Installée sur une habitation de Murs-et-Gelignieux, cette plaque de bois de la RN92 a très certainement été rénovée (photo: EF, juillet 2011).
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Sources et documents: Atlas des grandes routes de France (Michelin, 1959); Atlas routier France (Michelin, 2011); carte Michelin Lyon-Genève n°74 (1928); carte Michelin Lyon-Avignon n°93 (1942); Guide Bleu de la France automobile (Hachette, 1954); Histoire de Saint-Marcellin T1, les temps anciens (Jean Sorrel, impr. Bène, 1981); Romans et le Bourg-de-Péage avant 1790, André Lacroix (impr. de Jules Céas et fils, 1897); Isère-Patrimoine; art-et-histoire.com; fleuverhone.voila.net; french.roads.pagesperso-orange.fr; reserve-lavours.com; belley.fr; saint-lattier.fr; "Quelques réflexions sur la construction des ponts du Rhône français", R. Kirchner, dans Les études rhodaniennes (1948); "L'établissement des routes dans le Vercors", G. Jorré dans la Revue de Géographie Alpine n°9 (1921); Wikipédia; Wikisara. Remerciements: la Bibliothèque publique du centre Georges-Pompidou (Beaubourg).
Sur la départementale 45, peu avant Tullins. (photo: MV, juillet 2011)
Villes et villages traversés par la N92 historique (1959), en italique, les anciennes RN principales croisées:
Seyssel (Ain)
Anglefort
Landaize
Lavours
Belley (N504)
Peyrieu
Tremurs
Murs-et-Gelignieux
Cordon
Saint-Didier
Aoste
Chimilin
Les Grandes-Ternes
Les Abrets (N6, N75)
Trajet commun avec la N75 jusqu'à:
Voiron (N75, N85)
Moirans
Tullins
L'Albenc
L'Allegrerie
Vinay
Le Guà
Les Maisons-Neuves
Saint-Marcellin
Saint-Hilaire-du-Rosier
Saint-Lattier
Saint-Paul-lès-Romans
Romans-sur-Isère (N538)
Bourg-de-Péage (N538)
Saint-Marcel-lès-Valence
Bourg-lès-Valence
Valence (N7)
Ancienne publicité peinte sur un mur de L'Allegrerie. Attention: boire ou conduire... il faut choisir! (photo: MV, juillet 2011)
Les belles plaques de cocher de la Drôme sont aussi visibles sur la RN92 (photo: MV, juillet 2011).
A Romans, la chaussure est reine (photo: MV, juillet 2011).


Nos belles routes de France
R.N.92: AUX CONTOURS DES MONTS (II)
Après Seyssel, la route nationale 92 historique de 1959 entre dans le département de l'Ain. Après Belley, en plein Bugey jurassien, on effleure la région lyonnaise jusqu'aux Abrets, où la RN92 d'antan se fond un moment dans l'ancienne N75... A Voiron, c'est la renaissance de la RN92, qui prend la direction de Romans-sur-Isère et Valence, entourée du chant des cigales et des champs de noyers... Le soleil est là, il chauffe le bitume sombre qui fait glisser les voitures de Saint-Marcellin à Romans le temps d'une chanson. Enfin, à Valence, voilà la N7 qui s'annonce... Bonne fin de voyage!

La route nationale 92 historique après Belley. Juste à côté de la route, le fleuve Rhône déploie son rythme puissant. (EF, juillet 2011). En cliquant sur cette photo, vous continuez la promenade sur la RN7 dans la vallée du Rhône.


Seyssel (Ain) accueille maintenant le promeneur des nationales.
La cité, dont les puissants quais ont été bâtis en 1844 a longtemps fait office de ville-étape. Les peintures des murs, bien défraichies témoignent encore de ce passé hôtelier sympathique, comme cette auberge à Seyssel (Haute-Savoie), où l'on loge, selon la formule consacrée "à pied et à cheval"! Dès la sortie du bourg, la route longe l'imposant massif du Grand-Colombier -une partie des monts du Jura- qui culmine à 1525 m.

Après une longue ligne droite, la RN92 historique croise non loin de Culoz la route d'Ambérieu à Aix-les-Bains. Plus loin, l'influence du cours du Rhône sur les paysages se fait sentir: la chaussée, surélevée sur une digue de 1841 à 1845 entre Culoz et Rochefort, longe les marais de Lavours. Un endroit extraordinaire, modelé par la fonte, il y a 15 000 ans des glaciers du Rhône. A cette époque, le climat se réchauffe et c'est un immense lac où se déversent le Rhône et le Séran qui recouvre toute la vallée. Au fil des siècles, ce lac post-glaciaire se vide, laissant place aux marais de Lavours et de Chautagne. Le lac du Bourget, situé juste à côté dans une cuvette plus profonde est l'ultime héritier de cette époque.

L'élevage est, depuis le XIIe siècle, l'activité essentielle de la région du Lavours. Religieux et paysans y mènent paître leurs bêtes. Mais, l'été venu, les prairies du marais sont intégralement fauchées. Le foin, que l'on appelle ici la blache est utilisé pour pailler les vignes de la Chautagne proche et sert de litière pour le bétail. Ces activités cessent peu à peu à la fin du XIXe siècle. Petit à petit, le marais se couvre de bois. Un assèchement lent encore aggravé par les endiguements fluviaux et la mise en service des centrales hydroélectriques le long du fleuve. Info complémentaire: il semble, au vu d'un décret du 12 décembre 1849, que la route nationale n° 92 de Valence à Genève contournait la zone des marais de Lavours par Béon avant la construction de la digue du Rhône.

Ici, peu avant Belley, c'est d'ailleurs la géographie de toute la région qui a été modifiée par les gigantesques projets d'aménagement et de dérivation du Rhône réalisés ici à la fin du XXe siècle. Mais remontons d'abord un peu le temps... Placée sur la route de l'Italie et proche de Lyon, la région du Bugey connaît, après la conquête romaine en 58 avant JC, un développement rapide. La densité des peuplements gallo-romains qui s'y trouvaient et des voies romaines qui y passaient montre bien cette vitalité. C'est à ce moment de l'histoire que naît la ville de Belley, sans doute fondée au siècle d'Auguste.

Le commerce et les transports sont les deux "mamelles" de la ville. Il y a le Rhône, tout d'abord, formidable voie d'eau qui est utilisée entre Lyon et la cité du Bugey, puis il y a aussi la voie terrestre: Belley se trouvait en effet sur la voie de Lyon à Genève passant également par Cordon et Seyssel. Plus tard, officiellement soumise au Saint-Empire, mais sous l'influence de la Savoie, la cité est définitivement incorporée à la France en 1601 avec le traité de Lyon. Belley est promue au rang de sous-préfecture sous Napoléon Ier. Puis, c'est l'installation, entre 1874 et 1948 d'un régiment d'infanterie... Aujourd'hui, Belley s'est un peu assagie et la route nationale 92 historique traverse tranquillement son centre-ville... Un mot sur LE personnage de la ville: Jean Anthelme Brillat-Savarin, maire de la ville sous la Révolution et épicurien notoire... il est l'auteur de la Physiologie du goût, publiée en décembre 1825, deux mois avant sa mort. Un fromage porte même son nom!!

Dès la sortie de Belley, la route traverse le bois de Rotonne (un ancien tracé du XVIIe siècle passe plutôt par Brens). Ce bois a été donné en 1175 au seigneur, évêque et chanoine de Belley par une bulle d'or signée par l'empereur Frédéric Barberousse himself!! Voilà ensuite le pont sur le Furans, rivière à truites de première catégorie, nous signalent les offices du tourisme locaux... c'est vrai qu'il y a de l'eau dans le coin... et tout est bien vert! Non loin de là, un peu plus au sud, voilà Peyrieu, premier village, nous dit l'encyclopédie Wikipédia, "à avoir inauguré un monument aux morts". A noter que l'un des hameaux du village, Fay, est célèbre pour sa pierre calcaire (le choin de Fay). Celle-ci a été utilisée pour la construction de nombreux bâtiments à Lyon et à Vienne au temps des Gallo-Romains.

On longe à nouveau le Rhône et les paysages deviennent amples. L'ancienne nationale se désolidarise du tracé contemporain et il faut suivre la direction de Murs-et-Gelignieux par Tremurs. Ici, de délicieux panneaux de bois Dunlop de la RN92 s'accrochent toujours aux vieux murs...

Gros plan sur le panneau de bois Dunlop de Tremurs. Photo: Marc Verney, juillet 2011.
Le panneau de bois Dunlop de Tremurs est plutôt bien conservé. Ce type de signalisation semble propre à la région iséroise. En parcourant la N6, j'en ai repéré un après Lyon. Photo: Marc Verney, juillet 2011.

Encore une fois, les grands travaux sur le cours du Rhône ont modifié les paysages: la dérivation de Brégnier-Cordon est un canal artificiel creusé à partir de 1981 qui a fait disparaître de nombreux appendices du Rhône appelés lônes. Cette nouvelle voie d'eau a dévié les eaux du fleuve sur une longueur de 8,1 km entre Murs-et-Gélignieux et Evieu dans l'Ain. En suivant la direction d'Aoste, nous traversons donc un pont qui n'existait pas dans les années cinquante. Le pont sur le Rhône est un peu plus loin, peu avant Saint-Didier dans l'Isère. C'est l'ouvrage de Cordon, reconstruit après la Deuxième Guerre mondiale en remplacement d'un pont détruit en 1940 par les troupes françaises afin de tenter de stopper l'avance allemande. Peu d'infos sur les constructions précédentes: selon Wikipédia, le pont détruit, un ouvrage suspendu, avait été bâti par l'ingénieur Adolphe Boulland et mis en service en 1840.

La chaussée surélevée descend lentement en courbe vers la gauche; le bitume s'oriente en direction d'Aoste à quatre kilomètres de là. Le site internet Isère-Patrimoine nous explique que "la bourgade gallo-romaine d'Aoste, du nom de l'empereur Auguste, est née en l'an 15 avant JC". Celle-ci doit sa prospérité "à sa situation de carrefour en bordure du Rhône, des axes qui relient Vienne à l'Italie et au plateau Suisse, ainsi qu'à ses ateliers de potiers dont les productions ont été diffusées jusque dans les îles britanniques". Un musée gallo-romain et un vieux four de potier situé au centre du bourg rappellent cette époque. Encore un peu plus au sud, voilà le bourg des Abrets, où la RN92 historique se fond dans l'ancienne RN75 jusqu'à Voiron tout en croisant la nationale 6.

RN6: la route des Alpes
Au sortir de Lyon, la route s'oriente plein est avec pour horizon, la fantastique chaîne des Alpes. Il faut 112 km de bitume pour rejoindre Chambéry... (lire)
RN75: la "grimpée" des Alpes
C'était, dans les années soixante, la route des Parisiens se précipitant dès les premières neiges à l'assaut des stations de ski des Alpes... (lire)

On reprend le trajet de la RN92 historique à la sortie de Voiron, en direction de Moirans. Là, nous raconte le Guide Bleu de la France automobile, "on continue de descendre par la rive droite la basse vallée de l'Isère au pied des côtes qu'une large plaine d'alluvion sépare de l'Isère, tandis que, à l'est, se dresse la muraille du Vercors". Cet axe, un des plus importants de la région a vu passer jusqu'en 1864 les voitures de poste entre Grenoble et Valence. Les relais se faisaient notamment à Voreppe, Tullins, l'Allègrerie de Vinay, Saint-Marcellin, les Fauries, Romans... Anecdote amusante: en mars 1605, un arrêté ordonne que la route royale reliant Grenoble à Valence par la rive droite de l'Isère ait 20 pieds de largeur, fossés non compris. Le travail ne fut sans aucun doute pas fait puisqu'une ordonnance du 6 juillet 1683 prescrit de donner à la route cette même largeur!!

Sans doute apposée ici par l'Automobile Club de la Drôme (ACD), cette limitation de vitesse (9 km/h!!) se trouve à L'Albenc. Photo: Marc Verney, juillet 2011.

La plaine, fertile, est constellée de rangées de noyers. Entre Tullins et Saint-Marcellin, nous raconte le Guide Bleu de la France automobile 1954, se trouve "le centre de production des meilleures noix de table de France". La route, la plupart du temps en ligne droite, entre maintenant dans Saint-Marcellin.

Une visite bien coûteuse!
En 1701, les ducs de Bourgogne et de Berry chevauchent ensemble dans la vallée de l'Isère et envisagent de faire une halte à Saint-Marcellin. Le petit bourg est vite en émoi. Comment recevoir convenablement ces puissants (ce sont les petits-fils de Louis XIV...)? Malgré la grogne des habitants, les plus beaux logements sont réquisitionnés, on créée des écuries provisoires dans les rez-de-chaussée de la cité; il y a 550 chevaux dans le cortège... Et puis la nourriture... on présente à la table les meilleurs crus de la région, les mets les plus fins sont cuisinés... On convie même neuf tambours pour la musique! Le tout pour une facture de 1500 livres entièrement à la charge de Saint-Marcellin!! On n'oubliera pas qu'à l'époque, la misère ravageait la France: il y avait alors deux millions de mendiants pour une population nettement plus réduite qu'aujourd'hui!

Dès la sortie de Saint-Marcellin, un parcours quasi rectiligne nous emmène jusqu'à Romans. A la hauteur de Saint-Hilaire-du-Rosier, on remarque cependant, sur la gauche, la vaste entaille par laquelle la rivière Bourne s'extrait des hautes falaises du Vercors. C'est par là que se trouvent de bien belles routes touristiques ouvertes avec peine à la fin du XIXe siècle: la vertigineuse combe Laval (1861-1898), les Grands-Goulets (1843-1854), les gorges de la Bourne (1861-1872)...

Belle vue sur le sublime Vercors, que la RN92 d'antan longe de Moirans à Romans. Photo: EF, juillet 2011.

Les moyens utilisées pour creuser le rocher furent à peine croyables pour nous, citoyens d'un XXIe siècle hypertechnologique... Ainsi, on peut lire dans la Revue de géographie alpine: "Constamment, les ouvriers durent, suspendus à des cordes munies d'une sorte de siège, travailler au-dessus du vide à poser des crampons dans le roc. Plus d'une fois il y eut mort d'homme. La percée des tunnels nécessita des efforts gigantesques. Si l'on joint à cela la difficulté d'apporter à pied d'oeuvre le matériel indispensable, on comprendra quel labeur de titans a été réalisé en ce point. Pour l'époque où elle a été exécutée, c'est vraiment une oeuvre grandiose".

Saint-Lattier est le dernier village isérois traversé. On y remarque, nous dit le site internet du village, sur une colline, le Pain de sucre, les restes d’une sorte de tour de guet ou de défense, servant parfois de lieu d’hébergement. De là, part une voie médiévale, dite "le pavé". C'est, nous annonce encore le site de la mairie, une "ancienne voie romaine qui permettait des échanges commerciaux entre le Midi et les Savoies".

Ancienne plaque directionnelle à Saint-Paul-lès-Romans. Photo: Marc Verney, juillet 2011.

La Drôme nous accueille dans le petit bourg de Saint-Paul-les-Romans. Nous ne sommes plus qu'à 5 km de Romans-sur-Isère. La ville, nous précise le Guide Bleu de la France automobile 1954, "doit son origine à une abbaye, fondée en 837 par Saint Barnard, l'archevêque de Vienne". C'est, de nos jours, une petite ville méridionale, visitée plus pour ses magasins de chaussures low cost que pour son architecture ancienne...

Une fois de plus, voilà une ville-carrefour, regroupée autour de son pont à l'histoire centenaire. Dans l'ouvrage Romans et le Bourg-de-Péage avant 1790, on lit que ce sont des bacs qui traversent l'Isère jusqu'en 1033. Le premier pont en bois daterait de cette époque. Il aurait été construit par les religieux de la cité. De terribles inondations (le "déluge de Grenoble"!!) emportent l'ouvrage au début du XIIIe siècle. Construit par la suite partiellement en pierre, il est cependant régulièrement détruit par les eaux de l'Isère. Du coup, le roi de France offre 10 000 livres pour sa reconstruction; les travaux débutent à la moitié du XVIIIe siècle pour un montant total de 53 895 livres, dont la moitié à la charge de Romans. Il résiste à une forte montée des eaux en 1744 mais saute sous les explosifs français devant l'avancée des Autrichiens en 1814. On le répare en 1818; un projet d'aménagement des accès est mené de 1855 à 1860: les maisons gênantes sont détruites, des quais protecteurs sont bâtis, on pose des trottoirs... La présence -longtemps!- d'un péage sur l'ouvrage conduit à la naissance en face de Romans, de Bourg-de-Péage.

RN538: tout un Romans!
Au sortir de Vienne, un chemin nous emmène vers le Sud par les plus beaux détours provençaux. Un véritable régal piur le conducteur tranquille (lire)

Encore une belle plaque Dunlop en bois à Saint-Paul-lès-Romans. Photo: Marc Verney, juillet 2011.

La route, explique maintenant le Guide Bleu de la France automobile 1954, coupe droit à travers la plaine d'alluvions glaciaires qui sépare l'Isère du Rhône. Plus grand chose à voir, d'autant que la nationale de 1959 a été remplacée par une moderne quatre voies, la N532. On arrive à Valence par les faubourgs de l'est. C'est là que la N92 achève son périple et se "jette" dans la nationale 7 Paris-Menton.

RN7: à l'approche de la Grande Bleue
Troisième partie de notre balade vers l'azur: la vallée du Rhône. Après Lyon, finie la grisaille du Nord. Balayé par le capricieux mistral, le sillon rhodanien nous précipite au pays des cigales (lire)

Marc Verney, Sur ma route, septembre 2011


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