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Sortie de Paris à la porte de la Villette (photo: MV, déc. 2005).

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Quelques mots sur la documentation utilisée:
Atlas des grandes routes de France (Michelin, 1959), carte Michelin Sorties de Paris n°100 (1965); carte Michelin 150 km autour de Paris n°97 (1970); Analyse des vœux des Conseils généraux de département, session de 1841, imprimerie royale (1841); Aubervilliers, Léon Bonneff, Saint-Vaast-la-Hougue, l’Amitié par le livre (1949); Aubervilliers à travers les âges, Jacques Dessain, édité par Louisette et Jacques Dessain (1998); Aubervilliers, notre village, Société de l’histoire et de la vie à Aubervilliers (1985); En une forêt plus grande que Paris, Jacques Chauvin, imp. V. Suin (1989); Guide du Routard Picardie, Hachette (2011-2012); Histoire des rues d’Aubervilliers, T2, J. Dessain, C. Fath, J.J. Karman (recueil d’articles du Journal d’Aubervilliers, 1985-86); Histoire du Valois, Victor Dujardin, Céret (1887); Les Echos de la Forêt de Retz, décembre 2010, n°55; La Plaine Saint-Denis, Anne Lombard-Jourdan, CNRS éditions, PSD éditions (1994); Les routes de France du XXe siècle, 1900-1951, Georges Reverdy, Presses de l’ENPC (2007); Le Soissonnais dans la Grande Guerre, Pascal Chambon, éd. A. Sutton (2011); Si la route de Flandre nous était contée, M. Aubert, J. Dessain, M. Gripon, R. Roehr (plaquette éditée à l’occasion de festivités de la RN2000); Soissons, Jacques et Edith Chauvin, éd. A. Sutton (1999); Soissons, d’hier et d’aujourd’hui, Citémis éditions (1998); Sur les chemins de la victoire, Villers-Cotterêts, Soissons, Laon, comte Maxime de Sars, impr. Du courrier de l’Aisne (1934-1991); Sylvie, Gérard de Nerval, Livre de Poche (1999); Villers-Cotterêts, un château royal en forêt de Retz, Christiane Ribouleau, Cahiers de l’inventaire, Association pour la généralisation de l’inventaire régional en Picardie (1991); lespontssurlaisne.free.fr; Wikipédia, Wikisara.

Face à la gare SNCF de Villers-Cotterêts, ce vieux poteau Michelin indique le cimetière militaire de la cité, qui a été au coeur des combats de la Première Guerre mondiale (photo: MV, janvier 2013).

Localités traversées par la N2 (1959):
Paris, porte de la Villette (boulevard périphérique)
Aubervilliers/Pantin
Le Bourget
La Patte-d'Oie (N17)
Roissy-en-France
Le Mesnil-Amelot
Villeneuve-sous-Dammartin
Dammartin-en-Goële
Le Plessis-Belleville
Nanteuil-le-Haudouin
Lévignen
Gondreville
Vauciennes
Villers-Cotterêts (N36)
Maison-Neuve
Vertes-Feuilles
Gravançon
Soissons (N31)

A Nanteuil-le-Haudouin (photo: MV, février 2013).
Sur la RN2, entre le cimetière militaire de Vauxbuin et Soissons (photo: MV, février 2013).
Situation de la route nationale 2 sur les cartes Michelin Etat des routes
En 1927, au sortir de Paris, la RN2 est en pavé ordinaire jusqu’au Bourget. Le pavé devient mauvais de Roissy-en-France jusqu’à 5 km de Villers-Cotterêts. Après, jusqu’à Soissons, puis Laon, la route est recouverte de macadam. A l’époque, la carte Michelin distingue la route «moderne», dont le revêtement est composé de petit pavé, asphalte, ciment sur fondations solides. Dans la région, c’est le cas de la RN17 vers Senlis. Au printemps 1930, la RN2 est en bon état durable jusqu’au Bourget. Plus loin, ce n’est pas bon jusque vers Villers-Cotterêts avec une chaussée en mauvais état. Après, jusqu’à Laon, la nationale 2 est dans un état correct. Encore plus tard en 1938, la sortie de Paris jusqu’à l’embranchement avec la RN17 est encore lente, puis moyenne sur une quinzaine de kilomètres et rapide jusqu’à Villers-Cotterêts. De là, la chaussée est très rapide jusqu’à Soissons. Enfin, quelques kilomètres après Soissons et entre le Chemin des Dames et Laon, la route est moderne (chaussée plate, très large, virages relevés, antidérapante). Après la Deuxième Guerre mondiale (1947-48), la RN2 est toujours indiquée comme lente jusqu’à l’aéroport du Bourget (pavé mauvais entre la Patte-d’Oie et Roissy-en-France), moyenne sur quelques kilomètres puis rapide ensuite, sauf après Soissons (lente) et avant Laon (lente). En 1952-53, la carte Michelin montre des difficultés ponctuelles entre Dammartin-en-Goële et Nanteuil-le-Haudouin; plus loin, la déviation au sud de Laon est esquissée (entre RN2 et RN44). En 1959, les routes RN2 et RN44 contournent presque totalement Laon par le sud.
Une route où le camion est roi, on vous dit! (photo: MV, février 2013)
Soissons: détail de l'épisode du vase sculpté sur le monument de la place Marquigny (photo: MV, décembre 2012).
A l'entrée de Soissons, côté route de Laon (photo: MV, décembre 2012).





Belles routes de France...
RN2: LA BELGIQUE EN DROITE LIGNE (I)
La route nationale 2 relie Paris à Maubeuge et conduit, plus au nord, chez nos voisins belges, à Mons puis à Bruxelles. Au passage, pouvais-je écrire en octobre 2006, la route traverse la forêt de Retz, à Villers-Cotterêts, s’attarde à Soissons, contourne la splendide cité de Laon et sillonne deux belles régions vertes: la Thiérache, autour de Vervins et l'Avesnois, vers Avesnes-sur-Helpe. Nous allons refaire entièrement le trajet en renforçant considérablement la partie documentaire de cette page. Il est d’ailleurs amusant de constater que c’est l’une des rares routes nationales à ne pas avoir été déclassée dans le cadre de la politique routière menée par le gouvernement français, dans les premières années du XXIe siècle… Du coup, voilà plein de raisons pour aller danser sous le fameux clair de lune à Maubeuge chanté il y a quelques années par Bourvil... Mais toujours avec le trajet 1959 sous notre loupe de chercheur de vieux bitume! Première partie: de Paris à Soissons...

En direction de la RN2, après Nanteuil-le-Haudouin (Photo: Marc Verney, février 2013). Attention, en cliquant sur l'image vous achevez la promenade sur la RN2.


En 1959, la RN2 sort de la capitale à la porte de La Villette en empruntant la route de Flandre (également nommée Pavé de Paris à Senlis). Ce hameau de La Villette (350 habitants en 1789) ne fut longtemps qu’un lieu de passage qui vivait principalement avec les voyageurs et les rouliers jusqu’au début du XIXe siècle. Après le carrefour des Quatre-Chemins, la route dépasse Aubervilliers et traverse le carrefour des Quatre-Routes, où l’on croise le chemin de Saint-Denis à Bondy.

PERIPHERIQUE PARISIEN: L'ANNEAU MAJEUR
Avant de sortir de Paris, un petit tour sur le boulevard périphérique de la capitale? On y rencontre du béton, du métal et du plastique. Des gens, aussi... (lire)

Avant le XVIIIe siècle, la chaussée a un tracé plus sinueux; peu de bâti aussi: le relais de poste du Bourget sera juste renforcé d’un autre aux Quatre-Routes… la zone, peut-on lire dans Si la route de Flandre nous était contée, ne commence à se construire timidement qu’au milieu du XIXe siècle avec l’extension des limites de Paris. On est alors dans une contrée quasi rurale: le maire d’Aubervilliers menace, en 1854, de dresser contravention à l’encontre de ceux qui déposent des tas de fumier sur la route de Flandre.

En 1867, l’industrialisation de ce côté de la région parisienne s’organise autour des abattoirs de La Villette. Le développement n’y est pas toujours maîtrisé… Quatre ans auparavant, les riverains demandent l’installation d’un poste de police aux Quatre-Chemins à cause «des attaques nocturnes, luttes à main armée route de Flandre»! Après la guerre de 1870, les lieux se peuplent d’Alsaciens et de Lorrains refusant de devenir Allemands au point que le quartier des Quatre-Chemins sera parfois surnommé la «Petite Prusse».

Carte postale éditée par GF montrant la porte de Paris et la route de Flandre au début du XXe siècle (note: cette image se trouve dans le domaine pubilc car son copyright a expiré). Document scanné par Claude Villetaneuse, source: Wikipédia.

L’écrivain Léon Bonneff, dans son livre Aubervilliers décrit bien l’ambiance de l’endroit à l'orée du XXe siècle: «Sur les glacis des fortifications et le long d’un kilomètre de trottoirs, un marché pouilleux ouvre le dimanche (…)… Les voitures de gros charroi roulent pesamment sur le pavé gris creusé de rails. Les tramways à un étage dont la peinture verte, noircie par le temps et les averses, s’écaille par endroits, se frayent un passage à coup de cloches continus (…). Les grilles sont encombrées de voitures et d’autos que retiennent les formalités d’octroi». Et puis il y a le cimetière de Paris, installé côté Pantin: «Tenant le milieu de la chaussée, les convois funèbres montent vers le cimetière parisien. Du matin au soir, Paris déverse des enterrements. Les voitures mortuaires passent dans le tumulte du marché, le roulement des camions, le crissement des fritures»…

Un peu plus loin, le quartier des Quatre-Routes s’édifie après 1920. Là encore, la vocation industrielle prédomine. Et l’histoire imprègne les pavés de son cortège de guerres: soldats volontaires de 1792, troupes russes au Bourget en 1814, combats aux Bourget entre Français et Prussiens à la fin des Cent jours en juin 1815, guerre de 1870 et siège de la capitale par les Prussiens… Voilà encore 14-18… la R.N.2 est parcourue vers le sud par les colonnes de réfugiés belges et du nord de la France alors qu’en sens inverse transitent les troupes qui montent au front. La chaussée, recouverte de pavés en 1823, est totalement défoncée par ce trafic incessant.

Sur la gauche du tracé, l'aéroport du Bourget naît en 1920 d’un terrain militaire créé pour le premier conflit mondial. C’est là que se posera, en mai 1927, devant une foule immense l’aviateur Lindbergh, après sa traversée de l’Atlantique en solitaire à bord du Spirit of Saint Louis. Le Bourget aura été le premier aéroport français à disposer d’une piste en dur. Mais l’état de la route sur les treize kilomètres entre Paris et son principal port aérien va longtemps faire jaser. En août 1922, le directeur de la navigation de la plate-forme pond une note plutôt énervée: «Le trafic actuel, ainsi que celui que l’on est en droit d’espérer dans l’avenir pour le port aérien du Bourget, nécessiterait la réparation de cette voie d’accès, dont les imperfections ne peuvent qu’indisposer la clientèle de luxe appelée à y circuler en automobile».

A VOIR, A FAIRE

Le musée de l’Air et de l’Espace, situé dans l’ancien aérogare du Bourget construit en 1937. On y trouve notamment le prototype du Concorde. La Grande Galerie, ouverte en 1987, présente la plus belle collection d’avions originaux et d'éléments d'aérostation des débuts de l’aviation et de la guerre 1914-18.

A gauche, la route (aujourd'hui D401) passe sous l'axe des pistes de l'aéroport de Roissy. Le bruit est infernal. A droite, anciennes publicités peintes dans le centre de Soissons (Photos: Marc Verney, sept. 2006).

Au carrefour de la Patte-d’Oie, au niveau de Gonesse, la nationale 2 de 1959 part sur la droite, en laissant filer plein nord la chaussée de Senlis (ancienne N17). On ne parlait pas encore, à l'époque, du gigantesque aéroport Charles-de-Gaulle, venu depuis mars 1974 se poser sur les immensités fertiles de la région, entre Roissy-en-France et le Mesnil-Amelot. Ici, la route royale est déjà mentionnée sur la carte de Cassini (fin XVIIIe siècle).

R.N.17: LE TOUR DES BEFFROIS
La RN17 de 1959 relie Le Bourget à Lille en passant par Senlis, Péronne, Cambrai et Douai. Cap au nord pour une route qui file droit sur la métropole lilloise. (lire)

Pour suivre le trajet historique de la R.N.2, il faut rejoindre la départementale 401, qui relie le Mesnil-Amelot à Dammartin-les-Goële (le zigzag dans l’aéroport est possible). On est quasiment dans l'axe des pistes, les jumbos grondent au-dessus des maigres alignements d'arbres censés humaniser les lieux... Du coup, on pense à ces mots de Gérard de Nerval dans Sylvie: «Quelle triste route, la nuit que cette route de Flandre, qui ne devient belle qu’en atteignant la zone des forêts! Toujours ces deux files d’arbres monotones qui grimacent des formes vagues».

A Gondreville (Photos: Marc Verney, février 2013).

Après Dammartin-les-Goële, bourg aujourd’hui un peu endormi, perché au sommet d’une butte et ancienne étape sur les chemins du sacre des rois de France, le bitume à deux fois deux voies crache son lot de voitures rapides et de lourds semi-remorques. On croise le bourg de Nanteuil-le-Haudoin, célèbre pour l’épisode dit des «taxis de la Marne». Le 7 septembre 1914, plusieurs centaines de taxis parisiens (Renault modèle 1908 principalement) vont transporter environ 4000 soldats français entre Gagny et Nanteuil pour renforcer la VIe armée qui attaque les unités de Von Kluck marchant sur Paris. L’impact militaire est minime mais l’aspect psychologique de l’opération en fait l’action emblématique de la bataille de la Marne…

Quelques kilomètres plus loin, à Lévignen, bourg tout aussi contourné que le précédent, une vieille plaque toute noire, planquée haut sur une façade, à la sortie nord du village, indique «la route nationale 2 de Paris à Maubeuge». Bon sang! Les cochers ne sauraient avoir tort... On verra la même dans le village de Gondreville, au virage de la nationale. Georges Reverdy, dans Les routes de France du XXe siècle, 1900-1951, nous indique que des «chantiers expérimentaux d’enrobés voient le jour après 1946» sur la RN2 dans l’Aisne, avant Villers-Cotterêts. A Vauciennes, la spectaculaire montée, aujourd’hui adoucie, était pavée depuis fort longtemps. On peut en voir quelques uns sur l’ancienne chaussée, en contrebas du moderne bitume.

Un regard au vieux pavé de la côte de Vauciennes (Photos: Marc Verney, février 2013).

Autour de la route à la circulation tumultueuse, une région, le Valois (réuni à la couronne de France au début du XIIIe siècle) et la jolie vallée de l'Automne, à quelques lieues des vastes plateaux céréaliers. Les étapes charmantes se succèdent: Crépy-en-Valois, l'église de Morienval, l'abbaye de Lieu-Restauré, le donjon de Vez... et enfin Villers-Cotterêts, au coeur de la forêt de Retz. La nationale 2 n'y passe plus depuis 1968 mais on peut signaler que Villers-Cotterêts est la ville de la fameuse ordonnance du 15 août 1539, signée par François 1er, qui prescrit l'usage du français au lieu du latin dans les actes publics...  Ces quelques mots, lus dans l’ouvrage Histoire du Valois: «Les maisons blanches de cette coquette petite ville produisent sur le fond de verdure de la forêt de Retz le plus gracieux effet».

On entre dans la cité, née au point de convergence de quelques chemins gaulois, par la départementale 231 et le faubourg de Pisseleux, rattaché à sa voisine en 1971. Amusante anecdote narrée dans l’ouvrage En une forêt plus grande que Paris de Jacques Chauvin, cette chamaillerie autour de l’accueil de Charles X en 1827: les maires de Pisseleux et de Villers-Cotterêts se sont disputé le droit de prononcer le discours de bienvenue à Charles X devant toutes les autorités du département… Le droit de parler ayant été remporté au finish par Villers-Cotterêts!

Plaque de cocher à l'entrée de Villers-Cotterêts, en direction de Paris (Photo: Marc Verney, janvier 2013).

L’histoire de la ville est liée aux rois de France, qui venaient chasser en forêt de Retz. François Ier y fait rebâtir un château sur les ruines d’une ancienne forteresse datant du roi Dagobert. Le roi y donnera des fêtes fastueuses jusqu’en 1547. Suivi par son fils, Henri II. Le bourg s’organise autour des activités royales: aubergistes, artisans, ouvriers s’installent dans des maisons placées le long de la route. Un profond changement intervient en 1808: Napoléon Ier transforme le château en dépôt de mendicité pour les Parisiens; c’est aujourd’hui une maison de retraite dépendant de la ville de Paris.

R.N.36: TRANCHE DE BRIE
De Villers-Cotterêts à Melun, voilà une promenade tranquille dans un coin de Brie peu fréquenté sur une chaussée royale au tracé unique (lire)

A VOIR, A FAIRE

Le château, construit principalement de 1532 à 1540 et très remanié au fil des siècles. Belles promenades dans le parc, embelli par Le Nôtre. A Villers-Cotterêts, on est également fier d’héberger la maison natale d’Alexandre Dumas (père). Un musée retrace aussi la vie de l’auteur des Trois mousquetaires (évocation du père général et du fils, qui lui se rend célèbre avec La Dame aux camélias). Dans la région, on peut visiter les ruines très romantiques de l’abbaye de Longpont, village situé sur la voie romaine Soissons-Meaux. Multiples randonnées possibles dans la forêt de Retz (13 225 ha).

On sort de la ville par la D231 (quelques bornes royales sur le trajet). De Villers-Cotterêts à Soissons, la RN2 est une voie rapide, qui s'impose dans un premier temps à la forêt, large tranchée dans des bois qui ont connu de nombreux combats durant la guerre 14-18... dont notamment l'offensive Mangin d'août 1918 qui aboutit à la victoire sur l’Allemagne en novembre de la même année grâce à l’utilisation judicieuse de petits chars Renault bien camouflés dans la forêt. «En sortant de la forêt de Retz, peut-on découvrir dans le livre Sur les chemins de la victoire, Villers-Cotterêts, Soissons, Laon, on atteint un vaste plateau sans ondulation, qui offre en été le spectacle d’infinis champs de blé ou de betteraves. (…) La houle dorée des blés n’est rompue que par de grosses fermes isolées».

La route croise alors le cimetière militaire français de Vauxbuin. Au bout du plateau, après une brusque descente dont le conseil général a demandé l’adoucissement dès 1841 (et pourtant, sur l’Atlas de Trudaine au XVIIIe siècle, il y a déjà une nouvelle et une ancienne rampes), la ville de Soissons se love dans une boucle de l'Aisne. La nationale n'y passe plus: une déviation à quatre voies contourne le centre-ville par le sud depuis le début des années 80. Victor Hugo, avec sa verve de grand voyageur, a ainsi décrit l’agglomération: «Soissons, a demi engagée dans le croissant d’acier de l’Aisne, comme une gerbe que la faucille va couper…».

La R.N.2 peu avant la descente sur Soissons (Photo: Marc Verney, janvier 2013).

Hélas, mille fois hélas pour la ville, on se situe là sur l’axe des invasions et les troupes qui envahissent la France semblent toutes se donner rendez-vous à Soissons… 1814, 1815, 1870, 1914, 1918, 1940… autant de dates fatidiques qui symbolisent souvent le martyre de la cité. A la fin de la Grande Guerre, Soissons n’est plus qu’un amoncellement de décombres. Sur les 3000 immeubles existants en 1914, seuls 800 sont considérés comme réparables quatre ans plus tard. Car le front passe aux portes de la ville pendant trois ans, entre septembre 1914 et mars 1917. Soissons est même prise par les troupes allemandes en 1918!

Pour traverser l’Aisne, il n’y a eu longtemps que le pont de Saint-Waast. Construit primitivement en 825, il est remplacé en 1265, détruit par les Allemands en 1914… reconstruit par les Britanniques avant la Deuxième Guerre mondiale et à nouveau réduit en poussière en 1940… C’est aujourd’hui une simple passerelle. Le passage de la RN2 historique se faisant désormais par un autre endroit, le pont du Mail (l’ouvrage actuel date du début des années 50).

A l’époque mérovingienne, la ville, d’origine gallo-romaine, est la première capitale du royaume franc après le siège et la victoire en 486 de Clovis sur l'armée du général romain Syagrius. C’est à cette époque que se tient l’épisode dit «du vase de Soissons» (lire). En 751, c’est là que Pépin le Bref s’y fait couronner roi. Il y a deux siècles de relative prospérité aux XIIe et XIIIe siècles… puis ce sont les guerres de religion, la Révolution française et le Premier empire. Après les bombardements de 1870, une loi, en 1885, raye Soissons de la liste des places de guerre. A l’emplacement des anciens murs, on construit de grands axes, comme le boulevard Jeanne-d’Arc, qui décongestionnent le centre.

A VOIR, A FAIRE

Malgré son histoire tragique, la ville recèle quelques jolies surprises: la cathédrale St-Gervais-et-St-Protais (quasi totalement reconstruite après la Première Guerre mondiale), sévère d’aspect extérieur et à l’intérieur nettement plus majestueux, l'abbaye St-Jean-des-Vignes, construite sur une colline et son remarquable réfectoire du XIIIe, l'abbatiale St-Léger, transformée en musée consacré à l’histoire locale. Amusant: à une époque, Soissons pouvait s’enorgueillir de posséder l’Hôtel au Bon touriste, «le plus petit hôtel du monde», situé au 31ter, avenue de la Gare… Et on ne quitte pas Soissons sans s’interroger sur le vase! Réponse sur le monument aux morts de la place Ferdinand-Marquigny, face à l’office du tourisme…

On quitte Soissons par l’avenue de Laon qui mène à Crouy. De là, la route entame la courte mais rude montée de La Perrière (champignonnières dans une carrière de 2 ha à droite de la côte). La ferme de La Perrière recèle les restes d’une commanderie des templiers (porte monumentale classée en 1928). En janvier 1915, les troupes françaises cherchent à progresser dans le secteur mais sont durement éprouvées par une forte défense allemande. Une crue de l’Aisne vient parachever la défaite française. Soissons restera sous le feu de l’ennemi durant toute la guerre. Voilà, après le Pont-Rouge, le Chemin des Dames qui s’annonce… En 2013, la RN2 continue en voie rapide sur Laon. Mais il est possible de suivre l’ancien tracé si l’on est un peu malin…

Ambiance de vieux pavés du nord à Soissons (Photo: Marc Verney, décembre 2012).

Un mot sur l’état des routes dans la région après le premier conflit mondial. Dès août 1919, dans l’Aisne, 80 000 travailleurs (dont 49 000 prisonniers allemands) déblaient les ruines et refont les chaussées. En juillet 1923, d’après l’exposé d’Emile Roussel, préfet, présenté devant le conseil général du département, un peu plus de la moitié des voies (dont 190 ouvrages d’art sur 595) a été reconstitué.

Marc Verney, Sur ma route, février 2013

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