Aux limites de la Haute-Garonne et du Tarn (photo: MV, mai 2013).
Au coeur d'une végétation bucolique, cette ancienne publicité située vers St-Geniez-d'Olt a de quoi surprendre (photo: MV, mai 2013).

Sources et documents: Atlas des grandes routes de France, Michelin (1959); carte n°80 Rodez-Nîmes, Michelin (1969); carte n°82 Pau-Toulouse, Michelin (1968); carte n°999 France sud-Grandes routes, Michelin (1955); Annales des ponts et chaussées: 2e partie, A. Dumas (1848); Description du département du Tarn, suivie de l'histoire de l'ancien pays d'Albigeois, Massol, Baurens, imprimeur du roi et libraire (1818); Etudes historiques sur la ville de Saint-Geniez-d'Olt, Jean-Louis Étienne Bousquet, Ratery (1846); Gaillac et les Gaillacois, 20 siècles d’histoire, Editions Grand Sud (2006); Guide Bleu de la France automobile, Hachette (1954); Lettres sur l'histoire de Rodez, Henri Affre, impr. de Broca (1874); «L’origine de la R.N.88», Raymond Guitard, dans Les routes du sud de la France, ouvrage issu du colloque tenu lors du 110e congrès national des sociétés savantes à Montpellier en 1985, CTHS (1985); Recueil de documents statistiques. Tome 1. Routes royales, routes départementales, Direction générale des ponts et chaussées et des mines, Impr. Royale (1837); Répertoire archéologique du département du Tarn, Hippolyte Crozes, Imprimerie impériale (1865); Statistique du département de la Lozère, Gabriel Joseph Jerphanion, chez Le Clère, impr.-libr. (1802); «Un quartier insuffisamment équipé: le Faubourg Bonnefoy à Toulouse», François Abribat, Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest (1964); «Une voie ancienne de Toulouse à Rodez», André Soutou, Pallas (1961); amicale-ruthenoise.com; archivestarn.fr; aveyron.com; aveyron-segala-tourisme.com; bozouls.fr; carmaux.fr; culture.gouv.fr; laroutedargent.com; luc-la-primaube.fr; mairie-albi.fr; mairie.olemps-mairie.fr; mairie-montastruc.fr; patrimoine.rodezagglo.fr; viaur.vivant.pagesperso-orange.fr; ville-gaillac.fr; ville-lisle-sur-tarn.fr; vins-gaillac.com; Wikipédia; Wikisara; le Géoportail de l’IGN; CartoMundi; Persée.

Intense circulation à la Primaube, non loin de Rodez (photo: MV, mai 2013).
Ancien panneau Michelin à Baraqueville (photo: MV, mai 2013).

Localités et lieux traversés par la N88 (1959):
Mende (N107)
Balsièges
Barjac
Chanac
Les Ajustons (N9)
La Mothe
Saint-Laurent-d'Olt
La Resse
La Borie
Saint-Geniez-d'Olt
Sainte-Eulalie-d'Olt
Cruéjouls
Gabriac
La Rotonde (N120)
Curlande
Lioujas
Rodez
La Mouline
La Boissonnade
La Primaube (N111)
Le Lac
Baraqueville (N111)
Carcenac-Peyralès
La Mothe
Naucelle-Gare
Tauriac
Baraque-Saint-Jean
Pont-de-Tanus
Tanus
Les Farguettes
Carmaux
Pont-de-Blaye
Le Garric
L'Hermet
Albi (N99)
Marssac
Gaillac (N99, N122)
Lisle-sur-le-Tarn
Rabastens
Saint-Sulpice-la-Pointe
Gémil
Montastruc-la-Conseillère
Castelmaurou
Saint-Jean
L'Union
Croix-Daurade

Toulouse (N20, N113, N125)

Aux alentours du Viaur, on trouve de nombreux anciens panneaux Michelin en très bon état (photo: MV, mai 2013).
A Gaillac (photo: MV, mai 2013).

A VOIR, A FAIRE

Mende: la cathédrale Saint-Pierre, le pittoresque pont médiéval Notre-Dame, visite balisée de la vieille ville… et la montée au mont Mimat (panorama). A vingt kilomètres au sud, les magnifiques gorges du Tarn, tout autour de la ville, l’étonnant paysage des causses.
Saint-Geniez-d’Olt: le couvent des Pénitents, l'église Saint-Geniez, la statue des marmots (légende évoquant le sauvetage d'enfants par une marmotte), le monument Talabot... Promenades le long du Lot et sur les causses voisins.
Sainte-Eulalie-d’Olt: très beau village des bords du Lot. Arrêt recommandé.
Bozouls: une curiosité géologique, son «trou» dans lequel se faufile la rivière Dourdou.
Rodez: sa majestueuse cathédrale gothique et son clocher en dentelle de grès rouge, le musée du peintre Pierre Soulages, natif de Rodez, le musée Denys-Puech et ses sculptures féminines alanguies, le musée Fenaille et ses statues-menhirs, les bâtisses médiévales du centre historique...
Pont-de-Tanus: vue magnifique sur le viaduc ferroviaire surplombant le Viaur (aire de pique-nique).
Carmaux: les musées du Verre et de la Mine. Cap découverte, un parc de loisirs situé dans une ancienne mine à ciel ouvert…
Albi: la cité se visite autour des deux grands monuments phare, la belle cathédrale Sainte-Cécile et le palais de la Berbie qui abrite le musée Toulouse-Lautrec. Trois circuits du patrimoine parcourent le cœur de la ville. Une promenade par la place Savène et ses allures de petit village dans la ville s'impose. A voir aussi, le quartier du Castelnau (XIIe, XIIIe siècles) et ses rues étroites bordées de maisons médiévales à pans de bois et en encorbellement. Ne pas oublier les balades le long du Tarn et les vues sur les pont.
Gaillac: On trouve le musée de l’Abbaye dans les anciennes caves et galeries médiévales de l’abbaye. Celui-ci présente l’histoire de la ville, qui est intimement liée à celle de la vigne et du vin. La région est parfois surnommée la petite Toscane tant ses paysages rappellent les doux vallons italiens...
Lisle-sur-le-Tarn: une ancienne bastide-port et sa vaste place aux Couverts ornée de la fontaine du Griffoul.
Saint-Sulpice-la-Pointe: le souterrain médiéval du Castela, la bastide, fondée en 1247.
Montastruc-la-Conseillère: petite bastide, perchée sur un promontoire.
Toulouse: ville incontournable… Des promenades magiques le long de la Garonne et dans les rues piétonnes du centre ancien. Parmi les innombrables beautés de la cité rose, la basilique Saint-Sernin, l'ensemble conventuel des Jacobins et la majestueuse place du Capitole... Dans l'hôtel Dumay, le musée du Vieux-Toulouse présente des objets évoquant l'histoire de la ville de Toulouse, de l'Antiquité au XXe siècle, le couvent des Augustins bâti au XIVe siècle dans un style gothique méridional héberge depuis 1793 le musée des Beaux-arts de Toulouse, le musée Saint-Raymond est le musée des Antiques de la ville, un peu plus loin du centre, le musée Aéroscopia expose des dizaines d'avions emblématiques de l'aventure des plus lourds que l'air...

Page de l'encyclopédie des routes Wikisara consacrée à la nationale 88 (lire)
La page de présentation de l'historique et de l'itinéraire de la nationale 88 dans l'encyclopédie en ligne Wikipédia (lire)
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Belles routes de France...
R.N.88: AUTAN EN EMPORTE LE VAN! (II)
La deuxième partie de notre voyage sur la R.N.88 historique Lyon-Toulouse de 1959 nous fait plonger encore plus loin dans le sud-ouest de notre pays. Au sortir de Mende, en Lozère, la chaussée va longer le Lot pour ensuite se diriger vers Rodez (Aveyron). Puis ce sera Carmaux et son conséquent passé minier, voilà ensuite Albi, dans le Tarn… Notre cheminement vers Toulouse se continuera sous des allées majestueuses de platanes en traversant la région viticole de Gaillac et les plaines fertiles de la Haute-Garonne, une vraie Toscane à la française … Enfin, au bout du chemin, voilà la «ville rose», Toulouse, resplendissante de couleurs et de chaleur, campée sur les rives de la belle Garonne, toute frissonnante sous les assauts du vent d’autan... Notre «van» aura finalement parcouru 271 kilomètre depuis Mende.

Entre Haute-Garonne et Tarn, la route n°88 se protège du soleil sous de magnifiques alignements de platanes (photo: Marc Verney, mai 2013). En cliquant sur l'image vous regagnez la page principale de ce site.

La R.N.88 historique sort de Mende par les avenues Maréchal-Foch et des Gorges-du-Tarn. Ici, d’après les cartes publiées par l’IGN sur le Géoportail, du XVIIIe au XXe, les cheminements sont globalement identiques même si des travaux d’empierrements et de rectification y ont été menés au XIXe siècle. On traverse notamment le Lot au lieu-dit le Pont-Neuf, l’ancien ouvrage se situant à droite du franchissement contemporain. On en apprend un peu plus sur le site de l’Inventaire général du patrimoine culturel (culture.gouv.fr), «En 1421, y découvre-t-on, un marché est passé entre l'Evêque, le Chapitre et la Ville d'une part et Jean Aoustet d'autre part pour la reconstruction du Pont-Neuf près de Mende. L'ouvrage a sans doute été reconstruit au début du XVIe siècle comme semble l'indiquer les armoiries de François de La Rovère, évêque de Mende entre 1504 et 1524, remployées sur la clef de l'arc de tête du pont. Le pont en place aujourd'hui a été construit au XVIIIe siècle pour permettre le passage de la route royale». Un peu moins de huit kilomètres après la préfecture de Lozère, voilà Balsièges, résidence d'été des évêques de Mende. Le château qui s’y trouvait fut construit par l'évêque Odilon de Mercoeur en 1260. Cette place forte importante commandait le passage de la rivière. L’édifice a été rasé en 1580 par le capitaine Merle pendant les Guerres de religion. Au XVIIIe siècle, la route royale menant de Mende à Montpellier traversait le Lot à cet endroit pour se diriger vers Ispagnac par le causse de Sauveterre (culture.gouv.fr). Dès lors, la R.N.88 se dirige vers Barjac, où la route passait jadis au coeur du bourg. Occupant un lieu stratégique au seuil du Bas-Vivarais, le village, qui voit passer de nombreux commerçants et pèlerins au Moyen Age, est fortifié dès le XIIe siècle. Au XVIe, le château sera possession protestante avant d’être repris par Louis XIII et son armée, le 5 juin 1629.

La route nationale 88 historique, entre Mende et Toulouse, vue sur une carte de 1933 définissant les "routes à priorité". Un document édité à l'époque par le Laboratoire de médecine expérimentale à l'intention du corps médical.

On poursuit notre route jusqu’au hameau du Bruel, situé aux abords de Chanac. Ce dernier bourg étant situé rive gauche, la carte de Cassini (XVIIIe) publiée par l’IGN montre une traversée du Lot à Bruel vers Esclanèdes sur l’autre bord, la chaussée rejoignant Chanac par la rive gauche. En aval, le Pont-Vieux servait à une voie montant vers Marvejols. Le scénario est tout autre sur la carte d’état-major du XIXe siècle: notre route 88 reste calée sur la rive droite avec deux passages sur le Lot pour aller à Chanac, l’un en amont et le deuxième étant le Pont-Vieux. Et l’on rejoint la R.N.9 historique au lieu-dit les Ajustons en suivant la rivière, comme aujourd’hui. Après Chanac, Cassini nous montre que la route royale passait par la montagne, du causse du Villard au Fons et à la Mothe. La viabilité ne devait pas y être si folichonne que ça: le Recueil de documents statistiques sur les routes royales (1837), dans son tome 1, indique que la route n°88, «du pont de Chanac à la route royale N°9» était en «lacune», c'est-à-dire n'avait reçu aucun entretien... Les changements interviennent après le premier tiers du XIXe siècle: on apprend, dans les Annales des ponts et chaussées, qu’en date du 17 avril 1848, «la portion de la route nationale n°88, de Lyon à Toulouse, qui doit être abandonnée entre la route départementale n°2, après Chanac, et la rencontre de la route nationale n°9, près du village de Lamothe, est et demeure classée au rang des routes départementales de la Lozère, sous le n°22 et la dénomination de route de Chanac à la Canourgue». Le passage par les bords du Lot est donc acté. On y pensait d’ailleurs dès 1837 (ordonnance du 23 avril)… Aux Ajustons, tournons donc vers la gauche, sur la R.N.9 historique (D809) pour nous rendre au village de la Mothe (11 km plus bas) où l’on suivra à nouveau la R.N.88 historique (D988) vers Saint-Laurent-d’Olt.

R.N.9: SILLON D'AUVERGNE
La RN9 de 1959 relie Moulins à l'Espagne en passant par Clermont-Ferrand, Millau, Béziers et Perpignan. Une route lascive et belle comme le vent sur le Causse. (lire)

Un peu plus de cinq kilomètres après l’intersection, voilà donc Saint-Laurent-d’Olt. Mais, peu avant ce village on note une importante rectification de la route, l’ancienne chaussée (XVIIIe) «coupant» par le pont de Doulou alors que la voie contemporaine suit au plus près le Lot vers Malvezy. Nous voici dans l’Aveyron. La Statistique du département de la Lozère de 1802 déplore que la chaussée de Lyon à Toulouse ne soit «pas ouverte depuis Rodez jusqu'à Saint-Laurent-d'Olt» alors que les Etats de la province du Languedoc «en avaient si bien senti la nécessité»... puisqu'ils «en délibérèrent la construction, le 24 décembre 1784»...Il faudra encore attendre plusieurs dizaines d’années pour relier convenablement Mende et Rodez… C’est une partie très accidentée et tourmentée qui se dessine devant le capot de notre véhicule. La route s’élève sur le nord du causse de Séverac; il y a très peu de villages… notre voie semble sortie tout droit des années cinquante. Après plus de quinze kilomètres de virages jamais rectifiés voilà Saint-Geniez-d’Olt (au fait, Olt signifie tout simplement le Lot!), «petite ville ancienne» où l’on peut voir «les vieilles maisons en bordure du Lot que franchit un pont du XVIIIe», écrit le Guide Bleu de la France automobile. «La ville, raconte le site aveyron.com, était particulièrement active au XVIII° siècle avec ses tanneries, ses clouteries et ses fabriques de draps. Les produits étaient transportés jusqu’en Amérique. Forte de 5000 habitants, Saint-Geniez était alors la seconde agglomération du Rouergue». Une précision bienvenue trouvée dans l’ouvrage Etudes historiques sur la ville de Saint-Geniez-d'Olt, la route royale Lyon-Toulouse sera, dans la région, achevée en 1833. Notre chaussée retrouve les bord du Lot jusqu’à Sainte-Eulalie-d’Olt dont nombre de maisons ont été bâties avec les galets de la rivière.

La route n°88 (D988) tournicote au milieu des bois non loin du Lot (photo: Marc Verney, mai 2013).
Difficile de trouver une ancienne route nationale plus tranquille (photo: Marc Verney, mai 2013)...

La route de Lyon à Toulouse s’enfonce à nouveau entre les bois en direction de Cruéjouls. Là, la carte de Cassini (XVIIIe) publiée par l’IGN sur le Géoportail ne laisse pas apparaître de liaison vers Bozouls (la Rotonde). On y voit plutôt un itinéraire ancien (peut-être la voie romaine Rodez-Javols) vers Rodez par le pont du Cayla, Lestrade, Banc, Zenières, Gages et la Roquette. La chaussée actuelle apparaît sur la carte d’état-major du XIXe siècle alors que la précédente voie perd tout intérêt. Notre chemin atteint Gabriac où l’on retrouve sur les plans de Cassini une voie jusqu’à la Rotonde et Bozouls. On se trouve aux abords du causse du Comtal, dont les «vastes solitudes, nous dit le site bozouls.fr, domaine des genévriers et des petits chênes tortueux, dissimulant çà et là quelques curieuses petites cabanes "les cazelles", dont les épaisses lauzes ont longtemps abrité des générations de bergers». Au lieu-dit la Rotonde, notre R.N.88 historique reçoit, sur sa droite, la chaussée en provenance d’Aurillac (R.N.120). La particularité de Bozouls, c’est son «trou», un abîme impressionnant dans lequel coule le Dourdou et autour duquel se sont glissées quelques anciennes et charmantes maisons. Après le pont d’Alenq, sur le Dourdou, notre voie passait, jusqu’en 2011, par Curlande avant de rejoindre Lioujas où la chaussée porte le nom «route d’argent». Un terme qui serait lié au commerce des matières premières, dont l’argent, sur cet axe Toulouse-Lyon (laroutedargent.com)…

Le "trou" de Bozouls (photo: Marc Verney, mai 2013).

Après Sébazac-Concourès, une petite bizarrerie de l’histoire des routes comme on les aime, révélée par la sympathique application «Remonter le temps» de l’IGN… Passé le croisement avec la route de Muret-le-Château, notre voie du XVIIIe file tout droit vers Rodez via Boscus et la Penchoterie, puis, aux XIXe et XXe fera un large crochet (route de Lapanouse) avant Boscus avant de re-filer aujourd’hui tout droit vers la préfecture de l’Aveyron… On entre dans Rodez par la route d’Espalion puis l’avenue de Paris. La ville, décrit le Guide Bleu de la France automobile, est «située à 633 mètres d’altitude, entièrement sur une colline commandant un vaste horizon, presque entourée par la profonde vallée de l’Aveyron et par le vallon de l’Auterne». Sa fondation, nous raconte le site amicale-ruthenoise.com, «remonterait au Ve siècle, lorsque les Rutènes, peuple celtique d’Europe centrale, s’arrêtèrent dans ce qui est aujourd’hui l’Aveyron pour bâtir leur oppidum». Après les invasions barbares (Wisigoths, Francs…) le Moyen Age voit les rivalités s’intensifier entre les comtes de Rodez, maîtres du Bourg, et les évêques de Rodez, maîtres de la Cité… Au point que chaque communauté disposait de son hôtel de ville, de ses consuls et d’une administration propre! Réunie à la couronne de France dès 1271, la cité fut cependant brièvement cédée aux Anglais de 1360 à 1368. Dès 1955, découvre-t-on sur le site patrimoine.rodezagglo.fr, «commence la formation d’une agglomération ruthénoise, l’urbanisation, beaucoup plus intense qu’avant 1939, rattachant à la commune centrale les communes périphériques. Cette dynamique nouvelle se traduira dès 1964 par la création du district du Grand Rodez». De la place d’Armes, la R.N.88 historique quitte le vieux centre-ville par l’avenue Victor-Hugo, un ancien chemin de terre qui a été élargi au fil des siècles et qui part vers le sud-ouest rejoindre l’axe Montpellier-Montauban. Derniers gros travaux en 1950 (Wikipédia). On tourne à gauche vers l’avenue de Toulouse (ou l’avenue du Ségala, «raccourci» du XIXe) pour ensuite franchir l’Aveyron au niveau de la Mouline.

A la Rotonde de Primaube, la R.N.88 historique rencontre la R.N.111 construite à partir de 1744 par les intendants royaux (photo: Marc Verney, mai 2013).

Ce petit bourg, situé sur la commune d’Olemps, doit son nom aux moulins installés ici sur la rivière. Au XIIIe siècle, pour traverser, explique le site mairie.olemps-mairie.fr, «les piétons sautaient sur un gué (des "passes") ou utilisaient un mauvais pont de bois datant de l'époque antique. Son emplacement resta longtemps imprécis, jusqu'au jour où un bloc de maçonnerie découvert au bord de la rivière, fut reconnu être la culée de l'ancien pont. C'était à Pontvieil, ce qui correspondrait au point d'aboutissement des chemins descendant de Rodez, vers Albi-Toulouse». Un ancien pont en pierre y existait au Moyen Age (Pont Viel); des cartes postales de la fin du XIXe siècle montrent, elles, un nouvel ouvrage réalisé sans doute un peu à côté. Dès lors, notre route par en ligne droite vers la Primaube par le Lachet et la Boissonnade. Ce lieu est intimement lié à l’histoire routière de la région: En 1744, indique le site luc-la-primaube.fr, «l’intendant général de Montauban, Charles Lescalopier, fit aménager une grande route destinée à relier Montauban à Montpellier par Villefranche, Rieupeyroux, Pont-de-Salars et Millau». Les travaux aboutissent en 1785. La desserte de Rodez se faisait par l’embranchement aujourd’hui numéroté D888 (ancienne R.N.88) et la Primaube devint un lieu d’étape de grande importance, où, à la première aube (d’où le joli nom…), arrivaient des charrois de Rodez et partaient du carrefour de l’Etoile d’autres véhicules pour l’ouest, l’est et le sud. Jusqu’à Baraqueville (anciennement Baraque-de-Fraysse), gros centre de foire à la fin du XIXe siècle, notre route n°88 «profite» des travaux de l’intendant de Montauban. Là, dès l'arrivée du chemin de fer en 1902, le négoce de la chaux, des engrais, de la pomme de terre, du blé permet au village de prospérer (aveyron-segala-tourisme.com). La route Lyon-Toulouse met ensuite le cap sur Carcenac-Peyralès. Quelques (légers) virages plus loin, voilà le village de la Mothe. De place en place, on remarque, dans la région, des lieux-dits appelés «la Baraque de…». Ce sont des lieux d’étape jouxtant la grand-route; ils portent souvent le nom du propriétaire du gîte.

Entre Tanus et la Baraque-Saint-Jean se trouvent plusieurs anciens panneaux Michelin sur le bord de la R.N.88 historique (photo: Marc Verney, mai 2013).
Autre panneau Michelin sur le bord de la R.N.88 historique vers le pont-de-Tanus (photo: Marc Verney, mai 2013).

Sur la carte de Cassini du XVIIIe publiée par le Géoportail de l’IGN, notre route s’interrompt à Naucelle. Mais, plus loin, sur le Viaur, presque au milieu de nulle part, on remarque sur cette même carte le pont de Cirou, qui fut peut-être le plus ancien passage sur la rivière, en service dès le XIIIe siècle. Mais son étroitesse et ses accès difficiles, lit-on sur le site viaur.vivant.pagesperso-orange.fr, n’en feront pas un candidat au développement de la route Rodez-Toulouse. Une étude d’André Soutou, publiée en 1961, qui cite des documents du milieu du XVIIe siècle confirme d’ailleurs l’existence très vraisemblable d’une voie directe de Rodez à Toulouse passant par ce pont. En amont, voilà encore le pont de Thuriès, situé en contrebas du village de Pampelonne. Là, par contre, se trouve une chaussée, visible sur la carte d’état-major du XIXe siècle, et reliant la Baraque-Saint-Jean à Pampelonne et aux Farguettes (actuelle D78). Mais, une fois encore, les pentes rapides pour accéder à l’ouvrage, les rampes nombreuses sur le parcours ne vont pas favoriser ce pont et cet itinéraire (plus court) qui porte pourtant encore le nom de «route impériale d’Albi» sur la carte d’état-major du XIXe siècle de l’IGN. Non, le grand vainqueur de la traversée du Viaur sera le pont de Tanus, placé encore un peu plus en amont et qui permet à la R.N.88 historique de descendre confortablement vers le Viaur en suivant le vallon du ruisseau de la Batherie puis de remonter l’autre rive en suivant le ruisseau de la Gasquié. Et cette portion, ne sera achevée, indique Raymond Guitard, dans son article «L’origine de la R.N.88», que vers 1833, soit quarante années après l’ouverture du chantier... Il est vrai qu’entre-temps, la France aura connu successivement une révolution puis un empire qui auront tous bien «siphonné» les budgets routiers…

Au pont de Tanus (photo: Marc Verney, mai 2013).

Il n’y a que sept kilomètres entre les Farguettes et Carmaux (à noter qu’un ancien chemin reliait Albi au pont de Tanus par Valderies et Moularies). La route nationale 88 historique (D988) descend vers le centre-ville de Carmaux par l’avenue de Rodez et la Côte-Sainte-Cécile. De ses origines au Premier Empire, Carmaux est une bourgade modeste qui vit du travail du chanvre, récolté sur les bords du Cérou. Le site internet de la ville, carmaux.fr, évoque un développement tardif lié à l’émergence des industries d’extraction du charbon… La famille de Solages, une des plus anciennes familles du Rouergue, va donner un coup de fouet à la production, jusque là artisanale, de ce minerai, présent en abondance. Au XVIIIe siècle, Gabriel de Solages crée la Compagnie de Carmaux et décida, en 1752, de faire venir du Nord des mineurs expérimentés pour améliorer la productivité. En 1883, il y a 2060 mineurs à Carmaux (Wikipédia). La production, qui connaîtra des hauts et des bas, cessera définitivement dans la région en juin 1997. Politiquement, c’est là que Jean Jaurès sera élu député aux approches du XXe siècle, défendant avec bravoure les avancées sociales (salaires, congés, soins) réclamées lors de violentes grèves par les mineurs de fond. Question urbanisme, le site carmaux.fr évoque un vaste plan d’alignement en 1832 qui donne à Carmaux sa géométrie actuelle: élargissement des rues, création de places… En mai 1845, le site municipal indique la «construction d'un pont sur le Cérou», sans doute destiné à remplacer un «Pont Vieux», dont on envisageait la rénovation au XVIIe siècle.

Albi vue depuis le Pont-Neuf (photo: Marc Verney, mai 2013).

D’après Raymond Guitard, les travaux sur la section de Carmaux à Albi ont commencé en 1783. Ce tronçon de 16 km passe, en 1959, par les bourgs de Pont-de-Blaye, le Garric, l’Hermet, et, suivant l’avenue Albert-Thomas, s’achève sur les bords du Tarn, face à la magnifique perspective de la vieille ville d’Albi. Au Moyen Age, grâce à son Pont-Vieux, long de 151 m, érigé entre 1035 et 1042, la cité est une étape incontournable sur les chemins commerciaux de l’époque. Cependant, écrit le site archivestarn.fr, les parties les plus anciennes visibles aujourd'hui datent du XIIIe siècle (ce qui n'est déjà pas mal!). Malheureusement, l’ouvrage initial est très étroit et il faut décharger les charrettes pour le traverser. Réparé au fil des ans, résistant aux crues, on l’affublera même de maisons censées renforcer sa structure jusqu’au XVIIIe siècle. On réussit à l’élargir en 1820 mais ce n’est qu’après 1867 qu’il sera remplacé par le … Pont-Neuf (logique!). On surnomme Albi la «ville rouge» en raison de la couleur des briques de sa cathédrale et de son riche centre historique. Il est vrai que le site a vécu de nombreuses péripéties… Sous domination ruthène, la région ne souffre pas réellement de l’arrivée de Rome. «Par le port d'Albi, transitent des voyageurs, colporteurs et marchands grecs ou latins, écrit le site mairie-albi.fr, mais aussi le cuivre, la poix, le plomb et l'argent. Cependant, l'agriculture demeure la grande ressource locale. La plaine produit du froment, de l'orge, du lin et du chanvre». Au XIIIe siècle, c’est le temps de «l’hérésie cathare», de nombreuses villes du sud sont mises à sac… La campagne militaire, féroce, fait dire ces mots sinistres à l’envoyé du pape venu massacrer les «hérétiques», qui revendiquaient pourtant un mode de vie plus ascétique: «Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens»… Plus tard, «dans la seconde moitié du XIVe siècle, poursuit le site municipal, la ville se divise en six quartiers, ou gaches, le faubourg du Pont, lui-même entouré de murailles, formant un quartier indépendant. Le Pont-Vieux est fortifié à la fois du côté du faubourg et de la ville, avec un pont levis à chaque extrémité». A la Renaissance, la culture du pastel fait de l'Albigeois un pays riche, dit de «cocagne», en référence au mot «coque» ou «coca», désignant la boule de pastel permettant de produire une couleur bleue indélébile très recherchée. Au XVIIIe siècle, la destruction des remparts permet de faire passer la route royale Lyon-Toulouse à l’emplacement des anciens fossés (lices Pompidou). De nouvelles industries s’implantent à la fin du XIXe siècle, dont une célèbre verrerie (la VOA), fondée en 1896 en coopérative ouvrière grâce à l'aide de Jean Jaurès.

De beaux alignements de platanes perdurent par ici. Tant mieux (photo: Marc Verney, mai 2013).

Au sortir d’Albi, notre route (D988) traverse les places du Vigan et Jean-Jaurès, puis suit les avenues Gambetta et Maréchal-Foch. On traverse la place de Verdun pour gagner Fonlabour et Marssac-sur-Tarn. Ce chemin n’est pas le seul: la carte de Cassini du XVIIIe en montre un autre, plus proche de la rivière, passant par la Maladrerie et Terssac (D13). Quoi qu’il en soit, Raymond Guitard, dans son article «L’origine de la R.N.88» indique que la route «moderne» entre Toulouse et Albi est achevée en 1776. Et, à onze kilomètres d’Albi, c’est le pont de Marssac-sur-le-Tarn qui est un des chefs-d’œuvre de cette chaussée. On mettra 24 ans à le construire, entre 1750 et 1774, nous dit le Répertoire archéologique du département du Tarn… «Construit par les Etats du Languedoc, précise l’ouvrage, en pierre de taille fondé sur le roc», il fait 86,30 m de long et comporte trois arches en plein cintre. De là, deux longues lignes droites fragmentées par une seule courbe vers le hameau de Cornebouc permettent d’atteindre facilement Gaillac. On y entre par l’avenue Charles-de-Gaulle. C'est au Moyen Age que l'endroit va se développer: dès le Xe siècle, une communauté monastique va s’organiser autour de l’église abbatiale au bord du Tarn et sur la colline du château de l’Hom. «Le lieu, révèle le site ville-gaillac.fr, s’enrichit de donations et de la perception de nombreux droits; elle accueille les pèlerins de Compostelle jusqu’à la création de l’hôpital Saint-Jacques sur les quais, à l’initiative d’un laïc au XIIIe siècle. L’abbaye est à l’origine du développement du vignoble, déjà exporté dans toute l’Europe depuis l’époque gallo-romaine». La deuxième partie du XVIe siècle sera –hélas- le temps de nouveaux conflits religieux… Catholiques et protestant vont «joyeusement» s’étriper jusqu’à la publication de l’Edit de Nantes. Gaillac et sa région produisent des vins depuis plus de 2000 ans; située au départ du Tarn navigable, la ville a su exporter ses productions dans tout l’Hexagone. Une marque, «les Vins du Coq», créée dès le XIVe siècle, sera utilisée jusqu’au XVIIIe siècle (vins-gaillac.com). On quitte Gaillac par l’avenue de Saint-Exupéry et la route de Toulouse. De part et d’autre de la voie, les vignobles s’étendent vers le Tarn. Notre chaussée est achevée jusqu’à la Pointe-Saint-Sulpice en 1743 («L’origine de la R.N.88»), mais sans pont sur le Tarn.

Ancienne plaque indicatrice du Touring Club de France (TCF) à Gaillac (photo: Marc Verney, mai 2013).

Une longue ligne droite bordée de magnifiques platanes (comme souvent dans la région) s’étend devant notre capot, vers Lisle-sur-Tarn et Rabastens. Impossible de perdre le cap… D’ailleurs, un dicton de la région dit que «se perdre entre Gaillac et Rabastens» révèle un taux d’alcoolémie conséquent… Entre-temps il y a Lisle-sur-Tarn (également dénommée Isle-d’Albi au XIXe siècle). On y pénètre par la D14b, l’ancienne voie qui file droit au centre-ville, vers la place Paul-Saissac (place aux Couverts). La ville est une bastide, créée dans le premier tiers du XIIIe siècle par le comte de Toulouse, Raimond VII après la croisade des Albigeois. Une des rares bastides à posséder un port, Lisle s’enrichit avec le commerce, «acheminement de voyageurs, transport et vente des produits locaux» (vins, céréales, pastel), nous signale le site ville-lisle-sur-tarn.fr. On remarque un contournement du bourg dès 1965 sur la carte routière moderne publiée par CartoMundi. De là, il faut rouler 8,5 km jusqu’à Rabastens. Dans cette cité, la route de Lyon à Toulouse passe par l’avenue de l’Hermitage, la rue Gabrielle-O’Byrne puis fait un coude en direction de la promenade des Lices. Avant de repartir par la rue des Cordeliers et l’avenue de Toulouse. «La ville, constate la Description du département du Tarn, suivie de l'histoire de l'ancien pays d'Albigeois, comme toutes celles qu'on construisait anciennement, n'est pas bien percée. Mais, remarque encore cet ouvrage de 1818, les dehors de Rabastens, le faubourg et la promenade qui l'en sépare sont fort agréables». La ville fut une halte sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle: plusieurs bâtiments aujourd’hui disparus accueillaient les pèlerins, écrit la brochure touristique de la cité. Il y a huit kilomètres jusqu’à la Pointe-Saint-Sulpice, dernière difficulté sur la route de Lyon à Toulouse. En effet, c’est là que se trouve le confluent du Tarn et de l’Agout. On ne peut atteindre la «ville rose» qu’en franchissant une fois de plus le Tarn. Or, il n’y a là au XVIIIe siècle qu’un bac à traille qui ralentit fortement l’écoulement du trafic. C’est le comte de Solages, très intéressé par l’exportation rapide de sa production de charbon à Carmaux, qui va relever le défi au début du XIXe siècle. Les premières études sont menées en 1819, indique Raymond Guitard. Et on est quasiment en plein partenariat public-privé… Solages amène des fonds qui sont complétés par l’Etat et le département du Tarn. L’investissement dans l’infrastructure étant remboursé sur cinquante ans par un péage… Tout est achevé en 1824. Toulouse est désormais reliée à Albi par une chaussée moderne, qui avait été réalisée entre la Pointe-Saint-Sulpice et la région toulousaine en 1737.

Derniers arpents de verdure vers Garidech avant Toulouse (photo: Marc Verney, mai 2013).
Plaque de cocher à Garidech (photo: Marc Verney, mai 2013).

On continue en ligne droite vers Toulouse. La route (désormais D888 puisque nous sommes en Haute-Garonne)  s’infléchit aux pieds de la butte sur laquelle se trouve le château Palmola, puis file plein sud vers Gémil. Nous ne sommes qu’à 1,5 km de Montastruc-la-Conseillère. Cette petite cité fut autrefois cernée de remparts. Jusqu'au XIIIe siècle, elle servait, nous dit le site mairie-montastruc.fr, à protéger Toulouse et sa région des bandes qui descendaient de l'Albigeois. Puis la route n°88 entre dans Garidech. De nombreuses terres de ce bourg furent longtemps possédées par l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem puis, après 1530, par l'ordre de Malte. La chaussée passe la vallée du Girou. Voilà les villages de Castelmaurou, Saint-Jean et l’Union (où l’on trouvait des auberges, comme celle de la Belle Hôtesse). Il reste à parcourir une petite dizaine de kilomètres jusqu’au centre de Toulouse. L’agglomération toulousaine est atteinte en traversant la Croix-Daurade, jadis quartier de maraîchers. Puis, la D188 parcourt le quartier du Faubourg-Bonnefoy, qui s’est fortement urbanisé après la création de la gare de Toulouse, en 1856. Dans un article de François Abribat publié en 1964 dans la Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, on lit que la rue du Faubourg, «axe du quartier», tire «son aspect original de la fonction commerciale: c'est une suite presque ininterrompue de magasins. La plupart sont aménagés dans de vieilles maisons d'habitation qui n'étaient pas toutes conçues pour l'installation d'une boutique». Du coup, «beaucoup de vitrines sont étroites et peu attirantes». Puis, après être passée sous la voie du chemin de fer, la route aboutit dans le quartier de Matabiau. Il a suffit pour cela de traverser le canal du Midi, qui se faufile depuis 1672 au cœur de la métropole toulousaine. En 1821 le trait d’eau devient la limite de la cité. Et c’est donc ici que se finit notre voyage sur la R.N.88 historique…

Marc Verney, Sur ma route, juin 2017

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