Le tracé de la R.N.5 à la sortie de Poligny vers les monts de Vaux est bien visible sur cette table d'orientation pourtant située sur les hauteurs d'Arbois (photo: MV, novembre 2010).
Premiers virages après la sortie de Poligny (photo: MV, avril 2017).

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La municipalité polinoise a gardé la trace de cette ancienne montée de Chamole dans la nomenclature de ses rues (photo: MV, juillet 2016).
Un peu plus loin dans la montée, ce panneau de bois guide les amateurs d'anciens itinéraires (photo: MV, juillet 2016).

Sources et documents: carte n°70 Beaune-Evian, Michelin (1949); Dictionnaire géographique, historique et statistique des communes de la Franche-Comté, A. Rousset (1857); Guide Bleu Franche-Comté Monts-Jura, Hachette (1961); Monographies et chroniques polinoises: les voies de communication, Simon Berthet (1981); Regards sur les bourgs et villes de Franche-Comté, ouvrage collectif, Cahiers dolois, Fédération des sociétés savantes de Franche-Comté (2006); ville-poligny.fr; le Géoportail de l’IGN; la bibliothèque municipale de Poligny.

Comment visiter l’endroit: à pied, on peut remonter la rue de Boussières et suivre sans problème «la vieille route de Chamole» qui grimpe sec jusqu’au village dominant la plaine (y voir la «route de Genève»). Des circuits de randonnée (balisage jaune) parcourent toute la culée de Vaux et aident à rejoindre les curiosités naturelles remarquables surplombant Poligny (Trou de la Lune, Roche et Grotte du Pénitent). En voiture, on peut monter de Poligny à Chamole par la D257, passer Chaussenans et revenir à Poligny par la R.N.5 et les monts de Vaux (belvédère). Au-delà de la forêt de Poligny, l’ancienne route royale (devenue route forestière non revêtue) n’est plus carrossable après le village de Molain.

 


Belle route blanche...
R.N.5: DEUX VIRAGES ET DES MONTS...
Arrivée à Poligny, la R.N.5 se trouve face au «mur» du Revermont, une forte élévation qui forme l’avant-garde des Monts-Jura. En un rien de temps, on se retrouve à plus de 500 m d’altitude face à d’imposantes forêts sombres et mystérieuses. Combien de fois l’auteur de ces lignes s’est-il retrouvé –en hiver- en haut de la culée de Vaux au beau milieu d’une tempête de neige en ces lieux rudes et battus par les vents alors que l’on venait à peine de quitter les brouillards de la plaine où confluent Loue, Doubs et Saône… Du coup, les hommes ont bien peiné avant de pouvoir grimper confortablement ces quelques arpents de falaises, symbole d’ouverture vers le haut Jura et le fameux col de la Faucille.

La "route blanche" dans les monts de Vaux (photo: Marc Verney, août 2005). En cliquant sur l'image vous poursuivez la promenade sur la R.N.5 en direction du col de la Faucille.

Le voyageur qui aborde Poligny par l’ouest, raconte cet ancien dictionnaire statistique franc-comtois, «se trouve en face d’une ligne de rochers dont les pentes tapissées de riches vignobles viennent mourir dans la plaine, tandis que la partie supérieure se dresse à pic, semblable aux murs d’une colossale forteresse». C’est le Revermont, premier contrefort du Jura, qu’il faut franchir à tout prix pour atteindre Champagnole, Pontarlier ou la station de sports d’hiver des Rousses après Morez. Même s’il faut aujourd’hui relativiser l’effet «forteresse colossale», force est de constater que, dès le village de Montholier, sur la route royale construite de 1763 à 1765 et reprise par la R.N.5 historique, on comprend que l’on se trouve devant un obstacle de taille pour les bâtisseurs de chaussée; non loin –aussi- d’une curiosité naturelle majeure pour le touriste de passage…

A l'époque gallo-romaine, le lieu (Polemniacum) est une place de marché. Nous sommes sur un carrefour de routes antiques qui relient des zones prospères: le bassin parisien à la plaine du Pô, la vallée du Rhône aux pays rhénans... Plus tard, Poligny, ancienne capitale du bailliage d’aval (une région de Franche-Comté) au XVe siècle, «se forma ou se reforma au Moyen Age, au pied du très fort château de Grimont où les souverains de la Comté conservaient leurs archives», indique le Guide Bleu Franche-Comté Monts-Jura de 1961. «Après avoir appartenu quelques années au roi de France Charles V, Poligny passe sous la domination des comtes de Bourgogne, puis de la Maison d’Autriche, de celle d’Espagne pour définitivement appartenir après bien des guerres sanglantes au royaume de France en 1674, après le traité de Nimègue», précise aussi le site municipal ville-poligny.fr. Aujourd'hui, Poligny abrite depuis 1888 la prestigieuse Ecole nationale d'industrie laitière et se veut la capitale du fromage comté (c’est d’ailleurs l’un des points de départ de la sinueuse et belle «route du comté» historique). Point fort de la Comté, Poligny se doit donc d’être au coeur de l’histoire des voies de communication jurassiennes… Car, à la différence des reculées voisines de Baume-les-Messieurs et des Planches, dont l’issue est un «bout du monde» en forme de cul-de-sac, la culée de Vaux, écrit Annie Gay dans une contribution à l’ouvrage Regards sur les bourgs et villes de Franche-Comté, assume «une fonction de carrefour de Piémont, d’étape entre la plaine et la montagne, sur la roue de l’Italie et de la Suisse. Une fonction que la ville (de Poligny, NDLR) s’est toujours employée à maintenir et à amplifier».

Virage de l'ancienne montée de Chamole (photo: Marc Verney, juillet 2016)

Et tout commence, comme souvent, avec des voies antiques. «Des chemins très anciens, et probablement d'origine celtique, sillonnaient le territoire pour se diriger sur Poligny, Grozon et Salins. L'un d'eux, appelé la vie Blanche ou le chemin des Allemands, traversait la forêt de Moidon. Un autre est appelé la vie Etroite. La grande voie romaine de Lyon à Besançon, avec embranchement sur Salins, traversait le territoire du Fied sous le nom de Vie Saunier. Un rameau de cette route se détachait au Fied même, tirait au Pont-du-Navoy, suivait le cours de l'Ain et mettait en communication Besançon, Poligny et Grozon avec la ville d'Antre. Cette branche reliait aussi Château-Chalon à Nozeroy», écrit A. Rousset dans le Dictionnaire géographique, historique et statistique des communes de la Franche-Comté. Son orientation est donc très différente de celle de la future route royale Paris-Genève. Sur la carte d’état-major (1930) publiée par le Géoportail de l’IGN on la suit en ligne droite entre Picarreau et le Fied, puis le «chemin de Plasne» visible sur la carte d’état-major du XIXe siècle s’oriente en direction de Poligny. Il y a peu d’autres informations disponibles.

Plus tard, découvre-t-on dans une étude sur les voies de communication polinoises (1981), due à Simon Berthet, on évoque, jusqu’en 1460, pour monter sur le premier plateau jurassien, le «chemin de Grimont», qui descendait de Chamole vers la forteresse dominant Poligny. Après la destruction du château en 1648, le «chemin de Grimont» rejoint le «chemin du Mont-de-Faîte» pour arriver à Poligny au faubourg de Charcigny. Cette voie «servit très longtemps», écrit Simon Berthet, mais l’itinéraire «n’était pas ambitieux, on ne parlait pas de route Paris-Genève, mais du chemin par lequel "on va contre Nozeroy"». Aujourd’hui, voit-on sur le plan de Poligny, une «rue de Faîte» traverse encore le faubourg de Charcigny. Au début du XVIIIe siècle, c’est la montée de Chamole, qui commence par la rue de Boussières à Poligny, qui est le chemin utilisé pour rejoindre Montrond et Champagnole. Après Chamole, cette voie file au travers de la forêt de Poligny jusqu’à Montrond après avoir longé le lieu-dit la Petite-Suisse, la Croix-aux-Prêtres et le hameau de Molain. De nos jours, c’est la route forestière Médiane. «Dès 1784, écrit Annie Gay dans son article sur Poligny paru dans l’ouvrage Regards sur les bourgs et villes de Franche-Comté, le vicomte-mayeur de la ville, le comte d’Astorg, demande la rectification de la route de Pari-Genève par la culée de Vaux». C’est que la montée de Chamole, avec ses pentes escarpées (15% par endroits) et ses virages brutaux connaît un trafic intense: il y a les chariots chargés de bois, les messageries, les pataches, les transports militaires et la malle-poste… Le chemin n’est visiblement plus adapté et le trafic risque de s'orienter ailleurs (Arbois, route de la Bresse...). Les attelages devaient être «doublés», signale Annie Gay, car en hiver, la pente «excessive» et glacée obligeait les chevaux et les hommes à un véritable tour de force pour la franchir. De nombreux animaux y laissèrent leur vie. En 1800, raconte Simon Berthet, avant de remporter la bataille de Marengo, Napoléon doit réquisitionner tous les chevaux de la région pour hisser son artillerie sur le plateau.

Au sommet de l'ancienne montée de Chamole, on retrouve la départementale 257 (photo: Marc Verney, juillet 2016)

Cependant, en raison de la difficulté de la tâche, les travaux vont avancer lentement. Dans un premier temps, c’est la commune de Poligny elle-même qui avance les sommes nécessaires pour améliorer la situation. Berthet signale un document de 1792 qui mentionne que « Poligny a travaillé à la rectification du mont de Chamole de 1784 à 1792. Dans la partie la plus difficile et la plus dispendieuse, il y avait à ouvrir 515 toises (1000 m environ), elle en a fait 425 qui lui ont coûté 54.628 francs». L’année 1792 est précisément le moment où l’on approuve le fait de faire passer la route Paris-Genève dans les monts de Vaux plutôt qu’à Chamole. C’est l’inspecteur des ouvrages Delbergue qui est chargé du chantier, pointe Annie Gay; celui-ci doit «ramener la pente à 4% ou 5%, aboutir à des rampes douces sans contre-pente». Il fallut également assécher le vallon et prévenir les nombreux éboulements rocheux… C’est en 1809-1810, annonce Simon Berthet, que passent les premiers chariots sur cette nouvelle chaussée qui demanda beaucoup d’entretien et de réparations (au XXIe siècle aussi d’ailleurs…). Ce fut donc un ouvrage coûteux pour l’époque: en 1815, écrit de son côté Annie Gay, «l’état des dépenses se montait à 98.837 francs». En 1834, lit-on encore, «la route n°5 n’était pas achevée quand un sixième atelier se mettait en place en direction du village de Montrond». A Poligny même, la «route de Genève», qui remplace l’accès à la montée par l’actuelle rue Pasteur, n’est ouverte qu’en 1835-36.

La vieille route royale, devenue chaussée forestière file en direction de Montrond (photo: Marc Verney, juillet 2016)
Une des deux belles courbes de la R.N.5 actuelle dans la culée de Vaux (photo: Marc Verney, avril 2017)

Vers le milieu du XIXe siècle, un nouveau projet voit le jour:  la «route de Milan»… Derrière cette pompeuse appellation, se cache un autre projet de rectification de la route n°5. Peu avant Vaux-sur-Poligny, un pont sur la Glantine est construit, initiant une chaussée de 1545 mètres contournant Grimont… celle-ci devant rejoindre la R.N.5 plus haut au niveau de son deuxième virage des monts de Vaux. Mais les travaux sont arrêtés et la végétation couvre la belle chaussée toute neuve. En mars 1889, l’Etat donne par décret ce tronçon inachevé à la municipalité de Poligny. Un bon usage en est fait, raconte Simon Berthet: de là, on poursuit les travaux visant à amener une route carrossable jusqu’à Chamole; ce qui est achevé en 1911 (il s'agit de notre D257 actuelle).

Marc Verney, Sur ma route, novembre 2019

Encore une belle courbe sur l'actuelle montée de Chamole qui date de 1911 (photo: Marc Verney, juillet 2016)
Panneau forestier dans la forêt de Poligny (photo: Marc Verney, (juillet 2009)

R.N.5: LA SUISSE PAR MONTS ET PAR VAUX
La N5 Paris-Genève-St-Gingolph a quasiment disparu à la suite du vaste déclassement des routes nationales en 2006... On aborde ici le tronçon jurassien, encore classé national. (lire)

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