En plein centre de Bourg, cette belle plaque émaillée indique la direction de l'église de Brou, joyau gothique de la cité et haut lieu de cette promenade sur la N79 historique (photo: MV, octobre 2011).
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Sources et documents: Atlas routier France (Michelin, 2011); carte IGN n°143 Lons-le-Saunier-Genève (2008); carte Michelin n°327, Loire-Rhône; carte Michelin n°74, Lyon-Genève; Bourg de A à Z, Maurice Brocard (les Editions de la Tour Gile, 2000); Bourg-en-Bresse et le Revermont, Didier Jungers (Edith et moi, 2008); Guide Bleu Franche-Comté, Monts Jura (Hachette, 1961); Histoire de l'Ain du XVIe siècle à nos jours (éd. du Parc-Horvath, 1991); Histoire de Mâcon et du Mâconnais, Emile Magnien (édition des amis du musée de Mâcon, 1971); La Saône navigable, Louis Bonnamour, Marc Bonnetain, Jean-Claude Mallard (Presses de l'ENPC, 2009); Le petit Suranais, André Dondé (les éditions Provinciales, 1992); Le Revermont, les Burgondes-Ceyzériat, histoire des habitants au jour le jour, André Game, 1987: Les anciennes auberges de Bourg, Maurice Brocard (manuscrit tapé); Mâcon, les Cartophiles mâconnais (éd. Alan Sutton, 1997); Richesses touristiques et archéologiques du canton d'Izernore (département de l'Ain, 1998); Richesses touristiques et archéologiques du canton de Nantua (département de l'Ain, 1998). Merci à la médiathèque de Bourg-en-Bresse et à la BPI du centre Georges-Pompidou de Paris.
Traversée du village de Hautecourt-Romanèche (photo: EF, juillet 2011).
Villes et villages traversés par la N79 historique (1959), en italique, les anciennes RN principales croisées:
Mâcon (N6)
Saint-Laurent-sur-Saône
La Croisée
Les Croix-Vieilles
La Tuilerie
Saint-Cyr-sur-Mont
L'Effondras
Le Logis-Neuf
Cornaton
Cherinal
Polliat
Le Guidon (N75)
Bourg-en-Bresse (N83)
Saint-Just
Ceyzériat
Bohas
Hautecourt-Romanèche
Serrières-sur-Ain
Nurieux-Volognat
Brion
La Cluse (N84)
Entrée du pont de Serrières-sur-Ain (photo: MV, juillet 2011).
Le Bressan. Voici une description peu flatteuse du Bressan faite en 1808 par un préfet, Bossi: "Le Bressan doit ses formes arrondies à un tissu graisseux abondant plutôt qu'à la force de ses muscles, c'est le tempérament lymphatique quelquefois réuni au sanguin. Il se livre avec lenteur, mais avec constance aux travaux du corps. Il semble redouter davantage ceux de l'esprit, son imagination, peu active se promène lentement autour d'un cercle d'idées limitées. Attaché aux lieux qui l'ont vu naître, il ne visite presque jamais l'habitant des départements voisins. C'est dans son champ qu'il cultive encore à la manière de ses pères qu'il trouve le bonheur et l'univers!". Cela a quand même bien changé depuis...
Le poulet de Bresse, unique volaille AOC de France. Et ça remonte à loin: le chapon de Bresse est cité dans un registre municipal de 1591. Cette volaille, très caractéristique, avec ses pattes bleues, son plumage blanc et sa crête rouge est à la base de la gastronomie locale. Le standard de la race est établi en mars 1914 et l'appellation contrôlée date du 22 décembre 1936. Chaque mois de décembre, se déroule à Bourg le concours des Glorieuses de Bresse; on y détermine depuis 1862 le plus beau chapon de la région! Ne pas hésiter à aller faire un tour à Vonnas, où se trouve l'un des restaurants les plus réputés de France (spécialités de volailles à la crème, grenouilles, escargots...).
Des arbres le long des routes. Parallèlement à la construction des voies, les autorités font pousser le long des chaussées une multitude d'arbres. Entre 1772 et 1781, ce sont 22 430 arbres qui sont installés, nous explique l'ouvrage Bourg de A à Z. Heureuses élues, les routes de Bourg à Pont-d'Ain, à Coligny, à Châtillon, à Mâcon et à Ceyzériat. On connaît même les essences installées: 7396 peupliers, 5182 frênes, 4671 noyers, 1642 ormes, 1564 merisiers, 747 tilleuls, 700 châtaigniers, 351 ypréaux, 99 pommiers, 64 acacias, 14 sycomores... Outre le fait que ces arbres procuraient ombre et fraîcheur au voyageur, ces végétaux étaient souvent plantés dans un but précis: certaines essences marquaient les carrefours, d'autres les entrées de ville, etc. Parfois, ces beaux alignements ont connu une fin tragique. Ainsi, André Dondé, dans son ouvrage Le petit Suranais, nous raconte-t-il la fin de ceux situés sur la N79 entre Bourg et Ceyzériat en août 1944, pendant les combats de la Libération: "En passant par Ceyzériat, j'aperçus la route encombrée de platanes que l'on avait abattus pour faire barrage à tous véhicules circulant en direction du Revermont". Aujourd'hui, beaucoup sont enlevés au nom de la sécurité routière...


Nos belles routes de France
R.N.79: JURA A L'HORIZON (II)
Deuxième partie de notre promenade sur la route nationale 79 historique... Notre chemin nous fait sortir de Mâcon en enjambant la belle Saône, traverser la riche contrée de Bresse, visiter Bourg et son magnifique monastère royal de Brou... pour enfin attaquer les rudes montées sur les monts jurassiens par Ceyzériat et Serrières-sur-Ain. Voilà de quoi passionner le promeneur des nationales!!

La route nationale 79 historique traverse la plaine de la Bresse. Longues lignes droites et contreforts du Jura en vue!! (Photo: EF, juillet 2011). En cliquant sur l'image, vous revenez sur la home page de ce site!


On sort de Mâcon par le pont Saint-Laurent sur la Saône.
Celui-ci, fierté de la ville, est très ancien. Constamment remanié et rebâti, ses premières pierres datent très certainement du XIe siècle (existence attestée en 1077). Mais le passage, ici, avait déjà été organisé à l'époque romaine avec -sans doute- un pont de bois jeté sur les eaux de la Saône. L'ouvrage du XIe siècle ne comporte, au départ, que six arches; le reste du chemin franchit les eaux vaille que vaille avec des gués d'île en île jusqu'à la rive gauche. C'est au XIVe siècle, lit-on dans l'Histoire de Mâcon et du Macônnais, que le pont est achevé; il comptera jusqu'à quinze arches.

R.N.6: LA ROUTE DES ALPES
Entre Chalon et Mâcon, la route nationale 6 longe la belle rivière Saône. C'est aussi une des plus belles régions vigneronnes de notre pays. A déguster modérément!! (lire)

Les quais de la ville ont eux, été achevés à la fin du XVIIe siècle. Ils supportent aujourd'hui encore le trafic de la route Paris-Lyon par la Bourgogne, l'ancienne nationale 6. Intéressant: dans les années trente, Mâcon est une étape pour les gros hydravions de la compagnie britannique Imperial Airways. Les gigantesques machines de la ligne Londres-Athènes-Alexandrie se servent de la Saône comme piste d'atterrissage alors que les passagers descendent à l'Hôtel d'Europe et d'Angleterre.

Le pont sur la Saône à Mâcon. Son existence est attestée dès 1077. Photo: EF, juillet 2011.

Le chemin de Bresse atteint Saint-Laurent, de l'autre côté de la rivière. Mais, avant d'entamer la longue ligne droite vers Bourg-en-Bresse, la RN79 historique franchit le canal de contournement de Mâcon. Celui-ci, déclaré d'utilité publique en novembre 1986, a été creusé par la Compagnie nationale du Rhône pour préserver l'ancien pont Saint-Laurent, inscrit à l'inventaire des monuments historiques depuis le 6 juillet 1987. La levée sur laquelle se trouve la chaussée autour de Saint-Laurent a été réalisée en 1735. C'est un ouvrage qui désenclave totalement la Bresse: sur 2500 m, bordé de saules, il autorise la circulation, y compris durant les plus hautes eaux de la Saône.

Une voie romaine secondaire rejoignait Bourg mais la route moderne, nous raconte l'ouvrage Bourg de A à Z, date du XVIIIe siècle. C'est un arrêté du roi Louis XV en date du 27 octobre 1733 qui autorise les Bressans a ouvrir l'axe Bourg-Mâcon. La chaussée sera projetée en 1752 et ouverte en 1759. Les ingénieurs feront construire pas moins de 44 petits ponts pour passer cette zone, fort humide. Il y a un peu plus de trente kilomètres en quasi ligne droite jusqu'à la jonction, au Guidon, de la RN79 d'antan (D979 aujourd'hui) avec l'ancienne N75 Tournus-Sisteron (D975 aujourd'hui). Là, a été installé en 1972 un toboggan routier de 210 m ayant déjà servi sur la N6 à Tournus. Nous sommes ici un peu au nord de Bourg-en-Bresse.

R.N.75: LA "GRIMPEE" DES ALPES
C'était, dans les années soixante, la route des Parisiens se précipitant dès les premières neiges à l'assaut des stations de ski des Alpes... (lire)

Bourg (prononcer "Bourk", nous dit le Guide Bleu!) est située sur le versant de la rive gauche de la rivière Reyssouze, à huit kilomètres des premiers plissements du Jura. La ville est traversée en 1959 par trois grandes routes, les RN75 Tournus-Sisteron, RN79 Nevers-la Suisse et RN83 Lyon-Strasbourg. C'est donc une importante ville-étape qui possède, à quelques encablures de son centre, une des merveilles architecturales du pays, l'église gothique de Brou (voir RN75).

La cité, qui devient Bourg-en-Bresse en 1955, comptait donc de nombreuses auberges, dont certaines sont décrites par Maurice Brocard, historien de la ville, comme le Logis du Griffon d'Or, où fit étape Voltaire, lors de son dernier voyage de Gex à Paris en 1778, l'auberge A la descente des Lyonnais (XVIIIe siècle), qui, comme son nom l'indique recevait les voyageurs venus de Lyon... ou bien encore, place Joubert, l'auberge de Montaplan, dont le nom évoquait le sommet de la côte de Monte plan, où soufflaient les attelages ayant gravi la rue Teynière. Enfin, dans le quartier Crêvecoeur, voilà l'un des plus anciens logis, l'Hostellerie de la Corne de Cerf (1464), proche des murailles de la ville et qui a reçu de nombreuses personnalités dans des chambres aux murs peints en fonction du client (par exemple, violet pour les religieux!).

Quelques kilomètres après Bourg-en-Bresse, ce relais vantait les bons produits de la région. L'édifice, est, hélas, en ruine. Photo: MV, juillet 2011.

Plus tard, à l'époque automobile, Bourg vit naître -en 1932- le Garage rouge, célèbre pour sa conception révolutionnaire: un gigantesque hall avec une charpente en bois "lamellé-collé", la première en France. Un an plus tôt, ce garage aura parrainé, avec Citroën, la pose de plaques indicatrices dans la ville. Après avoir traversé la Reyssouze, la route prend la direction du Jura et laisse partir, à gauche, la route de Lons (ancienne N83) sur la place du Revermont (ainsi appelée en 1961).

STRASBOURG, LYON, PAR LA R.N.83
Voilà une route qui sillonne l'Est de la France à flanc de collines: Jura, Doubs, Vosges... On n'oubliera pas non plus les vignobles qui s'étalent de part et d'autre du bitume... Une route de gourmet? Cliquez sur la ville que vous voulez aller visiter...

C'est encore une longue ligne droite (désormais entrecoupée d'énervants rond-points) qui nous fait observer, au loin, les premiers contreforts du Jura. Didier Jungers, dans son ouvrage Bourg-en-Bresse et le Revermont peut ainsi écrire: "Du côté de Bourg, le Revermont domine franchement la plaine de la Bresse, de 200 à 300 m en moyenne, avec un point culminant à 771 m. En son centre, la vallée du Suran vient calmer le jeu de ces chaînons qui se bousculent depuis la Suisse". Les carrières de pierre qui y furent creusées ont fourni une bonne partie des pierre de l'église de Brou, mais aussi de la gare Saint-Charles de Marseille et du pont du Mont-Blanc sur le Rhône à Genève...

Le bourg de Ceyzériat, au pied des monts, remonte aux plus anciens temps. La voie, qui longe le Revermont fut longtemps utilisée par les Romains mais la route royale en provenance de Bourg ne fut réalisée qu'à partir de 1733. Et c'est en 1769, que l'on établit une liaison régulière entre Bourg et le Revermont. Beaucoup plus tard, nous raconte l'historien André Game, le conseil municipal décide, en 1910, d'installer cinq plaques réglementant la vitesse dans les rues. En 1923, elle était toujours limitée à 15 km/h, car il n'y avait pas de goudron sur la chaussée... De nos jours, pour réduire la vitesse des excités, on installe les fameux et peu confortables "gendarmes couchés"!

Sur la RN79 historique, peu avant de "plonger" en direction du pont de Serrières-sur-Ain. Photo: Marc Verney, juillet 2011.

Voilà maintenant que la route grimpe fortement pour "escalader, nous dit le Guide Bleu 1961, le premier chaînon du Revermont en contournant par le sud le mont July". La route "atteint 398 m au col de Senissiat, puis redescend vers le Suran en laissant, à droite, la forêt de Bohas". Le projet d'une route rejoignant Nantua par le Revermont a été présenté en octobre 1756. L'axe n'était alors qu'une simple route provinciale, à peine praticable. L'idée était "d'escarper les rochers dans la côte de Serrières, sur une longueur de 350 toises (1 toise = 1, 94 m, NDR), une largeur de 4 toises et une hauteur de 3 toises, le tout pour 4200 livres" (texte d'époque).

Mais il fallait surtout, après Hautecourt-Romanèche, passer l'Ain. Jusqu'alors traversée par bac, la rivière est franchie à Serrières par un pont suspendu réalisé en 1834. M. Poret, ingénieur à Lyon, projette un ouvrage de 66 m de long en une seule portée, large de 5,50 m et surplombant de 3 m les plus hautes eaux. L'ouvrage L'Ain des grands ponts indique que le péage prélevé sera supprimé en 1860 et que ce pont sera restauré en 1901, 1933 et 1940.

La vallée de l'Ain, vue depuis le pont de Serrières-sur-Ain. Photo: Marc Verney, juillet 2011.
Juste à côté du pont, ce vieux "Relairoute du Mont-Blanc" nous montre que la RN79 était aussi choisie par les touristes pour aller skier en Savoie. Photo: Marc Verney, juillet 2011.

La dernière restauration de 1940 se tiendra avant et après la débâcle militaire de la France: on retirera du pont le vieux tablier en bois pour le remplacer par un ensemble de béton. En 1960, un projet de barrage sur l'Ain vient ruiner l'ancien trajet. Une bonne partie de la vallée est engloutie et il faut faire passer la route plus haut. Le nouvel ouvrage, en béton armé, est constitué d'une arche centrale de 112,50 m d'ouverture. Il supporte une chaussée de 9,30 m de large. Dès lors, la RN79 historique, nous dit le Guide Bleu 1961, "s'élève en lacets jusqu'au col du Berthiand à 755 m d'altitude". C'est vrai qu'en 2011, la montée est toujours aussi rude -même si le trajet a été largement réaménagé- et tout autant que la descente, par la suite, vers Nurieux, dans le bassin de la Cluse. Le pont de ce village est réalisé, à partir de 1761, avec des blocs de pierre arrachés à la montagne, lors du creusement de la montée de Serrières.

Nous voici maintenant dans la plaine qui mène au bourg de la Cluse, quartier du village de Montréal. Un dernier pont (trois arches en arc surbaissé) sur l'Ange est construit en 1788 sur la route royale Nevers-Genève par un maître tailleur de pierre de Nantua. L'amélioration des communications, à la fin du XVIIIe siècle, fait de la Cluse, un carrefour routier de première importance: deux relais sont installés, l'un, sur les routes de Lyon et de Bourg, l'autre, sur la route de Saint-Claude. L'arrivée de la D979 sur la D1084 Lyon-Genève (anc. N84) marque la fin de notre périple sur la nationale 79 historique.

R.N.84: SE DEFILER SUR GENEVE!
Suivez la route nationale 84, la route Genève-Lyon par Bellegarde, Nantua, Pont-d'Ain... Du Jura majeur au tonitruant Rhône... faites le plein d'émotions sur bitume!! (lire)

Nantua, de l'autre côté du lac, se trouve sur la nationale 84 historique en direction de Bellegarde et Genève. Photo: Marc Verney, octobre 2010.

Marc Verney, Sur ma route, décembre 2011

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