Cette borne de la RN13bis subsistait dans un faubourg de Rouen (Photo: MV, janv. 2007).
Plaque de cocher à Port-Villez (photo: MV, décembre 2017).
Anciennement, la route Mantes-Rouen a été numérotée R.N.182 (photo: MV, janvier 2007).

Localités et lieux traversés par la N13bis (1959):
Bonnières-sur-Seine (N13)
Port-Villez
Vernon (N181)
Saint-Pierre-d'Autils
Gaillon
Heudebouville
Vironvay
Saint-Pierre-du-Vauvray
Pont-de-l'Arche
Igoville
Le Port-Saint-Ouen
Amfreville-la-Mi-Voie
Rouen (N14, N27, N28, N30)
Déville-les-Rouen (N182)
Barentin
Yvetot (N29)
Valliquerville (N26)
Bolbec
Saint-Roamin-de-Colbosc
Harfleur-Gonfreville (N25, N182)
Le Havre (N40)

A NOS LECTEURS: les photos, textes et dessins de ce site sont soumis au droit d'auteur. Pour toute autre utilisation, contacter l'auteur. Merci de votre compréhension...
En direction de Saint-Etienne-du-Vauvray (photo: MV, décembre 2017).
Sources et documents: Atlas des grandes routes de France, Michelin (1959); carte n°54 Cherbourg-Rouen, Michelin (1965); carte n°55 Caen-Paris, Michelin (1955); carte n°97 150 km autour de Paris, Michelin (1970); Bulletin des lois de la République française, volume 25, Imprimerie nationale des Lois (1843); Diagnostic patrimonial urbain paysager Seine aval, CAUE 78 et région Ile-de-France, sur le site inventaire.ildefrance.fr (juin 2011); Dictionnaire géographique, historique, industriel et commercial de toutes les communes de la France, Eusèbe Girault de Saint-Fargeau, Firmin Didot (1844); Guide Bleu de la France automobile, Hachette (1954); Guide du Routard Normandie, Hachette (2013-2014); Histoire des grandes liaisons françaises (I), Georges Reverdy, Revue générale des routes et des aérodromes (1981); Histoire des routes de France, du Moyen Age à la Révolution, Georges Reverdy, ENPC (1997); Histoire des rues de Bolbec, G.F. Mauconduit, Gérard Monfort éd. (1886-87); Normandie, Guide Vert Michelin (1957); Histoire du Havre et de l'estuaire de la Seine, sous la direction d'André Corvisier, Privat (1987); Les routes de France du XXe siècle, 1900-1951, Georges Reverdy, ENPC (2007); Pont-de-l’Arche, ma ville, blog d'Armand Launay (pontdelarche.over-blog.com); «Rouen et les voies antiques de Haute-Normandie», Pierre-Côme Duval, dans les Annales de Normandie (1984); Rouen, précis de son histoire, son commerce, son industrie, ses manufactures, ses monuments, Théodore Licquet, Edouard Frère éditeur (1830) Statistique de l'arrondissement de Mantes, Seine-et-Oise, Armand Cassan (1833); amfreville-la-mivoie.fr; croixmare.fr; harfleur.fr; harfleur-histoireetpatrimoine.over-blog.com; havrais-dire.over-blog.com; ksb.com; lehavre.fr; mairie-yvetot.fr; paroissebougival.fr; pontsnormandietancarville.fr; rouen.fr; vernon27.fr; ville-bolbec.fr; Wikipédia, Wikisara, CartoMundi.
A VOIR, A FAIRE
Vernon: à voir l’église collégiale Notre-Dame, qui date du XIIe siècle; l’office du tourisme propose un circuit dans les quartiers les plus anciens. De l’autre côté de la Seine, le village de Giverny, où repose le peintre Claude Monet.
Gaillon: premier château de style Renaissance en France, la bâtisse actuelle est construite sur l'emplacement d'un château médiéval.
Rouen: malgré les destructions dues aux guerres, c’est une ville très riche en anciens bâtiments, à commencer par la cathédrale, véritable féerie de pierre, adorée par Claude Monet (28 tableaux!)… A voir aussi, les rues anciennes et les maisons à colombage, la rue du Gros-Horloge, le palais de Justice-Parlement de Normandie, l’hôtel Renaissance de Bourgtheroulde, la place du Vieux-Marché, l’aître Saint-Maclou, l’église Saint-Maclou, l’abbatiale Saint-Ouen, le musée des Beaux-Arts, le musée de la Céramique, le Jardin des plantes. A une quinzaine de kilomètres en aval de Rouen, le petit village médiéval de la Bouille.
Barentin: une multitude de statues et sculptures diverses jalonnent les rues de l’agglomération… Un étonnant musée à ciel ouvert!
Yvetot: non loin, un chêne très ancien à Allouville-Bellefosse.
Bolbec: à 8 km au sud, l’amphithéâtre romain de Lillebonne.
Le Havre: visites du port possibles. Autour de la ville reconstruite (patrimoine mondial de l’Unesco): l’appartement-témoin Perret, l’hôtel de ville, la rue de Paris, l’église Saint-Joseph… Le musée d’art moderne Malraux, deuxième collection impressionniste de France après le musée d’Orsay à Paris, la maison de l’Armateur (une des plus anciennes maisons du Havre –XVIIIe siècle), le «Volcan», ou l’espace culturel Oscar-Niemeyer. Le touriste ne souhaitera pas rater les panoramas du Havre et de Sainte-Adresse (promenade autour des impressionnistes). Non loin, l’abbaye de Montivilliers et son exposition sur l’histoire de la Normandie.
Rouen: le Gros-Horloge (photo: MV, décembre 2017).
Statue de l'écrivain Gustave Flaubert, illustre citoyen de Rouen (photo: MV, décembre 2017).
Page de l'encyclopédie des routes Wikisara consacrée à la nationale 13bis (lire)
La page de présentation de l'historique et de l'itinéraire de la nationale 13bis dans l'encyclopédie en ligne Wikipédia (lire)
A la sortie de Bouville (photo: MV, décembre 2017).
Le centre du Havre (photo: MV, décembre 2017).




Les jolies routes de France...
R.N.13bis: UNE BELLE MISE EN SEINE...
Si la route la plus directe de Paris à Rouen est la route nationale 14 historique, déjà décrite dans ce site, la chaussée la plus fréquentée vers la Normandie en 1959 est la R.N.13bis, une route desservant Vernon, Rouen, Yvetot et finalement Le Havre. Nous voici au bord de la Seine, flânant entre les points de vue des impressionnistes et des cités marquées par l’histoire… Cet axe à la circulation imposante a porté plusieurs numéros: R.N.182 (jusqu'à Rouen), R.N.14 avant guerre (entre Rouen et Le Havre), R.N.13bis, puis enfin R.N.15 jusqu'à son déclassement en 2005-2006. Le site Sur ma route avait parcouru une partie de cette chaussée en 2007… Un nouveau reportage photo a été réalisé entre les fêtes de Noël 2017 et le jour de l’An 2018.

La R.N.13bis peu avant Saint-Pierre-la-Garenne (Photo: Marc Verney, décembre 2017). Pour retourner sur la page index, cliquez ici.

Dans sa magistrale Histoire des grandes liaisons françaises (I), Georges Reverdy pousse ce cri du cœur: «le chemin de Normandie, mais c’est la Seine!!», indique-t-il en préambule de ses propos. De fait, la navigation commerciale sur le fleuve a toujours été particulièrement importante en aval de Paris. Seulement, avec une distance de 240 km, incluant les nombreuses boucles de la Seine, il faut prendre son temps… «Dans les temps anciens, écrit encore Reverdy, il fallait normalement quatre marées pour remonter de l’estuaire à Rouen, en relâchant toujours à Quillebeuf et à Caudebec». Du coup, rien d’étonnant à ce que des voies terrestres existent déjà sous l’Antiquité entre la région parisienne et les côtes de la Manche... Depuis les Gallo-Romains jusqu’au XVIIe siècle, c’est la «route d’en haut» par Pontoise et Fleury-sur-Andelle, c’est à dire celle qui passe par les plateaux de la rive droite, qui fait office de voie principale vers Rouen. Cependant, dès le coeur du XVIIIe siècle, la «route d’en bas» est créée: passant par Vernon et Gaillon, elle atteint Rouen après avoir traversé la Seine à Pont-de-l’Arche. C’est notre R.N.13bis de 1959.

Après Bonnières, la route de Rouen (R.N.13bis) prend la direction de Port-Villez (photo: MV, décembre 2017).

R.N.13: DEBARQUEMENT A L'HORIZON
Dans les années cinquante, la route nationale 13 relie Paris à Cherbourg en passant par Lisieux, Caen, Bayeux. Une chaussée historique pour la Normandie 1944... (lire)

A la bifurcation de Bonnières, l'automobiliste a déjà parcouru 68 km par la R.N.13 s'il est en provenance de Paris. C’est ici que les routes de Caen (D113) et de Rouen (D915) se séparent. Un peu en amont, le village-rue de Bonnières-sur-Seine fut longtemps une étape importante sur le chemin de Rouen, voit-on dans le Diagnostic patrimonial urbain paysager Seine aval réalisé par le CAUE 78 et la région Ile-de-France. Au XVIIIe siècle, outre l’activité sur la chaussée royale (il y a un maître de poste, six postillons, trois aubergistes, cinq cabaretiers…), c’était aussi une halte nautique où le voyageur peu pressé pouvait monter à bord de bateaux ralliant Rouen en trente heures… Nous voilà donc au rond-point situé au pied du bois Cahu, coincés entre coteau, voie de chemin de fer, usines et arrivée de la bretelle A13a, mise en service en 1963. En face de nous, suivant le bord de Seine, la D915 est la voie que nous devons suivre, laissant la R.N.13 historique monter à gauche, entre la butte à la Grande-Jeanne et le bois de la Roquette. Historiquement, cet axe a été numéroté R.N.182 jusqu’à Rouen entre la fin du XIXe siècle et 1952. Puis a reçu le n°13bis jusque dans les années 70 pour être enfin classé comme R.N.15 jusqu’au déclassement des nationales dans les années 2000…

Le village de Notre-Dame-de-la-Mer domine la Seine et la R.N.13bis historique (photo: MV, décembre 2017).

A droite de la route, voilà la voie ferrée Paris-Rouen, inaugurée en 1843 et que la chaussée va suivre jusqu’au Goulet, après Vernon. On passe au pied du village de Notre-Dame-de-la-Mer, où l’on a longtemps célébré les victoires acquises sur les Vikings qui ont, quand même, remonté le cours de la Seine à cinq reprises au IXe siècle pour aller piller Paris et ses environs (paroissebougival.fr)… La Première Guerre mondiale voit s’installer un petit bout de Belgique dans les environs, un riche industriel ayant offert sa propriété au roi des Belges pour en faire un camp militaire accueillant les grands blessés convalescents. Le premier bourg rencontré sur la R.N.13bis est Port-Villez sur la Seine, qui est situé en face du confluent de l'Epte. Là, nous indique Wikipédia, le site a été peint par Claude Monet. On y trouve aussi un beau vestige du passé fluvial du fleuve, d’anciennes écluses, construites durant les années 1870 lors du plan Freycinet et abandonnées depuis 1960. Une autre information, apportée par la Statistique de l'arrondissement de Mantes: le village «offre l'enceinte d'un camp, appelé Camp de César, environné de fossés profonds. On a trouvé près de là des médailles d'Antonin-le-Pieux». On entre dans l’Eure à la hauteur du Grand-Val. Du coup, la route prend le n°D6015. Plus loin, Vernon, nous dit le Guide Bleu de la France automobile 1954 est «une charmante petite ville ancienne et villégiature fréquentée» qui «occupe un site ravissant entre la rive gauche de la Seine et la forêt de Bizy». La première mention de la cité intervient en 1049, précise le site vernon27.fr. Jusqu’au XVe siècle, la cité sera disputée par les Français et les Anglais. Un nouveau pont remplaçant l’ouvrage médiéval sur la Seine et de grands travaux d’urbanisme seront réalisés entre 1859 et 1861. Mais là aussi, comme beaucoup de cités de l'ouest de la France, Vernon a été gravement endommagée pendant le conflit 39-45, notamment par un bombardement allemand en 1940. Le site internet municipal indique encore que l’on inaugure en 1955 le nouveau pont Clémenceau sur la Seine. On quitte Vernon par la route de Rouen.

Jolies maisons anciennes à Vernon (photo: MV, décembre 2017).
Ancien panneau Michelin à Vernon (photo: MV, décembre 2017).

Il y a quatorze petits kilomètres à parcourir jusqu’à Gaillon. Les chaussées du XVIIIe, XIXe et XXe siècles suivent là les même tracés par le Goulet, indique l’IGN grâce à son application «Remonter le temps». On entre dans Gaillon par l’avenue du Maréchal-Leclerc. La petite cité est contournée par la route nationale depuis les années soixante, un tracé en chantier est mentionné sur la carte routière de France au 1:100°000 publiée par CartoMundi (1962). Dans Gaillon, Wikipédia indique que des travaux sur la route Paris-Rouen ont été réalisé vers 1730. Auparavant, la sortie vers Rouen se faisait par un ancien chemin grimpant jusqu’à Sainte-Barbe-sur-Gaillon. L’emplacement est stratégique: le promontoire sur lequel se trouve le château de la ville est placé sur le couloir d'invasion utilisé par les Vikings ou les Anglais selon les époques...  On passe maintenant Vieux-Villez et Fontaine-Bellenger pour arriver à Heudebouville. Depuis ce village, et cela dès le XVIIIe, on peut rejoindre Pont-de-l’Arche de deux manières:  par Louviers mais aussi par le Vaudreuil et les Damps. Cette dernière possibilité étant la plus ancienne mais ayant l’inconvénient de suivre la «Voie blanche», un chemin pentu coupant à travers la forêt de Bord. Les choses allaient changer au XIXe: la carte d’état-major (1820-1866) publiée par l’IGN indique que cette dernière est «l’ancienne route de Rouen à Paris» alors qu’au nord de Louviers s’échappe désormais vers Pont-de-l’Arche une nouvelle «route de Paris à Rouen»… Mais les choses n’allaient pas en rester là! En 1950, la route nationale 13bis passe par le Vaudreuil, Léry et les Damps en ayant traversé l’Eure (comme au XVIIIe) à Saint-Cyr-du-Vaudreuil mais en évitant la difficile traversée de la forêt (c’est l’actuelle D77). Plus tard, les travaux liés au nouveau pont sur l’Eure et la Seine allaient modifier une fois encore les flux de circulation: reliant la N154 au nord de Louviers, une nouvelle voie évite Saint-Etienne–du-Vauvray pour rejoindre directement Pont-de-l’Arche. Cette infrastructure est visible sur la carte de France au 1:100°000 publiée par CartoMundi (feuille de 1962).

A Saint-Pierre-la-Garenne (photo: MV, mars 2007).
Vue de Gaillon depuis le château (photo: MV, décembre 2017).
A Léry-la-Voie-Blanche, la route royale coupait (à gauche) par la forêt (photo: MV, décembre 2017).

La RN13bis franchit donc la Seine à Pont-de-l'Arche. Il serait ardu de comptabiliser le nombre d’ouvrages d’arts qui ont permis ici le passage de l’Eure et de la Seine. Armand Launay, dans son blog Pont-de-l’Arche, ma ville, très documenté sur le sujet, en dénombre quatorze, dont le premier serait celui de Charles le Chauve, à la fin du IXe siècle. Parmi tous les ouvrages, après ceux de Philippe Auguste et de Philippe de Valois, se distingue celui du XVIIe siècle, qui tiendra bon an mal an jusqu’en 1856, année durant lequel il sera emporté par une violente crue. Plusieurs ouvrages se succéderont alors (1858, 1931), de mieux en mieux adaptés à la circulation routière et fluviale, jusqu’aux destructions de la Deuxième Guerre mondiale où il n’y aura plus que des ponts provisoires en bois. Le pont actuel a été mis en chantier en 1951 et achevé en 1954. On modifiera peu à peu les voies d’accès à l’ouvrage. Ainsi, de 1953 à 1957, sera construit une nouvelle voirie, qui, délaissant l’accès au pont par les Damps, fera surgir un accès par le sud, l’actuelle avenue De-Lattre-de-Tassigny. De l’autre côté de la Seine, le lieu-dit le Fort conserve la mémoire des fortifications de Limaie, un châtelet élevé ici pour protéger les accès au pont depuis Rouen. A Igoville, la route royale du XVIIIe siècle suit aujourd’hui la «rue des Canadiens» jusqu’au Port-Saint-Ouen (Seine-Maritime). Ce nom ne doit rien au hasard: ce sont les troupes canadiennes qui ont délivré la région du joug hitlérien, fin août 1944. Là, une rectification sera ordonnée en 1843: visible sur la carte au 1:200°000 (1881-1899) publiée par CartoMundi, elle fera passer la chaussée par son emplacement actuel, la «route de Rouen», située à l’est du bois de la Sahatte et passant à l’ouest de la ferme de la Folie. A Port-Saint-Ouen, on retrouve la Seine, où l’on passe au pied des roches de Saint-Adrien; là, «dès le XIIIe siècle, de nombreux ermites se taillèrent des grottes dans la craie» (Wikipédia). Un rond-point, situé après le lieu-dit la Poterie permet de suivre l’ancien tracé de la R.N.13bis jusqu’à Amfreville-la-mi-Voie. Nommé d’après un chef germanique (Ansfred), le lieu, écrit le site municipal amfreville-la-mivoie.fr, tient une partie de son nom de la construction de l’abbaye Saint-Ouen à Rouen: celle-ci était réalisée à partir de pierres taillées dans les carrières de Vernon. Débarquées à Port-Saint-Ouen en raison du phénomène de mascaret (le flot montant dû à la marée) qui empêchait les bateliers d’aller plus loin, les pierres étaient chargées sur des chariots dont les chevaux étaient changés à Amfreville, à mi-voie (à mi-parcours) de leur destination…

Le pont sur la Seine à Pont-de-l'Arche (photo: MV, décembre 2017).
A l'entrée d'Amfreville en venant de Gaillon. Ce cartouche rouge, rescapé de la R.N.15, rappelle le grand nombre de numéros qu'a porté cet axe (photo: MV, décembre 2017).

R.N.14: MA NATIONALE CHEZ LES NORMANDS
La route nationale 14 relie Paris à Rouen par Pontoise. C'est l'une des très courtes RN importantes que je puis voir sur mon Atlas Michelin 1959... (lire)

L'agglomération rouennaise est facilement traversée par les quais et l'on prend la direction du Havre en remontant l’avenue du Mont-Riboudet. Mais une halte prolongée pour découvrir la ville ravira le voyageur des nationales… La cité, dit le Guide Vert Normandie de 1957, «s’est développée dès le temps de la Rotomagus romaine à hauteur du classique "premier pont" sur un fleuve à estuaire, comme Nantes sur la Loire ou Bordeaux sur la Garonne»… Rollon, chef normand, s’y établit, la cité devenant la capitale du nouveau duché de Normandie, créé par le traité de Saint-Clair-sur-Epte en 911. Il s’y investit beaucoup: les marais alentours sont comblés, les flots de la Seine sont canalisés…  «La conquête de la ville par Philippe Auguste et le rattachement de la Normandie à la France, raconte le site rouen.fr, ne freinent pas la prospérité rouennaise. Philippe Auguste maintient les privilèges communaux et laisse aux Rouennais le monopole du commerce sur la Basse Seine. La ville s'accroît et devient la seconde ville du Royaume, une place qu'elle conservera longtemps». La guerre de Cent Ans ruine cependant la cité, qui est assiégée par les Anglais en 1419. C'est là que Jeanne d'Arc est jugée et condamnée à être brûlée vive sur la place du Vieux-Marché le 30 mai 1431. A partir de la reconquête française, Rouen connaîtra, à la Renaissance, un nouvel âge d’or. Navigateurs et marchands normands sont présents sur la plupart des grandes routes maritimes… Son port, précise le Guide du Routard Normandie, prospère à l’époque grâce au commerce du sel, du poisson et de la laine. Après les guerres de religion, qui paupérisent la cité et font fuir les très nombreux protestants, Rouen reste, jusqu’au XXe siècle, une cité au cachet médiéval affirmé malgré des travaux d’urbanisme importants et l’industrialisation de la rive gauche. En 1914-18, dit Jean Braunstein sur le site rouen.fr, «la ville est une des bases arrières du front, et voit affluer les réfugiés du Nord de la France et de Belgique, puis les troupes et le matériel de l'armée britannique, qui contribuent à l'essor du port». Passée la crise de 1929, c’est la tragédie de 1939-45. En 1940, lors de l’invasion allemande, les quartiers situés autour de la cathédrale sont en feu; l’édifice religieux, fierté des habitants, est sauvé à grand-peine. L’année du Débarquement est lugubre pour Rouen. En avril et mai, des bombardements massifs ravagent le centre. Fin août 1944, au moment de la Libération, l’armée nazie, coincée au sud de la Seine, subit le terrible feu des Anglo-Canadiens. De nouveaux immeubles s’effondrent encore. La ville, libérée, n’est plus qu’un vaste champ de ruines. Le plan de reconstruction, indique le Guide Vert Normandie de 1957, «se propose de remédier aux inconvénients nés du développement anarchique de l’agglomération au XIXe siècle. (…) la traversée de la ville par le grand itinéraire Paris-Le-Havre, très difficile autrefois, se trouve considérablement améliorée grâce à la surélévation des quais, opération magistrale qui a permis de spécialiser l’usage des voies, les quais hauts se trouvant réservés à la circulation générale et urbaine, les quais bas restant affectés au trafic portuaire et ferroviaire».

Sur les quais de Rouen (photo: MV, décembre 2017).

Voilà donc en face de nous, l’avenue du Mont-Riboudet, long ruban de bitume qui emmène la R.N.13 bis en direction du Havre mais aussi la R.N.27 vers Dieppe. Vraisemblablement réalisée vers la fin du XVIIIe siècle (on la voit sur un plan de 1815) d’après l’ouvrage Rouen, précis de son histoire, son commerce, son industrie, ses manufactures, ses monuments, elle remplace le pavé de Déville (aujourd’hui rue du Renard) artère qui a également porté le nom de «chemin royal de haut» en 1525. En 2018, on trouve sur ce boulevard un bus urbain à «haut niveau de service»… gare aux priorités! La vallée du Cailly, que l’on remonte, fut surnommée au XIXe siècle «la petite vallée de Manchester» en raison des nombreuses industries textiles qui s’y trouvaient (plus d’une centaine en 1850) mais aussi de la tradition métallurgique qui s’y déployait (ksb.com). C’est à la hauteur de Maromme que l’on quitte la route de Dieppe pour tourner à gauche vers la rue des Martyrs-de-la-Résistance (D6015). Mais ce n’était pas l’antique façon de quitter Rotomagus… Sur les différents plans, on remarque, en ligne droite vers Maromme, l’avenue du Mont-aux-Malades; son bitume d’aujourd’hui recouvre les empierrements de la voie romaine qui mène à Caudebec, Lillebonne et à l’estuaire de la Seine («Rouen et les voies antiques de Haute-Normandie», Pierre-Côme Duval). Un chemin utilisé jusque tard dans le XVIIIe siècle. A la sortie de Maromme, la route du XIXe siècle escalade la côte de La Valette, laissant partir sur sa gauche la voie antique desservant la Vaupalière, Saint-Thomas-la-Chaussée et Saint-Pierre-de-Varangeville. Il y a moins de 10 kilomètres à parcourir jusqu’à Barentin.

A Barentin (photo: MV, décembre 2017).
Ancienne plaque de cocher bien abîmée à Bouville (photo: MV, décembre 2017).

On entre dans la petite cité industrieuse de Barentin par l’avenue Aristide-Briand qui descend doucement jusque vers les bords de l’Austreberthe. Puis, c’est en deux grands lacets que la chaussée ancienne remontait de l’autre côté de la vallée (l’actuelle avenue Victor-Hugo). Barentin, dit le Guide Vert de Normandie, «se signale par son viaduc de briques, long de 505 m, sur lequel la ligne Paris-Le-Havre enjambe la vallée». Une singulière particularité a également attiré l’attention du «bonhomme Michelin»: «Le touriste de passage appréciera l’effort de diffusion artistique peu commun qui a doté la ville d’un nombre impressionnant de bustes et de statues, œuvres de sculpteurs contemporains»… La départementale 6015 se dirige vers Croix-Mare. Pour le site internet municipal, croixmare.fr, on parle du lieu depuis le VIIe siècle. Avant l’existence de la chaussée royale, «la "route principale" (un simple chemin) passe par le bois de Sap, l’église puis Ecalles-Alix». La route s’oriente désormais vers Le Havre. Yvetot se trouve devant nous. La petite cité aurait «pour origine le nom d'un chef scandinave venu d'Yvetofta, Yvar, auquel est associé le suffixe "topt", qui signifie "domaine" ou "terre"», écrit le site mairie-yvetot.fr. En 1553, le bourg perd de nombreux droits (liés au meurtre de Gautier d'Yvetot par le roi Clotaire 1er) qui autorisaient de multiples exemptions d’impôts… Au XVIIIe siècle, Yvetot se développe grâce aux industries textiles. Puis des imprimeries s’installant. Le 25 juin 1940, catastrophe: «Un régiment Panzer arrive à Yvetot, désertée par ses habitants. Dès le lendemain, les nazis brûlent systématiquement tout le centre-ville. Des centaines de maisons calcinées, plus de 1000 sinistrés et 2 hectares de terrain anéantis» (mairie-yvetot.fr)... En 1844, le Dictionnaire géographique, historique, industriel et commercial de toutes les communes de la France écrivait: «Yvetot est une ville assez bien bâtie, dans une plaine élevée entièrement dépourvue d'eau. Sa situation, au milieu d'un pays fertile, est très agréable: ses alentours offrent partout des sites variés et de charmants paysages. La ville consiste, pour ainsi dire, en une principale rue de 4 km de long, formée de maisons basses, construites en bois et couvertes en ardoise»… Quelle idiotie, la guerre…

A Yvetot (photo: MV, décembre 2017).

On quitte la ville par l’avenue du Maréchal-Foch. Ici, remarque-t-on grâce à l’application «Remonter le temps» de l’IGN, une chaussée du XVIIIe suit la «Vieille route» qui rejoint Asselimbosc et zigzague dans le paysage jusqu’à Valliquerville. Depuis cette bourgade, vers Le Havre, les cartes publiées par l’IGN montrent d’importantes différences selon les époques. Avec Cassini (cartes réalisées au cours du XVIIIe), on ne voit pas de chaussée directe entre Yvetot et Le Havre. Une route va de Yvetot à Lillebonne (porte le nom de «grand chemin», et suit d’anciennes voies romaines jusqu’à Saint-Aubin-Routot. On se souviendra que la voie antique Rouen-Le Havre par Caudebec fut utilisée jusque tard dans le XVIIIe siècle. Mais on voit aussi un embranchement remontant vers Lanquetot depuis les environs de Lintot. La carte d’état-major du XIXe siècle montre, elle, une voie vers Le Havre par Bolbec. C’est notre R.N.13bis… Relisons Georges Reverdy: dans son Histoire des routes de France, du Moyen Age à la Révolution, il signale qu’il y avait, «à la veille de la Révolution deux routes de première classe entièrement achevées (dans la généralité de Normandie): de Paris au Havre par Vernon, Rouen et Yvetot et de Paris à Dieppe par Magny, Rouen et Tôtes». On atteint le centre de Bolbec par l’avenue du Maréchal-Joffre (D312B) Puis, l’Histoire des rues de Bolbec (1886-87) nous rappelle que cette route a porté le n°14: «La rue Guillet fait partie de la R.N.14. Le nom de "rue aux chevaux" lui était venu de la poste aux chevaux» qui y existait. L'histoire industrielle de Bolbec est loin d'être négligeable: «A la fin du XVIIIe siècle, lit-on sur le site ville-bolbec.fr, de nombreux manufacturiers s’installent à Bolbec pour produire des "indiennes". A la veille de la révolution française, Bolbec compte près de 18 manufactures. En 1806, ce sont 27 indienneries qui existent à Bolbec, employant près de 800 ouvriers». On sort de la ville par la départementale 910 (rue George-Clémenceau). Dans les années quarante, on commence à travailler, dit Georges Reverdy dans Les routes de France du XXe siècle, 1900-1951, «sur la déviation de Bolbec et sur l’aménagement des accès du pont suspendu de Tancarville» qui sera réalisé, avec sa travée centrale de 608 mètres de portée, de 1951 à 1959 (pontsnormandietancarville.fr). Ce pont, explique encore la chambre de commerce Seine-Estuaire, est justifié par la frustration des Havrais qui sont mal reliés aux cités situées plus en amont sur la Seine, ils en sont isolés «par des marécages à l’extrémité du Bec de Caux», et donc «le franchissement de l’estuaire» serait le principal moyen d’assurer la subsistance et le développement de leur port. Différents projets voient le jour entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe: un transbordeur, un tunnel, un pont… Et c’est dans les années trente que la décision de réaliser un pont suspendu sera prise… Mais entre-temps, il y aura eu la Seconde Guerre mondiale…

La rue du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny à Harfleur (photo: MV, décembre 2017).

La route se dirige maintenant en direction de Harfleur par Saint-Romain-de-Colbosc. A Saint-Aubin-Routot, on trouve une «vieille route» qui passe par le centre du village. On retrouve ici l’ancien tracé de la voie antique Rouen-Caudebec-Lillebonne (D81)… On passe Gainneville, un village déjà bien inscrit de nos jours dans l’agglomération havraise. La descente sur Harfleur, avant-dernière étape de notre cheminement sur la R.N.13bis se faisait anciennement (XVIIIe et avant) par une chaussée qui filait directement vers le bas du Mont-Cabert (on voit encore sur le Géoportail une rue qui porte ce nom), puis par ce qui est aujourd'hui la rue du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny au XIXe. Plus tard, au XXe siècle, la chaussée moderne évitera la rue De-Lattre et le centre ancien. Dans Harfleur, l’ancienne chaussée  suivait la rue Carnot, la rue de la République et la rue du Général-Leclerc (percée au XVIIIe siècle), où l’on a remarqué, fin 2017, une plaque de cocher de la R.N.14! Le nom de Harfleur, explique le site municipal, est «une désignation du lieu par les Vikings qui découvrent l’estuaire de la Seine au début du IXe siècle». Au XIIe siècle, dit harfleur.fr, la ville est l’avant port de Rouen dans le commerce avec l’Angleterre, alors sous la tutelle normande. Après cette période, les rois de France font de Harfleur un des grands ports français malgré -déjà- des problèmes d'envasement. En 1415, l'armée anglaise du roi Henri V s'empare du port. L’occupation dure jusqu'au milieu du XVe siècle. L’envasement durable du port de Harfleur va mettre un terme à la florissante activité portuaire d’autant plus que, en 1517, François Ier entreprend la construction, non loin de là, du Havre de Grâce (devenu la ville du Havre). En 1955, voit-on encore sur le site harfleur.fr, «au sud du centre-ville, on relie les berges de la Lézarde par un troisième pont supportant la route du Havre à Tancarville, et le quartier de la Brèque est progressivement transformé en nœud routier de 1960 à 1991, confirmant ainsi le rôle de carrefour terrestre d’Harfleur».

Plaque de cocher de la R.N.14 à Harfleur. La chaussée Rouen-Le-Havre a été numérotée nationale 14 jusqu'au milieu du XXe siècle (photo: MV, décembre 2017).

On arrive au Havre par la longue rue de Verdun. C’est en passant le quartier de la Barrière d’or (ancien octroi) que l’on pénètre réellement dans la ville. Après le premier bassin, mis en service en 1518, la cité portuaire du Havre de Grâce, réalisée au cours du XVIe siècle par l’architecte italien Girolamo Bellarmato, va connaître un enrichissement considérable au XVIIIe siècle avec le commerce, notamment du café, du coton et du chocolat, et plus marginalement du commerce triangulaire, indique le site lehavre.fr. A cette époque, précise le Guide Vert Normandie, le port, «qui a participé activement au ravitaillement des "insurgents" d’Amérique est une véritable "forêt de mâts" et le quartier Saint-François, connu des marins du monde entier, regorge de richesses». Au XIXe siècle, l’expansion de la ville se poursuit: «L’arasement définitif des enceintes remplacées par de grands boulevards est décidé sous le Second Empire» (lehavre.fr). Jusqu'à la fin des années 1930, la ville est une place forte du négoce international, notamment grâce à sa Bourse, alors la plus importante d'Europe et la seule à pouvoir rivaliser avec celle de New York. Les grands paquebots transocéaniques font escale au Havre: c’est l’époque de la ligne mythique Le Havre-New York, opérée pendant 150 ans avec les navires les plus prestigieux, le Normandie, l’Ile-de-France, le France… La ville, située à l'embouchure de la Seine est aujourd'hui une cité entièrement transformée. Pendant la guerre 39-45, Le Havre a subi pas moins de 172 bombardements majeurs qui n'ont laissé que des ruines: il y a 12 500 immeubles totalement détruits, 4500 immeubles partiellement détruits, 21 000 logements disparus sur 48 000.... Le projet d'ensemble de la reconstruction du centre-ville est préparé en 1945 dans les ateliers de l'architecte Auguste Perret puis approuvé par le ministère de la reconstruction et de l'Urbanisme en janvier 1946, écrivent les archives départementales de la Seine-Maritime. Au total, ce sont près de cent architectes qui interviendront au Havre jusqu'en 1964.

L'arrivée au Havre par la rue de Verdun (photo: MV, décembre 2017).

Marc Verney, Sur ma route, janvier 2018

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RETOUR VERS PARIS
Parfois, et c'est bien dommage on n'a pas le choix... Il faut rentrer chez soi... Bon, notez que c'est pour recommencer le tour aussi! Et puis on a peut-être raté quelque chose... (suivre)