Borne de limites départementales entre l'Eure et l'Oise située entre Talmontiers et Neuf-Marché (photo: MV, janv. 2007).

Sources et documents: Atlas des grandes routes de France, Michelin (1959); carte n°52 Le Havre-Amiens, Michelin (1968); carte n°55 Caen-Paris, Michelin (1955); Atlas historique des routes de France, Georges Reverdy, Presses de l’ENPC (2006); Dieppe, Michel Giard, éd. Alan Sutton (1996); Géographie du département de la Seine-Inférieure, Adolphe Joanne, librairie Hachette (1875); Histoire de Gisors, Victor Patte, librairie Guenegaud S.A. (1976); Histoire illustrée de Pontoise, Jean Aubert, éditions Horvath (ND); Histoire des routes de France, du Moyen Age à la Révolution, Georges Reverdy, Presses de l'ENPC (1997); Histoire d’un port normand, 1694-1720, ouvrage collectif, médiathèque municipale Jean-Renoir (1999); La Pierre d'Angle, magazine édité par l'Association nationale des architectes des bâtiments de France; Le pays de Bray, communes et paroisses, topographie et statistiques, Dieudonné Dergny, Gérard Monfort éditeur (1980, reprint); Mémoires de la société des sciences morales des lettres et des arts de Seine-et-Oise, tome huitième, docteur Bonnefoy, E. Aubert imprimeur, 1868 (sur hpvexin.free.fr); Pontoise, 2000 ans d’histoire, ouvrage collectif, impr. Paris (1973); «Saumont-la-Poterie: une souscription lancée pour poursuivre la restauration du pont de Coq», Paris-Normandie (2 août 2015); Souvenirs de Gisors, Jacques Benoist, éd. du Valhermeil (1996); dieppetourisme.com; gournay-en-bray.fr; marines.fr; portdedieppe.fr; ville-gisors.fr; ville-pontoise.fr; Wikipédia; Wikisara. Remerciements: la BPI du centre Georges-Pompidou, le Géoportail de l’IGN.

Ancienne plaque indicatrice à Cormeilles-en-Vexin. (photo: MV, janv. 2007).

Localités et lieux traversés par la N15 (1959):
Pontoise (N14)
Cormeilles-en-Vexin
Marines
Chars
Gisors (N14bis, N181)
Eragny-sur-Epte
Sérifontaine
Talmontiers
Bouchevilliers
Neuf-Marché
Gournay-en-Bray (N30)
Forges-les-Eaux
Les Hayons (N28, N29)
Pommeréval
Torcy-le-Grand
Torcy-le-Petit
La Chapelle-du-Bourgay
Le Bois-Robert
Beaumais
Dieppe (N25, N27)

Deuxième plaque indicatrice vue à Cormeilles-en-Vexin (photo: MV, janv. 2007).
En 1959, il existait également une N15bis entre Grandvilliers et Le Tréport (auj. D315 et D1015). Voici l'un des ultimes restes de la route, cette plaque vissée sur une borne kilométrique (photo: MV, juin 2007).
A NOS LECTEURS: les photos, textes et dessins de ce site sont soumis au droit d'auteur. Pour toute autre utilisation, contacter l'auteur. Merci de votre compréhension...
Page de l'encyclopédie des routes Wikisara consacrée à la nationale 15 (lire)
La page de présentation de l'historique et de l'itinéraire de la nationale 15 dans l'encyclopédie en ligne Wikipédia (lire)
A VOIR, A FAIRE

Pontoise: bâtie sur un plateau calcaire au bord de l'Oise, Pontoise possède d'étonnantes caves et d'anciennes carrières souterraines des XIIe et XVIe siècles. Le visiteur s'intéressera aussi à la cathédrale Saint-Maclou... L’emplacement de l’ancien château de la ville est devenu un jardin public, offrant une vue imprenable sur les quais et l’Oise. Le peintre Camille Pissarro a vécu à Pontoise de 1866 à 1884. Juste à côté, voilà le parc naturel régional du Vexin français…
Gisors: le château-fort, quelques maisons médiévales dans l’ancien centre, l’église Saint-Gervais-et-Saint-Protais.
Gournay-en-Bray: La collégiale Saint-Hildevert, la porte de Paris ou porte Ibert (XVIIIe siècle), qui se situe à l'emplacement d'une ancienne porte fortifiée construite par le duc de Montmorency… Non loin, l’abbaye de Saint-Germer-de-Fly (6 km) et le charmant village de Gerberoy (11 km).
Forges-les-Eaux: un émouvant musée de la Résistance et de la déportation, le casino, le parc thermal.
Pommeréval: la forêt d’Eawy et ses multiples promenades. Le site du Val Ygot à Ardouval, base de lancement des V1.
Dieppe: le château-musée et sa vaste collection d’objets en ivoire, la Cité de la mer, l’Estran, pour tout savoir sur la pêche, l’église Saint-Jacques, la chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours (vue). Non loin de Dieppe, le château de Miromesnil, les villages de Pourville et de Varangeville (jardins remarquables, falaises).

 

Les belles routes de France...
R.N.15: LA MANCHE DANS MA BOUTONNIERE...
Depuis 1824, la route portant le numéro 15 est la chaussée qui relie Pontoise à Dieppe. Notre bitume parcourt le Vexin autour de Gisors et le pays de Bray (une curiosité géologique appelée boutonnière, d’où notre titre!) pour enfin atteindre le port de Dieppe, situé au bord de la Manche. C’est une vraie «course» vers la mer mais avec le plaisir de parcourir des contrées verdoyantes qui ne sont pas, parfois, sans rappeler l’Angleterre… Normal, on est là en Normandie! Bref, voilà une route idéale pour un week-end rétro et tonique au départ de Paris… Petite précision, qui ajoute de la complexité à la numérotation des chaussées en Normandie: depuis les années 70, le n°15 était porté par l'axe Bonnières-sur-Seine-Le-Havre (ancienne N13bis). La première promenade sur cet voie a été rédigée en mars 2007… Nous voici, en septembre 2016, avec un tout nouveau texte et de nouvelles infos, mais toujours guidés par notre très précieux atlas Michelin de 1959!

La route à la sortie de Neuf-Marché. (Photo: Marc Verney, mai 2014). Pour retourner sur la page index, cliquez ici ou sur la photo.

Cette route de Paris à Dieppe n’a rien d’un axe mineur… Si le trafic entre la capitale et le bord de mer est longtemps passé par Rouen, la chaussée par Forges-les-Eaux doit beaucoup à l’Ancien Régime puisque la Dauphine (la maman de Louis XVI, Louis XVIII et Charles X) est allée y prendre les eaux, suscitant dans sa foulée la reconstruction des routes… Ainsi, signale Georges Reverdy dans l’Histoire des routes de France, du Moyen Age à la Révolution, «si la route de première classe de Paris à Dieppe passait par Rouen, il y avait cependant un projet de liaison plus directe par Gournay et Forges-les-Eaux. Son tracé et ses petits ouvrages d’art étaient approuvés par sections dans les années précédant la Révolution. En 1792, poursuit encore Reverdy, était adopté un tracé passant en dehors de la forêt avant Forges». Mais, sur certains tronçons, on y rencontrera aussi le chasse-marée, qui se dépêchait d’apporter aux Parisiens le poisson frais recueilli par les marins-pêcheurs du port de Dieppe!

R.N.14: MA NATIONALE CHEZ LES NORMANDS
La route nationale 14 relie Paris à Rouen par Pontoise. C'est l'une des très courtes RN importantes que je puis voir sur mon Atlas Michelin 1959... (lire)

A Pontoise, le boulevard des Fossés (aujourd’hui Jean-Jaurès) nous permet de rejoindre la rue de Gisors. Visible sur une carte publiée par l’ouvrage Pontoise, 2000 ans d’histoire, ce chemin a été réalisé sur le tracé des anciens remparts de la ville, détruits sous Louis XV et qui dataient des XIe et XIIe siècles. Non loin de cette chaussée, on trouvait les places du Petit et du Grand-Martrois. C’est là, raconte Jean Aubert, dans l’Histoire illustrée de Pontoise, que «les paysans du Vexin venaient vendre leurs grains aux meuniers établis sur l’Oise». Toujours dans le même ouvrage, on apprend que l’on trouvait un relais de poste dans la rue de Gisors et que ces faubourgs occidentaux de la cité «se sont développés dès le début du XVIIe siècle». Peu après Génicourt (ancien relais de poste de la Maison-Blanche), notre voie laisse partir à droite la «route de Beauvais» (D22). A noter que cette route laisse entrevoir un ancien tracé, autour de Gérocourt et un vieux pont situé à l'est de la départementale 22 actuelle (sur la carte de Cassini publiée par l’IGN, cette voie part d’un peu plus loin). Quant à «notre» R.N.15 historique, elle longe ici l’aérodrome de Pontoise-Cormeilles. Celui-ci, créé en 1937, a servi pour l’armée de l’air puis a été utilisé par la Luftwaffe durant l’Occupation et par un escadron de bombardement américain dès septembre 1944…

Voilà Cormeilles-en-Vexin, petit bourg actuellement contourné par une voirie datant du milieu des années 1990 (Wikisara). On y découvre un ancien relais de poste, rue Curie; un grand bâtiment du XIXe siècle qui possède deux ailes latérales (Wikipédia). On quitte Cormeilles par la rue du Général-Leclerc. Il faut parcourir quatre kilomètres avant d’arriver à Marines. On laisse de côté le contournement réalisé en 2002 (Wikisara) et l’on pénètre dans la cité par le boulevard de la République. «C’est vers l’an Mil, nous explique le site marines.fr, qu’une motte féodale, construite aux Hautiers, a fixé le premier village-refuge après les invasions normandes. Au Xe siècle, trois châteaux-forts sont construits puis complètement ravagés au XIe et XIIe siècles»... Le village décline jusqu’au XVIe siècle, placé à l’écart de l’ancien chemin de Gisors. Au cours des deux siècles suivants, le bourg se reconstruit et profite cette fois, au cœur du XVIIIe, du passage de la route royale. Celle-ci, précise encore marines.fr, «fixe de façon rectiligne l’axe principal, boulevard de la République, rue du Général-de-Gaulle, boulevard Gambetta, en délaissant l’ancienne rue de Chars». Si le bourg ne disposait pas d’un relais de poste, on y dénotait tout de même au XIXe siècle une certaine activité avec ses marchés importants pour le bétail et les blés. Et puis Marines disposait à cette époque de son «quartier de l’Etoile», un lotissement –un peu- bâti sur le modèle de son grand frère parisien…

Carte de la route nationale 15 en 1933. (source: Carte des voies à grande circulation, éditée par le Laboratoire de médecine expérimentale).

De Marines à Chars, il n’y a que quatre kilomètres. Chars, nous dit en 1868 le docteur Bonnefoy, auteur d'une histoire de la cité publiée dans l'ouvrage Mémoires de la société des sciences morales des lettres et des arts de Seine-et-Oise, tome huitième (sur hpvexin.free.fr), «se trouve placé au fond d'une vallée tourbeuse formée par la Viosne, petite rivière qui se jette dans l'Oise à Pontoise. (...) Autrefois, le terroir de Chars était très boisé; les bois de Chars avaient même une assez mauvaise réputation, mais maintenant ils sont en grande partie défrichés». Placés au coeur du Vexin, les lieux pâtissent, à partir du XIe siècle, des combats entre Français et Anglais, qui sont chassés de la région en 1442... Dans ce bourg, nous dit encore le docteur Bonnefoy, «la route, en temps que route royale, ne date que de 1749». Le long de la Grande-Rue, «qui était la principale du bourg avant l'établissement de la route de Paris à Dieppe», il y avait quatre auberges -dont celle de la maison des Trois-Rois- situées à côté de l'Hôtel-Dieu. Auparavant, le chemin de Gisors descendait par la Gloriette, «une ruelle assez malodorante» que l’on rencontre à droite et à gauche de la voie actuelle.

Le département de l'Oise, qui se finit peu avant Gisors était encore, dans les années 2000, riche en anciennes signalisations (notamment Michelin). Le village de Reilly, à quelques kilomètres de la grand-route (au nord), était ainsi entièrement équipé (en 2007) en panneaux de ciment du célèbre équipementier automobile... Voilà maintenant que s’annonce Gisors, ville du mythe du trésor des Templiers. «Bâtie à cheval sur l’Epte, au confluent de la Troësne et du Réveillon, Gisors est une des portes de la Normandie… Une porte dont le château constituait un solide verrou pour ceux qui essayèrent jadis de le forcer», clame Jacques Benoist dans ses Souvenirs de Gisors… Et ce sont les Français qui s’y cassèrent souvent les dents puisque la ville était possession normande puis anglaise. Peu avant d’entrer dans la cité, on longe le parc d’activités du Mont-de-Magny, qui rappelle, qu’ici, en 1731 et 1732, Denis Pantin, alors lieutenant-général du bailliage de Gisors, fit adoucir la rampe du chemin de Paris. «Des travaux qui coûtèrent 8515 livres et 7 sous», nous dit Victor Patte, dans l’Histoire de Gisors. La cité, «probablement fondée à l'époque gallo-romaine, est située, nous dit le site ville-gisors.fr, à la croisée de grandes routes, Beauvais-Evreux et Paris-Rouen»... En 1940, la ville sera profondément marquée par des bombardements qui détruiront la quasi totalité du centre historique. Dans son ouvrage Souvenirs de Gisors, Jacques Benoist indique que «l’Ecu de France était l’auberge chic de la ville». De son côté, Victor Patte rappelle le tracé ancien de la chaussée dans la ville: «La route nationale de deuxième classe n°15 de Paris à Dieppe, dont l’ouverture remonte à 1754, (…) suit les rues de Paris, du Faubourg-de-Paris et "Dauphine" jusqu’à la rue du Bourg, qu’elle descend pour aller à la rue Cappeville; après avoir également suivi cette dernière jusqu’au milieu du faubourg, elle tourne brusquement vers le nord pour gagner Eragny».

A gauche, dans le petit village de Reilly, toute la signalisation était, en 2007, "aux mains" de Michelin. On trouvait dans cete région de nombreuses plaques Michelin de ce type. A droite, borne de limite départementale située près de Gisors. On peut encore y lire la phrase, gravée dans la pierre: "Route Nationale N°15 de Paris à Dieppe" (Photos: Marc Verney, janv. 2007).

Dès lors, la route prend la direction du nord et suit la vallée de l'Epte en direction de Gournay, la porte d'entrée du pays de Bray. Ce pays, nous explique Adolphe Joanne dans la Géographie de la Seine-Inférieure, constitue «ce que les géologues appellent une vallée de dénudation. L’océan, qui la remplissait sans doute autrefois a enlevé en se retirant la couche épaisse de craie qui forme la base des plateaux de Normandie. (…) Le fond de la vallée est divisé en une foule de vallons arrosés par des ruisseaux. Il est couvert d’herbages d’une verdeur éclatante divisés par de grandes haies et parsemés d’une infinité de maisonnettes, de fermes et de hameaux». On y produit trois AOP: le fromage neufchâtel, le calvados et le pommeau de Normandie. L’encyclopédie Wikipédia nous raconte également que c'est dans ce pays, à Ferrières-en-Bray, qu'a été inventé le Petit-Suisse dans les années 1850, un fromage frais qui fit la fortune de la société Gervais, devenue Danone! Avant Gournay, voilà Sérifontaine, puis Talmontiers et Neuf-Marché avec son ancienne chaussée menant au coeur du village, joliment appelée «rue du Mont-au-Singe»… «Le nom de Neuf-Marché, raconte Wikipédia, date du traité de Saint-Clair-sur-Epte en 911, lorsque le village devient la nouvelle marche, la nouvelle frontière entre la Normandie et la France». On entre ensuite à Gournay-en-Bray par l’avenue de la Première-armée-française (les lieux sont libérés fin août 1944 par les Canadiens et les Britanniques); puis le centre est atteint en franchissant la porte de Paris. La petite cité connaît, au fil des siècle, bien des malheurs… Anglais, Français, Bourguignons, Ligueurs, s’emparent tour à tour des lieux… En juin 1940, un bombardement allemand incendie le centre-ville… Au début du XIXe siècle, le beurre de Gournay gagne Paris «en service accéléré sur des chariots attelés de quatre vigoureux chevaux. Cela concerne, chaque mardi à la saison de l’herbe de 30t à 35t de marchandises», détaille l’ouvrage Le pays de Bray, communes et paroisses, topographie et statistiques… A la sortie de Gournay, la route de Dieppe se confond un temps avec celle de Rouen (R.N.30 en 1959). Mais ce n’est pas le cas au XVIIe siècle. A cette époque, un autre itinéraire s’esquisse, franchissant l’Epte au Pont-de-Coq pour rejoindre Gaillefontaine, Neufchâtel-en-Bray puis Dieppe. D’usage d’abord militaire, cet axe historique, qui compte treize ouvrages d’art, sera aussi beaucoup utilisé par le chasse-marée. Plus tard, au cours du XVIIIe siècle, la nouvelle chaussée construite évite Gaillefontaine et rejoint Forges-les-Eaux, lit-on dans La Pierre d'Angle d’avril 2016, le magazine édité par l'Association nationale des architectes des bâtiments de France. Un chantier de construction favorisé, nous explique un article de Paris-Normandie, par «l’assèchement, vers 1715, du marais de la forêt de Bray».

Très belle plaque de cocher rénovée à Neuf-Marché (photo: Marc Verney, mai 2014).

Une vingtaine de kilomètres après Gournay, la route nationale 15 historique de 1959 atteint Forges-les-Eaux par la route du Montadet et la rue de la Libération (D1314). Cette ville d'eau tient son histoire de son sol, riche en fer, qui donna naissance aux forges dès l'époque gallo-romaine. A l'épuisement des gisements de fer, c'est l'eau de source qui prit le relais. Le roi Louis XIII vint d’abord à Forges en 1633, mais c’est Marie-Josèphe de Saxe, l’épouse du dauphin, fils de Louis XV, qui va bouleverser la vie de la cité, nous raconte le livre Forges-les-Eaux, la ville d’où naquit le soleil. De «grands travaux» d’infrastructures diligentés par le ministre Trudaine «vont améliorer la communication de Paris avec Forges». On peut ainsi lire dans l’Histoire des eaux de Forges que «la venue de la dauphine fut une bonne fortune pour le village qui se ressentit de ses générosités. Avant son arrivée, "le pays n’étoit qu’un amas de chaumières, de rues pleines de trous et de bourbiers d’un bout à l’autre. Tout a changé: on a tout comblé et uni; ensuite on a pavé, on a agrandi et bâti à neuf beaucoup de maisons"». Il faudra quand même attendre le milieu du XIXe siècle (1843) pour voir aboutir le tracé de la route royale de Paris à Dieppe. Car, à la sortie de Forges, on ne voit plus rien sur la carte de Cassini (XVIIIe siècle) publiée par le Géoportail de l’IGN…

La route longe la rivière Epte, très ancienne frontière entre la Normandie et le royaume de France. (photo: Marc Verney, janvier 2007).

La chaussée de la R.N.15 se confond parfaitement avec celle du XIXe siècle jusqu’à la hauteur du bois du Parc où certaines courbes ont été littéralement effacées par de judicieux remblaiements… Puis la route de Dieppe s’échappe en longue ligne droite jusqu’au carrefour des Hayons où l’on croise les voies de Rouen à Abbeville (R.N.28) et de Yvetot à Amiens (R.N.29). C’est ici aussi que l’on retrouve trace d’un itinéraire vers Dieppe sur la carte de Cassini (XVIIIe)… La route longe désormais la belle forêt d'Eawy. D'une superficie de 7000 hectares, ce massif est un vestige des grandes forêts médiévales, victime de défrichements intenses. La forêt d’Eawy est traversée par l'allée des Limousins, une chaussée en ligne droite ouverte au XVIe siècle dont une partie de 14 km est carrossable. En 1943-1944, des rampes de lancement de fusées allemandes V1 sont hélas installées dans les bois de la région, attirant comme des mouches les chasseurs-bombardiers alliés... Après Pommeréval, il reste une trentaine de kilomètres  jusqu'à Dieppe. On franchit le village des Grandes-Ventes, fondé au XIIIe siècle, dont l’origine se trouve dans des coupes forestières réalisées dans le massif puis mises en vente. Après Torcy (le Grand…), la chaussée imprimée sur la carte de Cassini (XVIIIe) du Géoportail IGN nous joue des tours… On semble plutôt se diriger vers Arques-la-Bataille pour achever le trajet vers Dieppe… Alors que sur la carte d’état-major du XIXe siècle, grâce à la magie des calques multimédias du site de l’IGN, chaussée d’époque et D915 contemporaine se superposent quasi parfaitement…

A gauche, à la sortie de Dieppe, en direction de Paris. A droite, Pourville-s-Mer, charmant bord de Manche non loin de Dieppe (Photos: Marc Verney, janv. 2007).

L'entrée dans l’agglomération de Dieppe se fait après un vaste rond-point, au niveau du lieu-dit de la Maison-Blanche. On y rencontre la R.N.27 venant de Rouen sur un tracé légèrement modifié par la construction d’un aérodrome. La route s'incline jusqu'au port et porte le nom «d’avenue des Canadiens»... Dieppe est une place convoitée: «Sur les marges occidentales du bassin parisien et sur une côte à falaises inhospitalières ponctuée de rares estuaires, lit-on dans l’ouvrage Histoire d’un port normand, 1694-1720, la situation de Dieppe en fait dès l’Antiquité, une limite, un estran». À l'époque gallo-romaine, le camp de César ou «Cité de Limes», situé au nord du Dieppe actuel, est une enceinte qui atteste de la plus ancienne présence de vie humaine dans la région (Wikipédia). Plus tard, les Normands, apprend-on sur le site portdedieppe.fr, «attirés par cet emplacement naturel, y créent un port qui va devenir le plus important de la Normandie, et en même temps un nœud de communication avec l’Angleterre à partir de 1066 avec Guillaume le Conquérant, et ce, jusqu’en 1204». Après, vers l’an 1300, Dieppe approvisionne Paris en poisson frais grâce à un service régulier de voitures; c’est donc le fameux chasse-marée qui dispose de ses propres itinéraires. Hormis une occupation anglaise de 1420 à 1435, du XVe siècle (pêche au hareng), au XVIIe siècle (explorateurs, commerce transatlantique), Dieppe est l’un des ports du littoral français parmi les plus actifs. Le nom de Jehan Ango, célèbre armateur, fait alors le tour du monde… Mais arrive un nouveau désastre, le bombardement de la cité, en juillet 1694, par une armada anglo-hollandaise. «Un plan, présenté par Vauban, sert de base au lancement de la reconstruction», lit-on encore dans l’ouvrage Histoire d’un port normand, 1694-1720. C'est l’ingénieur de Ventabren qui se charge en fait des travaux de réhabilitation. De fait, le port ne cesse de se doter de nouveaux équipements au fil des ans (de gros travaux de modernisation sont achevés en 1887)… Le tourisme aussi, y trouve ses marques: en 1822, le premier «établissement des bains» de France est installé sur la plage de Dieppe (Wikipédia)… Au XXe siècle, c’est le débarquement canadien du 19 août 1942 qui a marqué les esprits. Opération inutilement meurtrière ou test pour le D-Day du 6 juin 1944, les historiens n’ont pas fini de se déchirer… Pour en arriver là… l'automobiliste d’aujourd’hui aura parcouru un peu moins de 150 km depuis Paris.

Marc Verney, Sur ma route, août 2016

Vénérable panneau Michelin à Dieppe signalant l'accès à Pourville (photo: Marc Verney, janvier 2007.

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