Ancienne borne kilométrique à Thiviers (photo: Marc Verney, août 2009).
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Non loin du lieu-dit le Pont-Fermier. (photo: MV, août 2009).

Villes et villages traversés ou desservis par la R.N.21 (1959):
Limoges (N 20, N141, N147)
Aixe-sur-Vienne
Séreilhac
Châlus
Firbeix
La Coquille
Thiviers
Négrondes
Sorges-et-Ligueux
Sarliac
Antonne-et-Trigonnant
Trélissac
Périgueux (N89, N139)
Pont-Saint-Mamet
Campsegret
Pombonne
Bergerac (N133, N136)
Bouniagues
Saint-Perdoux
Plaisance
Castillonnès
Lougratte
Cancon
Castelnaud
Villeneuve-sur-Lot (N111)
Saint-Antoine-de-Ficalba
La Croix-Blanche
Agen (N113)
Layrac
Astaffort
Lectoure
Fleurance
Montestruc-sur-Gers
Preignan
Auch (N124)
Miramont-d'Astarac
Mirande
Saint-Maur
Miélan
Laguian-Mazous
Villecomtal-sur-Arros
Rabastens-de-Bigorre
Escondeaux
Aureilhan
Tarbes (N117, N135)
Adé
Lourdes
Ayzac-Ost
Argelès-Gazost
Pierrefitte-Nestalas (N21C)
Luz-Saint-Sauveur
Gèdre
Gavarnie

A Thiviers (photo: MV, avril 2014).
Sources et documents: Atlas des grandes routes de France, Michelin (1959); carte n°72 Angoulême-Limoges, Michelin (1955); carte n°75 Bordeaux-Tulle, Michelin (1952); carte n°79 Bordeaux-Montauban, Michelin (1948, 1964); carte n°82 Pau-Toulouse, Michelin (1965); carte n°85 Biarritz-Luchon, Michelin, (1930); De Paris aux Pyrénées (coll. Les belles routes de France, n°307), Michelin (1953-54); Bulletin des lois de la République française, Imprimerie nationale des lois (1845); Documents statistiques sur les routes et ponts, Imp. Nationale (1873); France pittoresque, Abel Hugo, Delloye (1835); Gavarnie, histoire d’un grand site, Alain Bourneton, éd. Le pas d'oiseau (2010); Guide du Routard Bordelais, Landes, Lot-et-Garonne, Hachette (2015); Guide du Routard Pyrénées Gascogne et Pays toulousain, Hachette (2013); Guide pittoresque du voyageur en France, volume 4, Girault de Saint-Fargeau, Didot frères (1838); Histoire d’Agen, sous la direction de Stéphane Baumont, éd. Privat (1991); Histoire d’Auch et du pays d’Auch, Maurice Bordas, éd. Horvath (1980);  Histoire des routes de France, du Moyen Age à la Révolution, Georges Reverdy, presses de l'ENPC (1997); Histoire de Lourdes, sous la direction de Stéphane Baumont, éd. Privat (1993); Histoire de Tarbes, sous la direction de J.B. Laffon et de J.F. Soulet, éd. Le livre d'histoire (2000); La bastide royale de Rabastens-de-Bigorre, des origines au XVIIIe siècle, Stéphane Abadie, sur le site sabadie.chez.com (1999); «L'avenue Baudin, une passerelle entre le centre et la périphérie», Le Populaire du Centre (6 août 2016); Les routes de France du XIXe siècle, Georges Reverdy, presses de l'ENPC (1993); Les routes de France du XXe siècle, 1900-1951, Georges Reverdy, presses de l'ENPC (2007); Notices historiques sur la ville de Lectoure, depuis les premiers temps jusqu'à nos jours, Ferdinand Cassassoles, impr. de J. Foix (1839); Situation des travaux: 1835, 1836, France, direction générale des Ponts et Chaussées et des Mines (1836); Situation des travaux: administration générale des Ponts et Chaussées et des mines, Imprimerie royale (1846); «Une gare, un port, mais pas le bon nom», Corinne Malet, Sud-Ouest (25 août 2017); Wikipédia; Wikisara; agen.fr; argeles-gazost.com; bastidemielan32.e-monsite.com; biosphere-bassin-dordogne.fr; bouniagues.com; cancon.fr; croixblanche 47.fr; culture.gouv.fr; loucrup65.fr; mairie-aixesurvienne.fr; mielan.net; nicole.rolin.pagesperso-orange.fr; pays-bergerac-tourisme.com; perigueux.fr; pyrenees.pireneus.com; tarbes.fr; tourisme-mirande-astarac.com; ville-aureilhan.fr; villefleurance.fr; ville-villeneuve-sur-lot.fr; visites.aquitaine.fr; Remerciements: le Géoportail de l’IGN, la BPI du centre Georges-Pompidou, Gallica.
A VOIR, A FAIRE
Petite précision: la R.N.21 est une route qui croise de multiples villes et villages aux richesses parfois insoupçonnées… que le lecteur veuille bien nous excuser d’un éventuel oubli!
Limoges: la cathédrale Saint-Etienne, le palais épiscopal, les jardins de l’évêché, les ponts médiévaux Saint-Etienne (XIIIe) et Saint-Martial (XIIe) qui entourent le Pont-Neuf sur la Vienne (1838). Ses deux coeurs historiques, la Ville Haute, ancien quartier du château des vicomtes, et la Cité, ancienne ville de l’Evêque... Sa gare, époustouflante construction Art déco, vaut le coup d’œil!
Châlus: Le château de Châlus-Chabrol comprend une partie de logis avec tour, un donjon, les restes d’une chapelle du XIe siècle et un corps de logis du XVIIe siècle. L’événement le plus marquant attaché à ce château est la mort du roi d’Angleterre Richard Coeur de Lion venu en faire le siège en 1199.
Périgueux: la ville gallo-romaine et le temple de Vésone (musée), la cathédrale Saint-Front, aux étonnantes et élégantes coupoles de style byzantin, le quartier du Puy-Saint-Front, et toute la ville médiévale, la tour Mataguerre, le musée d’Art et Archéologie du Périgord.
Bergerac: le cœur historique de la cité est fait de ruelles étroites qui descendent jusqu’à la Dordogne (le cloître des Récollets, l’église Saint-Jacques, la statue de Cyrano). Le musée régional du Vin et de la Batellerie, l’église Notre-Dame. A quelques kilomètres, le vignoble du monbazillac.
Villeneuve-sur-Lot: la tour de Paris, survivante des huit portes de l’enceinte médiévale, le pont Vieux, bâti par les Anglais au XIIIe siècle, la place Lafayette, l’église Sainte-Catherine, les maisons anciennes, le musée de Gajac, le haras national. A voir dans les environs, les ruines romaines d’Eysses.
Fontirou: grottes.
Agen: la cathédrale Saint-Caprais, le musée des Beaux-Arts , les rues anciennes (Augustins, Cornières, place des Laitiers), l’église des Jacobins, le pont-canal de 23 arches. Dans les environs d’Agen: Villascopia, un espace thermal gallo-romain bien mis en valeur.
Layrac: l’église romano-byzantine Saint-Martin.
Lectoure: anciens édifices dans la rue principale, la cathédrale Saint-Gervais et Saint-Protais, la fontaine de Diane.
Fleurance: l’église Saint-Laurent, la place de la Halle.
Auch: une balade dans la vieille ville (le quartier des «pousterles», l’escalier monumental, la rue Dessoles), le musée des Jacobins, la cathédrale Sainte-Marie.
Mirande: l’église Sainte-Marie
Tarbes: le jardin Massey, vaste parc à l’anglaise en pleine ville, le haras national et la maison du Cheval, la maison natale du maréchal Foch, la villa Fould et le siège du parc national des Pyrénées, la cathédrale Notre-Dame-de-la-Sède.
Lourdes: les sanctuaires et la grotte de Massabielle, le château-fort et le musée Pyrénéen.
Argelès-Gazost: itinéraire de promenade dans la ville thermale.
Luz-Saint-Sauveur: l’église Saint-André, le pont Napoléon III.
Gavarnie: très nombreuses balades et randonnées pour tous niveaux au milieu des plus hauts sommets pyrénéens. Vues inoubliables.
Borne de limites départementales entre Dordogne et Lot-et-Garonne au sud de Bergerac (photo: MV, mai 2013).
Le tracé de la R.N.21 en 1933 entre Bergerac et Tarbes (source: Carte des voies à grande circulation, éditée par le Laboratoire de médecine expérimentale).
A Cancon (photo: MV, mai 2013).
Gros plan sur le panneau Michelin de la R.N.21 situé à la sortie de Lectoure, en direction de Fleurance (photo: MV, mai 2013).
A Aureilhan, les Pyrénées sont déjà en ligne de mire (photo: MV, mai 2013).
Page de l'encyclopédie des routes Wikisara consacrée à la nationale 21 (lire)
La page de présentation de l'historique et de l'itinéraire de la nationale 21 dans l'encyclopédie en ligne Wikipédia (lire)
Ancien panneau directionnel à Luz-Saint-Sauveur (photo: MV, mai 2013).
Ancienne borne de pierre à la sortie de Luz-Saint-Sauveur en direction de Gavarnie. On subodore du rouge sur le sommet (photo: MV, mai 2013).
Partie abandonnée d'une ancienne chaussée de la R.N.21 vers le chaos de Coumély, non loin de Gavarnie (photo: MV, mai 2013).
Un débordement du gave, le 27 octobre 1826
«La partie de la route royale de Paris à Barèges, comprise entre ce bourg et la petite ville de Luz, fut emportée sur les deux tiers de sa longueur par les eaux du Bastan; les flancs de la montagne, sur plusieurs points, furent déchirés, crevassés, éboulés; les prés et les arbres bouleversés et entraînés; la ville et le pont de Luz qui coururent le plus grand danger, ne doivent leur conservation qu’au courage intrépide et infatigable que les habitans déployèrent, nuit et jour, pour combattre la fureur du torrent. 4 ou 500 ouvriers furent organisés et échelonnés sur les différentes brèches; et en moins de deux mois et demi, un travail opiniâtre et une incroyable activité fit sortir du milieu des ruines une route plus belle, plus unie, sur des dimensions plus larges et des pentes mieux ménagées qu’auparavant»
Manuel statistique du département des Hautes-Pyrénées, Lagleize (1830)

 


Les belles routes de France...
R.N.21: UN BIEN BEAU CIRQUE!
En route pour les Pyrénées! La route nationale 21 est une des rares grandes nationales françaises non encore déclassées sur une grande partie de son tracé. Lors de sa création en 1824, sa dénomination officielle était «route nationale 21, de Paris à Barèges et à Cauterets», ses premiers hectomètres se situant à Limoges. En 1859, Napoléon III en visite à Luz-Saint-Sauveur, décide son prolongement jusqu'à la frontière espagnole. Mais la route projetée n'atteindra jamais l'Espagne; elle s'achèvera -avec une déclinaison à Cauterets- à Barèges et devant le célèbre cirque de Gavarnie. Pour le plus grand plaisir de nos yeux! Comme d’habitude, nous suivrons son trajet de 1959, Limoges, Périgueux, Bergerac, Agen, Auch, Tarbes, Lourdes, Gavarnie… Le reportage photo a été principalement réalisé en mai 2013 pour la partie au sud de Bergerac.

La R.N.21 à la limite entre Dordogne et Lot-et-Garonne, au sud de Bergerac (photo: Marc Verney, mai 2013). En cliquant sur la photo, vous revenez à la page principale du site.

En 1959, tout comme aujourd’hui, la R.N.21 quitte Limoges par l’avenue Baudin et longe les bords de la Vienne jusqu’à la localité d’Aixe. Ce tracé n’était pas utilisé aux temps anciens puisque la route des XVIIIe et XIXe siècles quittait Limoges par la place d’Aine, réalisée durant l'intendance de Turgot, pour ensuite se diriger vers Aixe par la rue Francis-Perrin (qui devient la D79 et la D20 après Limoges).

R.N.20: LIMOUSINES EN PYRENEES...
La N20 de 1959 relie Paris à l'Espagne en passant par... Orléans, Limoges, Toulouse... une route qui coupe la France en deux du nord au sud. Une sacrée chevauchée... (lire)

On le constate aisément sur les cartes de Cassini (XVIIIe) et d’état-major (1820-1866) publiées sur le Géoportail de l’IGN. De son côté, l’avenue Baudin, actuellement «l'une des plus longues de Limoges», lit-on dans un article du Populaire du Centre, prend son essor «à la fin du XIXe siècle, avec la construction de l'imprimerie militaire et administrative». La chaussée, poursuit le journal, a accueilli dans les premières années du XXe siècle «une ligne de tramway reliant le centre de Limoges à Aixe, (et) a aussi vu naître l'une des premières lignes de trolleybus de la ville au début des années 1940». Des documents disponibles aux archives de la Haute-Vienne montreraient que la nouvelle route par les bords de la rivière aurait été réalisée à partir de la seconde moitié du XIXe. A Aixe, on traverse la Vienne sur un pont dont les «racines» de pierre remontent à 1274, raconte le site municipal mairie-aixesurvienne.fr. «Plusieurs fois élargi, explique encore la municipalité, il était à l’origine surplombé de quatre tours dont on peut voir la trace en période de très basses eaux». Ce passage remplace un ouvrage construit durant la période gallo-romaine situé plus en aval à Tarn en lieu et place d’un gué gaulois. Ce n'est qu'à la Révolution française qu'Aixe est promu chef-lieu de commune au détriment de Tarn. «Du XVe au début du XVIIIe siècle, apprend-on dans Wikipédia, les industries papetière puis cartonnière furent particulièrement vivaces sur l'Aixette. Beaucoup de moulins se reconvertirent ensuite. La ville se développa aux XIXe et XXe siècles grâce à l'industrie du traitement du kaolin, la porcelaine et la chaussure». La R.N.21 prend ensuite la direction de Séreilhac (Cassini montre ici que l’ancienne chaussée du XVIIIe passe par l’avenue du 19-Mars-1962). On se trouve là peu ou prou sur un itinéraire antique reliant Vésone (Périgueux) à Augustoritum (Limoges).

Le tracé de la R.N.21 en 1933 entre Limges et Bergerac (source: Carte des voies à grande circulation, éditée par le Laboratoire de médecine expérimentale).
La route, entre Limoges et Châlus (photo: Marc Verney, avril 2014).

Il faut faire une quinzaine de kilomètres pour atteindre Châlus. «C'est au Moyen Age, écrit le site chalus87.fr, que la cité connaîtra quatre sièges et aura une riche et tumultueuse histoire, du fait de sa position stratégique entre le Limousin et l'Aquitaine et de la lutte pour le contrôle de ces territoires à laquelle se livrent alors les rois de France et les ducs d'Aquitaine, également rois d'Angleterre». C'est là que meurt Richard Coeur de Lion en avril 1199, un décès qui permettra au roi de France Philippe Auguste d'accroître fortement son domaine royal, posant ainsi les bases d'un futur territoire national (mais c’est une autre histoire…). Un premier château y fut donc érigé au XIe siècle afin de contrôler un nouvel itinéraire (reprenant une voie antique) de Limoges vers le Périgord qui détournait la voie menant de Bourges à Bordeaux passant alors par Lastours (Wikipédia). Sept kilomètres au sud de Châlus, la route nationale 21 entre en Dordogne à Firbeix. On lit encore dans Wikipédia que ce lieu correspond bien à l'étape Fines relevée sur la Table de Peutinger sur le tracé de la route gallo-romaine qui reliait Limoges à Périgueux; son nom, tiré du latin finis, signifierait alors «limite, frontière». A partir d’ici, c’est Georges Reverdy qui est très prolixe sur l’histoire de la voie Limoges-Périgueux: dans son incontournable Histoire des routes de France, du Moyen Age à la Révolution, on découvre qu’une nouvelle chaussée rectiligne au possible est réalisée à partir de 1739 entre Thiviers et Périgueux. Celle-ci, qui passe par les Piles et Lacombe, parfaitement visible sur les cartes, montre rapidement l’inconvénient majeur d’avoir montées et descentes trop «rapides». Et dès 1746, pointe Reverdy, l’intendant Tourny à Bordeaux, qui veut réaliser une nouvelle grande liaison vers Paris, trace des alignements par la vallée de l’Isle. Mais l’affaire traînera jusqu’à la Restauration. Ce qui nous amène à l’ouvrage Les routes de France du XIXe siècle, signé par l’omniprésent et indispensable Georges Reverdy… On y lit que «des projets furent présentés en 1827, 1828 vers Thiviers et Sorges, mais sans réelle suite» pour l’amélioration de la chaussée sur ce terrain «bien trop vallonné»… Environ dix ans plus tard, on travaille seulement sur la traverse de Thiviers et l’on adjuge la rectification de la côte du Tuquet (quelques kilomètres au nord de Thiviers) en 1845… Tout reste à faire sur le reste du tracé. Selon Reverdy, une nouvelle impulsion est donnée au projet en juin 1846: «L’ingénieur en chef Kermaingant présente plusieurs projets de vastes rectifications entre Thiviers et Périgueux. Le 5 février 1848, le nouveau tracé par Sarliac est retenu». Cependant, économies oblige, «la largeur de la chaussée passe de 8 m à 6 m et son épaisseur de 30 cm à 25 cm»… Tout est achevé en 1856. La R.N.21 historique, qui suit encore le tracé du XIXe, entre dans Périgueux par la rue de l’Arsault.

Anciens panneax indicateurs en métal à Thiviers (photo: Marc Verney, août 2009).
A Sorges (photo: Marc Verney, août 2009).
Au nord de Périgueux. A droite, c'est l'ancienne chaussée royale du XVIIIe siècle qui part en direction de la capitale du Périgord (photo: Marc Verney, avril 2014).

L’histoire de Périgueux, la capitale du Périgord, est fort ancienne. «Une première ville, nommée Vesunna (du nom d’une divinité tutélaire gauloise dont le rite sera conservé par les romains), date du Ier siècle avant JC pendant l’occupation romaine en Gaule», découvre-t-on sur le site perigueux.fr. Plus tard, vers le Xe siècle, poursuit le site internet municipal, un centre monastique se forme sur la colline qui domine la rivière. Un bourg fortifié de religieux, marchands et artisans, se constitue; il devient une étape majeure sur la voie de Vézelay, pour les pèlerins en direction de Saint-Jacques de Compostelle. En 1240, l'union des deux bourgs donne naissance à la ville de Périgueux sous le règne de saint Louis. La ville, raconte de son côté le guide Michelin n°307 De Paris aux Pyrénées, «occupée par les protestants de 1575 à 1581 souffre beaucoup des guerres de religion». Le XVIIIe siècle amène de grands changements: «l’intendant de Guyenne, Louis-Urbain de Tourny, fait aménager des places, ouvrir des avenues et débute le démantèlement des anciennes fortifications, indique perigueux.fr. Aux fossés et aux remparts au nord de la ville, succède le vaste mail des allées de Tourny. En 1826, un jeune architecte parisien de 20 ans, Louis-Baptiste Catoire bouleverse le parcellaire de la ville. Dessinant à l’Ouest de nouveaux horizons, il finit de faire sauter le corset de remparts». L’Isle est franchie grâce au pont Saint-Georges (inauguré en 1767) qui mène au quartier du même nom. Ici, la R.N.21 y croise son trafic avec celui de la R.N.89 de Lyon à Bordeaux. Notre chemin prend ensuite à droite, sur la route de Bergerac. Au sud, la carte de Cassini (XVIIIe) publiée par l’IGN ne laisse voir une chaussée que jusqu’au lieu-dit du Pont-du-Cerf (où se trouve aujourd’hui l’échangeur de l’A89). Mais de nombreux indices (des tracés rectilignes et un pont Romieux à l’ouest de Vergt) laissent à penser qu’il y avait ici une voie antique menant de Périgueux à Villeneuve-sur-Lot (Eysses) par Lalinde. Plus tard, en 1791, écrit Georges Reverdy dans l’Histoire des routes de France, du Moyen Age à la Révolution, on examine le «tracé d’une nouvelle route de Périgueux à Bergerac, soit par Bordas et Pont-Saint-Mamet, soit par Grignols et Villamblard». Mais, là encore, les travaux allaient traîner en longueur… C’est Napoléon Ier, lit-on dans Les routes de France du XIXe siècle, qui signe un décret autorisant cette réalisation en juillet 1808… «L’achèvement intervient en 1820» apprend-on finalement dans cet ouvrage. Et l’on passe bien par Rossignol, Bordas et Pont-Saint-Mamet (déviation dans les années 2000).

Lors de mon passage, la R.N.21 ne manquait pas d'anciennes signalisations (photo: Marc Verney, avril 2014).
A Pombonne, au nord de Bergerac, sur un ancien tracé de la route (photo: Marc Verney, avril 2014).

On entre dans Bergerac avec la D936E1, qui suit l’ancien tracé par Pombonne. Puis voilà l’avenue Marceau-Ferry, l’avenue Pasteur et l’avenue du Président-Wilson. Enfin, c’est la rue Neuve-d’Argenson qui nous amène sur les bords de la Dordogne. D'après le site nicole.rolin.pagesperso-orange.fr, «le nom de Bergerac viendrait d'une villa gallo-romaine, Bracarius. En occitan, on la nomme Bragueira». Capitale intellectuelle de la religion protestante (on va jusqu’à la surnommer «la petite Genève»…), Bergerac se développe grâce au commerce des vins; ceux-ci sont expédiés à partir du XVIe siècle jusqu’à Bordeaux par bateau: au XVIIIe siècle, on compte 1500 mouvements annuels de gabarres depuis le port sur la Dordogne. Enfin, il faut le savoir: Savinien Cyrano, le personnage réel qui a inspiré le héros d'Edmond Rostand n'a, a priori, «jamais montré le bout de son long nez dans la cité périgourdine», voit-on sur le site pays-bergerac-tourisme.com. Mais, grâce à l'écrivain, il n'en est pas moins devenu le plus célèbre des Bergeracois! Face à nous, voici maintenant le Vieux Pont sur la Dordogne. Mais en fait celui sur lequel on traverse aujourd’hui la rivière n’est pas si ancien que ça… D’après le site biosphere-bassin-dordogne.fr, «le premier des ponts digne de ce nom fut édifié à Bergerac vers 1209 avec des piles et des voûtes de pierre complétées par des travées de bois». Maintes fois ravagé par les flots et par les guerres, ce pont sera souvent remplacé par un trafic de bacs… il est définitivement renversé par une crue en mars 1783. Les travaux de construction d’un nouvel ouvrage en pierre de taille ne débutent qu’en 1822 pour une mise en service en novembre 1825 (visites.aquitaine.fr). Le pont sera à péage jusqu’en 1847. De l’autre côté, voilà la quartier de la Madeleine, très vivant depuis le XIIIe siècle, et dont le développement s'appuie, nous raconte le site visites.aquitaine.fr, «sur les plages de graviers favorisant les manoeuvres de chargement et déchargement sur la rive gauche, face à la ville qui ne dispose alors d’aucun quai». Rattaché à Bergerac en 1530, le quartier change rapidement d’allure au début du XIXe siècle avec la mise en service du nouveau pont sur la Dordogne. On quitte Bergerac par la rue Berggren et l’avenue Paul-Painlevé (route d’Agen). La carte de Cassini (XVIIIe siècle) publiée par l’IGN montre ici une chaussée filant vers Bouniagues.

Ancien tracé de la route royale du XVIIIe siècle vers Bouniagues (photo: Marc Verney, mai 2013).

On longe ici les vignes du célèbre monbazillac. A la hauteur du lieu-dit le Petit-Paris, voilà une longue rectification qui s’annonce: la route du XVIIIe monte dru vers Labadie alors que la voie du XIXe siècle (matérialisée sur la carte d’état-major publiée par l’IGN) serpente au pied de la colline jusqu’à Bouniagues, où les deux voies se retrouvent. Cette modification du tracé a été initiée, explique le site bouniagues.com, «vers 1840 pour éviter la forte montée de Labadie; le plan prévoyait aussi l’alignement et l’élargissement dans la traversée de Bouniagues». Voilà maintenant le village de Saint-Perdoux, village autour duquel on note des rectifications de la route n°21, tout comme autour du hameau des Sauvans. On entre désormais dans le département du Lot-et-Garonne. Et c’est la bastide de Castillonnès, construite au XIIIe siècle, qui nous accueille, du haut de sa butte. Pour y parvenir, l’ancienne chaussée du XVIIIe filait tout droit et contournait le bourg par l’est. Rectifiée au milieu du XIXe siècle, la R.N.21 fait deux grandes courbes avant de passer à côté du centre-ville par l’ouest de la colline (route de Bergerac puis avenue de l’Hirondelle). Dès sa création par Alphonse de Poitiers, comte de Toulouse, écrit le site visites.aquitaine.fr, «la bastide est une place forte très bien gardée, composée de cinq portes et surveillée par de nombreuses tours carrées. Son plan quadrillé correspond à l’ordonnance des villes neuves fondées dans la deuxième moitié du XIIIe siècle. Elle conserve d’ailleurs la distribution régulière de son découpage parcellaire et un maillage de voies orthogonales». Rattachée au camp anglais par le traité de Montreuil en 1303, Castillonnès ne redevient définitivement française qu’après 1453. Au sud de la petite ville, la R.N.21 se poursuit par l’avenue des Pyrénées, une chaussée visible sur la carte de Cassini du XVIIIe.

A trois kilomètres de Castillonnès (photo: Marc Verney, mai 2013).

Un peu plus de 8 km au sud de Castillonnès, voilà Lougratte, «dévastée au moment de la guerre de Cent Ans, et qui a été entièrement reconstruite au XVIe siècle», note visites.aquitaine.fr. Encore un peu plus de 5,5 km et voilà Cancon. Là, écrit le site du village (cancon.fr), la réalisation de la chaussée de Castillonnès à Villeneuve-sur-Lot durant le «troisième quart du XVIIIe siècle» va dévitaliser l’ancien bourg, coincé au sommet de sa butte alors qu’une nouvelle agglomération va se développer le long des nouvelles voies. A noter que, comme à Castillon, on a rectifié l’accès au bourg, devenu, depuis 1985, la «capitale de la noisette». Un chantier signalé dans la Situation des travaux: 1835, 1836. La «route de Paris à Barèges» s’oriente désormais vers Castelnaud, située une douzaine de kilomètres au nord de Villeneuve-sur-Lot. Comme Castillonnès, «Castelnaud de Gratecambe est une ancienne bastide de Guyenne, fondée au XIIIe siècle par Alphonse de Poitiers» (Wikipédia). Plus loin, l’arrivée à Villeneuve-sur-Lot a été rectifiée au cours du XIXe siècle. L’ancienne chaussée, découvre-t-on sur le site «Remonter le temps» de l’IGN, descend depuis le Barou par la rue de la Côte-de-Plaisance alors que la voie la plus récente (l’avenue de Paris), reprise par la R.N.21 de 1959, fait de longues courbes tranquilles jusqu’au quartier de Monplaisir. «En venant de Bergerac, le voyageur des années cinquante, écrit le Guide Bleu de la France automobile, passe sous la porte de Paris, des XIIIe et XVe siècles, percée sous une tour carrée. Tout droit, la rue de Paris conduit à la place Lafayette entourée de "cornières". Le Lot, bordé de maisons pittoresques est franchi par un vieux pont du XIIIe, avec arche centrale du XVIIe siècle et par un nouveau pont en béton». Dans l’ouvrage Les routes de France du XXe siècle, 1900-1951, Georges Reverdy signale l’achèvement en 1920 de ce nouveau pont, un bel «arc de béton de 96 m». «Insérée entre les collines vertes et boisées qui dominent la basse vallée du Lot, écrit le site municipal ville-villeneuve-sur-lot.fr, la ville a une longue histoire, dont les premiers chapitres furent écrits par les romains sur le site de l'antique Excisum. C'est en effet là, à un kilomètre de l'actuel centre-ville, au carrefour de deux grandes voies de communication que fut érigé un premier noyau urbain comprenant camp de légionnaires, quartiers artisanaux, forum, curie, temples dont il nous reste quelques belles structures». C'est entre 1254 et 1263 que la bastide de Villeneuve voit le jour, ici encore par la volonté d'Alphonse de Poitiers, le frère de Saint Louis. Située à cheval sur le Lot, la cité a joué un rôle de premier plan dès les premiers épisodes de la guerre de Cent ans ou encore lors des guerres de religion.

Encore d'anciens panneaux en métal vers Cancon (photo: Marc Verney, mai 2013).
Entrée dans Villeneuve-du-Lot (photo: Marc Verney, mai 2013).

D’un point de vue économique, Villeneuve-sur-Lot va profiter de la rivière, navigable, pour faire transiter par son port toutes les productions régionales: «D'Auvergne descendaient bois et fromages, du Rouergue, le cuivre et le papier, du Quercy, le blé, le vin et les fruits», souligne le site municipal. Plus tard, au XIXe, la cité est connue pour sa production maraîchère, qui filait par train entiers vers Bordeaux ou même Paris… On sort de la ville par l’avenue d’Agen, un chemin qui existait déjà au XVIIIe siècle. Passé le moderne rond-point où l’on retrouve le contournement contemporain de Villeneuve, la chaussée file en ligne droite jusqu’au lieu-dit les Trois-Mulets. Oublions la moderne quatre-voies… Ici, le chemin du XVIIIe empruntait la «côte de Laudie» un peu à l’ouest du tracé du XIXe qui fait de larges virages (D821, la R.N.21 de 1959) dans le paysage. Puis, au niveau du Guiraudel, l’ancienne route prend la direction de Saint-Antoine-de-Ficalba par Poulvignac. A noter que la carte d’état-major du XIXe siècle publiée par le site Géoportail de l’IGN mentionne les deux itinéraires. A Saint-Antoine, écrit Wikipédia, c'est «en 1923 que sera demandé le goudronnage de la nationale 21 dans la traversée du village». A la sortie de ce bourg, nouvelle rectification: alors que la route royale du XVIIIe transperce le paysage jusqu’au lieu-dit La Truffe et oblique brusquement vers la gauche en une longue ligne droit jusqu’à la Croix-Blanche, celle du XIXe (et de 1959) virevolte par Laricharde et revient fortement au tracé du XVIIIe par Bulit et Lacanal (les anciennes portions de chaussée sont l’allée de Bulit et l’impasse Bois-de-Branquet). A la Croix-Blanche, l’ancienne route nationale 21 historique est la D212e (avenue des Pyrénées). En ces lieux, écrit le site croixblanche 47.fr, la route a été réalisée à partir de 1769. Le bourg «abritait un relais, désigné par une grande croix blanche, qui a donné, quelques années plus tard, son nom au village». Dès lors, jusqu’au lieu-dit La Fleyte, routes du XVIIIe, XIXe et XXe se superposent sur la même chaussée. Là, une «route Royale» coupe au plus droit, longeant le Chant-d’Oiseau jusqu’au nord de Caoulet, commune de Foulayronnes. Suivant l’avenue du Caoulet (D13), la R.N.21 historique se détourne encore une fois du tracé royal pour traverser Muraille, Pelatier et Tourteras pour retrouver l’ancien cheminement au niveau du pont Gaillard qui «saute» le canal latéral à la Garonne.

Une jolie allée de platanes bien rafraichissante vers Saint-Antoine-de-Ficalba (photo: Marc Verney, mai 2013).
Plaque vers Agen. Même s'il n'y a pas de numéro sur celle-ci, nous nous trouvons bien sur le tracé historique de la R.N.21 (photo: Marc Verney, mai 2013).

Les cités ne s’implantent pas quelque part par hasard et Agen ne fait pas exception à la règle: située sur la Garonne, Aginnum connut, raconte l’Histoire d’Agen, «un important développement entre le 1er et le IIe siècle». Notamment grâce aux «exploitations agricoles situées alentours». Dans la direction Nord-Sud, écrit encore cet ouvrage, «une voie antique venant des Pyrénées» traverse la Garonne «au gué de Lécussan (Boé, NDLR) en amont d’Agen. De là, une voie permet de se diriger vers le nord par Eysses vers Périgueux». La carte de Cassini (XVIIIe) montre d’ailleurs encore cet itinéraire. Tout comme une voie rejoignant Layrac par la Capelette et le Passage (Port-de-Layrac). Là, on passait sur l’autre rive de la Garonne avec un bac, installé ici en 1780 durant les travaux de réalisation de la route, indique le journal Sud-Ouest dans un article d’août 2017. Difficile en effet de bâtir un pont sur la Garonne… L’Histoire d’Agen explique que, «du XIIe au XVIe siècle», les habitants firent «quatre ou cinq tentatives pour créer un pont. Aucun des ouvrages ne résista plus de cinquante ans. Il fallut attendre le XIXe siècle pour que le pont de Pierre ne franchisse l’obstacle». Après le décret napoléonien de juillet 1808, découvre-t-on dans Wikipédia, la première pierre de ce pont est posée en novembre 1812 et l'édifice a été terminé en 1827 pour être livré à la circulation le 22 mai 1827 (il y aura un péage jusqu'en 1847). Aujourd’hui, cet ouvrage long de 256 m n’existe plus, il est remplacé depuis le début des années 70 par une structure en béton large de 24 m.

La cité d'Agen, «longtemps à la limite des possessions des rois de France et des rois d’Angleterre, voit-on sur le site agen.fr, changea onze fois de maître de la fin du XIIe siècle à 1370, appartenant tantôt aux comtes de Toulouse, puis à Richard Coeur de Lion et à Simon de Montfort venu dans le Midi à l’occasion de la guerre des Albigeois, tantôt aux rois d’Angleterre ou bien aux rois de France». La ville se développe après les funestes guerres de religion et la Fronde. A partir du milieu du XVIIIe siècle, des routes contournant les murs d’enceintes (peu à peu démolis) sont réalisées; puis, à la fin du XIXe, ce sont deux longues artères se coupant à angle droit qui sont créées, réaménageant totalement le centre-ville. La cité agenaise, reprend le site municipal, a été «une ville industrielle spécialisée dans le tissage de la toile à voile pour la marine royale, dans la fabrique de bure et d’étamine, le tannage du cuir et la ganterie». L’aménagement du canal latéral à la Garonne donna à Agen un remarquable pont-canal de 23 arches construit de 1839 à 1843. Mais aujourd’hui, quand on pense à Agen, on visualise le pruneau… Rapporté de Perse via Damas par les croisés survivants de l’expédition de 1148, il fait maintenant la fortune d’environ 1500 producteurs de la région, ce qui représente quand même 65% de la récolte nationale! De l’autre côté de la Garonne, notre route (dessinée sur la carte d’état-major du XIXe) prend la direction de Lasmounines, Pagès et Fabe (D931). Puis longe la Garonne jusqu’à Layrac. «A l'époque gallo-romaine, écrit Wikipédia, plusieurs villae sont attestées sur le territoire de la commune. L'une d'entre elles, après abandon et invasions donnera naissance au premier bourg médiéval situé sur un promontoire dominant le Gers». Au Moyen Age, sa batellerie, installée sur les bords de la Garonne et du Gers lui confèrent une certaine importance. On sort de la petite cité par l’avenue Jean-Coulom puis l’avenue des Pyrénées. Ces chaussées sont bâties sur les chemins du XVIIIe et XIXe siècles jusqu’à Astaffort.

La R.N.21, entre Astaffort et Lectoure (photo: Marc Verney, mai 2013).

Peu avant Astaffort, la R.N.21 franchit le Gers. Le guide de la France pittoresque d’Abel Hugo y signale un pont en 1835 (je n’ai pas trouvé d’autres infos). Durant la période gallo-romaine, la région (le pays du Brulhois), essentiellement rurale, ne compte que quelques villae à vocation agricole. «Durant le Moyen Age et sous l’Ancien Régime, indique l’office du tourisme local, Estafort, comme on l’écrivait alors, correspondait au cadre territorial d’une seigneurie qui s’étendait autour d’un bourg castral ceint de murailles, flanqué de tours (dont celles de Massas et de Marrocq) et dans lequel on pénétrait par trois portes fortifiées». La région fut aussi le lieu de passage d’une voie antique, la «Peyrigne», qui cheminait en ligne droite vers Lectoure depuis les environs de Moirax et le gué de Lécussan sur la Garonne, dont nous avons déjà parlé. Passé Astaffort, on retrouve d’ailleurs très concrètement les traces de cette chaussée très ancienne (elle a servi pour les pèlerinages vers Saint-Jacques-de-Compostelle) sur les cartes anciennes publiées par l’IGN sur le Géoportail. Sous le bitume de la D248, qui se sépare de la R.N.21 à côté du lieu-dit Caupenne, se camouflent donc de vieux empierrements qui emmenaient le voyageur vers Lectoure. L’arrivée se faisant par le nord et les lieux-dits de Coutelier et Estoube pour enfin pouvoir accéder à la ville-haute par la côte de Pébéret. Pour l’ensemble de ce tracé, on lit sur la carte d’état-major du XIXe mise en ligne par l’IGN la mention «route abandonnée»… Notre R.N.21 contemporaine, issue d’une longue rectification ordonnée dès 1844 (Bulletin des lois de la République française), virevolte beaucoup plus à l’est de ce tracé par Sainte-Mère pour rejoindre une des chaussées «abandonnées» vers Lescharties. On rejoint Lectoure (Gers) par le Couloumé et le Faubourg (rue Alsace-Lorraine). Ici, la R.N.21 d’aujourd’hui ne passe plus par le centre-ville mais suit l’avenue André-Magne pour redescendre de la butte par la «Vieille-Côte». Celle-ci porte sans doute mal son nom puisque le cheminement du XIXe dans Lectoure emprunte la rue Nationale, l’avenue de la Ville-de-Saint-Louis et la route d’Auch (D7A) et que celui –plus ancien- de Cassini contourne la colline de Lectoure par le nord-ouest.

Belle plaque de cocher à Lectoure (photo: Marc Verney, mai 2013).

Lactora, une cité gallo-romaine implantée sur le site de l’actuelle ville de Lectoure, est située, découvre-t-on dans un article bien documenté de Wikipédia «au point de rencontre de deux voies principales bien empierrées et entretenues», l'une de Toulouse à Bordeaux et l'autre, ancêtre de notre R.N.21, entre Agen et Auch. L’activité y est, comme partout dans la région, agricole, avec la culture de céréales et de vignes. Détruite au IIIe siècle, cette première cité est remplacée par une autre, au IVe, qui se développe progressivement pour devenir, au Moyen Age, la ville principale du comté d’Armagnac (la domination anglaise s’achève au milieu du XIVe siècle). Les Armagnacs, opposés aux Bourguignons, et tantôt alliés et adversaires du roi de France, vont jouer un rôle politique et militaire crucial au cours du XVe siècle jusqu’à un sanglant siège de Lectoure en 1473. Après les terribles guerres de Religion (Lectoure est convertie au protestantisme), les XVIIe et XVIIIe siècles seront ceux d’une précaire stabilisation… Au XVIIIe siècle notamment, voit-on dans Wikipédia, «la ville s'ouvre, on crée de nouvelles portes dans l'enceinte des remparts. Sous l'impulsion de d'Etigny, intendant de la généralité de Gascogne, la route royale d'Auch à Agen est créée. Avec des capitaux toulousains, on bâtit la tannerie d'Ydronne, qui emploiera une centaine d'ouvriers». Au sud de Lectoure, le Gers est à nouveau franchi par la route n°21 au pont de Saint-Geny. Jusqu’à Fleurance, onze kilomètres au sud de Lectoure, les chaussées du XVIIIe, XIXe et XXe sont parfaitement similaires… «Capitale du Comté de Gaure, lit-on sur le site villefleurance.fr, la ville de Fleurance a été fondée en 1272 par Géraud de Cazaubon et Eustache de Beaumarchais. En 1274, commence donc la construction de cette ville neuve», bâtie en suivant les plans d'une bastide (place centrale pour les marchés et rues se coupant à angle droit). Hélas, les guerres de Cent Ans et de Religion y ont fait beaucoup de dégâts… Bon, ici, la R.N21 n’y passe plus au centre, mais contourne les maisons, par les avenues Pierre-de-Coubertin et Aristide-Briand. Puis c’est à nouveau une quasi ligne droite qui nous emmène vers Montestruc-sur-Gers. A 17 km au sud, voici Auch, capitale historique de la province de Gascogne. L’avenue de l’Yser mène au centre-ville et plus précisément au rond-point de Verdun (ancienne place de l’Etoile), un carrefour réalisé sous l’intendant d’Etigny qui organise toute la circulation au nord de la cité.

A Auch, le rond-point de Verdun est une réalisation des intendants du XVIIIe siècle (photo: Marc Verney, mai 2013).

Pour accéder à la vieille ville, située sur la rive gauche du Gers, il faut suivre l’avenue d’Alsace, puis traverser la rivière sur le pont de la Treille, réalisé entre 1746 et 1750 à la demande de l'intendant de la généralité d'Auch de Caze de la Bôve, en 1744. On prend, sur la gauche, le boulevard Sadi-Carnot, qui longe la partie la plus ancienne d’Auch. Là, précise l’Histoire d’Auch et du pays d’Auch, «le cours du Gers a été modifié» dans la traversée de la cité «en raison de la nécessité de tracer une grande voie mettant en relation les routes d’Agen et de Toulouse». Projet envisagé «dès 1827», tout est adopté en 1846: «Sur la rive gauche du nouveau lit furent tracés le boulevard menant à la route de Mirande ainsi que les allées de Lagarrasic». Bien visible sur notre droite, la haute-ville est reliée aux berges du Gers par les «pousterles», de typiques rues étroites moyenâgeuses à forte déclivité mais aussi par un escalier monumental inauguré en 1863. Et c'est d’ailleurs là que l'on trouve la fameuse statue de Charles de Batz, alias d'Artagnan mousquetaire... Un gué sur la rivière peut être à l’origine de l’histoire d’Auch. Mais ce sont les invasions barbares qui, poussant les habitants à se cloîtrer sur l’emplacement, plus en hauteur, de l’actuelle ville médiévale, qui initient les fondements de la ville actuelle. Possession des comtes d’Armagnac, Auch fut, au Moyen Age, un paréage, c'est-à-dire une ville où la responsabilité conjointe de l'archevêque et des seigneurs était établie. Sous Louis XV, c'est l'intendant Antoine Mégret d'Étigny qui transforme profondément la ville et lui donne son visage actuel avec la construction de la plupart de ses bâtiments remarquables (Wikipédia). La route nationale 21 quitte Auch par l’avenue des Pyrénées et file vers Mirande en s’orientant au sud-ouest en suivant les plans de l’intendance royale du milieu du XVIIIe siècle. Les tracés des différentes époques s’y montrent d’ailleurs à nouveau quasi identiques jusque vers Miramont d’Astarac. Peu avant ce village, l’ancienne chaussée (encore utilisée en 1812), et qui porte ici le nom de «route Impériale» zigzague vers les lieux-dits A la Poste (la Vieille-Poste), la Tuilerie, En Bidalet et Bordeneuve pour retrouver la R.N.21 d’aujourd’hui au Pied-de-la-Côte. De son côté, la rectification du XIXe s’oriente vers la Poste-Neuve (Bordevieille) et retrouve la «route Impériale» peu avant de franchir la Petite-Baïse. Avant d’arriver à Mirande, la chaussée royale subit une nouvelle rectification, visible sur les différentes cartes publiées par le Géoportail de l’IGN, au niveau de la côte des Agraules: l’ancien chemin fonce tout droit en direction du Parc d’Artigues et retrouve le tracé du XIXe au lieu-dit le Ménicot. Le projet est signalé dans les documents officiels (Situation des travaux) de 1846.

Après avoir passé le pont sur la Grande-Baïse, l’avenue d’Etigny nous conduit dans le centre-ville de Mirande. Cette bastide, «fondation seigneuriale, est achevée vers 1288 à l'initiative de l'abbé de Berdoues et du comte Bernard IV d'Astarac, sous la garantie d'Eustache de Beaumarchès, sénéchal du roi», explique le site tourisme-mirande-astarac.com. Son plan en damier, sa place centrale à arcades, ses rues dessinées au cordeau, sont typiques d'un mouvement d'urbanisme sans précédent, qui touche le sud-ouest de la France de 1222 à 1373, raconte encore ce site. On contourne l’ancien centre par le boulevard Alsace-Lorraine puis on quitte Mirande par l’avenue Chanzy. La route nationale 21 met le cap sur Mielan. Peu avant, à la hauteur de Saint-Maur-Soulès, nouvelle rectification du tracé royal (ordonnance de juillet 1845); l’ancien chemin porte aujourd’hui le n°505 alors que la route du XIXe va tournicoter au pied des collines. Cinq kilomètres au sud, voici Mielan. L’acte de fondation de cette nouvelle bastide a été signé le 22 juillet 1284 à Toulouse. Mais elle a eu moins de chance que ses voisines: moins d’un siècle après sa fondation, en 1370, lit-on sur le site mielan.net, «la bastide a été incendiée et détruite par les anglais lors de la Guerre de Cent ans. Elle fut reconstruite alors dans un espace cinq fois plus petit que l’enceinte primitive». C'est la création de la route royale d’Auch à Tarbes dans les années 1750 par les intendants de louis XV, poursuit le site municipal, qui relancera le bourg en perçant ses murailles et en développant un faubourg. Un relais de poste y est ainsi créé. Sous le Second Empire, ce qui reste de l'enceinte est démoli et de nouvelles rues sont tracées, précise le site bastidemielan32.e-monsite.com. C’est la départementale 503, qui sort de Mielan par l’ouest, qui était l’ancienne chaussée royale. La R.N.21 actuelle contourne une petite butte par le sud et s’oriente vers Rabastens-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) par Laguian et Villecomtal. La bastide de Rabastens est fondée à l’orée du XIVe siècle le 13 février 1306. Son implantation ne doit rien au hasard explique Stéphane Abadie sur le site sabadie.chez.com: nous voilà sur un  passage privilégié vers l’est, «un endroit unique où le coteau s’abaisse brusquement pour permettre un accès facile vers le village de Villecomtal puis la bastide de Miélan». Vu du ciel sur les images publiées par l’IGN, le bourg conserve encore remarquablement bien ses rues qui se coupent à angle droit et son canal d’Alaric, qui cerne la ville. La route nationale 21 y entre par la rue de Mirande, traverse la place centrale et en sort par la rue des Pyrénées. Dès lors, une ligne droite de 20 km nous emmène à Tarbes. Cette voie royale du XVIIIe siècle remplace un zigzagant «grand chemin de Tarbes» mentionné sur l'Atlas de Trudaine pour la généralité d'Auch (1753).

A Tarbes, le maréchal Ferdinand Foch est une des célébrités de la ville (photo: Marc Verney, mai 2013).

On aborde Tarbes par Aureilhan, qui fut le siège d'une commanderie de l'ordre des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem, puis des chevaliers de l'ordre de Malte (ville-aureilhan.fr). Une importante tuilerie briqueterie fondée par M. Oustau y sera en activité de 1873 à 1970. Notre chemin arrive au bord de l’Adour par l’avenue Jean-Jaurès (faubourg du Bout-du-Pont). On y croise la R.N.117 (D817) en provenance de Toulouse. Tarbes, dit le Guide pittoresque du voyageur en France (1838), «est dans une position charmante, sur la rive gauche de l'Adour, dont les eaux distribuées dans tous les quartiers, y entretiennent la fraîcheur et la salubrité». Classée par les Romains comme une des principales villes d'Aquitaine, elle fut prise et ravagée par les Goths, les Vandales, les Alains, les Vascons, les Sarrasins, les rois et comtes de Toulouse... Le pont sur l’Adour est le troisième du nom. Un premier ouvrage en bois est décidé en 1527 par «Henri, roi de Navarre et comte de Bigorre», précise Daniel Mur sur le site lieux.loucrup65.fr. Mais, devant l’ampleur des travaux de maintenance à y effectuer régulièrement (il faut quasiment tout refaire chaque année!), les responsables locaux décident la mise en place, dès février 1735, d’un ouvrage en pierre. Celui-ci tiendra jusqu’en 1875. Il est aussitôt remplacé par l’ouvrage actuel, qui s’ouvre sur l’avenue de la Marne et la place Marcadieu. La ville médiévale, nous raconte l’Histoire de Tarbes, «se présente plus comme un agrégat de bourgs que comme une ville unique». Et ceux-ci sont pratiquement tous implantés le long d’une artère est-ouest. La cité va «profiter» au XVe siècle de l’invasion anglaise rendant ardu tout commerce par la vallée de la Garonne. Du coup, découvre-t-on dans l’Histoire de Tarbes, «les négociants toulousains utilisent la route des Pyrénées jusque vers le début du XVIe siècle». Peu développée jusqu’au XVIIIe siècle, la cité connaît une rapide expansion avec l’essor des communications. On crée de nouvelles rues; la place Marcadieu devient le centre du trafic… En 1867, on refait le tracé de la route Paris-Barèges dans le centre: des rues élargies mènent aux avenues du Régiment-de-Bigorre et Aristide-Briand (D921A). Après la guerre de 1870-1871, écrit le site tarbes.fr, Tarbes devient une ville industrielle et ouvrière qui produit canons et matériel d'artillerie et affirme encore sa vocation militaire par la construction des quartiers Larrey, Soult et Reffye. Aujourd'hui encore, Tarbes reste une ville de garnison de premier ordre avec la présence de deux régiments parachutistes. On quitte la cité par l’avenue Aristide-Briand (D921A), qui est la chaussée du XIXe siècle. En regardant les cartes publiées par le Géoportail de l’IGN, on constate que l’ancienne sortie de la route royale (XVIIIe siècle) se faisait vraisemblablement par le chemin d’Odos puis la rue de Gavarnie. Selon George Reverdy (Histoire des routes de France, du Moyen Age à la Révolution), l’intendant d’Etigny s’attelle à la réalisation de la chaussée royale jusqu’à Lourdes et Cauterets et l’ouvre en 1769.

Après Tarbes, les Pyrénées s'étagent devant nous, succession de pics blancs chatouillant le ciel (photo: Marc Verney, mai 2013).

A peu près cinq kilomètres au sud de Tarbes, notre voie effleure le village de Juillan et traverse son écart, le Bousquet. Puis, la route de Lourdes passe l’Echez. Ici, à quelques pas de l’aéroport de Tarbes-Lourdes-Pyrénées, notre quête des anciens cheminements semble bien vaine… Heureusement qu’au loin, scintillent les sommets pyrénéens! Voilà le village d’Adé, dont les maisons sont déjà en partie évitées par la chaussée de Paris à Barèges au XIXe siècle. On arrive bien vite au rond-point marquant l’accès à la ville de Lourdes. Ici, la carte IGN au 1/50°000 de 1950 montre une chaussée (le boulevard du Centenaire) qui contourne déjà le centre-ville jusqu’à la sortie sud. L’accès au centre de Lourdes se fait, lui, par la D914 (avenue Alexandre-Marqui). C’est l’ancienne voie du XIXe siècle. Qui ne connaît pas Lourdes, la cité des «miracles»? Après le rattachement de la Bigorre à la France en 1607, la cité devient, indique l’Histoire de Lourdes, «un passage obligé vers les eaux thermales» devenues très à la mode. Bref, «de mai à juillet, on "monte" aux eaux, on en revient en août». Jusqu’à ce 11 février 1858, où Bernadette Soubirous, partie chercher de l’eau pour sa famille, revient avec la vision «d’une dame au-dessus d’un grotte»… une apparition qui fait grand bruit et qui déclenche depuis de vastes pèlerinages venus du monde entier (de 5 à 6 millions de visiteurs annuels)… Les aubergistes d’alors se sont transformés en hôteliers et Lourdes s’est métamorphosée en un immense marché de la bondieuserie surnageant au milieu d’un flot d’autocars immatriculés dans toute l’Europe… Et la foi? Ma foi… regardons le ciel. Et les magnifiques contreforts des Pyrénées, qui désormais, nous entourent de toutes parts!! Passé le dernier rond-point, il ne faut pas emprunter la moderne quatre-voies (D821) et suivre la D921B (route d’Argelès) qui serpente sur la rive droite du gave de Pau; un chemin dessiné sur la carte de Cassini (XVIIIe) du Géoportail de l’IGN. La chaussée reste sur cette rive jusqu’au Pont-Neuf qui enjambe le gave (le dernier en date est construit, selon des documents officiels, en maçonnerie entre 1800 et 1806 mais on en voit déjà l’indication sur la carte de Cassini). De là, on restera rive gauche jusqu’à Argelès-Gazost.

Entrée de la station thermale de Saint-Sauveur (photo: Marc Verney, mai 2013).
Vue du vertigineux pont Napoléon III, à la sortie de Saint-Sauveur. Juste à côté, une colonne surmontée d'un aigle impérial (photo: Marc Verney, mai 2013).

La petite ville s’enrichit, fin XIXe, «d'un établissement thermal, d'un casino, d'un parc à l'anglaise et de nombreuses villas» (argeles-gazost.com). La D921B y suit les avenues des Pyrénées puis Charles-de-Gaulle et traverse le gave d’Azun peu avant Lau-Balagnas. Ici la route prend le n°921 jusqu'à son terme. Après un peu plus de 6 km, c’est l’arrivée à Pierrefitte-Nestalas où l’on laisse partir la D920 (N21C en 1959) vers Cauterets. De l’autre côté du gave de Cauterets, voilà Soulom. Et c’est à partir d’ici que les difficultés d’accès ont longtemps freiné le développement de la région. Ainsi, écrit Alain Bourneton dans l’ouvrage très complet Gavarnie, histoire d’un grand site, «durant tout le XVIIe et le premier tiers du XVIIIe siècle, l’accès sans trop de difficulté dans les hautes vallées du Lavedan n’était possible que par l’amont et par Bagnères-de-Bigorre et le col du Tourmalet»… Vauban le premier eut l’idée du désenclavement, mais les travaux vers Luz et Barèges n’allaient commencer que vers 1733. «Sous M. de la Bove, poursuit Alain Bourneton, le gros œuvre fut achevé et l’ingénieur Pollard en dirigea l’exécution jusqu’en 1736. La route fut en partie achevée en 1741, sous l’intendant de Serilly. En 1744 enfin, carrosses et chaises roulantes pouvaient atteindre Barèges». Mais Gavarnie, l’issue de la R.N.21 historique de 1959 restait encore difficile d’accès à l’époque (une route sera néanmoins réalisée sous Napoléon III en 1864)… Jusqu’à Luz, ce n’était d’ailleurs pas si facile… même avec la chaussée royale, qui n’était d’ailleurs qu’une piste large de 5,80 m. Le site pyrenees.pireneus.com évoque de lourds travaux de rectification en 1858 entre les ponts de l’Echelle et d’Enfer qui permirent de conserver la chaussée sur la rive droite du gave de Gavarnie jusqu’au pont de la Reine. Après avoir franchi une nouvelle fois le gave au pont de Pescadère (premier ouvrage bâti en 1736), on arrive à Luz-Saint-Sauveur par l’avenue du Barège et en passant le Bastan. A gauche, voilà la route de Barèges, qui fut longtemps terminus de la R.N.21. Plus haut, c’est Saint-Sauveur, quartier thermal de Luz, fut apprécié par Napoléon III et Eugénie qui firent bénéficier les villages alentours de leurs largesses, dont un vaste programme routier, décidé en 1859, et qui aboutit notamment à la construction, en 1861, en direction de Gavarnie, d’un pont vertigineux surplombant le gave d’une hauteur de 90 mètres. Il reste une vingtaine de kilomètres à parcourir jusqu’à Gavarnie. On passe les gorges de Saint-Sauveur et le pont de Sia. Là, un impressionnant site a vu plusieurs ouvrages se succéder. Des ponts de 1712, 1820 (en bois) et 1857, il ne reste plus grand chose. L’ouvrage actuel date de 1880 (monuments.loucrup65.fr). Voilà maintenant le village paisible de Gèdre, à 1000 m d’altitude… On y voit une plaque commémorant l’arrivée de la première calèche «à quatre roues» en octobre 1852…

Le chaos de Coumély est ce qui reste d'un glissement de terrain dû à un tremblement de terre (photo: Marc Verney, mai 2013).

Après quelques lacets récents, la chaussée traverse le chaos rocheux de Coumély, sans doute formé à l'occasion d'un tremblement de terre, au VIe siècle (lieux.loucrup65.fr). Encore quelques kilomètres dans un paysage somptueux, qui a inspiré le pyrénéisme, sorte d’approche sportive et philosophique des montagnes pyrénéennes, très en vogue à la fin du XIXe siècle… et voilà Gavarnie et son cirque, inscrit au patrimoine de l’Unesco. L’émotion s’empare de nous, c’est vrai, à l’approche de ce vertige de pierre… Laissons la parole, pour terminer ce «road trip» sur la R.N.21 de 1959, à ce grand voyageur dont nous avons si souvent rencontré (et admiré) les mots sur les routes… Victor Hugo: «Qu’est-ce donc que cet objet inexplicable qui ne peut pas être une montagne et qui a la hauteur des montagnes, qui ne peut pas être une muraille et a la forme des murailles? C’est une montagne et une muraille tout à la fois; c’est l’édifice le plus mystérieux du plus mystérieux des architectes; c’est le Colosseum de la nature; c’est Gavarnie»!!

Marc Verney, Sur ma route, janvier 2018

Le fantastique cirque de Gavarnie, à la fois but de notre voyage et départ de multiples randonnées (photo: Marc Verney, mai 2013).

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