Cette borne de la R.N.20 se situe à Vierzon, en haut de l'avenue du 14-Juillet (photo: MV, oct. 2017).
C'est à la place Denfert-Rochereau à Paris que va se situer le point de départ de notre balade sur la R.N.20 historique (photo: MV, déc. 2017).
Au carrefour de la Vache-Noire (photo: MV, sept. 2017).

Quelques mots sur la documentation utilisée: Atlas des grandes routes de France, Michelin (1959); 150 km autour de Paris, Michelin (1970); De Paris aux Pyrénées (coll. Les belles routes de France, n°307), Michelin (1953-54); Environs de Paris n°95, Michelin (1954); Sorties de Paris n°100, Michelin (1965); Archéologie aérienne en Ile-de-France, Beauce, Brie, Champagne, Daniel Jalmain, éditions Technip (1970); Boulevard périphérique, premier tronçon, Ville de Paris, 1960; Guide Bleu de la France automobile, Hachette (1954); Guide Bleu des environs de Paris, Hachette (1928); Guide du Routard Berry, Hachette (2011-2012); Guide du Routard Châteaux de la Loire, Hachette (2012); Guide Vert des Environs de Paris, Michelin (1965); «La Croix-de-Berny: un carrefour aux mille visages», par CotBruno D, l'Express en ligne, (décembre 2008); «La Sologne», L. Gallouédec, Annales de géographie (1892); «Le péage de Montlhéry», par J.P. Dagnot et C. Julien, vieux-marcoussis.pagesperso-orange.fr (janvier 2008); L'évolution du réseau routier autour de Châteauroux et Déols d'après la documentation cartographique (1632-1885), Didier Dubant, Académie du Centre (1997); «L'Indre et Châteauroux après la fermeture de la base américaine», René-Edouard Dubois, Norois (1973); Montrouge et son histoire, Pierrette Cour, Lucie Geeraerts et Armand Thomas, manuscrit achevé en 1974 et acheté par la ville de Montrouge (1988); Nouvelle histoire de Paris et de ses environs, Julien P. de Gaulle, Pourrat (1841); Promenade dans Déols: Histoire des rues et lieux-dits d'une commune de l'Indre, vol. 8, Déols, Didier Dubant, Monique Carrillon, Simone Mardelle et Nicole Rollin, Office de Tourisme de Déols (1998); «R.N.20: petite et grande histoire des ponts d'Orléans», par Cindy Roudier, La République du Centre (11 mai 2014); «R.N.20, promenade historique sur les routes solognotes», la Nouvelle République (4 août 2011); arcueilhistoire.fr; boitierrouge.com; bourg-la-reine.fr; caue41.fr; coeuressonne.fr; corpusetampois.com; eurelien.fr; gerval2.free.fr; interlude92.free.fr; lavilledubois.fr; linas.patrimoine.free.fr; longjumeau.fr; mairie-angerville.fr; museedelaresistanceenligne.org; motorlegend.com; olivet.fr; orleans-metropole.fr; paris1900.fr; perche-gouet.net; salbris.com; smarceau45.free.fr; ville-antony.fr; ville-etrechy.fr; ville-montrouge.fr; Wikipédia, Wikisara. Remerciements: l’IGN (Géoportail), CartoMundi, Persée.

La R.N.20 historique vers Montrouge. En décembre 2005, les cartouches rouges RN subsistaient encore. La voie est baptisée D920 depuis (photo: MV, déc. 2005).
A Cachan, cette plaque de rue porte la mention "route d'Orléans" (photo: MV, sept. 2017).
Plaque située à la sortie sud de Longjumeau (photo: MV, mai 2007).

Localités et lieux traversés par la R.N.20 (1959):
Paris-porte d'Orléans
Montrouge (bd périiphérique)
Arcueil
Cachan
Bagneux
Bourg-la-Reine
Sceaux
Antony (N186)
Massy (N188)
Longjumeau
Montlhéry
Linas
Arpajon
Etrechy
Etampes (N191)
Mondésir
Monnerville
Angerville
Toury
Artenay (N154)
Saran
Orléans (N51, N152, N155)
Saint-Jean-de-Blanc
Olivet
La Ferté-Saint-Aubin
Lamotte-Beuvron
Nouan-le-Fuzelier
Salbris (N144)
Vierzon (N76)
Massay
Vatan
Déols
Châteauroux (N143, N151, N156)

A NOS LECTEURS: les photos, textes et dessins de ce site sont soumis au droit d'auteur. Pour toute autre utilisation, contacter l'auteur. Merci de votre compréhension...
Page de l'encyclopédie des routes Wikisara consacrée à la nationale 20 (lire)
La page de présentation de l'historique et de l'itinéraire de la nationale 20 dans l'encyclopédie en ligne Wikipédia (lire)

Ce panneau Michelin de la nationale 20 n'est plus situé au bord de la route. Il finit ses jours tranquillement dans un dépôt de l'ex-DDE à Etampes (photo: MV, juin 2007).
Ensemble Michelin des années trente situé à la Croix-Briquet, un peu au nord d'Orléans (photo: MV, mai 2007).
Elle est bien camouflée cette plaque Michelin à Artenay!! (photo: MV, mai 2007)
Ancienne plaque Michelin à La Ferté-Saint-Aubin (photo: MV, oct. 2016)
Café de bord de route, à La Loge, au nord de Salbris (photo: MV, mai 2007).
Sur le mur du relais aujourd'hui désaffecté de La Loge, le dessin de ce modeste canard montre que la chasse n'est pas un vain mot dans la région (photo: MV, oct. 2017).

A VOIR, A FAIRE
Nous n’allons citer ici que les curiosités les plus importantes. La R.N.20 et ses alentour sont particulièrement riches en patrimoine à visiter…
Arcueil-Cachan: Chefs-d'oeuvres d'ingéniérie, les trois aqueducs, le gallo-romain, celui des Médicis, réalisé dans le premier quart du XVIIe siècle et le Belgrand, construit au XIXe siècle, illuminés la nuit, sont une des grandes curiosités visuelles de la région.
Sceaux: Le parc de Sceaux (181 hectares) est dessiné par André Le Nôtre à la fin du XVIIe siècle à la demande de Colbert puis de son fils le marquis de Seignelay. Nombreuses statues et jeux d'eau.
Linas-Montlhéry: le célèbre autodrome ouvre en octobre 1924, sous l'impulsion d'un industriel passionné de sports mécaniques, Alexandre Lamblin. C'est d'abord un anneau de vitesse dessiné par l'architecte Raymond Jamin long de deux kilomètres et demi. Celui-ci sera étendu et complété ultérieurement par un circuit routier. Dès 1925, le circuit accueille le Grand Prix de l'Automobile club de France (ACF). Aujourd'hui, l'autodrome propose chaque année près de 45 événements ouverts au public.
Etampes: deux promenades thématiques jalonnées de plaques en lave émaillée permettent de découvrir l'histoire d'Etampes. Le visiteur s'intéressera à la collégiale Notre-Dame dont la crypte date du XIe siècle, à la tour Guinette, un donjon au rare plan quadrilobé, à l'église Saint-Martin, bâtie aux XIIe et XIIIe siècles, dont la tour, reconstruite au XVIe, est nettement penchée...
Artenay: le musée du Théâtre forain. A 20 km à l’est, le château de Chamerolles (promenade des parfums).
Orléans: Malgré la destruction de 17 ha de son centre-ville durant la Seconde Guerre mondiale, la ville conserve un indéniable pouvoir d’attraction. Une balade dans la vieille ville permettra de découvrir de nombreuses maisons anciennes et hôtels particuliers. Le voyageur pourra admirer la cathédrale Sainte-Croix et les vitraux consacrés à l’épopée de Jeanne d’Arc, le musée des Beaux-Arts, le musée historique et archéologique (hôtel Cabu), l’église Saint-Aignan et sa crypte (visite guidée); près de la cathédrale, voilà l’hôtel Groslot, réalisé au XVIe siècle; il ne faut pas manquer d’arpenter la place du Martroi, véritable cœur de la ville… A voir aussi, la maison de Jeanne d’Arc à pans de bois, la rue Royale et ses commerces. L’amateur de paysages pourra se promener le long de la Loire et sur le pont George V. De l’autre côté du fleuve, il ne faut pas rater le parc floral de La Source d’où jaillit le bouillonnant Loiret.
Olivet: agréables balades le long du Loiret (moulins).
La Ferté-Saint-Aubin: le château, dont la construction est amorcée au XVIIe siècle. Dix kilomètres à l’est, le domaine du Ciran (300 ha) permet de découvrir la faune et la flore solognotes.
Lamotte-Beuvron: «capitale» de la chasse, la petite cité est un bon point de départ pour des escapades motorisées en Sologne.
Salbris: à 14 km au sud-est, le Pôle des étoiles de Nançay (station de radioastronomie et planétarium).
Vierzon: jolie promenade dans les quartiers anciens, l’église Notre-Dame, le jardin de l’Abbaye, le musée des Fours banaux (maquette de Vierzon fortifiée).
Massay: l’abbaye Saint-Martin fondée en 738.
Vatan: sympathique musée du Cirque.
Déols: anciennement Bourg-Dieu, on peut visiter librement les restes de la vaste abbaye clunisienne Notre-Dame (XIIe). A voir, les portes de l’Horloge et du Pont-Perrin, vestiges de l’enceinte de Charles VII.
Châteauroux: on visitera le quartier médiéval, la rue de l’Indre, la place Saint-Hélène, la rue Grande (ancienne portion, jusqu’au XIXe, de la voie Paris-Toulouse). Le touriste s’intéressera aussi au couvent des Cordeliers et au musée-hôtel Bertrand. A 3 km au sud de la ville, la belle forêt domaniale de Châteauroux (promenades).


Traversée de Vierzon: l'avenue du 14-Juillet (photo: MV, oct. 2017).
Peu avant Vatan, on contemple cette ancienne publicité peinte pour l'hôtel de France (photo: MV, oct. 2017).


Belles routes de France...
R.N.20: LIMOUSINES EN PYRENEES (I)...
C’est la dernière grande chevauchée automobile hexagonale à réaliser sur ce site… La R.N.20, en 1959, c’est 864 kilomètres de bitume ininterrompu entre Paris et l’Espagne, une incroyable course mécanique au milieu de paysages inoubliables. Sur cette route, à nulle autre pareille, j’ai rencontré ce qui est encore aujourd’hui le sel du voyage: la découverte et l’oubli du temps qui passe… Entre la capitale française et les contreforts pyrénéens, j’ai littéralement roulé dans le bonheur, à rebours du fracas autoroutier, en phase avec la lenteur et la joie, sans cesse renouvelée, de sentir les côtes, les virages vibrer à travers le volant. Notre première étape va de Paris à Châteauroux, en passant par Etampes, Orléans et Vierzon. Jusqu’au passage de la Loire à Orléans, c’est la «route des rois» et la «reine» des routes françaises, tant on a pris soin de la rendre praticable à toute époque... Et puis la R.N.20 est entrée dans notre grande histoire du monde en août 1944… Elle est alors devenue le «boulevard de la Libération» de Paris, emprunté par les chars de la 2e DB…

La R.N.20 historique traverse la Sologne (photo: Marc Verney, octobre 2017). En cliquant sur l'image, vous continuez le voyage. Pour retourner sur la page index, cliquez ici.


LE PERIPH' PARISIEN: L'ANNEAU MAJEUR
Avant de sortir de Paris, un petit tour sur le boulevard périphérique de la capitale? On y rencontre du béton, du métal et du plastique. Des gens, aussi... (lire)

Notre voyage sur la R.N.20 historique démarre place Denfert-Rochereau, là où se trouvait l’octroi de Paris. Cette place, indique le site paris1900.fr, a été ouverte dans le mur des Fermiers généraux sous le nom de place d'Enfer en 1784. A cet emplacement, coupant le mur, la barrière d’Enfer fut édifiée «à l’endroit ou débouchait la route d’Orléans marquant l’entrée de la capitale», écrit encore ce site. En 1859, les limites de Paris sont déplacées depuis le mur des Fermiers généraux jusqu'au pied du glacis de l'enceinte fortifiée de Thiers. C’est pour cela que l’on trouve la toute première borne kilométrique de la R.N.20 dans le Paris intra muros d’aujourd’hui, au n°15 de l’avenue du Général-Leclerc (la route d’Orléans). On parcourt ici le quartier du Petit-Montrouge dont le cœur est la place Victor-et-Hélène-Basch (le carrefour Alésia) où convergent les anciennes routes de Chartres et d’Orléans. La zone de la porte d’Orléans, où était édifié l’enceinte fortifiée de Thiers, a subi de très nombreuses transformations depuis les années cinquante. S’il faut vite oublier le projet d’une pénétrante autoroutière jusqu’à Denfert-Rochereau vers 1954, les travaux du boulevard périphérique, inauguré par ici le 12 avril 1960, vont profondément modifier les flux automobiles entrant et sortant de la capitale.

Borne de la route nationale 20 historique située 15, avenue du Général-Leclerc (XIVe arrondissement). Photo: Marc Verney, août 2012.

Au XXIe siècle, la sortie de Paris est, ici, tout sauf charmante. La R.N.20, qui ne porte ce numéro que sur quelques panneaux et jusqu'au périphérique (après c'est D920 désormais) roule des mécaniques entre les buildings flambants neufs et les centres commerciaux des environs proches de la capitale. C'est moche, pratique pour le consommateur et terriblement ennuyeux pour le voyageur… Sur les Maréchaux, à la porte d’Orléans, c’est désormais le tramway qui fait la loi… Ce qui nous remet –un peu- en mémoire cette description du Guide Bleu des environs de Paris de 1928: «La route d'Orléans est la grande artère de la région de la banlieue sud sillonnée par la Bièvre. Cette route est suivie par le tram 88 de la porte d'Orléans à Bourg-la-Reine et Antony et par le tram à vapeur de Paris à Arpajon», «bon pavé jusqu'à Montlhéry» cependant...

Ca roule des mécaniques et ça ne rigole pas entre la porte d'Orléans et le très saturé boulevard périphérique parisien (photo: Marc Verney, septembre 2017).

Après la porte d'Orléans, on traverse Montrouge par l’avenue Aristide-Briand. Le nom du village apparaît pour la première fois, nous dit le site ville-montrouge.fr à la fin du XIIe siècle sous une forme latine, Rubeo Monte. Pourquoi ce nom? Les explications passent d'un seigneur à la crinière rouge au fait que la cité se trouve sur un plateau terreux avec un sous-sol argileux rougeâtre... Ce n'est, dans tous les cas qu'un modeste hameau longeant l'antique voie vers la Loire... «Les premiers habitants de Montrouge étaient des bûcherons et des paysans qui cultivaient des céréales et de la vigne à partir du XIVe siècle», raconte le site internet municipal. Mais l’activité principale est celle des carriers, qui creusent le sol pour en extraire la pierre nécessaire à la construction de Paris… Les chantiers, parfois à ciel ouvert, serviront jusqu’au XIXe siècle. «Les nombreux accidents entraînant des éboulements à la surface et des décès de carriers incitèrent les autorités à établir un plan des carrières dont le premier date de 1813», écrit ville-montrouge.fr. Et puis, en 1860, raconte encore le site internet de Montrouge, c’est le grand chamboulement: «Napoléon III qui estimait sa capitale à l’étroit, décida d’annexer les communes limitrophes. Ainsi le Petit-Montrouge devient le XIVe arrondissement de Paris, privant Montrouge des trois quarts de son territoire et des 9/10e de sa population»... Juste avant Arcueil, voilà le carrefour de la Vache-Noire. L’endroit (arcueilhistoire.fr) tire son nom d’une auberge dite de la «Vache-Noire» située aux abords de la route royale (mention dans une ordonnance de 1837); c’est aussi la jonction avec l’ancienne voie médiévale allant à Paris par l’actuelle rue de la Vanne et se poursuivant par la rue de la Tombe-Issoire puis la rue du Faubourg-Saint-Jacques. Sur la carte de Cassini (XVIIIe) publiée par le Géoportail de l’IGN, c’est déjà le tracé actuel qui fait office de chaussée principale.

L'avenue est large, le trafic, encore dense, malgré le statut de «route départementale» désormais attribué à la R.N.20 historique…. Très vite, Arcueil s'annonce. Voilà la Croix-d’Arcueil et le fort de Montrouge, à droite de la route, érigé entre 1843 et 1845, qui, malgré son nom, se situe bien à… Arcueil. «Le quartier, qui formait jusque là un hameau distinct, précise arcueilhistoire.fr, est absorbé par le développement de la ville au début du XXe siècle. Une ferme y reste en activité jusqu'à la Première Guerre mondiale». On croise aussi dans les parages l'aqueduc de la Vanne qui traverse la vallée de la Bièvre et qui alimente une partie de Paris en eau potable venant de la région de Sens. Le Guide Bleu 1928 nous apprend que Ronsard et quelques uns de ses amis venaient ici se détendre et s'amuser «pour l'agréable fraîcheur du ruisseau de Bièvre et les fontaines que les Muses aiment naturellement»... Assurément, le paysage a bien changé! La ville, jadis appelée Arculi, avant de devenir Arcueil, écrit Wikipédia, «doit son nom aux arches du premier aqueduc, construit par les Romains, pour amener l'eau puisée à Rungis jusqu'aux thermes de Lutèce».

A gauche, le tout début parisien de la R.N.20, à la porte d'Orléans (la panneau montré ci-dessus n'xiste plus). A droite, ancienne signalisation Michelin à Bourg-la-Reine (photos: Marc Verney, déc. 2005 et mai 2007).

Après Cachan, longée sur 1,5 km, voici Bourg-la-Reine. «Située à quatre kilomètres de la Porte d’Orléans et neuf kilomètres de Notre-Dame de Paris», dit le site municipal bourg-la-reine.fr, la ville «était la première étape sur la route de Saint-Jacques de Compostelle et premier relais de poste, quand les diligences changeaient de chevaux, entre Paris et Orléans». En 1152, la première mention connue de Bourg-la Reine apparaît sous une forme latine, Burgus reginae, dans un recueil d'actes monastiques. Les religieuses de Montmartre sont autorisées à y édifier une église. Ce village de «Bourg de la reine», explique le site municipal, «doit son nom à Adélaïde, reine de Savoie et épouse du roi Louis VI le Gros, propriétaire de ce territoire». La cité, anciennement traversée en double-sens par la nationale dans la Grande-Rue («entrée en descente, resserrée, dangereuse» nous précise le Guide Bleu 1928) a été contournée en 1938 (Wikisara). C’est là, qu’on a trouvé, en direction de Paris, un vieux Michelin un peu ébréché qui orientait les automobilistes vers la porte d'Italie (par le Kremlin-Bicêtre) ou la porte d'Orléans. A la sortie sud de Bourg-la-Reine, un char Sherman rappelle les combats que la division Leclerc (2e DB) a dû mener en août 1944 avant de rentrer triomphalement dans Paris.

Dès la sortie de Bourg-la-Reine, la route croise l’Allée d’Honneur (réalisée en 1932) qui mène au domaine de Sceaux et longe le parc, un espace dessiné par André Le Nôtre à la fin du XVIIe siècle à la demande de Colbert. Nous voici également non loin du lycée Lakanal, construit en 1882 par l'architecte Anatole de Baudot et inauguré en 1885. Sa filière rugby est l'un des dix centres de formation d'excellence de la Fédération française de rugby (FFR). Pour une route qui nous emmène jusqu'à Toulouse, patrie de l'ovalie, quoi de plus normal!! C'est Louis XV qui est à l'origine du carrefour de la Croix-de-Berny, indique l'hebdomadaire l'Express en ligne dans un article de décembre 2008: au  XVIIIe siècle, le roi fait construire une route pour se rendre facilement à Choisy-le-Roi, «où la marquise de Pompadour avait un château, mais aussi faire venir plus rapidement les marchandises qui débarquent de la Seine afin de ravitailler Versailles». Cette nouvelle voie, visible sur la carte de Cassini publiée par l’IGN, véritable ancêtre de la R.N.186 et de l'actuelle autoroute A86, y croise donc la chaussée Paris-Orléans. Le relais de poste de Bourg-la-Reine est d’ailleurs transféré à la Croix-de-Berny à la suite de ces travaux. A partir de 1893, raconte le site ville-antony.fr, la place «accueille le tramway Arpajonnais, qui amène vers le centre de Paris jusqu’à 300 voyageurs, dont 150 assis. Des maraîchers, qui souhaitent acheminer leur marchandise grâce à ce nouveau mode de déplacement, s’installent aux abords de l’artère». En août 1944, le groupement tactique du colonel Billotte de la 2e DB va y mener un rude combat. Deux canons antichars allemands appartenant à une unité aéroportée allemande y sont détruits (museedelaresistanceenligne.org). Après 1945, on y creuse un tunnel à gabarit réduit qui permet à la circulation en transit sur la R.N.186 d’éviter le carrefour… Ce qui n’empêche pas les nombreux bouchons du dimanche soir dans les années cinquante!

Carte de la route nationale 20 de Paris à Orléans en 1933. (source: Carte des voies à grande circulation, éditée par le Laboratoire de médecine expérimentale).

En face de nous s’annoncent les maisons du bourg d’Antony. Le nom de la cité, précise ville-antony.fr, «vient de celui d’un propriétaire gallo-romain appelé Antonius. C’est dans la confirmation d’une donation royale à la grande abbaye que, pour la première fois, en 829, apparaît le nom d’Antony». Plus tard au XVIe siècle, écrit encore le site municipal, le roi François Ier «décide de paver la route directe de Paris à Orléans». Auberges et relais fleurissent alors en bordure de la grande route, «donnant naissance au passage de la Bièvre au lieu-dit le Pont-d’Antony». Plus au sud, voilà le Petit-Massy. Par ici, les cartes routières des années cinquante montrent les grandes modifications en cours dans la région… Ainsi, sur la carte Michelin des Environs de Paris 1954, on voit clairement se dessiner en pointillés les projets des autoroutes de dégagement de Paris vers le sud de la France. L’une de ces bretelles (C6), qui est à la base de l’A10 actuelle, rejoindra la R.N.20 trois kilomètres au nord de Longjumeau en avril 1960 (Wikisara). Un peu en amont de cet échangeur, qui se complexifiera au fil des ans, c'est la bifurcation, à droite, de la route qui mène à Orsay, Limours et Chartres (R.N.188). A Longjumeau, la R.N.20 historique traverse la vallée de l'Yvette. La route nationale ancienne (devenue D217) se tortille dans un petit bourg aux murs gris. De son côté, la Nouvelle histoire de Paris et de ses environs évoque en 1841 «une rue fort longue bordée de maisons bien bâties»... «Bourgade fortifiée depuis les invasions des Normands», énonce longjumeau.fr, la cité «devient l’étape obligatoire des marchands faisant le chemin de Paris à Toulouse». En 1438, un pont en pierre est édifié dans la Grande-Rue, ce qui facilite grandement la traversée de l’Yvette qui se faisait alors par un gué (Wikipédia). En 1954 furent achevés les travaux de la déviation de la route nationale 20 qui évite aujourd’hui le centre-ville, (longjumeau.fr). On en voit en tous cas le tracé sur la carte Michelin des Environs de Paris n°95 datée de la même année. A la sortie sud de Longjumeau, «commence une longue côte, nous annonce le Guide Bleu 1928, puis, on s'élève sur un plateau dominé (à dr.) par la jolie crête boisée des rochers de Saulx (belle vue)»...

Au loin, se dessinent les villages de Ballainvilliers et de la Ville-du-Bois, à l'extrémité du plateau du Hurepoix. Peu de romantisme paysager dans les environs… Stations-service, magasins discount et grandes surfaces se partagent un espace largement soumis au négoce, brutalisant quelque peu le regard… Le site lavilledubois.fr signale pourtant que la Grange-aux-Cercles est un lieu-dit qui doit son nom aux bâtiments où se fabriquaient les cercles des tonneaux destinés aux vignerons du coin… Après avoir traversé le Mort-Ru, nous voilà à Montlhéry où se situe le km 25 de la R.N.20 historique. Le bourg se nommait jadis Mons Aetricus. Ce n’était alors qu’un modeste hameau en bordure de la voie antique descendant vers la Loire. «En 768, sous le règne de Pépin le Bref, relate le site municipal montlhery.fr, une charte royale céda à la puissante abbaye de Saint-Denis les vastes domaines forestiers qui couvraient alors la région sud et sud-ouest de Paris». Après défrichage, le baron Thibaud «File-Etoupe» s'en empare et fait fortifier les lieux entre 991 et 1015. Finalement, la forteresse revient à la couronne royale au XIIe siècle. Elle est démantelée, à l’exception d’une tour, qui servira plus tard de prison, de relais télégraphique, d’observatoire militaire… Touchée par de nombreux conflits, Montlhéry est souvent ravagée en raison de sa position stratégique sur le chemin de Paris. A la veille de la Révolution française, les habitants se partagent entre les activités de maraîchage et le commerce sur la route royale (Wikipédia). Les péages qui y étaient prélevés depuis le Xe siècle (celui de la porte Baudry et celui de Linas) seront supprimé en 1763 et à la Révolution. D’ailleurs, après 1733, le tracé de la route royale va éviter Montlhéry et la porte Baudry -précise un article de J.P. Dagnot et C. Julien paru en janvier 2008 sur le site vieux-marcoussis.pagesperso-orange.fr- pour passer par la déviation du Petit-Montlhéry et rejoindre le pont de la Salemouille à Linas. La petite ville aux rues étroites est aujourd’hui bien connue des fans de vitesse automobile pour son célèbre autodrome bâti à partir de 1924 dans les bois vers Linas. L’anneau de vitesse, long de 2500 mètres, aux virages relevés verra un nombre impressionnant de records être établis… Le Grand-Prix de l’Automobile club de France s’y tiendra en 1925 (motorlegend.com). Sport encore, on trouve, juste à côté, le village de Marcoussis, où se situe le Centre technique national du rugby, lieu d'entraînement des équipes de France... Encore l'ovale! Le contournement routier de Linas-Montlhéry a été mis en service le 29 novembre 1952, mentionne le site linas.patrimoine.free.fr.

Ancienne signalisation de la route nationale 20 vue à Linas-Montlhéry, dans le vieux village (photo: Marc Verney, septembre 2008).

A un jet de pierre, voilà Arpajon, située dans la vallée de l’Orge, au coeur du département de l’Essonne et de la région naturelle du Hurepoix. Là, les Gallo-romains placèrent un castrum pour surveiller le passage de l’Orge sur la route entre Lutèce et Cenabum, écrit Wikipédia. Alors que la ville avait pris depuis bien longtemps le nom de Châtres, en 1720, Louis d’Arpajon, issu d’une grande famille du Rouergue et lieutenant général des armées du roi, achète le marquisat. Il obtient du régent, indique le site coeuressonne.fr, le privilège de donner son nom à la ville, qui devient Arpajon, à la grande fureur des habitants. Au XVIIIe siècle, la ville se situe dans une zone de cultures maraîchères approvisionnant Paris. Les marchandises sont emmenées de nuit vers la capitale. Le roulage est dur et long sur la chaussée royale pas toujours en bon état… Un siècle plus tard, en 1881, l'ingénieur Henri Vieillard propose la construction d’un chemin de fer installé majoritairement sur le bas-côté de la R.N.20, entre Arpajon et Paris. L’Arpajonais va ainsi, entre 1893 et 1936, outre le trafic passagers en journée, transporter les denrées maraîchères de une heure à quatre heures du matin, pour alimenter les halles centrales de la capitale, explique le site arpajon.fdn.fr. La ville est encadrée, au nord, par la porte de Paris, sur la Grande-Rue et au sud, par la porte d’Etampes, qui ouvre sur l’avenue de Verdun. La carte Michelin des Environs de Paris 1954 montre le tracé de la déviation évitant la cité. Le 6 juillet 1924, sur la longue ligne droite de la route nationale 20 entre Arpajon et Torfou, René Thomas établit un premier record de vitesse terrestre avec 230,47 km/h sur une Delage La Torpille (Wikipédia)... Au sud d’Arpajon, la carte topographique de l’IGN montre un ancien «chemin des postes» qui se dirige vers Torfou pour rejoindre le tracé actuel de la R.N.20 par le lieu-dit Vieille-Poste.

A Etrechy (photo: Marc Verney, mai 2007).

A 12 km au sud, on arrive à Etrechy. Sur la carte IGN de 1956 publiée par le Géoportail, on voit clairement se dessiner la déviation qui contourne les maison par l’est. L’ancienne chaussée y est dorénavant numérotée en D146. Selon Michel Petit, conservateur en chef du patrimoine, qui a rédigé une courte histoire des lieux sur le site ville-etrechy.fr, «les premières traces d'une occupation humaine permanente et structurée sur la commune remontent au IVe siècle de notre ère avec l'établissement d'un petit relais routier gallo-romain». Au XIe siècle, poursuit le site municipal, des moines vont défricher les environs et y faire pousser de la vigne, une culture qui ne disparaîtra qu’au XIXe siècle, avec l’arrivée du terrible phylloxéra. Mais les siècles de guerre et d’épidémies laissent des traces; et le village ne se développe dans une relative tranquillité qu’à partir du XVIIIe siècle, quand, souligne ville-etrechy.fr, «l'installation au cœur de la ville d'une escouade de la gendarmerie royale» en 1765 met fin au brigandage sur la route royale… Avec l’arrivée du train (en 1850) et l’amélioration de la route, Etréchy s’agrandit vite. En 1900, même si on ne parle pas encore de «banlieue», 10% des Strépiniacois vont travailler sur Etampes ou Paris… A 7 km de là, la R.N.20 historique finit donc par arriver à Etampes, qui s'étend en longueur le long  de la vallée de la Juine. On y croise la R.N.191 (D191) au niveau d’un entrepôt des ponts et chaussées qui a su conserver quelques beaux panneaux Michelin. Malgré les sinistres de la guerre en 1940 et 1944, cette ancienne ville royale fortifiée depuis le Moyen Âge a encore de beaux restes, comme la curieuse tour penchée de l'église St-Martin (XVIe siècle) à la sortie sud de la cité. «Bien qu’ayant subi au cours de trois siècles les assauts successifs des Anglais, des routiers, des Bourguignons, des Huguenots, de la Ligue, de la Fronde, écrit le Guide Vert Michelin des Environs de Paris (1965), Etampes garde un commerce actif. En 1460, la rivière d’Etampes, aujourd’hui mince filet d’eau, est aménagée pour recevoir de grosses barques qui, par la Juine et l’Essonne, transportent à Corbeil des grains et des vins». Jusqu’au début des années soixante, la chaussée traverse toute la ville, par l’avenue de Paris, les rues Louis-Moreau, Saint-Jacques, du Haut-Pavé et Saint-Martin. Mais, en 1960, lit-on sur le site corpusetampois.com, les Ponts et Chaussées entreprennent, sur plus de 6 km, «un travail gigantesque pour dévier la nationale 20 dans sa traversée d'Etampes». L'entreprise Razel frères, avec la collaboration de la société routière Colas, œuvre à la réalisation du tracé de cette déviation, mise en service en 1962, qui «emprunte la vallée tourbeuse de la Juine sur 4 km environ».

R.N.191: LE TOUR DE L'ILE (DE FRANCE)...
Entre Epône, sur les bords de la Seine et Corbeil-Essonnes, sur les bords de... la Seine, une route propose le tour du bassin parisien par le sud: la nationale 191 (lire)

Dès lors, la R.N.20 s'élève vers le plateau de la Beauce qu'elle va parcourir jusqu'à Orléans, qui se trouve à 66 km de là. Au lieu-dit Mondésir, la R.N.20 longe un terrain d’aviation qui fut une ancienne base militaire. Créé en 1909, c’est l'un des plus anciens de France. Le 13 juillet de cette année-là, l'aviateur Louis Blériot y réalise un vol d’entraînement. Puis, en 1931, des aviateurs audacieux y créent ce qui sera, plus tard, la Patrouille de France… La carte de Cassini publiée par le Géoportail y mentionne un relais de poste, tout comme à Monnerville, quelques kilomètres plus loin. Ce bourg est contourné par la R.N.20 en 1959, ainsi que cela est indiqué sur la carte de France au 1:100.000 publiée par CartoMundi. A peu de distance, se trouve Angerville. «C’est durant les guerres du Puiset (le combat des rois capétiens contre les seigneurs pillards franciliens), que l’on dut choisir sur la route de l’armée un lieu d’étape», écrit le site mairie-angerville.fr. La voie romaine, D49 puis D97 (qui est aussi un chemin vers Saint-Jacques-de-Compostelle) passant par Saclas ayant été abandonnée, Angerville fut donc choisi au XIIe siècle pour devenir ce relais et a gardé cette même destination jusqu'à l’arrivée du chemin de fer, au milieu du XIXe. On y trouvait des dizaines d’auberges (Wikipédia)… Au sud du bourg, à la hauteur de la ferme de Bassonville, notre voie croise le très ancien «chemin de Chartres». C’est là aussi que la chaussée quitte définitivement la région parisienne (l’Essonne) pour entrer un temps dans l’Eure-et-Loir (la route porte maintenant le n°D2020). Le bourg de Toury, qui émerge au milieu d’un océan de blé en été est également contourné par la R.N.20 historique dès 1955. L’abbé Suger, prévôt de Toury, proche conseiller de Louis VI, puis de Louis VII, sera le premier personnage à occuper au XIIe siècle des fonctions de «Premier ministre» au coeur du royaume de France, nous explique le site eurelien.fr. Il participera grandement à la sécurisation du trajet Paris-Orléans en faisant fortifier sa cité et en faisant affirmer le pouvoir royal dans la région. En sortant de Toury en 2018 par l’avenue de la Chapelle (D927), on voit au loin, les gigantesques éoliennes balayant inlassablement le ciel… Et ce questionnement, qui taraude l’humain du XXIe siècle… Notre soif inextinguible d’énergie est-il compatible avec la survie de cette belle planète bleue, pour toujours notre unique vaisseau spatial…? Le vent, le soleil, d’accord… Oui, mais ces batteries au lithium, encore une pollution à venir… Et le nucléaire?? Ah… on n’en sortira pas!!! Du coup, j’appuie, un peu honteux, sur le champignon de mon véhicule thermique, symbole d’une époque de grande nonchalance environnementale… Voilà Artenay (Loiret) qui se précise devant mon pare-brise. L’ancienne chaussée (D405) passe par la Grande-Rue et la rue d’Orléans. Un contournement de l’agglomération est signalé sur la carte IGN de 1955 (les photos aériennes de 1954 publiées sur le Géoportail en montrent les prémisses). Après Artenay, une drôle de voie bétonnée juchée sur des pylônes d’une dizaine de mètres de haut longe la R.N.20 sur la gauche jusqu’aux portes d’Orléans (on la voit encore mieux du train)… C’est la voie d'essai de l'Aérotrain, une étonnante machine glissant sur un coussin d'air propulsée par un turboréacteur à des vitesses de 400 km/h et plus. Conçu dans les années soixante par l’ingénieur Jean Bertin, l’engin –au look futuriste- était destiné à relier à grande vitesse les grands centres urbains français… Mais la crise du pétrole et les restrictions budgétaires feront qu’un concurrent beaucoup plus modeste sera choisi: le TGV…

A gauche, à la Croix-Briquet. Dans ce hameau, contourné par la N20, on trouve deux ensembles Michelin remarquables indiquant la direction de Paris. A droite, dans le bourg d'Artenay. La petite cité est connue pour avoir sur ses terres le départ de la voie expérimentale de l'aérotrain (photos: Marc Verney, mai 2007).

Le hameau de la Croix-Briquet –contourné en 1957- est doublement intéressant. D’abord parce que l’on y trouve des très anciennes signalisations Michelin des années trente mais aussi parce que c’est là, découvre-t-on dans l’ouvrage Archéologie aérienne en Ile-de-France, Beauce, Brie, que passait la voie antique reliant Chartres à Orléans (la R.N.154 historique plus au nord). A l’est de là, au passage du village de Saint-Lyé-la-Forêt, la RD97 (qui suit, on l’a vu plus haut, la voie romaine Lutèce- Cenabum) porte le nom «d’ancienne route d’Orléans à Paris» sur la carte d’état-major du XIXe siècle publiée par le Géoportail. On passe Chevilly, dont l’écart sur la route royale s’appelait Langennerie, puis Cercottes, où l’on aborde, sur la gauche, la vaste forêt d’Orléans. On entre dans Orléans, première grande cité rencontrée sur notre trajet, par la rue du Faubourg-Bannier (D920). Cette ancienne voie est restée l’accès principal au centre-ville d’Orléans jusqu’au début des années soixante où l’on a utilisé les avenues André-Dessaux et de Paris qui aboutissent au boulevard de Verdun. Le centre-ville ayant été contourné au début du siècle en utilisant les boulevards de ceinture établis sur l'emplacement de l'ancienne enceinte fortifiée (Rocheplatte et Jean-Jaurès) la R.N.20 de l’époque franchit la Loire sur le pont Joffre, bâti à la fin du XIXe siècle. Détruit durant la Deuxième Guerre mondiale, il sera réaménagé à la fin des années cinquante (1958). Du coup, la route reprendra provisoirement son passage par le centre de la cité. Par la suite, après 1963, la route nationale négligera Olivet en empruntant la grande déviation de l’avenue Roger-Secrétain depuis le pont Joffre. Mais, si l’on doit revenir à l’année 1959, notre automobiliste pourra encore rejoindre la rue Royale par la rue Bannier et la place du Martroi. Et traversera la Loire sur le long pont George V (355 m), profitant d’un bel aperçu sur le fleuve. C’est le «plus ancien» de la ville, nous dit Cindy Roudier dans un article de La République du Centre paru en 2014: «Construit entre 1751 et 1760 sur les plans de Jean Hupeau, il permet de remplacer le pont des Tourelles situé un peu plus à l’est, qui, daté du XIIe  siècle, se montre à bout de souffle»… Depuis toujours, Orléans fait partie de ces villes qui ont façonné l’histoire de France... Dans l'Antiquité, découvre-t-on sur le site orleans-metropole.fr, «Cenabum est naturellement érigée au nord de la boucle de la Loire, lieu stratégique avant de remonter par la route à Lutèce (Paris). Les Romains en profitent pour développer le port sur le fleuve pour le transport des céréales». A la chute de l'Empire romain, la ville connaît les invasions barbares. Au Ve siècle, la bataille d'Orléans voit s'opposer les Wisigoths aux soldats du roi des Francs Childéric. Puis les Francs achèvent la conquête de la région en 486 sous le règne de Clovis. En 732, le carolingien Charles Martel rattache Orléans à son royaume. Mais la grande affaire de la ville intervient sept siècles plus tard avec le siège de 1428-1429 et sa délivrance par Jeanne d’Arc, la jeune bergère de Domrémy devenue héroïne de la résistance française face à l’envahisseur anglais… Au XIXe siècle, la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans (PO) est l'une des cinq grandes compagnies privées de chemin de fer en France; elle fait aboutir la ligne de Paris à Orléans le 2 mai 1843. Beaucoup plus tard, les bombardements de la Deuxième Guerre mondiale ravagent le centre-ville d’Orléans: les Allemands en 1940 et les Alliés à la veille du débarquement en 1944. La rue Royale, lit-on sur le site orleans-metropole.fr, «sera reconstruite à l’identique à partir de 1945».

La traversée de la Loire à Orléans, sur le pont George-V (photo: Marc Verney, mai 2007).

R.N.60: LES VOIES DE JEANNE...
Entre Châteauneuf-sur-L. et Toul via les belles cités de Sens et Troyes, voici une route qui vit au rythme de la grande histoire de France... Jeanne d'Arc, nous voilà!! (lire)

De l'autre côté du pont, voilà l’avenue Dauphine, réalisée à la fin du XVIIIe siècle à la suite du pont Royal (George V aujourd’hui). Au XXIe siècle, la route a été entièrement réaménagée suite à la mise en place d'un tramway qui dessert les quartiers sud d’Orléans. On arrive à la Croix-Saint-Marceau, «édifiée en souvenir des mariniers, sauveteurs de la crue de 1846», écrit le site smarceau45.free.fr. La D920 prend dès lors la route d’Olivet. Autrefois appelée Saint-Martin-sur-Loiret, le petit bourg se trouve dans le Val, une région entre Loire et Loiret, souvent inondée et difficile d’accès. Ce sont des moines, précise le site olivet.fr, qui vont assainir les lieux. La carte d’état-major du XIXe siècle publiée par l’IGN nous montre un habitat très clairsemé jusqu’au pont sur le Loiret. Ici, le site municipal parle d’un «pont de pierre» dès le XIIIe siècle (un nouveau est réalisé en 1870)… A la Belle Epoque, le Loiret attire les habitants d’Orléans qui y trouvent restaurants et guinguettes… un peu comme les bords de Marne pour les Parisiens! Après la Croix-Haudry et le lieu-dit de la Maladrerie, la route n°20 d’antan est rejointe par la déviation d’Olivet (D2020) à la Belle-Croix. Jusqu'à Vierzon, la route nationale 20 historique va traverser la Sologne, une région de 500 km2, marécageuse jusqu'au XIXe siècle. Il n’en a pas toujours été le cas: l’article de la Nouvelle République, «R.N.20, promenade historique sur les routes solognotes» (août 2011) nous explique qu’à l’amorce du XVIIIe siècle, cette région déserte et peu engageante n’était traversée que par «deux mauvaises routes de poste»: une chaussée Paris-Limoges par Romorantin et une voie Paris-Bourges, la bifurcation des deux voies se trouvant à la Ferté-Saint-Aubin. Après le milieu du XVIIIe siècle (1760 indique l’article) et la mise en service de la route royale (actuelle D2020), le trafic se porte vers Vierzon sur une chaussée «de sable tassé, faisant l’admiration des voyageurs étrangers, d’une vingtaine de mètres de large, ombragée de châtaigniers et jalonnées de hautes bornes cylindriques disposées de mille en mille toises». Les relais sont établis à La Ferté, Lamotte, Nouan, Salbris et La Loge. Voici tout d’abord La Ferté-Saint-Aubin, et son château, installé sur les bords du Cosson. Ici, nous raconte l'Association pour la connaissance et la sauvegarde du patrimoine de La Ferté (acspf.fr), «l'activité rurale transforme le paysage puisque l'homme exploite d'abord la forêt avant de défricher et de développer les cultures céréalières à partir du XIe siècle sous l'impulsion des ordres religieux, en particulier celui de l'abbaye de Micy, à l'ouest d'Orléans. L'époque est prospère ; le paysage se transforme avec la multiplication des clairières cultivées et l'apparition de nombreux étangs poissonneux». A partir de 1861, l’Etat crée un vaste réseau de «routes agricoles» permettant de relier entre eux les principaux bourgs solognots (caue41.fr) mettant fin à l’isolement de la région.

L'entrée nord de Lamotte-Beuvron (photo: Marc Verney, octobre 2017).

Au km 153 de la R.N.20, le Guide Bleu de la France automobile (1954), parle de Lamotte-Beuvron comme «d'un rendez-vous de chasse réputé». Ca n'a pas beaucoup changé: la clientèle aisée se presse encore de nos jours par ici pour tirer le faisan nonchalant, souvent juste sorti de son parc d'élevage... Le bourg, raconte le site lamotte-beuvron.fr, «doit son nom à "une  motte", en fait une butte de terre sur laquelle sera érigée au Moyen Age, une modeste forteresse, et bien sûr, à la rivière toute proche». Le développement de la petite cité est lié, signale Wikipédia, à «l'abandon progressif au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle de la route d'Orléans à Bourges par Ménestreau-en-Villette, Vouzon et Pierrefitte-sur-Sauldre au profit de la route Paris-Toulouse». Face à la gare de Lamotte-Beuvron, l'hôtel Tatin est, sous le Second Empire, un relais gastronomique réputé. C'est là que, dans les dernières années du XIXe siècle, les soeurs Tatin (Stéphanie et Caroline), des restauratrices, vont inventer -par hasard- le célèbre dessert qui porte leur nom et qui est en fait une tarte aux pommes caramélisées au sucre et au beurre, et dont la pâte est disposée au-dessus de la garniture... Dans la région, la route, obstinément droite, traverse de nombreuses forêts. D’Orléans à Vierzon, signale le site perche-gouet.net qui publie une ancienne monographie du département du Loir-et-Cher, «partout le même paysage s’offre à la vue du voyageur. Ce sont, nettement séparées par des rigoles et des fossés, des surfaces qui recevront surtout des seigles, pommes de terre (…), des bois, rarement des forêts, qui groupent des bouleaux, des chênes nombreux, mais rabougris (…). Dans tous les creux, les taches claires des étangs». A 8 km au sud, voilà Nouan-le-Fuzelier. Le terme Nouan pourrait provenir, lit-on dans un dossier intitulé Evolution des bourgs au XIXe siècle publié sur le site caue41.fr, du terme novio magos. «Ce nom, signifiant "nouveau marché", exprime l'activité économique de la cité, alors située sur l'itinéraire ancien de Blois à Bourges». Il y a douze kilomètre à faire jusqu’à Salbris, où l’on franchit la Sauldre sur un pont situé au nord du bourg historique après avoir traversé le quartier de la Maltournée, créé en 1900. Le nom de Salbris fait d'ailleurs allusion, selon le site salbris.com, «à un passage sur la Sauldre; plutôt un gué qu'un pont» puisque c'est notamment ici que l'on situait une voie antique venant de Meung-sur-Loire et se dirigeant vers Bourges. Jusqu’à la fin de l’Ancien régime, Salbris n’est qu’un très modeste village enfoncé au cœur de la forêt solognote. Au plan économique, Salbris se développe au XIXe siècle avec l'entrée en service du chemin de fer en 1847. On sort de la petite cité par l’avenue de Toulouse qui «saute» d’un coup le petit ruisseau Coussin.

A Nouan-le-Fuselier (photo: Marc Verney, octobre 2017).
A La Loge (photo: Marc Verney, octobre 2017).

Vingt-trois kilomètres plus bas, c'est Vierzon et le département du Cher. Bâtie sur la rive droite du Cher, la cité est, en 1954, nous révèle le Guide Bleu, «une ville industrielle (...), forges, tréfileries, machines agricoles, porcelaines et verreries» y abondent... C'est même, au début du XXe siècle, la capitale du machinisme agricole... D'après le site berrygoodvierzon.fr, Vierzon est probablement une des vingt villes détruites par Vercingétorix lors du siège d’Avaricum (Bourges) par César. Après la conquête, elle devient certainement un oppidum gallo-romain, point de défense à l’entrée ouest du Berry, établi sur une butte, protégé par la forêt solognote au nord. On se souviendra que la route royale en provenance de Salbris n’y fut percée qu’à la moitié du XVIIIe siècle. Si un château y est bâti à l'époque mérovingienne, on y trouve une abbaye puis une motte fortifiée au Xe siècle. En 1370, Bertrand du Guesclin en chasse les Anglais et apporte Vierzon à la couronne de France. La cité est alors un des centres de ravitaillement des armées de Jeanne d'Arc… Notre entrée dans la ville chère à Jacques Brel (le célèbre «T’as voulu voir Vierzon…») se fait par l’avenue Henri-Brisson qui passe par-dessus les voies du chemin de fer (avec le pont de Toulouse, 1911). En 1959, la traversée de la ville est difficile: on y croise la R.N.76 de Tours à Nevers et les rues sont étroites… Le bouchon de Vierzon est connu de tous les vacanciers… On emprunte donc la rue de la République (achevée en 1774 sous le nom de rue Neuve-des-Capucins selon vierzonitude.fr) et l’on tourne sur la droite pour suivre les rues Voltaire et des Ponts où l’on va successivement franchir l’Yèvre, le canal de Berry (déclassé) et le Cher. Les ponts actuels datent de l’époque de Louis XV (1747) d’après le site gerval2.free.fr (Inventaire du patrimoine de Vierzon). Puis la route remonte l’avenue du 14-Juillet jusqu’au carrefour de la Croix-Saint-Jacques. On laisse partir tout droit la chaussée d’Issoudun pour aller sur la droite et suivre les avenues du Maréchal-Leclerc et de Châteauroux. De là, la R.N.20 historique de 1959 prenait la direction de Massay et Vatan. On doit se souvenir qu’au début du XVIIIe siècle, Vierzon n’était pas desservie par la route royale. La carte de Cassini publiée par l’IGN sur le Géoportail mentionne donc, au sud de Vierzon, une «ancienne route de Toulouse» passant par Saint-Julien-sur-Cher, Graçay, Issoudun se poursuivant ensuite vers le Sud. La même carte mentionne la «nouvelle route de Toulouse» toute droite, traversant Massay et Vatan, avant d’arriver à Châteauroux par Bourg-Dieu (ou Déols). C’est notre R.N.20! Aujourd’hui, au nord de la préfecture de l’Indre, la route nationale est doublée, voire supplantée par l'autoroute gratuite A20, une solution de voyage naturellement préférée par les automobilistes du XXIe siècle qui n’ont plus envie de perdre leur temps dans les tranquilles villages agricole du Berry.

Vierzon: le pont sur le Cher (photo: Marc Verney, octobre 2017).
Borne royale au sud de Vierzon (photo: Marc Verney, octobre 2017).
Sortie sud de Vatan (photo: Marc Verney, octobre 2017).

Après de nouvelles et longues lignes droites, dans un paysage quasi vide, voilà Châteauroux qui s'annonce. Peu avant, c'est Déols et sa belle et ancienne usine aéronautique où se sont construits nombres d’avions Marcel Bloch avant guerre. Les pistes de l'aérodrome adjacent ont longtemps servi à l'armée de l'air américaine qui en avait fait l'une des principales bases de l'Otan en France (de 1951 à 1967). Ca devait faire bizarre de voir rouler les «belles américaines» de l'époque sur l'étroite chaussée de la RN20... Les lieux sont désormais transformés en zone industrielle. «La fondation d’une abbaye bénédictine dans la vallée de l’Indre à côté de la petite agglomération de Déols en 917 marque le début d'une longue aventure», précise le site ville-deols.fr. En effet, la ville de Châteauroux n’a pu voir le jour sans l’émergence de sa petite sœur des bords de l’Indre: vers 937, raconte chateauroux-metropole.fr, «le seigneur Raoul le Large délaisse son palais de Déols pour installer une forteresse sur la rive gauche de la rivière. A partir de 1112, ce château est nommé «château Raoul». En 1737, Louis XV acquiert le duché. Il en fait don en 1743 à la marquise de Tournelle. Madame de Châteauroux meurt l'année suivante sans avoir pu faire son entrée solennelle dans sa ville. «L'administration royale, assure chateauroux-metropole.fr, est bénéfique pour Châteauroux avec la création, en 1751, de la manufacture de draps (future usine Balsan) et le nouveau tracé de la route Paris-Toulouse. Les promenades d'Orléans et d'Artois sont créées (actuelles place Gambetta et La Fayette)». Au XIXe siècle, la cité s’industrialise: la manufacture de tabac est achevée en 1863, il y a deux brasseries, deux fonderies et des ateliers de confection. En 1872, la population dépasse les 18 000 habitants, précise chateauroux-metropole.fr. Au XXe siècle, dans les années cinquante, avec la base de l’Otan toute proche, «Châteauwoo» vit à l’heure américaine… 7000 boys quand même! Ville-carrefour, écrivait René-Edouard Dubois dans la revue Norois (1973), Châteauroux «s'allongeait le long de sa voie ferrée et des routes, le grand axe étant constitué par la nationale Paris-Limoges; marché agricole, son caractère rural était accentué par l'alignement monotone de ses petites maisons basses (...). Seul le centre, sans grand caractère historique, mais dégradé, présentait quelque densité et une plus grande animation que l'on retrouvait dans le quartier de la gare, industrialisé». Le très ancien point de franchissement de l’Indre, c’était le Pont-Perrin, situé un peu à droite de l’ouvrage actuel. Les ponts du Pont-Perrin ayant été détruits par une vilaine crue au XVIIe siècle, signale Wikipédia, citant un article de Didier Dubant, on estime en 1747 qu’un nouveau pont est nécessaire. Il sera érigé en 1756-1757 et viendra s’accoler à une levée préalablement réalisée rejoignant Châteauroux (l’actuelle avenue Marcel-Lemoine). Après avoir passé la rivière, cette avenue traverse le centre-ville. Puis c’est l’avenue d’Argenton grâce à laquelle on quitte la cité. La R.N.20 part pour de nouvelles aventures… Une affaire à suivre! (à suivre…)

Marc Verney, Sur ma route, février 2018

Carte de la route nationale 20 d'Orléans à Châteauroux en 1933. (source: Carte des voies à grande circulation, éditée par le Laboratoire de médecine expérimentale).
Le passage de l'Indre, entre Déols et Châteauroux (photo: Marc Verney, mai 2007).

R.N.20: LIMOUSINES EN PYRENEES (II)
La route nationale 20 relie Paris aux Pyrénées et à l'Espagne. Voici ici la 2e partie de ce magnifique trajet tout en courbes et en reliefs... (lire)