Bel ensemble Michelin situé à la sortie sud de Limoges. Il a été hélas déposé (photo: MV, août 2007).
A Tendu, l'activité de ce relais routier s'est éteinte. De tels endroiits, aujourd'hui délaissés, font florès sur le trajet de la R.N.20 historique (photo: MV, oct. 2017).

Quelques mots sur la documentation utilisée: Atlas des grandes routes de France, Michelin (1959); carte n°68 Niort-Châteauroux, Michelin (1953); carte n°72 Angoulème-Limoges, Michelin (1946, 1955); carte n°75 Bordeaux-Tulle, Michelin (1952); carte n°79 Bordeaux-Montauban, Michelin (1946, 1964); Analyse des voeux des conseils généraux de département sur divers objets d'administration et d'utilité publique, soit locale, soit générale: session de 1841, Imprimerie Royale (1841); Annuaire du Département de la Creuse: pour l'année 1844, Dugenest et Nivean (1843); Annuaire statistique des départements de la Haute-Vienne, de la Creuse, de la Corrèze, ressort de la cour de Limoges, Honoré Arnoul, Bargeas (1835); Atlas des sites classés de l’Indre, vu dans donnees.centre.developpement-durable.gouv.fr (2008); «Brive-la-Gaillarde, esquisse de géographie urbaine», Pierre Rascol, Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest (1934); Bulletin des lois, Imprimerie nationale (1842); Bulletin des lois de la République française, volume 30, Imprimerie royale (1845); Cheval limousin, chevaux en Limousin, sous la direction de Bernadette Barrière et Nicole de Blomac, Presses universitaires de Limoges (2006); Collection complète des lois, décrets d'intérêt général, traités internationaux, arrêtés, circulaires, instructions, etc, volume 25, Société du Recueil Sirey (1827); De Paris aux Pyrénées (coll. Les belles routes de France, n°307), Michelin (1953-54); Guide Bleu de la France automobile, Hachette (1954); Guide Vert Périgord-Limousin-Quercy, Michelin (1961); «Le désenclavement routier et ferroviaire des villes du Périgord et du Bas-Pays limousin au XIXe siècle», Michel Genty, Annales du Midi (1981); «Les origines de Pierre-Buffière (Haute-Vienne)», Jean-Michel Desbordes, Revue archéologique du Centre de la France (1978); «Les routes du Sud-Ouest de 1780 à 1815: efforts d'équipement et espoirs déçus», Jean-Marcel Goger, Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest (1989); «Limoges: étude de géographie urbaine», Antoine Perrier, Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest (1938); Recherches historiques et statistiques sur la ville d'Argenton et son territoire (Indre), par Grosset (ancien notaire), impr. de Migné à Châteauroux (1843); anciens-aerodromes.com; berryprovince.com; boisseuil87.fr; donzenac.correze.net; mairie-arnaclaposte.fr; mairiemasseret.free.fr; manoir-celon.over-blog.com; museedelachemiserie.fr; tourisme-briancesudhautevienne.fr; tourisme-cahors.fr; tourisme-hautevienne.com; uzerche-tourisme.com; vallee-dordogne.com; vicat.fr; ville-limoges.fr; Wikipédia; Wikisara. Remerciements: le Géoportail de l’IGN, CartoMundi, Persée.

Vers Le Fay (photo: MV, oct. 2017).
Panneau Michelin bien camouflé au Fay (photo: MV, oct. 2017).

Localités et lieux traversés par la N20 (1959):
Châteauroux (N143, N151, N156)
Lothiers (N151)
Tendu
Argenton-s-Creuse (N727)
Celon
La Croisière (N142)
Bessines-sur-Gartempe
Razès
Maison-Rouge
Limoges (N21, N141, N147)
Pierre-Buffière
Magnac-Bourg
Masseret
Uzerche (N120)
Donzenac
Brive-la-Gaillarde (N89)
Noailles
Souillac
Lanzac
Payrac
Cahors
(N111)

Au hameau de Rhodes, les maisons ont une tonalité très "Massif Central" (photo: MV, oct. 2017).
A l'entrée nord de Limoges, ce bar "à l'ancienne" est bien isolé au milieu des barres d'immeubles. Tellement isolé qu'il n'existe plus, d'ailleurs (photo: MV, août 2007).
L'ancien pont médiéval Saint-Etienne à Limoges (photo: MV, oct. 2017).
Au nord d'Uzerche (photo: MV, avril 2016).
Sortie nord de Brive (photo: MV, avril 2016).
A La Séguinie (photo: MV, avril 2016).
Publicité murale au lieu-dit la Baraquette (photo: MV, oct. 2017).
Vers le lieu-dit les Tauriats on a gardé une trace de l'ancienne nationale 20 (photo: MV, oct. 2017).
Léon Gambetta, illustre personnage de Cahors (photo: MV, oct. 2017).

A NOS LECTEURS: les photos, textes et dessins de ce site sont soumis au droit d'auteur. Pour toute autre utilisation, contacter l'auteur. Merci de votre compréhension...

Page de l'encyclopédie des routes Wikisara consacrée à la nationale 20 (lire)
La page de présentation de l'historique et de l'itinéraire de la nationale 20 dans l'encyclopédie en ligne Wikipédia (lire)

A VOIR, A FAIRE
Nous ne pouvons citer ici que les curiosités les plus importantes. La R.N.20 et ses alentour sont particulièrement riches en patrimoine à visiter…
Argenton-sur-Creuse: du Vieux-Pont, jolie vue sur la Creuse. Célèbre pour son industrie textile, la ville possède un intéressant musée de la Chemise, qui raconte l'histoire de ce vêtement, du Moyen Age à nos jours! Juste à côté, la ville antique d'Argentomagus (musée et ruines). A quelques kilomètres au sud-est, le pittoresque village de Gargilesse-Dampierre, classé depuis 1982 parmi l’un des «Plus beaux villages de France».
Arnac-la-Poste: son église romane du XIIe siècle, l’ancien relais de poste de Montmagner (sur la D220).
La Croisière: quelques kilomètres à l’est, la petite cité de La Souterraine, avec sa collégiale romane, chef-d'œuvre de transition du roman vers le gothique, les portes Saint-Jean et Puycharraud, restes de l'enceinte fortifiée, une lanterne des morts. A côté de la cité, la tour de Bridiers (XIIe).
Bessines-sur-Gartempe: le musée Urêka, qui évoque l'épopée de l'uranium en Limousin (ouvert aux groupes, sur réservation).
Razès: autour du bourg, plusieurs promenades (routières et pédestres) dans les monts d’Ambazac. Voir le site tourisme-montsdulimousin.fr.
Limoges: la cathédrale Saint-Etienne, le palais épiscopal, les jardins de l’évêché, les ponts médiévaux Saint-Etienne (XIIIe) et Saint-Martial (XIIe) qui entourent le Pont-Neuf sur la Vienne (1838). Ses deux coeurs historiques, la Ville Haute, ancien quartier du château des vicomtes, et la Cité, ancienne ville de l’Evêque... Sa gare, époustouflante construction Art déco, vaut le coup d’œil! A 10 km au sud, le château de Châlucet (circuit touristique) mais aussi le bourg de Solignac et son abbatiale située sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Pierre-Buffière: le portail de l’église Sainte-Croix pour y apprécier les plaques de porcelaine «bleu de four», l’hôtel des Trois-Anges, ancien relais de poste du XVIe siècle qui a accueilli le pape Pie VII, la villa d’Antone, site gallo-romain.
Magnac-Bourg: une vingtaine de kilomètres à l’est, le mont Gargan (vaste panorama).
Masseret: sa tour (panorama et table d’orientation)
Uzerche: la porte Bécharie, la place des Vignerons, l'abbatiale Saint-Pierre. Un circuit pédestre (panneaux explicatifs) permet la découverte du riche patrimoine historique, artistique, architectural et humain de la cité.
Donzenac: plusieurs circuits de promenade dans les rues de cette petite cité médiévale de caractère et alentours. Non loin, il faut voir les pans de Travassac, une spectaculaire ardoisière.
Brive-la-Gaillarde: le musée d'art et d'histoire de la ville (Labenche), la collégiale Saint-Martin, la maison Cavaignac, la tour des Echevins… Au sud, les grottes de Saint-Antoine.
Noailles: site agréable au cœur d’un paysage de collines verdoyantes. Un bon point de départ pour une promenade motorisée vers les villages touristiques de Collonges-la-Rouge et de Turenne.
Souillac: l’église abbatiale Sainte-Marie, l'imposant viaduc ferroviaire de Bramefond construit en 1882, illuminé la nuit, le pont Louis-Vicat, un étonnant musée de l’Automate. Quinze kilomètres à l’est, le joli bourg de Martel. Vers l’ouest, la route de Sarlat s’ouvre sur la Dordogne et de nombreux villages touristiques.
Payrac: à l’ouest, par la D673, le site de Rocamadour et le parc régional des causses du Quercy.
Cahors: le pont Valentré, construit à partir de 1308, et achevé plus de cinquante ans plus tard, est l’un des plus beaux ponts fortifiés de France; la cathédrale Saint-Etienne, massive et à l’allure de forteresse, construite du XIIe au XVIe siècle. On conseille aux voyageurs une longue promenade dans les quartiers anciens de Cahors, majoritairement situés à l’est du boulevard Gambetta, notamment le long de la rue Nationale. A voir également, le musée de Cahors Henri-Martin (travaux en cours en 2018). Il y a un beau panorama sur la ville de Cahors depuis le mont Saint-Cyr.


Le magnifique pont Valentré à Cahors (photo: MV, août 2007).

Turgot, Trésaguet et les chaussées du Limousin. Sous l'Ancien Régime, les intendants étaient ces puissants personnages d'Etat, nommés dans une région
donnée, qui oeuvraient notamment à l'amélioration des communications et à l'embellissement des villes. Souvent détestés par la population, accablée de taxes et de corvées, certains intendants ont néanmoins mené -dans leur généralité- des travaux utiles et salués par les habitants. Ainsi, Anne Robert Turgot, ami de Diderot et d’Alembert, disciple des Lumières, devient, le 8 août 1761, à 34 ans, intendant du Limousin pour quatorze longues années. Sa première idée, explique Wikipédia, est de continuer le travail de l'intendant Tourny, son prédécesseur, de relevé du territoire (cadastre) afin d’aboutir à une estimation plus exacte pour la taille (l'impôt). Puis, nous raconte le site herodote.net, "il étend le réseau routier en recourant à un impôt paroissial (appliqué en 1766, NDLR) et non plus à la corvée, un travail non rémunéré qui pesait sur les paysans". Par ailleurs, il encourage les cultures nouvelles comme la pomme de terre et promeut les nouvelles manufactures de porcelaine destinées à exploiter les mines de kaolin locales. Lorsqu'il quitte Limoges, il devient contrôleur général des Finances et s'occupe, précise Georges Reverdy dans l'Histoire des grandes liaisons françaises, "de la réforme des messageries". Grâce à lui, poursuit Reverdy, des diligences rapides (les "Turgotines") circulent sur la route Paris-Toulouse dès 1776. L'époque est aussi à l'évolution des techniques de construction routière: nommé en 1764 à la tête des ingénieurs de la généralité de Limoges, Pierre Trésaguet va définir pour des années les nouvelles règles de réalisation d'une chaussée. L'ouvrage Histoire des grandes liaisons françaises précise ainsi ces données: "Fond de l'encaissement parallèle au bombement, bordures posées par les paveurs, première couche en forme de pavé de blocage, posée de chant, affermie et battue à la masse, puis pierres arrangées à la main couche par couche, battues et cassées grossièrement à la masse pour qu'elles s'incrustent les unes dans les autres et qu'il ne reste aucun vide; la dernière couche faite avec la pierre la plus dure, même s'il faut aller la chercher loin, cassée à la grosseur d'une noix au petit marteau et jetée à la pelle sur la chaussée en formant le bombement"... Source et documents: Histoire des grandes liaisons françaises (I), Georges Reverdy, Revue générale des routes et des aérodromes (1981); herodote.net; Wikipédia.


Belles routes de France...
R.N.20 : LIMOUSINES EN PYRENEES (II)...
Notre deuxième étape sur la route nationale 20 historique nous emmène de Châteauroux à Cahors. Depuis le Berry, nous effleurons gaillardement les premiers contreforts du Massif Central. Après la plaine (morne), les paysages se mettent à changer à toute vitesse. Entre vallons, creux et bosses, l’asphalte de la R.N.20 se faufile au milieu des bosquets, entourée par les champs où paissent de bien jolies vaches limousines à la robe marron clair… C’est donc Limoges qui sera notre escale majeure sur ce tronçon –oh combien nature- de la route de Paris à l’Espagne… Paris, ses tracas et ses fumées ne sont déjà plus qu’un lointain souvenir. Je vous offre 317 kilomètres de joie motorisée! Périgord, nous voilà!

La RN20 historique au sud d'Argenton-sur-Creuse, dans le village du Fay. On remarque l'autoroute A20, en haut à droite de cette image sur laquelle nous avons rajouté le petit cartouche N20 rouge (Photo: Marc Verney, octobre 2017). Pour retourner sur la page index, cliquez ici.

On quitte Châteauroux par les avenues des Marins et d’Argenton, des axes qui existent déjà sur les cartes du XVIIIe (Cassini) et XIXe siècles (état-major) publiées par le Géoportail de l’IGN. Au sortir de la ville, à partir du lieu-dit les Aubry, la R.N.20 est tout aussi rayée du paysage qu’après Vierzon, complètement supplantée par l'omniprésente autoroute A20 «l’Occitane». Une route, qui existe sous le nom de D920, mais qui n’est pas toujours l’ancienne chaussée, se faufile entre collines et vallons, se rapprochant au plus près de la multivoies contemporaine. C'est plutôt pittoresque, mais il faut se bagarrer avec les cartes pour conserver le bon cap... Argenton-sur-Creuse est à une bonne trentaine de kilomètres. Peu avant le lieu-dit les Maisons-Neuves, la carte d’état-major du XIXe siècle signale une «auberge des Grandes-Liennes». Après, il nous faut contourner l’aire de service du Val-de-l’Indre et son ballet de camions pour arriver au hameau de Lothiers où Cassini mentionne une «poste». C’est de là, que part sur la droite, la R.N.151 à destination de Poitiers. Sept kilomètres au sud, voici le village de Tendu. A la sortie de ce bourg peu animé, la carte Michelin n°68 Niort-Châteauroux de 1953 mentionne un court projet de rectification qui ramène la chaussée sur son tracé du XIXe siècle, plus direct que celui du Champ-Perchaux (antérieur à 1952) qui virevolte dans le petit vallon adjacent. Puis la R.N.20 passe la Bouzanne sur le pont de Tendu. Cette rivière, nous indique en 2008 l’Atlas des sites classés de l’Indre (donnees.centre.developpement-durable.gouv.fr), «constituait, au XVe siècle, une petite "ligne Maginot" défendant le Bas-Berry contre les armées anglaises. Cette ligne de défense était constituée de deux sortes de châteaux. Des petits édifices se succédaient tous les 3 km environ, et des bâtiments plus importants étaient placés tous les 5 ou 6 km. Les gros châteaux ont pour la plupart été détruits, tandis que les petits subsistent presque tous». Peu après, au niveau de la Quinauderie, c’est l’autoroute A20 himself qui reprend le tracé tout droit des XVIIIe et XIXe siècles, laissant l’ancienne R.N.20 «tournicoter» vers le bois Billeron…

Une des plus jolies vues sur nos anciennes chaussées nationales: le passage de la R.N.20 historique sur le pont de la Bouzanne. Il faut, aujourd'hui, regretter la disparition du vieux panneau Michelin (photo: Marc Verney, mai 2007).
A la sortie de Tendu, l'ancienne route nationale a perdu l'une de ses trois voies (photo: Marc Verney, octobre 2017).

Mais voilà que s’annonce Argenton-sur-Creuse. Là, les cartes publiées par l’IGN nous montrent que, peu avant l’échangeur moderne de la D927, un ancien chemin de Paris (XVIIIe et XIXe siècles) filait droit en direction des berges de la Creuse avec une seule et large courbe au lieu-dit (bien nommé) Le Contour. Une carte de 1850 au 1:80.000 publiée par CartoMundi montre un cheminement identique. On notera cependant que le Bulletin des lois de 1842 avait, huit ans plus tôt, mentionné «la rectification des côtes de Tandu, de Bourdesoul, de Génétous et de Saint-Paul, situées sur la route royale n°20, de Paris à Toulouse, entre Tandu et Argenton, département de l'Indre». C’est bien vrai que l’action publique a tendance, parfois, à la lenteur…  Le centre-ville d’Argenton s’organise tout autour de la Creuse. D’ailleurs, on surnomme l’endroit la «Venise du Berry». Si l’ancienne R.N.20 des années cinquante descendait vers le centre par la rue du Président-Fruchon (D927A) puis l’avenue Gambetta, c’est la rue Ledru-Rollin, menant au Pont Neuf, qui nous emmène aujourd’hui de l’autre côté de la rivière afin de gravir, en face, la très escarpée avenue Rollinat qui contourne une butte couronnée des ruines d’une vaste forteresse assiégée par Philippe Auguste puis Henri de Navarre, le futur Henri IV, et démantelée sous Louis XIII. Les lieux ont d’ailleurs été de tout temps un point de passage stratégique: l’actuelle jolie petite cité d’Argenton, nous dit le Guide Vert Périgord-Limousin-Quercy «a remplacé la cité gallo-romaine d’Argentomagus qui s’étendait, à 2 km au nord, sur la colline Saint-Marcel». S’il y a un Pont Neuf, il y a un Vieux-Pont… Ce dernier date du XVe siècle et a été rebâti au XIXe (berryprovince.com). Du coup, la ville basse s’étend sur la rive droite, reliée à la ville haute par ce Vieux-Pont, indique Wikipédia. Le 8 décembre 1530, lit-on dans l'ouvrage Recherches historiques et statistiques sur la ville d'Argenton et son territoire, les faubourgs de la ville basse furent entièrement submergés par la montée des eaux de la Creuse. L'inondation détruit «une des portes de la ville». Le pont est emporté alors que plus de 60 maisons sont complètement ruinées. Beaucoup plus tard, en 1740, lit-on dans le même ouvrage, l'explosion d'une mine utilisée pour la «confection de la route de Paris à Toulouse» fit fendre l'église Saint-Benoît en «plusieurs endroits». Simultanément «une rue appelée de la Calandre, située parallèlement à cette église, s'écroula entièrement». Pendant un siècle, de 1860 à 1960, la petite cité des bords de Creuse fait figure de véritable «capitale de la chemiserie»… Un industriel, Charles Brillaud, industriel installé à Saint-Omer, «ouvre le premier atelier de lingerie mécanique dans sa ville natale», écrit le site museedelachemiserie.fr; «à la Belle époque, l’âge d’or de la chemiserie, les ateliers de la région argentonnaise emploient environ 3000 ouvrières». On quitte Argenton-sur-Creuse par l’avenue de Limoges, une chaussée qui coïncide peu ou prou avec les tracés du XVIIIe et du XIXe siècles existants sur les cartes publiées par le Géoportail de l’IGN.

Au nord d'Argenton, l'ancien chemin de Paris du XVIIIe siècle est encore bien visible sur le terrain (photo: Marc Verney, octobre 2017).

«Au sortir d'Argenton, nous dit le Guide Bleu de la France automobile 1954, la R.N.20 achève de traverser la plaine, coupée de ruisseaux, du Berry, puis aborde les premiers ressauts granitiques et schisteux du Massif Central, dépassant 300 m d'altitude». La nationale historique disparaît ici quelques kilomètres sous le bitume autoroutier: la D920 prend la direction de Bord et il faut ensuite obliquer à gauche vers deux aires de repos autoroutières pour reprendre le fil de notre promenade «à l’ancienne». Très vite d’ailleurs, on se trouve face à la rectification des Matherons, la R.N.20 contournant une butte par l’est alors que la chaussée ancienne, qui porte ici le nom de «route Napoléon» pique tout droit vers Celon. Dans une ordonnance publiée en 1842 dans le Bulletin des lois de la République française, il est mentionné «qu'il sera procédé à la rectification de la côte de Celon» dans le département de l'Indre. Le village est atteint après avoir traversé la Sonne. Au XIIIe siècle, découvre-t-on sur le site manoir-celon.over-blog.com, «le fief de Celon se composait d’un simple hébergement entouré de fossés et de pêcheries». Le château actuel y aurait été bâti vers 1458. Huit kilomètres plus au sud, notre chemin atteint le lieu-dit les Cinq-Routes. De ce carrefour s’échappe ce qui est, dans les années cinquante, la D5 (puis D1 dans la Creuse), la «route de la Souterraine», dont l’ouverture a été ordonnée sous Charles X au début de l’année 1825. Là, il semble qu’il y ait eu un différend entre les départements de l’Indre et de la Creuse, au cours du XIXe siècle… La Creuse aurait-elle souhaité le passage de la route n°20 par la Souterraine en utilisant cette nouvelle D5 décidée 16 ans plus tôt et ainsi faire financer la chaussée par l’Etat? Cela rappelle de modernes débats! Quoiqu’il en soit, on lit dans l’Analyse des voeux des conseils généraux de département (1841) que l'Indre «déclare protester à l'avance contre tout projet de rectification de la route royale n°20 (...) qui aurait pour résultat d'enlever cette route à une partie du département de l'Indre, pour en faire profiter celui de la Creuse»... Ambiance! Notre route, désormais, passe Clidier, l’Aumône et arrive à Rhodes. Peu après, la chaussée entre dans la Haute-Vienne (D220 désormais).

La R.N.20 historique vers Celon (photo: Marc Verney, octobre 2017).

Par ici, l’ancienne route de poste s’orientait en direction d’Arnac. Pour distinguer ce village des autres localités du même nom, écrit le site mairie-arnaclaposte.fr, «on lui adjoignit "la Poste" au début du XVIIIe siècle à cause du relais de poste qui s'y trouvait». Car alors, la route royale ou chemin de la Poste, de Paris à Toulouse, traversait le territoire d'Arnac. Le tracé fut modifié en 1737. Le relais de ce bourg fut alors transféré à Montmagner en 1748 sur le trajet actuel de la route nationale historique. On peut d’ailleurs faire une courte visite de ce relais très bien conservé (panneau explicatif). Un peu plus au sud, après le village de Dognon, la R.N.20 historique rencontre à La Croisière la route de Guéret à Bellac et Angoulême (R.N.142 en 1959). Pour celle-ci, en 1843, nous dit l’Annuaire du Département de la Creuse, la seule lacune à terminer sur cette route existe entre le pont Sebrot et le ruisseau de la Chassagne. Et qu'elle sera livrée dans le cours de l'année 1844. Sur la départementale 220, vers le sud, le Guide Bleu 1954 nous annonce que «le paysage prend un caractère limousin de plus en plus marqué». Après le hameau de La Croisière, il faut passer d’un rond-point à l’autre par-dessus «l’Occitane» pour retrouver le fil d’Ariane de la D220… Un peu plus de six kilomètres et demi au sud, juste après le passage de la Semme, la voie atteint Morterolles, puis le hameau de la Croix-du-Breuil, où se trouvait une ancienne auberge. Dans un paysage devenant de plus en plus vallonné, la route nationale 20 historique traverse la Gartempe. Là, un itinéraire ancien menait à un vieux pont du XIIIe siècle, «à trois arches ogivales qui enjambe la Gartempe (passage de la route royale). Il fut élargi, nous dit le site tourisme-hautevienne.com, pour permettre le croisement des troupeaux et charrettes, puis, des refuges et un parapet ont été créés». Mais la carte de Cassini publiée par le Géoportail montre déjà l’itinéraire alternatif actuel qui fait passer la chaussée un peu plus à l’est. Ce nouveau pont de Bessines, souligne l'Annuaire statistique des départements de la Haute-Vienne, de la Creuse, de la Corrèze en 1835, «est composé d'une arche en pierre de taille de 16 mètres d'ouverture». Bessines-sur-Gartempe, bâtie sur l'ancienne marche séparant le royaume des Francs de celui des Wisigoths, entre, dans les années cinquante, dans la grande histoire (très controversée) de l'énergie nucléaire à la française: des mines d'uranium sont ouvertes dans toute la région entre 1948 et 1995. Aujourd'hui encore, Areva (devenue Orano) y possède des centres de stockage de déchets faiblement radioactifs... En 1959, le contournement de la cité par l’avenue de la Libération est en service.

L'ancien relais de Montmagner (photo: Marc Verney, octobre 2017).
Ancien panneau en métal dans le village du Dognon (photo: Marc Verney, octobre 2017).
Vers Magnazeix (photo: Marc Verney, août 2009).

Là, ce sont les monts d'Ambazac qui nous servent d’arrière-plan. La carte de Cassini (XVIIIe) publiée par le site Géoportail de l’IGN montre ici plusieurs rectifications du tracé de la route royale. La première à la hauteur du village d’Avent, la suivante à la hauteur du Moulin-de-Baubiat, une autre de la poste de Chanteloube à Charensannes. De là, la chaussée historique de la R.N.20 s’orientait vers Razès par le biais de la D219. A Razès même, la rue de la Côte a pu servir au passage de l’ancienne chaussée royale avant d’être détrônée par la route Mauve. Au sud, on retrouve la départementale 220 qui s’entortille autour de l’A20 en direction de Limoges (à moins que cela ne soit l’inverse!).Voilà Beaune-les-Mines: ce village, qui doit son nom aux mines d'or exploitées entre 1912 et 1934, a été intégré à l’agglomération de Limoges en 1962. Aujourd’hui, on perd ici très facilement les traces du passé au milieu des habituels centres commerciaux drainant le consumérisme majoritaire des fins de semaine… Vers la capitale du Limousin, c’est l’avenue Brachaud qui tient le flambeau de la R.N.20 historique … cet ancien bitume se fondant –après le lac d’Uzurat- dans le boulevard Robert-Schuman jusqu’à l’avenue Général-Leclerc. Au km 374 de notre périple, voilà Limoges, capitale du Limousin, majoritairement bâtie sur la rive droite de la Vienne. Limoges doit, comme de nombreuses cités françaises, sont existence à son emplacement. «Vers l'an 10 avant Jésus-Christ, nous conte le site officiel ville-limoges.fr, l'empereur Auguste entreprend une réforme administrative pour intégrer à l'Empire les territoires de la Gaule conquis par son prédécesseur, César. Dans la province des Lémovices, un emplacement paraît idéal pour fonder une grande ville: un flanc de coteau bien drainé et ensoleillé sur la rive droite de la Vienne, à proximité d'un gué. Nommée Augustoritum, la cité se développe en terrasses selon un urbanisme orthogonal romain». Limoges possède deux noyaux historiques, émergeant entre le IIIe et le IXe siècles, l’un, construit autour de la cathédrale, bâti sur une colline, le Puy-Saint-Etienne, pour résister aux invasions barbares, et l’autre, (à destination plus commerçante) qui se constitue autour de l'abbaye de St-Martial, disparue depuis. En 1152, la région passe sous domination anglaise par le mariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Henri II Plantagenêt. Richard Coeur de Lion, leur fils, est intronisé duc d'Aquitaine dans la cathédrale Saint-Etienne. Dès le XVe siècle, l’accroissement de la population crée des faubourgs, qui, peu à peu, entourent les principaux axes de communication. Au cours du XVIIIe siècle, raconte encore le site ville-limoges.fr, «la préoccupation» des intendants du roi, comme Turgot, influencés par l’esprit des Lumières, est de mettre en place un urbanisme rationnel: «Murailles, portes et tours médiévales sont rasées. Les fossés comblés deviennent des places ou des promenades». Ainsi voit le jour, entre 1712 et 1760, la place Dauphine (aujourd’hui Denis-Dussoubs) qui s’ouvre sur les routes d’Angoulême, de Poitiers et de Paris. Le relais de la poste aux chevaux de Limoges se trouve d’ailleurs juste à côté de cette place. Le XIXe siècle est celui de l'industrie: usines textiles et porcelainières s'implantent en bord de Vienne qui fournit la force hydraulique nécessaire au fonctionnement des machines. En 1856, avec l'arrivée du chemin de fer, la ville s'étend au nord. Un réseau de tramways est mis en place. Peu avant la Première Guerre mondiale, on perce la rue Jean-Jaurès, qui modifie radicalement l'apparence du centre-ville, et, en 1929, la fascinante gare des Bénédictins apporte son élégance Art-déco à Limoges... Durant l'entre-deux-guerres, la capitale du Limousin est un des hauts lieux de l'industrie de la chaussure: près de 40% de la production nationale se fait sur les bords de la Vienne... Pour aller à Paris, les Limougeauds des temps anciens avaient souvent pris l’habitude, nous dit Antoine Perrier dans son article «Limoges: étude de géographie urbaine», de passer par Poitiers, un itinéraire moins dégradé que la chaussée par Argenton et Châteauroux, «reconstruite à la fin du XVIIe siècle».

Plaque de cocher de la route n°20 à Razès (photo: Marc Verney, octobre 2017).
Le Pont-Neuf à Limoges (photo: Marc Verney, octobre 2017).
A la sortie de Limoges, en direction de la rue de Toulouse (photo: Marc Verney, octobre 2017).

R.N.21: UN BIEN BEAU CIRQUE!!
La route nationale 21 relie Limoges aux Pyrénées en s'achevant face au cirque de Gavarnie... Voilà une route qui vous met des paysages plein les yeux (lire)

Vers le sud, un trajet similaire à celui de la route actuelle, par Uzerche et Brive est signalé dès 1384, signale encore Antoine Perrier. Pour franchir la Vienne, le Pont-Neuf, d'environ 125 m de long, a été construit en maçonnerie sous le nom de pont Louis-Philippe entre juillet 1832 et 1838 (Wikipédia). Ces cinq arches permettent à la R.N.20 historique de relier le centre-ville au quartier du Sablard. Il remplace deux anciens ouvrages médiévaux traversant la Vienne, les ponts Saint-Etienne et Saint-Martial (ce dernier réalisé à l’origine par les Romains). Au premier carrefour sur l’avenue du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny, il faut obliquer à droite vers la rue de Toulouse. Au niveau du quartier Saint-Lazare, notre  route longe (à gauche) l’emplacement de l’ancien aérodrome de Feytiat, utilisé jusqu’en mars 1974 (c’est désormais un golf!). A partir du lieu-dit le Crochat, l’A20 vient à nouveau se superposer à l’ancienne chaussée et il faut faire un petit détour par la D704 et la route de Boisseuil pour retrouver la D320, un tracé présent sur la carte de Cassini (XVIIIe). Au Vieux-Boisseuil, raconte le site municipal boisseuil87.fr, des axes de communication antiques fondent le village, comme une voie romaine se dirigeant vers la Méditerranée en venant du Mas-Gauthier ou un grand chemin qui allait de Saint-Léonard au Pont-Rompu de Solignac… Ici, raconte encore boisseuil87.fr, «la R.N.20 était l’ancienne voie royale avec passage des diligences. D'ailleurs, sur la place du bourg il y avait un ancien relais de poste». Après le lieu-dit la Plaine, on ne peut suivre une fois de plus l’ancien tracé de la nationale historique que l’on ne retrouve qu’au niveau du pont sur la Roselle… «L’Occitane» prenant encore une fois le dessus jusqu’au lieu-dit Neuvic-Haut. Là, c’est, cette fois, la D420 qui s’oriente en direction de Pierre-Buffière, vingt kilomètres au sud de Limoges. Au début du XVIIIe siècle, la carte de Cassini nous montre que la descente vers la Briance se faisait plutôt par le chemin de Bellevue et que l’on traversait la rivière au niveau du Pont-Vieux (XIIe siècle), le chemin du même nom emmenant par la suite au centre du bourg. Plus tard, les cartes d’état-major (XIXe) et au 1/50.000 (1957) publiées par le Géoportail montrent que la route s’est déportée vers l’ouest, empruntant le Pont-Neuf et… logiquement, l’avenue du même nom. Les travaux, précise le site tourisme-briancesudhautevienne.fr, ont été menés de 1742 à 1777. Pierre-Buffière (forteresse au XIe et cité attestée dès le XIIIe siècle) «se trouve campée sur un éperon rocheux dominant un important carrefour routier», écrit Jean-Michel Desbordes dans un article sur les origines de la cité publié dans la Revue archéologique du Centre de la France. «L'itinéraire d'origine antique, jalonné d'est en ouest par des monuments échelonnés de la période gallo-romaine aux premiers capétiens, était l'axe privilégié jusqu'au XIe siècle. Il fut alors relayé par un itinéraire qui reliait, du nord au sud, Limoges à Toulouse par Uzerche», indique-t-il encore. En 1959, la route nationale traverse le village de part en part grâce à l’avenue de la République. Mais les rues étroites de la petite cité en font l’un des gros points noirs du réseau routier hexagonal… Il faudra attendre la fin de l’année 1979 pour voir l’inauguration d’une déviation d’une quinzaine de kilomètres contournant Pierre-Buffière. Un tracé ensuite utilisé par l’A20.

La R.N.20 historique à la hauteur du village de Vicq (photo: Marc Verney, avril 2016).
Plaque de cocher à Masseret (photo: Marc Verney, avril 2016).
La R.N.20 historique vue depuis la tour de Masseret avec une citation visuelle de la table d'orientation située au sommet de cet édifice (photo: Marc Verney, avril 2016).

Jusqu’à Magnac-Bourg, les tracés du XVIIIe, du XIXe et du XXe de la route Paris-Toulouse se confondent et se superposent avec une assez grande précision… Après, ça se complique un peu… La carte de Cassini publiée par le Géoportail de l’IGN montre un double trajet jusque après Masseret. Celui par Beau-Soleil (réalisé vers 1775 d’après mairiemasseret.free.fr) est celui de la D420/D920 d’aujourd’hui; celui qui passe plus à l’ouest (le plus ancien sans doute) longe des lieux-dits aux noms évocateurs comme le Camp-de-César, l’étang de la Poste, Prentegarde… Cette dernière route semble être effectivement celle de la poste au XVIe siècle, puisqu’un article de Stéphane Capot publié dans l’ouvrage Cheval limousin, chevaux en Limousin mentionne le relais de Frégefont (Freygefond) situé sur la commune de Masseret. Nous voici en tous cas dorénavant dans le département de la Corrèze. Dans ce dernier village, une tour récente (1954) se trouve à l'emplacement d'un ancien château féodal qui, au sommet de la colline, permettait la surveillance du trafic entre Limoges et Brive. A côté, «mise en valeur sur l'aire de repos "Porte de Corrèze" sur l'A20, la motte féodale de la Renaudie surveille depuis le Moyen-Age les passages entre le Haut et le Bas Limousin», raconte le site uzerche-tourisme.com. Preuve que les itinéraires principaux ne s’inventent pas et ne se déclassent pas avec le temps… La D920 nous conduit désormais jusqu'à Uzerche, «une des villes les plus curieuses du Limousin» nous appâte le Guide Bleu cuvée 54. A noter que l’ancien itinéraire de la route royale (avant le milieu du XIXe siècle) passe par le Breuil, la Besse et le Pont-des-Malades pour rejoindre Uzerche par Sainte-Eulalie et le pont Turgot (achevé en 1753). Après, de notre côté, être passés sous un court tunnel routier (programmé en 1840 et achevé en 1855), nous voyons une cité ancienne s'étager sur une colline entourée par les eaux de la Vézère... Dès l'Antiquité, Uzerche est un carrefour routier de première importance. La cité devient vite un centre de décisions administratives, politiques et religieuses. Ravagée par les Wisigoths, la ville, bien fortifiée par la suite, résiste aux attaques des Arabes, déjà défaits par Charles Martel à Poitiers en 732. «La proximité de la Vézère a longtemps permis à la ville de développer diverses activités: ainsi ont fleuri dès le XVIe siècle carderies, tanneries, moulins et une minoterie qui ont prospéré jusqu'à l'aube du XXe siècle», lit-on sur la page Wikipédia de la cité. En outre, l’industrie du papier et du carton s'y est implantée à partir de 1830. On quitte la ville par l’avenue du Général-de-Gaulle. Au niveau de la Borie-Blanche, on trouvait en 1959 le carrefour avec la route de Tulle (R.N.120). Une dizaine de kilomètres plus loin, la R.N.20 historique croise le village du Bariolet, où se trouvait un des relais de poste de la voie Paris-Toulouse.

Virage rectifié de la R.N.20 historique au sud d'Uzerche. On voit l'ancien bitume au-dessus de l'image (photo: Marc Verney, avril 2016).

Virevoltant dans un agreste paysage de champs et de bois, la D920  atteint Donzenac par l’avenue de Paris. La cité puise ses racines, mentionne donzenac.correze.net, dans l'emplacement d'une villa gallo-romaine. Puis, continue ce site internet, «le piton est rapidement fortifié autour de ses deux quartiers principaux, le Puy-Soubre quartier supérieur et le quartier du Château, où se trouvait le premier castrum». La D920 quitte Donzenac par l’avenue Jean-Chicou. Vers Brive, écrit Michel Genty en 1981 dans un article sur le désenclavement routier et ferroviaire du Périgord, il n’y a, au début du XIXe siècle, nulle remise en cause des tracés de la route de Paris à Toulouse, qui, «dans son tracé limousin avait fait l’objet des soins de Turgot; certaines pentes demeuraient fortes (la Pigeonnie, Saint-Antoine-les-Plantades, Donzenac): on les corrigea plus tard»… Brive-la-Gaillarde (j'aime bien ce nom) est atteinte rapidement. On y croise la R.N.89 historique, la route de Lyon à Bordeaux, dont le passage à Brive au détriment de Bergerac fut décidé en 1809. On traverse la Corrèze sur le pont Cardinal (1734, élargi en 1770 et en 1929) qui remplace un pont de treize arches construit à la fin du XVe siècle sur des terrains marécageux. C’est l’avenue de Paris qui conduit au centre-ville. Il règne ici comme une atmosphère de ville du sud avec les boulevards de ceinture encadrés de vieux platanes. La topographie de la rive gauche de la Corrèze est profondément différente de ce qu'elle était jadis, écrit Pierre Rascol dans l'article «Brive-la-Gaillarde, esquisse de géographie urbaine»: «A l'époque gauloise, à la hauteur de Brive où elle commence à être navigable, la rivière se divisait en plusieurs bras, dont les deux principaux enserraient une île, la Guierle, parfois inondée, toujours marécageuse. (...) C'est dans le voisinage de cette île que durent s'installer les premières habitations». Plus tard, sous la domination romaine, l’agglomération primitive se développe autour d’un premier point de franchissement de la Corrèze (le pont du Buis). Durant l’époque médiévale, poursuit Pierre Rascol, Brive, fortifiée dès «l’époque mérovingienne» se forme en commune «et eut son consulat dès la fin du XIIe siècle». Guerre de Cent ans, conflits religieux et luttes politiques locales entravent le développement de la cité, qui passe un temps sous le joug anglais, et qui ne compte aucune industrie jusqu’en 1764, année durant laquelle Turgot fait implanter à Brive une manufacture royale d’étoffes de soie. Grâce à l'arrivée du chemin de fer, Brive se développe à partir de 1860 et se spécialise dans la production légumière et fruitière. Parallèlement, on assiste à la création de conserveries, confitureries et fabriques de liqueurs. Il existe une moutarde violette de Brive faite à base de moût de raisin.

Plaque de cocher à Cressensac, dans le Lot (photo: Marc Verney, avril 2016).
Le passage de la Dordogne sur l'Atlas de Trudaine pour la généralité de Montauban, 1745-1780. Sans pont, c'est le bac qui s'impose (culture.gouv.fr).
Grâce au pont Vicat, les voitures passent la Dordogne au sec depuis 1824 (photo: Marc Verney, avril 2016).

La sortie de Brive se fait par les avenues Edouard-Herriot, Léon-Blum et Edmond-Michelet. La R.N.20 grimpe et virevolte fortement jusqu’au village de Noailles. Là, le tracé historique se rapproche fortement de l’A20, franchissant la Couze au même endroit. Plus loin, le décryptage des cartes de l’application «Remonter le temps» de l’IGN n’est pas facile: l’A20 semble suivre fidèlement -jusqu’à la hauteur de Belveyre- le tracé de la chaussée du XIXe siècle. Une plus ancienne voie semble, elle, avoir grimpé rudement tout de suite après le pont pour surplomber (à l’ouest) l’autoroute jusqu’à Belveyre. En 1957, la R.N.20 historique suit le fond de la vallée à l’image de la route du XIXe. Tout se remet en ordre au niveau de Nespouls où les différents tracés successifs de la route Paris-Toulouse se retrouvent à peu près afin de prendre la direction de Cressensac (Lot). On longe ici l’aéroport de Brive-Vallée de la Dordogne, une structure ouverte en 2010 et très discutée en raison du faible trafic qu’elle génère… Dix-sept kilomètres au sud de Cressensac, la R.N.20 historique (D820) coupe la vallée de la Dordogne en abordant Souillac. L’ancien chemin royal descendait directement par la «voie communale du Soulage» alors que la voie du XIXe –reprise par notre R.N.20 historique- fait une courbe bien plus marquée autour du mamelon dominant la vallée. C'est la partie la plus touristique du voyage. En été, toute l'Europe des vacanciers est ici, coincée dans un embouteillage qui rappelle les «grandes» heures de la R.N.7. Une explication plausible: l'A20 parallèle est devenue payante... Souillac, dit Wikipédia, «est une petite ville commerçante et touristique qui, au XIIIe siècle, grandit autour d'une abbaye dépendant du monastère bénédictin d'Aurillac (Cantal)». Souillac fut l'une des ultimes étape de la navigation montante sur la Dordogne lorsqu'elle était «marchande», c'est-à-dire que le tirant d'eau était suffisant pour faire passer des bateaux et leur marchandise (soit environ 150 jours par an). A 1,5 km au sud de la ville, on trouve le monumental pont Louis-Vicat de 180 m de long sur la Dordogne. Imaginé en 1786, le pont n’est achevé qu’en 1824 après un début des travaux en 1812, indique le site du groupe Vicat (vicat.fr), société héritière du jeune ingénieur qui y «a utilisé, pour la première fois au monde, de la chaux artificielle pour ses fondations, initiant l’ère moderne de l’industrie du ciment». Comment passait-on avant le pont? Eh bien… avec un bac situé au lieu-dit le Port, voit-on sur la carte de Cassini (XVIIIe siècle). Très vite, à partir du petit bourg de Lanzac, une ancienne chaussée portant le nom de «route Impériale» escalade vivement le rebord de la vallée en direction des lieux-dits des Combes et des Cabanes. La D820 actuelle, qui reprend le tracé rectifié du XIXe siècle (travaux en cours en 1823), tournicote beaucoup plus paresseusement jusqu’aux Quatre-Châtaigniers.

On constate une large rectification de la R.N.20 autour de Loupiac (lieu-dit Le Treil). La belle allée d'arbres est sur l'ancienne chaussée (photo: Marc Verney, avril 2016).

Encore un petit peu plus loin, c’est le «festival» des rectifications sur cet itinéraire qui évolue ici dans un milieu sauvage et fort accidenté… A la hauteur du lieu-dit le Pech, la chaussée de la R.N.20 historique (D147b aujourd’hui) s’oriente vers le petit village du Treil pour ne rejoindre l’itinéraire moderne (réalisé dans les années 1970) qu’un peu au nord de Payrac. A la hauteur de ce bourg, la route passe non loin du grandiose site de Rocamadour (une vingtaine de kilomètres par l’ancienne R.N.673). On traverse Payrac en suivant l’avenue de Toulouse. Le village «tire son nom de l’occitan "Peyro" qui signifie "pierres"», découvre-t-on sur le site vallee-dordogne.com. Dès la Renaissance, poursuit ce site, «Payrac prend de l’importance en tant que centre postal et relais d’étape. Le courrier en provenance des grandes villes de France y est déposé pour être réexpédié dans toute la région. Puis une voie traversant le bourg est créée pour relier Paris à Toulouse». Cette dernière route, située en bordure est du village est réalisée au début du XIXe siècle; l’ancien tracé de la chaussée royale (XVIe siècle) passait, lui, par la rue Saint-Paul (lot.gouv.fr). Après avoir passé le hameau de la Séguinie, au niveau de l’embranchement de la route du Vigan (ancienne R.N.673), on remarque différentes versions de la chaussée sur les cartes publiées par l’IGN… Au tracé relativement rectiligne de la carte de Cassini répond un double tracé sur la carte d’état-major du XIXe dont une chaussée tout en boucles qui devient le tracé effectif de la R.N.20 de 1952. Plus tard, la chaussée toute droite est reprise par ce qui est aujourd’hui la départementale 820. Plus bas, au rond-point de Peyrebrune, la route royale s’orientait en direction de Soucirac (D23) alors que la route des années cinquante (D2020) tournicotait dans un petit vallon au pied du Pech Sahut suivant une ordonnance de 1844. En 1970, la R.N.20 empruntait encore cet itinéraire (CartoMundi), différent de celui de la D820 actuelle, qui se déroule un peu plus à l’ouest. Encore plus loin, on traverse le Céou au Pont-de-Rhodes (ancien relais). «A la fin du XVIIIe siècle, la liaison Paris-Toulouse, lit-on dans l'article «Les routes du Sud-Ouest de 1780 à 1815: efforts d'équipement et espoirs déçus» de Jean-Marcel Goger, est admirable de Limoges à Brive, mais la chaussée empierrée cesse à Soucirac, à l'est de Gourdon, pour ne reprendre qu'à Caussade, avec l'alignement vers Montauban».

La route royale du XVIIIe siècle passait par Soucirac (Photo: Marc Verney, octobre 2017).
Au nord de Cahors, la R.N.20 évolue souvent dans de belles campagnes (photo: Marc Verney, octobre 2017).
Encore une courte rectification à Moncoutié (photo: Marc Verney, octobre 2017).

Non loin de là, la R.N.20 historique longe le village du Frayssinet. Une vaste gendarmerie y fut implantée dès 1850. D’élégants alignements d’arbres –peu fréquents dans le sec Quercy- datant du milieu du XXe siècle y accompagnent le voyageur. Un peu plus de 7 km vers le sud, on aborde Lamothe-Cassel (lieu-dit les Moulins-de-Lamothe) où la chaussée moderne négligeait déjà en 1957 un ancien virage de la R.N.20… Jusqu’à Cahors d’ailleurs, difficile de comptabiliser toutes les mini rectifications qui se sont faites sur cette route au fil des ans… Leur accès n’est pas toujours des plus aisé… Seuls quelques rares villages ou hameaux (Courty, Pélacoy, Moncoutie ou Saint-Pierre-Lafeuille) marquent le trajet… Et voilà Cahors, la capitale du Quercy, bâtie dans une boucle du Lot. On aborde la ville par le carrefour du Regourd: c’est là qu’il faut éviter de suivre la D820, qui est en fait le contournement de la ville, mais plutôt se caler sur la D620, qui esquive la côte de Lapoujade (rectification ordonnée en 1843) et qui entre dans Cahors par l’avenue du 7e-Régiment-d’Infanterie. En 1959, la route nationale 20 empruntait le boulevard Gambetta, qui traverse la cité du nord au sud. On doit notamment y faire halte pour jeter un oeil intéressé au fabuleux pont Valentré, chef d'oeuvre fortifié du XIVe siècle, surmonté de trois tours... «Sous le règne d'Auguste, lit-on sur le site tourisme-cahors.fr, les Romains complètent leur conquête de la Gaule par la fondation d'une ville, Divona Cadurcorum, au centre du territoire des Cadourques, peuplade gauloise peuplant le lieu, à l'intérieur d'un large méandre du Lot». Au Moyen Age, le nom de Cahors réapparaît dans les textes au VIIe siècle lorsqu'un puissant évêque du nom de saint Didier restaure la ville et la protège par des fortifications. Puis, du XIIe au XIVe siècle, c'est l'âge d'or de la ville: de riches familles de marchands font du commerce et du prêt d'argent à l'échelle européenne. «Place économique, poursuit le site tourisme-cahors.fr, la ville bénéficie de la proximité de la rivière Lot employée pour le transport de marchandises, et notamment le fameux vin noir, apprécié jusqu'en Angleterre». Au XIVe siècle, la cité bénéficie des largesses du pape Jean XXII, né à Cahors en 1244. La guerre de Cent ans met brutalement fin à cette période d’aisance. Demeurée française, la ville est pourtant livrée aux Anglais grâce au traité de Brétigny en 1360. En 1450, alors que le joug anglais s’efface du Quercy, «Cahors est ruinée», indique le Guide Vert Périgord-Limousin-Quercy de 1961. Au XVIIe siècle, l'intendant de Guyenne Claude Pellot équipe le Lot des premières écluses. Celles-ci, précise le site tourisme-cahors.fr, facilitent grandement le transport des marchandises. Aujourd'hui, Cahors est le principal centre économique du département, s'y développe un pôle d'activités tertiaires, d'où émergent les services et le commerce. On quitte la ville par le pont Louis-Philippe, inauguré le 6 mai 1838, un ouvrage d'art à cinq arches, bâti en calcaire gréseux de Frayssinet-le-Gélat, qui remplace le Pont-Vieux (d'époque romane) qui prolongeait au sud la Grand'Rue médiévale. Ce vieux pont cesse d'être utilisé l'année de l'inauguration du pont Louis-Philippe. De l'autre côté du Lot, le faubourg de Saint-Georges s'est développé, indique un panneau explicatif sur site, «à partir de 1260, lorsque deux riches familles de marchands y fondèrent l'hôpital "d'Outre-pont" pour soigner les mendiants et pauvres voyageurs. Outre la présence d'un moulin et d'une écluse, on ne connaît pas l'étendue du faubourg avant le XIXe siècle». Dès lors, on sort de Cahors par l’avenue Anatole-de-Monzie et la vallée du Bartassec (à suivre).

Marc Verney, Sur ma route, mars 2018

Le pont Louis-Philippe à Cahors supporte le trafic de la R.N.20 historique vers Toulouse (photo: Marc Verney, octobre 2017).


R.N.20: LIMOUSINES EN PYRENEES (III)
La route nationale 20 relie Paris aux Pyrénées et à l'Espagne. Voici ici la 3e partie de ce magnifique trajet tout en courbes et en reliefs... (lire)