent en place pour viabiliser les lieux: «Trois ponts en briques praticables aux grosses voitures sont jetés en 1764 sur les rivières et remplacent les ponts en bois», signale l’auteur. Puis, «en 1773, la construction d'une vraie route remplaçant le chemin de Mareuil est décidée. Les travaux sont poussés jusque vers le village de Caubert». Mais ce n’est pas la chaussée définitive apprend-on dans La topographie historique et archéologique d'Abbeville. Il faut attendre «la canalisation de la Somme et les écluses qui arrêtent la mer montante, qui ont seules, véritablement délivré des eaux le faubourg des Planches et desséché ses jardins» pour voir, au XIXe siècle, une voie «avec les larges ponts qui couvrent la rivière du Doigt et la rivière aux Nonnains». A la Portelette, on suivait la «route de Neufchâtel» pour franchir le canal de la Somme et pénétrer dans Abbeville.

A Huppy, on se trouve à moins de dix kilomètres d'Abbeville (photo: MV, janvier 2019).

R.N.1: LES PETITES ANGLAISES
La RN1 de 1959 relie Paris à Calais en passant par Beauvais, Abbeville, Boulogne... Une charmante virée sur la route des petites anglaises! (lire)

La «ville de l’abbé» (l’ancienne Abbatis Villa dépendait autrefois de l’abbaye de Saint-Riquier) a subi de nombreuses destructions au fil des siècles. Tour à tour dominée par les Anglais, les Français, les Bourguignons, Abbeville connaît cependant son heure de gloire dès le XIe siècle grâce à l’industrie et au commerce du drap (installation d’une manufacture royale de draps fins en 1665). En 1867, écrit abbeville.fr, la cité, place-forte de troisième classe, est déclassée. «Les portes et les fortifications de la porte du Bois au quartier Saint-Gilles, en passant par la porte d’Hocquet, seront démolies à partir de 1869 pour laisser la place à de nouveaux boulevards (boulevard de la République et Voltaire)». La guerre passera portant par là… la capitale de la région du Ponthieu a été dévastée aux trois quarts lors du dernier conflit mondial. La ville sera en effet terriblement touchée le 20 mai 1940 lorsque les bombardiers allemands attaquent le centre et réduisent en poussière près de 2500 immeubles! La sortie de la ville se fait par la côte de la Justice (ancienne R.N.1). Cette montée «prenait autrefois pour nom "cavée Marcadé"», dit Ernest Prarond dans La topographie historique et archéologique d'Abbeville. «Elle a été une première fois très adoucie de pente et élargie en 1788. La disette ayant à cette époque considérablement aggravé la misère publique, on fut obligé d'instituer des travaux de charité et les travaux furent appliqués à l'amélioration de cette route» précise encore l’auteur. «La côte de la Justice est ainsi nommée parce qu'on y exécutait les malfaiteurs. Les fourches patibulaires étaient dressées à peu près vers la place où la route d'Hesdin s'embranche sur celle de Montreuil», conclut Ernest Prarond. On passe non loin de l’aérodrome d’Abbeville-Drucat, dont l’une des anciennes pistes coupait même notre chaussée… Ce fut d'abord un terrain de secours en 1919 sur la ligne commerciale Paris-Londres, puis un terrain militaire réquisitionné par les Allemands (1941-1944) qui y construiront les fameuses trois pistes en dur de 1600 m chacune pour y accueillir des unités d’avions de chasse redoutées outre-Manche, les «Abbeville Boys» (aerodrome-abbeville.fr). Huit kilomètres plus loin, Canchy, à côté de la forêt de Crécy, est notre premier village rencontré sur la R.N.28 historique (D928) après Abbeville. Le Bulletin des lois de la République française nous indique qu’un arrêté du président de la République du 25 avril 1849 autorise «la rectification de la rampe de Canchy, route nationale n°28, de Rouen à Saint-Omer, dans le département de la Somme». Passée cette localité, la voie du XVIIIe siècle s’écarte nettement de notre itinéraire actuel. Le chemin ancien, qui pointe sur Marcheville, longe Crécy-en-Ponthieu par l’est, évite Wadicourt, coupe une «chaussée Brunehaut» (ancienne voie romaine d’Amiens à Calais) et file sur Dompierre pour traverser l’Authie. Enfin, il rejoint Sainte-Austreberthe –aux portes d’Hesdin- par Capelle. Le nouveau chemin, élaboré par les Etats d’Artois -sans doute à partir de 1767- à la demande du duc de Duras, traverse l’Authie à Labroye, rejoint Regnauville et atteint Sainte-Austreberthe par le sud. Nous sommes désormais dans le Pas-de-Calais.

A Canchy (photo: MV, janvier 2019).

Entre le Boisle et Labroye, la route n°28 historique traverse donc l’Authie. En 1851, écrivent les Annales des ponts et chaussées (1861), on établit, sur deux bras de la rivière, en remplacement d'un ouvrage précédent, des ponts «en bois de hêtre injecté par le procédé Boucherie, c'est-à-dire au moyen de la filtration par pression d'une dissolution de sulfate de cuivre dosée dans des proportions déterminées». Ces ponts, composés de trois travées, tiendront sept années; «en 1858, lit-on dans les Annales des ponts et chaussées, on remarqua que plusieurs madriers s'étaient pourris et que les pièces des ouvrages s'étaient particulièrement altérées». En 1859, «les dégradations furent plus sensibles. Le plancher des ponts était de plus en plus attaqué. (...) Un affaissement considérable du tablier de la travée principale a rendu urgent la construction d'un pont provisoire qui vient d'être établi à l'emplacement du vieux pont»... Conclusion de l'ingénieur Frémaux: le procédé Boucherie a «l’inconvénient d'affaiblir la résistance des bois et de faciliter les causes de leur décomposition quand l'injection n'est pas réussie. (...) Le chêne, aux fibres fermes et serrées, est, dans ce cas, ce qu'il y a de préférable à employer»... Un quasi ligne droite nous emmène maintenant vers Régnauville. Puis voilà Hesdin. La vision de la carte d’état-major du XIXe publiée par l’IGN est stupéfiante: enrobée par le chapelet de ses remparts, la cité ressemble à une étoile délicatement posée sur le sol du nord de la France… Mais, avant d’aller plus loin, il faut traverser Sainte-Austreberthe par la rue d’Abbeville et s’orienter à l’ouest par la rue d’Hesdin. Il y eu d'abord en ces lieux (au Vieil-Hesdin), dit le site ville-hesdin.fr, une première cité «drapante» de près de 6000 habitants possédée notamment par Robert d'Artois et les ducs de Bourgogne. Celle-ci possédait un vaste château; «située à la limite entre le royaume de France et les Pays-Bas espagnols», elle fut le siège de nombreux combats et Charles Quint ordonne sa destruction complète en 1553. Un an plus tard, le même Charles-Quint décide de reconstruire la ville «à 5 km en aval sur la Canche». La nouvelle cité est entourée d'épais remparts. Au fil des années on bâtit l’hôtel de ville, l’église, l’hôpital, les couvents, les refuges, les casernes... Ville espagnole, poursuit le site municipal, elle est donc «assiégée en 1639 par les troupes de Louis XIII et Richelieu menées par La Meilleraye qui y devint maréchal lors d’un siège fameux dans lequel l’obus fut utilisé pour la première fois».

Ancienne chaussée de la R.N.28 à Fauquembergues (photo: MV, janvier 2019).
Plaque de la route impériale n°28 à Bientques (photo: MV, janvier 2019).

On quitte Hesdin par l’avenue de la République et l’on franchit la Ternoise peu avant Huby-Saint-Leu. Ici, notre ancienne «route d’Hesdin à Saint-Omer», dessinée sur la carte de Cassini (XVIIIe) file tout droit par la Courte-Côte au cœur de la forêt domaniale d’Hesdin. En 1854, un «adoucissement» de la côte d’Huby-Saint-Leu est demandé de toute urgence par le département du Pas-de-Calais (réalisé pour 1858, indique Wikisara). Dès la sortie de la forêt, nous sommes en ligne droit jusqu’à Ruisseauville. Fruges est à quatre kilomètres. La bourgade se trouve sous domination bourguignonne de 1384 à 1477; par la suite, ce sont les Habsbourg, rois d’Espagne (1493-1659), qui possèdent les lieux. Il faut attendre le traité des Pyrénées –le 7 novembre 1659- pour que Fruges entre dans le domaine royal français. Wikisara indique que la traversée de Fruges par la route de Rouen à Saint-Omer a été aménagée en 1839. Dès lors, nous prenons la direction de Fauquembergues. Notre route longe de vastes champs à l’ombre d’éoliennes virevoltantes. La bourgade de Fauquembergues fut d’abord domaine agricole gallo-romain puis forteresse franque, écrit wikipasdecalais.fr. Au XIIe siècle, «à l’ombre du château, se construit un bourg où dominent déjà les activités artisanales et commerciales». Mais la guerre de Cent Ans qui ravage la France n’épargne guère le bourg, qui peine à se relever de ses ruines. «Vers le milieu du XVIIe siècle, signale encore le site wikipasdecalais.fr, Fauquembergues apparaît comme un bourg complètement ruiné. Ses halles ont disparu, l’église a perdu son choeur et son transept, les maisons sont détruites». L’ouverture en 1779 de la route royale de Rouen à Saint-Omer sera le signe d’un renouveau économique et démographique pour le bourg. «Les rues, rebaptisées vers 1840, grouillent d’activités artisanales et commerciales (bâtiment, brasseries, moulins, etc..), mais surtout le marché reprend de la vigueur et devient de plus en plus important», souligne encore le site wikipasdecalais.fr. Au XXe siècle, une rocade contourne désormais les anciennes maisons de puis 1981. Peu après, voilà le hameau du Bout-de-la-Ville et Avroult (relais de poste au XIXe). Une lecture attentive de la carte de Cassini semble montrer que le chemin ancien vers Saint-Omer s’orientait jadis plus vers la vallée de l’Aa et Remilly-Wirquin (on trouve d’ailleurs dans ce village un «chemin de Fauquembergues»). Notre chemin actuel, construit jusqu’à Saint-Omer peu avant la Révolution française, croise par ici l’ancienne R.N.341 (D341). Cette voie est intéressante puisqu’elle reprend «en grande partie le tracé de la chaussée Brunehaut entre Arras et Thérouanne» (Wikisara).

Vers Wizernes (photo: MV, janvier 2019).

A Cléty, bourg connu pour ses carrières, la «route Nationale» prend la direction de Wizernes. Mais là encore les itinéraires restent différents: un «chemin de Fauquembergues» -mentionné sur les cartes actuelles et dessiné sur la carte de Cassini du Géoportail- traverse l’Aa à Hallines (rue de l’Eglise) pour gagner ensuite Saint-Omer par des terrains aujourd’hui couverts par un aérodrome et un hippodrome. Tout différent est le tracé de la route rectiligne façonnée à la fin du XVIIIe et mentionnée sur la carte d’état-major (1820-1866) du Géoportail de l’IGN. De Cléty, on gagne Bientques et l’on approche de Wizernes par les hauteurs du Noir-Cornet. En 1957, la R.N.28 suivait la rue Pierre-Mendès-France, traversait l’Aa et empruntait la rue de Saint-Omer. Aujourd’hui, la rue François-Mitterrand permet d’éviter tout le centre-ville. Il reste 5 km à parcourir pour atteindre Saint-Omer, qui fut, jusqu’en 1933, le terme de la R.N.28. On entre dans la cité par la rue des Bruyères puis par l’avenue Charles-de-Gaulle. Au VIIe siècle, des moines bénédictins venus de Luxeuil s'installent sur le mont Sithieu, un promontoire qui domine le marais de l'Aa, une contrée marécageuse soumise à l'influence maritime. De premiers travaux d’assèchement des sols ont lieu. Les incursions vikings provoquent la construction des premières fortifications. L'abbaye Saint-Bertin, qui y est fondée, attire des habitants; on compte finalement jusqu'à 40.000 Audomarois au XIVe siècle, voit-on dans nordmag.fr. Préalablement, au XIe siècle, le comte de Flandre, Baudoin VII, rend la rivière Aa navigable depuis Saint-Omer jusqu'à la mer. «Le faubourg du Haut-Pont (par lequel passe notre R.N.28), écrit Wikipédia, aurait (d’ailleurs) pour origine un pont de bois très haut sur l'Aa, sous lequel pouvaient passer les vaisseaux en provenance de la mer du Nord par l'ancien golfe de l'Aa». Dominée par les comtes d'Artois, la ville flamande se rapproche de la France au fil des siècles... possédée dès 1384 par les ducs de Bourgogne, elle échoit au royaume de France après un siège de mars à avril 1677 et le traité de Nimègue en 1678. Vauban, tout à son affaire de la fortification du «pré carré» français, s'occupera particulièrement des défenses de Saint-Omer. «Des ouvrages avancés, de nouveaux bastions, et de nouvelles plates-formes sont créés pour accueillir l'artillerie» signale Wikipédia. Au XIXe siècle, ces fortifications sont en parties rasées pour faire place à des boulevards (Vauban, de Strasbourg…). La ville est gravement endommagée lors des deux guerres mondiales. Dans la région, en 1942-43, les nazis bâtissent le blockhaus d'Éperlecques et la coupole d'Helfaut. Ces équipements devaient servir de bases de lancement des fusées V2 en direction de l'Angleterre. On quitte Saint-Omer par le quai du Haut-Pont. «Il fallut plus d’un siècle pour que ce quai fut entièrement revêtu de pierre», écrit l'abbé Augustin Dusautoir en 1923 dans l’Histoire des faubourgs de la ville de Saint-Omer.

Anciens panneaux Michelin autour de Saint-Omer. (photo: MV, janvier 2019).
Ancienne publicité murale à Saint-Omer (photo: MV, janvier 2019).
Le faubourg du Haut-Pont à Saint-Omer (photo: MV, janvier 2019).

On longe ici la rivière Aa canalisée. L'activité commerciale qui animait cette rivière au Moyen Age favorisa de bonne heure la construction, le long des berges, de nombreuses habitations et hôtelleries. Et, au XVIIIe siècle, le trafic régional se faisait principalement par les voies d’eau. Ainsi, en 1750, sont mis en place entre Saint-Omer et Dunkerque, des «carrosses d’eau»; ces navires légers, «comprenant trois chambres», étaient «traînés par deux chevaux, trottant de manière continue, ce qui était rendu possible par l’amélioration des digues de halage et la multiplication des relais, au nombre de cinq» lit-on dans l’Histoire des faubourgs de la ville de Saint-Omer. «Ce service, écrit encore Augustin Dusautoir, fonctionna jusqu'au moment où, au XIXe siècle, la construction d'excellentes routes et celle du chemin de fer, lui enlevèrent toute importance au point de vue du transit des voyageurs». La R.N.28 historique (D928) suit le canal de l’Aa jusqu’à Saint-Momelin. Tout autour de la chaussée, les marais domestiqués par l’homme s’étendent à perte de vue, entrecoupés d’innombrables watringues, ces fossés d’assèchement construits au fil des siècles. Il nous faut passer l’Aa à Saint-Momelin. En 1781, signale Wikipédia, le bac est supprimé et remplacé par un pont entre Flandre et Artois. «En 1799, il fut réparé ainsi qu’en 1830. C’était un pont à quatre arches de pierre» écrit encore l’encyclopédie en ligne. Nous voici sur la «route de Bergues» De 1858 à 1933, il s’agissait de la départementale n°21 «de Bergues au pont de Saint-Momelin». Nous ne voyons pas de tracé sur la carte de Cassini (XVIIIe) mais un chemin correspondant peu ou prou à la future R.N.28 est dessiné sur la carte d’état-major (1820-1866) publiée par le Géoportail de l’IGN. Voilà Lederzeele (lieu-dit La Croix), paisible bourgade au cœur d’un pays bucolique. On y croise le chemin antique de Watten à Cassel. «Ce secteur très pittoresque, dit le site yserhouck.org, offre des vues étendues vers le Pas-de-Calais, les pâtures avec leurs haies, leurs mares et leurs grands arbres sont restées relativement nombreuses»... On ne dépasse pas, cependant, les 40 mètres d’altitude! On longe le village de Broxeele (un nom d’origine franque qui a la même racine que Bruxelles en Belgique; on y trouve d’ailleurs aussi le Manneken pis…), et l’on traverse deux fois l’Yser (qui prend sa source dans le coin). Après Zegerscappel, la R.N.28 historique croise la «Steene Staete», une voie antique de Cassel à Mardyck au bord de la mer du Nord. Il reste encore cinq kilomètres à parcourir jusqu’à Socx, notre destination finale, au croisement avec la route nationale 16 historique, de Paris à Dunkerque (lieu-dit Klap-Houck).

Après Saint-Momelin, la route zigzague au milieu des champs. Ce chemin départemental n'a été monté au statut de RN qu'en 1933 (photo: MV, janvier 2019).
Ancienne plaque de cocher après Saint-Momelin (photo: MV, janvier 2019).

R.N.16: LE COEUR AU NORD
La RN16 de 1959 relie Pierrefitte-sur-Seine à Dunkerque en passant par Creil, Clermont, Amiens et Doullens. Nous voilà à la rencontre des Ch'tis! (lire)

Marc Verney, Sur ma route, mars 2021
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