Mur Michelin de la R.N.1 à Grandvilliers (remerciements: photoguide.cz). Ce site respecte le droit d'auteur. En cas de souci sur cette image, merci de le faire savoir à l'auteur. Merci!

Sources et documents: carte Michelin n°51 Boulogne-Lille (ND); carte Michelin n°52 Le Havre-Amiens (ND); Du Gris-Nez à la Somme: sur les chemins de terre et d'eau, petits transports et petits usagers (XIIIe-XVe siècles), Anne-Dominique Kapferer, Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public, 1976; Esquisse de topographie historique sur l'Ambianie, Alphonse Leduque, Centre régional de recherche et de documentation pédagogiques d'Amiens, 1972; Guide de l’étranger à Londres et dans ses environs, John William Lake, Audin libraire, 1855; Guide du Routard Nord-Pas-de-Calais, Hachette, 2011-2012; Guide du Routard Picardie, Hachette, 2011-2012; Histoire des routes de France, du Moyen-Age à la Révolution, Georges Reverdy, Presses de l’ENPC, 1997; Itinéraire descriptif et topographique des routes de Paris à Londres, W. Lake, Truchy-Simonneau (1826); Notice sur les rues d’Abbeville et sur les faubourgs, Ernest Pralfond, Jeunet imp. éd. (1850); Wikipédia; Airaines éternelle; picardie.developpement-durable.gouv.fr; grandvilliers.fr; attin.mairie.free.fr; photoguide.cz.

A Grandvilliers, la nationale 1 historique croise la N15bis, route qui rejoint Le Tréport (photo: MV, janvier 2012).

Localités traversées par la R.N.1 (1959):
Beauvais (N31)
Notre-Dame-du-Thil

Troissereux
Monceaux
Saint-Omer-en-Chaussée
Achy
Marseille-en-Beauvaisis (N30)
Fontaine-Lavaganne
Thieuloy-Saint-Antoine
Halloy
Grandvilliers (N15bis)
Equennes
Poix (N29)
Lincheux
Camps-en-Amiénois
L'Arbre-à-Mouches
Airaines
Sorel-en-Vimeu
Pont-Remy
Eaucourt-sur-Somme
Epagne
Epagnette
Abbeville (N25, N28, N35, N40A)
Hautvillers
Le Titre
La Garenne
Nouvion
Forest-Monthiers (N40B)
Bernay-en-Ponthieu
Vron
Nampont-Saint-Martin
Nempont-Saint-Firmin (N40C)
Wailly
Montreuil-sur-Mer (N39)

Amusante réutilisation d'un vieux panneau de la route nationale à Nampont-Saint-Martin (photo: MV, janvier 2012).
Limite départementale à Nampont-Saint-Martin et Nempont-Saint-Firmin (photo: MV, janvier 2012).
Plaque de cocher à Montreuil-sur-mer (photo: MV, septembre 2006). En cliquant sur l'image vous visitez la cité.

D'autres ressources autour de la nationale 1 historique: La page Wikisara consacrée à cette ancienne nationale française (lire).
La page Wikipédia de la RN1 historique (lire).

Panneau Michelin au Touquet (photo: MV, septembre 2006). En cliquant sur l'image vous visitez la cité.





Belles routes de France...
RN1: A NOUS LES PETITES ANGLAISES (II)
Voici donc la deuxième partie de notre nouveau voyage sur la route nationale 1 historique. Celle-ci va nous emmener de Beauvais à Montreuil-sur-Mer en passant par Abbeville. On frôle la charmante baie de Somme, chère à Jules Verne, mais aussi Le Touquet chic et ses bains de mer ainsi que, à Montreuil-sur-Mer, longtemps unique port royal français, d’imposantes fortifications de brique rouge… Là encore, l’histoire de France a façonné la route, au gré des victoires (et défaites) des uns et des autres… Et puis on va faire démentir cette phrase, parue dans les colonnes du journal Illustrated London News, ce 5 septembre 1846: «Le trajet monotone et interminable de Boulogne à Paris est suffisant pour épuiser le voyageur le plus joyeux»…Non, non, Messieurs les Anglais… fini le French Bashing!!

Sur le tracé de la R.N.1 historique à L'Arbre-à-Mouche (photo: MV, janvier 2012). En cliquant sur l'image, vous accédez à la dernière partie du trajet Paris-Calais.

Au sortir de Beauvais, c'est donc le tracé de l'actuelle D901 (RN1 de 1959) que nous allons emprunter. En 1788, nous raconte Georges Reverdy dans l’Histoire des routes de France, du Moyen-Age à la Révolution, «il est demandé» de réaliser un nouvel axe Paris-Calais depuis Beauvais par Marseille, Poix et Abbeville qui supplanterait celui desservant Amiens. Un projet qui ne se fera que lentement…

Troissereux est la première bourgade traversée de cette route. Les Tressoriens sont fiers de leur château (XVe, XVIe siècles) de son horloge astronomique et de son Grand Canal (un peu comme à Versailles!) niché au cœur d’un parc de douze hectares… Là encore, en ces contrées du Beauvaisis, l’itinéraire est très ancien: c’est la fameuse route de l’étain qui passe par ici. Six kilomètres plus au nord, voilà Saint-Omer-en-Chaussée, bourg connu pour sa laiterie, fondée en 1899 par une société suisse. L'établissement, considéré comme une usine modèle, amenait par le train aux Parisiens un lait de qualité supérieure, garanti par une fermeture des bouteilles en verre ou en porcelaine par cachets (la classe!).

A Troissereux, les ruines de cette station-service ne servent plus à grand-chose (Photo: Marc Verney, janvier 2012).

On suit la vallée du Petit-Thérain jusqu’à Marseille-en-Beauvaisis. «La commune, nous annonce l'encyclopédie Wikipédia, est un ancien bourg fortifié, qui avait trois portes, Saint-Maur au nord, Saintes-Hosties à l'ouest et Saint-Michel, au sud. Elle fut dévastée par une inondation causée par un orage en 1645». Partant de ce bourg, annoncent les historiens locaux, une ancienne chaussée rejoignait Saint-Valéry-sur-Somme par Saint-Thibault et Fouilloy. On en voit la trace sur les cartes, au niveau de Brombos et des carrefours de Saint-Clair et du Coq-Gaulois notamment. Ce fut aussi un chemin utilisé par le chasse-marée venant du Tréport.

On continue maintenant en direction de Grandvilliers. C'est au début du XIIIe siècle que débute l'histoire de la ville. Hélas, un peu plus de quatre cents ans plus tard, le 2 septembre 1680, en pleine nuit, un incendie d’une violence inouïe éclate soudainement. «En quelques heures, nous raconte le site grandvilliers.fr, ce bourg, l’un des plus considérables de la Picardie, était presque entièrement détruit». Bossuet, seigneur de Grandvilliers promet son aide: il est dit que le tracé des larges rues de la ville lui est dû. Au XIXe siècle, l’Hôtel d’Angleterre est la halte recherchée par les voyageurs. Beaucoup plus tard, Grandvilliers est de nouveau terriblement très éprouvé. Les 6, 7 et 8 juin 1940, les bombardements ravagent totalement 163 maisons et une partie des édifices publics. La reconstruction ne s'achèvera qu'en décembre 1954.

Borne de limites départementales entre l'Oise et la Somme. On peut y lire la mention "route n°1 de Paris à Calais" (Photo: Marc Verney, janvier 2012).

Le Guide de l'étranger à Londres et dans ses environs confirme l’importance en 1855 d’une route de Paris à Boulogne par Beauvais, Marseille-en-Beauvaisis, Poix, Abbeville, Montreuil et Boulogne-sur-Mer… Ses description sont précises et imagées: Par ici, la campagne, écrit l’auteur, est «de loin en loin, parsemée de bosquets, dont chacun recèle toujours un village, suivant l’usage de la Picardie d’entourer tous les lieux de bosquets, de vergers et de prairies». On passe dans la Somme 7 km après Grandvilliers.

Voilà maintenant Poix-de-Picardie. La descente de la côte de la rue de Paris va en surprendre plus d’un après les douces courbes du Beauvaisis… Il reste encore une quarantaine de kilomètres à parcourir jusqu’à Abbeville. Peu avant l'arrivée sur Airaines, entre Bresles et Somme, le château de Tailly, sur la gauche de la route se camoufle derrière un petit bois: la demeure a appartenu au maréchal Leclerc, le libérateur de Paris en 1944.

Travaux sur la R.N.1 autour d'Airaines entre XIXe et XXe siècles (remerciements: Airaines éternelle). Ce site respecte le droit d'auteur. En cas de souci sur cette image, merci de me le faire rapidement savoir.
Plaque de cocher située à L'Arbre-à-Mouches (Photo: Marc Verney, janvier 2012).

On passe la Somme à Pont-Remy (ou Pont-de-Rémy). Les extraits du registre des délibérations de la chambre de commerce de Picardie en 1777-1778 indiquent que le passage était périlleux pour les bateaux… Alors pour les voyageurs de la route… D’ailleurs, la vallée de la Somme est souvent inondée, comme en 1841 où la route n°1 s’est révélée totalement impraticable en janvier… Après Epagnette, voilà Abbeville.

Pour les amateurs des voyages à l’ancienne, c’est là que l’on retrouve le trajet du XVIIIe siècle de la diligence Paris-Calais (par Amiens) mais aussi le dernier tracé de la RN1 moderne (de 1973 à 2005). La «ville de l’abbé» (l’ancienne Abbatis Villa dépendait autrefois de l’abbaye de Saint-Riquier) a subi de nombreuses destructions au fil des siècles. Tour à tour dominée par les Anglais, les Français, les Bourguignons, Abbeville connaît cependant son heure de gloire dès le XIe siècle grâce à l’industrie et au commerce du drap (installation d’une manufacture royale de draps fins en 1665).

Un fait-divers propulse Abbeville dans la sombre histoire des conflits religieux. C’est ici, qu’en juillet 1766 est exécuté le chevalier de La Barre, victime de l’intolérance (il sera même défendu par Voltaire!). Par la suite, la capitale de la région du Ponthieu a été dévastée aux trois quarts lors du dernier conflit mondial. La ville sera en effet terriblement touchée le 20 mai 1940 lorsque les bombardiers allemands attaquent le centre et réduisent en poussière près de 2500 immeubles! L’entrée de la cité (chaussée de Paris) se fait par le faubourg Saint-Gilles, juste à côté du marais du même nom.

A VOIR, A FAIRE

Malgré la quasi destruction du centre-ville, on doit visiter la collégiale Saint-Vulfran (fin du XVe siècle), le beffroi-musée Boucher-de-Perthes (XIIIe siècle), et, juste à côté d’Abbeville, l’abbatiale de Saint-Riquier. Les visiteurs ayant du temps ne manqueront pas le détour par la baie de Somme et les ports de Saint-Valéry-sur-Somme (c'est de là, en 1066, que Guillaume le Conquérant est parti à l'assaut de l'Angleterre!) et du Crotoy.

Plaque de cocher à l'entrée d'Abbeville (Photo: Marc Verney, janvier 2012).

A Abbeville, les haltes les plus connues s’appellaient Hôtel de l’Europe, d’Angleterre, de la Tête-de-Bœuf, de l’Ecu-de-Brabant, du Lion-Noir… En sortant d'Abbeville, une montée, la côte de la Justice, longue «d’un quart de lieue» (le Guide de l’étranger à Londres et dans ses environs) aboutit au carrefour des routes de Calais et de Saint-Omer (ancienne N28). Ce n’était, avant 1789, qu’une «cavée», un mauvais chemin creux, adouci plus tard par des travaux «de charité».

Partant de là, le chemin, nous dit en 1826 l’Itinéraire descriptif et topographique des routes de Paris à Londres par W. Lake, «la route parcourt une plaine entrecoupée de bois», le sol est «crayeux»… On rase la forêt de Crécy, lieu de la terrible défaite de la chevalerie français en 1346 face aux archers anglais. Et l’on entre à Nouvion, «treizième relais à quarante lieues et demi de Paris (…) dont les maisons, bâties en terre et couvertes de chaume, sont cependant propres et bien entretenues».

Vingt kilomètres après Abbeville, la route traverse le bourg de Bernay, où subsiste l’ancien relais de poste, quatorzième sur la route de Calais. Il en reste ces mots de Victor Hugo en 1837: «Ce hameau est situé à l'endroit précis où la diligence qui arrive de Paris a faim pour déjeuner et où la diligence qui arrive de Calais a faim pour dîner. (...) Il en a résulté une fort bonne auberge».

A l'entrée de Bernay-en-Ponthieu, par un clair matin d'hiver (Photo: Marc Verney, janvier 2012).

A Nempont-Saint-Martin (Nampont-Saint-Firmin, dans le Pas-de-Calais), la vallée de l'Authie sépare la Picardie du Nord-Pas-de-Calais. La rivière, longue de 100 km a été jusqu’en 1536 la frontière nord du royaume de France face à l'Artois. Là, au XIVe siècle, nous indique Du Gris-Nez à la Somme: sur les chemins de terre et d'eau, petits transports et petits usagers (XIIIe-XVe siècles), le trafic marchand semble délaisser largement la «voie Brunehaut» de l’intérieur des terres en faveur d’un grand chemin qui suit la côte au plus près de l’estuaire de la Somme à l’estuaire de la Liane «en franchissant l’Authie aux deux Nampont, en passant la Canche au bac d’Attin en aval de Montreuil et en allant droit sur Boulogne par Frencq et Neufchâtel».

A VOIR, A FAIRE

On peut faire une petite infidélité à la route nationale n°1 historique pour aller visiter l'abbaye de Valloire, fondée en 1137 par Guy II, comte de Ponthieu. L'ancien et le contemporain se mêlent ici harmonieusement puisque les jardins de l'abbaye ont été redessinés par l'urbaniste Gilles Clément. Une réussite.

Joli duo de Michelin à la hauteur de Puits-Bérault (Photo: Marc Verney, janvier 2012).
Entrée de Montreuil-sur-Mer (Photo: Marc Verney, septembre 2006).

Première étape dans le Nord-Pas-de-Calais, on visitera sans faute la localité de Montreuil-sur-Mer, seizième relais des diligences sur la route de Calais, dans le val de Canche, perchée sur sa butte fortifiée, à la vaste place centrale, décrite par un grand voyageur de la N1... Victor Hugo dans Les Misérables... Les rues (toujours) pavées recèlent encore quelques anciennes indications Michelin et autres, qui prouvent le passage primitif de la nationale n°1 dans le centre-ville et non sur l'insipide déviation de contournement construite plus récemment. Cependant, ici, pas de voie antique, la chaussée romaine traversait la Canche à Brimeux, plus à l’est.

Ce n’est qu’au Xe siècle que Montreuil-sur-Mer et son bac à Attin commencent à prendre de l’importance. A l’époque, la mer (qui est à 15 km aujourd’hui) remontait jusqu’aux murailles de ce qui était –à l’époque- l’unique port de mer du royaume de France. Mais l’ensablement de l’estuaire, l’annexion de la Normandie au royaume, la guerre de Cent Ans et les dévastations dues à Charles Quint en 1537 finissent de ruiner la petite cité. Le bac d’Attin, nous indique le site de la mairie du village, perd lui aussi de son importance à la toute fin du XVIe siècle, lorsque l’on construit une nouvelle route passant par Neuville suivie d'un pont sur la Canche.

A VOIR, A FAIRE

La citadelle (1570) et les remparts, une promenade longue de 3 km, la ville ancienne, que l’on peut atteindre par la porte de Boulogne en montant la «cavée» Saint-Firmin. A côté, la station du Touquet se laisse voir pour ses anciennes villas balnéaires, sa plage et… ses innombrables panneaux Michelin de toutes formes qui restent encore aujourd'hui debout dans les rues et les allées de cette ville créée en 1882 et adoptée par les Anglais.

La route prend dès lors le chemin de Boulogne en passant par Samer, un petit bourg blotti sur une colline autour de son clocher. Ce chemin n’est viabilisé que sous le règne de Louis XV. Auparavant, la route suivie par les voyageurs passait par Frencq et Neufchâtel. Mais il faudra quelque temps avant que le tracé actuel prenne le pas sur son ancêtre...

Marc Verney, Sur ma route, octobre 2012

AU FIL DE LA ROUTE NATIONALE...
Les régions du nord de la France recèlent de nombreuses traces des routes anciennes... Le voyageur qui zigzague entre anciennes nationales et nouvelles départementales le sait bien... (lire)

Continuer la promenade sur la RN1 historique