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Sébastien Œil de Saleys, le responsable du chantier et spécialiste de l’époque médiévale à l'Inrap, montre l'étendue des fouilles et le volume important de terrain qu'il a fallu déblayer pour arriver aux vestiges du XIIIe siècle (photo: Marc Verney, juillet 2020). |
Marc Verney-Sur ma route: Pourquoi avoir lancé un chantier de fouilles préventives à Fontenu, tout petit village jurassien de la région des lacs?
Sébastien Œil de Saleys: En 2019, un premier diagnostic a été réalisé sur les 900 m2 où doivent se réaliser des logements et une route et c’est à ce moment qu’ont été repérés les restes d’une habitation ancienne. Une fouille a donc été prescrite, et on a pu revenir en 2020 avec une équipe de quatre personnes pour procéder au décapage de la couche de terre et fouiller le terrain. Au départ, nous devions travailler vingt jours sur le site, mais comme nous avons trouvé plus de vestiges que prévu, nous avons prolongé le chantier d’une semaine afin de bien pouvoir enregistrer les informations sur le terrain et de faire des sondages à la manivelle permettant de dégager les bâtiments dans leur intégralité. Le facteur temps joue énormément dans ce type d’intervention. Il faut arriver à rapidement comprendre le terrain afin de restituer convenablement ce que l’on a sous les yeux.
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A côté de l'habitation, les archéologues ont trouvé un cellier dont les soubassements ont été remarquablement préservés (photo: Marc Verney, juillet 2020). |
Qu’est-ce qui a été trouvé en fin de compte?
Sur ce terrain situé un peu en contrebas de l’actuelle chapelle de Fontenu, on a trouvé les pierres de soubassement d’une construction de l’époque médiévale (XIIIe ou XIVe siècle) accompagnée d’un petit bâtiment annexe dont la fonction devait être celle d’un cellier ou d’une cave. Nous y avons trouvé des fragments de céramique, assiettes et pots, qui, une fois datés, nous permettront d’affiner les périodes d’occupation des lieux. Il s’agit ici certainement d’un habitat paysan. Mais nous ne pouvons pas dire s’il était lié d’une manière ou d’une autre au château des seigneurs de Chalain, une famille déjà bien établie en ce temps-là. Il est aussi possible qu’ils aient été dépendants d’autres structures, comme les abbayes (Saint-Claude, Balerne), très puissantes dans le Jura de l’époque. Enfin, sur la partie supérieure du terrain, il y avait un bâtiment en pierre noté sur le cadastre napoléonien du début du XIXe siècle et représenté sur une gravure de l’époque. La structure disposait d’un étage avec un escalier sur le mur pignon. On suppose que l’un des murs médiévaux aurait pu servir de soubassement à ce bâtiment.
Cette implantation médiévale n’était pas un habitat permanent semble-t-il?
Il n’y a effectivement pas d’aménagement de type cheminée. On pense donc à une occupation temporaire qui se fait cependant régulièrement. Les bâtiments sont relativement bien entretenus: on voit que les sols sont refaits afin que les lieux demeurent habitables. Alentours, des structures en terrasse ainsi que les creusements de silos permettraient de corroborer l’hypothèse d’un travail agricole saisonnier. Sur le site de Fontenu, les silos sont de simples trous dans lesquels les paysans stockaient le grain de manière hermétique. A l’époque, ils faisaient en effet en fonction du terrain sur lequel ils oeuvraient.
Fontenu existait-il déjà?
On a la mention d’une paroisse au XIIe siècle. Il s’y trouve déjà un bâtiment religieux, d’ailleurs peut-être à l’emplacement de la chapelle actuelle, qui, elle serait plutôt XVe, XVIe siècle. En tous cas, présents autour, un ensemble de constructions qui peuvent être considéré comme un village. Et la maison révélée par les fouilles pourrait très bien en faire partie. L’aménagement en terrasses montre bien le caractère agricole du lieu et donc on suppose que le reste du territoire a le même aménagement.
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Situés en contrebas de la chapelle actuelle, les silos à grain, désignés par l'archéologue de l'Inrap, sont de simples trous dans lesquels les paysans stockaient la récolte de manière hermétique (photo: Marc Verney, juillet 2020). |
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Sébastien Œil de Saleys montre les fragments de poterie récoltés sur le site (photo: Marc Verney, juillet 2020). |
Après les fouilles, que vont devenir toutes ces trouvailles?
Pour ce qui est des murs et des structures mises à jour, tout a été enregistré, topographié et archivé au niveau de l’Etat. Ce qui ne va pas empêcher le projet de lotissement de se faire. On laisse le terrain en l’état. Les vestiges de ce chantier seront a priori remblayés. Si dans quelques dizaines d’années, on revient à ce chantier de fouilles, les archéologues de l’époque verront ce qu’il en est. Les fragments de céramiques seront, eux, nettoyés, étudiés par des spécialistes. La datation de ces éléments pourra notamment se faire grâce à leur décoration, comme celle du pot écrasé que nous avons retrouvé dans la cave.
Marc Verney, Sur ma route, août 2020
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Vue générale du chantier des fouilles archéologiques préventives de Fontenu menées par l'Inrap (photo: Marc Verney, jullet 2020). |
SOURCES ET DOCUMENTS: Dictionnaire géographique, historique et statistique des communes de la Franche-Comté (T. III), A. Rousset, réédition aux éditions FERN (1969); Eglises jurassiennes, romanes et gothiques, Pierre Lacroix, CETRE (1992).
POUR INFO: L'Inrap a été créé en 2002 en application de la loi de 2001 sur l'archéologie préventive. Cet institut assure la détection et l'étude du patrimoine archéologique touché par les travaux d'aménagement du territoire. Il exploite et diffuse les résultats de ses recherches auprès de la communauté scientifique et concourt à l'enseignement, à la diffusion culturelle et à la valorisation de l'archéologie auprès du public. Son activité de recherche est conduite sous l'égide d'un conseil scientifique associant les ministères de tutelle et des membres de la communauté archéologique: CNRS, universités et services archéologiques des collectivités territoriales. Dans le cadre des diagnostics et des fouilles qu’il conduit, l'Inrap collabore chaque année avec plus de 700 partenaires privés et publics: aménageurs fonciers, sociétés d'autoroutes, exploitants de carrières, conseils régionaux, conseils départementaux, communautés de communes, villes, entreprises publiques, offices HLM… Avec quelque 2000 collaborateurs et chercheurs et plus de 40 centres de recherches, l'Inrap est présent sur tout le territoire métropolitain, en Guyane, Guadeloupe et Martinique. Voir le site.
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