Borne de la R.N.27historique en sortant de Rouen, dans la vallée du Cailly (photo: Marc Verney, janvier 2007).
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Panneau Michelin subsistant à Malaunay (photo: MV, mars 2025).

VILLES ET VILLAGES traversés ou desservis par la R.N.27 (1959):
Maromme (N13bis)
Notre-Dame de Bondeville
Le Houlme
Malaunay
Les Cambres
Le Boulay
Valmartin
Varneville
Tôtes (N29)
Biville-la-Baignarde
Bennetôt
Belmesnil-sur-L.
Omonville
Bout-l'Abbé
Catteville
Sauqueville
Saint-Aubin-sur-Scie
Dieppe (N25)

Une multivoies relie désormais Rouen à Dieppe (photo: MV, mars 2025).
SOURCES ET DOCUMENTS: Atlas des grandes routes de France, Michelin (1959); carte n°52 Le-Havre-Amiens, Michelin (1936); carte n°55 Caen-Paris, Michelin (1976); Archives parlementaires de 1787 à 1860 (première série 1787 à 1799), tome XXX, sous la direction de M.J. Mavidal et de M.E. Laurent, Société d'imprimerie et librairie administrative et des chemins de fer (1888); Guide Rouge, Michelin (1959); Jeanne d'Arc et la Normandie au XVe siècle, Albert Sarrazin, Léon Gy, imprimeur, libraire-éditeur (1896); La guide des chemins de France, Charles Estienne, éditeur C. Estienne, Paris (1552); Le nouveau guide des chemins du royaume de France, Louis-Pierre Daudet, Gabriel Valleyre, imprimeur-éditeur (1757); Répertoire archéologique du département de la Seine-Inférieure, Jean Benoît Désiré Cochet, Imprimerie nationale (1871); «Rouen et les voies antiques de Haute-Normandie», Pierre-Côme Duval, Annales de Normandie (1984); geneacaux.fr; le-houlme.fr; quibervillesurmer-auffay-tourisme.com; Wikipédia; Wikisara; remerciements au Géoportail de l’IGN.
A VOIR, A FAIRE
Rouen: malgré les destructions dues aux guerres, c’est une ville très riche en anciens bâtiments, à commencer par la cathédrale, véritable féerie de pierre, adorée par Claude Monet (28 tableaux!)… A voir aussi, les rues anciennes et les maisons à colombage, la rue du Gros-Horloge, le palais de Justice-Parlement de Normandie, l’hôtel Renaissance de Bourgtheroulde, la place du Vieux-Marché, l’aître Saint-Maclou, l’église Saint-Maclou, l’abbatiale Saint-Ouen, le musée des Beaux-Arts, le musée de la Céramique, le Jardin des plantes. A une quinzaine de kilomètres en aval de Rouen, le petit village médiéval de la Bouille.
Maromme: le Shed, centre d’art contemporain normand.
Notre-Dame-de-Bondeville: le musée de la Corderie Vallois; en 1989, la région de Haute-Normandie, propriétaire du bâtiment, prend la décision de créer un musée archéologique industriel servant de lieu de mémoire à la vallée du Cailly, véritable petit «Manchester français» du textile. Premier musée industriel de France, on peut y voir les anciens bâtiments, ainsi que l'ensemble des machines, mues par la roue à aubes.
Le Houlme: l'agglo-balade de la vallée du Cailly propose un itinéraire sur 29 km qui permet notamment de découvrir Le Houlme et ses abords, qui ont vu l’essor d’une forte activité industrielle dès la fin du XVIIIe siècle.
Malaunay: une dizaine de kilomètres au nord, le parc zoologique de Clères et ses 1400 animaux dont un millier vit en liberté.
Tôtes: en déjeunant à l’Auberge du Cygne, il est possible de visiter la chambre occupée jadis par Guy de Maupassant écrivant sa nouvelle, Boule de Suif! A l'ouest, le château d'Imbleville, fondé en 1491. A l’est, Auffay et le château de Bosmelet.
Ypreville: quelques kilomètres après cette localité, le château du Grand-Daubeuf et ses jardins.

Dieppe: le château-musée et sa vaste collection d’objets en ivoire, la Cité de la mer, l’Estran, pour tout savoir sur la pêche, l’église Saint-Jacques, la chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours (vue). Non loin de Dieppe, le château de Miromesnil, les villages de Pourville et de Varangeville (jardins remarquables, demeures, falaises, plages).
Panneaux Michelin à Dieppe (photo: MV, mars 2025).
Page de l'encyclopédie des routes Wikisara consacrée à la nationale 27 (lire)
La page de présentation de l'historique et de l'itinéraire de la nationale 27 dans l'encyclopédie en ligne Wikipédia (lire)


Belles routes en France...
R.N.27: DIEPPE, DE PIED EN CAP
La route nationale n°27 de 1959 relie Rouen à Dieppe en traversant les plaines normandes presque en ligne droite sur 58 kilomètres. Peu de reliefs hormis les côtes au départ et à l'arrivée... Au XIXe siècle, le relais de diligence de Tôtes, à mi-chemin de la Seine et de la Manche sera le décor de la nouvelle intitulée Boule de suif, de Guy de Maupassant. Voilà donc une chaussée d'Histoire et d'histoires que l'on foulera avec joie jusqu’au grand port de Dieppe. Nous sommes en plus sur un ancien itinéraire: «Vers le nord, il existait dans l'Antiquité une liaison directe Rouen-Dieppe qui, aux abords de Clères, garde l'appellation de "chemin des Fées"», signale d'ailleurs Pierre-Côme Duval dans les Annales de Normandie.

La R.N.27 historique dans la côte de Saint-Aubin-la-Scie. Un Grand Prix automobile s'y est déroulé dans les années trente (photo: Marc Verney, mars 2025). En cliquant sur la photo, vous revenez sur la page principale du site.

La R.N.27 de 1959 débute à la sortie de Maromme au croisement avec la route du Havre (R.N.13bis en 1959) au carrefour de la Demi-Lune. Nous roulons ici sur la «route de Dieppe». La vallée du Cailly connaît un développement industriel précoce grâce aux eaux de la rivière qui apportent la force motrice nécessaire aux industries textiles et papeteries qui parsemaient jadis le territoire. Autour de nous, encore aujourd’hui, le bâti reste très dense et le bitume se faufile parfois difficilement entre les maisons de brique rouge. Dans la commune de Notre-Dame-de-Bondeville, un peu plus au nord, c’est le même schéma industriel: «En 1762», écrit Wikipédia, Abraham Pouchet y «fonde la première fabrique d’indiennes "légales" de la région rouennaise, suivie par de nombreuses usines, blanchisseries ou teintureries qui emploient une main-d’œuvre importante». Ici, la carte de Cassini (XVIIIe) publiée par le Géoportail de l’IGN montre déjà une voie pointant sur Malaunay et Tôtes. On passe le Houlme, encore une ville industrieuse de la vallée du Cailly. Le toponyme a une origine scandinave, indique le site le-houlme.fr: «Il a été apporté par les peuples venus du nord de l’Europe qui, aux IXe et Xe siècles, peuplèrent la Normandie». Plus tard, au XVIIe siècle, ce sont des papeteries qui profitent de l’énergie hydraulique. Au début du XIXe siècle les moulins sont remplacés par l’industrie textile et plus particulièrement le travail du coton importé des Amériques ou d’Egypte. Filatures, tissages, indienneries (tissus imprimés), teintureries, blanchisseries vont, de 1820 à 1970, employer des générations de familles ouvrières, raconte encore le site municipal. Une nouvelle architecture industrielle, venue d’Angleterre, apparaît à la moitié du XIXe: de longs ateliers de briques, recouverts en sheds (toit en dents de scie) avec la haute cheminée dominent le paysage manufacturier. Les usines portent le nom de leur patron: la filature Lemarchand, la filature Campard et De Gramont, les établissements Butler-Holliday, le tissage Quesnel, la Compagnie rouennaise de linoléum, (plus communément appelée «le Lino»)... «A proximité les industriels font construire des cités ouvrières», écrit encore le-houlme.fr. Dans ce véritable «Manchester» hexagonal, c'est l'apogée d'un certain capitalisme industriel, peu regardant sur la condition humaine... Toujours dans la vallée du Cailly, voici Malaunay. Tout aussi industrieuse que les précédentes, la localité laisse partir notre chemin vers le plateau de Caux par la Côte de Dieppe. Une voie usitée dans les temps les plus anciens puisqu’elle est mentionnée dans La guide des chemins de France (1552) mais aussi dans Le nouveau guide des chemins du royaume de France au XVIIIe siècle. La grande route de Rouen à Dieppe, «telle que nous la connaissons actuellement, écrit Albert Sarrazin dans Jeanne d'Arc et la Normandie au XVe siècle (1896), ne date que de la deuxième moitié du XVIIIe siècle». Les archives parlementaires de la même époque signalent que «les courriers de cette route passeront par Tôtes et Omonville».

R.N.13bis: BELLE MISE EN SEINE
La R.N.13bis est la "route d'en bas", celle qui atteint Rouen par la rive gauche de la Seine, puis se rend au Havre par Yvetot et Bolbec... (lire)

Indication Michelin de la R.N.27 historique (photo: Marc Verney, janvier 2007).

C'EST UN RECORD NATIONAL: le nom de près de 20% des communes normandes finit par-ville... En fait, rien à voir avec le nom commun actuel «ville». Ce suffixe normand  -ville vient du latin villa qui signifie «domaine rural»; au fil des ans, il a évolué  pour désigner une agglomération. Dans la grande majorité des cas, le suffixe -ville est associé à un nom de personne, ainsi Ingouville (Ingulfi villam) pourrait indiquer le domaine d'Ingulfr. Et c'est aux Vikings que les Normands doivent cet héritage, qui s'est répandu dans la région entre les IXe et le XIe siècle.


Vers Sierville (photo: Marc Verney, mars 2025).

Après être passés au large de Sierville (lieu-dit le Boulay), il reste une petite dizaine de kilomètres avant de parvenir à Tôtes. On est milieu des champs. Au coeur du XIXe siècle (1864), les archives départementales de la Seine-Inférieure (auj. Seine-Maritime) gardent la trace des plaintes des usagers: route dans un «état déplorable»; toutes les chaussées, particulièrement entre Tôtes et Rouen, «impraticables»; les voitures passent sur les «terres ensemencées» au grand dam des populations locales... Voilà Varneville-Bretteville. Ici, la multivoies bruyante frôle les maisons. Pas facile de retrouver l'ambiance de la R.N.27 d'antan. En 1823, raconte le site quibervillesurmer-auffay-tourisme.com, «les communes de Bretteville-du-Petit-Caux et de Varneville-aux-Grès fusionnent pour devenir le village que l’on connaît aujourd’hui». Deux voies romaines s'y seraient croisées. Et c’est l’arrivée à Tôtes par la rue Guy-de-Maupassant. Le village de «Tostes» existait du temps des gallo-romains, on y trouvait alors une ferme. Son nom actuel vient probablement de là car, en norrois (ancienne langue scandinave), Topt désigne «emplacement d’une ferme», voit-on sur le site geneacaux.fr. «Née autour d’un important carrefour routier, signale le site totes.fr, la structure actuelle de la commune est directement liée à son histoire». Ancien relais de poste, l'Auberge du Cygne, «fleuron» du patrimoine local, est gravée bien haut dans l'histoire littéraire française classique. En effet, c’est ici que Guy de Maupassant, de passage à Tôtes en 1879, a rédigé son premier succès littéraire, la nouvelle Boule de Suif. Et c’est également dans ce même endroit que Gustave Flaubert a rédigé quelques chapitres de son chef d’oeuvre normand, Madame Bovary! Dans cette auberge ont également séjourné des personnalités comme Madame de Pompadour, Louis XIII, Louis-Philippe, Napoléon Ier et l’impératrice Joséphine (en 1808), Philippe d’Orléans, François d’Orléans, le roi des Belges Albert Ier et son épouse la reine Élizabeth, mais aussi plus près de nous des protagonistes de la bataille de Normandie comme Erwin Rommel et Dwight Eisenhower... Mais pas en même temps!

R.N.29: LE NORD ENTRE EN SEINE (I)
La R.N.29 de 1959 relie Yvetot à la frontière belge après Valenciennes. Des coteaux normands à la plaine du nord, voilà Amiens, Albert, Bapaume, Cambrai... (lire)

Extraits de chaussée vers Omonville (photo: Marc Verney, mars 2025).

LA R.N.27 ET LA LITTERATURE «Enfin, la diligence étant attelée avec six chevaux au lieu de quatre à cause du tirage plus pénible, une voix du dehors demanda: « Tout le monde est-il monté ? » Une voix du dedans répondit: « Oui. » — On partit.
La voiture avançait lentement, lentement, à tout petits pas. Les roues s’enfonçaient dans la neige ; le coffre entier geignait avec des craquements sourds ; les bêtes glissaient, soufflaient, fumaient ; et le fouet gigantesque du cocher claquait sans repos, voltigeait de tous les côtés, se nouant et se déroulant comme un serpent mince, et cinglant brusquement quelque croupe rebondie qui se tendait alors sous un effort plus violent.
(...)
La voiture allait si lentement qu’à dix heures du matin on n’avait pas fait quatre lieues. Les hommes descendirent trois fois pour monter des côtes à pied. On commençait à s’inquiéter, car on devait déjeuner à Tôtes et l’on désespérait maintenant d’y parvenir avant la nuit. Chacun guettait pour apercevoir un cabaret sur la route, quand la diligence sombra dans un amoncellement de neige, et il fallut deux heures pour la dégager.
(...)
Le cocher avait allumé ses lanternes. Elles éclairaient d’une lueur vive un nuage de buée au-dessus de la croupe en sueur des timoniers, et, des deux côtés de la route, la neige qui semblait se dérouler sous le reflet mobile des lumières.
(...)
Des petits points de feu parurent en avant sur la route. C’était Tôtes. On avait marché onze heures, ce qui, avec les deux heures de repos laissées en quatre fois aux chevaux pour manger l’avoine et souffler, faisait quatorze. On entra dans le bourg et devant l’Hôtel du Commerce on s’arrêta». Boule de suif, Guy de Maupassant, texte publié dans le recueil collectif Les soirées de Médan paru le 16 avril 1880 aux éditions Charpentier.


Plaque de cocher à Saint-Aubin-sur-Scie (photo: Marc Verney, mars 2025).

La D927 prend maintenant la direction du village de Biville-la-Baignarde, puis voici Belmesnil-les-Hameaux. A Omonville, se trouvait le deuxième relais de poste de la voie Rouen-Dieppe. Dès lors, la R.N.27 de 1959 aborde Sauqueville et la vallée de la Scie. Le fleuve côtier de 38 km de long, profondément enchâssé dans le plateau du Pays de Caux, a compté de nombreux moulins construits dès le Moyen Âge (43 sont recensés en 1870 par le service des Ponts et Chaussées); utilisés pour le broyage de différents types de céréales, mais également pour la fabrication du tan, ils bénéficiaient du courant rapide des eaux. Plus loin, en bas de la côte de Saint-Aubin-sur-Scie (qui remonte vers Dieppe), rectifiée en 1846, on a retrouvé un cimetière franc, «entièrement gaspillé par les terrassiers», indique le Répertoire archéologique du département de la Seine-Inférieure. La carte d’état-major des années cinquante publiée par l’IGN (option Remonter la temps) montre bien le hameau de la Vieille-Côte ainsi que l’actuel «chemin de la Messe» dessiné en partie par le tracé de la route royale. La rue de la Libération nous emmène maintenant au carrefour de la Maison-Blanche (rond-point) où la R.N.27 de 1959 rencontre la «route de Paris» qui se trouve être l’ancienne R.N.15. De là, les avenues des Canadiens et Léon-Gambetta filent en direction du centre-ville de Dieppe.

A Dieppe (photo: Marc Verney, mars 2025).

LA PASSION DE LA VITESSE Entre 1929 et 1935, sur un circuit de près de 8 km tracé à l'ouest de la ville vers Saint-Aubin-sur-Scie, Dieppe organise six Grand Prix réunissant les meilleures voitures et les plus grands pilotes de l'époque. Surnommé le «triangle de la vitesse», il partait de la Maison-Blanche, descendait vers Saint-Aubin-sur-Scie par le Val-Gosset (D54) et remettait le cap sur le carrefour de la Maison-Blanche par la côte de la R.N.27. Dieppe a une longue histoire de connivence avec l'automobile... On y trouve la marque Alpine, créée en 1955 par Jean Rédélé, dans le bassin industriel de la cité.


Le front de mer à Dieppe (photo: Marc Verney, mars 2025).

R.N.25: DE MANCHE EN FLANDRES (I)
Première partie de notre voyage entre Le Havre et Lille. Du port du Havre on retrouve la côte d'Albâtre. Voilà Fécamp, Dieppe. Puis on file sur Abbeville. (lire)

Marc Verney, Sur ma route, avril 2026
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